Chapitre Trois: Lente Réalisation

« Toi. »

« Bien vu. » Sirius roule des yeux et essaye de se frayer un chemin malgré la présence de la rouquine.

Lily reste délibérément plantée face à lui, bras croisés sur sa poitrine et un air menaçant sur ses traits. Elle a exactement l'air du tyran qu'elle est et Sirius se demande, encore une fois, comment Remus peut être ami avec une furie comme elle. Leurs personnalités jurent horriblement : elle est bruyante, autoritaire, rabat-joie de première classe et a dépassé le stade de maternante pour passer à carrément étouffante. Alors que Remus est gentil, calme, doux et possède cette pointe de malice que Sirius adore. « Je suis venu rendre visite à Remus comme je le fais d'habitude. Depuis quand t'es sa gardienne ? » Il essaie de la dépasser à nouveau pour entrer dans la chambre de Remus mais est bloqué par son mètre cinquante. Il a déjà mal aux mains, à s'être tenu dans cette position si longtemps.

« Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, ceci n'est pas une porte mais une fenêtre. Et toi, mon cher, es en train de commettre une violation de domicile. »

Sirius jette un coup d'œil en bas pour évaluer la distance de sa chute et l'importance des dégâts si jamais elle ne le laisse pas entrer dans les cinq minutes. Furie, pense-t-il à nouveau avec une haine grandissante. « Écoute, je sais pas c'est quoi ton problème mais c'est comme ça que je suis toujours entré. Alors bouge de là et laisse-moi voir Remus. »

Lily hausse un sourcil. « Non. » répond-t-elle simplement.

« Non ? » Sirius la hait et le regard meurtrier qu'il lui lance exprime exactement le degré de son aversion. « Depuis quand t'es la gardienne de Remus ? C'est sa maison et sa chambre alors pourquoi tu vas juste pas te faire foutre. »

« Remus t'a peut-être pardonné, mais ne va pas t'imaginer des choses. » ricane-t-elle. « Il l'a seulement fait parce qu'il est trop gentil et qu'il ne reste jamais fâché avec personne. C'est le genre de personne qu'il est. Mais si tu crois que tu peux me berner, tu ne sais pas ce qui t'attend... » Elle pose ses mains sur les jointures des doigts de Sirius et presse jusqu'à ce que les rainures du châssis de la fenêtre lui rentrent douloureusement dans la peau. Son visage est menaçant, au-dessus du sien, les yeux verts perçant les yeux gris. « Je ne t'aime pas, Black. Je ne t'aime pas du tout et garde à l'esprit que je te surveille... »

« Je suis terrifié. » Le ton de Sirius est moqueur. « Écoute Evans, et écoute bien, tu n'es plus la petite-amie de Remus alors arrête d'agir comme si tu l'étais. » Il crie intérieurement de joie quand il la voit sursauter de surprise. Il saisit l'occasion pour se hisser et s'asseoir sur le châssis. Comme il l'avait prévu, Remus est profondément endormi. Quelques flacons de pilules reposent sur sa table de chevet, moins nombreux qu'à l'hôpital, mais encore en beaucoup trop grande quantité. Sirius sait que Remus suit son traitement à la lettre, parce qu'il s'inquiète pour la finale et se demande s'il sera capable de reprendre l'entraînement dans les temps. Sirius reporte son attention vers Evans. « Tu sais aussi bien que moi que la seule raison pour laquelle il n'y a pas de malaise entre vous est parce qu'il a cru que tes sentiments étaient une blague ou qu'ils appartenaient au passé. Ce baiser dans lequel t'as placé tous tes espoirs ? Il l'a même pas compris. »

« Salaud. » crache Lily, le visage rouge et les mains serrées en poings. C'est incroyable qu'elle pense que personne n'a rien remarqué. Sirius a tout vu ce jour-là, à l'hôpital, mais il a gardé le silence uniquement par respect envers Remus. Il s'en fout d'elle, mais Sirius sait que Remus serait déchiré si quelque chose venait à s'interposer entre leur amitié. « Espèce de putain de salaud. Comment oses-tu me menacer ? »

« Je ne te menace pas. » réplique Sirius. « N'aie pas une si basse opinion de moi, Evans. Je n'ai pas l'intention de te menacer ou d'utiliser ce petit bout d'information. » Il regarde par-dessus son épaule pour fixer Remus et s'assurer qu'il est bien endormi. Sirius en est presque certain, parce que le traitement de Remus a tendance à être un puissant sédatif. Pourtant, il baisse le ton, juste au cas où elle résisterait. Il joue déloyalement, il le sait, à utiliser sa haute taille pour l'intimider et la regarder de haut. « Mais je te préviens : ne fais pas tes grands airs quand tu joues aussi salement que moi. Ce que j'ai fait à Remus...est-ce que ce n'est pas la même chose que tu fais à James ? » Ses yeux deviennent sérieux et il place ses mains sur ses épaules. « Tu sais qu'il est amoureux de toi, et pourtant tu as quand même accepté de sortir avec lui. Alors, dis-moi, qui est le plus cruel de nous deux ? »

Lily ouvre la bouche, puis la referme, clairement à court de mots. Elle a l'air bouleversé et Sirius se sent presque désolé pour elle, mais il a besoin d'une réponse et il est prêt à insister s'il le faut. Elle jette un coup d'œil à Remus, comme Sirius l'a fait, mais avec une lueur de mélancolie dans les yeux. « Je ne suis pas assez stupide pour m'accrocher à lui après tout ce temps. C'est ce que je n'arrête pas de me répéter, en tout cas. Et James est la première personne à m'avoir fait penser que ce n'est pas grave de ressentir ça. Je n'ai aucun secret pour lui et je ne le trompe pas. » répond-t-elle doucement. Puis, comme si elle s'était rendue compte de la fissure dans son masque de dure, elle émet un reniflement de dédain et le fixe aussi furieusement que d'habitude. « Maintenant, va te faire foutre avant que je décide de te pendre à cette fenêtre avec tes poils de couilles. »

Sirius grimace. « Non. » répond-t-il, même s'il peut déjà sentir ses jambes bouger d'elles-mêmes pour protéger ses parties génitales. Il ne lui fait pas confiance et il sait parfaitement qu'elle est tout à fait capable de mettre sa menace à exécution. « Je veux le voir. Je ne partirais pas tant que je ne l'aurais pas vu alors tu peux faire tout ce que tu veux, je ne bougerais pas. »

Sirius n'arrive pas à déchiffrer l'expression sur les traits de Lily, mais elle ressemble fort à de la pitié. « Écoute, qu'est-ce que tu crois que la mère de Remus va dire si elle te voit ici ? »

« Qu'est-ce que... »

« Ils t'ont entendu, Sirius. » accentue Lily. « Ils ont entendu chaque mot que tu as dit à Remus cette nuit-là. »

Sirius sent son visage pâlir. « Je peux m'excuser et... »

« Remus est leur fils. Tu penses qu'ils te pardonneront un jour de l'avoir blessé ? »

Sirius regarde Remus par-dessus l'épaule de Lily, encore une fois. Il a l'air tellement paisible et ce n'est que maintenant que Sirius réalise t à quel point la peau de Remus est pâle – comme de la crème. Il songe au rose qui teinte les joues de Remus à chaque fois qu'il rit trop fort aux blagues de Sirius ou est embarrassé quand on le taquine. Il songe à quel point ce minuscule détail lui a manqué, quand Remus était fâché contre lui. Combien ça lui manquera si les parents de Remus leur interdisent de se revoir. « Je... » Sirius essaie de penser à une bonne excuse, quelque chose qui pourrait racheter sa conduite et qu'il peut utiliser pour se défendre contre les parents de Remus. Et quand il ne trouve rien, il carre les épaules et marche vers le lit de Remus d'un air de défi. Il tourne son regard vers Lily, ses yeux la mettant au défi de l'arrêter, tandis qu'il se trouve juste au-dessus de Remus. « J'en ai absolument rien à foutre, je ne vais pas arrêter de lui rendre visite ou cesser d'être son ami, même si tu dois me poser un flingue contre la tempe. »

Maintenant, Lily le regarde avec pitié. « Black, est-ce que tu as jamais pris la peine d'écouter les mots qui sortent de ta bouche ? »

Sirius est trop occupé à passer ses doigts dans les cheveux de Remus pour l'entendre. Il sait que Remus aime ça et tandis que cette pensée le traverse, il est récompensé par un sourire heureux de la part de Remus, tandis qu'inconsciemment, il incline la tête sous le contact des mains de Sirius.

« Black ! »

Sirius sursaute. « Quoi ? »

Lily le fixe, incrédule. « Toi ! »

« Pourquoi t'arrêtes pas de dire ça ? » Sirius roule des yeux. « Je suis au courant que je suis, en fait, moi. »

« Juste... » Lily se pince l'arrête du nez. « Sors. Sors et essaie de comprendre. Tu es de toute évidence... » Elle soupire, comme à court de mots. Sirius pense juste qu'elle est trop stupide pour en trouver un. « Pars avant que tu n'arrives à encore blesser quelqu'un... »


Ils sont proches ; trop proches, pense Sirius. Il n'est pas stupide. Il a toujours été capable de dire quand des gens étaient attirés l'un par l'autre et, là tout de suite, il peut dire que Lily Evans a des sentiments pour Remus Lupin. Elle le cache remarquablement bien, entre son rôle de petite-amie de James et la meilleure amie pleine de vivacité de Remus. Mais Sirius était là quand elle a embrassé Remus à l'hôpital et il sait qu'elle y a placé pas mal d'espoir. Il a vu son visage se décomposer à la réaction de Remus, même si ce stupide, stupide Remus a sous-estimé la sincérité de sa confession. Franchement, il ne peut pas supporter Lily Evans et c'est seulement par un accord tacite qu'il garde le silence en échange de l'occasion de pouvoir approcher Remus à nouveau.

James est idiot de l'aimer.

« Je vais aller chercher les boissons. » dit Remus, nageant jusqu'au bord de la piscine et se hissant hors de l'eau. Il éclabousse délibérément Lily tandis qu'il sort, lui soutirant un nouveau rire.

La piscine intérieure des Potter est un petit miracle, par ce temps. Sirius suppose que c'est quelque chose que seul l'argent peut acheter vu l'impressionnante installation, complétée avec leur propre maître nageur, leur propre salle de fitness et une petite serre dont Mrs. Potter s'occupe personnellement. Malgré le chauffage qui tourne à fond, le toit de verre qui est supposé laisser filtrer la lumière du soleil n'offre que la vue peu agréable d'un paquet de neige très caractéristique du Nord. L'eau, cependant, est d'une chaleur rafraîchissante contre leur peau et ondule doucement suite à la constante activité des quatre turbulents adolescents. Même Sirius doit admettre que c'est la meilleure idée que James ait jamais eue ; pas seulement à cause de la provision infinie d'en-cas et de bière ou même parce que c'est tout simplement amusant, mais parce que Sirius peut jouir de l'appétissante vue de Remus dans son élément, son corps élancé luisant d'eau et ses joues rougies de joie.

« La même chose pour vous deux ? »

James et Sirius hochent la tête tous les deux tandis qu'ils regardent Remus marcher vers le comptoir. Sirius aurait aimé que Remus porte quelque chose d'un peu plus court que son ridicule maillot de bain jaune mais ne parvient pas se plaindre quand il glisse pour révéler la courbe initiale d'une parfaite paire de fesses. Il n'a jamais nié que Remus était extrêmement bien foutu mais il sait que c'est mal de le mater si peu de temps après qu'ils aient recollé les morceaux. Alors, au lieu de quoi, il se tourne vers James...seulement pour souhaiter ne pas avoir bougé.

