A propos de l'histoire : Petite fic (enfin je pense qu'elle va être assez balèze quand même) sur le seul Shôjô que mon esprit a daigné apprécier (et puis c'est pas vraiment vraiment un Shôjô...) C'est sûrement l'univers musical et un peu gothique qui m'a attiré... Merci à la fille qui fait Nyon et à la psychotique des crayons et autres macarons-garous pour m'avoir fait découvrir ce manga :) Histoire assez centrée sur un personnage qui n'a pas assez de fic à mon goût, mais qui détient un charisme stupéfiant. (Il y aura un p'tit Self-Insert à un moment ou à un autre de l'histoire, mais pas dans ce chapitre. Plus tard...)

Donc, le premier chapitre, attention au Spoil !

Disclamer : L'univers de The Royal Doll Orchestra et ses personnages appartiennent à Kaori Yuki. Mais je vais peut-être faire apparaître des personnages de mon invention, comme le comte Sphalérite.

Rating : M, car c'est surtout pour le langage (c'est ma faute si Kohaku place un gros mot à chaque fin de phrase ?) Après, certaines scènes ne valent peut-être que T... Mais M quand même, étant donné que j'ai parfois tendance à me laisser glisser dans le gore "sans faire exprès"...

Bonne lecture !


Symphonie concertante pour Alto, Violoncelle solistes et Orchestre

Chapitre 1 : Prologue

Royaume de la Reine Gemsilica, district de Nachthafeln, quelque part autour de la ville du même nom.

Deux détonations retentirent soudainement, suivies par des tintements de douilles tombant sur une surface métallique. Des corbeaux, affolés par ces bruits brisant le silence lugubre qui régnait sur la plaine, s'envolèrent dans un froissement d'ailes et une symphonie de croassements. Ils plongèrent dans le brouillard opaque qui s'accrochait aux cimes tordues d'arbres morts et voilait la lumière faiblarde de la Lune. L'intensité de leurs cris plaintifs allait decrescendo au fur et à mesure que l'épaisse brume les engloutissait. L'écho s'amenuisa jusqu'à l'état de murmures, puis se perdit dans l'immensité de la plaine.

Les détonations semblaient provenir d'un étrange carrosse, plus proche du corbillard que de la caravane de voyageurs, qui avançait dans un bruit de cahots. Le véhicule progressait à une allure nonchalante, mais curieusement rapide, les roues se soulevant par soubresauts réguliers, trébuchant sur la route caillouteuse. On aurait dit qu'il était comme porté par une quelconque magie. La voiture était le seul objet en mouvement dans l'immobilité pesante des lieux.

Sur le toit du carrosse s'agitait une silhouette élancée, accroupie, son grand manteau tourbillonnant à chacun de ses mouvements. Elle riait d'un rire sadique et tranchant, comme si elle se moquait de la scène, et tenait dans chaque main un énorme revolver d'où s'échappaient des volutes de fumée.

« Ha ha ha ha ! Prend ça dans la gueule, connard de guignol, et retourne en Enfer ! »

La voix tranchait comme un couperet aiguisé. Indubitablement masculine, la silhouette paraissait scintiller d'une aura de folie douce. Vêtu de noir, l'individu se détachait dans la nuit par l'obscurité complète qu'il dégageait, causée non pas par ses habits ou sa chevelure d'ébène, mais par ce halo malsain qui le caractérisait. Car les ténèbres n'étaient jamais absolues.

Surtout en présence de la personne qui venait d'apparaître à une fenêtre du corbillard.

Les cheveux d'une parfaite couleur d'ivoire, démesurément longs qui ondulaient dans l'air sans brise semblaient appartenir à une femme. Son visage de couleur albâtre et d'une beauté stupéfiante contrastait nettement avec la nuit grisâtre. Ses yeux noirs, plus que singuliers dans la pâleur de sa peau, étincelaient tels deux petits éclats d'onyx, encadrés par d' élégantes mèches blondes. Les vêtements de la femme étaient à l'image de son physique : blancs et d'un raffinement sans extravagance, ils étaient parsemés de pièces de tissus sombres.

A l'instar de l'homme aux revolvers, elle paraissait dégager un léger scintillement, mais cette fois-ci lumineux et pur. Seul son regard trahissait les ténèbres enfouies au plus profond de son âme.

