Toutes les cérémonies et les préparations du monde n'auraient pu préparer Dastan à son mariage.

Il avait assisté avec ennui aux quatre mariages de Tus et aux trois de Garsiv, comme le bon frère et prince qu'il était. Il savait donc parfaitement comment allait se dérouler son propre mariage, les coutumes persanes consistant à montrer à Tamina qu'elle lui devait obéissance. Il savait ce qui allait se passer, ce qui allait être dit, ce qui allait arriver. Il connaissait tellement bien son rôle qu'il aurait pu faire tout ça en dormant. Il s'était demandé pourquoi on l'avait tant fait répéter, au point que parfois sa tête débordait de ces paroles étranges, n'en comprenant pas toujours leur utilité. Mais quand Tamina entra dans la pièce et ôta son voile, il comprit.

Parce que, à cet instant précis, il se trouva même incapable de parler.

Tamina était belle à couper le souffle, la plus belle femme qu'il ait jamais vue. Les cristaux ornant sa chevelure la rendaient encore plus magnifique. L'henné sur ses mains et ses pieds était encore plus doré que d'habitude, et il lui sembla même que de la poussière d'or brillait dans ses cheveux. Le khôl faisait ressortir ses yeux, accentuant son charisme. Elle ne portait plus l'une de ses robes blanche et or dans lesquelles il était habitué à la voir, mais une robe rouge brodée d'or et d'argent. Des bijoux en or et en argent paraient ses poignets, ses chevilles et ses doigts. Si elle détestait porter ces habits de cérémonies, elle ne le montrait pas. Tamina était, semblait-il, extrêmement douée pour dissimuler ses sentiments, semblant toujours sereine.

La cérémonie en elle-même passa très rapidement. Dastan se souvint à peine des mots qu'ils échangèrent. Personne ne rit, et il en conclut qu'il devait s'être pas mal comporté, ne sachant même pas comment il avait pu y parvenir. La cérémonie n'exigeait que peu de paroles de leur part, mais quand Tamina les prononça, elle semblait calme et sereine, comme si ce genre de cérémonies faisaient partie de son quotidien, ce qui était peut-être bel et bien le cas. Il ignorait totalement ce qu'elle pouvait bien ressentir, mais lorsque la cérémonie toucha à sa fin, et qu'il entendit son père applaudir, une vague de soulagement gagna Dastan. Il réalisa soudainement que lui et Tamina étaient enfin mariés, et il crut s'effondrer à nouveau, pour de toutes autres raisons.

Alors que tout le monde semblait penser que tout allait pour le mieux, Tamina, elle, semblait convaincue que le fait qu'il ait réussit à tenir toute la cérémonie relevât du miracle. Alors qu'ils s'avançaient vers la porte, main dans la main, pour aller saluer leur peuple, Dastan se demanda s'il n'allait pas être malade. Il avait combattu des armées, sauvé le monde, était retourné dans le temps, mais tout cela n'était rien comparé à ce jour.

« On dirait que tu vas vomir. », constata Tamina.

« Est-ce que je t'ai déjà dit que j'étais nul pour ce genre de choses ? », demanda-t-il, avec un léger sourire.

« Je l'avais deviné dès ta demande de fiançailles...", répliqua Tamina. « Ne dis rien. Respire par le nez. » Elle regarda autour d'elle et baissa la voix. « Et souviens-toi que ces gens ne se souviennent pas que tu les as sauvé d'un Armageddon. Ils pensent que tu as envahi leur cité, alors essaie de faire bonne impression. »

« Sourire et saluer ? »

« Sourire et saluer. »

Timidement, il acquiesça tandis que la porte s'ouvrait et que les bruits de la foule devenaient véritablement assourdissants.

Plus tard, quand Dastan repenserait à son mariage, quatre choses lui reviendraient à l'esprit : le bruit, les couleurs, les épices et Tamina. Les trois premières choses se mélangeant pour former une symphonie de sensations assourdissantes, et il souhaita presque être aveugle, sourd et privé d'odorat. La quatrième chose, par contre, oh, la quatrième semblait être la seule chose qu'il pouvait voir clairement. En la regardant, personne ne pourrait s'imaginer ce qu'il s'était passé ces derniers jours, ni qu'elle s'était mariée à un homme qu'elle avait rencontré parce que son frère avait désobéi aux ordres de leur père en envahissant sa cité. Elle avait l'air parfaitement impassible, le modèle parfait d'une nouvelle mariée. Elle parla sans gêne à ses frères et à son père, à leurs femmes, et à toutes les personnes qu'elle croisait, avec un charme qui lui faisait tourner la tête. Dastan était sûr qu'elle avait mieux berné les gens que lui.

