Hello!

Non, vous ne rêvez pas, voici le chapitre 11 de Good Morning Bristol, après des mois d'attente. Dernier update depuis Mai, j'ai honte quand même, mais bon, les vacances sont passées par là, et même si je ne suis pas partie cette année, j'ai quand même eu envie de faire autre chose qu'écrire, sans compter que j'allais déménager alors je voulais vraiment profiter de mes amis avant de ne plus les voir! Ca, sans compter le syndrome de la page blanche qui m'a sournoisement frappée, et puis, il y a eu mon déménagement, ma rentrée, et me voilà. Dans ce chapitre donc, ça bouge assez, vous le constaterez par vous-mêmes :p Il est assez long (près de 56 pages word), donc, il était évident que je n'allais pas pouvoir l'écrire en une semaine, c'est pourquoi la publication de cette fic sera désormais mensuelle. J'espère qu'il vous plaira autant que les précédents, et s'il vous plaît, n'hésitez pas à me laisser une trace de votre passage, parce que je commence à en avoir sérieusement marre de voir que les chapitres sont beaucoup lus pour si peu de retours, écrire, c'est certes pour soi, mais à partir du moment où on se décide à publier nos écrits, on s'attend quand même à avoir quelque chose en retour. Vous aurez passé du temps à lire ce chapitre, vous pouvez bien prendre trois minutes de votre précieux temps pour me laisser un petit mot. Ca n'a l'air de rien, dit comme ça, mais on peut mettre des mois pour écrire un chapitre qui sera peut-être lu en quoi, une demi-heure, trois quarts d'heure? C'est assez badant, quand on se rend compte. Je suis peut-être lente pour updater, mais je fais ce que je peux. Et pour vous donner une idée pourquoi je râle, je vais mettre quelques statistiques:

Le dernier chapitre a été vu 228 fois, et 4 reviews seulement m'ont été laissées. Ce qui correspond à peu près à 1,7% des lecteurs qui m'ont laissé une review. Ce qui est un score assez pitoyable, je dois bien l'avouer. Et vous pensez toujours que je devrais me contenter des quatre reviews qu'on me laisse par chapitre? Je ne pense pas, non, de voir des trucs pareils ça me dégoûte complètement de publier mes fics. Je suis simplement découragée de me casser le cul pour essayer de ne pas trop être en retard dans ma publication, et vous fournir quelque chose de qualité pour aussi peu de reconnaissance de la part des lecteurs. Je ne sais vraiment plus quoi faire pour faire bouger les choses. Est-ce si difficile de prendre 3 minutes de son temps pour laisser une trace de votre passage? Trois minutes, c'est quoi dans une vie? Que devrais-je dire, moi, de passer des heures entières sur ce chapitre, d'avoir sué sang et eau pour le pondre, de m'être arrachée les cheveux de très nombreuses fois parce que je ne savais pas comment continuer ce chapitre. Essayez d'y penser avant de cliquer sur la petite croix après votre lecture.

Pour finir par une note plus joyeuse, vos RAR sont comme d'habitude sur mon live journal: styxxounettepointlivejournalpointcom. Pour ceux n'étant pas familiers avec ce système, vous avez à gauche dans le menu des liens, qui s'intitule bêtement « réponse aux reviews ». Vous aurez alors accès à l'index des RAR de toutes mes fics, et vous devez logiquement avoir un lien qui mène aux RAR pour le chapitre 10 de Good Morning Bristol. Voilà. Je m'en retourne réviser mon cours de droit du travail, et je vous souhaite une bonne lecture. On se retrouve à la fin pour les petits commentaires ;) à bientôt!

PS 1: Pour les lecteurs qui ne laissent de reviews que quand la fic est finie, vous êtes tous pardonnés. Les autres par contre...no comment.

PS2: Vous retrouverez Ginny d'entrée de jeu dès le chapitre 12. Oui, déjà le 12. Mais bizarrement, 20 chapitres ça m'a l'air d'être dans trèèès longtemps.


[DAPHNEE]

L'eau brûlante roulait sur sa peau diaphane, traçant autant de rigoles de feu dans sa chair. Daphnée avait beau être restée plus d'une heure dans la douche, elle n'arrivait pas à faire partir toute cette saleté qui maculait son épiderme et pourrissait son être. Elle frotta ses yeux rougis par ses trop nombreuses larmes, le front appuyé sur le carrelage froid de la paroi. Elle y avait même apposé les mains, pour se donner un peu plus de stabilité. C'était peine perdue, et elle le savait, ses jambes tremblaient affreusement, incapables de porter son poids.

Daphnée se laissa glisser à même le mur, pour se recroqueviller contre elle-même. Elle était en position fœtale, incapable de réchauffer malgré le jet d'eau brûlante. C'était à l'intérieur qu'elle avait froid. Elle était incapable de se relever, terrassée par la douleur. Son cœur battait si fort qu'elle craignait mourir d'une tachycardie. Daphnée hoquetait si fréquemment qu'elle pensait qu'elle allait bientôt cracher du sang. Elle sanglotait bruyamment, à l'agonie. Elle n'entendit même pas la porte de la salle de bains s'ouvrir à la volée.

-Merde, Daphnée, qu'est-ce que tu as foutu? S'écria une voix très familière, tout droit surgie de son néant.

Daphnée claquait des dents, tant elle était gelée. Le contour de ses lèvres était légèrement bleu. Elle n'arrivait même pas à se relever. Elle n'était plus qu'une loque, en proie à ses démons intérieurs. Elle convulsait presque de sentir si mal, une violente nausée l'avait prise. Elle tenta de ramper à nouveau sous la douche lorsqu'elle sentit deux bras fermes et puissants l'enlacer pour la tirer fermement hors de l'eau. Elle tenta de se débattre quelques instants, mais elle était trop faible pour résister davantage, tout ce qu'elle pouvait faire, c'était mourir contre cette épaule, et s'imprégner de cette odeur qu'elle aimait tant. Parce que c'était lui. Et même malgré ce qu'il s'était passé l'autre jour, il était revenu. Il était là, en chair et en os, et elle peinait tout simplement à y croire, c'était presque trop beau pour être vrai.

Ron enveloppa son corps tremblant dans une serviette éponge, et entreprit de la frictionner doucement, pour la réchauffer. Daphnée se calmait peu à peu, apaisée par la présence de celui dont elle était tombée amoureuse, par la force des choses. Elle s'accrocha à lui comme à un rafiot de fortune, désespérée, et naufragée. Désespérément naufragée. Ron dégagea quelques cheveux blonds de son cou, et il embrassa doucement le creux de son cou, ce qui la fit frissonner de la tête aux pieds. Lorsque son regard croisa celui de Ron, à la fois tendre et inquiet, Daphnée comprenait pourquoi toutes ces filles se sentaient vivantes rien qu'à travers le regard de leur petit-ami. C'était la première fois depuis bien longtemps qu'elle avait l'impression d'être importante aux yeux de quelqu'un.

-Pourquoi tu es là? Chuchota-t-elle, d'une voix d'outre-tombe.

Oui, pourquoi? Elle l'avait bien planté là, l'autre jour. Elle s'était barrée alors qu'il lui avait dit je t'aime, elle avait pris peur et elle s'était bêtement enfuie. Alors, pourquoi était-il revenu? L'autre fois, elle lui avait démontré par a + b qu'elle n'en valait pas la peine, elle lui avait tourné le dos alors qu'il s'était ouvert à elle…Quel genre de fille était-elle donc pour refuser un cadeau tel que Ron? C'était dans ces moments là qu'elle se sentait vraiment ignoble, et qu'elle estimait ne pas mériter de vivre, d'aimer.

-C'est Millicent qui m'a appelé à la rescousse. Répondit Ron d'une voix rauque, tout en continuant de frotter doucement son dos. C'est…Elle s'est inquiétée de te voir aussi longtemps enfermée dans la salle de bains. Elle avait peur que tu fasses une bêtise.

-Pourquoi je ferais une bêtise? S'enquit-elle, d'une voix éteinte.

-C'est à toi de me le dire. L'encouragea Ron, quoiqu'un peu froidement.

Daphnée baissa les yeux, avant de cligner des paupières. Quelques larmes glissèrent à nouveau sur ses joues rougies, et elle se remit à claquer des dents. Ron la regarda, légèrement perplexe. Elle avait l'air terrorisée, comme si elle avait le diable aux trousses. Il aurait aimé savoir ce qui l'effrayait autant, pour mieux pouvoir l'apaiser. Daphnée ne s'était jamais sentie aussi fragile, aussi vulnérable, aussi faible. Elle qui s'efforçait toujours de garder la tête froide, de donner aux autres l'image d'une fille forte, qui ne se laissait pas marcher sur les pieds, voilà qu'elle se laissait terrasser par ce qui la rongeait de l'intérieur. Daphnée avait osé penser qu'elle valait plus que ça, qu'elle allait réussir à vaincre ses démons, mais force était de constater que tel n'était pas le cas.

-Je ne sais pas…si c'est une bonne idée. Murmura Daphnée d'une voix éteinte, en tirant sur le t-shirt de Ron pour l'attirer contre elle.

-D'accord. Concéda-t-il en prenant une autre serviette pour essuyer ses cheveux mouillés. Ne dis rien si tu n'en as pas envie. Sache tout de même que je suis là, si tu as besoin de te confier.

-Désolée. Souffla-t-elle, en claquant des dents, alors qu'elle se serrait davantage contre le rouquin.

-Pourquoi tu serais désolée? S'enquit Ron, perplexe.

-Désolée d'être partie ainsi, l'autre fois. Murmura-t-elle, dans son cou, alors qu'elle posait à nouveau la tête sur son épaule.

-Je m'excuse également. Marmonna le grand roux, qui avait le feu aux joues. Ça…ça m'a échappé.

Daphnée se renfrogna. Il n'avait jamais vraiment eu l'intention de lui dire je t'aime. Il l'avait dit sous le coup de la jouissance. Arracher un je t'aime pendant l'amour revenait un peu à soutirer des aveux à quelqu'un sous l'influence de l'alcool. L'endorphine tout comme l'alcool abolissaient toutes les barrières, toutes les résistances, cacher quoi que ce fût était alors impossible. Les mots interdits finissaient immanquablement par rouler du bout des lèvres, et s'évanouir au creux de l'oreille de leur destinataire. Ces mots là étaient d'une rare sincérité, une sincérité que l'on ne retrouvait pas sobre et en pleine possession de ses moyens.

C'était précisément ce qui avait effrayé Daphnée, l'autre soir. Elle avait eu le temps d'y repenser depuis. À chaque fois qu'elle entendait à nouveau Ron lui souffler un je t'aime au creux de son cou, elle sentait les papillons s'envoler dans son ventre, et son cœur palpiter aussi rapidement que les ailes d'un colibri. Et à chaque fois qu'elle se ressassait cette scène, elle se maudissait, elle le maudissait. Elle le maudissait de ne pas avoir su tenir sa langue, et elle, d'avoir flippé comme une malade. Elle brûlait de lui retourner ces mots, mais elle en était bien incapable, ces quelques lettres restaient bloquées au fond de sa gorge et refusaient de franchir le barrage de ses lèvres.

Daphnée sursauta légèrement en entendant trois coups frappés à la porte de la salle de bains. Réactif, Ron lui caressa gentiment les cheveux pour la rassurer. Ce devait être Millicent ou Zacharias qui venaient s'enquérir de son état. La clenche de la porte s'activa, et le battant s'écarta légèrement, suffisamment pour laisser la tête de Millicent passer dans la salle de bains. Daphnée se redressa, tentant de reprendre son masque de fille forte, qui pour l'instant, vola en éclats.

- Je…je suis venue voir si tout allait bien. Déclara Millicent, apparemment gênée de les voir ainsi enlacées.

-Je vais bien. Confirma Daphnée, le regard vitreux.

-Peut-être, intervint Ron, mais…tu n'as pas à t'en faire, Millicent, je m'occupe d'elle. Je vais aller l'habiller et la coucher. Elle a simplement besoin d'une nuit de sommeil pour se remettre de ses émotions.

-Si vous voulez manger quelque chose, n'hésitez pas. Les invita Millicent, en adressant à Ron l'ombre d'un sourire. Zach est en train de préparer ses fameux spaghettis bolognaise, c'est une tuerie.

Effectivement, on pouvait sentir un délicieux fumet émaner du rez-de-chaussée, où se trouvait la cuisine. Daphnée huma l'air quelques instants, et sourit doucement à son amie. L'estomac de Ron, lui, se manifesta bruyamment, ce qui les fit rire tous les trois.

-Dans ce cas, ne tardez pas. Leur conseilla la brune, avant de s'éloigner. Au fait Daph', il faut qu'on ait une conversation toutes les deux.

-D'accord. Concéda Daphnée, non sans esquisser une légère moue au passage, alors que Ron enfouissait son visage dans son cou gracile. Merci…de l'avoir appelé.

Millicent hocha la tête d'un air entendu, puis s'éloigna pour de bon. Elle referma la porte derrière elle, laissant à nouveau leur intimité au couple. Ron avait profité de ce bref intermède pour se relever, ce qui laissa Daphnée plutôt perplexe puisqu'elle gisait encore au sol. Elle allait lancer une réplique cinglante, quand Ron l'attrapa par les épaules et sous les genoux afin de la porter dans ses bras, telle une mariée. Daphnée sourit avant de s'accrocher à sa nuque, toujours vêtue en tout et pour tout d'une serviette trop courte.

Il la déposa sur le lit, dans la chambre d'amis. Daphnée se redressa doucement, en prenant appui sur ses avant-bras. Ron commença à tourner dans la chambre de Daphnée, puis retourna dans la salle de bains afin d'aller y chercher ses affaires. Ron rougit légèrement en voyant les sous-vêtements en dentelle rouge et noir de la belle Greengrass. Daphnée lui lança un regard tendre, presque amoureux. Elle trouvait sa pudeur réellement adorable, d'autant plus qu'il l'avait déjà vue nue plus d'une fois, et tout autant de fois en sous-vêtements. Il était parfaitement au courant qu'elle portait des jolis bustiers affriolants, ou ces petites choses qu'il était désormais le seul à voir.

Ron s'assit sur le lit, à côté de Daphnée. Elle se redressa complètement, et vint l'embrasser dans le cou, doucement, lascivement. Ron soupira, et pencha la tête sur le côté. Daphnée le trouvait indécemment sexy en cet instant. Il ferma les yeux doucement, alors que Daphnée posait ses mains sur ses épaules. Elle s'était mise à genoux dans le lit, et avait collé son corps contre le sien. Ron sentait l'envie monter en lui, mais il la repoussa gentiment, non sans l'embrasser en guise d'excuse. Daphnée ferma les yeux en sentant les lèvres de son beau roux posséder les siennes avec passion.

-On doit aller manger un morceau, ce n'est pas raisonnable. Dit-il, alors que sa moue boudeuse s'accentuait. On doit se coucher tôt parce que demain, c'est le grand départ.

-Alors finalement, qui vient nous chercher? S'enquit-elle, en souriant faiblement.

Au départ, ils s'étaient arrangés avec Théodore pour aller directement chez Blaise en empruntant le Tunnel sous la Manche, mais Daphnée savait qu'il venait de rompre avec sa copine, aussi elle ignorait s'il allait être en état pour cette virée en France. Elle se doutait bien, pragmatique comme elle était, que quelques jours de repos allaient s'avérer indispensables, même si Ron, quant à lui, préconisait les cuites à répétition.

-Théodore passe nous prendre en voiture demain matin. Confirma Ron, avec un sourire d'autosatisfaction. Il est vrai qu'Hermione devait venir, mais elle s'est désistée en raison des derniers évènements, alors…je pense que trois personnes pour une voiture de quatre places, c'est largement jouable.

-Je pense aussi. Approuva Daphnée en lui ébouriffant les cheveux, amusée par son air trop sérieux. Je ne savais pas que ton pote avait le permis.

-Il est plus vieux que nous. Répondit Ron, comme si ce simple fait justifiait le reste. Il m'a dit qu'il a passé son permis en moins de trente heures de conduite, et du premier coup. Il s'est juste fait remonter les bretelles parce qu'il consomme de la drogue occasionnellement.

-Comme nous tous. Contra Daphnée, en fronçant légèrement les sourcils.

-Si c'est ça qui t'inquiète, reprit Ron, imperturbable, Théodore n'est pas toujours défoncé non plus, là, il sait qu'il doit prendre le volant, alors il n'a rien pris dans les soixante douze heures précédant notre départ, histoire qu'il soit en pleine possession de ses moyens. Il est plutôt responsable comme mec, il n'est pas du genre à rouler à toutes flingues et à commettre des infractions.

-Mais je ne m'inquiétais pas. Éluda-t-elle en lui adressant un sourire en coin, avant de reprendre ses lèvres avec passion.

-Au fait, de quoi voulait te parler Millicent? Interrogea le rouquin, interrompant leur baiser.

-J'en ai aucune idée. J'imagine que ça peut attendre mon retour.

Daphnée, cependant, resta songeuse. La blonde avait bien vu l'air grave qu'avait arboré son amie lorsqu'elle avait prononcé ces quelques mots. Daphnée frissonna. D'ici à ce que Millicent ait pensé qu'elle avait tenté de se foutre en l'air, il n'y avait pas loin. La jeune Greengrass se redressa, l'air soudainement préoccupée. Faisait-elle vraiment flipper au point que l'on arrive à penser ça d'elle? Daphnée eut une pensée pour Ron. La fille qu'il aimait, avant elle, en tout cas, avait mis fin à ses jours d'une bien soudaine façon. Trop soudaine, pour que qui que ce soit puisse s'en rendre compte. Certes, Daphnée avait un passé psychiatrique, et un psychisme des plus fragiles, mais elle allait mieux, elle jurait qu'elle allait mieux. Il fallait bien continuer à avancer, non?

Elle baissa les yeux, soudainement honteuse. D'ici à ce que Ron pense qu'elle n'était qu'une cinglée suicidaire de surcroît, il n'y avait pas loin non plus. Daphnée se sentit tout à coup mal à l'aise de ne pas lui parler de ça, de ce ça qui déchire, et qui lui broie les tripes. Elle avait encore envie de pleurer, mais elle se l'interdisait. Pourtant, il lui serait tellement facile de se laisser peu à peu sombrer dans les bras de Ron, lui qui était si tendre et rassurant. Elle n'avait pas le droit, elle n'était pas faible, le ça pouvait allait se faire foutre. Elle n'avait pas tenté de se reconstruire ces deux dernières années pour que tout son travail soit anéanti par quelques vieux souvenirs. On disait que le temps apaisait les blessures, mais c'était faux. Daphnée n'avait jamais cicatrisé. C'était juste qu'elle ne le montrait pas, là où d'autres préféraient jouer les martyrs.

Daphnée n'avait jamais paru aussi fragile, aussi frêle. Elle semblait prête à se briser à la moindre bourrasque. Elle frissonna de la tête aux pieds, alors que la chair de poule se dessinait sur sa peau blême. Elle avait froid, une fois encore. Ron soupira, avant de se pencher sur elle pour l'embrasser sur le front. Daphnée se laissa faire, trop apathique pour résister. Et, en admettant qu'elle en ait été capable, elle ne l'aurait pas fait. Parfois, s'abandonner complètement avait aussi du bon. Ron écarta doucement la serviette, révélant son corps nu et chétif. Elle se mordilla la lèvre inférieure alors qu'il lui mettait sa culotte. Certes, il était en train de la rhabiller, mais c'était l'expérience la plus érotique qu'elle avait vécue de toute sa jeune vie. C'était encore plus grisant que lorsqu'il la déshabillait pour lui faire l'amour.

Patiemment, Ron prit la serviette pour sécher ses pieds, puis ses jambes. Il dédaigna la serviette pour lui enfiler son jean taille basse. Une fois que cela fut fait, il posa quelques baisers brûlants sur son ventre plat, ce qui la fit se contorsionner tant c'était bon. Elle enfouit ses mains dans la chevelure cuivrée, alors qu'il remontait tout doucement jusqu'à sa poitrine, avant de prendre ses seins menus en coupe et de les presser gentiment. Daphnée laissa échapper un léger gémissement, le corps en éveil avec ces caresses. Il allait la rendre folle, s'il continuait à titiller ainsi son envie sans éteindre le feu qu'il avait allumé. Les doigts du rouquin chatouillèrent gentiment ses côtes, puis, il posa ses lèvres gentiment entre ses seins. Il s'empara alors du soutien-gorge, qu'il lui remit d'une main experte, c'était à croire qu'il avait fait ça toute sa vie. Daphnée s'était redressée pour lui permettre de mettre l'attache, et elle tenait ses longs cheveux blonds, qui tombaient n'importe comment autour de son visage. Puis, Ron lui remit doucement son débardeur blanc, qui soulignait à la perfection ses seins ronds et fermes. Daphnée soupira, avant de se blottir dans les bras de Ron. Tant pis si en cet instant précis, elle était identique à toutes ces pimbêches qu'elle passait son temps à critiquer. Aujourd'hui, plus que jamais, elle avait besoin de tendresse, d'être rassurée, et lui seul pouvait la lui prodiguer.


[RON]

Ils étaient enfin sur la route. Cela faisait près de deux heures qu'ils roulaient, sous un soleil de plomb, même perdus en pleine campagne anglaise. Ils avaient ouvert toutes les fenêtres, et profitaient à fond de cette atmosphère propre aux départs en vacances. Au volant, Théodore tirait sur sa cigarette, concentré sur la route. Il sifflait par intermittence l'air qui passait à la radio. Au bout d'une heure, il en avait eu marre, alors, il avait mis un de ces CD personnels. D'un œil curieux, Ron avait examiné la Renault Clio que son ami conduisait, une voiture vert bouteille. Sur le coup, le rouquin avait complètement oublié que son ami était français, et par conséquent, qu'ils avaient le volant à gauche. Il avait également une plaque d'immatriculation française. La suite de chiffres avaient intrigué Ron, qui s'était empressé de demander:

-ça signifie quoi, le numéro 22 sur ta plaque?

-C'est le numéro de mon département d'origine. Répondit Théodore, en écrasant sa cigarette dans le cendrier. Et le drapeau que tu as pu voir, blanc et noir, c'est le drapeau breton. Mon département, c'est le Finistère, et c'est là que vous allez passer toutes vos vacances.

-Il paraît qu'en Bretagne il pleut souvent. Éluda Ron, tout en pianotant nerveusement sur son téléphone portable.

-Pas plus qu'ailleurs. Assura Théodore en regardant dans le rétroviseur, diablement amusé. Qui t'a dit une bêtise pareille?

-Lavande. Dénonça Ron, alors que le sourire sur les lèvres du grand brun venait de s'agrandir.

-Pourquoi ça ne m'étonne pas? Gloussa Théodore, presque nerveusement. Il ne pleut pas plus en Bretagne que par ici. En comparaison, il tombe deux fois plus de précipitations dans le sud de la France qu'ici en une année. Certes, dans le sud, ils connaissent des périodes de sécheresse, mais en automne, c'est le déluge, il y a souvent des inondations.

-Oh, chouette. Ironisa Ron, tout en jetant un œil à Daphnée, qui s'était assoupie sur son épaule.

Ron abandonna bien rapidement l'idée de discuter plus longtemps, et il décréta qu'il serait sans doute préférable qu'il laisse Théodore se concentrer sur sa route. Ils n'avaient pas encore atteint Londres, et Ron commençait à trouver le temps long. Daphnée avait compris la combine, elle s'était endormie, mais Ron en était bien incapable. En effet, Hermione lui tenait la jambe, et elle ne cessait de le harceler de messages depuis tout à l'heure. D'ailleurs, la patience du rouquin commençait sérieusement à s'émousser. Hermione n'avait-elle pas compris qu'il n'avait pas envie de parler de ça?

Théodore glissa à nouveau un regard dans le rétroviseur. Il fronça les sourcils en voyant Ron aussi remonté. Le brun passa une main nerveuse dans ses cheveux, les ébouriffant davantage. Il sentait comme des mauvaises ondes dans l'habitacle, et ça le stressait plus qu'il n'était nécessaire. À tout hasard, il posa la question à son ami, toujours absorbé par son téléphone.

-Je sens comme des mauvaises ondes par ici. Fit remarquer Théodore, tandis que Ron sursautait, comme s'il venait d'être pris en flagrant délit de quelque chose. Tu es sûr que ça va, mec?

-T'inquiètes mec, je gère la situation. Répondit Ron, décidément pas disposé à lui avouer ce qui se tramait réellement.

-Dans ce cas, pourrais-tu te calmer? Je ressens ton stress, et ça me rend nerveux. J'ai l'impression d'être monté sur ressorts depuis tout à l'heure, et pourtant, je sais que je n'ai pas abusé sur le café ce matin.

-Tu…Tu as eu des nouvelles d'Hermione? Se risqua finalement à demander Ron, tout en s'empourprant graduellement, mal à l'aise à l'idée de remuer le couteau dans la plaie.

-Pas la moindre. Répondit Théodore, plutôt sèchement. Et à mon avis, c'est peut-être la meilleure chose qui me soit arrivée depuis des mois. Je n'ai pas à m'inquiéter en permanence, ni même à me flinguer le moral en me posant toutes sortes de questions. Je n'ai jamais été aussi zen et détendu depuis bien longtemps. J'ai pris la résolution de ne plus me prendre la tête avec tout ça.

Ron fit une légère moue, pas très convaincu par le discours de son ami. Il était vrai que Théodore avait l'air plus cool, plus décontracté, comme si tout ce qui lui arrivait lui passait par-dessus la tête. Justement, ne s'agissait-il pas d'un leurre habile destiné à camoufler un mal-être plus profond, plus dévorant? C'était dans ces moments là que Ron le trouvait particulièrement agaçant. Avec lui, il n'y avait jamais moyen de savoir ce qui se tramait réellement dans sa tête, il camouflait habilement tout ce qu'il ressentait derrière de multiples subterfuges, tous se laissaient prendre au piège, à quelques rares exceptions près. Ces exceptions, c'étaient les personnes qui le connaissaient vraiment, et qui savaient lire en lui comme dans un livre ouvert.

Ron fréquentait Théodore depuis suffisamment longtemps pour être capable de détecter quand son ami cachait des choses ou non. Ron, par exemple, avait senti le malaise flotter dans l'air dès lors qu'il avait glissé le nom d'Hermione dans la conversation. La rupture était somme toute bien trop récente pour que Théodore ait clairement eu le temps de cicatriser. En fait, la blessure était encore fraîche et devait être, somme toute, encore un peu douloureuse. Ron savait que Théodore tenait encore à Hermione, il le lui avait dit, l'autre jour, autour d'un flipper. En fait, Ron avait compris que la rupture était arrivée comme un cheveu sur la soupe, sans aucune raison apparente. Enfin, des raisons, il devait y en avoir, mais Théodore n'avait jamais rien dit, il ne s'était jamais plaint, il avait tout encaissé, mais jusque quand pouvait-il tout garder pour lui.

Alors, Ron s'en était voulu, d'avoir mis les pieds dans le plat. Le dernier des fils Weasley s'en voulait de se montrer aussi brutal, d'être incapable de tourner sa langue dans sa bouche sept fois avant de parler. S'il était doté de cette faculté, il ne faisait aucun doute que cela lui éviterait bien des désagréments. Il n'aurait pas dû parler d'Hermione, c'était un fait, d'autant plus que Théodore venait de se renfrogner. Bravo, Ron. Il venait de gagner le gros lot haut la main.

-Désolé, je n'aurais peut-être pas dû ramener le sujet sur le tapis.

-Pas de soucis. Répondit Théodore, un peu trop abrupt. Je pense qu'il faudra bien que j'en parle un jour, non? À moins qu'Hermione s'en soit déjà chargée à ma place.

Dans sa voix, on pouvait aisément y lire l'amertume. Ron eut d'autant plus envie de rentrer sous terre. Tout à coup, la lande anglaise qui défilait sous leurs yeux semblait être bien plus intéressante que la conversation en elle-même. Ron ne pouvait s'empêcher de se traiter de lâche, bien qu'il ne pouvait pas être plus lâche qu'Hermione l'avait été. Malgré toute l'estime qu'il portait à son amie, il pensait qu'elle n'avait pas agi de façon très correcte, qu'elle aurait dû rompre en face et non pas agir toute seule, en fourbe, comme elle le faisait si souvent. Théodore ne méritait pas ça, et c'était précisément ce que Ron était en train de lui expliquer.

