Bonjour tout le monde!

Voilà (enfin me direz vous) un nouveau chapitre du Nouveau Monde. Je suis désolée pour cette attente, je me suis un peu éparpillée ces derniers temps et je n'aime pas laisser en plan ce que j'ai commencé. Je me mets donc à jour progressivement ce qui explique que je suis encore plus lente qu'à l'accoutûmée pour publier. Mais tout est en train de rentrer dans l'ordre tranquillement et j'espère reprendre un rythme plus régulier très vite.

Donc voilà, on reprend le voyage avec les filles.

Merci pour votre accueil du précédent chapitre, vous êtes adorables. Aux non inscrites, merci pour vos reviews, ça m'embête toujours un peu de ne pouvoir vous répondre individuellement. Une mention spéciale à cocotte56. Que te dire miss si ce n'est que j'ai été très touchée par ton message. Moi aussi je suis contente de te retrouver.

Un autre grand merci à Candyshy, qui malgré une période un peu chargée trouve toujours du temps pour m'aider et corriger mes chapitres. Bisous Miss si tu passes par là!

Allez, trève de blabla, je vous laisse à votre lecture et je vous souhaite un bon, long week end, pour toutes les veinardes qui font le pont.

Bisous
Puce


Chapitre 6 :

Bella POV

Le bateau avait encore mis près de deux jours pour rejoindre les quais. Deux interminables jours, deux interminables nuits, pendant lesquels je m'attendais à ce qu'Alice ne survive pas. Mais à l'aube du troisième jour, l'agitation que nous avions connue au départ au dessus de nos têtes reprit. Les hommes criaient, couraient. On entendait le bruit de voiles qu'on replie, de cordage qu'on enroule et qu'on déroule, puis la chaîne de l'ancre qui descend doucement et, enfin, l'immobilisation définitive du bateau.

Nous étions arrivées à bon port et un immense soulagement m'envahit en même temps qu'une nouvelle inquiétude. Nous étions saines et sauves, certes, mais quels nouveaux dangers nous attendaient sur cette terre inconnue ? L'effervescence de l'arrivée au port s'était peu à peu atténuée, on aurait presque pu craindre qu'on nous ait complètement oubliées à fond de cale. Mais au bout de ce qui me parut être des heures, un homme blond accompagné de deux êtres à la peau étonnamment foncée, entra dans la cale.

J'avais déjà entendu parler des gens de couleur mais je n'en avais jamais vus. On les décrivait dans les livres comme des animaux qui pouvaient se révéler dangereux si leur maître ne les éduquait pas correctement. Je savais qu'il y en avait beaucoup dans le nouveau monde et que d'autres arrivaient par bateaux entiers pour travailler dans les fermes et servir les colons.

Ma première réaction en voyant ces hommes fut une certaine frayeur mais en les observant de manière plus attentive, je me ravisais. Il suffisait de voir la tristesse dans leur regard pour comprendre. Ils étaient des hommes, d'une couleur différente certes mais ils étaient traités par les gens de ma race comme des bêtes, un peu comme nous en fait, pauvres femmes qui n'avions pas eu la chance de naître au bon endroit. Où était l'humanité là dedans ? Chez cet homme blond qui nous regardait déjà en pensant aux profits qu'il ferait sur notre dos ? Ou dans le regard de l'homme noir asservi qui n'a d'autre choix que d'obéir ou mourir ?

Monsieur James, ainsi s'appelait le blanc, aboya des ordres que je compris à peine. Les esclaves saisirent les premières filles qui se mirent à crier et à se débattre. Les hommes semblaient mal à l'aise, ne sachant pas trop comment s'y prendre. Je décidais d'agir, nous ne resterions de toute façon pas au fond de cette cale ad vitam aeternam. Je soutins Alice par le bras et Rose comprit aussitôt mes intentions, elle l'enlaça de l'autre côté pour l'aider à se maintenir debout.

Un des esclaves voyant mon mouvement se dirigea vers moi d'un air reconnaissant. Il nous mena vers la porte. Nos comparses, d'abord méfiantes, furent vite rassurées de nous voir prendre la tête et nous suivirent, escortées par le second esclave et leur maître. Nous sortîmes enfin à l'air libre, une foule était amassée sur le quai pour nous regarder descendre. J'imaginais que nous étions une sorte d'évènement.

Le sieur James exhortait les hommes présents avec la gouaille d'une marchande de poisson pour vanter sa marchandise et les encourager à venir à la vente. Quand je parlais d'humanité… Je gardais la tête basse, incapable d'affronter le regard des gens qui nous observaient comme des bêtes de foire ou des criminelles. Une honte insidieuse nous faisait courber le dos, comme si nous étions coupables d'un quelconque méfait.

Heureusement, nous n'eûmes pas à parcourir un long chemin avant de monter à nouveau dans des charrettes. On nous conduisit devant un bâtiment imposant de brique rouge (N/A : Il s'agit du Faneuil Hall de Boston pour les plus curieuses). On nous fit entrer par une porte dérobée dans une série de petits couloirs menant à des sortes de cellules.