Mais elle ne pouvait pas le berner, lui.

Il pouvait voir ses poings se serrer, dissimulés par les manches de sa robe. Il voyait la façon dont ses lèvres se serraient quand les gens s'éloignaient, le fait qu'elle se forçât à ne pas reculer lorsque quelqu'un posait la main sur elle. Lui-même était exténué après la nuit qu'ils avaient passée et toutes les préparations qui avaient précédé le mariage, alors, il n'imaginait même pas comment devait se sentir Tamina. Il ne doutait pas de sa capacité à rester impassible tout au long de la fête, elle était douée pour cela. Mais lui, était doué pour s'échapper de ces fêtes, autant qu'elle pour y participer. Il regarda autour de lui et trouva Bis qui, heureusement, n'était pas encore trop saoul. Il marcha rapidement vers lui et plaça une main sur son épaule.

« Couvre-moi. » dit-il.

Bis se retournas mais Dastan était déjà parti en direction de Tamina, assise près de deux des femmes de Tus. La deuxième femme la regardait avec tout sauf de la gentillesse. Il s'avança rapidement vers elle, tout le monde s'écartant sur son passage. Les deux femmes autour d'elle furent surprises par l'arrivée de Dastan mais Tamina était trop perdue dans son ennui masqué pour l'entendre approcher. Il se baissa légèrement et les regarda toutes les trois.

« Désolé. », déclara-t-il. « Mais j'aimerais vous emprunter ma femme. »

Sans attendre de réponse, il tendit sa main à Tamina qui la prit immédiatement. Il la releva, le poids de tous ses bijoux rendant la chose difficile. Ils y arrivèrent tout de même et ils fendirent la foule. Il ne savait absolument pas où il l'emmenait, mais tout autre endroit serait mieux qu'ici.

« Dastan, où est-ce qu'on va ? », demanda Tamina, bien qu'elle ne tentât rien pour se soustraire à son emprise. « On se doit d'être présents à cette sorte de cérémonie. »

« Ouais. », fit-il en le regardant du coin de l'œil. « Mais on peut s'en échapper un instant. ». Il regarda devant lui, surpris de se retrouver dans le même couloir que dans lequel elle l'avait amené lorsqu'elle lui avait présenté la Dague pour la première fois dans cette réalité. Il se tourna pour faire face à la fontaine. « Je t'ai dit que j'étais nul pour ce genre de choses. »

« Les cérémonies ressemblent rarement à celle-ci. », assura Tamina, avançant à ses côtés devant la fontaine. « Mais toi, tu es autorisé à te marier plusieurs fois ; moi, c'est la seule cérémonie à laquelle j'aurais droit. »

Dastan la regarda, surpris d'entendre une pointe d'amertume dans sa voix, avant de réaliser qu'on avait probablement dû lui répéter toute la journée qu'elle devait s'estimer heureuse d'être la première épouse de Dastan… insinuant ainsi qu'il y en aurait d'autres.

« Tu penses vraiment que je vais épouser quelqu'un d'autre après toi ? », s'étonna-t-il.

Elle le regarda dans les yeux, fronçant les sourcils.

« Tu ne le feras pas ? »

« Non ! », répondit-il, choqué qu'elle puisse penser une telle chose. A son regard, il vit que Tamina ne le croyait pas. « Mais frères se sont mariés pour des alliances. Pas par amour. »

Tamina croisa à nouveau son regard. Les nuits de contemplation l'avait privée de sommeil, et c'était déjà assez difficile de penser clairement sans rajouter à cela tout ce stress et toutes ces heures à se demander ce qui avait bien pu se passer entre eux dans cette autre réalité. Entre les préparatifs du mariage et les conversations avec les femmes de Tus et Garsiv qui n'arrêtaient pas de lui dire quelle chance elle avait d'être la première épouse même s'il ne s'agissait que du plus jeune prince, Tamina avait une envie folle de s'étrangler avec un de ses jupons. Elle avait fait son devoir en tant que prêtresse, mettant de côté ses propres aspirations afin de surveiller l'homme qui avait sauvé le monde. Mais, alors qu'elle fixait la fontaine, Tamina se demanda si elle n'aurait pas dû insister pour reporter le mariage.