-Non, elle ne m'a rien dit à ce sujet. Ajouta Ron, alors que Théodore recommençait à prêter un tant soit peu d'attention à la conversation. En fait, elle est plutôt en train de me harceler pour savoir ce que tu es en train de faire et avec qui.

-Oh, je vois. Ricana Théodore, non sans sarcasme. Elle m'a largué comme une vieille chaussette, mais en attendant, elle me tient toujours en laisse en voulant fliquer le moindre de mes mouvements. Est-elle au courant que dans la mesure où nous avons rompu, je n'ai plus de comptes à lui rendre, ni quant à mes activités, ni quant aux personnes que je fréquente?

-Tu la connais. Éluda Ron, sombrement. Elle est jalouse et possessive. Elle sait qu'il y a une autre fille dans la voiture, alors…elle devient parano.

-Comment ça, elle sait qu'il y a une autre fille? Marmonna la voix ensommeillée de Daphnée, qui venait de se réveiller et de se redresser, quittant l'épaule de Ron, au grand dam de ce dernier. Qui sait qu'il y a une autre fille? Hermy-bitch?

Théodore pouffa de rire au surnom que Daphnée venait de donner à son ex petite-amie, tandis que Ron s'était renfrogné, n'aimant pas que l'on parle d'Hermione de cette manière. En voyant l'expression des deux garçons, Daphnée comprit qu'elle avait vu juste, et elle se réveilla complètement, en pleine forme.

-Je t'ai déjà dit de ne pas l'appeler comme ça, Daph'. la rabroua Ron, alors que le sourire narquois de Daphnée s'agrandissait. C'est de ma meilleure amie dont il s'agit.

-Peut-être, mais n'empêche que ta meilleure amie, c'est quand même une belle garce! Protesta Daphnée, en passant une main dans ses cheveux blonds emmêlés. Ce n'est pas une façon de faire les choses de larguer quelqu'un par texto! C'est le comble de la lâcheté. Elle n'avait pas à se comporter de la sorte, tout comme tu n'as pas à cautionner de tels agissements. Alors ne vous en déplaise, mais je continuerai à dire du mal d'Hermy-bitch si j'ai envie. Ce genre de filles me sort par les yeux.

-Mais tu ne la connais même pas! Fit remarquer Ron, alors que Daphnée, à côté de lui, se renfrognait davantage.

-Oh que si, je la connais. Siffla Daphnée, menaçante. Je la connais très bien, même.

-Sérieusement? S'enquit Ron, qui n'avait pas saisi l'ironie du propos. Tu l'as rencontrée où?

-C'est une longue histoire. Soupira Daphnée, avant de se tasser dans le siège, légèrement mélancolique.

Elle appuya sa joue contre la vitre, le regard absent. Il commençait à faire chaud dans l'habitacle, malgré les fenêtres grandes ouvertes. Son débardeur lui collait à la peau, et elle sentit une goutte de sueur perler dans son cou. Ron, quant à lui, avait fini par couper son portable, pour être tranquille. Il n'avait plus envie d'essayer d'expliquer à Hermione que Théodore était présentement en train de conduire et qu'il ne faisait pas grand-chose d'autre, si ce n'est que parler et fumer par intermittence. Il avait fini par se disputer avec la jeune fille, par textos interposés. Enfin, disputer, c'était vite dit, disons qu'ils avaient échangé quelques propos assez vifs, et à présent, Ron avait les nerfs en boule.

Des tas de questions se posaient dans sa tête, notamment celle de savoir quel était le lien réel entre Daphnée et Hermione. Daphnée avait laissé sous-entendre qu'elles se connaissaient, très bien même. Daphnée avait dit cela avec une certaine acidité, comme si elle avait quelques griefs à l'encontre de la reine du lycée. Avec un soupir, Ron se disait qu'il était peut-être loin de connaître toute la vérité. Il était certain que quelque chose se manigançait dans l'ombre, et que même Théo semblait faire partie intégrante du complot. Comment cela pouvait-il être possible? Théodore n'était là que depuis seulement quatre mois, il ne pouvait pas être au courant de tout…à moins qu'Hermione lui ait raconté certaines choses. Ron connaissait la propension qu'avait son amie à faire des mystères, mais il n'aurait jamais pensé que cela puisse être à ce point là. Somme toute, Hermione avait l'âme aussi sombre que celle de Théodore. Penser qu'Hermione était naïve et née de la dernière pluie serait une erreur, une grossière erreur. Hermione frappait quand on s'y attendait le moins.

-J'ai l'impression qu'en ce moment, une personne nous divise tous. Lâcha Ron, en jetant un œil au dehors.

-Ah ouais? Ironisa Théodore, de mauvaise humeur.

-C'est évident, non? Je veux dire…ne le prends pas mal, mec, mais tout le monde t'a pris en grippe quand tu es arrivé, parce qu'ils pensaient que tu allais foutre un coup de pied dans la fourmilière. Mais en fait, ce n'était pas de ta faute, tu venais de débarquer, tu ne savais rien de nous. Et comme par hasard, au même moment, ça a commencé à merder entre Hermione et Malefoy. Après, chacun a pris grossièrement parti, si on caricature un peu, on avait les pro-Hermione, et les pro-Malefoy.

Une fois n'était pas coutume, Ron réfléchissait. Il tentait de savoir le moment précis où tout avait commencé à déraper. Pour ainsi dire, au départ, le rouquin s'était montré particulièrement injuste envers Théodore, et lui avait dit des choses pas très gentilles, le tenant notamment pour responsable de la dislocation de leur petit groupe, alors qu'il n'avait vraiment rien à voir avec eux. Il avait mis du temps avant de se rendre compte que c'était en réalité Hermione qui les divisait tous. La mort de Pansy avait été le point d'orgue, le pavé dans la mare. C'était là que leur petite bande avait éclaté, parce que tout s'était rapidement enchaîné. Trop rapidement.

Peu à peu, Lavande s'était éloignée. Elle a préféré se consacrer à ses activités de pom-pom-girl et elle s'était rapprochée de Drago. Elle semblait même fuir la présence d'Hermione, même si Ron ne saurait expliquer pourquoi. Après tout, à une époque, Lavande et Hermione s'entendaient comme cul et chemise. Ron se promit de poser la question à Lavande au cas où. Il savait par avance qu'il n'obtiendrait rien d'Hermione, elle resterait obstinément murée dans son silence, et garderait jalousement tous ses secrets, ses secrets qui la pourrissaient jusqu'à l'os.

Parvati s'était également éloignée, si on regardait bien. Elle donnait l'impression d'avoir le cul entre deux chaises. Elle semblait mal à l'aise lorsqu'elle était dans la même pièce qu'Hermione et Lavande, donnant l'air d'être dans ses petits souliers. C'était encore pire depuis qu'Harry était dans le coma, elle semblait s'être coupée de toute civilisation, pour passer ses journées à l'hôpital, à faire le pied de grue en attendant qu'Harry ne se réveille.

Et Harry, d'ailleurs? Harry s'était toujours montré du côté d'Hermione. Ron avait toujours été un peu jaloux de leur proximité, même lui n'avait jamais été aussi proche de la reine que pouvait l'être le Survivant. Drago aussi faisait partie de la garde rapprochée d'Hermione. Tout comme Pansy l'avait été. Mais Pansy n'était plus, il ne restait plus qu'Harry et Drago pour protéger la reine. La protéger de quoi, au juste? Ron avait le sentiment qu'ils formaient tous les trois une coalition, qu'ils étaient liés par il ne savait quel secret, et ça l'agaçait de ne pas savoir. Surtout qu'il le sentait, mais ça avait quelque chose à voir avec Pansy. Ron était de plus persuadé que Pansy ne s'était pas suicidée, comme tous le pensaient. Il estimait même qu'on l'avait suicidée, là était toute la nuance. Ron avait momentanément abandonnée l'idée d'enquêter, mais petit à petit, le désir de savoir revenait, et pour un peu, il en aurait embarqué Blaise et Théodore avec lui afin de faire la lumière sur ce qui s'est réellement passé.

Ron fut tiré de ses pensées lorsque Théodore se mit à siffloter sur l'air qui était en train de passer. Le Terminale monta le son de l'autoradio, et bientôt, on n'entendait plus que la musique, et ce sifflotement. Le cœur de Ron cognait au même rythme que la batterie, et un frisson naquit sur son épiderme. À côté de lui, Daphnée s'était redressée, et écoutait Théodore siffloter avec une attention toute particulière. Puis, Théodore fredonna les premières paroles, de sa voix grave et légèrement rocailleuse. Il coinça une cigarette entre ses lèvres, et l'alluma d'une seule main, tout en gardant un œil sur la route. Puis, il tira une latte sur sa cigarette, et expira doucement la fumée âcre. Il s'était remis à chanter, sans faire attention aux deux autres. Les deux autres étaient, par ailleurs, complètement subjugués par ce qu'ils entendaient.

Puis, la voix cassée de Daphnée vint s'ajouter, fredonnant ces paroles qu'elle connaissait elle aussi par cœur. Théodore et elle échangèrent un regard à travers le rétroviseur intérieur, et ils se sourirent. Ron songea que leurs deux voix, ensemble, donnaient vraiment bien, et il en était presque jaloux. Lui-même ne savait pas chanter, il ne faisait que jouer de la guitare, et encore, de la guitare sèche. Ron s'enfonça dans son siège, écoutant ses amis chanter. Il avait des frissons à chaque fois que la voix de Daphnée montait dans les graves, et il songeait que c'était réellement la première fois qu'il l'entendait chanter.

Ron essaya alors de s'imprégner de la musique, pour tenter de voir ce que cela pouvait donner s'il venait à la jouer à la guitare. Au bout d'un moment, il se surprit à siffler sur le même air, à l'unisson des deux autres. Le tempo était juste, la tonalité également. Daphnée se tourna vers lui, et lui adressa un clin d'œil. Lorsqu'elle leva les yeux vers Ron, elle avait les yeux brillants. Théodore tirait sur sa clope et reprenait le fil de la chanson, imperturbable. Le portable de Théodore vibra sur le tableau de bord, mais il n'y prêta guère attention. Rien ne pouvait briser cet instant magique, ni rien, ni personne. Sauf peut-être…

-Hé, les gars! S'écria Ron, avec enthousiasme. Je viens de voir le panneau indiquant Folkestone. Ca veut dire qu'on y est bientôt.

-Songe qu'après, on doit faire la route depuis le Tunnel jusqu'à Quimper. Se moqua Théodore, alors que Ron se renfrognait. N'espère pas trop, mon gars, on n'arrivera pas avant ce soir. D'ailleurs, d'après Blaise, une fête nous attend déjà pour ce soir, j'espère que vous êtes d'attaque.

-C'est sûr que Daphnée sera d'attaque. Pouffa Ron, alors que Daphnée lui collait un coup de coude dans les côtes. Elle a dormi comme un bébé presque toute la matinée.

-Ouais, surenchérit Daphnée, enjouée. Je dormais bien jusqu'à ce que le doux nom d'Hermy-bitch ne vienne m'écorcher les oreilles.

-Daph'. grogna Ron, en se renfrognant.

Pour toute réponse, Daphnée se pencha sur lui pour l'embrasser, longuement. Théodore leur adressa un regard moqueur depuis le rétroviseur, et pour toute réponse, Daphnée lui leva le majeur, comme pour le dissuader de faire un quelconque commentaire.

-Ca c'était très élégant Daphnée, merci pour cette intervention. Se moqua Théodore, alors que puérile, Daphnée lui tirait sa langue, exhibant son piercing du même coup.

-C'est quand qu'on s'arrête? Geignit Ron, alors que son estomac commençait à gronder bruyamment. J'voudrais pas dire, mais il est déjà midi.

-Tu oublies qu'il y a 265,14 bornes entre Brisol et Folkestone, ce qui nous fait au moins deux heures et demie de route. Rappela Théodore.

-Sois-gentil, mec, le rabroua Ron, pense à nous autres, pauvres Anglais, qui ne comptons pas en kilomètres mais en miles.

-Le GPS indique 164,75 miles. Rétorqua Théodore, en adressant un sourire teinté d'autosuffisance à Ron, qui boudait sur son siège.

-Pourquoi faut-il que tu aies toujours réponse à tout? Se plaignit Ron, alors que les deux autres éclataient franchement de rire.

-Et si tu veux vraiment tout savoir, insista Théodore, il y a encore 735 kilomètres entre le tunnel et Quimper, donc dis-toi que nous ne sommes pas encore arrivés.

-Et ça nous fait combien d'heures de route, ça?

-Environ huit heures, à dix minutes près. Calcula Théodore, en jetant un regard au GPS.

-Misère. Gémit Ron, en s'affalant complètement sur son siège. En attendant, on peut aller manger un morceau, parce que je meurs de faim!

-On attendra d'être en France pour manger. Contra Théodore, enfin de bonne humeur. Il sera plus d'une heure, heure locale, et c'est un horaire plus que correct pour manger. Au cas où tu aurais des velléités de râler encore pour savoir quand nous serons arrivés, sache que nous en avons pour au moins jusque 20 heures, heures de Londres, soit 21 heures heure locale.

-Et ils comptent vraiment qu'on enchaîne une soirée après avoir fait autant de route? Il faut encore qu'on s'installe, et tout.

-Excuse-moi, lâcha Théodore, mais je n'ai pas les mêmes moyens que Lavande et Malefoy. Eux ils peuvent y aller en avion, mais pas moi. Et c'est déjà bien que mon père nous a prêté la voiture pour la semaine.

-Moi j'te dis qu'en train on y serait arrivés plus rapidement! Grogna Ron. On va arriver, on va être crevés, et on va encore devoir veiller toute la nuit. Vous êtes dingues, complètement dingues.

Pour couronner le tout, l'estomac de Ron grogna bruyamment. Théodore explosa de rire, puis il attrapa quelque chose sur la banquette avant, et le lança à Ron, qui réceptionna habilement. Le regard du rouquin brilla de reconnaissance lorsqu'il se rendit compte qu'il s'agissait d'une barre chocolatée.

-Si jamais après ça t'as encore la dalle, se moqua Théodore, il n'y a pas de soucis, j'ai encore du stock.

Sur-ce, Théodore appuya sur l'accélérateur, afin d'atteindre la vitesse maximale autorisée sur les routes, et les trois adolescents filèrent ainsi en direction de la France, tout en se disant que le plus long bout était devant eux.


[HERMIONE]

Hermione avait toujours aimé la maison de Parvati. Elle était petite, mais chaleureuse, et il y traînait toujours une délicieuse odeur épicée. Le curry de la cuisine de Mrs Patil la prenait aux narines dès qu'elle franchissait la porte d'entrée, ce qui faisait insidieusement gronder son estomac. Ce soir là, Hermione était restée dîner chez les Patil, n'ayant aucune envie de retourner chez elle. La jeune femme n'était plus tranquille depuis qu'elle savait que Pucey rôdait dans les parages. Qui plus est, Hermione n'avait pas envie d'affronter Florence. La mère d'Hermione était rentrée de sa conférence à Zurich, et la seule conversation qu'elle avait était à propos des nouvelles méthodes médicales. Heureusement, Florence ne lui avait plus parlé de prendre rendez-vous chez le médecin. Par contre, maintenant qu'elle avait eu des rapports sexuels, Florence lui avait conseillé de prendre une consultation chez le gynécologue.

Enfin, cette consultation pouvait attendre. Hermione savait qu'elle n'aurait pas de rapports sexuels avant un long moment, maintenant qu'elle n'avait plus de copain. C'était peut-être l'une des seules choses qui valaient le coup, dans sa relation avec Théodore. Trêve de mauvaise foi. Beaucoup de chose avaient valu le coup. Le jeune homme était vraiment une perle, et elle bisquait à l'idée qu'une autre fille puisse lui mettre le grappin dessus, maintenant qu'il était libre comme l'air. Hermione s'en mordait les doigts de l'avoir quitté sur un coup de tête. Elle avait d'autant plus de scrupules qu'elle l'avait abandonné dans une période difficile, et elle se sentait d'autant plus ignoble de l'avoir largué par texto. Maintenant, Théodore avait toutes les raisons du monde de lui en vouloir, pire, de la détester. Autant, elle s'était moquée éperdument d'avoir dû laisser partir Drago, quand bien même elle saurait qu'il n'aurait aucune difficultés à se trouver une nouvelle copine, autant Théodore, c'était différent.

Hermione était restée confuse pendant longtemps quant aux sentiments qu'elle éprouvait envers le jeune homme. Maintes fois, elle s'était demandé si elle était vraiment attachée à lui, ou si ce n'était qu'un attachement tronqué, simplement parce qu'il avait su être là quand elle était au plus mal. Il était également vrai qu'elle avait vécu plus de choses avec lui en deux mois qu'avec Drago en cinq ans. Elle s'était également attachée parce que dans ses bras, elle ne se sentait plus jamais seule, parce qu'elle se sentait aimée, comblée et désirée. Elle lui avait réservé une place particulière dans son cœur parce qu'il avait été son premier amant, elle lui avait donné sa virginité si soudainement, presque sur un coup de tête. Elle l'avait adoré parce qu'il était gentil et adorable, compréhensif et rassurant, il émanait de lui une force tranquille, il savait rester stoïque même dans les pires situations, là où Drago s'enflammait rapidement.

Avec elle, Théodore avait fait preuve de patience. Il l'avait écoutée, guidée, il l'avait remise à sa place quand cela s'était avéré nécessaire. Elle avait enfin eu l'impression que sa vie avait un sens, elle savait où aller. Pour autant, quelque chose en Théodore l'effrayait. Il avait ce côté sombre et mystérieux, qui la fascinait aussi bien qui la rebutait. Hermione n'avait jamais vraiment su à qui elle avait affaire. Elle savait que son ex petit-ami avait tenté de se suicider, par deux fois si on se fiait aux cicatrices qui ornaient ses bras comme des blessures de guerre. Elle le soupçonnait aussi d'être passé par la case automutilation. Elle savait également qu'il avait un lourd passé dans la drogue et la petite délinquance. Elle savait enfin qu'il avait été adopté, mais personne ne savait qui étaient les vrais parents de Théodore.

Hermione avait flippé. Elle avait pris peur, puis elle s'était enfuie. Elle ne se sentait pas prête à assumer pleinement le côté sombre de Théodore, et elle était terrorisée par ce qu'elle pourrait y découvrir. Elle savait qu'il était encore sujet aux dérapages, et ils avaient dérapé la dernière fois, lorsqu'ils en étaient venus aux mains. Cette fois là, elle avait vraiment eu peur de Théodore, et se faire sauter de la sorte avait été déroutant. Autant ne pas se voiler la face, dans leur dernier rapport sexuel, il n'y avait rien eu de tendre. Même si elle avait trouvé l'expérience étrangement plaisante, puisque la colère et la rancœur n'avaient fait que décupler leur passion, elle avait eu le sentiment que leur union avait eu quelque chose de malsain.

Aujourd'hui encore, elle se sentait sale, elle n'arrivait pas à mettre un mot sur la curieuse sensation qui s'emparait d'elle à chaque fois qu'elle pensait à cet épisode, elle était partagée entre un plaisir morbide et un dégoût latent, qui s'était traduit par les larmes qu'elle avait versées alors qu'il la besognait, pour les emmener tous les deux aux portes de la jouissance. Une fois encore, elle y avait plongé à pieds joints, elle avait connu l'extase, et les instants langoureux de l'après. Il s'était rhabillé, et il était parti sans mot dire, la laissant dans son lit, songeuse et meurtrie. Théodore avait été celui qui l'avait remuée au plus profond d'elle-même, qui lui avait fait connaître toutes ces sensations, qui lui avait donné tant d'orgasmes. Maintenant, il n'y avait plus rien, à part peut-être quelques souvenirs amers.

-à qui tu es en train d'écrire avec autant d'assiduité? Interrogea finalement Parvati, détournant sa tête de la télévision pour regarder son amie, allongée à côté d'elle, qui pianotait nerveusement sur son téléphone.

-Oh, personne. Ajouta Hermione en jetant son portable à côté d'elle, avec cependant un peu trop d'empressement pour que cela ne puisse pas être considéré comme suspect.

En guise de réponse, Parvati s'autorisa à arquer un sourcil. Hermione se ratatina sous le regard inquisiteur de son amie. Avec le flair qu'elle avait, Parvati n'allait pas tarder à se douter qu'Hermione lui cachait quelque chose. Cela dit, n'était-ce pas le cas depuis deux semaines, depuis qu'Harry s'était fait sauvagement tabasser par Pucey au retour d'une soirée? Hermione ravala sa culpabilité, et regarda fixement l'écran, reportant son attention sur le film qu'elles étaient en train de regarder.

D'un commun accord, les deux filles avaient décidé de regarder coup de foudre à Manhattan, pour pouvoir pleurer sur une belle histoire d'amour. Pourtant, ni l'une, ni l'autre n'étaient d'humeur à subir une comédie romantique, et encore moins celle-là. Hermione n'aimait pas ce film simplement parce qu'il la renvoyait à sa propre histoire d'amour, laquelle avait pris l'eau. Théodore et elle n'appartenaient pas à la même classe sociale, et c'étaient probablement ces différences qui les avaient séparés. Théodore était issue d'une classe moyenne, il avait un passé difficile, et un casier judiciaire. Florence l'avait pourtant prévenue: ce n'était pas un garçon pour elle. Force était de constater qu'elle avait raison.

Hermione renifla piteusement, avant de serrer le coussin contre elle. Une larme roula sur sa joue, qu'elle chassa d'une main rageuse. Puis, elle piocha un cookie dans l'assiette que Parvati avait monté tout à l'heure, peu après le dîner. Elle mordit dedans sans grande conviction, et s'affala un peu plus entre les couvertures. Parvati glissa un regard en coin à son amie, puis elle coupa le film.

-Bon, maintenant, tu vas me dire ce qui se passe. Décréta Parvati d'un ton sans appel, en secouant la tête de gauche à droite. Nous ne sommes pas encore arrivées au moment où nous sommes censées pleurer, alors j'en déduis que tu pleures pour une raison qui est extérieure aux amours de cette femme de chambre et du séduisant aspirant sénateur.

-On peut regarder autre chose? Coassa Hermione, d'une voix brisée, alors qu'elle serrait le coussin contre elle. Je ne veux pas un film à l'eau de rose, où les héros finissent ensemble, et s'aiment d'un amour tendre jusqu'à leur mort. Je déteste les histoires à l'eau de rose.

Parvati soupira, avant de passer ses bras autour des épaules frêles de son amie, pour la serrer tout contre elle. Parvati caressait doucement les cheveux frisés d'Hermione, laquelle pleurait doucement sur son épaule. Hermione se disait qu'une plâtrée de cookies n'allait pas suffire à guérir son chagrin d'amour, elle avait besoin d'un alcool suffisamment fort pour lui faire tourner la tête. Hermione ne voulait pas passer sa soirée à déprimer et à se dire que les garçons étaient tous des cons. Hermione ne voulait pas se sentir pathétique à pleurer comme une madeleine, alors qu'elle avait elle-même largué son mec.

-Tu veux regarder quoi, alors? Hasarda Parvati, qui berçait son amie tout contre elle.

-Je ne sais pas…un truc avec de la castagne, des explosions partout, un Tom Cruise débordant de sex appeal, ou un truc marrant, un peu lourdingue, même American Pie, ça me va, tant que ça ne parle pas d'amour et de sentiments débiles.

Parvati avait brusquement pâli en entendant la demande d'Hermione. Elle avait fermé les yeux lorsque le terme castagne s'était invité dans la conversation. Elle n'avait aucune envie de regarder un film où quelqu'un se faisait tabasser, elle n'avait pas envie de voir au travers d'autres personnages, certes fictifs, ce qu'Harry avait pu subir. Hermione se rendit trop tard de la gaffe qu'elle venait de faire et se mordilla la lèvre inférieure en baissant les yeux.

-Pardon, j'voulais pas dire ça…

-Non, t'inquiètes. Se ressaisit Parvati, en clignant ses grands yeux noirs. C'est normal de vouloir proposer des films d'action en guise d'alternative aux films à l'eau de rose, mais…même si j'aurais bien aimé pouvoir mater Tom Cruise torse-nu, c'est trop violent pour moi, désolée.

-Tu n'as pas à t'excuser. Affirma Hermione, en levant ses yeux vers l'indienne.

-Viens, on oublie les films. Dit Parvati en se levant du lit, pour aller éteindre la télé.

-On fait quoi à la place? Demanda Hermione, légèrement dubitative.

-Tu as déjà joué à Mon détecteur de secrets? s'enthousiasma Parvati, fière de sa trouvaille. J'y jouais tout le temps avec Padma quand j'étais petite!

-Tu l'as encore? S'enquit Hermione, en levant un sourcil, soudainement mal à l'aise.

-Attends, je vais voir. Marmonna Parvati, en se déplaçant jusqu'à son placard, où étaient entreposées toutes ses affaires.

Hermione avait senti son sang se glacer lorsque Parvati avait parlé d'un détecteur de secrets. Tout à coup, elle ne sentait plus aussi bien, probablement à cause de tout ce qu'elle cachait. Hermione se ressaisit assez rapidement. Un jouet destiné aux petites filles ne pouvait pas faire tant de mal, n'est-ce pas? Les questions en soi étaient inoffensives, aucune carte n'allait mettre à jour ses plus noirs secrets, les créateurs du jeu ne connaissaient pas l'existence de Pucey. Tout de même, le cœur d'Hermione se contracta douloureusement. Elle n'aimait tout simplement pas l'idée du détecteur de secrets, aussi factice fut il. Pour autant, elle ne rejeta pas la proposition, elle n'avait plus joué à ce jeu depuis des années, et cela allait lui faire du bien de se rappeler de toutes ces parties de fou-rire qu'elle avait eues avec Pansy, et deux autres de leurs amies.

À présent, l'une était morte, et elle n'avait plus du tout de contacts avec les deux autres. La vie était tellement injuste, mais elle continuait malgré tout, malgré les coups. Hermione avait accepté de jouer à ce jeu, parce que cela allait lui permettre de retomber en enfance, là où elle était encore une gamine insouciante et innocente, là où rien de tout ça n'existait. La belle vie, en somme. Hermione mordilla silencieusement dans un cookie, et but une gorgée sur son verre de lait, alors que Parvati partait à la recherche du fameux carton rose.

-Je l'ai! S'écria gaiement Parvati, en extirpant la boîte rose et violette du fourbi que représentait son placard.

-Il marche encore? S'enquit Hermione, en regardant le jeu avec curiosité.

-Je ne sais pas, on va regarder, au pire, j'irai demander des piles à Papa…Tu te souviens comment on joue, à ce truc?

-Je crois qu'il faut qu'on tire une carte, et qu'on commence à répondre, par oui ou par non. Se souvint Hermione, nostalgique. Et dans certains cas, tu peux poser la question de ton choix.

-Attends, on va faire de la place pour pouvoir installer le plateau. Sourit Parvati, en écartant les peluches et les draps, de façon à ce qu'elles aient non seulement de la place pour s'asseoir, mais aussi pour disposer le plateau entre elles deux.

Hermione s'occupait déjà de sortir les pions du petit sachet poussiéreux, et elle les plaça sur la case start. Parvati, pendant ce temps, s'occupait de battre les cartes où les questions étaient inscrites. Les deux filles avaient le regard brillant, excitée à l'idée de jouer à ce jeu pour gamines, qui avait bercé leurs enfances à toutes les deux. Hermione avait précautionneusement pris le détecteur de secrets, et vérifia s'il était en bon état de marche. Comme il fallait s'y attendre, les piles étaient complètement à plat, n'ayant pas servi depuis de nombreuses années, elles avaient eu le temps de se décharger entièrement.

-Parv', je crois qu'il n'y a plus de piles. Hasarda Hermione, en tripotant tous les boutons.

-ce n'est pas grave. Répondit l'indienne, en se levant du lit pour la seconde fois. Je vais aller demander à papa.

