N.T. : Rien ne m'appartient, ni le Prince de Perse, ni l'histoire, qui appartient à Enchantable. Voici le lien pour son histoire originale qui est en anglais. http:/www. fanfiction. net/s/6006482/1/bSadalsuud_b, il vous suffit d'enlever les espaces. Un grand merci à Temperance01 qui a bien voulu corriger cette histoire pour que vos petits yeux ne soient pas meurtris par mes ignobles fautes de grammaires et d'orthographe !

Il ne reconnaissait pas l'homme qui lui faisait face.

Dastan, Prince de Perse, surnommé le Lion de Perse, le fils adoptif du Roi, l'homme qui, d'ici un jour, prendrait part à une union qui réunirait deux royaumes, ne ressemblait en rien à cet homme-là. Ses cheveux avaient été lavés et tirés en arrière, son visage, rasé. Ses vêtements étaient sans doute les plus couteux qu'il ait jamais portés, tissés de soie de la meilleure qualité, et brodés d'or. Et, pour autant qu'il s'en souvienne, pour la première fois de sa vie, il ne portait pas d'armes. Même sa vieille écharpe rouge complètement usée, qui l'avait suivi tout au long de ses aventures, avait disparu, remplacée par une neuve, rouge rubis. Tout cela était suffisant pour qu'il ait l'impression que l'homme face à lui ressemble à un parfait étranger.

Mais le plus choquant restait ses yeux, hantés et fatigués.

Ses frères se moquaient de lui, arguant des frayeurs prénuptiales, fait qui selon Tus, disparaissait après la troisième femme, mais Dastan savait que c'était bien pire que ça. Ça n'avait rien à voir avec le fait d'épouser une belle princesse. Il allait se marier à une femme dont il était fou amoureux – une femme ne partageant guère ses sentiments. Comment le pourrait-elle ? Tamina ne le connaissait que comme le prince ayant percé les murailles de sa cité et lui ayant été imposé afin d'unir leurs deux royaumes. Elle ne le connaissait pas comme il la connaissait. Elle ne se souvenait pas du moment où ils avaient été assis sous la même tente, si proches qu'il aurait pu compter ses cils pas plus qu'elle ne se souvenait du moment où il l'avait désespérément retenu par le poignet, lui criant qu'il ne la lâcherait pas malgré ses suppliques. Et elle ne se souvenait pas non plus avoir lâché ce même poignet, les larmes aux yeux, lui assurant combien elle aurait voulu rester avec lui, avant de se laisser tomber vers sa mort...

Mais lui s'en souvenait.

Oh oui, il s'en souvenait.

Au cours du mois écoulé, combien de nuits ne s'était-il pas réveillé en criant, attrapant la première chose qui lui venait sous la main ? Plus que ce que le prince ne pouvait compter. Et il y avait une explication simple à cela. Ces jours en compagnie de Tamina, avec les nombreux voyages qu'il avait dû faire entre la Perse et Alamut, avaient été peu nombreux. Mais chaque fois qu'il revenait, il s'attendait presque à la trouver morte. Ou qu'elle se souvienne de tout. Mais rien de cela n'arrivait, et chaque fois, soulagement ou désappointement pointaient en lui. Elle était gentille, légèrement moqueuse, c'était la même femme qu'il avait connue, tout en étant différente. Elle ne le connaissait pas comme il la connaissait. Et c'était là tout le problème. Il marchait sans cesse sur des œufs, tentant tant bien que mal de ne rien laisser transparaitre pouvant dévoiler qu'il savait certaines choses... Choses dont il était censé tout ignorer. Comme le fait que lorsqu'elle avait été présentée au roi venant de conquérir sa cité, elle était parvenue à lui répondre avec aplomb. Ou comment elle s'était sacrifiée pour sauver le monde... Il ferait tout pour que ça n'arrivât plus jamais.