« Amour ? », répéta-t-elle, ses yeux revenant vers lui. « Est-ce que tu penses m'aimer ? », questionna-t-elle.

« Je pense que je t'aime plus que mes frères n'aiment leur femmes. », répliqua-t-il.

Tamina reporta son attention sur la fontaine. Honteuse, elle sentit des larmes se former sans raison au coin de ses paupières. Cette journée était à la fois superbe et affreuse. Affreuse parce qu'elle se mariait avec un homme qu'elle ne connaissait pas vraiment et dont elle n'était pas amoureuse, en tout cas, pas encore. Elle avait accepté cela, se résignant à ce que le jour de son mariage fut atroce. Mais, c'était aussi superbe journée, parce que bien qu'elle ne fût pas amoureuse de Dastan, elle l'appréciait énormément. Elle l'appréciait beaucoup plus qu'elle n'aurait pu le penser. Et elle ne savait plus quoi penser de tout ça. Elle savait parfaitement comment se comporter quand elle devait faire son devoir. Mais elle ne savait pas comment réagir dans la situation actuelle.

Sa tristesse dut se peindre sur son visage car Dastan reprit la parole.

« Je suis désolé, je ne voulais pas te faire de peine. », s'excusa-t-il. « C'est juste que… j'avais l'impression que tu allais mal et j'ai pensé que ça s'arrangerait si on… »

« Non, tout va bien. », le rassura Tamina, lui adressant son meilleur sourire. « Merci. », dit-elle, en se dirigeant lentement vers la fontaine. Elle s'assit sur le rebord avant de poser sa tête entre ses mains. « Je ne pense pas t'avoir dit que je déteste devoir m'habiller comme ça. »

« Je pensais qu'avec ces robes de prières que tu portes toujours, tu aimerais cela. », répondit Dastan, semblant se détendre un peu.

« Traditions. », rétorqua Tamina. « Et crois moi, c'était pire encore pour les gardiennes précédentes. »

Dastan s'avança vers elle. Après un instant d'hésitation, il s'assit ses côtés. Ils restèrent assis un long moment, laissant le silence et les douces couleurs qui les entouraient les calmer après l'océan de bruit et de couleurs vives qui les avaient englouti lors de la fête. Le sentant assis près d'elle, Tamina ferma les yeux un moment, appuyant un peu plus ses doigts contre ses tempes. Ce moment de paix, bien qu'infime, était plus que tout ce qu'elle avait imaginé pouvoir avoir le jour de son mariage. Dastan restait silencieux et immobile à côté d'elle, lui laissant le temps de se détendre. Finalement, elle ouvrit les yeux et se redressa, défroissant le devant de sa robe, tout en le regardant.

« On devrait y retourner. »

« D'accord. », acquiesça-t-il, se relevant avant de lui offrir sa main pour l'aider à faire de même. Tamina se redressa. « Allons-y. »

« Dastan. », fit-elle, en resserrant son étreinte sur sa main, le faisant s'arrêter. Il se retourna vers elle, l'interrogeant du regard. « Merci. »

Il sourit.

« Avec plaisir... », murmura-t-il avant de la reconduire vers la fête.

Ils furent vire séparés par la foule qui célébrant leurs noces. Entre la nourriture, les boissons et toutes les tapes dans le dos qu'il reçut, Dastan se persuada qu'il aurait des bleus le lendemain s'il devait encore endurer ça longtemps. Tamina non plus ne semblait pas enchantée par leur situation, mais elle réussit tout de même à paraître dix fois plus gracieuse que lui. La fête était encore bien active après la tombée de la nuit, et les serviteurs vinrent allumer les torches qui avaient été placées dans le jardin. Il était sûr que la fête allait durer encore bien longtemps, enchaînant sûrement sur la fête prévue le lendemain.

Lui, par contre, avait d'autres choses à faire.