Lorsque Parvati s'absenta de sa chambre pendant un moment, le temps d'aller demander à son père le précieux sésame, Hermione s'empara de son téléphone portable, et pianota distraitement dessus. Lavande lui avait envoyé un message pour lui dire qu'ils étaient bien arrivés à Quimper. Idem pour Ron. Mais aucun message de Théodore. Hermione soupira longuement. Elle sentit ses yeux lui picoter. Puis, sur un coup de tête, elle alla dans son répertoire, et descendit le curseur jusqu'au numéro de Théodore, qui était encore désigné sous la dénomination mon chéri. Quelque chose se brisa du côté de son cœur, alors qu'elle appuyait sur la touche appel.

Elle cala le téléphone entre son épaule et son oreille, et attendit, le cœur battant. Le téléphone de Théodore sonna une fois. Deux fois. Elle pria pour que Théodore avait un forfait international. Cela devait être le cas, puisqu'il était encore en contact avec ses amis français. Trois fois. Elle s'attendait déjà à entendre le répondeur, même ça, elle s'en contenterait, ne serait-ce que pour entendre sa voix. Les yeux d'Hermione s'humidifièrent lorsque le répondeur se déclencha.

Salut, c'est Théo! Je ne suis pas là pour le moment, mais qui que vous soyez, vous pouvez me laisser un message après le bip, je vous rappellerai plus tard. Tchao!

Hermione hésita, longuement. On n'entendait plus que sa respiration hachée, l'angoisse qui venait étreindre sa gorge. Elle se mordilla la lèvre inférieure. Elle avait bien envie de laisser un message, mais elle ne savait pas quoi dire. Néanmoins, elle sourit légèrement, à travers ses larmes. Entendre sa voix avait suffi à lui donner du baume au cœur. Elle se mordilla la lèvre inférieure. Puis, elle sursauta lorsqu'elle entendit les pas de Parvati et de Mr Patil monter l'escalier. En toute hâte, elle appuya sur le bouton pour raccrocher, ne sachant même pas si elle l'avait réellement fait, et elle tenta de se donner une certaine consistance lorsque père et fille entrèrent dans la chambre.

-Bonsoir Mr Patil. Salua Hermione, poliment, tout en tentant de réfréner ses larmes.

-Bonsoir Hermione! Répondit Mr Patil, gaiement. Tu t'amuses bien avec Parvati?

-Beaucoup. Mentit Hermione, en baissant légèrement la tête.

-Papa! Le rabroua Parvati, en haussant un sourcil plus qu'éloquent.

-Ce sont donc des piles bâton qu'il te faut? Demanda Mr Patil, en examinant l'appareil.

Hermione rougit violemment. Elle avait la nette impression d'avoir effectivement régressé, au point même que le père de son amie venait de lui demander si elle s'amusait bien avec Parvati, comme un quelconque autre adulte l'aurait volontiers fait avec un enfant. C'était vraiment une situation bizarre. C'était d'autant plus bizarre qu'elles avaient l'intention de jouer à ce jeu là en particulier. Hermione se souvenait de sa préadolescence, où elle allait chez ses copines pour papoter, ou partager ses petits secrets. Les choses n'avaient pas vraiment changé depuis. Les petits secrets étaient devenus des anecdotes plus coquines à mesure qu'elles avaient grandi. Elles se racontaient des choses plus salaces, et qui n'avaient sûrement pas été prévues par les créateurs du jeu.

-Voilà princesse, ça fonctionne! S'exclama soudain Mr Patil, en actionnant les boutons. Que signifie la lumière rouge?

-Le détecteur de secrets vient de dire que tu es un menteur. Pouffa Parvati, en se dissimulant derrière sa main. Merci Papa, tu es le meilleur!

-Amusez vous bien, les filles! Lança Mr Patil, en sortant de la chambre. Et surtout, ne vous couchez pas trop tard!

-D'accord Papa! Répondit Parvati en souriant. Bonne nuit! Tu feras un bisou à maman pour moi?

Hermione avait toujours envié Parvati parce qu'elle avait une famille unie et soudée. Hermione s'en rendaient compte à chaque fois qu'elle venait chez eux. Parvati semblait assez proche de ses parents, et ça crevait les yeux qu'ils adoraient leur fille. Parfois, Parvati disait qu'ils préféraient la brillante Padma, mais Hermione n'était pas convaincue. Les Patil étaient des parents normaux qui aimaient leurs filles. Pas comme chez elle, où avoir un enfant était bien plus souvent vu comme une charge, une épine dans leur pied. Hermione pensait à son père, quelque part en Allemagne, et à Florence, qui n'avait jamais éprouvé une seule marque d'affection envers elle. D'une certaine façon, Hermione enviait également les Weasley, qui formaient une tribu sympathique à souhait, avec laquelle on ne s'ennuyait jamais.

Hermione avait souvent passé ses soirées seules, affalée devant la télé, à zapper de chaîne en chaîne pour tromper l'ennui. Elle était habituée aux pâtes mal cuites, parce qu'Hermione ne savait pas se faire chauffer des pâtes. Elle ne savait pas cuisiner tout court, aussi elle se contentait souvent d'un plat surgelé ou d'autres petites choses qu'elle commandait dans divers restaurants. Hermione enviait Parvati, parce que Florence ne faisait jamais de bons petits plats. Lorsqu'elles étaient toutes les deux là, Florence ne prenait jamais la peine de cuisiner, elle commandait tout chez le traiteur. Elles mangeaient dans le silence le plus absolu, à un point tel que l'on n'entendait plus que les bruits des couverts sur la vaisselle. Hermione ne se sentait même pas chez-elle, elle avait l'impression d'être une étrangère. Et ça lui faisait mal au cœur de voir qu'autour d'elle, il y avait des familles heureuses et unies.

-Bon, on commence? S'écria Parvati, fébrile.

-Si tu veux. Concéda Hermione, mélancolique. C'est la plus jeune d'entre nous qui doit être questionnée.

-Alors c'est moi qui pose les questions. Sourit Parvati. Tu es de Septembre, et je suis de Mars.

Parvati tira une carte dans le tas. Elle lut rapidement les trois questions que la carte comprenait, puis elle interrogea Hermione, qui priait pour ne pas tomber sur une question trop indiscrète.

-As-tu un animal de compagnie? Demanda l'indienne, au grand soulagement d'Hermione.

-Non. Répondit Hermione, en toute honnêteté.

-Cela me semble une réponse correcte, éluda Parvati. Je ne me souviens pas d'avoir vu un animal chez toi. C'est ton tour!

Hermione avança alors son pion jusque la case suivante. Les deux filles s'amusèrent ainsi, pendant une bonne demi-heure, à répondre à des questions plus ou moins indiscrètes, à piquer parfois quelques fous-rires. Parfois, elles réalisaient quelques défis. Hermione commença à se détendre, et à ne pas penser à Théodore. Cependant, la trêve fut de courte durée. Lorsque Parvati lut la question suivante, Hermione devint livide.

-Es-tu amoureuse en ce moment? Questionna l'indienne, en haussant un sourcil.

-P…Pardon? Balbutia Hermione, figée. C'est quoi cette question?

-Je n'invente rien, c'est marqué sur la carte. Se défendit Parvati, alors qu'Hermione lui arrachait presque la carte litigieuse des mains.

-Evidemment, parmi les trois questions qu'il y a, il faut que tu me poses celle-là.

-Ecoute Mione…soupira Parvati, en reposant la carte sur le tas. Je vois depuis tout à l'heure que tu es ailleurs. Tu as pleuré plusieurs fois ce soir, et…je me suis dit que peut-être que tu voudrais m'en parler? Ce n'est pas bien de garder ce genre de choses pour soi.

-J'apprécie ta sollicitude, Parvati, mais je n'ai pas envie d'en parler. Coupa Hermione, sèchement.

-D'accord. Concéda Parvati. Tu n'as qu'à répondre par oui ou non, et on continue la partie.

-NON. Répondit Hermione, un peu trop durement pour être crédible.

Parvati soupira, puis soumit Hermione au détecteur de secrets, parce que c'était la règle lorsqu'une ou plusieurs joueuses ne croyaient pas la personne interrogée. De mauvaise grâce, Hermione posa son doigt sur le bouton vert, sans toutefois appuyer. Parvati, la voix tremblante, posa à nouveau la question, et Hermione donna la même réponse. Hermione appuya sur le bouton vert. Le souffle court, légèrement anxieuse, Hermione attendit la réponse de la machine, même si elle savait que ce n'était qu'un jeu stupide. Hermione se renfrogna en voyant que l'appareil clignotait rouge, indiquant qu'elle mentait.

-C'est une arnaque ce jeu! Protesta Hermione, d'une voix étouffée.

-C'est la règle! Se défendit Parvati, qui n'avait apparemment pas relevé la coïncidence. Tu recules de deux cases, ou bien tu relèves un défi?

-Je recule de deux cases. Soupira Hermione, dépitée. Je ne suis vraiment pas d'humeur à relever un défi.

Un ange passa. Pendant quelques secondes, l'une comme l'autre restèrent silencieuses. Hermione se mordilla la lèvre inférieure, alors qu'elle passait une main dans ses cheveux. Parvati regardait son amie attentivement. Hermione se décida enfin à avouer ce qu'elle brûlait de dire depuis tout à l'heure.

-Pour répondre à ta question, commença Hermione, d'une voix brisée. Oui, je suis amoureuse, et c'est ça qui fait mal. Crois moi, j'aurais aimé ne jamais ressentir tout ça, parce que je n'aurais alors pas pu mesurer tout ce que j'avais perdu à cause de ma bêtise. Et si j'avais le pouvoir de remonter le temps, pour sûr que je le ferais, et que j'aurais pris cette fois-ci la bonne décision. Et si tu veux vraiment tout savoir, sache que j'ai voulu appeler Théodore pendant que tu étais partie chercher les piles.

-Et? Interrogea Parvati, désolée pour son amie.

-Je suis tombée sur le répondeur. Annonça Hermione, en fondant en larmes. Mais de toute manière, ça revenait au même, parce que même s'il avait décroché, j'aurais été bien incapable de lui dire quoi que ce soit. Je déteste cette situation, Parvati. Je me déteste d'avoir tout détruit, de ne pas nous avoir laissé une seconde chance. Je me déteste, Parvati, si tu savais combien je me déteste.

Parvati ne répondit rien, chamboulée par le chagrin de son amie. L'indienne se mordilla la lèvre inférieure, avant de serrer l'anglaise dans ses bras, tout en lui frictionnant gentiment le dos et en lui murmurant des paroles rassurantes. Au bout d'un moment, Parvati craqua elle aussi, et toutes deux finirent par pleurer sur leur sort, dans les bras de l'autre. Même le parfum boisé de l'indienne ne parvint pas à réconforter Hermione, qui avait pour l'heure le cœur en charpie.


[BLAISE]

Il était presque neuf heures du soir lorsque Ron, Théodore et Daphnée descendirent de la voiture de Théodore. Déjà, les trois adolescents s'occupaient de décharger leurs affaires, et par les traîner jusqu'à la villa de Blaise. C'était Wayne Hopkins qui avait averti Blaise de la présence de la voiture dans sa cour, et le jeune Zabini avait voulu s'en assurer, quittant momentanément la soirée pour accueillir les nouveaux arrivants. Le grand noir fut ravi de voir débarquer ses trois amis anglais. Blaise étreignit Théodore, serra la main de Ron, puis salua la blonde qu'il ne connaissait pas encore.

-Blaise, je te présente Daphnée, ma euh…copine. Présenta Ron, en ayant apparemment longtemps hésité sur la dénomination exacte de ladite Daphnée.

-Enchanté, Daphnée! S'enthousiasma Blaise, en faisant la bise à la jeune femme. Bienvenue chez moi! Au fait Théo…prépare toi psychologiquement, mais…il y en a qui sont fous d'impatience à l'idée de te revoir. C'est pour prévenir, parce que tu risques de disparaître sous les embrassades sitôt après avoir franchi la porte de cette maison.

-Merci du conseil, mec. Ironisa Théodore. Il y a moyen de porter tout ça à l'étage, avant toute chose? On a quand même plus de huit heures de route dans les pattes, et tout ce qu'on veut, c'est prendre une bonne douche, afin d'être d'attaque pour ce soir.

-ça roule ma poule! Répondit Blaise, non sans boire une gorgée de bière directement au goulot de sa bouteille.

-ça a l'air bien parti. Fit remarquer Théodore, en désignant du menton la bouteille que tenait le métis.

-Tu n'as pas idée. Gloussa Blaise, les yeux brillants. On s'amuse comme des petits fous, on n'attendait plus que vous pour faire péter les alcools forts.

Sur-ce, la petite troupe entra dans la maison, et Blaise accompagna ses amis à l'étage. Il attendit patiemment que Théodore ait fini de se doucher et de s'habiller convenablement. Il se doutait bien que Ron et la fille allaient passer un peu plus de temps sous l'eau, aussi il ne s'inquiéta pas de les voir disparaître dans la salle de bains pour une longue durée. Blaise sentit une douce chaleur irradier son bas ventre lorsqu'il vit Théodore descendre les escaliers. Il avait encore les cheveux humides de sa douche, il avait enfilé un simple jean et une chemise blanche, qu'il avait déboutonnée sur plusieurs boutons afin d'être à l'aise. Les deux amis se sourirent, et Théodore prit Blaise par les épaules, pour lui chuchoter quelque chose à l'oreille, paré de son sempiternel sourire goguenard:

-Je crois que Ron et Daphnée en ont pour un moment.

Puis, il adressa un clin d'œil au garçon noir, avant de s'éloigner de lui, au grand dam de ce dernier, d'ailleurs, qui aurait aimé sentir le corps de Théodore contre le sien un peu plus longtemps. D'ailleurs, Blaise avait noté que la peau de Théodore était imprégnée de l'odeur de son gel douche, aux accents suaves et musqués. Il sentait également l'after-shave, mais aussi le parfum, le one million, se souvenait Blaise. Lui-même portait le fuel for life de Diesel.

Ce n'est qu'une fois après avoir repris ses esprits que Blaise prit le bras de son ami pour l'entraîner vers le living-room, là où tout le monde était présent. Blaise avait interdit les fêtards d'occuper l'étage, ainsi ils colonisaient tout le rez-de-chaussée, et le grand jardin qu'il y avait derrière la maison. Lorsque Théodore entra dans la pièce, une tornade blonde lui sauta au cou, avant de planter deux gros baisers sur ses joues. Il s'agissait de Lavande Brown, qui était apparemment arrivée au début de l'après-midi et qui avait déjà un coup de soleil sur le nez. À la grande surprise du jeune Nott, Drago lui fit un High five. Certes, ils n'étaient pas encore les meilleurs amis du monde, mais ils s'entendaient beaucoup mieux qu'au départ.

-Vous avez fait un bon voyage? Cria Lavande, par-dessus la musique, qui était beaucoup trop forte.

-Mis à part que Ron passait son temps à se plaindre, c'était nickel. Répondit Théodore, en lui adressant un clin d'œil.

-En tout cas, de ce que j'ai compris, tu es attendu comme le messie! S'enthousiasma Lavande, en prenant à la fois Théodore et Drago par le bras.

Blaise remarqua que Drago serrait Lavande contre lui, comme s'il craignait qu'on la lui pique. Il fallait dire que la jolie blonde avait tapé dans l'œil de Morag et de Wayne. Elle avait dansé avec eux, prise en sandwich entre l'un et l'autre. Pendant ce temps, Drago était parti se souler au bar, estimant en avoir trop vu. Ce fut ainsi que Blaise apprit la relation entre Drago et Lavande, et au fond, le métis n'en était même pas surpris. Il traînait depuis suffisamment longtemps avec la petite bande pour avoir remarqué combien ils étaient proches tous les deux. Lavande lâcha le bras de Théodore, et s'éloigna plus loin avec Drago. La blonde colla son corps au sien et ils commencèrent à onduler sur la musique, les bras de Drago enlaçant la jeune femme étroitement.

Comme Blaise l'avait prédit, Théodore disparut bientôt sous les embrassades. Lorsque les anciens étudiants de la seconde B avaient aperçu Théodore, tous avaient poussé un hurlement de joie, avant de fondre sur leur ancien camarade exilé en Angleterre. Le pauvre Théodore avait disparu sous une vaste étreinte collective d'au moins six personnes. Mandy Brocklehurst et Megan Jones l'avaient toutes les deux embrassé sur la joue, et Morag, Wayne et Anthony l'avaient porté en triomphe tout en hurlant comme des malades. Une telle liesse réchauffait le cœur de Blaise, qui se languissait de voir leur petite bande réunie à nouveau. Tous avaient répondu présents à l'appel, et Théodore avait déjà un verre de whisky-coca à la main, servi par Morag qui ne lui avait pas laissé une minute de répit.

-Et moi, tu m'oublies? S'amusa une voix féminine, juste derrière Théodore.

Blaise se pétrifia en entendant la voix de Tracey. La jeune femme était vêtue d'une jolie robe rouge qui mettait sa peau légèrement hâlée en valeur. Les voilà tous les trois réunis, comme au bon vieux temps. Blaise avait bien vu le sourire crispé que son ami avait adressé à son ex, néanmoins, il n'avait pas rechigné lorsqu'elle était venu lui planter un bisou sur la joue, tout près de ses lèvres. Puis, Tracey avait entraîné Théodore au bar, parce qu'elle avait plein de choses à raconter. Théodore disparut dans la foule, accompagné de Tracey, Mandy et Megan. Blaise les soupçonnait toutes d'avoir eu un faible pour Théodore à un moment donné, mais ça, c'était normal: personne ne résistait à Théodore.

Pas même Fleur Delacour n'y avait résisté. Elle était là elle aussi, et Blaise l'avait invitée, pour faire plaisir à Théodore. Fleur était une amie à eux, même si elle était déjà en terminale quand Blaise et Théodore étaient encore en seconde. En fait, c'est Théodore qui leur avait présenté Fleur. Ils faisaient partie du même cours de théâtre, et pour la petite histoire, ils n'en faisaient plus du tout, ni l'un, ni l'autre. Plus tard, Blaise avait appris par son ami lui-même que Théodore avait fantasmé sur elle pendant toute son année de seconde, même si à l'époque, il était déjà avec Tracey. Il fallait dire que Fleur était très belle: blonde, yeux bleus, taille mannequin, elle avait un corps tout en finesse. Blaise, en la regardant plus en détail, avait remarqué quelques maigreurs, mais ce n'était pas aussi effrayant que sur Hermione, en comparaison. Fleur était mince. Hermione était maigre. Là se situait toute la différence.

Une telle révélation avait pourtant surpris Blaise, qui pensait bêtement que Théodore préférait les brunes. Apparemment, Théodore n'avait pas de préférences, il fonctionnait au coup de cœur. Aussi, qu'Hermione et Tracey étaient toutes les deux brunes était une pure coïncidence. Blaise jeta un coup d'œil à son ami, accaparé par les trois filles. Il se demandait où était passée Fleur, et il la vit en grande conversation avec Lavande et Drago. Fleur parlait à toute vitesse et s'enthousiasmait toute seule, tandis que Drago et Lavande, un peu paumés, acquiesçaient bêtement à ce qu'elle disait. Blaise soupira en voyant tout ce petit monde réuni, après le départ de Théodore, il n'avait pas cru que c'aurait été possible un jour. C'était vraiment une belle soirée.

-Blaise? Appela une voix masculine, tandis qu'une main ferme venait de s'emparer de son épaule.

-Anthony. Salua Blaise, d'un coup de tête, soudainement mal à l'aise.

Anthony Goldstein ne sembla pas disposé à lâcher cette épaule, bien au contraire. Son autre main s'était posée sur la joue de Blaise, qui avait tressailli à ce contact. En moins de temps qu'il fallait pour le dire, Anthony s'était emparé de ses lèvres avec gourmandise. Blaise passa une main derrière la nuque de son ex petit-ami pour mieux pouvoir approfondir leur échange, au grand bonheur du garçon brun qui enroula ses bras autour du corps de son amant, pour l'attirer contre lui. Lorsque leurs langues se caressèrent enfin, Blaise soupira de contentement. Il ne se rappelait pas qu'Anthony embrassait aussi bien, et qu'être entre ses bras avait été aussi délectable.

Blaise ne se rappelait plus trop bien pourquoi ils avaient cassé. Anthony s'était plaint de son comportement un peu trop tapageur, et outrancier. Anthony n'avait pas apprécié de le voir flirter avec d'autres hommes, et il lui avait clairement reproché son côté volage. En soi, c'était plutôt stupide, parce qu'il était évident qu'ils tenaient encore l'un à l'autre. Ils avaient laissé la jalousie pourrir leur relation, et ils n'avaient rien fait pour empêcher le navire de sombrer. Entre les bras d'Anthony, Blaise se sentait revivre, il se sentait enfin à sa place, là où il devait être. Certes, ses sentiments pour lui ne seraient jamais aussi forts que ceux qu'il peut avoir pour Théodore, mais Blaise voulait recevoir tout ce qu'Anthony consentait à lui donner.

-On peut monter à l'étage si tu veux. Chuchota Anthony à son oreille, alors qu'il picorait le cou de Blaise de baisers brûlants.

Blaise sentit son cœur faire une violente embardée lorsqu'une des mains d'Anthony glissa dans son dos pour venir s'emparer d'une fesse, qu'il pressa doucement, comme pour attiser l'envie du métis. Blaise planta son regard d'ébène dans les prunelles sombres de Goldstein. Dans ses yeux, il pouvait y lire du désir, un désir puissant et impérieux. Anthony caressa la joue de Blaise, et posa son front contre le sien, avant de poser un chaste baiser sur ses lèvres, à mille lieues de celui qu'ils venaient d'échanger.

-Tu penses toujours aux autres. Souffla Anthony, tout près de lui. Depuis combien de temps tu ne t'es pas autorisé à penser à toi?

-Longtemps. Murmura Blaise, d'une voix rauque.

-Ne pense pas à lui. continua Anthony. Pense à toi. Toi aussi tu as le droit de vivre ton histoire, tu n'as pas à rester en retrait.

-Prends-moi. L'intima Blaise, le regard fou. Prends-moi et fais de moi ce que tu veux. Cela fait trop longtemps que j'attendais ce moment. je te veux.

-Alors, prends-moi également. Chuchota Anthony, avant de l'embrasser longuement. Fêtons nos retrouvailles comme il se doit.

Puis, Goldstein adressa un regard espiègle à Blaise, avant de prendre le métis par la main et l'entraîner vers l'étage. Une fois que les deux garçons furent à l'abri des regards, Anthony embrassa Blaise à pleine bouche, et le plaqua violemment contre le meuble, faisant légèrement geindre Blaise sous l'effet de la douleur. Les mains du jeune homme à la peau pâle dévoraient sans vergogne la peau brune du jeune Zabini, engendrant une adorable chair de poule à chaque passage. Déjà, Goldstein avait glissé ses mains sous son t-shirt, alors que Blaise s'activait à défaire sa chemise.

-Bonne baise, les mecs. Glissa Daphnée en leur faisant un clin d'œil, alors que Ron détournait déjà la tête, rouge comme une pivoine.

-Elle a déjà compris à qui elle avait affaire, l'anglaise! Souligna Goldstein, amusé, en reprenant les lèvres de Blaise avec passion.

-Je crois que Daphnée comprend les choses plus vite qu'on le pense. Haleta Blaise, en s'attaquant à la boucle de la ceinture d'Anthony. Elle est plutôt futée, pour une blonde.

-En tout cas, gloussa Anthony, en mordillant plus fort le creux de son cou, le rouquin qui l'accompagnait n'avait pas l'air d'en mener large.

-C'est Ron. Soupira Blaise, blasé, tout en se disant qu'il fallait faire quelque chose pour le décoincer un peu. Et si tu la fermais, Goldstein? Je ne t'autorise à l'ouvrir que pour témoigner ton contentement lorsque je te prendrai, comme ça.

Il venait de glisser sa main dans le pantalon d'Anthony, et il s'était saisi de son érection sans aucune douceur, faisant feuler son amant. Blaise pressa sa virilité gorgée de désir pour l'exciter un peu plus. Anthony laissa échapper un gémissement rauque, apparemment comblé par de tels attouchements. Goldstein avait repris les lèvres de son amoureux avec fièvre, et à nouveau, Blaise sentit son bas-ventre palpiter à mesure que leurs langues se caressaient avidement.

-Comment? Demanda Anthony, d'une voix rauque, faisant écho au comme ça promis par Blaise.

-Comme une bête. Souffla Blaise à son oreille, alors qu'Anthony frémissait d'impatience. La musique ne sera pas assez forte pour couvrir tes cris de plaisir.

-Te voilà bien présomptueux, Zabini. Le défia Anthony, le souffle court.

-Je te suggère d'en reparler d'ici une bonne heure? Glissa Blaise, tout en assortissant ses paroles d'un sourire en coin.

-Pari tenu. Confirma Goldstein en s'emparant à nouveau des lèvres du métis, sa langue câline et quémandeuse repartant à l'exploration de sa cavité brûlante et humide.

Blaise monta les escaliers qui menaient jusqu'à sa chambre, entraînant Anthony à sa suite. Blaise ferma la porte derrière eux, et poussa Goldstein dans le lit, sans ménagement. Anthony atterrit sur le dos, jambes écartées, surpris par ce brusque accès de violence. Il se redressa sur ses coudes, pour mieux voir Blaise grimper sur son lit, à quatre pattes, s'avançant vers sa proie tel un félin. Blaise sentit son érection se durcir davantage en voyant Anthony ainsi offert, le souffle court, et les joues rosies à la fois par le plaisir et par la pudeur. Blaise se pencha vers son amant, et vint poser ses lèvres sur son ventre, caressant chacun de ses abdominaux avec sa langue. Goldstein gémissait sous ses caresses impudiques, et se tortilla davantage lorsque la langue de métis vint effleurer un téton. La langue du Zabini passa et repassa sur la chair durcie, tandis que le tortionnaire se repaissait des soupirs de frustration que laissait échapper son captif.

Blaise s'occupa de déboucler la ceinture de son amant, et d'ôter son pantalon devenu trop gênant. Anthony n'était plus vêtu que de son boxer, et Blaise pouvait voir qu'il était à l'étroit. Anthony le fixait, les lèvres entrouvertes, son torse se soulevant frénétiquement au rythme de sa respiration erratique, excité à l'idée de se retrouver presque nu sous son copain qui le regardait avec une gourmandise non dissimulée. Blaise fixait de son regard de prédateur la protubérance plutôt imposante qui se formait dans le caleçon d'Anthony, et se pencha pour poser ses lèvres dessus, en devinant presque la forme au travers du tissu. Anthony frémit une fois encore, et se cambra légèrement, comme pour offrir son membre tendu à son tortionnaire.

Puis, Blaise délaissa la virilité de son homme pour revenir posséder ses lèvres avec passion. Anthony put ainsi déboucler la ceinture du grand noir, et enlever son t-shirt. Goldstein roula bientôt sur le côté, inversant leurs positions. À califourchon sur Blaise, Anthony le dominait à présent complètement. Déjà, le métis faisait glisser le caleçon de son amant pour le dévêtir complètement, mais celui-ci l'en empêcha. Blaise grogna de frustration, alors qu'Anthony lui lançait un regard narquois. Goldstein parvint à déshabiller complètement Blaise, et regarda un instant sa virilité imposante s'offrir à lui, vérifiant ainsi l'hypothèse sur les gars de couleur. Pour l'avoir déjà testée, Goldstein pouvait affirmer qu'elle faisait autant de bien que de mal, le plaisir venant évidemment lorsqu'il s'habituait à sa présence.

Un frisson d'anticipation le parcourut entièrement, alors qu'il s'imaginait déjà Blaise en train de le pilonner violemment, suffisamment fort pour lui faire voir des étoiles. Pour un peu, Goldstein en aurait presque abrégé les préliminaires pour s'empaler sur lui sans autre forme de cérémonie. Pour un peu, il aurait adoré se faire foutre dans cette position. Néanmoins, le brun fut contraint de tempérer ses ardeurs, Blaise témoignait déjà son impatience. Anthony s'allongea complètement au dessus de lui, puis il commença à lécher doucement la peau couleur chocolat, qui goûtait bon l'homme. Blaise se cambrait sous les coups de langue qu'Anthony donnait, et il crut défaillir quand il taquina doucement son nombril, laissant comme autant de sillons humides sur sa peau.

