Titre : Triptyque

Auteur : Yume ka Mage

Chapitre 1 : Esquisse séduisante

Disclaimer : Naruto appartient à Masashi Kishimoto.

NDA : il s'agit d'une gift-fic pour reytan. J'espère qu'elle te plaira et merci pour ta fidélité et ton soutien depuis mes débuts.

La demande me laissait pas mal de libertés : un NaruSasu lémonisé avec un Sasuke artiste, un Naruto un peu rebelle, que ça commence mal et que ça finisse bien.

Warning : le langage parlé de Naruto est très... parlé^^ Désolée si ça agresse vos yeux mais ça va s'arranger dans le chapitre suivant. Le "vrai" lemon n'interviendra que dans la dernière partie mais les choses sont déjà assez chaudes dès le début. Bonne lecture !


La clef tourna dans le vide, laissant Sasuke perplexe. Il était pourtant persuadé d'avoir verrouillé la serrure en quittant son atelier la veille. Et ce n'était pas son genre d'oublier. Il était plutôt maniaque à ce sujet, à la limite du trouble compulsif. Il abaissa la poignée et poussa légèrement dessus. Les gonds couinèrent quand la porte s'ouvrit, dévoilant peu à peu la pièce.

Il resta immobile un instant, détaillant les lieux. Rien ne semblait avoir bougé. La rangée de fenêtres au fond de l'atelier laissait filtrer une lumière assez terne, celle d'une matinée brumeuse. C'était d'ailleurs pour cette raison qu'il était arrivé si tôt, il voulait profiter de cet éclairage particulier. Son regard se promena tour à tour de son matériel à ses travaux. De grands draps tâchés de peinture recouvraient les tableaux prêts pour l'exposition. Quelques toiles étaient découvertes, finissant de sécher, tandis qu'il en avait encore trois en cours de réalisation. Il soupira en songeant qu'il était exagéré de penser qu'elles étaient entamées. Seule l'une d'elles l'était vraiment, une autre se contentait d'une esquisse au fusain tandis que la dernière avait uniquement reçu l'enduit de préparation.

Voyant que tout était en place, il pénétra dans son atelier. Il referma derrière lui, gardant la main sur la poignée quelques secondes. Décidément, il aurait pu jurer avoir verrouillé la veille. Peut-être qu'Iruka avait eu besoin d'entrer et avait laissé ouvert par inadvertance. Il secoua la tête, ce n'était pas dans les habitudes de son bailleur de venir ici en son absence. Quoi qu'il ait à faire, il attendait toujours son arrivée ou bien lui en demandait la permission au préalable. Sasuke ôta rapidement sa veste ; ce n'était pas en méditant sur la question durant des heures qu'il aurait sa réponse et il avait bien plus urgent à traiter.

Il prit ses pinceaux les plus sales qui avaient passé la nuit dans la térébenthine et ouvrit le robinet du lavabo pour les rincer. L'eau ne coulait que depuis deux ou trois secondes qu'il entendit un hurlement surpris venant de sa salle de bains. Il coupa le jet et tendit l'oreille. Il n'y avait pas prêté attention auparavant, trop absorbé à tenter de résoudre son mystère, mais le clapotis des gouttes de la douche était bien audible. Il se raidit et chercha de quoi s'armer avant de décréter que cela serait inutile. Tout d'abord parce qu'il ne trouvait rien de suffisamment rassurant ou maniable et surtout parce que la personne qui s'était introduite ici devait être nue, donc en position de vulnérabilité.

A mesure qu'il s'approchait de la porte, il regrettait sa décision. La douche s'était arrêtée, l'importun n'avait certainement pas apprécié d'avoir été refroidi parce que le ballon d'eau chaude ne parvenait jamais à fournir deux arrivées à la fois. Sasuke abaissa la poignée doucement et constata qu'elle n'était pas verrouillée. L'individu se sentait en confiance pour ne pas tenter de se protéger d'une manière aussi simple qu'en enclenchant le loquet. Encore une fois, l'idée qu'il puisse trouver Iruka lui effleura l'esprit mais il la refoula aussitôt. Alors qu'il entrouvrait, de la vapeur s'échappa, la douche avait dû être brûlante. Puis il vit son intrus et comprit qu'il était en danger. Aucune des choses dont il aurait pu s'armer n'était en mesure de le protéger. A moins qu'il ne puisse devenir hétérosexuel dans la seconde par la seule force de sa volonté.