Dastan ne remarqua pas le moment où Tamina fut emmenée, ne notant son absence que quand il la chercha du regard sans la trouver. Il eut une drôle de sensation en constatant son absence. Il scruta la foule encore une fois, la cherchant à nouveau, mais en vain. Il abaissa la coupe qu'il était en train de boire, et se retourna vers quelqu'un pour l'interroger, quand un bras vint se poser sur ses épaules. Il tourna la tête pour voir Garsiv, un grand sourire sur le visage témoignant du fait qu'il était légèrement saoul et de bonne humeur.

« Déjà amoureux ? », demanda Garsiv en fronçant légèrement les sourcils. « Tu vas vite. », ajouta-t-il en secouant la tête. « N'ais pas peur Dastan, c'est ta nuit de noces. »

« Tamina est déjà là-bas ? »

« Ca ou bien elle a fuit en se faisant accompagner de six serviteurs. »

La boule que Dastan avait au ventre se détendit légèrement avant de s'amplifier encore plus. Tamina n'avait pas été kidnappée, non, on l'avait emmené se préparer pour leur nuit de noces. Soudain, il sentit son estomac se serrer. Nuit de noces, sa nuit de noces avec Tamina. Ce n'était pas qu'il n'y avait jamais pensé. Après tout, après seulement une journée, elle s'était collée à lui pour essayer de reprendre la Dague. Et quelle que soit la situation, lorsqu'il n'y avait qu'une fine couche de tissu vous séparant, c'était assez difficile de penser à autre chose. Sa gorge se noua en songeant à ce moment, même s'il tenta tant bien que ma de ne rien laisser paraître. Garsiv, fort heureusement, semblait trop saoul ou trop heureux pour remarquer quoi que ce soit.

« Voilà. », fit-il, attrapant la première bouteille qui lui tombait entre les mains. « Tu vas en avoir besoin. »

Dastan but la moitié de la bouteille, plus que ce qu'il n'avait pensé.

Mais il sentit l'alcool lui monter à la tête, et se dit que ce n'était probablement pas une bonne idée. La seule pensée qu'elle, Tamina, soit en train de l'attendre lui faisait déjà tourner la tête. Dans cette réalité, il avait rêvé d'elle pendant un mois, avant de se sentir idiot de penser ainsi à une femme qu'il n'était pas censé connaitre et à qui il cachait un si grand secret. Il lui avait dit la vérité à présent, et une partie de lui se demandait si passer leur nuit de noces maintenant, comme ça, était vraiment une bonne idée. C'était nécessaire, il le savait, mais l'idée que son père, ses amis… le royaume entier en fait, sache qu'il l'avait fait avec Tamina le rendait malade. Depuis qu'il était arrivé dans le palais royal étant enfant, il avait été étonné par l'intérêt que les gens portaient à la royauté. Mais à présent, il aurait aimé qu'ils s'en soucient un peu moins, ou qu'ils y fassent moins attention.

« Tu te sens mieux ? », s'enquit Garsiv. « Bien. », ajouta-t-il avant que Dastan ne puisse répondre quoi que se soit. « Allons en haut. J'espère que ta nouvelle femme est prête. », continua-t-il. Dastan fronça les sourcils. « Il va lui falloir toute la nuit pour défaire ces boutons. »

Sans mots, Dastan acquiesça alors que Garsiv le conduisait déjà en haut des escaliers et il fit de son mieux afin de ne pas donner l'impression d'être amené en salle d'exécution. Finalement, il se retrouva devant la porte de la chambre. Garsiv recula d'un pas. Dastan se retourna pour le regarder. La tête légèrement penchée sur le côté, son frère sembla l'examiner un instant, avant de tendre sa main vers lui. Il y eut un petit bruit, et Dastan vit un bouton au creux de la main de son frère.

« Mon cadeau de mariage. », annonça Garsiv, tenant le bouton entre ses doigts avant de se pencher vers lui. « Il y a plus de chances qu'elle t'arrache ta chemise si elle voit qu'il manque un bouton. », expliqua-t-il. « Quand tu auras atteint ta troisième femme, tu pourras lui faire couper le tissus sur toi directement ! »

« Garsiv... », souffla Dastan en regardant son frère et se penchant à son tour à son oreille. « Je pense que je n'en n'aurais qu'une. », confia-t-il.