« Comment va le futur Roi d'Alamut ? », s'écria Bis, en ouvrant la porte. « Par tous les Dieux, Dastan! C'est le jour de ton mariage… pas de ton exécution ! On dirait que tu vas vomir ! »

« C'est bien possible. » répliqua Dastan, se détournant du miroir et passant une main dans ses cheveux. « Bis », commença-t-il en regardant son ami, « Si tu avais quelque chose de vraiment, vraiment très important à dire à quelqu'un, mais que cette personne pourrait penser que tu es complètement fou, que ferais-tu ? »

« Oh, bon sang! Tu as couché avec une autre femme la nuit passée ? » s'exclama Bis, « Tu sais, ce n'est pas si grave, les princes font ça tout le temps… Tu vas probablement avoir cinq femmes d'ici l'année prochaine et elles vont devoir te partager, alors… »

« Bis ! Je n'ai pas couché avec une autre femme la nuit passée ! » le coupa Dastan.

« Bon, eh bien, quoi que se soit, ça ne peut pas être si grave. Attends le mariage pour qu'elle ne puisse plus s'enfuir. »

Dastan le fixa un moment. Il connaissait Tamina et il savait que s'il ne lui avouait pas tout maintenant, elle s'enfuirait probablement… et le quitterait, le laissant le cœur meurtri… ou pire. Il ne pouvait pas attendre le mariage, il devait lui dire. Il devait lui dire maintenant. Après tout ce qu'ils avaient traversé ensemble, il lui devait plus qu'un mariage à un menteur, même si elle ne se souvenait pas de ce qui s'était passé entre eux. Il regagna le paravent, récupérant ses vêtements habituels, et se rhabilla. Par habitude, il récupéra son épée, avant de se diriger vers la porte.

« Dastan, où vas-tu ? » s'enquit Bis.

« Dehors. » répondit Dastan.

« Essaye de revenir à temps pour ton mariage, hein ? » lui rappela son ami.

Dastan lui fit un signe de main avant de rejoindre le hall principal. Partout où il allait, des gens s'affairaient à la préparation du mariage. Tout le monde lui souriait et attribuait ses yeux fatigués à l'évènement imminent. Dastan essaya de sourire, afin de rester courtois, en vain. La plupart du temps, son sourire n'atteignait pas ses lèvres. Quand il arriva au rez-de-chaussée, il se mit à courir. Il avait besoin de sortir du palais, loin de toute cette argenterie, ces vases emplis de fleurs et cette odeur de viande rôtissant pour le banquet du mariage. Tout cela n'était qu'un mensonge. Son père lui avait dit qu'il était un grand homme. Mais quelle sorte d'homme laissait la situation aller aussi loin? Il aurait dû lui dire, dès le premier jour, il aurait dû trouver un moyen de lui dire.

Il n'était pas un grand homme, il n'était même pas un bon prince et il avait le sentiment qu'il serait un mari décevant.

Au lieu de regagner le palais ou même de se diriger vers la cité, il prit la direction des sous-sols que Tamina lui avait montrés autrefois. Il y avait moins de sable à présent, sûrement dû au fait que leur secret l'était toujours et qu'ainsi, les Sables du Temps n'avaient guère souffert de l'invasion des Perses. Ses pieds le menèrent à la statue où Tamina avait pour la première fois ouvert le passage vers la salle des Sables. Tout avait été nettoyé, les toiles d'araignées ornant la statue avaient disparu. La propreté et l'odeur d'encens qui régnait dans la pièce étaient accueillantes.

Dastan fronça les sourcils tandis qu'il traversait la salle. L'odeur d'encens était inédite. Il se doutait de ce qu'il allait découvrir en tournant à l'angle du mur, mais il avança tout de même vers Tamina. Elle était agenouillée devant la statue, ses doigts enserrant deux bâtons d'encens emplissant l'air d'un parfum lourd. Dastan en eut la respiration coupée. Elle portait la robe blanche qu'elle revêtait lors des cérémonies religieuses. Même de là où il se trouvait, il pouvait apercevoir les motifs tracés à l'henné qui ornaient ses mains, les symboles étant accentués par des dorures. Des cristaux ornaient ses boucles noires, qui encadraient parfaitement son visage. Malgré sa beauté époustouflante dans cette tenue, Dastan songea qu'il se couperait presque un bras pour la revoir dans les vêtements qu'elle portait lors de la course d'autruches. Il l'observa terminer ses prières, plaçant l'encens entre les mains de la statue avant de lui faire face.