La jeune femme prit la parole, s'adressant du mieux qu'elle le put vers le toit du véhicule. Elle avait un timbre chantant, féminin et cristallin, mais qui contenait cependant une pointe de reproche. Elle avait l'air de s'être brusquement sortie de ses songes, l'œil maussade.

« Kohaku ! Evite de tirer sans prévenir, tu viens de me réveiller...

- Hey, ho, répliqua l'intéressé d'une voix cinglante. Je viens de buter deux gigolos qui s'approchaient de notre bagnole, et tout ce que tu trouves à me dire, c'est que j'ai troublé le repos de Sa Majesté Rutile ? Vive la reconnaissance ! Et j'espère d'ailleurs que tu t'abstiendras cette fois-ci de te faire passer pour une fille, quand on arrivera à la prochaine ville ! Sale pervers ! Ras-le-bol des bis repetita genre Niave !

Le dit Rutile, qui s'avérait en réalité être un homme, lança un regard de défi à Kohaku, lui tira la langue –n'importe qui dirait que cela s'apparenterait à des gamineries, et c'est en effet ce à quoi s'adonnaient les deux jeunes gens en cet instant précis- et referma d'un coup sec le rideau de velours pourpre encadrant l'ouverture, laissant Kohaku en proie à un bouillonnement intérieur et à sa mission. Mission qui consistait en l'extermination de guignols, qu'il accomplissait avec joie et sans qu'on lui demanda.

Rutile rentra sa tête dans le vaste compartiment de la voiture. Il y régnait une agréable chaleur en comparaison avec le froid sec de l'extérieur. La pièce –car l'intérieur était suffisamment grand pour mériter ce nom- était éclairée par de douces lumières tamisées provenant des lampes à quartz bleu suspendues aux bordures de fer et de bois ouvragés des fenêtres. Suffisamment confortable pour les longs voyages qu'effectuait régulièrement l'Orchestre Royal officieux, le corbillard s'imposait en quelque sorte comme la demeure des membres de la troupe, la majorité de l'effectif étant habitués à leur situation d'itinérants. Spacieux pour un véhicule de ce type, il était capable de contenir les vivres, les membres et leurs quelques effets personnels. Ces derniers se résumaient à peu près à un grand ouvrage noir relié de métal poli et un immense diapason de très belle facture pour l'un, et à des instruments de musiques pour les trois autres personnes de l'Orchestre.

Ainsi, une grande forme longiligne se dessinait sous un lourd tissu de velours au fond de la voiture. Il s'agissait du piano de cristal de la jeune Eles, aussi appelée Elestial, travestie en garçon, et pianiste officielle de l'Orchestre officieux depuis quelques mois seulement. Deux étuis, l'un d'un blanc pur et l'autre couleur argent, se trouvaient près du piano. La première boîte, couverte partiellement par un drap brillant et noir, contenait le violon de Kohaku, un violon blanc dont la musique fut à l'origine de la longue balafre qui lui courait sur le visage. Cette cicatrice était en quelque sorte un atout pour l'Orchestre : en présence de guignols, l'œil droit du violoniste le lançait douloureusement cet atroce tiraillement le prévenait ainsi de la proximité du danger. Bien que cela ne fût guère plaisant pour le jeune homme, chacun conclu que cette blessure ancienne constituait un avantage certain, Kohaku le premier.

Le second étui, beaucoup plus gros, mais présentant les mêmes formes courbées et élégantes, renfermait l'instrument du violoncelliste de l'Orchestre, Gwindel. Bien que taciturne et difficile à cerner, il était d'un naturel calme et discret, mais demeurait aux yeux de n'importe qui le membre le plus énigmatique de la troupe. Intimidant du fait de sa grande taille, il semble très attaché à son hérisson qu'il garde auprès de lui en permanence. Et gare à celui qui s'en prenait à l'animal, par mégarde ou non le violoncelliste se mettait alors dans une colère noire. Mais ses longs cheveux argentés voilaient son regard aux autres, comme Gwindel gardait secret son passé à la majorité des gens. En fait, seul Rutile connaissait en détail l'histoire de son violoncelliste, ayant-lui-même eu à y jouer un rôle. Quant à Kohaku, il ne savait que le gros de l'histoire, car ne pas s'intéresser par curiosité aux antécédents du chanteur et du violoncelliste demeurait une de ses motivations principales au sein du groupe. Une sorte de contrat réciproque s'était naturellement instauré entre les trois hommes, et chacun s'occupait de ses propres démons. Bien que rien ne pouvait être dissimulé à Sa Majesté Rutile. Eles, elle, n'ayant intégré l'Orchestre que depuis peu de temps, ne fut au courant qu'à partir de la sinistre affaire du duc Rhodonite, où toute la vérité fut dévoilée après le simulacre de trahison de Gwindel, et où Eles avait recueilli la hérissonne abandonnée pendant un temps par son maître. La phrase prononcée par le violoncelliste lors de la venue de l'Orchestre dans la ville de Toussaint, lieu de naissance de la jeune fille, déclarant qu'il n'avait pas oublié qu'il demeurait le chien de Rutile avait pris tout son sens.