-Ne t'arrête pas. Haleta Blaise, d'une voix rauque de désir.

-Je n'en avais pas l'intention. Souffla Anthony, qui descendait de plus en plus bas. Je t'ai promis la baise du siècle, je ne comptais pas m'arrêter en si bon chemin.

Blaise, tout à coup, se sentit mal. Très mal. En fait, il venait de débander, en moins de temps qu'il fallait pour le dire. Alors, c'était donc ça? Anthony voulait simplement baiser, rien d'autre? Blaise avait mal au cœur, il avait l'impression que celui-ci venait de se briser dans sa poitrine. Il pourrait même dire qu'il commençait à manquer d'air. Il se redressa, sous le regard interrogateur d'Anthony, qui regardait le sexe mou et flasque d'un air boudeur. Le garçon noir repoussa le blanc, qui en fut presque éjecté du lit.

-Blaise…protesta Anthony, soudainement dégrisé. Qu'est-ce qui te prend?

-Ce qui me prend? Cracha Blaise avec hargne, alors qu'il commençait à partir à la recherche de ses vêtements. Ce qui me prend, c'est que je ne suis pas ton objet sexuel, si tu veux baiser, t'as qu'à te prendre une pute, ou te branler jusqu'à ce que tu te sois vidé les couilles.

Blaise avait enfilé en toute hâte son caleçon, alors que Goldstein s'était levé du lit. Le brun s'approcha du métis, avant de le pousser violemment contre le meuble. Blaise perdit l'équilibre, et se cogna la tête sur le bord de la commode. Il vit trouble pendant un long moment, avant de s'asseoir par terre, ce qui était beaucoup plus sage.

-Retire ce que tu viens de dire! S'écria Anthony, furibond, alors qu'il dardait ses prunelles sombres dans celles d'ébène du métis.

-Pourquoi? Rétorqua Blaise, d'une voix cinglante. J'ai pas raison?

-Tu as tort. Soutint Anthony, qui avait brusquement pâli.

-Je ne te crois pas. Haleta Blaise, qui sentait les larmes lui monter aux yeux.

Pour toute réponse, Anthony écrasa ses lèvres sur les siennes. Blaise hoqueta de surprise, mais il se laissa faire. Sa main vint ébouriffer les cheveux bruns et ébouriffés d'Anthony, alors que la langue du jeune homme venait de forcer le barrage de ses lèvres pour s'engouffrer dans sa bouche si accueillante. Blaise gémit légèrement alors qu'Anthony l'embrassait avec douleur, avec envie, mais avec amour également, Goldstein essayait de faire passer tout ce qu'il ressentait à travers son baiser, la main posée sur le ventre chaud de Blaise, ses doigts dessinant doucement ses abdominaux taillés. Puis, Anthony prit le visage de Blaise entre ses paumes, ce qui contraint le métis à le regarder droit dans les yeux.

-et toi…chuchota Anthony, le regard fou. Dis moi que tu ne m'as pas choisi parce que je lui ressemble. Dis-moi que tu m'as aimé pour ce que j'étais.

Blaise resta silencieux. Le regard peiné d'Anthony le transperçait de part en part, et Blaise était chamboulé de l'intérieur. Le métis aurait voulu dire qu'il avait réellement aimé Anthony, que ce n'était pas parce qu'il ressemblait à Théodore. Pourtant, les mots refusaient de franchir de ses lèvres, et Blaise savait que s'il ne disait rien, il allait définitivement perdre Anthony. Une larme fugace roula sur la joue de Blaise, témoignant de son déchirement. Chialer, c'est pour les tapettes. L'amour, c'était une bonne raison pour pleurer, non?

-C'est bien ce que je pensais. Conclut Anthony, en se relevant pour de bon, laissant un Blaise anéanti au pied de la commode.

Sur-ce, le brun alla récupérer son jean et sa chemise, avant de sortir de la pièce sans regarder en arrière. Une fois qu'Anthony eut quitté la pièce, Blaise s'autorisa à craquer. Chialer, c'était bon pour les tapettes, mais il s'en foutait, parce qu'il s'agissait là du meilleur moyen d'évacuer sa peine. Il avait joué, et il avait perdu. Putain, mais qu'il pouvait être con quand il s'y mettait!


[TRACEY]

Tracey et Théodore étaient assis au bord de la piscine, une bouteille de bière à la main. Les deux adolescents fumaient une cigarette tout en plongeant les pieds dans l'eau légèrement bleutée. Tracey leva le nez vers le ciel, puis elle croisa ses longues jambes. Elle se plaisait à être aux côtés de Théodore, comme elle l'avait toujours été. Il avait toujours été son meilleur ami, ils se connaissaient depuis tellement longtemps. Puis, comme tout le monde s'y était attendu, ils avaient formé un couple, un couple mignon, photogénique, mais ils ne rendaient bien que sur le papier. Entre eux, il n'y avait aucune espèce d'alchimie, et c'était ce qui avait eu raison de leur couple.

Bien sûr, la descente aux enfers de Théodore avait été un catalyseur de plus. Tracey regrettait, parfois. Elle avait été lâche, incapable d'assumer et maintenant, elle l'avait perdu. Enfin, pas vraiment, puisqu'à présent il était là. Il avait complètement déboutonné sa chemise, dévoilant un torse parfait, d'une pâleur marmoréenne. Elle se souvenait de sa peau douce au toucher, de son corps ferme et masculin. Tout au long de la soirée, elle s'était surprise à le désirer encore. Il avait encore grandi depuis la dernière fois qu'elle l'avait vu. Il était encore plus séduisant, si une telle chose était possible. Une aura difficile à décrire l'entourait tout entier, et Tracey avait été happée par cette aura une fois encore. Il était puissant, magnétique, et surtout, plus mature.

-Tu ne sais toujours pas nager? Demanda-t-elle finalement, pour rompre le silence devenu gênant.

-Dans la mesure où je n'aime toujours pas l'eau…grinça Théodore, en lui adressant sa célèbre moue boudeuse.

-C'est dommage, tu ne sais pas ce que tu rates. Glissa-t-elle, sur le ton de la confidence, en tournant son joli visage vers lui.

-Et je rate quoi, selon toi? Questionna-t-il de sa voix suave et diablement séductrice.

Tracey était ravie de voir qu'il était en train de jouer le jeu. Il arborait à présent son sourire en coin horripilant, celui-là même qui lui donnait envie de l'embrasser, sur le champ. Et cette voix. Tracey était désolée pour son ami, qui était incapable de s'apprécier à sa juste valeur. Théodore se trouvait vraiment médiocre, mais Tracey pensait qu'il était magnifique, sur tous les plans. Son âme était peut-être sombre, mais il brillait comme un soleil, c'était un curieux paradoxe que l'on notait au premier coup d'œil. Théodore avait des qualités humaines indéniables, mais il n'avait jamais été clairvoyant à ce propos. Tracey avait pourtant tout fait pour les démontrer. Les années avaient passé, et il n'avait toujours pas confiance en lui. Il pourrait faire des ravages, si seulement il s'estimait à sa juste valeur, et surtout, s'il en jouait. Théodore était naturellement séduisant, seulement, il s'en rendait pas compte. Et pour que ce potentiel puisse se révéler, il fallait le pousser un peu.

-Tu raterais…dit-elle en se penchant vers son oreille, pour chuchoter doucement dans son cou. Des choses. Des baignades. Ça me manquait, de ne pas pouvoir aller à la plage avec toi.

Théodore planta ses prunelles glacées dans les siennes. Un frisson parcourut la jeune fille, remontant le long de sa colonne vertébrale. Elle se mordilla la lèvre inférieure, avant de détourner le regard. Ses yeux se posèrent à tout hasard sur son torse, dont elle détailla la fine musculature. Théodore avait toujours été mature que les autres. Avec sa grande taille, et ses traits adultes, il lui était aisé de se faire passer pour plus qu'il n'était âgé en réalité. Combien de fois Blaise et elle avaient pu rentrer clandestinement dans les boîtes de nuit grâce à Théodore? Enfin, ça c'était avant qu'ils se mettent à contrôler les cartes d'identité à l'entrée des clubs.

Tracey eut un sourire en pensant à toutes ces bêtises qu'ils ont pu faire tous les trois. Tracey, Blaise et Théodore se connaissaient depuis l'enfance, ils étaient dans la même école primaire, et par suite, ils sont tous allés dans le même collège. Le lycée avait suivi dans la foulée, jusqu'à ce que Théodore n'ait été renvoyé parce qu'il s'était bagarré avec un certain Marcus Flint. Tracey était sortie avec Marcus, mais ça n'avait pas marché, d'une part, parce que c'était un connard, d'autre part, parce qu'il ne pouvait pas saquer ses amis, et il avait même était raciste envers Blaise, ce que la jeune Davis n'avait pas cautionné.

En fait, son seul véritable amour avait été Théodore, mais en fin de compte, il s'agissait davantage d'une amitié améliorée que d'une relation amoureuse en bonne et due forme. Ils s'adoraient comme avant, sauf qu'à présent, ils se tenaient par la main, et ils se faisaient des bisous. Tracey était consciente que Théodore lui avait donné son premier baiser. Elle eut un sourire en pensant à ce souvenir, ils étaient si jeunes à l'époque. Elle pencha à nouveau la tête sur le côté, tira une taffe sur sa clope, et demanda à Théodore:

-Tu te rappelles de notre tout premier baiser?

Théodore la regarda fixement, légèrement perplexe. Puis, quelques instants plus tard, il sembla lui aussi se perdre dans ses souvenirs. Tracey l'étudia alors qu'il était en train de réfléchir. Il avait toujours cette veine sur la tempe, qui palpitait doucement. Tracey l'avait si souvent caressée pour l'apaiser, elle avait toujours été là pour lui, d'une certaine manière, mais dans une certaine mesure également. Immanquablement, tout avait fini par foutre le camp, en même temps que l'enfance.

-Oui, je m'en rappelle. Dit-il, légèrement amusé. On avait quoi…Onze, douze ans? On venait à peine d'entrer en sixième.

-C'est exact. Approuva-t-elle en souriant. Il y avait cette grande gueule dans notre classe, je ne sais plus comment il s'appelle…Mais une chose est-il, c'est qu'il n'arrêtait pas de se vanter d'avoir embrassé des filles de troisième, et toi, tu trouvais ça tout bonnement dégoûtant.

-En même temps, se défendit-il en s'esclaffant légèrement, amusé par ce souvenir, je n'avais pas vraiment l'âge pour seulement songer à embrasser une fille…j'ai toujours été très innocent sur ce point.

-C'est vrai. S'amusa-t-elle, attendrie. Il n'empêche que j'avais rêvé que tu le fasses, jusqu'à ce que je prenne le taureau par les cornes, et que je t'embrasse devant tout le monde.

-Tu as toujours eu un certain sens de la théâtralité. Fit-il remarquer, en la regardant dans les yeux.

-Et toi, contra-t-elle sans se défaire de son sourire, tu as toujours eu horreur de te donner en spectacle. Je m'en souviens! Tu stressais comme un malade à chaque fois qu'on devait présenter un exposé en classe, ou même pour simplement répondre à une question, tu te décomposais à chaque fois qu'on t'interrogeait.

-Je me suis inscrit au club de théâtre pour apprendre à vaincre ma timidité. Se rappela Théodore, nostalgique.

-Et aussi pour Fleur. Rappela Tracey, non sans bouder légèrement.

-Aussi pour Fleur, oui. Confirma Théodore, en rougissant imperceptiblement.

-C'était le bon vieux temps. Éluda Tracey, en se cambrant doucement, comme si elle offrait son visage à un soleil qui n'existait pas.

À côté d'elle, Théodore sourit. Il avait cette lueur nostalgique dans le regard, comme à chaque fois qu'il se remémorait un évènement quelconque ayant eu lieu dans le passé. Tracey savait que Théodore avait toujours eu un lien très fort avec son passé, l'adolescent s'y rattachait souvent pour ne pas avoir à affronter l'avenir. Tracey, au contraire, préférait aller de l'avant, sans jamais se complaire dans les évènements antérieurs. Elle vivait au jour le jour, elle ne se posait pas de questions, elle profitait de ce que la vie lui offrait. Elle estimait qu'elle aurait le temps de regretter plus tard. Sur l'instant, elle fonçait droit dans le mur sans se préoccuper des conséquences. Qui plus est, elle ne savait pas apprendre de ses erreurs, et elle recommençait la même faute sans cesse. C'était à croire qu'elle était franchement masochiste.

-Pourquoi tu es partie? Finit-il par demander, la voix légèrement brisée. J'avais besoin de toi, Tracey, tout comme Blaise avait besoin de toi. Nous trois, c'était sacré, tu t'en rappelles? Alors, pourquoi tu as baissé les bras à la première difficulté?

Tracey sentit sa gorge se nouer, et son regard s'humidifier. Cela faisait si longtemps qu'elle n'avait pas versé de larmes, que ça en devenait presque indécent. Elle se sentait coupable de ne jamais pleurer, là où d'autres pleuraient tous les jours. Tracey s'en voulait presque d'avoir une vie normale, là où d'autres galéraient encore à suivre le chemin qui leur avait été imparti dès la naissance. Tracey avait parfois souffert pour Théodore, mais elle avait abandonné sa charge lorsque la peine de son ami était devenue trop lourde à porter. Elle avait craint s'y noyer, parce qu'il drainait tout l'espoir qu'elle avait en elle. Tracey était une lâche, dans le fond. Elle ne savait pas assumer. Elle ne savait pas être là quand il le fallait. Elle ne savait pas non plus tenir ses promesses.

-C'était une erreur. Souffla Tracey, la gorge serrée. J'aurais…j'aurais pas dû. Je…je suis désolée…si tu en as souffert. Je voulais rester près de toi, mais j'en étais incapable. J'ai eu peur, je crois bien. J'ai été lâche. Et je m'en suis voulue. Longtemps. Parce que si j'avais été là…peut-être que tu n'aurais pas sombré au point même de vouloir en finir.

-Ni toi, ni Blaise, n'auriez pu empêcher ce qui est arrivé. Répondit Théodore, platement. Vous n'avez pas à porter le chapeau pour quelque chose que j'ai décidé tout seul et sur un coup de tête.

-Sur un coup de tête. Persifla Tracey en montant le ton. Tu peux faire croire ça à d'autre, mais pas à moi. Je te connais, Théodore. Tu réfléchis toujours avant de passer à l'acte, quel que soit l'acte en question, d'ailleurs. Tu réfléchis même trop. Et avant d'en arriver là, tu as dû ressasser, te décider, te raviser, puis quelque chose est arrivé pour que tu apparaisses plus déterminé que jamais. Et pendant ce temps là, il y avait nous, tes amis, nous aurions pu faire quelque chose pour t'aider. Je suis peut-être partie, mais toi, tu as rejeté Blaise qui est resté. Blaise t'aime, il ferait tout pour toi. Il donnerait sa vie en échange de la tienne.

-Blaise m'aime. Soupira Théodore, désabusé. Tu sais qu'avec lui, ce n'est pas un vain mot.

-Blaise est homosexuel, et alors? S'emporta Tracey, d'une voix suraigüe. Il t'aime, c'est tout ce qui compte. Tu ne pourras peut-être pas lui retourner son amour de cette façon, parce que ce ne sont pas tes préférences sexuelles, mais tu peux au moins essayer…je ne sais pas moi, d'être compréhensif? Blaise est un chouette type, il ne mérite pas de s'en prendre plein la gueule parce que tu n'es pas d'humeur, ou que sais-je.

Tracey avait tendance à s'emballer un peu trop facilement, mais elle estimait que c'était nécessaire, Théodore avait parfois besoin d'être secoué pour qu'il ait de nouveau les yeux en face des trous. Blaise avait toujours caressé Théodore dans le sens du poil, il disait toujours amen à ce qu'il disait, il se pliait en quatre pour satisfaire les exigences du jeune Nott. Tracey, elle, n'était pas comme ça. Elle n'avait jamais ménagé Théodore, elle lui avait toujours dit le fond de sa pensée quitte à le blesser. Tracey était plutôt du genre à mettre des coups de pied au cul plutôt que de ménager les autres. Là encore, c'était ce qu'elle était en train de faire.

-Tu as raison. Capitula Théodore, en buvant une gorgée sur sa bière. J'ai souvent été odieux avec vous, mais ça changerait quoi, que je fasse mon mea culpa? Ça n'effacerait en rien ce que j'ai pu dire ou faire…Le mal que j'ai pu vous causer quand j'ai essayé de me foutre en l'air. J'ai fini par comprendre que ceux qui souffrent le plus ne sont pas ceux qui partent, mais ceux qui restent, et ce que j'ai là, aux poignets, ce n'est ni plus ni moins que les marques de mon égoïsme.

-NON!

Tracey venait de crier un peu trop fort. Elle fit sursauter quelques autres personnes également présentes dans le jardin. La jeune femme marmonna un pardon contrit avant de se tourner vers Théodore, qui avait la tête baissée. Elle se mordilla la lèvre inférieure, et elle prit doucement les poignets meurtris du jeune homme entre ses mains. Elle caressa du bout des doigts les cicatrices qui mutilaient sa peau, ce qui fit frissonner le jeune homme qui n'aimait pas qu'on y touche. Elle écarta les bracelets qui les cachaient, et avisa les tatouages qui les remplaçaient avec une moue réprobatrice. Elle se pencha, avant de poser ses lèvres sur son épiderme, comme si ses baisers avaient le pouvoir de guérir tous les maux du jeune homme.

-Non, Théodore, tu fais fausse route. Poursuivit-elle plus doucement, sans lâcher ses mains. Ces marques ne sont pas synonymes de lâcheté, d'égoïsme, ou que sais-je…elles sont là pour te rappeler que tu as traversé une période difficile, et que tu t'en es sorti. Tu ne dois pas voir ces cicatrices comme une malédiction. C'est…C'est l'espoir qui est gravé dans ta peau. Un appel au secours, c'est exactement ça. Tu ne t'en sortais plus tout seul, alors tu as appelé à l'aide, à ta manière. Tu ne voulais pas mourir, Théo. Tu voulais vivre. Tu voulais vivre, mais tu ne trouvais pas la bonne voie. Tu t'étais perdu.

Tracey avait toujours eu une façon de voir les choses différente des autres. Elle avait toujours su déceler une part de bien dans le mal, elle voyait le meilleur chez les autres. Pour elle, rien n'était vraiment négatif, elle faisait de ses faiblesses une force. Tracey avait essayé d'entraîner Théodore dans son sillage, mais elle n'y était jamais parvenue, elle avait lâché prise avant d'être emportée par le courant. Théodore avait aimé Tracey parce qu'elle était différente, parce qu'elle sortait du lot. Elle avait une philosophie bien à elle, et elle était bien l'une des rares à ne pas s'apitoyer ou à ne pas avoir peur en voyant de telles cicatrices. Théodore n'était pas un dépressif suicidaire, il était un jeune homme perdu qui avait besoin d'aide, rien d'autre.

-Et quand je vois ces tatouages, poursuivit Tracey, en caressant la peau noircie, je vois que tu as honte de cette période, que tu as voulu l'effacer, mais faute d'avoir une gomme magique, tu l'as fait avec les moyens du bord. Il ne faut pas en avoir honte, Théo, ça fait partie de ta vie. Tu dois l'accepter et vivre avec.

-Je n'ai pas que celui-là, de tatouage. Avoua le jeune homme, qui méditait sur les paroles de la jolie brune.

-Vraiment? S'enquit-elle, intéressée.

-Oui, j'en ai un dans le dos aussi. Confirma le jeune homme, avec fatalité. Sur l'omoplate gauche.

Sur-ce, il adressa un regard coquin à Tracey, avant de retirer complètement sa chemise. Tracey se mordilla la lèvre inférieure, ne pouvant empêcher son regard de vagabonder sur le torse de Théodore. Elle tourna légèrement la tête pour tenter de l'apercevoir. Elle eut un sourire en voyant la forme sombre se détacher sur sa peau pâle. Théodore souriait de toutes ses dents, et Tracey se sentit fondre. Alors, sans se préoccuper des autres personnes présentes, elle se pencha sur lui, avant de capturer ses lèvres dans un long et langoureux baiser.

À la grande surprise de Tracey, Théodore ne la repoussa pas. Au contraire, il chercha rapidement à approfondir le baiser, désespérément en quête de chaleur humaine. Il venait de faire pression sur sa nuque pour la rapprocher de lui, alors qu'il enroulait son bras vacant autour de sa taille. Tracey passa ses bras autour du cou de Théodore et soupira de bonheur en sentant sa langue caresser délicieusement la sienne. Cela faisait presque deux ans que Théodore et elle ne s'étaient pas touchés, et elle ne se rappelait pas qu'il embrassait aussi bien. Elle sentait les papillons s'envoler dans son ventre et son cœur fit une violente embardée. Elle caressait sa peau d'ivoire, dessinant du bout des doigts les muscles de son dos.

De son côté, Théodore avait passé sa main sous la jupe de la jeune Davis, pour caresser la peau nue de ses cuisses. Elle passa une jambe en travers de celles du jeune homme, et vint s'installer à califourchon sur ses cuisses. Ils s'arrêtèrent de s'embrasser un instant, pour se contempler un moment. Elle caressa doucement ses joues, ses lèvres, ses cheveux, son nez. Elle réalisa qu'il lui avait manqué. Cependant, elle était certaine de ne plus ressentir de sentiments amoureux pour lui, simplement un désir puissant et impérieux qui ne demandait qu'à être assouvi. L'un comme l'autre savaient que cela aurait dû se passer bien avant.

-Théo? Appela une voix rauque derrière eux.

Tracey soupira en entendant cette voix féminine. Elle l'aurait reconnue entre mille. Tout en maugréant, Tracey repoussa Théodore, couché au dessus d'elle, et elle remit correctement la bretelle de sa robe, qui avait glissé pendant ce début d'étreinte passionnée. Théodore fut également contraint de se redresser, et remit sa chemise afin d'être un minimum présentable, sans prendre toutefois la peine de la reboutonner. Le regard de Tracey glissa une dernière fois sur le torse de Théodore, jusqu'à la très légère bosse qui commençait à se former dans son pantalon.

-Salut, Fleur. L'accueillit Théodore, en adressant à la grande blonde un sourire mystérieux, auquel la jeune femme répondit par un signe de la main gêné.

-Je suis désolée de te déranger. S'excusa-t-elle, poliment. Mais Wayne m'a dit que tu étais ici, et comme je voulais prendre l'air…je me suis dit que ça te ferait plaisir que je vienne en personne te saluer.

Tracey ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel. Elle n'avait jamais aimé Fleur, qu'elle jugeait trop cucul et surtout, trop snob. En fait, elle ne comprenait pas comment Théodore pouvait fantasmer sur une fille comme elle, mis à part le fait qu'elle était grande, blonde et mince, avec un port de tête magnifique et une grâce qui semblait innée. Plus tard, Tracey apprit que la Delacour faisait de la danse classique depuis son plus jeune âge.

-C'est à mon tour de m'excuser. Répondit Théodore, avant de s'avancer pour faire la bise à la nouvelle arrivante. J'aurais dû passer te saluer plus tôt, mais à dire vrai, je ne savais pas du tout que tu étais là, personne ne m'a rien dit.

-Tu es un peu la star locale. Sourit Fleur, alors qu'elle ne détachait pas son regard de celui de Théodore, provoquant des envies de meurtre chez Tracey. C'est normal qu'ils t'accaparent.

-Crois-moi, des fois, ça m'embête des fois plus qu'autre chose. Avoua Théodore, légèrement penaud. Pour me rattraper, ça te dirait qu'on aille boire un verre un de ces quatre, ou qu'on aille manger un truc sympa quelque part…

-J'en serais ravie. Acquiesça Fleur, qui rayonnait. Je vais te laisser avec Tracey. On s'appelle?

-Pas de problème. Je n'ai pas changé de numéro. Répondit Théodore, en lui adressant un clin d'œil.

Fleur s'avança, et elle déposa un baiser sur la joue de Théodore, avant de rentrer dans la maison tout en souriant. Lorsque Théodore se tourna vers Tracey, celle-ci lui jeta un regard noir:

-Alors c'est ça ton nouveau hobby? Cracha Tracey avec hargne.

-Je ne vois pas de quoi tu parles. Répondit Théodore avec nonchalance. Et je ne vois pas pourquoi tu serais jalouse puisqu'il n'y a rien entre nous, pas vrai?

-Certes. Répondit Tracey en croisant ses bras sur sa poitrine. Mais ce n'est pas une raison pour coucher avec la première fille que tu croises.

-J'ai rompu avec ma copine récemment, l'informa Théodore, alors que son regard s'agrandissait sous l'effet de la stupeur, excuse-moi d'avoir envie de passer à autre chose.

-Justement Théodore. Coupa Tracey, en regardant son ex petit-ami dans les yeux. Tu ne gagneras rien en sautant plein de filles différentes, juste un profond dégoût de toi-même, parce que ce n'est pas dans ta nature de coucher avec la première venue. Tu ne dois pas non plus trouver quelqu'un pour oublier ton ex. Tu ne dois pas faire les choses en fonction d'elle, Théodore. Parce que si tu veux te trouver quelqu'un pour oublier cette fille, ça veut dire que tu sais que tu ne peux pas l'oublier tout seul parce que tu as encore des sentiments pour elle. Et donc, par définition, ta nouvelle relation tombera à l'eau.

Théodore grogna, pour témoigner sa désapprobation. Encore une fois, Tracey avait vu juste, elle ne le connaissait que trop bien. La jeune femme, fière de son speech, lui adressa un sourire plein d'autosatisfaction. Avant que Théodore ne s'éloigne pour regagner l'intérieur de la villa, Tracey crut bon de lui adresser un dernier avertissement:

-Et avant de décrocher ton portable pour appeler Fleur, assure-toi que c'est bien ce que tu as envie. C'est mignon, vous venez de vous retrouver, elle a été ton fantasme pendant toute ton année de seconde, okay, c'est bien. Mais réfléchis bien. Fais-le parce que tu en as réellement envie. Si tel est le cas, alors je te donne mon entière bénédiction.

Théodore hocha la tête d'un air entendu, et rentra dans la maison surchauffée. Tracey soupira, et se massa légèrement la nuque, contrariée. Elle avait encore sur les lèvres le goût du baiser qu'ils avaient échangé, mais la saveur âcre de la jalousie était venue s'y mitiger. Tracey ne pouvait pas voir Fleur en peinture, c'était une chose. Que Théodore ait plus ou moins flashé sur elle lorsqu'ils étaient encore ensemble en était une autre. Dans n'importe quelle hypothèse, elle n'accepterait pas que Théodore souffre à cause d'elle. Tracey avait fait l'erreur de partir une fois. Elle avait juré qu'on ne l'y reprendrait plus. Elle voulait qu'elle, Blaise et Théodore soient réunis, comme au bon vieux temps, peu importaient les secrets, peu importaient les mensonges. Peu importait sa partie de jambes en l'air avec Blaise. Elle voulait réunifier leur vieux trio.


[DRAGO]

Lorsque Drago s'était réveillé ce matin là, il avait été surpris de voir que Lavande n'était plus là. Pourtant, le garçon était certain qu'ils s'étaient endormis ensemble, quelque part dans la villa. Ce qui surprit également le jeune homme, c'était bien l'absence de gueule de bois pourtant caractéristique d'un lendemain de fête. Qui plus est, il se souvenait de tout, dans le moindre détail. En réalité, Drago n'avait pas beaucoup bu, par solidarité envers Lavande qui ne pouvait pas se prendre de cuite en raison de son état. Aussi avait-il également joué le jeu, et il reconnaissait volontiers que de la sorte, il avait davantage profité de la fête.

Le jeune homme s'étira, et remarqua que sa chemise était ouverte. Il bailla longuement, avant de se redresser, pour tenter de voir où il se trouvait. Lavande et lui s'étaient apparemment endormis dans ce qui ressemblait à une buanderie. Lorsque Drago tourna la tête sur la gauche, il tomba nez à nez avec une machine à laver, dont l'œil unique semblait le fixer. Il n'était donc guère étonnant qu'il était fourbus de courbature s'ils s'étaient endormis à même le sol, dans un sac de couchage. Il cligna des yeux, encore aveuglé par le jour naissant. De ce qu'il pouvait voir, des cadavres de bouteilles étaient venus s'inviter jusque là. C'était à croire qu'hier soir s'était tenue la soirée de tous les excès.