Les autres filles furent réparties et il ne restait plus que nous.

« Vous trois, vous valez plus cher que mes deux dernières cargaisons réunies. On va vous installer dans une chambre et vous donnez de quoi vous remettre en état, surtout la petite là. »

Honnêtement, la raison de ce traitement de faveur ne m'enchantait guère mais au point où nous en étions, je mis mon orgueil de côté et je suivais docilement l'esclave qui nous conduisit dans une petite chambre. Elle était simplement meublée mais il y avait au moins un lit où nous pourrions tenir toutes les trois. Nous y allongeâmes Alice que nous portions depuis la sortie du bateau et nous nous assîmes sur les deux fauteuils qui jouxtaient une petite table.

Aucun mot n'avait été prononcé. Je lisais dans les yeux de Rosalie des états d'âmes identiques aux miens : un certain soulagement qui se mêlait à de nouvelles inquiétudes. Des coups discrets se firent entendre à nouveau et une femme de couleur entra avec un large plateau qu'elle déposa devant nous puis elle s'éclipsa en nous demandant de cogner sur la porte si nous avions besoin d'autre chose. Un vrai festin nous était servi, du moins en comparaison des repas qui nous avions connus ces trois derniers mois.

Je commençais par faire manger ma sœur, doucement. Elle était toujours aussi pâle mais sa respiration s'était apaisée et elle parvint à ouvrir les yeux et à m'adresser un faible sourire. Alice serait toujours Alice. Quand elle ne put plus rien avaler, nous mangeâmes, Rosalie et moi tranquillement, savourant cet instant de quiétude, puis nous nous couchâmes et je sombrais rapidement dans un sommeil sans rêve, le premier depuis de longues semaines.

Quand je me réveillais, la lueur de l'aube pointait à peine. Alice dormait toujours mais elle avait déjà meilleure mine. Rose était debout devant la fenêtre, pensive. L'esclave de la veille frappa quelques minutes plus tard et nous apporta un petit déjeuner copieux. Elle nous laissa prendre notre repas et revint accompagnée au bout d'une heure. Elle portait une grande bassine qu'elle remplit d'eau chaude.

« Le maître veut que vous vous laviez M'am, je vous apporte des linges et des vêtements propres.»

Si là encore, les motivations pour un tel traitement me révulsaient, je n'avais pas le cœur de refuser un bon bain. Rosalie non plus. Elle y entra la première et je l'aidais tant bien que mal à frotter la crasse accumulée et à laver ses cheveux. J'avais oublié à quel point elle était belle. L'esclave changea l'eau et ce fut mon tour. Quel délice ! Je retins à peine un léger gémissement en sentant l'eau chaude sur ma peau. Rose m'étrilla littéralement mais le seul moyen d'effacer toute cette saleté était presque de nous arracher la peau.

Une fois sèche et vêtue, je me préoccupais de ma sœur. L'eau fut à nouveau changée et nous la portâmes dans le bac à l'aide de l'esclave. Nous la lavâmes en douceur, elle semblait reprendre vie sous nos doigts et mon courage revenait avec sa santé.

Nous restâmes ainsi dans cette chambre une petite semaine, ne manquant de rien. La jeune femme attachée à notre service s'appelait Grace. Elle n'avait pas le droit de nous parler mais nous profitions de l'aide qu'elle nous apportait dans les soins d'Alice pour converser avec elle. Elle nous parla un peu de ce qui nous attendait dehors, du moins de ce qu'elle en savait. Nous abordâmes aussi sa condition, visiblement les idées abolitionnistes gagnaient du terrain dans les colonies. Certaines avaient déjà franchit le cap, d'autres s'apprêtaient à le faire. Elle avait bon espoir de devenir bientôt une femme libre (N/A : L'esclavage a été aboli en 1783 dans le Massachussetts).

Chaque jour qui passait rendait un peu plus de vigueur à ma sœur, elle retrouvait son pétillant, sa joie de vivre et son optimisme à toute épreuve. Elle clamait désormais que Dieu nous avait placées dans cette aventure pour trouver le bonheur et qu'il viendrait bientôt à notre encontre. Alice et ses intuitions… Rose et moi étions bien plus dubitatives. La légère insouciance qui nous avait gagnées ces derniers jours nous abandonna lorsque Grace nous apporta de nouveaux vêtements et nous annonça que la vente était prévue pour le lendemain.

Nous nous dîmes au revoir, ce soir-là, conscientes que nous ne devions pas trahir notre complicité devant son maître le lendemain. Aucune de nous ne dormit dans la nuit qui suivit, nous attendîmes les premières lueurs de l'aube dans un silence quasi-religieux, sauf que plus aucune de nous ne priait désormais. Le maître en personne vint nous chercher accompagné de deux hommes de couleur. Il fut visiblement satisfait de notre état de forme et l'on nous conduisit dans un autre bâtiment, plus majestueux. Il devait s'agir d'un lieu de pouvoir. Nous entrâmes enfin dans une immense halle où régnait un vacarme assourdissant.