« Seulement une ? », s'exclama Garsiv. « Es-tu fou ? »

« Non. », murmura Dastan. « Mais je pense que je suis amoureux. »

« Eh bien, elle est certainement assez jolie pour compter pour deux, pas comme ces laiderons qu'a épousé Tus. »

Dastan rit doucement, couvrant sa bouche de sa main. Les mots de Garsiv n'étaient pas tout à fait faux. Les deux dernières femmes de Tus étaient loin d'être des beautés.

« Il… on… on avait besoin d'alliés. », dit Dastan, essayant de défendre son frère, bien qu'ils sachent tous pertinemment que ça avait été de mauvais choix.

« Je suis sûr qu'il essayait de se persuader ainsi quand il se tenait devant la chambre nuptiale. » renchérit Garsiv, toujours en train de rire.

« Il est le futur roi. », ajouta Dastan, essayant tant bien que mal de rester sérieux. « Il doit faire des sacrifices. »

« Ouais. », fit Garsiv, reprenant son sérieux lui aussi avant d'arranger la veste de son jeune frère. « En parlant de cela... », conclut-il en lui faisant un clin d'œil. « Va la chercher, Lion ! »

Dastan leva les yeux au ciel, se demandant comment un surnom si féroce pouvait paraitre aussi ridicule sorti de la bouche de son frère. Il tendit la main pour saisir la poignée et ouvrit la porte.

La pièce était magnifique, comme pour tout ce qui concernait les préparations de leur mariage. Des pétales de fleurs étaient déposés un peu partout dans la pièce, baignant l'atmosphère d'une douce odeur. Des bougies avaient été allumées dans des récipients emplis d'huile, créant une ambiance dorée et tamisée. Les fenêtres étaient ouvertes, laissant ainsi pénétrer la douce brise du soir. Malgré cela, la pièce était encore agréablement chaude. Il vit un lit à baldaquin tout près, dont les rideaux avaient été tirés afin de dévoiler les draps blancs. Dastan regarda partout dans la chambre, à la recherche de sa femme.

« Oh ! Et souviens-toi de ce que je t'ai dit tout à l'heure. », lança Garsiv dont la voix résonna dans le couloir.

Dastan grinça des dents, se promettant de se venger de son frère plus tard, alors que la porte se fermait derrière lui. Quand il osa ouvrir les yeux, la chambre était toujours vide. Les sourcils froncés, Dastan s'aventura plus profondément dans la pièce, regardant partout autour de lui à la recherche de sa princesse. Pendant un moment, il eut l'espoir qu'elle n'ait pas entendu ce que son frère avait dit, qu'elle était quelque part en train de se préparer et que les portes allaient s'ouvrir, lui épargnant un moment de honte. Mais il entendit un bruit provenant d'un coin de la pièce et il comprit qu'il n'avait pas tant de chance que ça.

Cependant, quand il la vit, il se dit que finalement, il était l'un des hommes les plus chanceux de Perse.

Il l'avait déjà vu dans des tenues assez osées. Comme lors de la course d'autruches, ou lorsqu'ils étaient entrés à Avrat afin d'assister aux funérailles de son père. Ces deux costumes avait été faits afin de montrer le plus de peau possible, ce qu'elle cachait d'habitude avec sa robe de cérémonie. Il avait beaucoup apprécié de la voir ainsi, surtout quand elle avait été obligée de porter cette plume d'autruche sur la tête. Mais là, il n'avait vraiment pas envie de rire.

Les cristaux dans ses cheveux ou toutes ces choses qu'elle portait pendant la cérémonie avaient disparu. Elle ne portait qu'une légère robe blanche, attachée derrière sa nuque, dévoilant ses épaules, ses bras et un décolleté en v assez plongeant. De petits cristaux décoraient le bord de la robe, qui était assez courte, atteignant tout juste la moitié de ses cuisses, dénudant ses longues jambes. Ses cheveux cascadaient autour de sa tête et sur ses épaules. Elle ne portait plus de bijoux ni de maquillage ou d'henné. Il ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois, se sentant comme un poisson hors de l'eau alors qu'elle se rapprochait de lui, avec une grâce folle.