James a déjà enroulé un bras autour des épaules de Lily, déposant des baisers sur sa joue à des intervalles réguliers écœurants. Elle sourit avec indulgence, et, pendant un moment, on dirait qu'elle est sincèrement amoureuse de James. Sirius lui lance un regard furieux quand même.

« Sirius, pourquoi tu te rendrais pas utile et aller aider Remus avec les boissons ? » dit James tranquillement, son nez à présent enfoui dans les cheveux roux de Lily et embrassant son cou. Sa main est quelque part sous l'eau et Sirius ne préfère pas penser plus loin.

Sirius songe que tous les rouquines sont des salopes manipulatrices et que tous les bruns sont des connards obsédés. Il sait qu'il en est un, en tout cas.

« Vas-y. » James lui fait un mouvement de la main comme pour le chasser, ne remarquant même pas l'air suffisant que Lily adresse à Sirius. C'est déjà assez mal qu'elle soit anormalement intime avec Remus mais maintenant, elle joue aussi avec les priorités de James.

« Démone rouquine. » marmonne-t-il à voix basse tandis qu'il se lève à contre-cœur. Il attrape une serviette pour se sécher tandis qu'il approche Remus, penché par-dessus la glacière. « Tout va bien ? » demande-t-il, tapotant l'épaule de Remus, et il sent une pointe de douleur quand il voit Remus tressaillir à son contact.

Tout n'est pas encore revenu à la normale entre eux. Remus le considère toujours avec méfiance, comme s'il s'attendait à ce que Sirius dise ou fasse quelque chose d'horrible à tout moment. Les conversations entre eux sont malaisées, ce qui n'était jamais le cas auparavant, et même les contacts ordinaires semblent maladroits et déplacés, à présent. La tension entre eux est si lourde qu'on n'arriverait même pas à la briser avec un diamant. Sirius estime qu'il le mérite après la manière dont il a agi. Une part de lui lui souffle aussi que cette amitié est impossible à sauver mais chaque cellule du corps de Sirius désire toujours l'attention de Remus. Sirius ne sait pas pourquoi c'est si important d'essayer de recoller les morceaux entre eux, ou même pourquoi il ressent le besoin d'être avec Remus tout le temps. Il n'est pas le genre de type à mettre en question ses instincts.

« Ils ont recommencé ? »

Sirius tourne la tête et oui, James et Lily ont encore leurs lèvres engluées les unes aux autres. Ça lui donne envie de vomir. « Putain, on dirait qu'ils ne s'arrêtent jamais pour respirer ! »

Remus grogne et roule des yeux. « C'est difficile de croire qu'il y a quelques semaines, Lily ne pouvait pas supporter sa vue. On devrait juste les coller l'un à l'autre et nous épargner ces foutus coups de téléphone pour nous dire à quel point l'un manque à l'autre. »

Sirius hausse un sourcil. « Tu les reçois aussi ? »

« J'en ai un de Lily et un autre de James chaque putain de jour. »

Sirius se sent extrêmement désolé pour Remus. « Et je pensais que j'avais pas de chance. » Il remarque le surveillant de la piscine traîner dans les parages à nouveau mais n'y fait pas très attention ; peut-être qu'il pense que James et Lily sont en train de se noyer. Sirius aimerait que ce soit le cas, juste pour épargner cette torture à ses yeux.

Il hausse les épaules et jette sa serviette sur ses épaules. Remus le regarde, l'air d'attendre quelque chose, les boissons en main, quand Sirius se rend compte qu'il bloque le chemin. Pas qu'il s'en soucie. « Hey tu sais, il y a un tout nouveau film cool qui vient juste de sortir et j'ai déjà demandé à James de venir avec moi mais il est trop occupé av... » Il fronce les sourcils quand il remarque que le surveillant de la piscine se dirige vers eux et tourne la tête. Il ne semblait y avoir aucun problème en vue. « Désolé. » s'excuse Sirius, toujours distrait. « Comme je le disais, on pourrait peut-être y aller ensemble dimanche et... » Sirius ne termine pas sa phrase, tandis que le maître-nageur se tient directement en face d'eux, sa bouche affichant un sourire sûr de lui.

« Salut ! »

Remus s'écarte consciencieusement, supposant que le garçon parle à Sirius, qui le fixe juste avec air interrogateur. « Je peux t'aider ? » demande Sirius, ses yeux détaillant l'apparence du garçon devant lui. Un corps bien bâti, un visage parfaitement découpé et une attitude qui correspondait à son physique – exactement le genre qui plaisait à Sirius. Pourtant, pour une raison inexplicable, il ne ressent que de l'irritation à avoir été interrompu.

« Euh, je parlais à Remus en réalité. C'est bien Remus, n'est-ce pas ? » Gros accent gallois, presque aussi gros que ses sourcils – Sirius n'aime déjà pas ce mec ; quelque chose dans ses cheveux parfaitement bruns et ses joues aux fossettes parfaites est très rebutant.

Remus a l'air étonné qu'on s'adresse directement à lui et ne fait qu'acquiescer.

Les sourcils de Sirius se froncent un peu plus.

« Je t'ai vu venir pas mal de fois ici. Je m'appelle Kieron, au fait. »

Quel nom affreux, songe Sirius. Le pire genre de nom possible ; on dirait le nom d'un fabricant de fromage. Maintenant que Sirius y pense, même la peau de Kieron ressemble à du fromage – d'un jaune terreux – et elle n'est pas du tout attirante. Alors, quand Kieron tend la main à Remus pour qu'il la serre, celle de Sirius vient subrepticement s'immiscer entre elles.

Kieron fronce les sourcils mais ne semble pas dissuadé pour autant. « Tu es vraiment génial. Je t'ai regardé nager pendant un long moment avant de réaliser que je t'avais vu dans le journal local. Tu as gagné un paquet de championnat locaux, pas vrai ? Je surfe pas mal moi aussi. » Il rit quand Remus rougit furieusement et marmonne un oui d'une voix tremblante. « Alors tu vois, je pensais qu'on pourrait peut-être tous les deux... »

Sirius ne laisse pas à Kieron le temps de finir, attrapant brutalement Remus par le poignet et le tirant jusqu'à la piscine. « Tais-toi. » gronde-t-il quand Remus essaie de protester. « Parle pas. Juste... » Il bouillonne littéralement à l'effronterie totale de ce salaud pour avoir fait des avances pareilles à Remus. Son visage brûle et des images de toutes les façons dont il peut mutiler ce connard passent dans sa tête. Kieron n'est rien, juste un surveillant de piscine stupide et trop sûr de lui qui pense qu'il est supérieur aux autres. Il n'est rien comparé à Remus. « Reste ici. » gronde Sirius, s'arrêtant au bord de la piscine. Du coin de l'œil, il peut voir James et Lily lui jeter des regards curieux mais il les ignore. « Ne t'approche plus de lui. »

« Mais... »

Sirius hait le fait que Remus proteste. Hait le fait que Remus regarde par-dessus son épaule ce qui est probablement ce foutu surveillant de piscine. Il hait le fait que Remus paraisse si adorablement confus malgré l'évidence pathétique de la situation. « Écoute-moi juste, okay ? Ne t'approche plus de lui. Il ne t'attirera que des problèmes. »

Remus se renfrogne. « T'en parles comme si tu le connaissais. »

Bien sûr que Sirius le connaît. Sirius est lui. « Je le connais. » ment-il. « Et il a la sale réputation de coucher à droite et à gauche, d'être un tricheur et...et...de se droguer ! »

« Mais il est Gallois. » proteste Remus.

Oh pour l'amour du ciel. « Ce n'est pas une raison pour le mettre sur un piédestal. Même les Gallois peuvent être des toxicos ! »

« Je veux dire...t'as passé toute ta vie à Londres alors comment tu pourrais le connaître ? »

« Tu es à moitié Irlandais et tu es ici. » réplique Sirius. « Et puis, il a été transféré dans notre école pour son GCSE (1). Ne te laisse pas avoir par son piètre choix de métier. Sa famille est vieille et puissante. Trop d'argent peut te faire changer, tu sais. » Il n'y aucune honte à protéger Remus, pense-t-il. Les mensonges ne sont pas réellement des mensonges s'il y a une possibilité qu'il y ait un peu de vérité en eux et, dans l'esprit de Sirius, de nouvelles possibilités sont créées chaque jour. « Et puis, pourquoi tu penses qu'il est aussi musclé ? Les stéroïdes ! Sans oublier que c'est un fétichiste des pieds ! »

« Un fétichiste des pieds ? »

« Tu veux dire que t'as vraiment pas remarqué comme il lorgnait sur tes orteils, parfaitement droits, dois-je ajouter ? »

L'expression horrifiée de Remus est suffisante pour qu'il se réjouisse. « Je pensais juste qu'il voulait parler de natation ? »

Sirius est saisi par le besoin impérieux de pincer les joues de Remus, à la fois pour le ramener à la réalité et parce que Remus est trop adorablement idiot. « Il flirtait avec toi. » explique finalement Sirius avec un roulement d'yeux. Il n'arrive pas à croire que Remus ait réellement l'air choqué, comme si la possibilité qu'une telle chose arrive revenait au même que d'être couronné Miss Univers. « Écoute, reste juste ici, okay ? Je vais le trouver et lui dire un mot, et aller chercher nos boissons aussi. »

Remus paraît vouloir ajouter quelque chose. Ses yeux passent de Sirius à Kieron, qui est toujours à côté de la glacière avec un sourire entendu plaqué sur ses traits. Kieron lui fait un signe de main, et à la minute où Remus hésite, Sirius sait qu'il a gagné la guerre. Et pour sûr, une seconde plus tard, Remus soupire, hausse les épaules et retourne dans l'eau. Il sourit légèrement quand Sirius se plaint d'être à nouveau tout mouillé et s'éloigne en nageant, retournant vers Lily et James. Il ne se retourne pas et Sirius en est heureux parce que sinon il aurait aperçu Sirius plier les doigts pour se préparer à une bonne strangulation.

« C'est ton copain, alors ? »

Sirius fait craquer ses jointures et carre les épaules pour paraître plus imposant, comme un animal qui veut intimider. Il peut sentir un grondement possessif monter dans sa gorge. « Pas exactement. » Ses yeux gris percent ceux de Kieron, bleu clair, de façon menaçante.

« Oh, tant mieux. » répond Kieron, totalement inconscient. Il se penche vers Sirius pour lui murmurer quelque chose, comme s'il partageait un grand secret. Ses yeux bleus pétillent de ce que Sirius qualifie de mal pur. « J'ai un réel faible pour les mecs du genre innocent et studieux. En plus, il est bien foutu et il a l'air d'être un sacré bon coup. Je suppose que tu ne pourrais pas... »

Quoi que Kieron ait pu vouloir demander fut interrompu par la collision entre le poing de Sirius et sa bouche, suivi d'un coup de pied dans l'entre-jambe.

S'il y eut des cris, Sirius n'entendit rien. Pas plus qu'il ne sentit des mains le tirer tandis qu'il se débattait et donnait des coups de pieds. Il se rappelait avoir vu beaucoup de rouge, par contre, avec un soudain accès de rage aveuglante obscurcissant sa vision. Il se rappelait aussi du visage de Remus près du sien, ses lèvres bougeant pour former le nom de Sirius. Ça valait la peine, pensa-t-il à ce moment-là. Pour Remus, tout semblait valoir la peine.


« Alors, Lily et moi avons décidons de nous marier. »

La bière que contenait précédemment la bouche de Sirius s'échappe en un impressionnant arc houblonné jusqu'à atteindre le visage de James. « Pardon ? » demande-t-il, incrédule, sa voix une octave au-dessus de son timbre normal.