« Vos yeux sont-ils comblés, Prince? » demanda-t-elle d'un ton acerbe.

« Désolé… je… euh… » Dastan s'interrompit, « Vous ne semblez pas surprise de me voir ici... » remarqua-t-il, ses yeux la détaillant de haut en bas.

« Pourquoi le serais-je ? » rétorqua-t-elle.

« Eh bien, cette pièce n'est-elle pas censée être secrète ? » objecta-t-il.

« Vous semblez connaître un grand nombre de choses supposées être secrètes.» répliqua Tamina, en se retournant, passant tout près de lui et commençant à monter les escaliers.

Dastan l'observa, curieux. S'il ne la connaissait pas, il aurait pu croire qu'elle était fâchée contre lui. Et, justement, comme il la connaissait bien, il pouvait effectivement dire qu'elle était bien fâchée contre lui. Ça se voyait à son visage, son expression hautaine, ses doigts agrippant l'étoffe de sa robe, et ses pas montant les escaliers. Rapidement, il repassa dans son esprit les évènements s'étant déroulés au cours des deux derniers jours où il avait été dans la Cité, mais rien de particulier ne lui vint à l'esprit. Ils s'étaient à peine vus, tous deux confinés dans leurs chambres pour les derniers préparatifs de leur noce. Et pourtant, la princesse le traitait comme s'il l'avait blessé.

« Votre Altesse, si je vous ai offensé..."

« Oh, pas du tout, Prince Dastan, » commença-t-elle, « Comme toutes les princesses, j'aime que l'homme à qui je suis promise me mente.»

Dastan ralentit le pas à ces paroles. Lui mentir ? Est-ce qu'elle savait ? Est-ce que les gardiens pouvaient se souvenir? Non. C'était impossible. Elle avait été surprise lorsqu'il avait libéré les Sables durant leur première bataille. Ce qui ne pouvait que signifier que… enfin, peu importait. Il releva la tête et remarqua que, si ses propres pas avaient ralenti, ceux de la princesse, au contraire, s'étaient accélérés. Rapidement, il la rattrapa alors qu'ils atteignaient le haut des marches. Elle ouvrit les portes et se dirigea vers le hall sans paraître se soucier de la rumeur qui pourrait se créer en voyant les futurs mariés sortir ensemble d'une pièce sombre et close.

« Mentir ? » s'enquit-il, en la suivant. « Pourquoi dites-vous cela ? »

« Comme si vous ne le saviez pas, » rétorqua-t-elle, ses yeux noirs s'embrasant tandis qu'ils se posaient sur lui. Il soutint son regard, avec une confusion qui semblait honnête. Sa colère sembla vaciller quelques instants avant qu'elle ne tourne au coin du couloir. Il la suivit alors qu'elle sortait du palais et pénétrait dans un jardin isolé, faisant si vite volte-face qu'il faillit la percuter.

« Contrairement à ce que vous pensez, je ne suis pas idiote. » cracha-t-elle.

Il lui fallut beaucoup de pratique et énormément de self-control pour ne pas saisir la perche qu'elle lui tendait en se moquant gentiment. Même quand elle jouait à la princesse, Tamina n'avait rien d'une demoiselle en détresse. Elle était rusée, brillante et belle… choses qu'il savait déjà pertinemment. Mais, sans la menace de fin du monde qui planait sur eux, elle semblait avoir un peu plus de patience et de tenue. Elle marmonnait moins. Mais à présent, en voyant son visage se remplir de colère, il sentit les poils de son cou se hérisser, sentant la dispute imminente.

« Eh bien, peut-être que si vous arrêtiez de me prendre moi-même pour un idiot, nous pourrions discuter de votre colère... », rétorqua-t-il.

« Moi, vous prendre pour un idiot ? » répéta-t-elle, se redressant. « Je n'ai jamais rien fait de tel. »

« Et moi si ? »

« Oh, vous pensez que je ne vois pas la manière dont vous me regardez ? » demanda-t-elle.