Encore aurait-il fallu qu'il en ait eu l'envie parce que Sasuke se satisfaisait pleinement d'être gay face à ce fantasme ambulant. Enfin, face était un grand mot. La porte était tout juste entrebâillée et l'homme lui tournait le dos. La ridicule serviette qu'il avait enroulée à sa taille n'empêchait nullement Sasuke de savourer la cambrure de ses reins et il devinait aisément que les fesses étaient aussi musclées que le dos. Il se demandait si la peau y était tannée de la même façon ou s'il s'agissait d'un bronzage artificiel. Les cheveux plaqués par l'humidité semblaient être clairs, donc il était châtain ou blond. Sasuke savait qu'il ne pouvait plus mettre à exécution son plan initial qui était d'évacuer manu militari son intrus. S'il devait attraper ce dernier par la peau des fesses, ce serait pour le supplier de le molester jusqu'à plus soif. Il se sentit un instant coupable du cours qu'avaient pris ses pensées. Trop investi dans son travail, il en avait oublié ses besoins primaires et la frustration le rattrapait à grands pas. Il s'intima de retourner patienter près de ses toiles, il ne pouvait plus entrer dans la salle de bains sans risquer de sauter sur l'individu. De plus, il était trop rouge pour paraître naturel et l'autre ne manquerait pas de remarquer qu'il avait affaire à un voyeur. Il tentait de se calmer de son mieux mais la vision de la peau luisante ne le quittait plus. S'il était dans cet état juste après un coup d'œil sur un dos musclé, il avait hâte de découvrir le visage qui allait avec ce corps puissant.

Tout à l'élaboration de ses prochains fantasmes, il ne s'aperçut que trop tard que leur principal acteur l'avait rejoint. Il n'était qu'à un mètre de lui et le toisait de toute sa hauteur. Sasuke était assis et aurait bien voulu se relever pour équilibrer ce jeu visuel mais ses genoux avaient choisi ce moment précis pour flancher. Il songea que c'était peut-être pour le mieux qu'il ne soit pas debout à cet instant. Le visage carré était aussi bronzé que le reste de son corps et les yeux bleus qui le scrutaient lui donnaient envie de mouiller son boxer dans la seconde. Il baissa le regard, pas pour admettre une quelconque défaite mais par pure curiosité. Son intrus n'avait pas jugé utile d'enfiler davantage que cette serviette et Sasuke se fit réellement violence pour ne pas tâter le torse à sa portée. Il entendit un ricanement et releva la tête. Son sexe eut un sursaut devant le sourire ravageur que l'autre lui adressait. Ce mec était la tentation incarnée.

« Tu aimes ce que tu vois ? » le provoqua-t-il.

Même sa voix était sensuelle. Toutefois, Sasuke n'était pas encore assez subjugué pour ne pas détecter la pointe d'ironie. Il recomposa son masque d'impassibilité et répondit sur le même ton.

« J'ai déjà eu mieux au petit déj'. »

L'intrus partit dans un rire franc avant de se stopper aussi soudainement qu'il avait démarré. Sasuke se sentait déstabilisé. Il n'avait ni l'habitude de ressentir un tel désir pour un inconnu ni de devoir discuter avec quelqu'un d'extraverti à ce point. Sérieusement, il n'avait jamais vu un homme capable de converser et se moquer d'un autre en étant à moitié nu.

« Alors, c'est toi le peintre ? Regarde-moi ça. T'as transformé ma garçonnière en chantier.

— C'est un atelier, corrigea Sasuke.