James essuie son visage avec une serviette en papier, son expression tordue de dégoût. « Merci, mec. »

« T'as perdu la tête ou quoi ? Vous sortez ensemble depuis seulement trois mois. C'est toi qui l'as persuadé de faire ça ? » Sirius fixe un regard meurtrier et accusateur sur Lily – le poison de sa vie.

« Je lui ai demandé sa main hier. » ajoute James, sur la défensive, serrant la main de Lily fermement dans la sienne. Ce n'est que maintenant que Sirius remarque l'énorme bague de diamant qu'elle porte. Il ne sait pas comment il a fait pour ne pas la voir quand elle est entrée. Le diamant est presque de la taille d'une pupille humaine et brille de tous feux. « Écoute, je sais que c'est tôt et puis, ce n'est pas comme si on allait se marier maintenant. Mais ça devient sérieux entre nous. Surtout maintenant que Lily va aller à l'université, on commence à réaliser vraiment à quel point on va se manquer l'un l'autre. On a tous les deux besoin d'une certaine sécurité dans notre relation. Alors, on se prépare déjà à ce qu'elle vienne emménager avec moi pour le moment et... » James hausse les épaules « Je ne peux honnêtement pas attendre de passer chaque moment de ma vie avec elle. »

« Aw. » roucoule Lily, se penchant pour embrasser James sur les lèvres. « Moi aussi, mon amour. »

Sirius est à nouveau frappé par cette soudaine envie de vomir. Au lieu de quoi, il fourre des frites dans sa bouche et fait semblant qu'il n'a pas tout juste entendu son ami lui confier son plan totalement suicidaire et qui court à la catastrophe. C'est ridicule ! Ils ne peuvent pas se marier maintenant ! Ils ont juste eu dix-huit ans ! Et même si, entre eux deux, James a toujours été celui qui se posait le plus facilement, Sirius a toujours songé que ce jour viendrait quand ils auraient la trentaine, peut-être même la cinquantaine, après avoir passé un bon moment à s'impliquer dans une relation précise. Pas ce...simulacre. Sirius a déjà été frappé plusieurs fois par l'idée que Lily acceptait tout ça seulement pour l'argent de James, mais il a gardé ses soupçons pour lui. Il sait que Remus serait fâché si jamais Sirius donnait son opinion à voix haute.

« Je suis heureux pour vous. » Remus, qui est resté silencieux depuis le début de la confession de James, parle enfin. « Je suis très heureux pour vous deux. »

Sirius réalise seulement à présent que les yeux de Lily ont été fixés sur Remus tout ce temps, cherchant son approbation. A présent qu'il l'a enfin donné, elle saute pour le prendre dans ses bras, les yeux brillants et un rire délirant s'échappant de ses lèvres. Sirius grince seulement des dents : il a encore une fois ce sentiment que Remus et Lily sont trop proches. Pourquoi est-ce qu'elle doit toujours s'asseoir à côté de Remus, même quand James est là ? Pourquoi est-ce qu'elle a toujours besoin de le toucher autant ? Sirius sait qu'ils partageaient un lit parfois quand l'un passait la nuit chez l'autre ; et les secrets qu'ils partagent sont bien trop nombreux pour qu'on les dénombre. Ils ont leurs propres petites blagues et leurs regards secrets ; et Lily se rappelle de chaque détail de la vie de Remus avec une clarté absolue. C'est anormal.

« Oh, Remus ! Je savais que tu me soutiendrais ! Maman et papa sont en train de tout dramatiser et j'ai vraiment besoin de quelqu'un pour leur en parler. Tu le feras, n'est-ce pas ? » Elle s'éloigne et le fixe avec de grands yeux pleins d'espoir. « Je veux dire, ce n'est pas comme si j'allais arrêter mes études ou quoi que ce soit ; je vais quand même aller en fac de médecine. Et cette décision n'est pas aussi inconsidérée qu'elle le paraît ; James et moi en avons vraiment parlé et...et bien... » Elle rougit tandis qu'elle lance un regard à James. « Nous... »

Remus plaça une main sur sa bouche, riant légèrement. « Je leur parlerais, je te le promets. Et je t'aiderais à déménager aussi. »

« Ne seriez-vous pas en train de vous inviter, Monsieur Lupin ? » demande James avec un horrible accent snob qui sonne curieusement comme celui de Sirius.

Remus affiche un sourire. « Bien sûr que oui. Sachez, Monsieur Potter, que je fais partie du contrat. Si vous vous mariez à Lily, vous vous mariez à moi aussi. » (2)

James éclate d'un rire hystérique. Sirius ne trouve pas ça drôle. Vraiment pas. Au lieu de quoi, il sent cette drôle de sorte de jalousie inexplicable gonfler en lui. Elle le fait serrer les poings et fusiller Lily du regard, ce qu'elle ignore superbement. Il a envie de monopoliser Remus et de l'enlever loin de quiconque essaie de le clamer comme son ami. C'est irrationnel et ridicule, mais Sirius ne peut pas s'empêcher de ressentir ça ou même simplement l'expliquer.

« Seulement si vous acceptez ma part du contrat. » James pointe Sirius du doigt. « On devrait vous marier tous les deux et nous épargner tous les tracas dès le début. » Il éclate à nouveau de rire, et ne réalise que la blague a été trop loin quand un silence malaisé s'installe entre eux. Ses yeux sont coupables quand il les passe sur Lily, Sirius et puis Remus – aucun d'eux ne semble savoir ce qu'il faut dire. James tousse. « Okay, alors, l'un de vous a vu le dernier match de foot ? Il y a eu un penalty... »

Remus se lève abruptement, les yeux fixés sur son assiette de fish and chips. (3) Sa chaise penche légèrement en arrière, comme si elle allait tomber par terre, mais elle finit par se remettre en place comme un rocking-chair. « Je vais faire un tour aux toilettes. » murmure-t-il doucement. Il n'attend même pas une réponse avant de se diriger vers le minuscule coin qui mène à un autre couloir. Les toilettes dans ce pub sont dégoûtantes de saleté et Remus a une fois dit qu'on ne le prendrait jamais à se rendre là-dedans, même si sa vessie faisait la taille de la Chine.

C'est suffisant pour attirer des soupçons et Sirius à son tour se lève sans donner d'explication. Lily et James ne posent pas de questions, presque comme s'ils savaient télépathiquement pourquoi et où. Il frôle l'un des serveurs tandis qu'il se dirige vers le couloir menant aux WC et l'odeur piquante de la vieille pisse le frappe de plein fouet. Il est submergé par le besoin de retourner en arrière ou de vomir sur le champ, mais réprime ces envies et pousse la porte des toilettes pour hommes. Comme Sirius s'en rappelle, le carrelage est couvert d'empreintes boueuses et les murs sont d'une couleur jaune sale. Les urinoirs ont l'air de ne pas avoir été nettoyés depuis des années et il n'y a de papier toilette dans aucune cabine. Sirius imagine que la plupart des pourboires des serveurs servent à leur nettoyer le cul.

Après un rapide coup d'œil alentours, Sirius trouve Remus au lavabo, se frottant vigoureusement le visage. « Tu vas bien ? »

« Bien sûr que non. » rétorque vertement Remus, à la grande surprise de Sirius. « Ma meilleure amie se fait mettre la bague au doigt par un type qu'elle connaît à peine, et si elle est réellement sérieuse à ce sujet, alors elle est totalement timbrée. Parce que, là tout de suite, ça a juste l'air d'être un putain de désastre qui va finir soit en larmes soit en un possible meurtre. Et c'est pas comme si je faisais pas confiance à James ou que je l'aimais pas, mais c'est totalement dingue ! A quoi est-ce qu'ils pensent ? » Sa respiration est hachée, ses yeux écarquillés et sauvages, tandis qu'ils fixent Sirius. Et puis, comme s'il se rendait compte de l'absurdité de sa diatribe, il rougit et détourne rapidement le regard. « Désolé. »

Sirius cligne des yeux. Envolée la surprise. « Non, ne le sois pas. T'as raison. » Il place une main sur l'épaule de Remus et le force à lui faire face. « T'as tout à fait raison. Tout ce truc est du suicide. C'est ce que j'ai pensé à la minute où ils l'ont mentionné. Mais alors pourquoi tu as accepté de parler aux parents de Lily ? Tu avais l'air tellement...heureux. »

Remus se pince l'arrête du nez, fatigué. « Bien sûr que j'ai accepté. C'est ma meilleure amie, c'est mon boulot de la soutenir continuellement, comme c'est ton boulot pour James. Elle me détesterait si je ne le faisais pas. Et aussi... » Il hésite un moment avant d'avouer : « Je ne l'ai plus vue aussi heureuse depuis un long moment. »

Ce n'est qu'à ce moment-là que Sirius réalise quel idiot il a été avec James.

« Je veux dire, juste parce que ça ne m'arrivera jamais, ça veut pas dire que ça ne peut pas marcher pour quelqu'un d'autre, pas vrai ? Peut-être que ça va durer et qu'ils resteront mariés pour toujours et chacun de nous se rappellera de ce jour en riant et réalisera à quel point on était stupide pour pas le voir. Et putain, qu'est-ce que j'ai envie que ça marche...plus que toute autre chose. J'aimerais vraiment les voir ensemble jusqu'au bout. » Remus hausse les épaules et lève le regard vers Sirius avec un sourire. Il est absolument magnifique ; plein d'abnégation et attentionné et tout ce que Sirius a jamais attribué à la perfection.

Mon Dieu, Remus est magnifique. « Ça marchera pour toi. » dit Sirius lentement, ratant peut-être totalement l'argument que Remus essaie de faire passer. « Peut-être pas aujourd'hui ou même le mois prochain ou cette année, mais ça t'arrivera, c'est sûr. »

Remus a un reniflement de dédain et s'éloigne. Seulement à ce moment-là, Sirius réalise qu'il a étroitement tenu les mains de Remus entre les siennes tout ce temps. « Regarde-moi, Sirius. T'avais raison, cette nuit-là. Je suis le genre qui veut toujours une relation et, si c'est une mentalité géniale pour attirer les filles, c'est comme poser Hiroshima pour un mec. Et ça me fout les jetons. » C'est la première fois que Remus fait part de ses peurs à Sirius. D'habitude, ils ne parlent que de choses insignifiantes, comme de films ou du sport. Mais pour la première fois, Sirius voit un côté totalement incertain de Remus qui le met presque mal à l'aise. « Et si ça m'arrive jamais, Sirius ? Et si je passe toute ma vie à chercher cette personne en particulier et ne la trouve jamais parce que mes critères sont trop exigeants ? C'est pas comme si j'avais tout un panel d'options qui m'attendait, alors ce serait pas plus intelligent de simplement me contenter de la première personne qui passe ? »

Fou. Sirius pense que Remus est fou à lier pour penser de façon si compliquée. « Tu es fou. » fait remarquer Sirius, et il donne une petite tape au front de Remus. « Tu pourrais avoir qui tu veux. Tu as juste besoin d'ouvrir les yeux ; il y a toute une file de mecs qui essaient de se frayer un chemin dans ton lit. » D'une certaine façon, Sirius a l'impression qu'il n'aurait pas dû révéler ce bout d'information. Et si Remus ouvrait réellement les yeux et se rendait compte à quel point il était génial ? Et si Remus décidait de choisir un mec parmi la file ?