«Vu la façon dont vous vous habillez, je pense que c'est ce que vous désirez… »

« Dit l'homme qui se promène sans chemise sans aucune raison valable ! » cria-t-elle. « Et vous ne me regardez pas comme quelqu'un qui admirerait mes vêtements… ou ce qu'il y a en dessous. », argua-t-elle.

« Et comment est-ce que je te regarde ? » s'emporta-t-il.

« Comme si j'allais te glisser entre les doigts et disparaitre ! » assena-t-elle sur le même ton.

Dastan écarquilla les yeux de surprise. Elle soutint son regard, les lèvres légèrement entrouvertes de colère avant qu'elle ne les pince, comme si elle regrettait soudain d'en avoir trop dit. Il la regarda, bouche bée, tandis qu'elle détournait le regard vers la fontaine à leur droite, contemplant l'eau derrière lui. Il la regardait comme si elle allait disparaitre. Il avait fait tellement attention à ce que rien ne s'échappe de ses lèvres, à ne rien révéler de ce qui s'était passé, que son regard l'avait trahi. Soudain, il aurait voulu avoir la dague afin de pouvoir revenir en arrière et effacer cette erreur cruciale. Cela faisait un mois, et il était certain que depuis un mois passé à la regarder ainsi, elle avait fini par se douter de quelque chose.

Il se tourna lentement, afin de lui aussi, faire face à la fontaine. Dans le reflet brisé que lui renvoyait celle-ci, il pouvait voir le visage de Tamina, fermement fixé sur l'eau, cherchant à reprendre le contrôle de ses émotions. Il observa son propre visage, hanté et fatigué et réalisa qu'elle avait infiniment plus de classe qu'il n'en aurait jamais. Pourtant, comme lui, elle avait perdu le contrôle et laissé échapper quelque chose qu'elle aurait clairement préféré garder pour elle. Il laissa échapper un soupir et revint au reflet du visage de Tamina. Ses yeux allèrent un instant vers les siens avant de se détourner à nouveau.

« Je vous ai aussi entendu. » murmura-t-elle, comme si elle lui confiait un grand secret. « Je vous ai entendu la première nuit où vous étiez là, après mes prières. Nous venions de nous rencontrer. Vous faisiez un cauchemar et vous… » Elle s'arrêta avant de finalement poursuivre. « Vous criiez mon nom. »

Dastan jura et détourna le regard, se sentant rougir de gêne. Bien sûr, à cause de ses prières, elle errait dans le palais entier et il n'était pas vraiment connu pour sa discrétion. Sauf en cas d'attaque. Combien de fois n'avait-elle pas dit qu'être la gardienne de la dague était son devoir le plus important ? Et elle l'avait entendu crier. Il savait que c'était à cause de ses cauchemars. Chaque nuit depuis qu'il était au palais, il revoyait son poignet dans sa main. Il se souvenait de ce qu'il avait ressenti quand elle avait lâché prise pour se laisser tomber vers une mort certaine. Il se réveillait immanquablement en criant, couvert d'une sueur froide, la respiration saccadée, avant que son esprit ne lui rappelle qu'elle était vivante, quelque part dans le palais. Que, même si c'était un souvenir, ce n'était plus la réalité. Plus maintenant.

« Vous ne l'avez jamais dit. » répondit Dastan.

« Ce n'est pas exactement le genre de choses qu'on introduit facilement dans une conversation banale ! » rétorqua-t-elle, le coupant légèrement.

« Oui, mais je pense tout de même que c'est le genre de choses dont la personne concernée aimerait être au courant ! » répliqua-t-il en retour.

« Eh bien, peut-être que je savais que vous alliez éviter la conversation ! » fit-elle, triomphante, en le voyant détourner les yeux. « Que vous ont donc dit vos amis? « Ne le dis pas à la princesse avant le mariage afin qu'elle ne puisse plus s'enfuir! » »

« Oui, non… enfin, ce n'est pas ce que j'allais faire ! » dit-il pour se défendre alors que Tamina ouvrait la bouche pour protester, outrée. « De plus, si cela vous dérangeait tellement, pourquoi vous n'avoir rien dit ? »

« Vous savez très bien que je ne peux pas me permettre que ma cité soit attaquée! »,répondit-elle.