Après avoir vérifié qu'il n'avait rien oublié, Drago quitta la pièce. Il traversa une sorte de sas, où traînaient quelques bouteilles de bière, et un cendrier plein. Une odeur de tabac froid flottait encore dans l'air, signe que l'endroit n'avait pas dû être aéré. Il enjamba un fêtard qui était en train de ronfler bruyamment, puis, Drago entra dans la cuisine. Le grand blond plaignait sincèrement le jeune Zabini. En effet, il régnait dans la pièce un capharnaüm sans nom. Tout avait été mis sens dessus-dessous, c'était à croire qu'un ouragan était passé par là.

Drago haussa un sourcil en voyant des traces de sauce tomate sur les murs, et les casseroles sales qui s'entassaient dans l'évier. Apparemment, certains avaient dû faire des pâtes à la bolognaise pour caler une petite fringale nocturne. Par expérience, Drago savait qu'on finissait immanquablement par avoir faim en fin de soirée, bien que certains étaient trop bourrés pour seulement se rendre compte qu'ils avaient la dalle. Aussi, se faire une plâtrée de pâtes en rentrant de boîte, ça n'avait pas de prix. Drago fit un bond sur le côté, en s'apercevant que son orteil avait frôlé une flaque suspecte. Il fronça le nez de dégoût, avant d'essuyer son pied sur un torchon qui traînait par terre. Honnêtement, il ne voulait même pas savoir ce que c'était, aussi il jugea préférable de se tirer de là vite fait.

De la cuisine, Drago passa au salon. Heureusement qu'il n'y avait plus de cadres aux murs, sinon ils auraient été foutus en l'air. En fait, il ne restait plus grand-chose dans la maison, à part deux canapés, un clic-clac, le matériel de DJ de Blaise, et la table basse, qui disparaissait sous les cadavres de bouteille, les paquets de chips vides, les sachets de cacahuètes à moitié renversés, et des portables qui avaient été déposés là par leurs propriétaires. Drago remarqua que beaucoup de personnes s'étaient endormies dans le salon, une vingtaine à tout casser. Le blond eut un sourire en voyant Blaise, qui s'était assoupi sur sa table de mixage et qui ronflait bruyamment, un filet de bave coulant sur son menton.

Dans le clic-clac, Drago vit Ron et Daphnée. Daphnée s'était littéralement vautrée sur Ron, et son bras pendait lamentablement hors du canapé. Ron dormait la bouche grande ouverte, il portait un short bleu-ciel, ornés de petits soleils jaunes qui souriaient à pleines dents. Les collants de Daphnée semblaient avoir fait la guerre du Viêt-Nam tant ils étaient en mauvais état. Elle avait des spaghettis dans les cheveux et une trace de sauce tomate sur la joue. Ce qui était encore plus drôle, c'était sans doute sa coiffure. On aurait dit qu'elle s'était coiffée avec un pétard, tant ses cheveux partaient dans tous les sens.

Drago les laissa dormir, et enjamba quelques corps endormis. Il vit Nott affalé contre un mur, avec une fille blonde dans les bras, la fameuse Fleur qui leur avait tenu la jambe pendant une bonne partie de la soirée. Drago n'était pas surpris de le voir avec la fille. Il savait qu'Hermione et lui avaient cassé. Ni l'un, ni l'autre, n'avaient pris la peine de lui dire quoi que ce soit, Drago l'avait su par Lavande, qui elle-même l'avait su de Parvati. Pour un peu, Drago en plaindrait Nott. Apparemment, madame la reine l'avait utilisé un moment, puis l'avait jeté lorsqu'elle s'était rendue compte qu'il n'était plus en mesure de la satisfaire. Nott avait espéré faire tomber Hermione dans ses bras, en définitive, il s'était retrouvé relégué au rang de jouet. A dire vrai, Drago était dégoûté par une telle attitude. Il avait eu raison de s'en débarrasser, au moins, son honneur était sauf.

Théodore ne pouvait pas en dire autant. Certes, en s'affichant à son bras, il s'était hissé très haut dans l'échelle sociale de l'école, son ascension avait été fulgurante, mais maintenant qu'ils avaient rompu, la chute s'annonçait tout aussi brutale. Il n'y avait qu'un pas pour que le prince soit déchu et mis plus bas que terre. Oui, Drago plaignait Nott. Puisque la reine l'avait plaqué, sa réputation, et surtout, sa vie sociale allaient être anéanties. à moins qu'il ne soit suffisamment malin pour faire tourner la situation à son avantage.

Drago secoua la tête d'un air navré, avant de quitter le salon, qui était bien calme en comparaison de la veille. Il enjamba le rail de la porte coulissante, et la poussa un peu pour pouvoir passer dans l'ouverture tout entier. Il sentit avec bonheur la brise légère effleurer sa peau pâle, comme une douce caresse. Le calme du matin était presque reposant. Cela changeait considérablement avec l'atmosphère enfumée de la maison. Il s'avança dans le jardin, pieds nus. Il fut surpris de voir Lavande assise au bord de la piscine, en bikini. Elle offrait son corps au soleil levant. Elle avait le nez levé vers le ciel, comme si elle recherchait un semblant d'inspiration. Surtout, et c'Est-ce qui frappa en premier lieu le jeune homme, c'était qu'elle avait une petite moue boudeuse sur les lèvres, et le regard absent. Elle avait un verre de cocktail -non alcoolisé- à la main, et lâchait quelques soupirs à fendre l'âme.

Sans bruit, il vint s'installer à côté d'elle et trempa à son tour ses pieds dans la piscine, non sans relever le bas de son jean au passage. Lavande tourna légèrement la tête vers lui et lui adressa un sourire faiblard. Drago lui sourit en retour avant de passer son bras autour des épaules frêles de la blonde. Elle vint se blottir contre son torse robuste et il la serra contre lui en retour. Il pressa ses lèvres au creux de son cou et elle frémit, doucement. Du bout du nez, il dessina la ligne délicate de son cou, et elle pencha la tête légèrement pour lui offrir un meilleur accès. Elle laissa échapper un gloussement lorsqu'il s'attaqua à ses épaules, avant de le repousser gentiment, l'air gênée.

-Qu'est-ce qu'il y a? interrogea-t-il, en rivant ses prunelles anthracites dans le regard bleuté de la jeune femme.

-Nous ne sommes pas seuls. Chuchota-t-elle en se dégageant de son étreinte, à regret.

-Tu sais, tout le monde nous a vus hier soir. Argua-t-il en chassant une mèche de cheveux blonds de son visage. Je pense qu'ils ont tous compris ce qu'il y a entre nous.

-Je ne sais pas. Finit-elle par dire tout en frissonnant légèrement. Mais il n'empêche que hier, ils avaient tous de l'alcool dans le sang et ils étaient bien trop pris dans leurs activités pour seulement faire attention à nous.

-Tu vois, là, il n'y a personne. Argumenta Drago en montrant le vaste jardin à la jolie blonde. Alors, il n'y a rien qui t'empêche de venir là, dans mes bras. Et ça tombe bien parce que je n'avais pas l'intention de te laisser partir.

Alors, Drago lui ouvrit doucement les bras. Lavande rit légèrement, avant de se blottir tout contre lui, pour mieux respirer son odeur. Son cœur s'accéléra imperceptiblement lorsque les doigts joueurs du jeune Malefoy vinrent caresser sa colonne vertébrale, à même sa peau nue et frémissante. Elle ronronna légèrement, avant d'enfouir son visage dans son cou. Drago, lui, jouait distraitement avec ses longs cheveux blonds, profitant de cette étreinte à la sauvette avant d'être dérangés par les autres. Il était vrai que depuis qu'ils étaient arrivés ici, à Quimper, ils n'avaient pas vraiment eu de moments à deux, le mieux qu'ils avaient pu faire, c'était s'allonger au bord de la piscine pour bronzer.

Dans le fond, Drago se félicitait de l'absence d'Hermione. Si son ex avait été là, l'ambiance en aurait été véritablement plombée, c'était certain. En fait, lorsqu'Hermione n'était pas là, Drago se sentait respirer, véritablement. Il n'avait plus à subir ses regards chargés de reproches, il n'avait plus de comptes à rendre à personne, il se sentait libre, en somme. Et c'était cette liberté qu'il était en train de retrouver, avec Lavande. Pour la première fois, il se sentait serein, il se lançait dans l'aventure de la vie sans trop d'appréhensions, il vivait au jour le jour sans se prendre la tête outre mesure, ce qui avait été clairement impossible du temps où il était avec Hermione. La brune l'avait constamment étouffé à lui poser des milliers de questions, pour savoir ce qu'il faisait, où et avec qui. Sur la fin, le manque flagrant de confiance avait complètement pourri leur relation, au point même d'avoir complètement refroidi Drago. Il n'avait plus voulu entendre parler de relations sur le long terme, mais ça, c'était avant.

-Alors ne me laisse pas. Chuchota-t-elle à sa nuque, alors qu'il la berçait tout contre lui.

-Qu'est-ce que tu étais en train de boire? S'enquit-il, en jetant un œil au verre rouge et orangé qu'elle avait posé à côté d'eux le temps de leur étreinte.

-Un cocktail grenadine et jus de fruits multivitaminés. C'est très bon, je carbure à ça depuis hier soir.

-Je te le laisse, je ne suis pas vraiment fan de grenadine. Répondit simplement Drago non sans esquisser une légère grimace.

-Tant mieux! Fanfaronna la jeune femme, tout en trempant les lèvres dans son affreux breuvage. Je n'avais pas non plus l'intention de partager!

Alors, Lavande continua de siroter son étrange boisson, sous le regard blasé du grand blond. En l'espace d'un instant, il s'était dit que les lèvres de Lavande allaient avoir le goût de ce breuvage pas très ragoûtant (pour lui, tout du moins) mais étrangement, ça ne le dérangeait pas. Les lèvres de Lavande auraient toujours meilleur goût que cette affreuse mixture. Il attendit patiemment qu'elle ait terminé sa gorgée, pour capturer ses lèvres en un long et langoureux baiser. Lavande soupira de désir, avant de se reculer et de demander malicieusement:

-Alors, ça a quel goût, ma potion magique?

-C'est toi qui a concocté ce truc? Grimaça Drago, non sans s'attirer un coup de coude réprobateur de Lavande.

-étant enceinte, je n'ai pas beaucoup de possibilités niveau boissons. Fit remarquer Lavande en haussant un sourcil. Et, comme je n'ai pas envie de boire toujours les mêmes choses, j'essaie de nouveaux mélanges. J'ai attrapé les deux premiers trucs que j'ai trouvés dans le frigo de Blaise et j'ai mélangé pour voir ce que ça fait. Puis, j'avais une envie dévorante de grenadine, alors…

Lavande pinça les lèvres en une moue tout à fait éloquente, alors que Drago souriait aux paroles de la jeune femme. Il était vrai que depuis quelques temps, Lavande avait des envies bizarres…des envies de femme enceinte. Fort heureusement pour Drago, les envies en questions étaient relativement soft, et c'était surtout du sucré…comme par exemple, cette soif de cocktail grenadine/jus multivitaminé. Drago se mordilla les lèvres quelques instants, et passa une main nerveuse dans ses cheveux blonds. Lavande, à côté terminait machinalement son verre. Elle soupira tout en repoussant le récipient désormais vide. Drago fronça le nez. Il détestait vraiment l'odeur de la grenadine.

-Drago? Demanda Lavande d'une voix enjôleuse, tout en glissant lascivement une main sur son torse dénudé.

-Oui mon amour? Répondit-il, machinalement alors qu'il mourrait d'envie d'allumer une cigarette là, maintenant, tout de suite.

-Tu…Comment tu m'as appelée? Balbutia la blonde tout en écarquillant les yeux.

-Quoi, ça ne te plaît pas? Marmonna le jeune homme, quelque peu gêné.

-Au contraire…couina Lavande, d'une toute petite voix, alors qu'elle baissait les yeux. Je…c'est…C'est inattendu.

-Vraiment? S'enquit le jeune Malefoy avec curiosité, tout en plantant ses prunelles anthracite dans les iris d'un vert d'eau de la jeune femme. En quoi c'est choquant, Lavande? Je veux dire…Nous sommes un couple, non? Puis, tu attends mon enfant, quoi de plus naturel? Tu doutes encore de mes sentiments pour toi?

-Non, bien sûr que non! S'écria Lavande, non sans poser délicatement ses lèvres sur les siennes. C'est juste que…je suis agréablement surprise. Et que ça me touche, véritablement…D'ailleurs…

-d'ailleurs quoi? Grogna Drago entre deux baisers, alors qu'il serrait Lavande tout contre lui.

-Puisque tu m'aimes très fort ainsi que le bébé qu'il y a dans mon ventre, pourrais-tu, s'il te plaît, me préparer avec tout plein d'amour ce délicieux cocktail?

-Lavande. Grogna Drago, qui ne voulait visiblement pas s'intoxiquer les poumons à respirer les relents de ce mélange infect.

-Ton fils ou ta fille en a vraiment envie. Insista-t-elle en battant des paupières d'un air qui se voulait enjôleur.

-Tu sais qu'un jour tu vas causer ma propre perte? Râla-t-il pour la forme, mais il avait d'ores et déjà commencé à se lever pour satisfaire les exigences de sa petite-amie.

-Merci. Souffla-t-elle du bout des lèvres, non sans lui adresser un clin d'œil.

Drago grogna, avant de se lever complètement. Il épousseta son jean puis, d'un pas lourd et encore gourd de sommeil, il retourna dans la villa non sans bâiller à s'en décrocher la mâchoire. Il passa une main dans ses cheveux blonds, les ébouriffant d'autant plus, puis, il fouilla dans la poche arrière de son jean, et en extirpa un paquet de cigarettes à moitié entamé. Il en coinça une entre ses lèvres, puis, il l'alluma. Il tira deux longues lattes, avant d'expirer la fumée âcre. En mode radar, il se dirigea vers la cuisine. Il fut surpris de voir qu'une serpillère avait été posée au sol, à l'endroit même où se trouvait la tâche suspecte, mais aussi de voir les deux premiers survivants. Il se sentit gêné lorsqu'il vit Théodore et la fille française, qui apparemment n'étaient pas uniquement en train de préparer leur petit-déjeuner.

Fleur était assise sur le plan de travail, qui avait été nettoyé des cadavres de bouteilles et des paquets de biscuit apéritif vides, et Théodore était entre ses cuisses. Ils échangeaient de longs et langoureux baisers. Drago cligna des yeux, légèrement surpris. Alors comme ça, c'était vraiment fini avec Hermione? Pourquoi ça ne l'étonnait pas…En tout cas, il était passé à autre chose. En définitive, à force de jouer les imbéciles, Hermione finissait par se retrouver toute seule. Elle n'avait eu que ce qu'elle méritait. Là, maintenant, tout de suite, il ne s'agissait pas de se remettre à haïr son ex, il s'agissait surtout de signaler sa présence, Drago ne tenait vraiment pas à jouer les tapisseries pendant qu'ils se bécotaient, d'autant plus que là, ça devenait de plus en plus passionné, et que, si Drago n'intervenait pas, Théodore allait finir par sauter la française sur le plan de travail, et il n'avait vraiment pas envie de voir ça.

-Hum hum. Finit-il par dire, bien que le terme exact serait plutôt se racler la gorge.

Drago afficha un sourire presque victorieux lorsque Fleur et Théodore se séparèrent. Il laissa échapper un ricanement légèrement gêné, puis il s'écarta doucement de Fleur, qui dénoua ses jambes de la taille du jeune homme. Ses joues pâles étaient colorées d'un rose soutenu, et elle passa une main plus qu'embarrassée dans ses longs cheveux blonds. Théodore sourit à la blonde, avant de se pencher vers elle pour effleurer ses lèvres d'un baiser.

-On passe la journée au lit, à l'étage? Chuchota-t-il à son oreille d'une voix suave, s'attirant les gloussements gênés de la demoiselle.

-D'accord. Acquiesça-t-elle en lui plantant un baiser sur la joue.

-Bonjour quand même. Se permit d'ironiser Drago, qui s'avança un peu plus dans la cuisine.

-Salut! Maugréa Théodore, d'une voix rauque tout en agitant légèrement la main, comme un con.

Fleur se contenta de lui adresser un signe discret de la main, et retourna dans la contemplation du grand brun qui s'affairait à préparer son petit-déjeuner. Fleur piocha un bout de brioche et mordit dedans tout en soupirant de bonheur. Il n'y avait pas à dire, manger quelque chose un lendemain de fête faisait véritablement du bien. Lorsqu'elle eut fini de grignoter, elle défit l'élastique qui était autour de son poignet, pour se faire un chignon rapide, quoique désordonné. Des mèches folles cascadaient sur ses épaules et lui donnaient l'air véritablement sauvage. Théodore quant à lui réprima un bâillement, tandis qu'il s'affairait à verser du lait dans un bol.

-Qu'est-ce que tu vas vouloir manger? Interrogea finalement Théodore, tout en fixant le grand blond qui entre temps, avait achevé de fumer sa cigarette.

-Rien du tout, en fait, j'étais venu chercher un truc pour Lavande. Exposa Drago en haussant un sourcil. Enfin…merci quand même.

Sur-ce, il alla jusqu'au frigo, et en sortit la bouteille de jus de fruit multivitaminé. Il s'en servit un verre, sans grenadine, puis il en prépara un pour Lavande.

-Attends, fit remarquer Théodore, sidéré, ne dis pas que tu es en train de mélanger ça avec de la grenadine?

-C'est pas pour moi, c'est pour Lavande. Se défendit-il tout en haussant les épaules. Je n'y peux rien si elle a des goûts bizarres.

Théodore et Fleur échangèrent un regard interloqué. La jeune femme descendit son propre verre de jus de fruit, puis elle s'avança vers Théodore. Le grand brun posa ses mains sur les hanches voluptueuses de la jeune femme pour la rapprocher de lui. Fleur se hissa sur la pointe des pieds, et de l'index, effaça la trace de pâte à tartiner qu'il avait au coin des lèvres. Il attira la jeune femme contre lui et elle noua ses bras autour de ses épaules. Il lui effleura doucement les côtes, ce qui la fit beaucoup rire, étant très chatouilleuse.

-Bon, moi je vais vous laisser. Déclara finalement Drago en prenant les deux verres. Les autres ne sont pas encore réveillés?

-Avec le taux d'alcoolémie qu'ils avaient dans le sang? S'esclaffa Théodore tout en tournant la tête vers l'anglais. Il n'y a vraiment aucune chance.

Drago hocha la tête, ne trouvant rien à répondre. Il salua les deux français, avant de retourner dans le jardin, tout en se laissant aller à ses pensées. Il fut rassuré de voir que Lavande se tenait toujours sur le bord de la piscine, il avait craint qu'elle ne s'en aille vadrouiller il ne savait où. Au lieu d'être assise, elle était allongée sur le dos, son corps offert au soleil qui était déjà bien haut dans le ciel. Drago sourit en la voyant ainsi, elle était si belle. Depuis le début de la grossesse, sa poitrine avait pris du volume et le haut de son bikini paraissait presque trop petit pour son contenu. Et, lorsqu'on regardait bien, on pouvait voir le léger renflement de son ventre. Drago sourit doucement. Il avait hâte de voir ce ventre s'arrondir à mesure des mois qui passent, et même si ça lui faisait peur, il était pressé de tenir cet enfant dans ses bras.

À pas de loup, le blond s'approcha de la jeune femme. Il déposa les deux verres à côté de Lavande, puis, il se glissa silencieusement jusqu'au bord de la piscine. Il y trempa les doigts, avant de les agiter au dessus de Lavande, qui fut immanquablement réveillée par les gouttes d'eau. Réveillée était un euphémisme, elle venait de se redresser en faisant un bond. Par une relation de cause à effet, Drago avait à son tour sursauté, puis, se trouvant dans un équilibre précaire, il était tombé dans la piscine, tout habillé. Lavande éclata franchement de rire en le voyant dans l'eau, aussi dépité parce que sa blague était littéralement tombée à l'eau. D'un air vengeur, Drago s'approcha du bord de la piscine, il avait attrapé Lavande en dessous des aisselles et en dessous des jambes. La blonde s'était mise à piailler de protestation, mais il n'en avait cure, cela ne l'empêcha pas de la jeter dans l'eau à son tour. Lavande laissa échapper un hurlement, avant de se mettre à cracher de l'eau chlorée: elle avait apparemment bu la tasse.

-On passe notre vie au bord de cette piscine, argua Drago alors que Lavande se frottait les yeux, aveuglée par le chlore, il aurait été bête qu'on ne l'inaugure pas un jour ou l'autre.

-Tu aurais pu éviter de me jeter dans l'eau! Protesta Lavande, piteusement. Un bain sitôt le matin, comme ça, c'est violent!

-Arrête de râler et viens là. Commanda Drago en lui ouvrant les bras. Maintenant qu'on est dedans, ce serait dommage de ne pas en profiter, n'est-ce pas?

Lavande le fusilla du regard, avant d'acquiescer vivement. Elle adressa un regard carnassier à Drago, avant de commencer à déboutonner sa chemise trempée non sans l'embrasser avec avidité. Pendant ce temps, au bord de la piscine, le téléphone du grand blond était en train de vibrer. Sur l'écran, on pouvait y lire: Hermione.


[PARVATI]

Hermione avait insisté pour qu'elles aillent toutes les deux manger au restaurant. La brune avait prétexté que cela leur changerait les idées à toutes les deux. Parvati avait acquiescé mollement, sans grande conviction. Harry n'était toujours pas réveillé, et à dire vrai, elle n'avait le goût à rien. Elle avait l'estomac tellement noué qu'elle s'était demandée comment diable elle allait faire pour manger quelque chose, mais bon. Parvati avait accepté pour faire plaisir à Hermione, qui avait elle aussi besoin de se changer les idées. En fait, l'indienne soupçonnait son amie de s'empêcher de penser aux autres qui étaient probablement en train de s'éclater en France, alors qu'il fallait l'avouer, qu'elles étaient en train de s'ennuyer comme des rats morts.

Quoiqu'il en soit, Parvati était attablée devant un plateau repas, dans un fast-food. Ni l'une, ni l'autre, n'étaient friandes de ces mets caloriques à souhait, mais la malbouffe, quand on déprimait, il n'y avait que ça de vrai. Parvati mâchonnait ses frites grasses du bout des dents, non sans les tremper dans la mayonnaise de temps à autres. Hermione, elle, s'était contentée d'une salade fade et sans aucun goût. Depuis que Parvati connaissait Hermione, l'indienne n'avait jamais vu son amie manger autre chose qu'une salade dans ce genre de fast-food, et encore. Hermione ne finissait jamais ses salades pourtant bien légères pour un estomac normal.

Parvati soupçonnait son amie d'être de nouveau tombée dans une de ses phases où elle ne mangeait rien du tout au point même de s'amaigrir à vue d'œil. L'indienne ne l'avait jamais réellement confrontée, mais elle soupçonnait Hermione d'être anorexique. Parvati avait lu des choses à ce sujet dans des magazines féminin, mais des choses ne collaient pas…Hermione ne semblait pas obsédée par son apparence physique, au contraire. Mais peut-être que finalement, ce désintéressement était feint? En tout cas, ça pourrait expliquer pourquoi Hermione mangeait si peu. Elle n'avait presque rien mangé de sa salade. Parvati soupira. Elle avait déjà mangé deux hamburgers et mordait avidement dans un troisième. Et elle piochait une frite de temps en temps.

Parvati se trouvait grosse. Bon, d'accord, il ne fallait pas exagérer non plus, elle n'était pas aussi haute que large, mais elle avait de gros nichons et un gros cul. Elle avait de la cellulite sur les fesses, et des petites rondeurs qu'elle trouvait disgracieuses. Pourtant, Harry les aimait bien, ces rondeurs. Il était vrai que Lavande et Hermione avaient toujours été plus minces qu'elle, mais bon, elle était d'origine indienne, peut-être que ça jouait aussi tout comme les portoricaines et les afro-américaines avaient des formes généreuses. Comble de l'injustice, Padma avait une taille de guêpe, elle. Padma était magnifique, et parfois, Parvati était désolée pour sa sœur qu'elle doive exhiber sa grosse vache de petite sœur. Enfin, Parvati n'était pas à plaindre non plus, elle était plutôt grande et très jolie, et cela compensait largement le reste. Pour la petite histoire, Parvati était plus grande qu'Harry, ce qui leur avait valu certains regard interloqués de la part de certains passants lorsqu'ils se promenaient en couple. Harry…Lorsqu'elle pensa à son petit-ami, Parvati sentit son cœur se serrer. Elle était à présent en train d'écraser la malheureuse frite dans l'emballage en carton, alors qu'il n'y avait plus de ketchup. C'était un geste répétitif qui trahissait son grand désarroi.

-Je n'ai plus faim. Décréta Hermione en poussant sa salade à peine entamée devant elle. Tu veux de mon muffin?

-Non merci. Soupira Parvati d'un ton morne. J'étais en train de dire à l'instant qu'il fallait que j'arrête de m'empiffrer, j'ai bien pris trois kilos depuis qu'Harry…

Elle s'était interrompue brutalement, saisissant l'ampleur du problème. Elle laissa échapper un autre soupir à fendre l'âme. Quand Parvati allait mal, elle compensait son malaise par la bouffe. Elle s'empiffrait tout en continuant de pleurer sur son sort. Forcément, ça s'accumulait sur ses hanches, sur ses cuisses et dans ses fesses. Parvati déprimait à chaque fois qu'elle se voyait dans un miroir, mais bon, elle estimait qu'il y avait pire. Hermione, par contre, ne pouvait pas en dire autant. Parvati jetait un regard circonspect à son amie, qui était en train de pianoter nerveusement sur son écran tactile. Hermione n'écoutait pas. De mieux en mieux, songea Parvati avec amertume.

-Hermione, tu m'écoutes? Demanda Parvati, qui peinait à obliger son amie à décoller ses yeux de son portable.

-Tu disais? S'enquit Hermione, distraitement, tout en se rongeant nerveusement l'ongle du petit doigt.

-Non, rien, ce n'est pas grave. Se rembrunit l'indienne tout en mordillant dans une frite. Je…J'ai envie de rentrer. Ça ne te dérange pas si on paye et qu'on s'en va?

-Pas du tout, je dois renter aussi. Répondit Hermione dans un souffle. Par contre…Je vais aux toilettes. Tu pourrais garder mes affaires?

-Pas de problèmes. Assura Parvati, qui remarqua du coin de l'œil que son amie avait laissé son portable à côté de son plateau.

Parvati fronça les sourcils. Elle soupçonnait Hermione d'aller se faire vomir dans les toilettes, mais son cœur se mit à battre plus vite lorsqu'elle s'aperçut que son amie avait laissé son téléphone sur la table. Parvati se mordilla la lèvre inférieure, en proie à une intense réflexion. Ce qu'elle avait l'intention de faire était mal, mais elle avait besoin de savoir. Non seulement Parvati était d'une curiosité maladive, mais en plus, elle ne supportait pas de rester à l'écart alors que son propre petit-ami était dans le coma. Elle réfléchissait à plein régime. Qu'aurait fait Pansy? Pansy l'aurait dissuadée de fouiller. Après tout, aurait-elle dit, si les gens s'échinaient tant à cacher certains détails, c'était bien pour une raison. Lavande, elle, l'aurait incitée à regarder, parce que Lavande était toute aussi curieuse qu'elle, sinon davantage.

Parvati prit une grande inspiration, avant de s'assurer que personne ne la regardait. Elle allongea le cou pour voir si Hermione ne revenait pas des toilettes de façon impromptue, puis elle tendit le bras pour s'emparer du téléphone tant convoité. Le cœur battant, complètement fébrile, Parvati navigua à travers les différents menus, tout en se mordillant furieusement la lèvre inférieure. Elle tomba sur les dernières conversations SMS de l'adolescente. Elle ouvrit la correspondance qu'Hermione entretenait avec Ron. Elle parcourut la conversation rapidement, mais elle ne releva rien d'intéressant. Hermione lui parlait surtout de Théodore et lui demandait ce qu'il faisait et avec qui…Autrement dit, elle était en pleine mission de surveillance, et à dire vrai, pour l'heure, les histoires de cœur d'Hermione ne l'intéressaient guère. Tout ce qui l'importait était de savoir ce qui était arrivé à Harry, même si elle était dégoûtée par ce qu'elle était en train de faire.

