Salut, tout le monde !

Voici un OS écrit dans le cadre des Nuits du FoF, où on vous donne une heure pour écrire un OS sur un thème donné, et plusieurs thèmes par nuit. Si vous voulez en savoir plus, MP moi.

Auteur : Sana
Thème : Neige
Titre : Sea of memories
Fandom : 5cm par seconde.
Disclaimer : tout est à Makoto Shinkai, ce brave homme. Le monde ne serait pas pareil sans lui.


.oOo.

Dix-sept février. Dix-sept heures trente-sept. Le train qui me ramène chez moi est bondé, les gens se pressent les uns contre les autres – conversations dont je saisis quelques mots au vol, odeurs qui se mélangent. La tête contre la porte vitrée, je regarde les flocons virevolter doucement dans la nuit orangée de Tôkyô.

La neige. Elle ne m'a jamais laissé indifférent depuis ce jour, il y a des années, où tout a pris un tournant différent dans ma vie. Depuis ce jour où, simple collégien, j'ai enchaîné les trains pour aller la retrouver. La neige qui tombait en silence sur les champs. En slow motion. Le train arrêté. L'attente interminable dans chaque gare. J'ai haï chaque flocon avec une rage silencieuse, et ce jusqu'à ce que je débarque, avec quatre heures de retard, à l'endroit où on avait convenu de se retrouver – même si quatre heures après, et avec ce froid transperçant, j'espérais qu'elle serait rentrée chez elle.

Mais elle m'attendait, pourtant.

Quand il a fallu quitter la gare, les flocons ne tombaient plus, mais la terre était entièrement recouverte d'un blanc immaculé. L'air était pur et immobile, et nos pas crissaient en foulant la neige nouvelle – c'était le seul bruit qui venait briser le silence.

Je l'avais tant détestée sur le chemin de l'aller, cette neige, mais là, étendue autour de moi dans toute sa pureté, et Akari à mes côtés, je me suis surpris à l'aimer. Lorsqu'on a atteint le grand cerisier aux branches habillées de blanc, je me suis retourné pour regarder les traces laissées derrière nous. Ce n'était pas une fuite. Tôt ou tard, il faudrait y revenir… Ni l'un ni l'autre n'avions le pouvoir de couper le cordon qui nous retenait au monde extérieur.

Derrière moi, quelqu'un me pousse pour sortir, et m'offre par la même occasion un retour brutal à la réalité. La neige tombe toujours dehors, et je regarde les flocons qui bougent au ralenti, pour exécuter la seule danse de leur vie. C'est beau. Les jours de neige possèdent une ambiance tellement particulière…

- Votre attention, s'il vous plaît. En raison des intempéries, le train à destination d'Oyama et Utsunomiya circule avec un retard de dix minutes environ. Nous vous prions de nous excuser pour la gêne occasionnée.

Tout est tellement semblable à ce jour-là, et pourtant, rien ne pourra jamais en être plus éloigné. Les années qui ont passé ont créé un gouffre infranchissable entre les souvenirs et la réalité, et pourtant, même maintenant, j'y pense encore. Je me rappelle sa silhouette, je cherche à l'entrapercevoir à chaque coin de rue. Comme si c'était possible…

Le train freine brusquement. Dans la rame, ça bouscule. Encore.

- Aïe ! Je suis désolée…

- Il n'y a pas de mal.

Je baisse les yeux vers elle, en l'aidant à la remettre sur pieds, et quand je croise son regard, j'ai subitement l'impression que le temps est en train de se distendre. Les conversations s'évanouissent, et mes mains sur ses épaules, pour l'empêcher de tomber, je la regarde.

C'est elle, n'est-ce pas ? C'est elle. Il n'y a pas de doute. Plus de quinze ans séparent notre dernière rencontre, mais je dessine ce visage chaque jour dans mes pensées. C'est elle. Et en un clin d'œil, je remarque tout ce qui a changé chez elle. Ses cheveux, coiffés différemment, ses yeux plus tranquilles, son visage plus fin. L'alliance qui brille à sa main gauche, celle qui agrippe mon manteau pour maintenir son équilibre.

Qu'est-ce qu'il convient de dire dans un moment comme celui-là ? J'ai toujours espéré la revoir, mais je n'ai jamais cru que ça m'arriverait un jour. Je ne sais pas quoi dire. Les mots sont impuissants. Je me contente de la fixer au fond des yeux, et elle me rend mon regard.

Je ne sais même pas si elle me reconnaît. Peut-être que je suis le seul à m'en soucier, après tout. Elle est mariée, peut-être des enfants ; elle a eu tout le temps pour m'oublier. Je sais déjà que je n'entendrai pas le "Takaki-kun!" qui résonnait si joyeusement dans sa bouche d'adolescente. Et moi, mes lèvres ne peuvent se résoudre à prononcer son prénom - qui est pourtant partout dans ma tête.

Elle se redresse simplement, elle me lâche. Soutient mon regard, plisse le coin de ses lèvres en un sourire faible, presque imperceptible, et sa main frôle la mienne. Par hasard ? Non. Elle s'y appuie dessus un moment, serre légèrement mes doigts sous les siens ; et puis l'instant d'après, le train, qui s'est remis à rouler sans que je ne m'en rende compte, arrive en gare, les gens s'écoulent de la rame comme un torrent inondant le quai, et elle s'écoule avec eux, avec un dernier regard. Elle s'échappe à nouveau de ma vie.

Je n'essaye pas de la rattraper. Si je la suivais, tout se compliquerait, et sa simple vue, de toute façon, a rendu cette journée plus lumineuse que toutes mes dernières années. C'est probablement assez pour endurer le reste de ma vie. C'est suffisant…

Probablement.

.oOo.


Hé, première fois que j'écrivais sur ce fandom !
Voilà pour cette toute petite histoire, j'espère qu'elle vous a plu.

A la prochaine !