Elle adorait l'air stupéfait qu'affichait Dastan en ce moment. Même si ce qu'elle portait était indécent selon elle, elle avait été contente d'enlever cette robe de soie lourde et tous ces ornements. Elle pensait que, une fois devant Dastan, elle se sentirait gênée ou nerveuse, voire même effrayée, mais quand elle le regarda, elle réalisa que, même si elle ressentait un peu tout cela, ce n'était pas si grave que cela. Elle avait l'impression qu'il la déshabillait du regard, mais pas d'une manière gênante. D'une manière qui lui plaisait.

Tamina se rapprocha de lui. Elle l'avait déjà vu nu, lors de cette nuit où elle l'avait tiré de son cauchemar. Mais il y avait une différence entre un homme à moitié hystérique, bougeant en tout sens durant son sommeil à cause d'un cauchemar, et ce qui allait se passer maintenant. Il semblait figé sur place alors qu'elle se rapprochait de plus en plus de lui, avant que toutes ces résolutions ne partent en fumée. Mais toute envie de plaisanter lui sortit de la tête quand elle regarda l'homme en face d'elle. Ils étaient mariés, réellement mariés, et ils ne leur restaient plus qu'une chose à faire afin que leur mariage ne soit vraiment officiel. Et comme pour toutes les autres parties de son mariage, elle avait reçu des instructions. Tamina continua donc à se rapprocher de lui, ses yeux rencontrant les siens alors que ses mains commencèrent à détacher le nœud de tissus qui retenait l'habit derrière sa nuque.

Mais la main de Dastan attrapa la sienne avant qu'elle ne puisse se déshabiller davantage, ses yeux scrutant attentivement son visage. Tamina le regarda d'un air curieux alors que les doigts de Dastan prirent les siens, joignant ainsi leurs mains. Tamina fixa leurs mains jointes avant de revenir à son visage, ne comprenant pas ce qu'il faisait. Elle attendit alors qu'il regardait leurs mains, silencieux. Ils restèrent ainsi un long moment, avant qu'il ne recommence à parler.

« On s'est embrassés. », dit-il. « Dans cette autre réalité. » précisa-t-il, ses yeux remontant vers les siens avant de retourner à leurs mains. « Je ne sais pas si cela change quelque chose mais je pense que tu devrais le savoir. »

Tamina ramena elle aussi son regard sur leurs mains. La façon dont il parlait, ce qu'il disait, ne faisait que lui rappeler à quel point leurs destins étaient liés. Elle le regarda. Dastan semblait hésitant, comme s'il pensait qu'elle allait s'enfuir. Mais elle serra un peu plus sa main dans la sienne.

« Est-ce que tu t'es demandé quel était la bénédiction que je t'avais donné dans le temple la dernière fois? », demanda-t-elle. Il acquiesça silencieusement. « C'est une bénédiction que l'on donne à ceux qui ont voyagé avec la Dague, qui connaissent son incroyable pouvoir, à ceux dont le destin est lié à celle-ci. » Elle ne quitta pas son regard. « Je ne sais pas ce qu'il s'est passé dans cette autre réalité, à part ce que tu m'en as dit, mais tu dois croire au fait que tu as été amené dans cette cité, et vers moi, pour une bonne raison. »

« Comment peux-tu croire aussi facilement en des chose pareilles ? », questionna-t-il, mais il n'y avait pas la moindre trace d'accusation dans sa voix, seulement de la confusion.

« Cela s'appelle la foi, Dastan, et c'est tout sauf évident. », répliqua-t-elle.

Dastan la regarda. Tamina se pencha lentement, ne faisant aucun mouvement pour séparer leurs mains jointes alors qu'elle posait délicatement ses lèvres contre les siennes. Son baiser était léger, un peu taquin, et Dastan eut l'impression qu'il allait devenir fou. Il se pencha un peu plus, approfondissant le baiser. Elle se laissa submerger par les émotions et entrouvrit les lèvres. Sa main quitta la sienne, et il la posa sur sa hanche. Tamina fut parcourue de frissons alors que ses doigts calleux touchaient sa peau, tout près de sa robe. Lentement, elle fit remonter ses mains pour les posées sur ses épaules.