C'est un mal nécessaire. ne cessait de se répéter l'indienne pour se donner un tant soit peu de courage, qui lui faisait cruellement défaut ces jours-ci. Elle entortilla une mèche de cheveux noirs autour de son index, alors qu'elle ouvrait la conversation avec Drago. Alors comme ça, Miss Granger était régulièrement en contact avec son ex? Pourquoi? s'interrogeait Parvati, qui jetait des regards de plus en plus fréquents en direction des toilettes, son cœur cognant à lui en faire mal. Elle piocha une frite et la trempa dans la flaque de mayonnaise qu'elle avait versée dans la boîte en carton qui avait jadis contenu un hamburger. Elle lisait attentivement la conversation avec Drago, parce qu'elle était incroyablement intéressante.

Un certain Adrian Pucey était régulièrement mentionné, et c'était d'après la conversation celui qui avait fait du mal à Harry. Parvati sentit une bouffée de colère l'envahir. Comment Hermione avait-elle osé lui cacher une information aussi capitale? Cela faisait des semaines qu'elle se rongeait les sangs, à se demander pourquoi. Son amie lui avait menti sciemment en prétendant qu'elle n'en savait rien, et là, Parvati avait la preuve qu'Hermione avait sa petite idée sur la question depuis le début! Pour couronner le tout, Drago et Hermione envisageaient plus ou moins d'aller faire un saut en Ecosse pour rencontrer une certaine Minerva McGonagall. Quel était le rapport entre toutes ces personnes et Harry? Pourquoi Pucey en voulait-il à Hermione et Drago plus particulièrement?

Malheureusement, Parvati n'eut pas le temps d'en savoir plus. Hermione était en train de revenir des toilettes, et elle allait se faire prendre en flagrant délit. Quoique…N'était-ce pas au fond ce que recherchait Parvati? Ne voulait-elle pas confronter Hermione et lui mettre sous le nez toutes ses petites manigances pour enfin savoir ce qui pouvait bien se tramer? Aussi Parvati ne chercha-t-elle-même pas à se cacher de ce qu'elle avait fait, elle n'en avait pas honte, elle était plutôt dominée par la colère, et ce d'autant plus qu'elle avait passé ces derniers jours à consoler Hermione de sa soi-disant rupture. Hermione s'était foutue d'elle, voilà ce qu'il y avait. Pour un peu, si elle n'avait pas un tant soit peu de fierté, Parvati en aurait pleuré. Alors, sans autre forme de préambule, elle jeta le téléphone sur la table, juste devant Hermione, qui affichait une expression impassible.

-Tu t'es bien foutue de moi! Attaqua Parvati, sans laisser le temps à son adversaire de préparer sa défense. Tu comptais me le dire quand, que tu savais tout depuis le début?

-Parvati, je…se défendit Hermione, de façon assez minable, il fallait l'avouer.

-Pourquoi tu persistes à me mentir alors même que tu es devant le fait accompli? S'écria Parvati, d'une voix suraigüe. Dans la mesure où Harry est impliqué, ça me concerne autant que toi! Je pensais que tu étais mon amie

-Mais je suis ton amie, Parvati. Et c'est parce que tu es mon amie que j'ai voulu te laisser à l'écart de tout ça, pour ne pas t'exposer. Tu t'exposais suffisamment en sortant avec Harry.

-Je suis parfaitement en mesure de me défendre! Je ne suis plus une petite fille, je n'ai pas besoin d'être surprotégée.

-Là n'est pas la question. Coupa Hermione, sèchement. Ce dans quoi nous sommes tous trempés est bien plus grave qu'une simple querelle entre lycéens. Il y a eu des morts, Parvati! La preuve, Harry est entre la vie et la mort. À cause d'eux!

-Qui ça, eux? interrogea Parvati, fielleuse. Je pourrais me prémunir contre cette menace si je savais exactement ce que c'était. En me maintenant à l'écart de la sorte, tu ne fais que d'aggraver la menace! Je ne saurais même pas les reconnaître si je les croisais dans la rue!

Parvati croisa les bras sur sa poitrine, attendant qu'Hermione daigne fournir quelques explications. La brune fusilla son amie du regard, et maugréa quelques instants. Elle semblait peser le pour et le contre, pour un peu, Parvati aurait pu jurer entendre les rouages de son cerveau s'activer. Et pendant ce temps, Parvati s'impatientait. Elle voulait savoir ce qui était arrivé à Harry. Elle ne laisserait pas Hermione s'en tirer comme ça. Finalement, la jolie brune prit la parole, quelque peu amère:

-Cela n'excuse en rien le fait que tu aies été fouiller dans mes affaires! Tu n'avais pas à regarder mes messages, mes conversations. C'est dans ma vie privée que tu t'es introduite!

-Normalement, je devrais dire que je suis désolée, commença Parvati, en fronçant les sourcils, mais le fait est que je ne le suis pas du tout. Si je n'avais pas regardé, je ne serais au courant de rien à l'heure qu'il est. Tu ne m'as pas laissé d'autres choix que de fouiner!

-Ce faisant, tu m'as trahie!

-Aurais-tu seulement répondu à mes questions si je te les avais posées? S'énerva Parvati, qui commençait à perdre patience devant le silence de son amie. L'autre fois, quand on s'est croisés à l'hôpital avec Théodore, tu as osé me mentir sciemment! C'est plutôt moi qui devrais me sentir trahie!

-Non, je ne l'aurais pas fait. Finit par avouer Hermione, alors qu'il était évident qu'elle enfonçait des portes ouvertes.

-Non, tu ne l'aurais pas fait. Répéta Parvati, en écho, alors qu'elle clignait inutilement des yeux.

Le cerveau de Parvati fonctionnait à plein régime. Elle tentait de rassembler les pièces du puzzle autant que faire se peut. Elle disposait de si peu d'éléments, et avait en tête de bien trop nombreuses questions. Elle ne savait pas par où commencer, en admettant qu'Hermione accepte enfin de se livrer à un quelconque interrogatoire. De toute manière, comment Parvati pourrait-elle être certaine qu'Hermione ne lui mentirait pas tout en répondant à ses questions? Il y avait des incertitudes, trop d'incertitudes peut-être. Et somme toute, Parvati n'était pas certaine de vouloir connaître la vérité. Qu'allait-il advenir d'elle si elle mettait également le doigt dans l'engrenage? N'allait-elle pas finir comme Harry?

-Théodore sait? Questionna l'indienne avec brutalité. Est-ce qu'il est au courant de quelque chose?

-Les grandes lignes, oui. Concéda Hermione, agacée. Il ne sait pas toute l'histoire.

-Oh, je suppose que tu lui as servi une version très enjolivée pour te faire passer pour la victime, comme d'habitude. Soupira Parvati avec sarcasme.

-je lui ai présenté une version édulcorée, rectifia Hermione en appuyant sa joue sur sa main, là se trouve toute la nuance.

-Édulcorée à quel point? L'agressa Parvati, alors qu'Hermione soutenait son regard sans ciller.

-Édulcorée dans le sens où Pansy et moi avions fréquenté Adrian Pucey. Lâcha Hermione dans un souffle.

-Fréquenter, c'est-à-dire? Ils étaient de simples connaissances de lycée, ou bien vous faisiez partie des VIP?

-On faisait partie des VIP. Avoua Hermione à contrecoeur. Enfin…jusqu'à ce que ça ne dérape.

Hermione esquissa une grima de dégoût. La honte pouvait aisément se lire sur son visage fatiguée. Hermione se mordilla la lèvre inférieure, perdue dans ses songes. À en voir son regard dur et impénétrable, ce dont elle se rappelait ne devait guère être plaisant. Parvati soupira lourdement. Pucey avait-il quelque chose à voir avec le mal-être intérieur d'Hermione? Parvati avait toujours cru, naïvement peut-être, qu'Hermione avait dégringolé à cause de Malefoy, parce qu'il la trompait allègrement et avec des filles plus belles qu'elle. Il était vrai que Malefoy faisait un bon bouc émissaire, il était facile de reporter sur lui tous les malheurs du monde, oui, mais à quel point avait-il été coupable?

-Hermione, j'ai besoin de savoir. Insista Parvati, en tripotant nerveusement sa longue tresse. As-tu menti à Théodore?

-Mentir, à quel propos? Questionna Hermione en haussant un sourcil perplexe. Je te jure que non! J'ai été sincère avec lui jusqu'au bout. La seule fois où je lui ai menti, c'était pour dire que je ne voulais plus être avec lui.

-Est-ce que Pucey et toi vous…commença Parvati, avant de se taire, horriblement gênée.

-Bien sûr que non! S'indigna Hermione, outrée par les insinuations de son amie. Je…Certes, d'autres garçons que Théodore m'ont touchée…avant…mais c'est avec lui que j'ai fait l'amour pour la première fois. Je…C'est lui qui m'a pris ma virginité.

Parvati avait l'impression d'avoir été parachutée dans un film de très mauvaise qualité, où le scénario principal s'articulait autour de la drogue, de l'alcool, et du sexe. Cela étant, Hermione était une bien mauvaise actrice. Elle avait bien tenté de tirer les ficelles, mais elle n'y arrivait pas très bien, elle se faisait toujours démasquer à un moment ou à un autre. L'intrigue était mal ficelée et manquait cruellement de crédibilité. Hermione essayait de se défendre tant bien que mal, mais elle se laissait volontiers engloutir par les plus puissants. Dans un jeu de pouvoir, il était certain qu'elle n'en sortirait pas gagnante. Elle n'était qu'une débutante.

Parvati inspira profondément et continua à réfléchir. La jeune femme n'arrivait pas à croire qu'Hermione fut seulement responsable de tout ce qui était en train de se passer en ce moment même, c'était impossible. La frêle et timide jeune femme en face d'elle ne pouvait pas être à l'origine d'une telle machination. Drago en avait davantage la carrure, puis bon, il n'avait jamais aimé Harry et ne s'en était jamais caché. Il ferait un coupable idéal. Oui mais voilà, à quel point Drago se faisait-il également manipuler? Merde alors. Si un jour, on lui avait dit qu'elle se retrouverait au cœur d'un polar, avec un psychopathe en cavale et des victimes qui tombent une à une, elle aurait envoyé cette personne dans l'asile psychiatrique le plus proche. D'autant plus qu'à en croire les dires d'Hermione, il devait certainement y avoir un mobile. Oui, mais lequel? Un mobile de série Z qui était aisément identifiable, ou était-ce quelque chose de plus complexe, de plus machiavélique? Quelle sorte de piège sordide pouvait-on tendre à des adolescents de seulement dix-sept ans?

-Pendant que j'étais avec Drago, reprit Hermione, alors que Parvati n'avait toujours rien répondu, toujours aussi silencieuse, je suis sortie avec un autre garçon.

-Quoi? Tu as aussi trompé Drago? Piailla Parvati, en posant une main effarée devant sa bouche. Mais…

- Je sais que j'ai trompé Drago. Grimaça Hermione en passant une main dans ses cheveux. Je n'ai jamais prétendu que je n'avais aucun tort dans toute cette histoire. À la réflexion, j'ai tout de même honte de ce que j'ai pu faire. Je crois que ça me dégoûtait plus qu'autre chose.

-Qui était ce garçon? Demanda Parvati, qui à présent voulait tout savoir. Est-ce qu'il avait un quelconque rapport avec Pucey et sa bande?

-Il faisait partie de sa bande. Et il s'agissait de Randy Greengrass, le frère aîné d'Astoria et de Daphnée.

-Daphnée, Daphnée, attends…la copine de Ron?

-Précisément.

Un long silence embarrassé accueillit la révélation d'Hermione, qui entortillait à l'infini une mèche de cheveux autour de son doigt. Parvati, elle, était complètement abasourdie. Elle découvrait sur son amie des choses qu'elle aurait peut-être préféré ne jamais savoir, Hermione n'était donc pas si innocente qu'elle l'était en apparence.

-Et que s'est-il passé? Chuchota Parvati, qui à présent redoutait le pire s'agissant des révélations. Lui aussi s'est fait tabasser à mort comme c'est le cas pour Harry? Et que faisais-tu avec ce…ce…Randy pour en être aussi honteuse?

-Randy a été tué. Dévoila Hermione, extrêmement mal à l'aise. Disons qu'il voulait arrêter avec toute cette merde, il voulait couper les ponts avec Pucey et ses sbires depuis longtemps, pour moi. Il voulait arrêter la came, parce qu'il savait que des fois il me faisait peur. Ils lui ont tout simplement réglé son compte, et c'est de ma faute. Daphnée sait que c'est de ma faute, et c'est pour ça qu'elle m'en veut horriblement. Je lui ai enlevé son frère.

-Cela ne dit pas ce que tu fichais avec lui. Grogna Parvati, qui était extrêmement déçue par ce qu'elle apprenait d'Hermione. Tu ne comprenais donc pas que de traîner avec ces types ne ferait que de vous attirer des emmerdes, à toi et à Pansy?

-Je le savais. Gémit Hermione en enfouissant sa tête entre ses mains, complètement bouleversée. C'est juste que…que…Pansy et moi on a voulu s'éloigner, mais trop tard. Vous savez, on faisait partie de leur bande à l'époque. Je ne voulais pas…je te jure que je ne voulais pas…Mais c'est trop tard, tout est de ma faute. J'étais prête à quitter Drago pour Randy, j'étais complètement fascinée par lui, et Randy me promettait monts et merveilles. J'étais sa princesse. J'étais folle amoureuse de lui, à une époque, et je pense que c'était réciproque. J'avais honte, Parvati, si tu savais combien j'avais honte.

Le sang avait quitté le visage de son amie, dont le visage était anormalement livide. Trop livide, trop pâle, pâle comme la mort. Hermione ressemblait véritablement à un cadavre en ce moment précis. Elle avait les yeux injectés de sang, elle paraissait si fatiguée, si amère, usée et aigrie par le temps qui passait. Parvati aurait voulu poser sa main sur son avant-bras pour la réconforter, mais elle se l'interdisait, Hermione lui avait également menti, comme elle mentait peut-être à d'autres personnes. Le plus simple aurait été de se demander qui avait pu échapper à ses subterfuges, à ses manigances. À ses mensonges. Et ses mensonges avaient envoyé Harry quelque part entre la vie et la mort. Parvati avait désormais du mal à croire que Pansy s'était véritablement suicidée.

-Parvati, dis quelque chose. Supplia Hermione, en levant ses yeux marron vers l'indienne, qui avait désormais l'impression de suffoquer.

-On rentre. Déclara la principale intéressée en attrapant sa veste et son sac à main. Et cette fois, tu ne discutes pas!

Alors, Hermione n'eut pas d'autre choix que d'obtempérer.


[THEODORE]

Théodore était assis au sol, en train de se rouler un joint. Fleur le regardait faire, avec un regard quelque peu circonspect. Elle était littéralement fascinée par ses mains, ses mains divines qui préparaient la clope artisanale avec une précision chirurgicale. Elle aimait la façon qu'il avait de froncer les sourcils dès lors qu'il était concentré sur quelque chose, et cette façon absolument craquante qu'il avait de se mordiller la lèvre inférieure. Une fois qu'il eut fini, Théodore coinça son poison entre ses lèvres et il passa de longues minutes à essayer de l'allumer. Bientôt, l'odeur caractéristique de l'herbe envahit la pièce alors qu'il tirait une première latte sur son pétard avant de le passer à Fleur, qui esquissa une petite moue boudeuse avant de s'en emparer et de tirer une latte à son tour.

Théodore s'était ensuite allongé à même le sol, un bras derrière la tête. Fleur était venue se blottir contre lui, et la française avait enfoui son visage au creux de son cou pour en respirer les notes délicatement musquées. Perdu dans ses pensées, Théodore tirait sur son joint, l'euphorie le gagnant toujours un peu plus tandis que la tige artisanale diminuait. Il se sentait complètement détendu, désinhibé, bref, il était bien. Il se sentait toujours plus proche des étoiles, et il se sentait électrique parce que Fleur était collée à lui. Fleur, la délicieuse, il se voyait bien en train de la sauter, là, sur le divan. Il se voyait déjà embrasser et pétrir ses seins ronds et fermes, il sentait la chaleur de son corps gracile colle au sien. Il avait des envies, des envies. Alors, doucement, Théodore tourna la tête pour plonger ses prunelles glacées dans les billes bleues de la française, qui dès lors le regardait attentivement.

Ce fut elle qui prit l'initiative de poser ses lèvres sur les siennes, recueillant la fumée qu'il venait tout juste d'exhaler. Elle s'était penchée au dessus de lui pour lui prendre son joint et en fumer les dernières lattes. Il l'avait laissée faire, il n'avait même pas cherché à protester de toute manière. L'atmosphère était devenue rapidement moite et pesante, moite parce qu'il sentait le désir s'insinuer en lui par vagues successives, alors que son regard lubrique caressait les courbes de Fleur sans aucune pudeur. Théodore soupira lorsque la langue de la jeune femme vint titiller la sienne, quémandeuse et câline, et il se sentait toujours plus défaillir à mesure que leur baiser s'approfondissait jusqu'à en devenir indécent. Leurs langues se caressaient sans relâche, combattant avec une certaine férocité pour dominer l'autre. Il abandonna le combat lorsque Fleur prit le dessus.

Elle venait de se mettre à califourchon sur lui, ses mains passant sous son t-shirt noir sans vergogne, dessinant de ses mains chaque détail de son torse et de ses épaules. Théodore se sentait suffoquer, tiraillé entre la culpabilité de toucher une autre fille qu'Hermione sitôt après avoir cassé avec elle, et le désir impérieux d'obéir à ses impulsions, surtout lorsque l'on sait que Fleur a été son fantasme pendant tout ce temps. Et il peinait d'autant plus à réfléchir que les caresses appuyées que lui prodiguait Fleur étaient absolument divines. Il sentit avec une certaine gêne une bosse se former dans son pantalon, le faisant presque se sentir à l'étroit. Pour autant, cela n'empêcha pas cet éclat de culpabilité de danser dans son regard tandis que Fleur s'était penchée lascivement sur lui pour l'embrasser dans le cou, suivant du bout de la langue sa jugulaire, qui drainait toute sa vie. Il laissa échapper un soupir de plaisir lorsqu'elle le mordilla délicatement, faisant naître sur sa peau une salve de frissons délicieux.

Théodore avait déjà l'esprit ailleurs. Fleur était à présent en train de déboucler sa ceinture, et de ses doigts habiles, elle faisait sauter le bouton de son pantalon. Théodore lui en fut presque reconnaissant d'en être arrivée là, parce que putain, il commençait à se sentir vachement à l'étroit. Tout en glissant ses mains sous son t-shirt, Fleur s'arrêta de l'embrasser, puis, toujours en le dominant, elle se redressa légèrement pour planter son regard bleu lagon dans les prunelles glacées du français.

- Quelque chose ne va pas? Demanda-t-elle, ayant probablement remarqué que son amant était distrait.

-Je ne sais pas…si c'est bien ce qu'on s'apprête à faire. Lâcha Théodore dans un souffle rauque, alors qu'il se tortillait légèrement sous elle, gêné.

-Pourtant, ton corps en a envie. Glissa-t-elle malicieusement, tout en posant une main fragile sur son bas-ventre, le faisant trembler de la tête aux pieds.

Pour toute réponse, Théodore se redressa, l'air abattu. Il s'appuya sur ses avant-bras, et il dégagea doucement une mèche de cheveux blonds du visage de la belle blonde, toujours penchée au dessus de lui. Fleur n'avait pas l'air blessée, ni spécialement en colère. En fait, elle réfléchissait. Elle le sondait. Théodore avait l'impression désagréable qu'elle était en train de mettre son âme à nu. Dans ce cas, pouvait-elle lire dans son regard toute la détresse qui l'habitait, les sentiments confus qui se bousculaient en lui, ses désirs aussi contradictoires que bien présents. Fleur parut bouleversée par ce qu'elle y voyait, tant et si bien que d'un geste tout à fait spontané, elle enlaça les épaules du jeune homme et se blottit contre lui, pour le réconforter.

-Ma mère est morte. Annonça-t-il finalement, d'une voix monocorde. Ça ne fait même pas un mois que c'est arrivé. Et ça fait toujours aussi mal. Elle aurait su quoi faire, elle.

-Je sais. Se contenta-t-elle d'éluder simplement tout en lui laissant un baiser sonore sur la joue, ce qui l'embarrassa davantage. J'ai perdu mes deux parents quand Gabrielle avait dix ans. Et je suis désolée de te le dire de cette façon, mais cette douleur ne s'effacera jamais complètement, tu en garderas toujours une trace, malheureusement.

-Toi au moins, tu ne me bourres pas le crâne à coups de mais non, ça va passer avec le temps, et je t'en remercie pour cela. Ce n'est pas ce que j'ai besoin d'entendre.

-Pourtant…tu es encore jeune, Théodore. Tu as la vie devant toi. Tu as le droit de t'amuser. Et…je suis certaine de savoir ce dont tu as besoin, là, maintenant, tout de suite.

-Fleur, tu n'es pas obligée.

-Tu dois te changer les idées. Coupa-t-elle en resserrant son étreinte autour de lui, non sans laisser quelques baisers dans son cou.

-Je ne peux pas. Murmura-t-il, légèrement paniqué. Je…Ce n'est pas bien. J'ai cassé avec ma copine il n'y a pas si longtemps que ça, il y a moins de quinze jours et…je me sens coupable, même si c'est elle qui m'a quitté. J'ai encore des sentiments pour elle, tu comprends? Je l'aime, putain. à en crever.

-Chut, calme-toi. L'intima Fleur tout en le berçant contre elle et en lui caressant doucement les cheveux. Ça va aller, Théodore. Elle est en train de te détruire, ne le vois-tu pas? Tu es quelqu'un de bien. Tu ne dois pas te gâcher pour des personnes qui n'en valent pas la peine. Elle ne mesure pas la chance qu'elle a de t'avoir rencontré et de t'avoir à ses côtés. Ne te laisse pas gâcher par elle. Elle ne te mérite pas.

-Je n'arrive même pas à la détester. Coassa Théodore d'une voix rauque, alors que la douce odeur de la Française l'entêtait. J'ai essayé de me persuader par tous les moyens possibles et imaginables que je ne l'aime plus, que ma vie sera mieux sans elle, je sais que c'est faux, je ne suis plus rien sans elle, plus rien.

Il avait presque littéralement craché ces deux derniers mots, avec toute la haine qu'il avait accumulée lors de leur rupture trop hâtive. Fleur n'avait pas bronché, elle continuait de le bercer contre elle, en une vaine tentative de le réconforter. Elle pressa affectueusement un baiser contre son front, alors que Théodore s'essuyait rageusement les yeux. Une fois encore, Hermione l'avait fait pleurer, il se sentait plus misérable que jamais. Sa fierté avait fière allure, en ce moment précis. Théodore fixa un point au loin, et tenta de se calmer. Ses joues étaient humides, et il avait les yeux rougis.

-Je peux utiliser ta douche? Demanda-t-il finalement d'une voix rauque, tandis que Fleur desserrait doucement son étreinte pour le laisser partir.

-Bien sûr. Dit-elle avec un certain trouble. Tu as tout à disposition dans la salle de bains. Tu as besoin de quelque chose d'autre?

-Que tu viennes avec moi? Proposa-t-il, en rivant son regard dans celui de la blonde, qui rougit légèrement face à l'invitation.

-D'accord, je te suis. Acquiesça-t-elle non sans reprendre ses lèvres avec passion, lui donnant un autre de ces baisers délicieux et légers dont elle seule avait le secret.

Avec fièvre, Théodore avait commencé à déboutonner son chemisier, dévoilant sa poitrine encore recouverte d'un joli soutien-gorge bleu roi. Ils n'avaient cessé de s'embrasser que lorsque Fleur voulut enlever le t-shirt que portait Théodore, pour le jeter sur le sol sans ménagements. C'est sans surprise que le reste de leurs vêtements fut éparpillé à travers l'appartement de la jeune française. Une fois arrivés à destination, Théodore tendit le bras pour actionner l'arrivée d'eau et il attira Fleur à l'intérieur de la cabine, avant de la serrer contre lui, tout contre lui. Avec Fleur, c'était complètement différent de ce qu'il avait pu vivre avec Hermione. Hermione, c'était le désir qui le brûlait de l'intérieur, une passion malsaine et dévorante, un fort désir de possession qu'il n'arrivait jamais à assouvir, comme s'il cherchait à ne faire plus qu'un avec elle.

Avec Fleur, c'était plus simple, plus doux, autrement moins douloureux. C'était un désir normal, presque sain, c'était ordinaire, c'était rafraîchissant. Et alors qu'il la faisait enfin sienne, alors qu'il était en train de lui faire l'amour, Théodore eut le sentiment de se sentir renaître. Il avait besoin de changement, il devait évoluer, grandir, mûrir. Les déceptions amoureuses, aussi cruelles et injustes puissent-elles paraître faisaient partie du processus. Théodore ne voulait pas Fleur pour oublier Hermione, non, il la voulait pour elle, pour son joli sourire et ses longs cheveux bonds. Il la voulait parce qu'elle était maternelle, parce qu'elle l'avait réconforté alors qu'il pleurait pour une autre. Alors, doucement, il appuya son front contre celui de la demoiselle, et posa une main calleuse sur sa joue trempée.

-Reste avec moi. Murmura-t-il tout contre ses lèvres, le désespoir se lisant au fond de ses prunelles glacées.

-Je suis avec toi. Répondit-elle d'une voix en rejetant la tête en arrière, ployant sous le plaisir qu'il était en train de lui offrir.

-Je veux dire…précisa-t-il tout en lui volant un baiser, accentuant ses coups de reins. J'ai très envie d'être avec toi. Pas seulement pour ce soir…mais aussi pour les autres soirs. Je veux que tu sois ma petite amie.

-Oui. Soupira-t-elle non sans réprimer un gémissement de plaisir qui montait depuis sa gorge. Oui, je veux bien être ta petite amie, j'en serais même honorée…flattée…Théodore.

Elle venait de gémir le prénom de son amant dans un ultime sursaut, alors qu'il venait d'enfouir son visage au creux du cou de la jeune femme. Ils restèrent longtemps enlacés après leur étreinte, savourant la plénitude de l'instant. Théodore aimait le corps de Fleur, qui avait somme toute des formes plus généreuses que son ex petite-amie. Fleur avait un corps tout en courbes, tout en volupté, elle était une véritable muse pour ses caresses. Dans le fond, Tracey avait tort. Théodore ne se sentait pas mal d'avoir couché avec une autre fille qu'Hermione. Il s'était senti renaître, comme si on lui avait reconnu la faculté de se reconstruire, de passer à autre chose. Longtemps après leur étreinte, Fleur et Théodore restaient sous le jet d'eau brûlante, blottis l'un contre l'autre, sans se préoccuper pour le moins du monde de l'eau qui était en train de foutre le camp . Fleur caressait distraitement son torse, puis, elle déposa un tendre baiser dans le cou du jeune français.

-Tu es beau. Gloussa-t-elle, légèrement amusée, tandis que du bout des doigts elle caressait la fine cicatrice qui l'avait défiguré.

-Dis pas n'importe quoi. Soupira-t-il tout en appuyant son front contre le sien. Comment pourrais-je l'être?

-Puisque je te le dis. Soupira-t-elle en l'embrassant doucement au coin des lèvres. Tu es beau, même si tu ne t'en rends pas compte.

-Ca ne te fait pas bizarre de sortir avec un jeunot? Interrogea innocemment Théodore, tandis que son sourire irrésistiblement tordu fleurissait sur ses lèvres rosées.

-Qu'importe. Souffla-t-elle en continuant d'embrasser chaque parcelle de son visage. Je me fiche bien du qu'en dira-t-on, tu me plais, un point c'est tout.

-Il n'empêche qu'à l'époque, si on m'avait dit qu'un jour je sortirais avec Fleur Delacour, je l'aurais traité de débile mental.

