A/N : écrit en réponse au thème "Dehors il pleut" pour la comm LJ 6Variations.


Lionel considéra les propos de Myrtle un instant. « Présente tes excuses » avait-elle dit quand il avait émis l'idée que peut-être il était allé trop loin avec son patient. Il soupira et se dit que oui, des excuses feraient surement du bien à leur amitié.

Non pas que Bertie et lui soient réellement des amis – Bertie ne le reconnaitrait jamais, et qui Lionel était-il pour l'y obliger ? On ne force pas un Roi à admettre des choses qu'il n'a pas envie d'admettre. C'est là le privilège des monarques. Ils crient et ragent, mais au bout du compte, ce ne sont pas eux qui se déplacent pour présenter leurs excuses. Même si, de l'avis de Lionel, les choses que lui avaient dites Bertie méritaient des excuses.

Certes, il était un acteur raté, il ne servait plus à rien qu'il se le cache. Certes, son père n'avait pas le prestige de celui de Bertie – tout le monde n'a pas la chance de naître dans une famille royale. Certes, il n'était qu'un rien-du-tout. Mais Lionel n'en restait pas moins un homme dont les sentiments avaient été heurtés par les propos de celui qu'il avait, en secret, commencé à appeler son ami.

Soupirant à nouveau, il enleva ses lunettes et observa son épouse, détendue sur le canapé où Bertie s'était si souvent assis. Myrtle avait raison : il fallait qu'il aille trouver Bertie, son futur Roi – Lionel n'en avait aucun doute – et qu'il s'excuse. C'était peut-être le sort d'une nation qui se jouait là, car il ne faisait aucun doute que le Roi Edward VIII allait abdiquer et que Bertie prendrait le trône à sa place. Et dans l'état actuel des choses, Lionel était mieux placé que quiconque pour savoir que s'il avait l'étoffe d'un grand Roi, Bertie n'en avait pas encore tout à fait la voix.

Alors il se leva, embrassa rapidement le front de sa femme, attrapa son manteau, son chapeau, un parapluie, et un sourire de circonstance, et sortit sous les torrents que le ciel londonien crachait sur lui.

Arrivé à la résidence de Bertie, on lui demanda d'attendre, on allait prévenir le Duc d'York de sa visite. Lionel s'assit, se sentant bien trop petit dans cette opulence qu'était la demeure d'un « fils de Roi », d'un « frère de Roi » – d'un futur Roi, Lionel en était certain – lui qui était né dans la pauvre et aride Australie et qui habitait encore aujourd'hui dans une Londres miséreuse.

Bien vite, malheureusement, Lionel s'entendit dire que le Duc était occupé, et quand il déclara être prêt à attendre ou à repasser plus tard, on lui fit comprendre que Bertie ne souhaitait pas le revoir.

Et quand l'un des majordomes lui ouvrit la porte pour le faire sortir de la maison du Duc, de la vie de Bertie, alors qu'au dehors il pleuvait toujours des trombes d'eau, Lionel ne put s'empêcher de penser qu'il pleuvait surement encore plus en lui.