L'autre main de Dastan se posa sur l'épaule de la Princesse. Tamina se tendit légèrement alors que ses doigts caressaient son épaule, balayant sur le côté les cheveux qui s'y trouvaient. Ses lèvres quittèrent les siennes et il les posa sur son cou alors que ses doigts caressaient sa peau le long de sa colonne vertébrale. Tamina émit un léger bruit de surprise, son corps se rapprochant du sien alors que Dastan lui mordillait le lobe d'oreille avant de retourner à sa gorge. Les doigts de Tamina caressaient le tissu de la veste de Dastan alors que ce dernier appuyait sa main contre le bas de son dos, tout en continuant à embrasser son cou. Tamina se mordit la lèvre alors qu'il exerçait un peu plus de pression avec ses doigts sur sa peau avant qu'il ne la serre encore plus contre lui.

Les doigts de Tamina agrippèrent le tissu de sa veste. Sans la moindre trace de gêne, elle en défit les boutons. Dastan la lâcha afin qu'elle puisse lui retirer sa veste, dévoilant ainsi la chemise qu'il portait en dessous. Dès que ce fut fait, il posa ses deux mains dans le bas de son dos et l'attira tout contre lui. A travers sa chemise, Tamina pouvait sentir les battements de son cœur et soudain, sa chaleur devint comme une drogue. Elle voulait… non, elle avait besoin de plus. Elle mit ses mains autour de ses épaules, le poussant contre elle sans le moindre avertissement.

Ils étaient tellement absorbés, qu'aucun des deux n'entendit le sifflement de la flèche.

Dastan brisa le baiser quand il vit la flèche, supposée transpercer son cou, se planter dans une poutre de bois. Ses yeux s'écarquillèrent, mais il n'eut pas le temps de réfléchir à un plan. Ils étaient au centre de la pièce. Il fit un croche pied à Tamina afin qu'ils tombent tous les deux au sol, couvrant le corps de la Princesse avec le sien alors que d'autres flèches venaient se planter dans la poutre. Dastan tourna la tête dans la direction d'où venaient les flèches mais ne vit rien. Le balcon semblait les protéger de leurs agresseurs.

« Reste au sol. », ordonna Dastan, en regardant Tamina qui acquiesça. « On va aller derrière le paravent et on courra dehors. »

Restant au sol, ils se dirigèrent vers le paravent, alors que d'autres flèches brisaient l'air. Quand ils parvinrent derrière le paravent, une bonne dizaine de flèches s'étaient plantées dans le bois. Dastan jura. Si l'archer entrait dans la pièce, ils étaient fichus. Par habitude, Dastan porta la main à sa ceinture pour se saisir de son épée, mais il ne rencontra que du vide. Il se rappela alors qu'il ne portait aucune arme à cause de son mariage. Il regarda Tamina, accroupie à côté de lui.

« Quand je jette ma veste, on court, compris ? »

Elle acquiesça. Dastan lança sa veste. A mi-hauteur de la pièce, des dizaines de flèches vinrent s'y avant de continuer leur route vers le mur. Dastan et Tamina coururent vers la porte avant que les archers n'aient le temps de recharger leurs armes. Ces quelques mètres pour atteindre la porte furent les plus longs de leur vie. Tamina ouvrit la porte et ils continuèrent à courir. Dastan ferma la porte derrière lui, et la bloqua. Dans le couloir, ils pouvaient entendre les bruits venant de la fête qui continuait en leur absence.

« Je dois aller prévenir mon père. », dit Dastan, en se dirigeant vers les escaliers, ne s'arrêtant que quand il s'aperçut que Tamina ne le suivait pas. « Tamina ? »

« Je dois aller chercher la Dague. », répliqua-t-elle. « Je dois la mettre en sécurité. » continua-t-elle, et sans penser à sa propre sécurité, elle partit en direction du Haut Temple.

Dastan se dirigea vers les escaliers, voulant absolument prévenir son père et ses frères. Mais son corps et son cœur avaient d'autres plans. Il savait que les hommes qui les avaient attaqués étaient des tueurs nés. Il savait que c'était des Hassansins et qu'ils n'en voulaient pas au trône de son père. Ils voulaient la Dague, celle que Tamina était partie protéger.

Il ne réfléchit pas plus longtemps et se lança à la suite de Tamina.