« Et comment pourrais-je le savoir ? »

« Parce que vous connaissez les pouvoirs de la dague ! » cria-t-elle. Il n'avait pas de réponse à cela mais sa bouche s'ouvrit tout de même. Avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, les mains de Tamina prirent la longue chaîne qu'elle portait, révélant la réserve de sable qu'elle gardait toujours sur elle. « Ne me mentez pas! Osez me dire et que vous ignorez de quoi il s'agit! », cria-t-elle, le mettant au défi en brandissant fermement devant lui la petite fiole de sable, afin qu'il puisse voir ce qui se trouvait à l'intérieur. Il détourna le regard. « C'est mon devoir sacré que de… »

« De veiller sur la dague, je sais. » termina-t-il.

« De protéger la dague. Alors, je vous ai surveillé. » avoua-t-elle. «Après cette première nuit. J'ai vu comment vous me regardiez, et j'ai compris que vous saviez des choses que vous n'étiez pas supposé savoir… » Elle secoua la tête. « Tout est clair maintenant. Vous avez déjà utilisé la dague. »

Les mots étaient doux malgré l'énorme accusation qu'ils recélaient mais Tamina repoussa la culpabilité qu'elle ressentait. Depuis la première nuit où elle l'avait surveillé, elle avait attendu, avait retenu sa respiration chaque fois que le prince Dastan parlait. Doucement, les pièces du puzzle s'étaient mises en place, mais ce qu'elles formaient n'avait rien de réconfortant. Elle avait accepté de se marier pour bien des raisons, mais bientôt, il était devenu clair qu'elle allait devoir garder un œil sur le prince. Mais, le temps passant, il avait prouvé qu'il était bien plus courageux qu'elle ne le pensait, et dès lors, bien plus dangereux. Son but premier avait été de garder sa cité en sécurité, même si cela signifiait un mariage avec un perse. Et puis, elle s'était rendu compte qu'ils étaient beaucoup plus liés qu'elle ne l'avait imaginé. En l'observant ainsi, elle avait compris qu'elle n'était pas la seule à être sur ses gardes.

Au début, elle l'avait à peine remarqué, prenant le désir dans ses yeux pour des envies de soldat. Mais un jour, elle avait vu ses yeux fatigués, l'anxiété avec laquelle il regardait tout autour de lui, comme si on pouvait l'attaquer à chaque instant, et la façon dont il se plaçait toujours légèrement devant elle. Et c'est là que, lentement, elle avait réalisé qu'il la protégeait. Comme s'il était au courant des dangers qui pouvaient la guetter. Au début, elle avait été suspicieuse, puis flattée, et à nouveau suspicieuse. Dastan était gentil mais semblait hanté. Beaucoup trop par rapport à ce qu'il avait vécu. Quand il lui avait timidement avoué qu'il avait été adopté par le roi, même si elle le savait déjà, et qu'il attribuait certaines de ses actions à son ancienne vie, elle l'avait presque cru. Presque, bien sûr.

Et à présent qu'elle le voyait poser son regard partout sauf sur la fiole de sable, tout était clair.

Il avait utilisé la dague.

Le ventre de Tamina se tordit alors qu'elle aussi regardait ailleurs, ses accusations tombant dans le silence. Ses cris, la façon dont il agissait… Il avait utilisé la dague sur une longue période de temps. Ce qui signifiait qu'il avait relâché les Sables du Temps. Et le seul moyen qu'il ait pu ainsi réussir était qu'elle lui eut apporté son aide. Une part d'elle lui criait que c'était impossible, qu'elle ne ferait jamais une chose pareille. Aider un perse, de plus à relâcher les Sables du Temps ? Cela allait contre toutes ses convictions. Mais il n'y avait pas d'autres explications. Elle s'efforça de faire taire la panique qui grondait en elle et regarda à nouveau le Prince.

« Que s'est-il passé ? » demanda-t-elle. Il releva la tête, ses yeux dans les siens et elle soutint son regard. « Vous devez me dire ce qui s'est passé. » répéta-t-elle, sa voix montrant un peu de panique malgré tous ses efforts.