« Le serveur de notre table était plutôt pas mal... »

Mon Dieu non, pense Sirius. « Et hétéro. Ce pub est pour les hétéros, Remus. Ne t'emballe pas. »

Remus rit légèrement et secoue la tête. « Okay, okay. Allez, viens. » Il donne une légère tape à l'épaule de Sirius avant d'ouvrir la porte des WC. « On a l'air de deux gonzesses qui ont décidé d'aller aux toilettes ensemble pour causer de leurs copains. Pas la peine de ternir l'image des gays de cette façon. On a notre fierté. »

Sirius marche d'un pas pressé, cognant ses épaules avec Remus et riant pour aucune raison en particulier, excepté que Remus a l'air hilarant quand il essaie d'éviter de tomber. Ils se poussent l'un l'autre, bataillant et faisant la course jusqu'à la table. Le serveur que Remus a trouvé attirant les regarde d'un air bizarre et Sirius lui tire la langue, comme un enfant, avant d'éclater de rire à nouveau. Il est content qu'ils aient vidé leur sac ; d'autant plus que Remus partage les mêmes sentiments que Sirius. C'est la raison pour laquelle il aime Remus ; parce qu'avec lui, Sirius se sent enfin libre.

« Remus et moi avons décidé d'emménager ensemble. » déclare Sirius, une fois qu'ils se sont laissé tomber sur leurs chaises, toujours en train de rire.

Cette fois, c'est au tour de Remus de cracher sa bière au visage de James. « Quoi ? »

James est le seul qui n'a pas l'air surpris par cette soudaine décision, seulement mécontent de devoir se frotter le visage encore une fois avec une serviette déjà utilisée.

« Et bien, c'est seulement raisonnable. » raisonne Sirius, un peu moins sûr de lui qu'il ne l'était une minute auparavant, sous le regard choqué de Remus. « On va tous les deux aller étudier à Londres et on sera tous les deux fauchés alors c'est logique de partager un appartement. » C'est un pur mensonge. Sirius n'avait aucunement prévu d'aller à l'université quand il avait emménagé avec les Potter. Il avait prévu de vivre grâce à la fortune que son oncle Alphard lui avait laissé pour le restant de ses jours, peut-être investir dans quelques entreprises, mais rien de plus. Et il était aussi très loin d'être fauché. « J'ai entendu dire que les prix des dortoirs sont faramineux et que les partenaires d'études sont un must si tu veux venir à bout de la première année. » La vérité, c'est que Sirius a harcelé James pour découvrir exactement dans quelles universités Remus espérait entrer, de sorte qu'il puisse envoyer sa candidature dans les mêmes que lui. Son nom de famille et le statut des Black sont suffisants pour le faire entrer n'importe où en un rien de temps. Sirius réalise que sa démarche le fait presque passer pour un détraqué mais il se dit qu'il aura besoin d'un ami une fois que James sera parti et qu'une carrière en architecture ne peut pas être si mal que ça. Sirius aime vivre dans des maisons, alors peut-être qu'il aimera construire des maisons. « Alors, vraiment, Remus, ferme la bouche et accepte simplement d'emménager avec moi. »

James lui lance une frite, pour sa piètre tentative de nonchalance.

Remus ferme la bouche, comme on lui a demandé, mais on dirait que c'est plus par manque d'arguments qu'autre chose. Il bafouille quelques syllabes ci et là, mais rien d'intelligible. Il lance un regard impuissant à Lily, qui elle fusille Sirius du regard. Pas que Sirius en ait quelque chose à faire ; il la déteste et il la détestera jusqu'à la fin de l'éternité. « Je... » commence Remus. « Tu... » essaie-t-il à nouveau, ses lèvres se retroussant et son visage se tordant de confusion. « Tu es fou... »

Sirius prend ça comme un oui.


« T'as réussi ! » s'exclame Sirius, poussant la foule de côté et bondissant pratiquement vers Remus. Il attire l'autre garçon dans une étroite étreinte et l'embrasse sur la joue. « T'as réussi ! » Il recule pour inspecter la médaille d'argent qui repose fièrement sur la poitrine de Remus, humide à cause de l'eau qui goutte des cheveux de Remus. C'est vrai que Remus n'a pas gagné la première place du championnat mais en considérant qu'il a été malade pendant une bonne partie des entraînements, Sirius pense que c'est une grande réussite. Il y a déjà eu quatre recruteurs d'université qui ont approché Remus, le tirant à l'écart l'un après l'autre pour probablement pour vanter les mérites de leur institution. Remus a déjà un sac plein de petits cadeaux – des stylos, des pulls, des écharpes ; tous frappés de l'insigne de leur université respective. Celui qui a attiré l'attention de Sirius, cependant, est celui de Poudlard – l'Université que Remus désirait. « Qu'est-ce qu'ils ont dit ? »

Les joues de Remus sont rougies par la joie tandis qu'il repousse légèrement Sirius. « Poudlard m'accueille à bras ouverts. » Son sourire égale celui de Sirius. « Papa va être tellement fier. Toutes ces histoires qu'il me racontait sur l'Initiation et la Cérémonie de Répartition – tu crois que je serais à Gryffondor ? »

Sirius passe un bras autour des épaules de Remus. Le fait que Remus porte la chemise mauve que Sirius lui a donné pour lui porter chance n'échappe pas à son attention. Enfin, la chance est la raison qu'il a donné à Remus mais il l'a achetée pour l'unique raison pour laquelle il achète tous les cadeaux de Remus – pour le faire sourire. C'est bizarre, vraiment, comme à chaque fois que Sirius entre dans un magasin, il pense à quel point cette chemise bleue irait bien à Remus ou comme cette veste fera ressortir ses yeux ambres, et ainsi de suite. Acheter des choses pour Remus est une impulsion qu'il ne contrôle pas. « On y sera tous les deux, tu verras ! Je... »

« Remus ! »

Sirius sent son cœur s'arrêter et sa gorge se serrer, et il se tourne lentement pour confirmer son pire cauchemar. Sirius a essayé d'éviter cette situation précise depuis quatre mois et il avait réussi jusqu'à présent. Mais maintenant, il n'y a aucun moyen de fuir les parents de Remus. Ils sont trop près et le père de Remus, qui est un homme fort costaud, affiche un air meurtrier. Sirius peut presque sentir le sol trembler à chaque pas qu'il fait vers eux. Les pieds de Sirius sont paralysés, mais il essaie d'avoir l'air courageux et nonchalant. L'amitié de Remus vaut n'importe quel coup de poing ; même si Sirius souhaite encore avoir préparé un discours héroïque. Le genre qu'on voit dans les films, où tout le monde applaudit à la fin. Derrière John Lupin, Sirius peut voir Lily et James le suivre d'une façon qui peut uniquement être décrite comme une démarche dandinante et maniaque. Immédiatement, la haine de Sirius envers Lily lui souffle qu'elle les a amené ici pour assassiner Sirius, parce qu'elle est suffisamment diabolique pour ça. Mais c'est évident que ce n'est pas le cas, à voir son expression inquiète et les gestes affolés de James lui intimant de courir avant qu'on ne lui coupe la gorge.

« Remus, qu'est-ce que ce garçon vient faire ici ? » demande furieusement Mrs. Lupin, tandis que John Lupin reste à côté, l'air menaçant. Sirius se rappelle vaguement qu'on lui a dit que Remus est autant le fils à sa maman que Mr. Lupin est l'esclave de sa femme. Ce qui prouve uniquement que Mrs. Lupin est une femme dangereuse. « Je t'ai dit explicitement de ne plus le revoir ! »

Remus rougit furieusement. « C'est mon ami ! »

Sirius ouvre la bouche pour se défendre mais tout ce qui parvient à sortir de sa gorge est un croassement. « Mrs. Lupin, je... »

Elle s'en prend à lui, ses yeux ambres étincelant dangereusement. « Écoute, Sirius, je ne sais pas ce que tu as l'intention de faire, mais simplement parce qu'il est gentil ne veut pas dire qu'il est facile. Je ne tolérerais pas que tu... »

« MAMAN, ÇA SUFFIT ! » crie soudainement Remus, prenant tout le monde par surprise. Le gymnase est bruyant mais les quelques familles qui étaient en train de discuter à côté d'eux se sont arrêtées de parler pour les fixer. Mrs. Lupin a l'air d'avoir été poignardée dans le dos et Sirius pense que c'est probablement parce que Remus ne hausse jamais la voix, encore moins contre sa mère. C'est horrible de sa part de célébrer le fait que Remus le défende, surtout que c'est au prix de défier ses parents. Mais Sirius ne peut pas s'en empêcher ; la joie et la fierté gonflent en lui. Malheureusement, ça ne lui donne pas le courage de parler et il se demande où sont passés son esprit et son charme suave. Il aurait vraiment dû préparer un speech.

Remus est rudement mené sur le côté par Mr. et Mrs. Lupin. Ils ont tous l'air furieux et Sirius ne peut rien faire pour sauver la situation à part fixer ses pieds. Il est coincé – incapable de bouger d'un pouce. Il peut entendre des bribes de leur conversation :

« Un fugueur...délinquant...même sa famille l'a déshérité ! »

Sirius sent sa gorge se serrer et il serre étroitement les poings. Il fait exprès de ne pas croiser les yeux de James ou Lily parce qu'il sait ce qu'il y verra : la pitié.

« Je refuse que tu frayes avec...les garçons comme lui sont... »

La honte brûle son visage et l'arrière de ses paupières.

Sirius devrait partir.

Sirius devrait simplement partir, mais il est paralysé, à écouter chaque chose dite à son sujet. C'est mortifiant, parce que tout est vrai. Tout ce qu'on dit sur sa famille, sur lui est vrai. Ça ne sert à rien de le nier.

« Et tu vas vraiment le laisser t'utiliser comme...Remus, tu ne te défends jamais toi-même, c'est ton...Je te dis de... »

Sirius trouve enfin le courage de tourner les talons et marcher quand soudain une main agrippe fermement son poignet. « Je me défends moi-même, maintenant ! » voit-il crier Remus à ses parents. D'une certaine façon, leur dispute a dévié pour inclure Sirius et ils se font à présent tous face – les parents de Remus, l'air furieux d'un côté et Remus et Sirius de l'autre. Le visage de Remus est tordu de colère – ses sourcils froncés, ses cheveux ébouriffés, ses joues rouges ; et tout ce que à quoi peut penser le cerveau pervers de Sirius est que Remus a l'air carrément canon quand il est en colère. « Je défends mon ami ! » déclare Remus en secouant leurs mains jointes. « Alors, vous avez tout intérêt à vous y faire parce que je le garde ! »

Sirius pense que c'est un mauvais moment pour mentionner qu'il n'est vraiment pas un chien qu'on peut juste "garder". « Remus, tu ne devrais pas... » Sirius essaie de dire que Remus ne doit pas faire tout ça pour lui, encore moins si c'est en désaccord avec ses parents, mais il n'a jamais réellement l'occasion de terminer sa phrase.

« Ta gueule ! » gronde Remus, tirant Sirius par la main. « Ta gueule et suis-moi ! »


« Je suis désolé, pour ma mère. »

Sirius hausse les épaules, faisant semblant que l'attitude froide et les horribles mots de Mrs. Lupin ne l'ont pas atteint, même un peu. Remus l'a emmené voir un film et manger un fish and chips bien gras pour alléger l'atmosphère, où ils ont évité de parler de toute l'épreuve, comme des mecs devaient le faire. C'était comme ça qu'ils fonctionnaient. Et si Remus avait peur d'avoir des ennuis une fois rentré chez lui, il ne le montrait absolument pas.