Nous retrouvâmes non sans déplaisir nos compagnes d'infortune même si on nous laissa un peu à l'écart. Nous attendions désormais notre sort, fébrilement. Quand soudain, notre « commerçant » interpella un groupe d'hommes qui passaient devant nous. Ils étaient jeunes, robustes, bien faits de leur personne. Le premier avait une carrure impressionnante et son regard se braqua sur Rosalie. Le chaland commença son commerce mais mon amie décida de ne pas se laisser faire. Il la souffleta avec violence, visiblement le Capitaine avait informé son complice de notre indiscipline.

Mais l'inconnu prit sa défense. Je pus lire la surprise dans les yeux de Rose, mais elle ne baissa sa garde que quelques instants et ne se laissa pas faire pour autant. Après une joute verbale avec le géant, elle termina sur le dos de l'homme qui riait à gorge déployée, se débâtant comme une damnée sous nos yeux effarés. Il l'emmena sans que nous ayons lui dire adieu et je sentis une nouvelle vague de tristesse et d'appréhension m'envahir encore une fois.

Alice se resserra contre moi quand un des hommes qui accompagnaient le géant s'adressa à elle, gentiment. Il était grand, blond et suintait un calme étonnant. Il se présenta comme si nous faisions connaissance dans des circonstances normales et tenta de nous réconforter sur le sort de Rosalie. Etrangement, il y parvint, cet homme vous poussait à lui faire confiance.

Quand il proposa à Alice de le suivre, je ressentis un vrai soulagement. Même si j'étais extrêmement triste d'être séparée d'elle, je savais que cela serait pratiquement inévitable. La savoir en sécurité avec lui, mais aussi avec Rosalie près d'elle pour veiller sur elle, était l'aboutissement de ce voyage. Peu importe ce qui m'arriverait par la suite, j'avais rempli ma mission.

Mais c'était sans compter sur l'effronterie de ma sœur qui, en reprenant vigueur, avait retrouvé son caractère. Elle refusa tout bonnement de le suivre si je ne venais pas.

« ALICE, ne fais pas l'enfant. Pars avec Rose, tu seras en sécurité.
-
Rien à faire, sans toi je ne pars pas. »

Monsieur Jasper proposa alors que je me joigne à eux et une boule de joie éclata au fond de mon âme mais elle fut, hélas, de courte durée car le chaland leur rappela la loi en vigueur, il ne pouvait emmener qu'une femme. Je tentais alors de convaincre Alice à voix basse tandis que Jasper semblait s'entretenir avec l'homme qui l'accompagnait.

« Alice, sois raisonnable. Cet homme a l'air bon. Et c'est inespéré de vous savoir ensemble avec Rosalie. Qui sait ce qui pourrait advenir de toi si tu refusais cette proposition. Tous les hommes qui sont ici n'ont probablement pas d'aussi bonnes intentions.
-
C'est justement pour ça que je ne veux pas te laisser seule ici.
-
Petite sœur, ne t'en fais pas pour moi. Je m'accommoderai et puis je trouverai peut être une solution pour vous retrouver, plus tard… »

Je n'y croyais pas moi-même et Alice ne fut pas dupe. J'utilisais alors le dernier argument en ma possession :

« Alice, je suis ton aînée et tu me dois obéissance depuis la mort de Père, je t'ordonne de suivre ce monsieur et de rester près de Rosalie.
-
Mais Bell…
-
Il n'y a pas de mais. Tu obéis et puis c'est tout. »

Je détestais avoir recours à mon statut d'ainée. J'avais toujours essayé de convaincre ma sœur du bien-fondé de mes décisions plutôt que de lui imposer. Mais elle ne me laissait pas d'autre alternative même si je détestais que l'on se sépare sur un semblant de dispute.

Résignée, elle s'approcha tête basse du groupe des trois hommes et mon cœur se déchira. Je devinais les larmes sur ses joues et les miennes coulaient aussi abondamment. J'étais en train de dire adieu à la seule personne au monde qui me donnait une raison de vivre.

Ce qu'il advint ensuite ne pouvait être qu'une intervention divine. Une bourse pleine vola et la plus belle voix que j'ai jamais entendue se fit entendre :

« Je prends celle là !»

La voix était belle, le visage de l'homme un enchantement, mais la colère qui animait ses pupilles et ses mâchoires crispées à l'extrême ne me disaient rien qui vaille. Il s'adressa alors à moi avec virulence :

« Bon tu attends quoi ? Le déluge ? »

Je me levais prestement, ne voulant pas le contrarier davantage qu'il semblait l'être. Il m'offrait là une chance complètement inespérée et je lui en serais reconnaissante pour le reste de mon existence.