-Vraiment? S'amusa-t-elle alors qu'elle continuait de dessiner des arabesques plutôt abstraites sur son torse.

-Tu as été mon fantasme pendant toute mon année de seconde. Avoua-t-il finalement, non sans rougir furieusement au passage. Et ça n'est que trois ans plus tard que j'ai le droit de t'embrasser, de te toucher, de te faire l'amour. Tu avais ce côté inaccessible qui me faisait clairement comprendre que je n'aurai jamais aucune chance, et surtout pas face à Roger Davies.

-Au contraire, tu avais toutes tes chances. Lui assura Fleur, touchée par ses propos. Tu es un garçon gentil et adorable, ce n'est pas très difficile de s'attacher à toi, tu sais.

-C'est bien ça le problème. Soupira Théodore tout en levant les yeux au ciel. Je n'ai toujours été que ça, le bon pote, la bonne poire de service, la peluche que l'on câlinait volontiers lorsqu'on était en manque d'affection, alors que je n'ai jamais été très tactile, ce qui est quand même très ironique quand on y pense. Trop bon, trop con, comme dirait l'autre.

-Quand on voit des connards comme Roger, cracha Fleur avec une certaine hargne, on se dit que oui, avoir un mec gentil ça a du bon. Ce n'est pas un défaut, tu sauras. Je dirais même que c'est un critère de choix, il y en a tellement peu de nos jours, des mecs bien, que tout le monde se jette dessus.

-Je ne suis pas quelqu'un de bien. Répondit Théodore en la fixant avec aplomb. J'ai emprunté des sentiers bien plus sombres que tu ne peux l'imaginer.

-Arrête-ça. L'intima Fleur en prenant son visage en coupe. Tu ne me feras pas changer d'avis à ton sujet. Tu es quelqu'un de bien, dans le fond, je le sais, peu importe ton passé, peu importe ce que tu as fait.

Sur ces paroles, elle l'embrassa à nouveau, comme pour sceller ses dires. Théodore se laissa faire avec un peu plus de réticences, mais il finit par céder et par se laisser aller au baiser à son tour. Fleur se colla davantage contre lui, tandis que l'eau continuait de rouler sur leurs deux corps nus, avant de mordiller sensuellement sa lèvre inférieure, et de la suçoter lascivement. Leurs langues se rejoignirent de nouveau et cette fois, ce fut lui qui domina. Théodore sentit le désir monter à nouveau en lui, mais il décréta qu'une deuxième fois ne serait pas raisonnable, aussi il coupa l'arrivée d'eau et commença à se sécher, invitant Fleur à faire de même. En moins de temps qu'il fallait pour le dire, Fleur s'était rhabillée, et elle avait noué une serviette autour de ses longs cheveux blonds, comme pour faire un turban. Théodore, lui, avait simplement remis son boxer, n'ayant pas le courage de partir à la recherche de ses vêtements pour l'instant.

Ce fut ainsi vêtu qu'il alla fumer une cigarette au balcon, vautré dans une chaise longue, prenant ainsi le soleil. En même temps, il était en train de consulter ses messages, et il vit que Blaise, tout comme Drago et Ron, avaient essayé de le joindre trois fois chacun. Théodore se redressa tout en grognant parce qu'il savait qu'il allait se faire passer un savon dès lors qu'il rentrerait chez Blaise. Il soupira d'un air blasé, puis il se décida à rappeler son meilleur ami.

-J'espère que vous avez une bonne raison pour me harceler comme vous le faites, sinon vous êtes des hommes morts. Râla Théodore, en guise de préambule, alors que Blaise venait tout juste de décrocher.

-Ah, enfin! S'exclama Blaise, à l'autre bout du fil. On s'est demandés en l'espace d'un instant si on n'allait pas diffuser un avis de recherche pour te retrouver. Tu foutais quoi, bon sang? On t'a cherché partout, on n'attend plus que toi.

-Je suis chez Fleur. Annonça Théodore de but en blanc, tout en tirant une latte sur sa cigarette. Elle est passée me prendre tôt ce matin, c'est pour ça que vous ne m'avez pas vu en vous réveillant.

-T'aurais pu laisser un mot ou quoi que ce soit pour prévenir! S'écria Blaise, de mauvaise humeur. On s'est fait un sang d'encre pendant que toi tu batifolais.

-Pourquoi, tu avais peur que je fasse une connerie? Railla Théodore, irrité. Je peux rester tout seul cinq minutes, tu sais, vous n'avez pas à craindre que je me foute en l'air de façon impromptue. C'est limite vexant, ce que tu insinues là.

-Peut-être, mais on ne sait jamais. Martela Blaise avec conviction, ce qui fit tiquer Théodore. Enfin, une chose est-il que Drago avait raison, on aurait eu plus vite fait de téléphoner chez Fleur, ça nous aurait évité tout ce cirque. Ce n'est pas tout, mais tu te ramènes quand? Au besoin, embarque Fleur avec toi. Qu'importe, mais grouille-toi! T'as vu l'heure qu'il est?

-Je suis dehors, rappela Théodore d'un air blasé. Je vois bien qu'il fait nuit. Oh, tiens, ne serait-ce pas l'étoile du Berger que je vois là? Oui, ça doit être ça…et oh, dis donc, la lune est croissante, on dirait.

-arrête de te foutre de moi et rapplique! Le gronda Blaise, alors que Théodore continuait à marmonner doucement dans la barbe qu'il n'avait pas.

-Ouais, c'est ça, j'arrive. Râla Théodore tout en raccrochant brusquement, ne laissant pas le temps à Blaise de répliquer quoi que ce fût.

Sur-ce, il écrasa sa cigarette dans le cendrier, et se leva, ignorant la voisine de Fleur qui le reluquait sans vergogne depuis sa terrasse. Puis, d'une démarche raide et guindée, il entra dans l'appartement, et fut surpris de voir qu'il y avait bien là une autre personne, qui avait les cheveux aussi blonds que ceux de Fleur. Gabrielle. pensa-t-il presque aussitôt, alors qu'il venait de récupérer son t-shirt derrière le canapé. Puis, sans chercher pour autant à la remettre, il se dirigea vers la cuisine. Fleur rougit violemment en le voyant débarquer si peu vêtu, alors que Gabrielle arborait un sourire jusqu'aux oreilles. Il salua brièvement la demoiselle en question, puis il vint enlacer Fleur qui était en train de faire à manger. Il déposa quelques baisers dans son cou gracile, ce qui la fit glousser.

-je suis désolé, mais je vais devoir y aller. S'excusa-t-il avant de remettre son t-shirt, tandis que Gabrielle était en train de le mater ouvertement.

-Qui Est-ce charmant jeune homme? Gloussa Gabrielle tandis que Fleur la fusillait du regard. Dommage que je sois de l'autre bord, parce que j'en aurais bien fait mon quatre heures.

Ah? Ainsi donc, elle était lesbienne? D'accord. Ce n'était pas un problème, puisque Blaise était également homosexuel. Théodore se mordilla la lèvre inférieure, avant de remettre son pantalon. Puis, il enlaça à nouveau Fleur, qui fit les présentations.

-Gabi, je te présente Théodore. Annonça Fleur tout en souriant. Théodore, je te présente Gabrielle, ma petite sœur.

-Je vais vous laisser seul à seul. Claironna Gabrielle tout en piochant un morceau de poulet dans la poêle. En tout cas, Fleurette, si tu veux un conseil, garde le sous le coude, il est assurément canon.

-C'est ça! S'écria Fleur, agacée, avant de se tourner vers Théodore, légèrement gênée. Excuse-la, elle a son franc parler. Je suis désolée si elle t'a paru indélicate. Il est vrai que cela peut déstabiliser quand on n'en a pas l'habitude.

-Pas de souci. Éluda Théodore, tout en faisant un geste de la main comme s'il était en train de balayer tout ce que Fleur disait.

-Non mais sérieusement. Insista Fleur en posant ses mains sur son torse. Ça me gêne.

-Tu n'as pas à être gênée. Coupa Théodore en lui volant un long et langoureux baiser.

Ils s'embrassèrent, longuement. Fleur soupira de désir, mais Théodore se détacha doucement d'elle. Il la serra encore un peu contre lui, puis, à regret, il la laissa aller vaquer à ses occupations.

-Je vais y aller. Déclara-t-il finalement, avec amertume. Je ne voudrais pas te faire brûler ton dîner à force de t'accaparer.

-Ce n'est pas un problème, tu sais. Minauda Fleur, joueuse, tandis qu'elle passait ses bras autour de son cou. Au pire, je vais pouvoir le refaire, si ça peut me permettre de profiter de toi.

-Je suis là pendant encore une semaine. Répondit Théodore en lui adressant un clin d'œil. Et au pire, je peux venir faire un saut ici tous les week-end.

-Tu sais bien que je t'hébergerai avec plaisir…et puis figure toi qu'en ce moment, j'envisage de faire mes six mois de stage en Angleterre.

-Je peux toujours demander à mon père s'ils prennent des stagiaires au sein de leur étude…il est avocat.

-Merci, c'est gentil de le proposer, mais je recherche plutôt un stage dans une banque.

-Enfin, je vais y aller, sinon, ils seraient capables d'envoyer la police chez toi. Ça ferait désordre. Je pourrai te kidnapper, demain soir?

-Tu es en vacances avec tes amis. Objecta Fleur en remuant le contenu de sa poêle. Je ne vais quand même pas te monopoliser, non plus.

-C'est pas grave ça. Contra une nouvelle fois Théodore, tout en assortissant ses propos de son célèbre sourire en coin auquel personne ne savait résister. Au pire tu peux toujours passer demain soir, on fait une soirée. Tu connais l'adresse.

-Ce sera avec grand plaisir, alors. Répondit Fleur qui lui vola un chaste baiser. Allez, je ne vais pas t'accaparer plus longtemps. Tu m'envoies un message dès que tu es arrivé?

-Ce sera fait. Acquiesça-t-il tout en remettant sa lourde veste en cuir, qu'il avait posée là lorsqu'il était arrivé. A demain, alors.

-A demain. Confirma-t-elle, tout sourire. Je t'accompagne jusqu'à la porte.

Sur-ce, Fleur guida Théodore jusqu'à la porte de son appartement. Ils s'embrassèrent longuement, passionnément, amoureusement. Puis, après un dernier baiser, Théodore s'était effacé, laissant une Fleur perdue dans ses pensées, qui l'avait suivi du regard depuis sa fenêtre, jusqu'à ce qu'il disparaisse à l'angle de la première rue venue.


[LAVANDE]

Ne pouvant plus d'être enfermée dans cet intérieur enfumé et confiné, Lavande s'était isolée, une fois encore. Prise d'une soudaine nausée, elle avait ressenti le besoin impérieux et urgent de prendre l'air à défaut de courir aux toilettes, elle savait que déjà elle se sentirait bien mieux si elle se tenait loin de tout ça. Sitôt qu'elle eut posé le pied sur la terrasse, elle fut soulagée de sentir l'air frais circuler dans ses poumons. Elle se sentait simplement revivre, et bon dieu, elle ne retournerait à l'intérieur pour rien au monde. Lavande marcha un peu à l'extérieur, et alla s'asseoir dans la balancelle, non loin de la piscine. Toute la soirée, elle avait réprimé son envie de fumer, ou de boire un verre d'alcool, comme au bon vieux temps. Seulement, elle ne pouvait pas se le permettre, par égards pour la petite vie qu'elle abritait en elle depuis à peu près un mois.

Par réflexe, Lavande passa une main tendre et maternelle sur son ventre encore plat. Elle n'arrivait toujours pas à croire que tout ceci était en train de lui arriver, et pourtant…Oh, bien sûr, elle ne s'était toujours pas faite à l'idée, après tout, quelle adolescente fêtarde et insouciante comme elle pouvait l'être se ferait à une telle idée, surtout aussi rapidement? C'était même presque trop beau pour être vrai, elle ne pouvait s'empêcher de se méfier malgré tout. Elle connaissait le passé de Drago, et elle n'arrivait pas à croire qu'il puisse simplement tout quitter pour elle, et être prêt à assumer cet enfant avec elle, elle n'y croyait simplement pas, c'était impensable.

-Je peux m'asseoir? Demanda une voix non loin d'elle, ce qui la fit sortir de ses pensées pour le moins moroses.

-Si tu veux. Répondit-elle en reconnaissant Théodore.

Lavande ne savait toujours pas quoi penser de lui. Elle ne le connaissait que parce qu'il était le petit-ami d'Hermione. Sinon, il était un mystère à ses yeux. Théodore parlait peu. Il était relativement effacé, il ne traînait qu'avec Blaise et avec Ron. Elle savait qu'il faisait du basket, et qu'il était plutôt bon pour ça. En classe, il était plutôt bon élève. Sans être un intello pour autant, il se défendait plutôt bien. En dehors de ça, elle ne savait rien de lui, rien de rien. Théodore Nott était un mystère. Un foutu mystère sur lequel Hermione s'était cassée les dents. Pourtant, il n'avait pas l'air méchant. Peut-être manquait-il cruellement de panache pour être réellement digne de la reine de Roundview. Peut être. Tout n'était que supputations hasardeuses. Elle ne saurait jamais qui était vraiment Théodore Nott, au fond. Elle ne serait jamais assez proche de lui pour le savoir.

Lavande lui glissa un regard en coin. Il était venu s'incruster avec elle, et pourtant, il restait toujours silencieux. Il ne semblait pas vraiment à l'aise, peut-être était-ce parce qu'il était en présence de la copine de son rival? Lavande ne saurait le dire. En tout cas, Théodore venait de coincer une cigarette entre ses lèvres fines et il galérait avec son briquet pour l'allumer. En le voyant faire, Lavande eut un mouvement de recul, mouvement dont Théodore se rendit compte puisqu'il lui lança un regard suspicieux, avant de l'apostropher, rompant ainsi ce silence qui, à la longue, allait devenir réellement oppressant.

-La fumée te gêne? Demanda-t-il d'une voix à la fois douce et curieuse, non sans lui jeter un regard interloquée.

-Un peu. Avoua-t-elle, légèrement contrite, tandis que Théodore hochait lentement la tête avec compréhension.

-Alors, je me passerai bien de nicotine pour cette fois. Déclara-t-il fermement tout en écrasant sa cigarette à peine entamée au sol, avant de la glisser dans son paquet encore plein.

Lavande le fixa longuement, légèrement coite. Il s'agit là du plus grand nombre de phrases qu'elle venait d'échanger avec Théodore, d'habitude, ils se limitaient à un simple bonjour. Elle avait avoué avec quelques réticences que sa cigarette la gênait, et il l'avait tout simplement éteinte sans lui demander pour autant de se justifier. Il aurait très bien pu aller ailleurs, fumer avec le groupe qu'il y avait un peu plus loin, mais non, il restait avec elle, comme si c'était précisément elle qu'il était venu voir. Lavande passa une main gênée dans ses longs cheveux blonds, et elle eut de plus en plus de mal à comprendre pourquoi Hermione avait absolument voulu rompre avec lui. D'ailleurs, cette histoire n'était pas vraiment très claire, puisque ça lui semblait trop soudain pour avoir réellement un sens.

Théodore avait l'air vraiment sympathique, mais pour autant, elle n'avait rien à lui dire. Strictement rien. D'ailleurs, de quoi pouvait-elle lui parler, précisément? De sa rupture avec Hermione? Lavande avait beau être une amatrice de potins, surtout les plus croustillants, elle n'avait franchement pas envie de mettre son camarade mal à l'aise, ou pire, lui donner l'impression qu'elle était en train de retourner le couteau dans la plaie encore béante. La blonde se mordilla la lèvre inférieure, ne sachant guère quelle attitude adopter vis-à-vis de lui. Elle se demanda en l'espace d'un instant ce que dirait Drago s'il les voyait ainsi assis, côte à côte, comme les vieux amis qu'ils n'ont jamais été. Elle ne voulait pas causer des ennuis à Théodore, il n'avait pas besoin d'avoir Drago sur le dos en plus de toutes les galères qu'il devait traverser en ce moment.

-Tu ne devrais pas être ici. Dit finalement Lavande en risquant un regard vers la villa. Drago n'aimerait sûrement pas nous voir ensemble.

-Je n'ai pas peur de Drago. Affirma Théodore avec aplomb, tandis qu'il se mordillait l'ongle du petit doigt. Et puis, sans vouloir t'offenser, tu es peut-être une très jolie fille, mais tu n'aurais pas la moindre chance.

-ça, c'est fait. Soupira Lavande en se tassant un peu plus contre le dossier de la balancelle.

-Je ne voulais pas te blesser, j'espère que tu le sais. Balbutia Théodore, extrêmement mal à l'aise, tandis qu'il enfouissait son visage dans ses mains moites…

-Seulement…elle est encore là. Souffla Lavande, qui semblait avoir compris là où se trouvait véritablement le problème.

Théodore se mordilla la lèvre inférieure, visiblement gêné. Lavande, elle, se morigénait pour sa stupidité. Elle avait mis les pieds dans le plat, et elle l'avait blessé. Elle ne savait pas comment lui dire qu'elle était désolée, qu'elle ne voulait pas, elle se doutait que ce serait bien insuffisant. Théodore était un écorché vif, la souffrance suintait par chaque pore de sa peau. Elle pouvait sentir sa peine de là où elle était, et ça déchirait le cœur de la jeune femme de le voir ainsi. Il ne méritait pas ça.

-Je…Je ne voulais pas. Bégaya maladroitement la jeune femme, tandis que Théodore se recroquevillait davantage sur lui-même.

Elle le dévisageait avec une curiosité grandissante, elle se demandait même s'il n'allait pas se mettre à pleurer devant elle. Lavande commençait à réellement paniquer. Il semblait être au plus mal, luttant contre elle ne savait trop quoi, ses démons intérieurs sans aucun doute. Hermione l'avait esquinté, il semblait vidé de sa substance. Lavande avait de la peine pour lui, beaucoup de peine.

-Ce n'est pas grave. Coassa-t-il d'une voix rauque, alors qu'il continuait à se ronger furieusement les ongles. Mais tu as raison…elle est encore là. Partout. Tout le temps. elle me hante. elle me fait mal. Et le pire, c'est qu'elle s'en fout. Complètement.

Il avait la respiration hachée, saccadée. Pendant sa tirade, sa voix était montée dans les aigus, mais il s'était ressaisi, par orgueil, parce qu'il ne voulait pas pleurer devant elle. En l'espace d'un instant, Lavande s'était demandée s'il parlait de sa mère, ou s'il parlait d'Hermione, et au vu de la fin de sa phrase, la réponse semblait dès lors évidente. Lavande se mordilla la lèvre inférieure, impuissante face à la douleur du jeune homme. Théodore avait trop vécu, trop d'un coup, son masque était en train de se fendiller à mesure que la colère, la rancœur et le chagrin bouillonnaient en lui. Lavande pouvait ressentir son malaise. Il avait perdu sa mère. Dans la foulée, il avait perdu Hermione. Il perdait tout le monde autour de lui, et elle devinait qu'il avait peur d'être seul.

-Je sais que je ne la vaudrai jamais, mais je suis là, moi. Affirma Lavande en posant une main réconfortante sur l'épaule de son camarade. Le fait que je…que je sois avec Drago n'y changera rien. Je ne fais qu'aider un…un ami.

Elle avait hésité sur le terme à employer, n'était pas sûre qu'ami fût réellement adapté à ce qu'ils étaient vraiment. Dans le fond, ils n'étaient rien du tout, pas même potes, ils se fréquentaient juste parce qu'ils faisaient partie du même groupe d'individus, ils n'avaient même pas d'affinités particulières. Pour autant, Lavande ne pouvait pas ignorer sa douleur et faire comme si de rien n'était, elle ne le pouvait pas, de toute manière, elle savait que l'image de Théodore, complètement anéanti, reviendrait la hanter. Le mieux qu'elle pouvait faire, c'était l'écouter. Le prendre dans ses bras. Le réconforter. Peu importait dans le fond que Drago fût son rival, peu importait qu'ils ne pouvaient pas se voir en peinture.

-Je me sens tellement mal. Confessa-t-il, la voix de plus en plus rauque. Je me sens tellement vide, tellement insignifiant. J'ai mal, Lavande, tellement mal. Mes sentiments sont en train de me tuer à petit feu. J'aimerais me dire que je peux l'oublier. Mais je ne peux pas. C'est impossible. Je me dégoûte, tu ne peux pas savoir à quel point.

-Pourquoi? Demanda doucement Lavande en passant un bras autour des épaules tremblante du français. Pourquoi tu te dégoûtes autant?

-J'ai couché avec Fleur. Avoua Théodore, honteux. Plus d'une fois. Et j'ai aimé ça. Je lui ai demandé si elle voulait sortir avec moi. Elle a dit oui. On est ensemble, je crois bien. Mais je me sens mal. D'un côté, j'ai envie d'être avec Fleur. D'un autre côté, je me sens coupable vis-à-vis d'Hermione.

Sa voix s'était littéralement brisée lorsqu'il avait prononcé le prénom de son ex. Il laissa échapper un nouveau râle de douleur, bien qu'il refusât de se blottir contre Lavande. Lavande, elle, le serrait tout contre elle, autant que faire se peut. Sa douleur lui donnait les larmes aux yeux, elle se sentait si mal pour lui, tellement mal. Théodore lui inspirait confiance. Elle avait envie de se confier à lui. De se confesser.

-Dans un sens, je peux comprendre. Soupira-t-elle d'un air las. Parce que…moi aussi, j'ai quelque chose à confesser.

-Du genre? Questionna-t-il en se redressant légèrement, pour fixer son profil parfait.

-Je suis enceinte. Lâcha-t-elle dans un souffle, tout en fermant les yeux. Je sais, ça a l'air fou dit comme ça, mais…je ne suis pas en train de déconner. Ai-je seulement l'air de déconner?

-Je…ouah. Répondit Théodore, qui sur le coup n'était guère loquace. Pour être une nouvelle…c'est une nouvelle. Enfin, je ne te demanderai pas qui est le père du bébé, ça ne me regarde pas. Tout ce que j'espère, c'est qu'il sera là à tes côtés pour l'assumer.

-c'est Drago, le père. Avoua-t-elle d'une petite voix, alors qu'elle se recroquevillait à son tour. Tu comprends maintenant pourquoi je ne pouvais pas en parler, pourquoi je me sens horrible également? J'ai l'impression d'avoir trahi Hermione. Hermione est censée être mon amie, bon sang! Et là, je n'ai rien de mieux à faire que de coucher avec son ex, et j'ai été suffisamment idiote pour tomber enceinte! Dès la première fois, en plus, je suis vraiment trop nulle.

À côté d'elle, Théodore ne disait rien. Il se contentait de regarder le ciel étoilé, en proie à une profonde réflexion. Angoissée, Lavande attendait le verdict, verdict qui tardait à venir. Au fond, elle avait peur de l'opinion de Théodore, peut-être parce qu'il avait été si proche d'Hermione. Elle avait si peur de se faire accuser de trahison, ou d'une quelque autre réjouissance du même genre. Lavande se sentait tellement mal. Anxieuse, Lavande entortilla une mèche de cheveux blonds autour de son doigt. Puis, enfin, après un moment qui sembla durer une éternité, Théodore parla.

-Tu n'as pas à te sentir coupable, dans la mesure où il faut être deux pour faire un enfant. Je ne sais pas dans quelles circonstances vous aviez pu le faire, mais ce n'était pas forcément à toi de penser à se protéger, tout ça. Mal…Drago a aussi sa part de responsabilité là dedans. Tu n'étais pas seule. Enfin, je pense qu'on n'est jamais prêts à être père, encore moins à seulement 17 ans…mais il n'a pas à t'en blâmer. Tout comme tu n'as pas à te fustiger de la sorte. Parce que ce n'est pas juste.

-et toi? Demanda Lavande, la voix tremblante. Si ça t'était arrivé à toi, tu aurais réagi comment?

Décontenancé, Théodore se tourna vers elle, pour la regarder droit dans les yeux, avant de pâlir dangereusement.

-Quoi, tu insinues qu'Hermione…

-Non, pas du tout! S'écria Lavande, qui comprenait parfaitement où Théodore avait voulu en venir. Je…je ne voulais pas dire ça. C'est juste que…tu es un mec, jusqu'à preuve du contraire, non? Je voulais simplement avoir ton avis sur la question, rien de bien méchant. De toute façon, s'il y avait quelque chose, ce ne serait certainement pas à moi qu'Hermione irait se confier.

Elle avait dit ces quelques mots avec une pointe d'amertume que Théodore ne manqua pas de relever. Lavande se sentait-elle donc exclue à ce point? Ou avait-elle pris le large d'elle-même, craignant que son petit secret, à la longue, soit découvert? Théodore finit par hocher la tête doucement. Il soupira longuement, puis, comme Lavande l'avait requis, il finit par donner son opinion.

-Eh bien…pour tout te dire, au départ, j'aurais eu peur. Comme je te l'ai dit, on n'est jamais vraiment prêts à être père, encore moins à 17 ans. J'aurais fuit. Mais après…je pense que je serais revenu. Surtout si j'aime la fille. J'aurais assumé avec elle, même si ça m'avait foutu la trouille. Je ne pourrais de toute façon pas dormir tranquille tout en sachant que ma descendance se balade dans la nature, tu comprends? Je ressentirais le besoin de connaître mon fils ou ma fille. Je me sentirais coupable de laisser cet enfant orphelin.

Lavande ne manqua pas de remarquer que Théodore semblait extrêmement mal à l'aise. Du regard, elle l'invita à se confier. Elle vit Théodore se mordiller la lèvre inférieure, perdu dans ses songes, puis, il se décida enfin à parler, estimant que de toute façon il n'avait plus rien à perdre. Quoiqu'il arrive, Lavande ne le jugerait pas.

-Si je dis ça, c'est parce que j'ai appris que j'ai été adopté. Je ne sais même pas qui sont mes vrais parents. D'un côté, j'ai envie de savoir qui ils sont, mais d'un autre…je ne suis pas prêt à entendre la vérité. Tu sais…pourquoi ils m'ont abandonné. Abandonner un enfant est un acte terrible, et…je ne veux pas me rendre compte que s'ils sont encore ensemble aujourd'hui, ils ont peut-être eu un autre enfant, ou qu'ils ont complètement oublié jusqu'à mon existence même. Mon…Mon père a dit qu'il me soutiendrait dans mes démarches si je devais en faire mais tu vois, je ne sais même pas si je dois fouiller dans le passé…qui sait ce que je pourrais y trouver…

-D'un côté, objecta Lavande, si tu ne fais pas de recherches simplement par peur de la vérité…tu pourrais le regretter amèrement plus tard. Je veux dire…tu as l'opportunité de le faire, ne la laisse pas passer. Moi, en tout cas, je t'encourage à aller dans cette direction.

-Je suis désolé. finit-il par dire, la tête baissée. Je suis désolé que Drago soit le père de ton enfant.

-Tu n'as pas à l'être, Théodore. Souffla Lavande, en le regardant très sérieusement. Il n'est pas si mauvais que ça, tu vois. Il a dit qu'il serait là pour l'enfant, que j'aie décidé d'avorter ou de le garder.

-Et qu'est-ce que tu as décidé? Interrogea Théodore, réellement soucieux de connaître la décision de la jeune femme.

-Disons que mes croyances religieuses m'interdisent d'avorter. Dit-elle avec fatalité. Ca n'a pas été une décision facile à prendre, tu sais. Crois-moi, j'ai pesé le pour et le contre pendant des jours, sans parvenir à me décider. D'un côté, je ne me voyais pas gâcher ma vie en étant mère si jeune, j'avais encore tant à voir, tant à apprendre, j'étais bien trop insouciante pour être mère, j'étais l'écervelée de service, trop irresponsable…et d'un autre côté…j'ai ma famille, mes croyances, on est catholiques alors tu penses. Et puis, c'est peut-être idiot à dire, mais…j'aime déjà cet enfant. Je me plais à m'imaginer quelle serait ma vie s'il était là. Comment, à mon âge, on pourrait avoir envie d'un enfant, sérieusement? Mais maintenant qu'il est là…

Elle s'interrompit, se perdant ainsi dans ses pensées. Elle soupira longuement, et leva légèrement la tête lorsque Théodore avait esquissé un mouvement à côté d'elle. Théodore se frotta la nuque, légèrement confus, puis, il avança une main timide vers le ventre encore plat de la jeune femme. Ce geste toucha particulièrement Lavande. Alors, elle lui adressa un sourire véritable et sincère, auquel Théodore répondit timidement. Soudainement, Lavande eut une idée. Cette idée allait probablement déplaire à Drago, mais qu'importe, elle saurait s'imposer. Il n'était pas seul à prendre les décisions, après tout.