« Elle a raison, après tout. » répond Sirius, après un moment. « Je veux dire, elle a entendu une bonne partie de ce qu'il s'est passé entre nous et...et bien, je ne voudrais pas de moi dans la maison non plus après tout ce que j'ai fait. Je suis juste content qu'elle ne sache pas encore qu'on va emménager ensemble... »

Ils sont allongés dans l'herbe, à profiter des premières manifestations de l'été. C'est seulement le mois de juin, alors ils sont obligés de garder leurs manteaux pour se protéger du léger froid. Des miettes de sandwich et des tasses vides de café jonchent le sol entre eux tandis qu'ils cherchent des formes inhabituelles de nuages dans le ciel. Jusqu'à présent, Sirius a trouvé un calmar géant, un ogre et un éclair. Remus a trouvé une paire de couilles poilues et un cornet de glace.

Remus émet un bruit d'assentiment, sa tête se tournant de côté pour offrir un sourire rassurant à Sirius. « C'est bizarre de penser qu'on va aller à l'université ensemble. Je veux dire, je suis vraiment excité. Je n'ai jamais été Londres et avoir quelqu'un avec moi rend les choses beaucoup plus amusantes. »

« Espérons juste qu'on ne tombera pas sur mes parents. » marmonne Sirius, sombrement.

Remus le fixe étrangement. « Je ne comprendrais jamais ta relation avec eux. »

« Moi non plus. » soupire Sirius. « Je veux me libérer d'eux, mais parfois, j'ai l'impression que c'est impossible. Chaque chose qu'ils font et disent me rend furieux. Chaque fois que je les vois dans le journal ou à la télé, je veux leur arracher leurs airs suffisants et leur faire d'horribles choses. C'est...compliqué. »

Remus lui donne une petite tape sur la cuisse, avec compassion. « Je suis désolé. »

Sirius hausse des épaules. « Le sois pas. »

Le vent ébouriffe leurs cheveux, les faisant voleter légèrement avant qu'ils ne retombent en mèches hasardeuses sur leurs fronts. Le silence entre eux n'est pas désagréable, mais les deux garçons bougent, comme pour essayer de l'éloigner. Inconsciemment, leurs jambes se rapprochent, jusqu'à ce que leurs cuisses se touchent et que les bras qu'ils ont croisé derrière leurs têtes se chevauchent.

« Le jaune est ma couleur préférée. Et toi ? »

Sirius regarde Remus, interrogateur. « Quoi ? »

Remus roule des yeux comme si Sirius faisait exprès d'être stupide. « C'est quoi ta couleur préférée ? »

Sirius hausse des épaules, jouant le jeu. « Rouge, je suppose. C'est quoi ton groupe préféré ? »

Remus sourit. « Queen. Chanson préférée ? »

« Burn, de Deep Purple. Film préféré ? »

« J'en ai pas. Acteur préféré ? »

Sirius haussa un sourcil mais continue. « Sean Connery. Premier baiser ? »

Remus rougit, hésitant avant de finalement dire la vérité. « Lily Evans. »

Sirius sent cette vielle jalousie se réveiller à nouveau. « Lily ? Vraiment ? » demande-t-il, se relevant sur un coude. Bien sûr que Lily est le premier baiser de Remus. C'est toujours Lily. « Ne me dis pas que tu as perdu ta virginité avec elle aussi... »

« Non. » Soudain, la voix de Remus est bien plus sombre. « On n'a jamais couché ensemble. » Ses yeux ambres se relèvent vers Sirius, ses dents parfaitement carrées s'enfonçant dans la chair des lèvres rouges. « C'était toi. » murmure-t-il doucement, sa tête se tournant vers l'herbe tandis qu'il regarde ailleurs. « Tu es la première personne avec qui j'ai couché. »

Et soudain, l'énormité de ses actions le frappe. « M...Moi ? » bégaie-t-il, toujours incapable de croire l'aveu de Remus. Il se fait l'impression d'être un pur salaud ; bien sûr que Remus était en colère contre lui cette nuit-là, bien sûr qu'il avait voulu que ça soit plus qu'une simple baise. « Je... » Sirius ne sait plus quoi dire parce que lui-même n'arrive pas à décrire ce qu'il ressent. D'un côté, il se sent coupable de ses actions de cette nuit, de son insensibilité à l'égard des sentiments de Remus et de son total manque de tact. Mais de l'autre côté, une part traître de lui se réjouit à l'idée d'être le premier de Remus, est heureuse que personne n'ait jamais posé la main sur Remus avant ça.

Sirius a deux options. Soit il s'excuse, soit il se réjouit. Il ne s'attarde pas trop sur la question et suit son instinct, comme il l'a toujours fait. Et là tout de suite, son instinct le conduit à presser ses lèvres contre celles de Remus, timidement au début, et puis enfin avec un peu plus de force. C'est un baiser chaste, une simple pression des lèvres qui envoie des picotements tout le long de l'échine de Sirius et lui donne l'impression que ses genoux se sont transformés en gelée. Il ne réalise même pas qu'il a fermé les yeux jusqu'à ce qu'il les ouvre, et il se retrouve agenouillé au-dessus de Remus. Il ne peut s'empêcher de le fixer. Ce n'est pas la première fois qu'il trouve que Remus est beau. Et à l'avoir étendu sous lui ainsi, ses cheveux châtain clair brillant comme de l'or au soleil et ses joues rouges contre sa peau pâle ; Remus est réellement et complètement magnifique. Sirius laisse une main courir sur la joue de Remus, son pouce traçant la douce courbe de ses lèvres. Sa main s'immobilise, sous le choc, quand une larme se forme soudain dans les yeux de Remus puis cascade le long de sa joue.

« Qu'est-ce qui ne va pas ? » demande Sirius, paniqué. Est-ce qu'il l'avait à nouveau blessé ? Est-ce qu'il avait encore fait quelque chose de stupide ?

« Tu dois arrêter ça, Sirius. » murmure Remus et son expression a l'air douloureuse. Il s'essuie rageusement les yeux, même s'ils sont secs. « Tu dois arrêter de me faire marcher comme ça. Envoyer ta candidature à la même université que moi, vouloir vivre avec moi, constamment me toucher et me demander d'aller quelque part avec toi – qu'est-ce que je suis supposé penser quand tu fais des trucs pareils ? J'essaie d'être un bon ami pour toi, mais tu compliques les choses en me donnant de l'espoir. »

« Je...je suis désolé. » répond Sirius, plus par perplexité que par culpabilité. Il ne comprend pas. Il ne fait que ce qu'il veut faire. Comme toujours, Sirius suit seulement son instinct et son instinct lui a toujours dit de rester proche de Remus. Il veut être avec Remus, qu'importe jusqu'où il doit aller. Parfois, Remus est comme son oxygène – impossible de vivre sans.

Remus couvre sa bouche tandis qu'il laisse échapper un sanglot sans larmes. « Je suis amoureux de toi, pauvre crétin. »

Les yeux de Sirius s'écarquillent.

Amoureux ?

Remus s'assied, ses mains tremblantes passant dans ses cheveux. Sirius réalise avec horreur que la respiration de Remus semble s'être accélérée. « Et ce n'est pas comme si je n'avais pas essayé. Je n'arrête pas de me dire que ça ne marchera jamais et que tu n'éprouveras jamais la même chose pour moi mais je... »

« Remus, calme-toi... »

« J'essaie, Sirius ! J'essaie ! » pleure Remus, enfouissant son visage entre ses mains. Il prend une profonde et tremblante inspiration et Sirius sent la peur étreindre son cœur, quand il se rappelle la dernière visite de Remus à l'hôpital. « J'essaie vraiment d'arrêter mais je suis bien trop loin. »

« Remus. » le calme Sirius, traçant des cercles dans le dos de Remus. « Tout va bien. Respire » Et Sirius se rend compte que tout va bien. Contrairement à la dernière fois, Sirius découvre qu'il ne panique pas du tout. « Remus. » répète-t-il. « Tout va bien. Écoute-moi, tout va bien. » Ses mains montent jusqu'aux cheveux châtains de Remus, ses doigts glissant entre les boucles légères de sa nuque dans un geste répétitif. Il aimerait que Remus cesse de pleurer. Il a l'impression que quelqu'un remue un couteau dans ses entrailles et tout ce que Sirius veut, c'est que Remus cesse de pleurer. A-t-il vraiment autant blessé Remus ? « Chut... »

« Je suis désolé. » dit Remus d'une voix rauque, entre deux sanglots. « Je suis vraiment désolé, Sirius. Je sais que c'est la dernière chose que tu veux avoir sur le dos maintenant, et c'est même pas juste de ma part de t'annoncer ça comme ça. » Il tend une main qui s'accroche mollement au manteau de Sirius, presque d'un air suppliant. « Dis-moi ce que je dois faire... »

Sirius referme sa main sur celle de Remus, la pressant contre sa poitrine, là où il est sûr que Remus peut sentir son cœur battre rapidement. « Laisse-moi t'embrasser une nouvelle fois. » dit-il doucement. Quand Remus relève la tête pour le fixer avec des yeux ambres surpris, Sirius sent son souffle se coincer dans sa gorge. Il se sent cruel pour penser que Remus est beau, même quand il pleure – avec des yeux baignés de larmes, des joues roses et une expression qui donne envie à Sirius de l'enfermer dans ses bras et le protéger avec tout ce qu'il possède. « Je ferais les choses correctement cette fois. » l'assure Sirius, posant une main sur chaque joue de Remus, ses pouces faisant disparaître les larmes qui errent là. Il se penche un peu plus, jusqu'à ce que leurs lèvres se frôlent, et Sirius est extrêmement conscient de chaque expiration tremblante de Remus contre sa peau. « Je te le promets, je ferais les choses correctement cette fois. »


Remus ouvre la porte, prend en compte le spectacle qu'il a devant les yeux et dit « Désolé, je ne pense pas vous connaître. » avant de fermer la porte à nouveau.

Sirius soupire d'exaspération et re-sonne à la porte. « Remus, ouvre ! C'est moi, Sirius ! » Quand Remus refuse toujours d'ouvrir, il commence à frapper la porte de ses poings, assez fort pour attirer l'attention des voisins. Déjà, il peut voir quelques têtes curieuses dépasser des rideaux des fenêtres. « Reeeemus ! Laisse-moi entrer ! » Sirius se prépare à chanter God Save The Queen à pleins poumons quand Remus cède enfin. (4)

Il se tient à la porte, inspectant Sirius des pieds à la tête avant de demander : « Allons-nous à un mariage ? »

« Non. » répond Sirius, confus.

« À un enterrement, peut-être ? »

« Non. »

« Alors, tu pourrais peut-être m'expliquer pourquoi tu es habillé comme ça ? »

Sirius pense qu'il a l'air très élégant, merci bien, et n'apprécie vraiment pas l'air dégoûté que lui lance Remus. Le costume qu'il porte coûte très cher et un tailleur l'a fait exprès pour lui. Il lui va comme un gant, le gris anthracite sombre faisant magnifiquement ressortir ses yeux. La chemise blanche qu'il porte en-dessous est d'un blanc craquant, comme il l'a fait repasser deux fois par la bonne des Potter, et ses chaussures sont cirées à la perfection. Il a aussi demandé à Mr. Potter de nouer sa cravate bordeaux de façon à ce qu'elle soit élégante contre son col.

« Ils ne te laisseront pas entrer en jeans. » commente Sirius hautainement, jetant un regard dédaigneux aux genoux déchirés de Remus. Son cœur bat un peu plus vite quand il remarque que Remus porte la chemise que Sirius lui a donné, mais ce n'est pas assez pour le faire changer d'avis. « Tu dois te changer. »

« Sirius. » dit lentement Remus, comme s'il parlait à un enfant. « Je pensais qu'on sortait juste dîner ? »

Sirius roule des yeux. « Oui. » Remus est de la classe moyenne, se rappelle-t-il. C'est probablement la raison pour laquelle il est aussi obtus. Sirius ne veut pas être condescendant, mais il avait pensé qu'il avait rendu assez clairement quels étaient ses plans de dîner.