De son vrai nom Célestite, ou Céles, la pianiste, fille du châtelain de Toussaint perdit son frère jumeau Elestial et sa mère lors d'une terrible tragédie dont elle fut responsable, infectés par le Galatiea Syndrome, transformant les victimes en guignols. Cet accident eut également pour conséquence de tuer tous les enfants de la ville, regroupés sur le lieu du drame. Seule Céles survécu. Quelle ironie, l'enfant réchappant au massacre fut celui qui attira le malheur ! Pour la protéger de la haine des habitants survivants et pour tenter d'endiguer la maladie, le père de Céles la força à brûler le corps de son frère ainsi que des autres victimes, et à usurper son identité. Céles devint ainsi Eles, se refermant sur elle-même, refusa de retoucher à un piano et bannit la musique de son existence. Seule l'arrivée de l'Orchestre Royal et la découverte de son terrible secret par Rutile lui redonna une raison d'être et la volonté de jouer à nouveau, en souvenir de son frère, dont elle continua à emprunter le nom. Eles intégra dès lors la troupe, échappant de peu à la déchéance de sa ville, envahie par les guignols.

Rutile se rasseya confortablement sur le siège matelassé. La vexation qu'il éprouvait à cause des propos de Kohaku lui donnait un air de chat bougon. Il s'allongea sur sa banquette et s'étira comme l'aurait fait un gros matou, sa longue chevelure ondulée lui couvrant les épaules jusqu'aux genoux. Le chanteur sembla s'assoupir, fermant les yeux. On aurait dit une apparition divine, tant il ressemblait à un ange. Mais cette position était trompeuse : c'était dans ces moments là que Rutile demeurait le plus aux aguets.

« Aaah... Quelle poisse. Arriver de nuit. En plus, nous ne sommes même pas arrivés que déjà les armes de Kohaku voient une bonne raison de s'agiter...

- C'est tout de même étrange, intervint Eles. Autant de guignols si loin de la ville... ? Rutile... Peut-être que la cité a déjà été anéantie... »

La pianiste possédait une voix douce, pleine de volonté, féminine mais pas excessivement. Une voix de petit garçon, parfaite dans les situations où elle devait se faire passer publiquement pour un jouvenceau. Dans ces cas-là, elle ne trahissait pas son véritable sexe et jouait son rôle à la perfection.

L'Orchestre Royal se composait ainsi de paradoxes : l'un est homme que l'on prend pour femme, l'autre fille se faisant passer pour garçon. Il en allait de même avec les deux membres restants : le violoniste au mauvais caractère exacerbé se différenciait complètement du violoncelliste réservé.

« S'il s'avère que tu as raison, on n'aura pas nos sous... ! »

Rutile faisait la moue devant cet impensable scénario catastrophe.

« Mais je ne pense pas, continua-t-il, retrouvant son sérieux. Tant de guignols autour d'une ville aussi importante n'est pas si rare que ça, après tout. Nous nous situons dans une grande plaine déserte éloignée des fortifications, peu de cités enverraient des soldats repousser des guignols, qui, de toute façon, ne représentent aucun danger immédiat, à condition qu'ils restent suffisamment loin des zones habitées. Sauf bien sûr pour les voyageurs, ajouta-t-il, un éclair de cynisme passant sur son visage. Et puis tu te trompes nous ne sommes pas si loin de notre destination. Regarde, la pluie commence à tomber. »

En effet, la ville de Nachthafeln était réputée pour être quasi constamment sous les averses et parfois les ouragans. Rumeurs, qui, pour les occupants du carrosse qui s'avançait vers la ville, semblait véridique.

« De plus, poursuivi Rutile, si les guignols avaient réellement envahi la cité, Nachthafeln aurait été détruite par le rayon d'énergie de la Reine. Tu n'es pas sans savoir l'ampleur des dégâts que ce pouvoir peut causer. Or, il me semble apercevoir les lumières de la ville, continua-t-il la voix guillerette.