— M'en fiche. Tout ce qui compte, c'est de savoir où je vais pouvoir ramener des filles. Iruka me laissera jamais squatter chez lui pour m'envoyer en l'air.

— Filles ? »

Sasuke avait répété en murmurant. Ce n'était qu'un réflexe mais son intrus – définitivement blond, il pouvait l'affirmer à présent que ses cheveux avaient quelque peu séché – l'avait entendu. Il s'attira donc un nouveau sourire, narquois cette fois. L'index de son inconnu lui souleva le menton.

« J'ai rien contre les homos, rassure-toi. En fait, je connais même quelques filles qui adorent. Tu pourrais m'accompagner un de ces quatre, ça me rendrait service. »

Il ne savait plus quoi répondre face à cette attitude. Il l'avait entendu mentionner Iruka, donc il connaissait le propriétaire de l'atelier. Cependant, cela ne lui donnait pas le droit de s'inviter et encore moins celui de s'amuser de sa sexualité. Sasuke se rappela qu'il avait tendance à se laisser éblouir par les hommes qui ne le méritaient pas et ce blond ne serait pas l'exception pour confirmer la règle. Il avait laissé ses hormones parler. S'il était certain de se servir du souvenir de ce corps trop bronzé pour ses plaisirs solitaires, il devrait prendre garde à bâillonner mentalement cette bouche désagréable pour ne pas gâcher ses moments intimes. Il se redressa enfin, l'agacement ayant refroidi ses ardeurs. Il avait trouvé une raison de plus de ne pas s'autoriser à draguer le premier venu pour satisfaire ses pulsions d'un soir. Il serra le poing en voyant l'intrus soulever les draps de ses toiles.

« Tu crois faire quoi ?

— Je regarde ce que je peux bouger. Je te l'ai dit, j'ai besoin d'espace pour mettre au moins un lit.

— Pardon ?

— Et le coup des peintures, je pense que ça peut m'être utile pour accrocher une ou deux filles. Des modèles de nu, évidemment. T'as pas ça en réserve ?

— Tu ne restes pas ici ! s'emporta Sasuke. Tu vas me faire le plaisir de t'habiller et…

— Oh ? Et moi qui pensais te faire plaisir sans mes vêtements. »

Sasuke resta bouche bée. Ce blond était un idiot. Sexy et conscient de l'être, vulgaire et sans-gêne mais qui se permettait tout parce que son sourire pouvait faire fondre n'importe qui. Il se gifla mentalement en réalisant le tour qu'avaient pris ses pensées. Cet inconnu pouvait avoir tous les liens du monde avec son propriétaire, cela ne l'empêcherait pas de le mettre dehors. Et juste avec sa serviette, qu'il aille attraper la mort à cause de l'automne qui s'installait. Il frissonna. Il avait pensé que c'était de rage mais vit l'imbécile près des baies vitrées qui les ouvrait une à une.

« Mais qu'est-ce que tu fais ? Tu veux être malade ?

— Tu t'inquiètes pour moi ? Comme c'est mignon. J'aère, ça ne t'arrive jamais ? se moqua-t-il en reniflant. Vu l'odeur, je dirais que non. »

Sasuke huma l'air inconsciemment. Un mélange de peintures et de diverses essences planait dans la pièce mais il trouvait le parfum plutôt agréable. Il y était habitué, c'était son quotidien. Il traversa l'atelier et referma toutes les fenêtres, furieux.

« Maintenant, ça suffit ! siffla-t-il.

— Naruto ! Je te cherche partout depuis une heure ! »

Sasuke se tourna vers la porte dans un mouvement parfaitement symétrique à celui de l'intrus blond – de Naruto. Iruka se tenait sur le seuil, visiblement agacé.