-Théodore…je peux te demander une faveur? S'enquit-elle, timidement, attirant l'attention du jeune homme assis à côté d'elle.

-Bien sûr. Répondit le principal intéressé tout en la regardant droit dans les yeux.

-ça te dirait…d'être son parrain?

Lavande regretta d'avoir posé cette question sitôt qu'elle eut franchi ses lèvres. Elle aurait vraiment dû en parler à Drago auparavant, mais d'un autre côté, Théodore semblait être le meilleur candidat à ce poste. Elle ne voyait vraiment pas son compagnon accepter Harry ou Ron en tant que parrains pour son fils ou sa fille, alors, ce n'était même pas la peine d'essayer de le convaincre. D'un autre côté, elle se sentait mal d'avoir pensé à Théodore en ces termes, accepter sa proposition reviendrait sans doute à trahir Hermione puisqu'elle n'était visiblement pas au courant de cette grossesses. Pour un peu, Lavande hésiterait à lui faire jurer de garder le secret, même s'il était évident que Théodore était quelqu'un de confiance, honnête et droit. De toute manière, ce n'était pas à lui d'annoncer la nouvelle à Hermione, Lavande comptait bien le faire elle-même, dès leur retour en Angleterre, d'ailleurs, cette situation ne pouvait plus durer, à la longue, la jeune Brown ne supportait même plus les cachotteries et les non-dits, alors qu'elle était bien la première à s'en régaler, d'ordinaire.

-Je…répondit finalement le jeune homme, troublé par la demande impromptue de son interlocutrice. Ce serait avec plaisir. J'en serais honoré, même.

-Tu…Tu es sérieux? Bredouilla Lavande, qui ne revenait toujours pas de la réponse donnée par le jeune homme.

-Pourquoi ne le serais-je pas? Qu'est-ce qui m'aurait empêché d'accepter, sérieusement?

-Hermione. Avoua finalement Lavande, à contrecoeur, tant elle avait peur de remuer le couteau dans la plaie.

- Si c'Est-ce qui t'effraie, alors, n'aie aucune crainte, je ne dirai rien à Hermione, ce n'est pas à moi de le faire. D'ailleurs, je ne lui parle plus, alors j'ai encore moins de raisons d'aller lui dire.

Lavande se mordilla la lèvre inférieure à son tour. Elle était désolée de savoir que Théodore et Hermione ne se parlaient même plus. Elle aurait tellement voulu qu'il en aille autrement, ils formaient un si beau couple. Elle était également désolée que Drago et Théodore ne s'entendaient pas. Lavande n'était probablement pas au courant de toute l'histoire, mais selon elle, Théodore était un brave garçon qui tenait encore debout malgré toutes les claques qu'il s'était pris dans la gueule. Lavande était gênée. Elle n'avait pas pu s'empêcher de juger Théodore, sans toute trop influencée par Drago pour se forger son opinion propre. Il fallait dire qu'elle n'osait pas trop aller à l'encontre de ce qu'il pensait, sans doute pace qu'elle fuyait les conflits comme la peste.

-Elle me parlait beaucoup de toi, tu sais. Finit-elle par lâcher, une petite moue accrochée aux lèvres. Ne…Ne crois surtout pas que j'essaie de te donner de faux espoirs ou quoi…Mais je ne suis pas la seule à trouver cette fin plutôt brutale et irréfléchie. Si tu veux mon avis, c'est suspect, et pas qu'un peu.

-Je n'ai pas envie de parler de ça, Lavande. Coupa Théodore, qui avait recommencé à ronger l'ongle de son pouce. S'il te plaît.

-D'accord, comme tu voudras. Soupira la blonde, quelque peu lourdement. Cela dit…si je puis te donner un conseil…ne lâche pas l'affaire.

-Ne te fatigue pas, je suis passé à autre chose. J'ai couché avec Fleur. Et je n'ai même pas honte. je devrais en rougir…mais même pas. Je…Je me sens vide de l'intérieur, j'ai du néant à la place de la cervelle. Je suis paumé, Lavande, tu comprends?

-Je ne suis pas là pour te juger. Dit-elle, doucement. Et c'est la fille qui a trouvé le moyen de tomber enceinte dès sa première fois qui te le dit. Après tout, qui serais-je pour te critiquer, franchement? Je sais très bien ce que les gens vont penser de moi. Je les vois déjà me regarder de bas en haut avec mépris, me traiter de traînée. Pourtant, si c'était à refaire, je ne changerais rien, parce que maintenant, j'ai l'impression que ma vie a un sens. Tu sais, je n'ai jamais été douée pour grand-chose, à part pour le cheerleading, les potins, et glousser comme une dinde. Mon niveau scolaire n'est pas extraordinaire, et je suis souvent vue comme une écervelée de première catégorie. Je…je survis.

- Comme nous tous, Lavande. Assura Théodore, de sa voix grave et profonde tout en se tournant vers la jolie blonde, qui affichait désormais une moue maussade. On a tous un fardeau à porter, qui que l'on soit. Ce serait mentir que de prétendre que tout va bien dans notre vie. Même ceux qui ont une vie parfaite ont des vieilles blessures au cœur que même le temps ne pourra pas effacer.

Alors, Théodore regarda le ciel, songeur. Lavande étudia son profil attentivement, se demandant en l'espace d'un instant si se faire observer ainsi ne le dérangeait pas outre mesure. A en croire ses traits durcis et son regard sombre, Théodore avait dû en traverser, des épreuves. Lavande avait su que sa mère était décédée il n'y a pas longtemps, et elle ne savait que trop bien ce que ça faisait de perdre quelqu'un. La blonde s'humecta la lèvre inférieure, avant de déclarer d'une voix pleine d'assurance.

- J'aime croire que de là haut, ils nous surveillent. Ils sont là à chaque décision que l'on doit prendre, et quoiqu'il arrive, ils seront fiers de nous.

-Tu as perdu quoi, toi? Osa-t-il demander, en la regardant droit dans les yeux, parce qu'il avait parfaitement compris là où elle voulait en venir.

-Mon père. Se contenta-t-elle de dire simplement, en ramenant ses genoux contre sa poitrine. Il s'est suicidé quand j'étais toute jeune. Je ne me rappelle pas vraiment de ce qui s'est passé, mais la mort de Pansy, eh bien, ça m'a secouée.

Théodore hocha la tête, signe qu'il avait compris. Alors, doucement, il ouvrit les bras, pour permettre à Lavande de s'y blottir. La jeune femme soupira longuement, avant de se pelotonner contre son torse. Elle trembla presque d'entendre son cœur cogner au fond de sa cage thoracique. Elle ferma doucement les yeux, se laissant bercer par le rythme lent et régulier de sa respiration. Elle était envoûtée par son odeur, un parfum suave aux accents musqués, et elle comprenait mieux à présent pourquoi Théodore était la nouvelle coqueluche de Roundview, détrônant ainsi Drago Malefoy, détenteur du titre pendant plusieurs années consécutives. Théodore était tranquille et rassurant. Et Lavande, plus que tout, regrettait de ne pas avoir appris à le connaître plus tôt, il en valait très certainement la peine.

- Hermione ne mesure pas la connerie qu'elle a faite en te quittant. Déclara finalement Lavande, rompant le silence confortable qui s'était installé entre eux. Tu es vraiment quelqu'un de bien et tu ne dois jamais en douter.

Théodore ne répondit pas, se contentant de regarder un point fixe devant lui. Ce que ni l'un ni l'autre n'avait remarqué, cependant, c'était que plus loin, une personne n'avait rien manqué de cette scène, et bouillonnait sur place. Il ne faisait aucun doute que l'heure des explications et des règlements de compte allait bientôt sonner.


[HARRY]

Harry ouvrit brutalement les yeux, jaillissant de l'obscurité à la lumière. Il les ferma presque immédiatement, aveuglé par la lueur crue des néons accrochés au plafond. Ses paupières papillonnèrent avec difficulté, puis, il grimaça. Il se sentait vaseux, comme si un rouleau compresseur lui était passé dessus. Il était cassé de toutes parts, et surtout, une douleur vive lui martelait impitoyablement le crâne. Où était-il? Il n'était pas chez les Dursley, c'était certain. Il ne reconnaissait pas l'endroit, de la même façon qu'il ne savait plus trop bien comment il avait pu atterrir ici. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il était au plus mal, et que ses souvenirs étaient particulièrement confus, pour ne pas dire inexistants. Le Survivant, qui n'avait jamais mérité son nom autant qu'en cet instant cligna des yeux plusieurs fois, tentant de se réhabituer à la lumière tant bien que mal.

-Harry, tu es réveillé?

Il lui sembla entendre la voix d'Hermione dans le lointain, et c'était tellement lointain qu'Harry avait cru que sa mémoire vacillante lui avait joué un vilain tour. Si ça se trouvait, Hermione n'était même pas ici, il ne s'agissait que d'une fabulation de son esprit détraqué. Si seulement il pouvait ouvrir les yeux pour de bon, tout serait tellement plus simple, oui mais voilà, ses paupières ne semblaient pas décidées à coopérer. Harry crut remuer faiblement son index, mais il fut incapable de bouger sa main. Elle était anormalement raide, comme si toutes ses articulations s'étaient fracturées puis mal ressoudées.

-Harry? Tu me vois?

Il entendit encore une fois la voix d'Hermione, beaucoup plus proche cette fois-ci. Elle était là, tout près, presque à portée de main, mais il ne pouvait pas la voir, l'effort lui paraissait tellement surhumain. De plus, il avait des vertiges, la tête qui tournait comme une toupie infernale. Il aurait voulu appeler son amie, murmurer son prénom, mais même ça, il en était incapable, sa bouche était trop sèche, il avait l'impression d'avoir avalé du papier de verre. Si seulement on avait pu lui donner un verre d'eau, tout aurait été pour le mieux, mais dans la mesure où il était incapable d'exprimer son besoin, comment les autres pouvaient le deviner, tous autant qu'ils étaient?

-Harry, ça va aller. Le rassura Hermione, encore une fois. Je suis là. Parvati aussi. Elle est partie chercher un café, elle ne va pas tarder à revenir. Si tu veux, je peux même l'appeler maintenant pour lui dire que tu es réveillé. Harry, tu veux que j'appelle Parvati?

Clignement de paupières précipités. Harry, par ce procédé, appelait à l'aide. Il ne comprenait pas tout ce qu'Hermione disait, déjà parce que le débit était rapide, mais aussi parce qu'il avait zappé quelques détails, faute d'avoir eu le temps de tout enregistrer. Il avait peut-être le cerveau lent, mais tout de même, il avait l'impression d'être passé sous un tracteur alors, il avait des circonstances atténuantes, tout du moins le croyait-il.

-Non, c'est bon, ça ira. Répondit-il péniblement, au prix d'un effort considérable.

-Tu veux quelque chose d'autre? Interrogea Hermione, qui venait enfin d'apparaître dans son champ de vision.

-Mes lunettes. Parvint-il à coasser d'une voix brisée.

Il avait besoin de mettre ses lunettes, peut-être était-ce pour ça qu'il avait si mal aux yeux, qu'il voyait si peu ce qu'il y avait autour de lui. Ses yeux étaient en train de travailler bien plus qu'il n'était nécessaire, et forcément, par une simple relation de cause à effets, il attrapait mal à la tête. Il aurait bien demandé de l'aspirine, pour calmer son début de migraine, mais il ne voulait pas paraître trop exigeant, ainsi se contenterait-il de faire sans.

-J'ai mal. Murmura-t-il, dans un souffle.

-Tu veux que j'appelle l'infirmière? Il y a de la morphine dans ta perfusion. Je peux leur demander d'ouvrir un peu le robinet pour accélérer le débit…Tiens, voilà tes lunettes. Tu veux à boire aussi? Mon pauvre, tu dois être assoiffé. Bois un peu, tu arriveras peut-être à parler plus facilement.

Harry se crispa. Ca ne ressemblait pas à Hermione d'être aussi empressée, aussi…indescriptible. Harry, pour un peu, en aurait perdu son latin. Il se redressa un peu plus, avant de mettre ses lunettes sur le bout de son nez. Sa vue s'était nettement améliorée, c'était déjà ça, maintenant, il n'y avait plus qu'à attendre que le mal de crâne passe enfin. Ensuite, il accepta avec reconnaissance le verre d'eau qu'Hermione lui tendait, et il sentit avec bonheur le liquide rouler au fond de sa gorge asséchée. Il en aurait presque réclamé un autre verre, mais mieux valait rester raisonnable, s'il buvait beaucoup, il risquait d'avoir envie d'aller aux toilettes dans peu de temps et ça n'allait pas être pratique de s'y rendre tout en traînant la perfusion derrière lui.

-Ca va mieux? S'enquit Hermione, timidement, qui était revenue s'asseoir sur la chaise à côté du lit.

-Merci, Hermione. Coassa Harry avec reconnaissance, tandis que le visage fatigué de son amie se fendit d'un énorme sourire.

-Tu n'as besoin de rien d'autre?

-Non, merci. Où est Parvati?

-Je te l'ai dit, elle est partie prendre l'air. Tu sais qu'elle ne supporte pas les hôpitaux en temps normal, alors tu penses qu'être là tous les jours, c'est un peu dur pour elle.

-Parvati était là? S'étonna-t-il, surpris que sa propre petite amie ait réussi à braver son aversion des hôpitaux pour rester à son chevet.

-Bien sûr. Répondit Hermione, qui souriait toujours. On se relayait pour veiller sur toi. Et Parvati était là, tout le temps. Elle refusait de partir même si les visites étaient terminées. Si elle s'était écoutée, elle serait restée dormir ici, en te tenant la main. Elle t'aime vraiment beaucoup, Harry. Tu as de la chance de l'avoir à tes côtés.

-Je sais. Admit Harry en se blottissant dans l'oreiller, confortablement calé contre celui-ci. Et toi? Que fais-tu là? Tu n'es pas censée être en France, avec les autres?

-Oh…répondit Hermione, visiblement embarrassée par la question de son ami. J'ai décidé à la dernière minute de ne pas y aller. Ici, tu aurais eu plus besoin de moi que eux, là bas.

-Mais ce n'est pas la seule raison, n'est-ce pas? Interrogea-t-il, tout en regardant Hermione droit dans les yeux. Tu semblais vraiment emballée par ce séjour, comment as-tu pu décider du jour au lendemain d'y renoncer? Je te connais, Hermione, je sais qu'il y a autre chose.

La jeune femme baissa les yeux, l'air contrit. Harry avait bien remarqué l'éclat de tristesse qui était passé dans le regard marron de la jeune femme. Hermione semblait si vulnérable en cet instant qu'Harry eut envie de la serrer dans ses bras, très fort. Dans quelle situation s'était-elle encore fourrée, elle qui était championne pour s'attirer des ennuis en tous genres? Surtout que ce n'était pas dans les habitudes d'Hermione de se débiner de la sorte. Elle était forte et courageuse, elle résistait aux tempêtes, elle serrait les dents et attendait que ça se passait.

-Théodore et moi avons cassé. Avoua-t-elle enfin, d'un ton morne, alors que ses lèvres s'étaient tordues en un rictus désabusé. Non, enfin, je veux dire…j'ai rompu avec Théodore.

-Mais pourquoi? Interrogea Harry, qui ne comprenait visiblement pas comment cela avait-il pu arriver. Vous alliez si bien ensemble. Et vous étiez heureux tous les deux, non?

-On était heureux, oui. Répondit Hermione, légèrement songeuse. Mais il valait mieux pour nous qu'on s'arrête là. On aurait fini par se détruire l'un l'autre. Ça n'aurait pas été viable.

-Je n'y crois pas une seule seconde, Hermione. Lui asséna Harry tout en rivant ses yeux verts dans ceux plus sombres de son amie.

-Tu connais mes tendances destructrices. Éluda-t-elle en haussant les épaules. Tu devines celles de Théodore. Le cocktail est potentiellement explosif.

-C'est faux. Contra Harry, avec aplomb. Tu sais ce qu'il y a, Hermione? C'est que cette fois, tu es véritablement tombée amoureuse. C'est l'amour, le vrai, celui qui retourne les tripes et qui fait mal, au fond, et c'est précisément ça qui t'a fait peur. Tu as craint de t'y brûler les ailes, alors, tu t'es enfuie, lâchement, parce que ne pouvais pas assumer tes sentiments. Tu as préféré les tuer avant même qu'ils ne te dévorent, tout en espérant que ça fasse le moins de dégâts possibles.

-Ce n'est pas vrai. Articula Hermione, faiblement, alors que son regard s'était agrandi sous l'effet de la stupéfaction.

-Tu sais Hermione, reprit Harry, imperturbable, c'est que tu trouveras n'importe quelle excuse pour te disculper. Mais le fait est que tu y as plongé, à pieds joints, même. Tu as signé ton arrêt de mort à partir du moment même où tu as voulu lui donner ta virginité. Tu sais pourquoi tu n'as jamais pu faire l'amour avec la Fouine? Tu n'as jamais pu, parce que tu n'en étais pas amoureuse. Tu ne savais pas ce qu'était d'aimer, Hermione, et aimer, ça ne se résume pas à se tenir la main et à se faire des bisous dans les couloirs du lycée. Aimer, parfois, ça fait mal, on souffre, mais avec l'autre, on est capables de tout surmonter. Si tu passes ta vie à fuir, alors tu seras toujours malheureuse. Si tu te barres à la première difficulté, alors c'est sûr, c'est foutu. Il est temps de grandir un peu, Hermione.

Harry ne savait pas pourquoi il avait dit ça à son amie, mais apparemment, ça dormait là, au plus profond de lui, il fallait que ça sorte, il fallait qu'il s'exprime, il avait besoin de lui dire. C'était une idée qui lui trottait dans la tête depuis longtemps, depuis le jour même où Hermione a rencontré Théodore. Harry avait été le premier sceptique quant à leur relation, mais il avait été convaincu dès lors qu'il les avait vus ensemble. Ils étaient aussi photogéniques que fusionnels, il y avait une sacrée alchimie entre eux et Harry n'en démordait pas, il n'était pas persuadé qu'Hermione puisse retrouver une telle alchimie avec quelqu'un d'autre. Son duo avec Malefoy faisait bien piètre figure à côté.

-La vérité, Harry, reprit Hermione d'une voix brisée, c'est que je n'ai pas envie de grandir. Tu sais, je suis toujours apparue comme la plus mature de nous tous, mais au fond, ce n'était qu'un leurre. Quand tu t'aperçois que ton conte de fée, ce n'est que du vent, que pire encore, il se fendille de part en part sans que tu puisses y faire quoi que ce soit, ça fait mal, Harry. Ça te fout en l'air.

-Je sais, Hermione. Répondit-il sombrement, légèrement songeur. On passe tous par là, tu sais? Grandir, c'est aussi se prendre des claques dans la gueule. Tu continueras à t'en prendre, Hermione. Tes illusions vont continuer à crever une à une…mais ce n'est pas grave, Hermione, parce que tu vas créer d'autres rêves, d'autres désirs. La mort de tes rêves actuels ne signifie pas pour autant que tu ne vas plus jamais en avoir.

-On devient adultes, Harry, et ça me terrifie. On arrive déjà tous au bac, et je ne sais pas quoi faire de ma putain de vie. J'ai des bonnes notes en classe, oui, mais encore? À quoi ça va me servir? À quoi bon, si je n'ai pas d'objectif à réaliser, pas d'ambition? Je vais arriver dans le monde des adultes sans savoir comment m'y prendre, je vais devoir me démerder et c'est ça le pire.

-Tu n'es pas toute seule pour faire tes choix. Rappela Harry avec sagesse. Nous sommes tous là. Ce n'est pas parce qu'on ne va plus au lycée en Septembre que l'on ne se verra plus jamais, bien au contraire. Certes, ce sera un peu compliqué de se réunir comme avant, mais rien n'est insurmontable.

Harry avait toujours cru dur comme fer en l'amitié, selon lui, il s'agissait du bien le plus précieux que l'on pouvait avoir, avant même l'amour. Les amours passent, les amitiés restent. Harry avait toujours souffert d'un certain manque d'amour, ses parents étaient morts dans un accident de voiture quand il était petit, et son oncle et sa tante n'avaient pas vraiment été bons princes envers lui. Harry avait trouvé tout le réconfort dont il avait besoin chez ses amis. Il y avait Hermione, bien sûr, il y avait Ron, qui était aussi tout important qu'elle, mais il y avait tous les autres, tous les membres de leur petite bande sans exception, y compris cet idiot de Malefoy auquel il avait fini par s'attacher malgré l'apparente bisbille qu'il y avait entre eux.

Harry se blottit dans les couvertures, las. Il reposa sa tête sur l'oreiller, et fixa le plafond, légèrement songeur. Ses blessures étaient encore un peu douloureuses -des coups de poignard, ce n'était pas anodin - mais il réalisait qu'il avait eu de la chance, cette nuit là, que quelqu'un avait dû veiller sur lui avec bienveillance, empêchant la mort de l'emporter comme elle l'aurait dû. C'était à croire que son heure n'était pas encore arrivée. C'était qu'il devait y avoir un Dieu quelque part. à côté de lui, Hermione se mordilla la lèvre inférieure. Elle resta un long moment à se contempler les pieds, comme s'ils étaient particulièrement passionnants, puis, en un élan, un seul, elle se leva et vint étreindre Harry avec force. Harry serra son amie en retour et lui caressa les cheveux, doucement.

-Tu m'as manqué. Lui avoua Hermione, le visage enfoui au creux de son cou. Tu m'as fait peur, espèce de crétin, ne me refais jamais plus un coup pareil sinon je te ressusciterai pour te tuer ensuite de mes propres mains.

-C'est une impossibilité biologique que tu me dis là. Argua Harry, un léger sourire moqueur aux lèvres.

-Même. Soutint Hermione avec aplomb. Tu auras compris l'idée. J'ai besoin de toi, Harry, on a tous besoin de toi.

-Je rejoins Hermione. Ajouta la voix amusée de Parvati, qui revenait avec ses deux gobelets de café.

En reconnaissant cette voix, Harry tourna légèrement la tête. Son cœur fit un bond dans sa poitrine en voyant l'indienne qui se tenait sur le pas de la porte de la chambre d'hôpital. Harry lui adressa un sourire maladroit, tandis que Parvati lui retournait un immense sourire, quoique noyé dans ses larmes. Reste qu'elle abandonna les deux gobelets fumants sur la petite table appuyée contre le mur, puis elle alla presque littéralement se jeter sur ses deux amis encore enlacés, s'ajoutant à l'étreinte. Elle les serra tous les deux, à les en étouffer, elle se fichait bien qu'elle risquait de se faire appeler Arthur d'être montée sur le lit de la sorte, que ce n'était ni le lieu, ni le moment de se livrer à des effusions d'amitié et d'amour, mais qu'importait dans le fond, Harry était revenu et c'était tout ce qui comptait.

-Je…je vais vous laisser. Marmonna Hermione en s'extrayant du câlin collectif, non sans passer une main embarrassée dans ses cheveux emmêlés. J'imagine que vous avez plein de choses à vous dire. Je passerai plus tard.

-Et ton café? S'inquiéta Parvati, qui la sondait de ses grands yeux noirs.

-Je vais le prendre en passant, ne t'en fais pas. Sourit Hermione, qui arborait des traces de larmes récentes sur ses joues. À plus tard, les amoureux!

-à plus tard, Hermione! Lança Harry, alors qu'Hermione franchissait la porte de la petite chambre. Et merci!

Hermione ne répondit rien, et lui lança en lieu et place de la réponse un sourire crispé. Elle adressa un signe de la main timide au couple, puis elle disparut pour de bon dans le couloir, en emportant effectivement son café au passage. Harry resta le regard fixé sur la porte désormais close, puis il reporta toute son attention, son entière attention sur Parvati. Elle était aussi belle que dans ses souvenirs, quoique son teint hâlé était bien plus terne que d'habitude.

-Tu aurais dû te reposer. Lui dit Harry avec sérieux, alors qu'il repoussait des mèches brunes du visage de l'indienne, dont les yeux brillaient de larmes d'émotion.

-Ne t'inquiètes pas pour moi. Répondit Parvati en le serrant avec force. Je ne pouvais pas me résoudre à t'abandonner, et même si j'étais repartie chez moi après les heures de visite, je n'aurais de toute façon pas réussi à dormir, ne sachant pas si tu allais revenir un jour.

-Mais maintenant, je suis là. Fit remarquer Harry en caressant les lèvres pleines de Parvati du bout des doigts. Et je ne compte pas davantage partir.

Le sourire de Parvati s'élargit. Des larmes fugaces roulèrent tout de même sur le visage fatigué de la jeune femme. Alors, sans guère tenir plus longtemps, Parvati se pencha et vint capturer ses lèvres dans un long et langoureux baiser, un baiser qui avait le goût de leurs retrouvailles. Doucement, Harry fit glisser sa main dans le dos de la jeune femme, alors qu'elle venait de passer une jambe à travers celles d'Harry pour être un peu plus à l'aise. Elle était blottie contre son torse, tout contre lui, et elle l'embrassait avec ardeur, heureuse de le revoir vivant et presque en un seul morceau.

Bien sûr, Harry se doutait qu'elle voudrait savoir ce qui s'est passé, qu'elle ne se contenterait pas d'une réponse à peine éludée, mais l'heure n'était pas aux questions lourdes de sens, encore moins aux révélations choc. L'interrogatoire pouvait bien attendre. Pour le moment, il voulait juste profiter d'elle, de leurs retrouvailles, et c'était bien tout, il n'avait guère besoin de davantage pour le moment.


Et me revoilà pour un nouveau chapitre! Il est plus fun que le précédent, non? S'agissant des menaces de mort proférées envers Hermione, je décline toute responsabilité et je ne parlerai qu'en présence de mon avocat! Je pense qu'à nouveau, dans ce chapitre, deux options se présentent: soit vous aurez encore plus envie de la trucider, parce qu'elle ose larguer Théodore, et jouer les martyrs ensuite, soit vous aurez de la compassion pour elle, parce que elle est malheureuse sans son Théo, mais pas lui, vu qu'apparemment, il est déjà passé à autre chose, niéhéhé. Sinon, je suis heureuse de vois présenter mon premier slash. Bon, je n'en suis pas très satisfaite, et je pense avoir foiré, mais…I DID IT! J'ai rougi plus d'une fois en l'écrivant, mais je me suis forcée un peu haha. C'était vraiment la première fois que j'écrivais du slash, so, désolée pour les énormités que j'aurais pu écrire (sans mauvais jeu de mots, hum.), je suis ouverte à toute suggestion pour m'améliorer. Bref, c'est à présent officiel, Good Morning Bristol joue les prolongations: la fic ne fera plus 15 mais 20 chapitres, en plus de l'épilogue. Dans le prochain chapitre, nos héros se trouveraient toujours en France, ils seront donc de retour à Bristol dans le chapitre 13. Je suis vraiment désolée d'avoir mis tant de temps pour écrire la suite, vraiment. J'ai fait tout mon possible pour boucler ce chapitre d'ici la fin Septembre, mais je n'ai pas pu m'y replonger. Du coup, ce sera pour début Octobre, et les prochains arriveront tous les mois. Maintenant que les cours ont repris, ça sera plus dur d'écrire, puis même, écrire pas loin de 60 pages word en une semaine, c'est impossible, à moins d'y être H24. Un mois, donc, c'est le mieux que je puisse faire. J'avais songé à diviser chaque chapitre en deux, mais non, ça casserait mon rythme, à savoir que tous les personnages figurent dans un chapitre pour que leur storyline puisse être correctement suivie. J'espère qu'après tout ce temps d'attente, j'aurai encore des lecteurs, mais bon xD On verra bien. N'hésitez pas à me laisser un avis sur ma fiction, ça compte vraiment beaucoup pour moi. Gros bisous, et au mois prochain pour la suite!