« Alors pourquoi tu me demandes de m'habiller comme si on allait au bal de la Reine ? » Remus plante ses pieds fermement au sol. « Sirius, je ne vais pas dans un de ces endroits ridiculement chers où il y a plus d'assiette que de nourriture et cette horrible musique au piano qui joue en fond. Je pensais que tu voulais manger un burger ou des frites ou...ou... » Remus lève les mains, exaspéré. « Tout sauf ça ! »

Sirius fait la moue, irrité. « Écoute, j'ai demandé à James et il m'a dit que c'était comme ça que ça se passait, un rendez-vous. Je t'emmène dans un restaurant chic, agit galamment, t'ouvre les portes et tout ça pour toi et ensuite on va faire une balade au clair de lune dans le parc. C'est supposé être romantique ! » Il croise les bras sur sa poitrine. « On va tout le temps au cinéma et manger des frites ensemble alors ça ne compte pas vraiment comme un rendez-vous. Et je t'ai dit que je ferais les choses correctement cette fois alors... » Sirius soupire d'irritation et tape du pied, essayant de faire comprendre le message à Remus.

Et comme toujours, Remus comprend et il affiche cet adorable sourire chaleureux qui fait Sirius se sentir un tout petit peu moins maladroit. Il jette un coup d'œil par-dessus son épaule pour vérifier quelque chose puis fait signe à Sirius d'entrer quand la voie semble libre. Sirius suppose que les parents de Remus sont toujours moins qu'enthousiastes à l'idée de sa présence. « J'ai seulement un costume du cinquième mariage de ma Grand-Tante Penelope. » explique Sirius, tandis qu'ils montent les escaliers jusqu'à sa chambre.

« Il est comment ? » demande Sirius, tandis qu'il ferme la porte derrière eux et prend sa place habituelle sur le lit de Remus. Les couvertures sont ridiculement fleuries aujourd'hui, ce qui fait supposer à Sirius que c'est probablement Mrs. Lupin qui a fait le lit de Remus ce matin.

Remus jette un regard appréhensif à Sirius avant de sortir ce qu'on peut seulement supposer être un costume hors de son armoire. « C'est du tartan. » dit-il d'un ton dédaigneux, tenant le cintre entre son index et son pouce comme si ça avait été un déchet.

Et c'est un déchet. C'est pire qu'un déchet, pense Sirius. C'est une atrocité. Un costume fait entièrement de tartan irlandais vert et brun. Les couleurs blessent les yeux de Sirius au point qu'il en pleure presque. « Pourquoi ? » est tout ce qu'il arrive à demander.

Remus essaie de hausser les épaules de façon nonchalante mais le rouge qui lui monte rapidement aux joues le trahit de suite. « Mon père est Irlandais. » Il remet le costume à la toute extrémité de l'armoire ; et même dans le noir, Sirius peut parfaitement en distinguer les motifs. « C'était supposé être un kilt au départ mais... »

Sirius frissonne.

« Écoute. » Remus s'assied à côté de Sirius, leurs jambes se balançant au même rythme. « On n'a qu'à aller aux Trois Balais, mais on réservera une table privée et un faible éclairage. Ce sera un dîner de rendez-vous de fortune...et plus tard, tu pourras me raccompagner chez moi. Si tu le veux, bien sûr. » Remus dit ces derniers mots en rougissant magnifiquement, ses yeux passant d'un coin à l'autre de la chambre dans une tentative d'éviter les yeux de Sirius.

« Et je suppose que tu ne pourrais pas me prêter un T-shirt ? » répond Sirius, avec un sourire.


« Tes yeux sont comme des raisons noirs. »

Remus roule des yeux. « Ils sont bruns. »

Sirius écarte ses propos d'un geste, continuant sa parodie de flirt (une autre chose que James lui a dit de faire, en tant que partie essentielle du rituel d'un rendez-vous). « Ils sont magnifiques, tout comme tes cheveux qui sont comme des vagues de succulent chocolat. Et ta peau est la plus onctueuses des crèmes. »

« Y a-t-il une seule part de moi qui ne soit pas comestible ? »

« Aucune. » fait Sirius en riant, mordillant le cou de Remus avant de l'attirer en un baiser. Le baiser est chaste, un simple frôlement de lèvres qui a le goût de chocolat, de vin bon marché et de rêves. Parce que c'est exactement ce qu'a été cette soirée pour Remus : un rêve. Comme promis, ils se sont rendus aux Trois Balais et se sont installés dans un coin isolé du pub, leurs jambes entremêlées sous la table. Sirius en a fait un peu trop avec son concept de "rendez-vous", tirant les chaises et tenant les portes, mais Remus ne parvient honnêtement pas à s'en plaindre. Ils ont parlé de tout et de rien, comme ils le font toujours ; se sont moqués de James et Lily ; ont joué des tours au serveur en faisant semblant d'être Français – des choses qu'ils faisaient tout le temps, vraiment. La seule différence était le poids de la main de Sirius sur la sienne et les baisers occasionnels que Sirius déposait sur ses joues. Ils n'ont jamais fait de balade au clair de lune auparavant, même si ce n'était que pour raccompagner Remus chez lui. Ils avaient pris le plus long chemin possible, sortant du bus quelques arrêts plus tôt et traînant dans le parc près de la maison de Remus.

Sirius saute sur les bordures d'une des fontaines de plus mauvais goût (un garçon sans tête avec ce qui est vraisemblablement de la pisse venant de sa région inférieure). Il tournoie et rit, ses yeux brillant plus fort que les étoiles tandis qu'il chante sans respect du rythme ou de la mélodie, en une tentative de donner la sérénade à Remus (une autre idée de James, sans aucun doute).

« They, asked me how I knew...my true love was you... »(5)

Il soulève Remus, tournoyant et dansant avec lui, leurs pieds dangereusement proches du bord. Remus l'avoue, tandis qu'un rire contagieux s'échappe de ses lèvres, ça lui aurait été égal de tomber dans la fontaine à cet instant. Tant que Sirius est avec lui quand il tombe, il n'arrive pas à s'en soucier.

Même à présent, Remus n'arrive pas à croire qu'il est devenu si chanceux.

« Chuut, t'entends ça ? »

« Quoi ? » demande Remus, perplexe, essayant de tendre l'oreille.

« Y'a quelqu'un qui s'envoie en l'air, pas loin ! » murmure Sirius avec excitation. Ce n'est rien de neuf ; le parc a toujours joué une sorte de double rôle. Le matin, c'est une aire de jeu pour des enfants de tous âges et la nuit, c'est une aire de jeu pour des adultes de toutes sortes. Remus se souvient du jour où lui et Lily avaient trouvé un préservatif utilisé quand ils étaient en deuxième année (6) et l'avaient ramené à la maison, pensant que c'était juste un ballon très détrempé.

« On devrait probablement les laisser tranquilles. » répond Remus, haussant les épaules et sautant du rebord de la fontaine. « D'après ce qu'on peut entendre, ils auront bientôt fini. »

« Pff, t'es pas marrant. Allons leur faire peur ! »

Remus haussa un sourcil. « Je pourrais hurler comme un loup ? » suggère-t-il, se demandant quand les manières de farceur de Sirius l'ont contaminé. Et dire qu'auparavant, il était un si bon garçon.

Sirius lui lance un regard superbement diabolique, avant de crier, dans sa voix la plus forte et la plus embarrassante possible : « Oh, oh, oh mon Dieu, Moony, plus vite ! » A la consternation de Remus, Sirius est pratiquement en train de hurler à plein poumons. « C'est ça – oh, oui, là, là, BORDEL, là ! »

« Qu'est-ce que tu fous ? » murmure Remus, attrapant l'avant-bras de Sirius et regardant autour d'eux pour voir s'il y a quelqu'un dans les parages. Sirius est devenu complètement fou. Il n'y a aucune autre explication pour les bruits obscènes qui sortent de sa bouche ou pourquoi il frappe à répétition le tronc d'arbre le plus proche, provoquant un bruit de thunk thunk.

« Plus fort, Moony, plus fort ! » crie Sirius, serrant Remus et étouffant son rire dans son épaule.

Remus n'aime vraiment pas le nom Moony. « Oooh, Padfoot ! » Il fait semblant de se pâmer et prend une voix rauque, se sentant d'humeur vengeresse. Il n'est pas juste qu'il soit le seul à avoir un surnom ridicule. « Padfoot, tu es tellement une salope pour ma bite ! C'est ça, bébé, prends-la ! »

Un silence de mort remplit l'air. On dirait que l'autre couple vient juste de se rendre compte que leurs voix, criant de plaisir, sont définitivement masculines. Remus aimerait presque pouvoir voir leurs visages tandis qu'ils réalisent ça, et se demande même s'ils s'enfuient, horrifiés. Sirius le fixe avec quelque chose qui ressemble à du choc et à de l'admiration. Remus se sent rougir sous son regard, se sentant soudain très conscient d'avoir employé si audacieusement des mots si crus. Et puis, soudain, tous deux sont secoués de rires incontrôlables ; tombant dans les bras l'un de l'autre tandis qu'ils sortent cahin-caha, mais rapidement, du parc. C'est une des choses les plus dingues qu'il ait jamais faites et bordel, c'est fantastique. Seul Sirius peut lui faire faire ces choses. Sirius, qui fait ressortir le côté espiègle de Remus qu'il a toujours enterré entre les livres et ses responsabilités. Sirius, qui lui tient la main tandis qu'ils courent dans la rue pour aucune raison en particulier sinon sentir le vent dans leurs cheveux et l'adrénaline rugir dans leurs veines. Sirius, qui l'embrasse avec tant de passion que le cœur de Remus cogne furieusement et que sa cage thoracique menace d'exploser.

« Et voilà, je suppose. » murmure Sirius, s'éloignant, une fois qu'ils ont atteint la porte de Remus. Ses yeux sont légèrement voilés et ses lèvres sont entrouvertes, invitantes. Les mains de Sirius s'attardent un peu autour de la taille de Remus, ses pouces traçant de lents et sensuels cercles sous sa chemise. « J'espère que tu as passé un bon moment, même si tout ne s'est pas déroulé comme prévu. Je n'aurais pas dû faire confiance aux conseils de James, de toute façon. »

Remus ne sait pas quoi dire, sa langue est nouée en de drôles de nœuds à cause du pur bonheur qu'il ressent. Alors, il se contente de serrer Sirius un peu plus fort, sa tête reposant sur les épaules merveilleusement larges de Sirius. Il peut sentir le cœur de l'autre garçon battre contre le sien et il se sent extrêmement fleur bleue pour souhaiter que cet instant dure pour toujours.

« C'est le premier rendez-vous que j'ai. » avoue doucement Sirius, posant son menton sur l'épaule de Remus. « Je ne sais pas pourquoi. Quand j'ai découvert que j'étais gay, j'ai juste voulu expérimenter. Et après ça, c'était toujours pour s'amuser. James pense que je suis terrifié à l'idée d'avoir une relation à cause de ma famille mais... » Il hausse les épaules et Remus peut sentir son incertitude dans la façon dont les muscles de Sirius se sent tendus. « Tu es la première personne qui a été capable de me faire sentir comme ça. »

« Ce n'est pas ce que tu pensais, au début. » répond Remus, doucement.

