C'était la fin d'une belle journée d'hiver. Tout était parfait, les méchants étaient sous les barreaux ou au fond de la rivière, et Dempsey avait récupéré sa partenaire. Ils étaient garés devant chez-elle et chacun attendait que l'autre fit le premier pas.

«Alors, et maintenant» demanda Dempsey à sa nouvelle partenaire en se tournant vers elle avec un air entendu. Harriet savait parfaitement où voulait en venir Dempsey, et elle aurait aimé lui répondre directement, mais les habitudes étaient dures à perdre et puis elle ne pouvait pas résister à l'envie de se faire désirer un peu.

«Alors et maintenant quoi, lieutenant ?» répondit-elle sur le ton le plus détaché qu'elle put prendre. «Ben vous savez bien, Harriet...» Avança Dempsey, légèrement déstabilisé par la neutralité du ton d'Harriet après ce qui s'était passé entre eux ces derniers jours.

«Non, pas du tout, lieutenant. De quoi voulez-vous parler ? Insista-t-elle.

Allons, Harriet, vous savez bien, votre démission, puis votre retour...» expliqua timidement et à demi mot Dempsey.

Ha ! Ca ! Eh bien, Quoi ? renchérit Harriet qui prenait plaisir à pousser Dempsey dans ses retranchements.

Ben, rien, je voulais juste m'assurer que maintenant tout était rentré dans l'ordre et que nous étions bien d'accord sur la nature de nos relations, rétorqua Dempsey qui se prenait au jeu d'Harriet.

Ah, oui ? Et quelle est la nature de ces relations ? demanda Harriet avec un intérêt placé bien au-delà du simple petit supplice auquel elle soumettait son partenaire.

Hé, ben voyons... Si je prends en compte le fait que vous avez démissionné après m'avoir 'vu mourir' sous vos yeux, mais que vous avez réintégré le service seulement après deux jours, je dirais que vous ne pouvez pas vous passer de moi et que...»

En entendant ces mots, Harriet ne pouvait pas rester sans réagir. Le mufle avait encore une fois détourné la situation à son avantage en ignorant des faits pourtant essentiels de l'histoire. «Je vous demande pardon ! Mais qui est venu me chercher et me supplier à genoux de refaire équipe avec lui en prétextant le bien du service ? Et qui, ensuite, a menacé de quitter la police si je ne réintégrais pas définitivement la police ? Alors qui ne peut pas se passer de l'autre ? demanda Harriet en fixant droit dans les yeux son partenaire. »

Ce à quoi James Dempsey ne put que répondre « l'essentiel c'est que ça a marché, non ?» accompagné de son plus beau sourire, avant d'ajouter « Et si j'en juge par la rapidité avec laquelle vous avez accédé à mes supplications, cela n'a pas du être un dilemme trop pénible.» Harriet préféra ne rien répondre à ça, reconnaissant que tous deux avaient fait des concessions pour en arriver à cet instant.

« Bien, alors et maintenant ? » dirent-ils tous deux de concert, s'étant rendu compte qu'ils étaient revenus au point de départ. Mais cette fois, ils n'avaient plus envie de jouer. Ils se dévisagèrent mutuellement attendant un signe de l'autre qui exprimerait ce qu'ils ne pouvaient pas encore se dire. L'impulsion leur vint à la même seconde. Leurs visages se rapprochèrent jusqu'à ce que leurs lèvres se touchent, et après une demie seconde d'hésitation, le temps de s'accorder sur le fait que les actions parlent parfois mieux que les paroles ils s'embrassèrent.

Après ce premier baiser, tous les deux restèrent un temps déconcertés, ne sachant finalement pas comment intégrer cette nouvelle donnée à leur relation. Dempsey bougea le premier. Son désir aiguisé par ce premier baiser, il s'avança à nouveau vers Harriet pour goûter encore une fois à ses lèvres mais, en même temps qu'elle repoussait l'avance de son partenaire d'une main douce mais ferme, elle l'en dissuada. « N'abusez pas de votre chance, Jim. »

« Chance ? La chance n'a rien à voir dans ce baiser, Harriet, reprit Dempsey.

Disons que pendant une seconde, j'ai pu, par mégarde, me laisser surprendre par vos déclarations, et que dans un instant de faiblesse, je me suis laissé aller. Devant le visage incrédule que lui renvoyait Dempsey, elle ajouta : Oui, ben, je suis un être humain comme tout le monde, Dempsey, il m'arrive de me laisser aller !

Allons Harriet, vous et moi savons très bien que ce n'est pas le cas. Même quand vous prenez une cuite vous restez très classe ! rétorqua James Dempsey qui s'amusait de la mauvaise foi évidente de sa partenaire. Vous voulez que je vous dise, je crois plutôt que vous avez succombé à mon charme naturel et que vous ne voulez pas l'admettre.

Ah oui ? Et pourquoi, je vous prie, Monsieur le Grand Séducteur, est-ce que je ne voudrais pas l'admettre ?

Est-ce que je sais moi ! Peut-être parce que votre si aristocratique cerveau a du mal à s'accorder à votre non moins aristocratique, mais romantique façon midinette, petit cœur.

Mais pas du tout ! répondit Harriet. Tout d'abord si, comme vous dites, j'avais succombé à votre charme, croyez-moi, vous ne seriez pas assis dans cette voiture à méditer sur un baiser que je vous ai consenti. Et ensuite, en admettant que j'ai effectivement une très légère attirance pour vous, Dempsey, vous n'espérez tout de même pas que je vais tomber comme ça aussi facilement dans vos bras. Pour qui est-ce que vous me prenez ? Sur ces mots, Harriet ouvrit la portière de la voiture et en descendit.

Alors c'est ça, hein ? Vous voulez que je vous sorte le grand jeu ? lança Dempsey en suivant Harriet qui se retourna vers lui, nez à nez, à quelques centimètres l'un de l'autre.

Je vous demande pardon ? dit-elle, légèrement déstabilisée par la proximité de son partenaire.

Je disais que je comprends. Vous ne voulez pas céder tout de suite, vous faire désirer. Je suis ok avec ça. La distance, c'est sexy. Tant que vous ne prenez pas trop vos distances.

Soyez sans crainte, James, je maîtrise parfaitement mes distances. Lui murmura Harriet à l'oreille avant de s'éloigner en lui décochant son plus beau sourire.

Ah, encore une chose Jim, je n'ai jamais été une midinette mais je n'ai effectivement rien contre un peu de romantisme, à l'occasion.

Qu'est-ce que ça serait si vous me trouviez repoussant !"