« Je… »

« Est-ce que je vous ai dit de ne pas m'en parler ? » demanda-t-elle, reculant légèrement. Il secoua la tête. « Dastan, mon devoir est de protéger la dague. Peu importe ce que vous avez fait, je comprendrais. Mais j'ai besoin de savoir ce qui s'est passé. »

Il la regarda, visiblement torturé, comme déchiré entre le fait de tout lui avouer ou de garder le silence. Elle sembla presque déceler dans son regard une once d'agonie, comme si lui raconter cette histoire allait lui causer une souffrance terrible. Tamina se força à soutenir son regard, tentant de ne pas ciller. Elle devait savoir. Il devait lui dire. Elle faisait partie de cette histoire. Pour sa curiosité autant que pour son devoir en tant que gardienne, elle devait savoir ce qui s'était passé. Sans détourner les yeux, elle prit doucement ses mains calleuses dans les siennes. Il se recula, son corps se tendant à ce contact alors que ses yeux se posaient sur leurs doigts. Il amorça un geste pour retirer ses mains mais les doigts de Tamina resserrèrent leur étreinte, l'en empêchant.

« Je… je n'aurais pas dû dire ça. » dit-il, ses yeux restant fixés sur leurs mains sans qu'il ne fasse plus rien pour se détacher d'elle.

« Dastan... » dit-elle, accentuant son prénom. Il leva les yeux vers elle, croisant son regard, avant de les baisser à nouveau. « S'il te plait. » insista-t-elle sur un ton très doux.

Elle ne comprit pas ce qui le fit changer d'avis, ce qui fit que soudain, ce n'était plus elle qui lui tenait les mains, mais lui qui s'agrippait à elle. Pas plus qu'elle ne comprit pourquoi les battements de son cœur s'accélérèrent, ses yeux déviant sur leurs mains entrelacées avant de revenir dans ceux du Prince qui la fixait. Elle essayait de se montrer rassurante mais elle n'était pas sûre d'être très convaincante. Il fut silencieux pendant un long moment avant qu'il ne l'amène doucement sur le rebord de la fontaine, les faisant asseoir tous les deux. Ses mains resserrèrent leur prise sur celles de la princesse avant de finalement les relâcher. Tamina ne comprit pas pourquoi ses mains frémirent alors de froid, ni pourquoi le fait de les frotter contre ses jambes n'atténuait guère ce sentiment de vide.

« Tout était la faute de mon oncle Nizam. » commença Dastan. « Il voulait le trône. Alors, il a fait forger des armes et il a assuré qu'elles provenaient d'Alamut. Il a convaincu mon frère Tus d'attaquer la cité et nous avons pris d'assaut Alamut. Nizam a tué mon père avec une tunique empoisonnée, rejetant ensuite la faute sur moi. Tus a pris le pouvoir mais Nizam savait qu'avec la dague, il pourrait remonter le temps et tuer mon père… avant que mes frères ne soient nés. »

Sa voix faiblissait progressivement au fur et à mesure de son récit, ses doigts se crispant contre le tissu de son pantalon.

« Il les a tués, devant mes yeux. Les Hassansins ont tué Garsiv, qui m'a sauvé la vie avant de mourir. Nizam a tranché la gorge de Tus juste devant moi. Je les ai vus mourir tous les trois sans que je puisse faire quoi que ce soit. »

Tamina se mordit l'intérieur de la joue. Ses frères, morts, son père, assassiné, l'Empire sur le point de tomber entre les mains de l'homme à l'origine de tout ça. C'était plus que suffisant pour briser le plus fort des cœurs. Elle avança ses mains mais il parla avant qu'elle ne puisse le toucher. Rapidement, elle retira ses mains, croisant à nouveau le regard de Dastan avant qu'à nouveau, ce dernier ne baisse les yeux.