Sirius secoue la tête. « Tu m'as toujours plu de façon anormale, même quand je savais que tu étais hors-limites. Au début, je pensais que c'était peut-être parce que tu étais plutôt mignon...et bien foutu aussi. » Il accentua ce propos en pinçant les fesses de Remus. « Mais après, quand on ne se parlait plus et que tu es entré à Ste Mangouste...c'étaient les pires semaines de ma vie. Et puis, même quand on est redevenus amis, on se touchait à peine et je n'arrêtais pas d'être jaloux de chaque petite chose qui était plus proche de toi que moi. De plus en plus, j'avais l'impression que je devais te garder tout à moi ; c'était ridicule. »

Remus se sent rougir devant l'aveu de Sirius. Il y a quelque chose en lui qui menace d'exploser, de pure allégresse, et il est sûr qu'il est déjà en train de flotter à quelques centimètres du sol. « Tu veux entrer ? » demande-t-il, s'éloignant de l'étreinte tandis qu'il se mordait nerveusement la lèvre inférieure. « Mes parents dorment alors je suis sûr que tu pourrais entrer en douce. »

Sirius hausse un sourcil. « Et bien, quelle audace ! Dès le tout premier rendez-vous ? »

Remus affiche un sourire insolent, laissant la porte ouverte derrière lui. Il entre dans la maison à reculons, penchant la tête, comme en invitation. « Que puis-je répondre ? Tu m'as débauché... » Il enlève ses chaussures du pied, dans le coin, remerciant intérieurement ses parents d'avoir éteint les lumières du hall, pour une fois. Malgré son léger trébuchement, au moins Sirius ne peut pas voir ses pathétiques tentatives d'expression séductrice. « Alors, tu viens ou pas ? »

« Putain, ouais. » murmure Sirius, pratiquement en train de courir pour le rattraper. Dès que le verrou de la porte d'entrée se met en place, c'est une course infernale pour parvenir à la chambre de Remus. Remus est certain que son dos sera plein de bleus le lendemain à cause de toutes les fois où Sirius l'a poussé contre la rampe d'escalier pour l'embrasser. Les baisers de Sirius sont exactement comme sa personnalité : désordonnés et passionnés et tellement brûlants qu'ils menacent de faire tomber Remus à genoux au sol. Deux paires de mains s'escriment à atteindre la peau sous les vêtements, renversant presque certains meubles dans le processus. Des rires s'échappent d'entre les lèvres ouvertes et d'urgents "chuuut" sont murmurés dans le creux des oreilles.

« Ça va ? » demande Sirius, une fois qu'ils sont tombés sur le lit de Remus. D'une certaine façon, ils se retrouvent tous les deux nus et Remus espèce sincèrement qu'ils n'ont laissé aucun vêtement hors de la chambre que ses parents pourraient découvrir le lendemain matin.

Remus acquiesce, levant le regard vers Sirius. L'appréhension tord ses entrailles en même temps qu'une excitation grisante. Il peut sentir l'érection de Sirius se frotter avec insistance contre sa hanche. Sirius est excité à ce point pour Remus. Comme s'il avait besoin de s'en assurer, Remus tend la main et serre son poing autour du membre de Sirius. Du sperme s'en égoutte déjà tandis qu'il passe son pouce sur le gland.

« Merde. » gémit doucement Sirius, son front se pressant contre celui de Remus. Son souffle est brûlant tandis qu'il tombe sur le visage de Remus et son corps est déjà en train de se mouvoir, pressant Remus à bouger sa main. « Merde, Remus... » Les doigts de Sirius creusent les flancs de Remus ; ses dents et lèvres sucent le cou, les épaules et le torse de Remus jusqu'à en laisser des marques. « J'ai envie de toi... »

Les yeux gris de Sirius hypnotisent Remus, ses pupilles agrandies de désir. Il a l'impression de tomber dans un abîme infini à chaque fois qu'il les regarde. Presque pétrifié, il se retourne jusqu'à se retrouver sur le ventre. L'appréhension qu'il ressentait a depuis longtemps disparue.

« Non. » murmure Sirius, une main sur l'épaule de Remus tandis qu'il le pousse à se mettre sur le dos à nouveau. « Non, pas de cette façon. » Il tient la joue de Remus doucement et embrasse le bout de son nez. « Je veux voir ton visage, cette fois. »

Et juste à ce moment-là, Remus sait qu'il a dépassé le point de non-retour. Il est complètement, follement amoureux de Sirius Black. C'est tout ce à quoi il peut penser tandis que Sirius entre en lui, son dos s'arquant et le nom de Remus tombant de ses lèvres comme un mantra. Il suit la ligne de sueur sur le torse de Sirius du bout des doigts, passant ses mains sur le dos et les fesses de Sirius, comme dans une tentative de les fondre l'un dans l'autre. Et quand Sirius se libère enfin en lui, chaud et humide, Remus grave chaque détail de son visage dans sa mémoire. Le rouge de ses joues, le voile de ses yeux et la façon dont son corps tremble juste après – Remus trouve que Sirius ne lui a jamais paru aussi beau auparavant.

« Sirius, je t'aime. »

Quand Remus se réveille enfin, la première chose dont il se rend compte, c'est que le lit est vide. Quand il passe la main sur les couvertures, il découvre qu'elles sont froides ; Sirius est parti sans dire au revoir. « Sirius ? » Il l'appelle néanmoins, espérant que peut-être Sirius s'est rendu à la salle de bains ou enfile des vêtements propres dans un coin invisible de la chambre de Remus. Il se sent plus déçu qu'il ne le devrait quand il ne reçoit aucune réponse.

Remus ferme les yeux. Il est nu sous ses couvertures, se sentant sale et souillé. Être tombé dans le piège de Sirius deux fois – il se sent idiot. Il avait eu raison de croire que la nuit dernière n'avait été qu'un rêve. Il essaie de repenser à ce qu'il s'est passé pour déceler une erreur qu'il aurait pu commettre. Avait-il été trop assuré la nuit dernière, trop demandant, trop bizarre ? Sirius avait-il finalement décidé qu'il avait eu raison sur toute la ligne et que sortir avec Remus ne valait vraiment pas la peine ?

Mais, ajoute une part de lui pleine d'espoir, Sirius aurait aussi pu partir pour éviter d'être découvert. Les parents de Remus ne sont pas tout à fait fans de Sirius et le trouver dans le lit de Remus ne se trouve définitivement pas sur leur liste de priorités. Peut-être que Sirius est parti pour épargner à Remus une scène et l'embarras d'être découvert nu dans son lit ?

C'est définitivement une chose que Sirius pourrait faire. Remus aperçoit encore le costume que Sirius portait la veille, au bout du lit, soigneusement plié, exactement comme Remus l'avait laissé.

Sentant l'espoir gonfler dans sa poitrine, Remus enfile rapidement les premiers pantalon et chemise qui lui tombent sous la main et descend les escaliers. Il est juste sur le point de téléphoner à Sirius quand il entend un rire étouffé de derrière la porte de la cuisine. Sourcils froncés, il dresse l'oreille dans un mouvement presque canin. Il est sûr à à peu près soixante pour cent qu'il peut entendre l'aboiement-rire caractéristique de Sirius, d'ici.

Remontant son pantalon qui tombe, il pousse la porte de la cuisine, curieux.

« Et là, Remus prend cette horrible accent français quand il dit "Monsieur, qu'est-ce queuuh c'aye que ceuu pwasson et frreutes ? Est-ce queuu c'aye du puwlaye" ? » (7)

Le rêve de la nuit dernière continue, pense Remus. Parce que c'est la seule façon qu'il a trouvé pour expliquer le fait que Sirius soit assis à la table du petit-déjeuner, engagé dans une discussion civilisée avec ses parents. Il y a des œufs à la coque et des mouillettes sur la table, et des éclats de rire à d'horribles horribles blagues. Le père de Remus utilise son couteau pour beurrer plutôt que pour tuer et sa mère a l'air de réellement apprécier leur conversation.

Il ne peut pas l'expliquer parce qu'il n'a pas connaissance de la petite feuille de papier qui se trouve sous le lit de Sirius, au Manoir des Potter. Il ne sait pas comme elle est usée à cause de toutes les fois où Sirius l'a dépliée pour mémoriser tous les mots et les réciter devant le miroir. Pas plus qu'il ne sait les nombreuses fois où James s'est moqué de Sirius parce qu'il s'adressait à leur portemanteau en tant que Mrs. Lupin.

« Bonjour, mon amour. » le salue Sirius avec entrain, quand il remarque Remus debout près de la porte, la bouche ouverte. « Maman, papa et moi parlions justement de toi... »


« Et voilà le dernier. » fait James, victorieux et joyeux, tandis qu'il dépose un carton avec écrit "Trucs" dessus. « Putain mais qu'est-ce que t'as foutu là-dedans, Sirius ? »

Sirius roule des yeux et pointe l'étiquette : « Exactement ce qui est marqué, mec : des TRUCS. »

« Je ne me rappelle pas que tu possédais autant de trucs quand tu vivais avec moi. » rouspète James, frottant son dos douloureux et ses épaules endolories. « Tu ferais mieux de ne m'avoir rien piqué, Black. »

Sirius ne répond pas, se contentant d'un mystérieux mouvement de sourcil.

Remus les ignore tous deux et ouvre les tentures, grognant avec lassitude. « Je déteste Londres. J'ai vu des salles de cinéma avec plus de soleil. Berk. »

Lily éclate de rire et drape ses bras autour de ses épaules, se hissant sur son dos. Ses pieds dépassent de chaque côté de sa taille et elle pose son menton sur le sommet de sa tête. Quand ils étaient plus jeunes, c'était Remus qui suppliait Lily de le laisser monter sur son dos ; mais quelque part entre deux, Remus avait atteint un impressionnant mètre quatre-vingt-quinze et leurs positions avaient été inversées. Même si, parfois, Remus souhaite encore occasionnellement pouvoir monter sur le dos de quelqu'un. Il se demande s'il arriverait à persuader Sirius de le laisser faire, une fois.

Quand on parle du loup, Remus sait que Sirius est probablement en train de fusiller du regard le dos de Lily. Sirius s'est déjà plaint à plusieurs reprises auprès de Remus qu'ils se touchent trop. Remus n'est pas d'accord du tout. Lui et Lily sont comme tout autre paire de meilleurs amis, qui aiment se bagarrer et se prendre dans les bras et occasionnellement prendre un bain ensemble. Remus n'est définitivement pas naïf et Lily ne profite définitivement pas de sa naïveté. Sirius est stupide ; pourtant, une part idiote de Remus se réjouit encore du fait que Sirius devienne jaloux quand il s'agit de lui.

« J'aime bien votre appartement. » commente Lily, regardant par la fenêtre. « Très pittoresque et euh...pratique. »

C'est une façon bien articulée de dire qu'il est plutôt petit et bon marché. Il est essentiellement composé d'une simple chambre et d'une cuisine, qui finit alors qu'on en a à peine aperçu le début. Sirius avait voulu dépenser une fortune pour un appartement en copropriété, mais Remus avait insisté pour que la location soit faite en conditions équitables. Aussi, Remus doutait que "l'argent de poche" d'Oncle Alphard suffirait à payer la somme assez importante des frais de scolarité de son neveu, étant donné le style de vie auquel Sirius était habitué (il avait réussi à faire en sorte que le chauffeur des Potter les conduise jusqu'à Londres). Pas que Remus se plaignait. Enfin, si, Remus se plaignait, mais ça ne voulait pas dire qu'il n'était pas heureux. En fait, il est extatique d'avoir enfin un endroit à lui. Déjà, il fantasme comme une fille à l'idée de baisers de bienvenue à la maison, de se réveiller avec la vue du magnifique visage de Sirius tous les matins et de frénétiques parties de jambes en l'air sur un peu tous les meubles.

Même si les seuls meubles qu'ils possédaient réellement à l'heure actuelle étaient un lit et une télévision. Et Remus ne voulait vraiment pas abîmer sa télé.