Soudain, le son du tonnerre retentit au loin, comme pour appuyer les paroles du chanteur. Eles tenta de regarder dehors par la vitre située près d'elle. A travers les gouttes de pluie qui commençaient à s'abattre furieusement et le brouillard à peine dissipé, elle ne voyait rien d'autre qu'une vague silhouette d'arbre mort se dessinant. Peut-être Rutile lui avait dit cela seulement pour la rassurer ? Mais soudain, habituée à la nuit qui régnait dehors, il lui sembla effectivement apercevoir de faibles lumières incertaines et tremblant dans l'obscurité, fébriles.

Un éclair zébra le ciel noir, et un visage hideux apparut derrière la fenêtre, cognant la vitre dans un bruit écœurant. Le haut du crâne avait éclaté, et un œil pendait de son orbite, vide. Eles ne put s'empêcher de lâcher un cri de terreur, tant cette apparition était brusque et extrêmement proche. Elle recula d'un bond, atterrissant dans les bras de Rutile, tremblante, le cœur battant à tout rompre.

« Qu'est-ce-que... Un... Un guignol... ! Que... »

Les trainées de sang par la cervelle bouillie du guignol coulaient le long de la fenêtre, noyées par la pluie qui s'annonçait être une tempête de grande ampleur.

« Je... »

Eles semblait encore sous le choc. Habituellement, elle détestait plus les guignols qu'elle ne les craignait, mais en voir un en détail à quelques pouces de son visage, si soudainement et dans les ténèbres de la nuit, l'avait fortement ébranlée. Une larme s'écoula le long de sa joue. Cela lui rappelait la tragédie de son jumeau et de sa ville.

« Chut... ne t'inquiète pas. Nous sommes presque arrivés, Kohaku s'occupe d'eux... »

Rutile la réconforta tant bien que mal, lui caressant d'un geste assuré les cheveux courts de la pianiste, et lui parlant d'une voix douce, comme il l'aurait fait avec un chiot apeuré.

Des coups sourds retentirent subitement au plafond. De plus en plus forts, ces bruits répétés résonnaient dans le bois massif du corbillard.

« Que... Ah, Kohaku... »

Rutile se leva, ouvrit la fenêtre sans lâcher la main d'Eles et se pencha en avant, la tête à l'extérieur, désirant savoir ce que quémandait Môôsieur Kohaku-le-violoniste-bourrin. Rutile fut d'bord surpris par la violence des bourrasques et l'intensité effarante de la pluie, par rapport au calme placide et pesant qui régnait encore il y avait quelques dizaines de minutes. Se protégeant le cou avec le col de son manteau, le chanteur cria dans la nuit tempétueuse.

« Que se passe-t-il, Kohaku ? »

Un visage au rictus malsain apparu devant lui, la tête à l'envers. C'était dans ces moments là que la folie sadique du violoniste s'affichait le mieux.

« Aaah, pas trop tôt, s'époumona-t-il. Sache que je me les pèle, en haut ! Ça fait des heures que je frappe pour qu'on vienne me répondre... ! Tu ne pourrais pas me filer un parapluie au moins ? J'ai la tronche trempée et mes joujoux n'apprécient pas tellement l'eau...

- Bon, d'accord, je vais te chercher ça.

- En même temps, prend-moi des munitions, je suis presque à sec.

- Deux s'condes. »

Rutile replongea dans la pièce, prit le premier parapluie qui vit, gisant sur une des caisses en bois et deux recharges. Il les tendit ensuite par l'interstice, sentit Kohaku les saisir, et s'apprêta à fermer la fenêtre quand il arrêta son geste. Au contraire, il repassa le haut de son corps par l'ouverture, maintenant fermement son haut-de-forme sur sa tête et interpella le violoniste.

« Kohaku ! »

L'intéressé se repencha vers la fenêtre et répondit.

« Quoi ?

- Pourrais-tu éviter d'éclater le cerveau de guignols tout près de la vitre ?

- Hein ? Pourquoi ?

- Fais-le, c'est tout !

- Ok, compris... C'est de ça dont tu veux parler, non ? »

Soudain, un globe oculaire s'agita juste sous le nez de Rutile, comme suspendu à un élastique. Surpris, le chanteur fit un bond en arrière et se mit à sortir une flopée d'injures à l'encontre du coupable.