« Je t'avais interdit de venir ici, ça te tuerait de m'écouter pour une fois ? »

Sasuke jeta un coup d'œil à Naruto qui souriait niaisement en se grattant l'arrière du crâne. Il se sentait craquer une fois de plus devant tant d'innocence mais se pinça pour se rappeler à l'ordre. C'était un être méprisable, une image juste bonne à utiliser pour assouvir quelques envies. Et qui lui laissait un nouveau souvenir à revisiter en la forme d'un déhanchement un peu trop prononcé pour être naturel alors qu'il retournait vers la salle de bains. Il retint un hoquet en voyant Naruto lui faire un clin d'œil avant de refermer la porte. Il ne le connaissait que depuis une dizaine de minutes et le détestait déjà autant qu'il le désirait.

Il rejoignit Iruka qui était resté dans l'entrée. C'était la première fois que Sasuke le voyait si ouvertement agacé. Généralement, son propriétaire était d'une amabilité bienveillante et il était presque soulagé de découvrir que cet homme si affable pouvait être victime de coups de sang.

« Désolé pour Naruto, il adore me faire tourner en bourrique. Pire qu'un gosse, toujours à faire l'inverse de ce qu'on lui demande.

— J'ai l'impression, oui.

— Donc, il t'a ennuyé ? »

Sasuke s'étonna de l'air déçu qu'affichait son bailleur, comme s'il était habitué aux dégâts provoqués par cette tornade blonde. Il ne voulait pas paraître impoli et était étrangement mal à l'aise en voyant cette expression. Iruka avait toujours eu un comportement protecteur envers lui, se montrant plus que compréhensif à ses débuts. Il ne l'avait jamais harcelé pour percevoir ses loyers, lui apportait même parfois des repas, jusqu'à ce que sa carrière prenne son envol deux ans auparavant. Depuis, il aurait pu changer d'atelier, en trouver un plus proche de chez lui ou plus spacieux, mais il éprouvait trop de reconnaissance envers Iruka et aurait eu le sentiment de le trahir. Bien que celui-ci n'ait jamais parlé de sa vie privé, il semblait tenir à Naruto et Sasuke ne souhaitait pas le blesser en disant du mal de son protégé.

« J'ai été surpris. Il est de votre famille ?

— Je suis son tuteur. Et je voulais venir te parler de lui avant que tu ne le rencontres. Tu as quelques minutes ? »

Il haussa un sourcil en croisant les bras ; il n'était plus à cela près, Naruto lui avait déjà gâché le début de sa journée de travail et l'inspiration n'était plus vraiment au rendez-vous. De plus, il ne pouvait nier être curieux d'en savoir plus sur leur relation alors que leur différence d'âge était plutôt celle de deux frères que celle d'un parent avec son enfant. Iruka recula, l'invitant tacitement à sortir de l'atelier. Sasuke le suivit de mauvaise grâce à l'extérieur et repoussa la porte pour éviter de faire entrer le froid humide.

« En fait, commença Iruka, je pensais que vous pourriez peut-être vous rendre service mutuellement.

— C'est-à-dire ? s'inquiéta Sasuke.

— Naruto a eu quelques mésaventures récentes. Je lui laisse le soin de t'en parler s'il le souhaite. Toujours est-il qu'il va habiter chez moi durant les mois à venir. Je vais être très occupé jusqu'à la fin de l'année, j'ai de nombreuses conférences programmées et je ne serai pas souvent ici. Il va s'occuper de la maison mais je sais que ce ne sera pas suffisant pour lui. Je lui ai parlé de ton exposition et il avait l'air intéressé. Tu cherches toujours un assistant ? Bénévole, bien sûr. »

Sasuke déglutit, réfléchissant rapidement. Evidemment, une aide gratuite était loin d'être négligeable alors qu'il avait encore au minimum trois mois de travail. Sa seule réticence venait de la personne elle-même. Naruto ne connaissait probablement rien à la peinture. Si on lui avait proposé quelqu'un d'autre, il devait admettre que c'était un détail sur lequel il serait aisément passé. Ce qu'il attendait d'un assistant était simple : aller le réapprovisionner en matériel si nécessaire et transporter les toiles. Le reste était aussi appréciable que superflu. Il pouvait toujours apprendre à Naruto les choses dont il aurait besoin, comme le nettoyage des pinceaux ou la préparation de certains mélanges. Pour la critique de ses réalisations, il avait quelques individus en tête qui seraient plus que volontaires pour en faire une. Il se trouvait donc face à un dilemme. D'une part, il était tenté d'accepter, Iruka pensait sincèrement lui venir en aide ; de l'autre, l'idée de partager ses journées avec Naruto le faisait trembler – de crainte et d'excitation. Il finit par acquiescer sans vraiment s'en rendre compte mais le sourire de son propriétaire le rassura. Il avait pris la bonne décision ; tout du moins, il le souhaitait.