« Et tu étais là… Toi et cette stupide dague. » Il secoua la tête et, pendant un moment, un sourire amer s'inscrit sur son visage. Mais ce sourire se transforma en quelque chose de plus tendre. « Tu insistais pour qu'on ramène cette chose jusqu'au temple, quel qu'en soit le prix. Tu me l'as volé plusieurs reprises, me laissant une fois pour mort. » Il fixait ses mains, son sourire ne s'effaçant pas. « Et même si je n'avais jamais été aussi misérable, tu as réussi à me redonner le sourire. »

« Et ? » le pressa Tamina lorsqu'il se tut. « Je t'ai redonné le sourire ? Il doit y avoir plus que ça ! Tu n'as pas remonté le temps que de quelques minutes, mais de bien plus... »

« Nizam a fini par trouver le Sablier du Temps dans les catacombes. Tu m'y as conduit… même si tu avais déjà failli mourir pour cette dague… et nous sommes arrivés devant le Sablier… » Il s'arrêta.

« Et je suis morte. » achevat-t-elle, ayant la sensation qu'on venait de la plonger dans un bac empli de glace.

Dastan la regarda et ce fut suffisant pour confirmer ses dires. Tamina se leva, ayant tout à coup du mal à respirer. Elle était morte. Elle avait vraiment été morte. L'idée était si étrange qu'elle avait l'impression qu'elle allait mourir à l'instant. Toutes ces personnes mortes, la fin du monde si proche et Dastan qui avait alors fait le seul choix possible. Tout cela semblait parfaitement véridique, et pourtant, elle avait l'impression qu'elle allait vomir.

« J'étais morte. » répéta-t-elle, se retournant pour lui faire face. « Comment est-ce que je suis morte ? »

« Tu… »

« Comment ? »

« Tu es tombée. » répondit-il, comme s'il confessait la plus grande faute. « Je t'ai rattrapé mais tu m'as forcé à te lâcher. Tu as dit que je devais empêcher Nizam de déverser les Sables du Temps, que c'était mon destin. Et tu… » Il prit une grande respiration, plantant ses yeux brillants de larmes dans ceux de la princesse. « Tu as lâché mon poignet et je n'ai pas réussi à te retenir. »

Tamina le regarda, consciente qu'elle aussi avait les larmes aux yeux, à présent. Désormais, tout avait un sens. C'était pour cela qu'il la regardait comme si elle allait disparaitre à tout instant, c'était pour cela qu'il la protégeait même lorsqu'il ne semblait y avoir aucun danger… c'était pour cela qu'il se réveillait toujours en criant son nom, comme s'il voulait la sauver. Elle s'efforça de respirer et regarda le Prince. Elle avait la terrible impression que c'était la première fois qu'il parlait de ce qui s'était passé mais tout le réconfort dont elle était capable resta coincé dans sa gorge.

« Est-ce que tu m'aimais ? » demanda-t-elle, d'une voix étouffée. Leurs regards se rencontrèrent.

« Je penses que ça n'aurait pas tardé. » répondit-il honnêtement.

Un sentiment de trahison lui piqua les yeux. Il la connaissait, il savait tout ce qui s'était passé et malgré tout, il s'était tu pendant ce mois entier qu'ils avaient passé ensemble. Elle ignorait si, à sa place, elle aurait trouvé les mots pour tout lui avouer, mais ce n'était pas elle qui avait utilisé la dague. Elle ne s'était pas rendue compte qu'elle s'était reculée jusqu'au moment où elle vit ses yeux s'agrandir et qu'il ne lui tende la main. Mais elle se recula en peu plus encore, l'idée qu'il puisse la toucher lui étant insupportable. Combien de fois l'avait-il touché avant ? De quelle manière ? Que s'était-il passé entre eux ? Comment pouvait-il savoir tant de choses alors qu'elle n'avait aucune idée de ce qui s'était passé entre eux ? Comment pouvait-il même penser à se marier avec elle?

« Je… » Les mots restèrent bloqués dans sa gorge. « Je dois y aller. » dit-elle finalement, en tournant les talons et quittant le jardin.

« Tamina, attends ! » cria-t-il, ses doigts ne faisant qu'effleurer la soie de sa manche.

Mais, encore une fois, il ne fut pas assez fort que pour la garder près de lui.

Elle avait déjà disparu.

N.T. : Voilà le premier chapitre. J'essaierai de traduire le plus vite possible mais bon, je suis en examen alors… pas toujours autant de temps que je le voudrais. Les reviews sont toujours appréciées !