« Connard ! Sal...

- Oui, oui... Sa Majesté est comblée ? »

Son regard de fou scrutait le chanteur, sa tête à l'envers accentuant l'éclat des pulsions destructrices de ses yeux.

« Au fait, continua Kohaku sans que Rutile n'ai pu ouvrir la bouche. Dis à l'autre de faire gaffe au volant, il y a une tonne de guignols juste devant nous... »

Rutile, surpris par cette déclaration, se retourna brusquement vers la direction que pointait Kohaku. En effet, le violoniste avait raison. Plusieurs silhouettes commençaient à sortir de la brume, la démarche boiteuse et clopinante.

« D'accord, je lui dirait. »

Kohaku, apparemment satisfait, un sourire félin aux lèvres, retourna à son poste, rechargeant ses pistolets et se rasseyant en tailleur. Il ouvrit le parapluie que lui avait donné Rutile, qu'il coinça sous un bras.

Certain d'être à distance des oreilles de Kohaku, Rutile s'exclama :

« Et pour ton augmentation, tu peux aller te faire brosser !

- Qu'est-ce-que tu dis ?

- J'ai dit que tu devais faire attention de ne pas tomber !

- Ah ouais, t'inquiète... »

Rutile rentra dans le compartiment de la voiture, claquant la fenêtre d'un coup sec et rabattant les rideaux pourpres. Le chanteur, un sourire à peine perceptible aux lèvres, se retourna vers Eles, toujours blottie contre son fauteuil. Soudain, Gwindel prit la parole.

« Rutile... Nous sommes presque arrivés, mais comme Kohaku vous l'a sans doute dit, nous nous approchons dangereusement d'un groupe de guignols. »

La voix du violoncelliste était grave et profonde, vibrante et intelligente. Elle ressemblait à un bruissement de feuilles. La hérissonne, lovée sur son épaule, paraissait s'être réveillée, intriguée par les événements qui semblaient débuter, doucement caressée par l'index du violoncelliste.

« Aucun problème, Gwindel. Je compte sur vous deux pour nous sortir de là. »

Rutile avait dit cela d'un ton très serein et plein de confiance. Il reprit dans ses bras Eles, qui allait mieux et qui s'aperçut subitement de la situation. Rouge comme une pivoine, elle se dégagea violemment de l'étreinte du chanteur et s'exclama :

« Arrête !

- Allons, juste un câlin ! »

Rutile maintenait de force la jeune fille dans ses bras, ébouriffant ses cheveux de ses longues mains graciles.

« Mais... Mais... Non... ! Je n'ai jamais dit que...

- Tu es tellement craquante quand tu rougis ! Trop mignonne...

- Stop ! Ça suffit...

- Hé hé... »

Entendant les protestations d'Eles à travers la tôle noire et le rugissement de la tempête, Kohaku souri ironiquement.

« Ma parole, c'est vraiment son jouet... »

Et de flinguer un autre guignol un peu trop téméraire à son goût.

C'est ainsi que la vigie de la tour ouest de la ville de Nachthafeln aperçut avec curiosité et force étonnement un corbillard noir approchant de la cité, les rideaux du véhicule s'agitant anormalement, une silhouette sombre armée de deux impressionnants revolvers, tirant sur chaque guignol qu'elle voyait. Elle ne laissait derrière elle qu'un sillon de substances organiques informes, et ici et là, un bout de tripes encore intact...

Le garde appela un autre soldat muni d'une lunette à longue vue. Devant la scène plus qu'incongrue, les deux militaires se regardèrent, le regard hagard devant l'étrangeté qu'offrait le carrosse qui s'approchait.

En effet, quel drôle de spectacle que celui de la Mort chevauchant son corbillard d'où s'échappait des voix imprécises, un parapluie orné de dentelles roses et de motifs de cœur, distribuant sa semence aux âmes en peine, chantant dans la tempête un simulacre de messe aux morts, parsemée de mots plus ou moins grossiers, délivrant son jugement, jubilant... !


Voili Voilou... J'espère que vous aurez aimé :) Cela fait longtemps que je ne m'étais pas lancée dans une fic aussi longue...

Pourquoi un tel titre ? Non, ne cherchez pas, sinon ça vous dévoile des trucs... (ne jamais dire ne ne pas chercher.)

Kohaku : "J'espère que la bagnole va pas encore se faire défoncer..."

Violanite : "Meuuuuh non..."