« T'es seulement contente parce que ton appartement est juste au-dessus du nôtre. » commente Sirius, mécontent, poussant Lily assez violemment du dos de Remus jusqu'à ce qu'elle tombe par terre. Il a cette expression mécontente de pure jalousie dans laquelle Remus trouve un plaisir coupable, tandis qu'il prend la place de Lily sur le dos de Remus. Et si Lily est aussi légère qu'une plume, Sirius, lui, est bâti comme un roc. Le garçon est presque aussi grand que Remus et est musclé grâce à tous les matchs de foot qu'il joue avec James dans ses heures libres. Le corps de Sirius est fait pour beaucoup de choses – à savoir, le sexe – mais pas pour qu'on le porte sur son dos. « Je sais que tu l'as fait exprès, espèce de folle furieuse. Tu peux pas supporter que je l'ai tout à moi. » Presque comme au signal, les bras de Remus cèdent et il laisse Sirius tomber de son dos, juste à côté de Lily. Ils se fixent d'un air venimeux et Remus se demande silencieusement s'ils arriveront jamais à s'apprécier.

Lily lui tire la langue tandis que James l'aide à se relever. « Mec, je te l'ai dit : c'est moi qui ai choisi l'appartement. » explique James, arrangeant consciencieusement les vêtements et cheveux de Lily. Il est absolument et totalement soumis à elle. Le genre de soumis qui inclut porter tous ses sacs et lui donner sa veste quand il fait froid et remuer sa queue proverbiale chaque fois qu'elle est là.

« Nawak. » se moque Sirius, se relevant et s'enroulant autour de Remus, possessivement. « Je te connais et je sais que tu aurais choisi un putain de palais si on avait laissé libre cours à ta folie des grandeurs. J'ai vu ta tête quand tu as réalisé que le sol était fait de brisures de marbre plutôt que de marbre pur : tu avais envie de rentrer sous terre. »

James ne peut opposer aucun argument contre ça. Ils savent tous que c'est vrai. Remus ne mentionne pas que Sirius a presque pleuré quand il a réalisé qu'ils n'avaient pas de baignoire luxueuse aux pieds en griffe ou une douche à la porte en verre. Il avait pleuré quand il avait réalisé qu'ils devraient prendre le métro tous les jours pour se rendre à l'université. Noble un jour, noble toujours, pense Remus avec seulement une once de sympathie. Et puis, qui est-il pour les juger quand il est un auto-proclamé fils à sa maman et qu'il a passé plus d'une heure à être couvé et pleuré par sa mère avant de venir ici.

« Maître Potter, est-ce que ceci fait aussi partie des trucs de Maître Sirius ? »

James est sauvé de devoir avouer sa faiblesse envers Lily par l'arrivée du chauffeur des Potter. Le pauvre homme porte un carton chargé d'une pléthore de vêtements et chaussures appartenant à Lily et de la sueur coule de sa tête dégarnie. Son costume habituellement repassé et immaculé est en désordre et il a l'air vexé d'être traité comme un ordinaire coolie.

« Non, William, ça c'est à nous ; encore un étage. » James se précipite vers la porte, tirant Lily par le poignet, par la même occasion.

A l'air qu'affiche William, on aurait dit que James venait de lui demander d'escalader l'Himalaya. « Comme vous voudrez, Maître Potter. » répond-t-il avec un long soupir plein de souffrance, laissant James et Lily mener le chemin dans les escaliers. Il fixe Sirius et Remus d'un œil torve, ses vieux yeux bleus notant la façon dont ils se tenaient, dos contre torse. Les bras de Sirius entourent la taille de Remus et ses mains sont confortablement placées dans les poches du jean de Remus. Si Sirius a remarqué la désapprobation dans les yeux du vieil homme, il ne le montre certainement pas. Au lieu de quoi, il leur fait un joyeux signe d'au revoir à tous les trois.

« Venez nous aider ! On est au 504 ! » Remus entend la voix de James crier avant qu'ils ne disparaissent totalement hors de leur vue.

Dès qu'ils sont seuls, Sirius tourne Remus vers lui par les épaules, de sorte qu'ils soient face à face. « Je t'ai dit de ne pas la laisser de toucher autant ! » le sermonne-t-il d'une façon que Remus ne peut s'empêcher d'en ricaner. « Moony, ne rigole pas de moi quand je suis sérieux. » Ce qui ne fait que provoquer un éclat de rire incontrôlable de la part de Remus. « Moooonnyyy... » Depuis cette nuit-là, ils ont pris l'habitude de s'appeler Moony et Padfoot – une chose que James trouve hilarante. « Oh, pour l'amour du ciel, ferme-la. »

« Désolé. » rit Remus, déposant un baiser sur la joue de Sirius. « Elle est amoureuse de James, Padfoot. Tu n'as aucune raison de dramatiser. Tu sais qu'elle ne fait que ça pour s'amuser. »

Sirius a un reniflement de dédain et est sur le point de dire quelque chose quand il est distrait par quelqu'un à leur porte. James et Lily l'ont laissée ouverte puisque Remus et Sirius étaient supposés les suivre à l'étage. « Bonjour, vous êtes nos nouveaux voisins ? » Remus se retourne pour voir quelqu'un jeter un coup d'œil curieux à leur appartement. « Je m'appelle Fabian. Je vis à côté, avec mon frère Gideon. »

Fabian est un mec très attirant ; plus vieux, probablement dans la dernière tranche de la vingtaine. De longs cheveux en épis et une paire de lunettes chic et sombres – très différentes de celles de James qui le font passer pour un hibou – encadrent son visage très anguleux. Il est extrêmement bien bâti, large de toutes sortes de façons, avec des bras qui semblent pouvoir casser n'importe quoi en deux. Même s'il n'est pas aussi grand que Remus, il a l'air ridiculement intimidant. D'autant plus que Remus sait que Fabian est exactement le genre de mec avec qui Sirius aurait couché, avant de rencontrer Remus. Enfin, excepté le fait que Fabian est roux. Pour une certaine raison, Sirius a développé une très étrange corrélation entre les rouquins et le mal depuis qu'il a rencontré Lily Evans.

« Sirius Black. Et voici Remus Lupin. »

Remus se sent se hérisser tandis que les yeux noisettes parcourent le corps de Sirius, de façon appréciative. Déjà, il peut sentir ses incertitudes l'envahir et cette absurde pensée que Sirius va bientôt se lasser de lui. Sirius ne dit jamais qu'il aime Remus. Enfin, si, il l'a dit deux fois pendant toute la durée de leur relation, mais ce n'est tout simplement pas assez. Pas face à un homme très attirant qui se tient juste devant eux. Pas quand Remus n'a d'autre arme à portée de main qu'un grille-pain pour défendre son amour.

« Vous devriez passer une fois. »

Remus est sorti de ses pensées meurtrières par une paire de bras très familière qui trouve sa place autour de sa taille, à nouveau. Un menton se pose contre son épaule et un baiser est déposé sur le côté de sa mâchoire, amoureusement. « On pourrait bien. » répond Sirius avec un sourire poli.

Fabian hausse un sourcil, lançant un regard curieux à Remus et puis affiche un sourire provocateur. « Okay. On se voit bientôt, dans ce cas. »

« Tu n'avais pas besoin de le dire ainsi. » se plaint Remus, repoussant Sirius. « Maintenant il pense qu'on lui propose un plan à trois ! »

Sirius éclate de rire. « Oh, quel pervers cachottier. On sort ensemble depuis à peine quelques mois et notre vie sexuelle ne te satisfait déjà plus ? »

Remus rougit. « Tu étais suggestif ! » s'exclame-t-il, sur la défensive, les bras croisés sur sa poitrine. Secrètement, il est extrêmement heureux des démonstrations d'affection publiques de Sirius et de la façon dont il admet facilement sa relation avec Remus. « Tu dois modérer tout ce flirt ou...ou les gens vont mal le comprendre. »

« Aw, ne sois pas comme ça, Moony. » Sirius attire Remus à lui, une main se posant sur ses fesses tandis que l'autre joue doucement avec ses cheveux. Remus ne comprend toujours pas comment Sirius peut être suggestif et doux en même temps, tout ça par un simple contact. « Tu devrais savoir que je ne supporte déjà pas de te partager avec quiconque. » Ses doigts bougent jusqu'à la nuque de Remus, jouant avec les boucles de ses cheveux. « Ça m'a pris un long moment pour le comprendre, non ? Je ne peux pas te laisser partir aussi facilement. »

Remus rougit quand l'autre main de Sirius suit la courbe de ses fesses en un geste lent et se glisse ensuite sous sa chemise. Il jette un regard nerveux à leur porte d'entrée qui est toujours entrebâillée et espère que personne ne passera par là. Remus est extrêmement conscient de la proximité entre leurs visages. Leurs lèvres se frôlent déjà, presque en train de s'embrasser mais pas encore. Remus se demande quand il s'est transformé en cette pathétique gonzesse, dont les genoux faiblissent au simple regard de braise de Sirius. « Comprendre quoi ? »

Sirius roule des yeux et cogne gentiment son front contre celui de Remus. « Que je t'aime, pauvre idiot. »

Fin


(1) GCSE : General Certificate of Secondary Education, traduit "brevet des collèges", c'est un examen qu'on passe à l'âge de 16 ans au Royaume-Uni.

(2) "Monsieur Lupin" et "Monsieur Potter", en français dans le texte. Pour ceux qui ne le savent pas, parler français est très "chic", pour un Britannique, voilà pourquoi je suis passée au vouvoiement.

(3) Le fish and chips est un des plats les plus populaires de restauration rapide au Royaume-Uni, à emporter ou à consommer sur place, consistant en un poisson frit dans de la pâte ou de la chapelure, servi avec des frites. Pour vous donner une idée, c'est un peu la friterie du coin version britannique. (N.B. : Si certains Français ignorent ce qu'est une friterie, faîtes un tour dans le Nord de votre pays ou allez en Belgique, vous comprendrez très vite).

(4) Sait-on jamais que vous viviez sur une autre planète et ignoriez que God Save The Queen est l'hymne national du Royaume-Uni.

(5) "Et ils m'ont demandé comment je savais...que mon véritable amour, c'était toi...". Extrait de "Smoke Gets Through Your Eyes" de The Platters (version la plus connue), sortie en 1958. Les paroles ne sont pas exactement correctes étant donné que la fin est "my true love was true" et non pas "you"...

(6) "Second grade" = CE1 pour les Frenchies et pour mes compatriotes belges et mes amis Suisses et Québécois, 2e primaire. (Je persiste à dire que nous sommes plus logiques que les Français)

(7) VO : "Monsieur, what iz these feesh and cheeps? Is it cheekeen?'". Traduction : "Monsieur, qu'est-ce que c'est que ce poisson et frites ? Est-ce que c'est du poulet ?" Et là vous avez Sorn qui s'amuse à mélanger la traduction de l'accent français dans le tome 4 de HP, un accent belge bien pourri (j'ai le droit de me moquer de mon pays, d'abord) et...un truc bizarre qui vient de nulle part. Chers amis français, je vous aime.

J'ai recouru à certains anglicismes dans ce chapitre, j'en ai conscience et cela a été fait sciemment, et non par paresse de traduction. Tout simplement parce la fic se déroule au Royaume-Uni, que j'aime faire "couleur locale" et que, sérieusement, écrire "poisson-frites" au lieu de fish and chips me tue.

J'ai enfin fini cette traduction (en moins d'un mois, sisi, on n'est pas le 29) ! \o/ Je pensais que je n'arriverais jamais à bout de ces 22 pages x_x Traduction pas impec' mais je suis malade depuis une semaine donc on excuse mon cerveau en bouillie et la relecture bâclée. En espérant que vous avez aimé The Pursuit to Slow Realisation autant que moi ! ;)

Sorn