« Merci, Sasuke. Tu ne le regretteras pas. Même s'il n'en a pas l'air, il est très travailleur. Et je suis certain que vous allez bien vous entendre, vous êtes du même âge. Tu verras, il est…

— Adorable ? » compléta Sasuke.

Iruka hocha la tête pour marquer son approbation, l'obligeant à un sourire forcé qui lui fit grincer des dents. Il avait deviné le mot que son propriétaire avait sur les lèvres rien qu'à l'air béat qu'il arborait. Sasuke songea que les gens les plus proches d'une personne étaient certainement les plus aveugles. Sinon Iruka n'aurait pas porté aux nues le parasite qui envahissait sa petite salle de bains à l'instant même.

« Tu veux que je reste pour…

— Faire les présentations ? l'interrompit Sasuke. Non, ça ira. Je sais que vous avez beaucoup à faire, laissez-moi m'occuper de Naruto.

— D'accord, mais n'hésite pas à m'appeler s'il y a le moindre souci. »

Sasuke promit de le faire le cas échéant mais souhaita intérieurement ne pas avoir besoin d'y recourir. Il regarda Iruka et attendit qu'il sorte de son champ de vision pour retourner dans son atelier. Il prit une profonde inspiration, se préparant à faire face à Naruto. Il aurait bien voulu l'aide du tuteur de ce dernier pour édicter les règles, toutefois il était hors de question que son bailleur le voie rougir comme une jeune fille face à la provocation. Son nouvel assistant l'attendait, un sourire aux lèvres.

« Il paraît que tu veux bien travailler ici quelques mois.

— J'ai du temps libre, le nargua Naruto.

— Tu connais quelque chose à la peinture ou à l'art ?

— Ce que j'ai appris à l'école. »

Sasuke patienta un instant qu'il développe mais le silence s'installa. Le regard de Naruto le mettait mal à l'aise et il préféra se détourner quand ce dernier s'étira de manière un peu trop sensuelle. Personne ne le faisait en fixant quelqu'un d'autre et en se mordant la lèvre avant de se caresser du torse à la nuque. Il devait le faire sortir d'ici sans quoi il serait incapable de travailler calmement.

« Ton boulot va être facile : me laisser tranquille pour les semaines à venir. Tu devras juste m'aider à transporter les toiles pour l'exposition. Et j'aurai peut-être quelques commissions à te confier. Donne-moi ton numéro, je t'appellerai en cas de besoin.

— Je n'ai pas de portable, répliqua Naruto.

— Alors je me débrouillerai. Ne reviens que pour…

— Je crois qu'Iruka a un canapé qu'il peut me prêter », le coupa Naruto, ignorant ses consignes. « Il m'a dit que tu n'avais pas vraiment d'horaires donc il ne me reste plus qu'à m'installer ici.

— Ce ne sera pas nécessaire, assura Sasuke.

— J'ai promis de bosser pour toi, crétin. Et gratuitement. Je ne vois pas de quoi tu te plains, tu es gagnant sur tous les plans. Si tu me files tes courses à faire, tu ne perds pas de temps. Et si tu ne trouves rien pour m'occuper, tu pourras toujours me mater pendant ma sieste.

— Ne me traite pas de crétin. »

Sasuke se maudit d'avoir répliqué sur ce seul point, ne démentant aucun des arguments de Naruto. D'autant plus quand celui-ci le rejoignit d'une démarche chaloupée, avec un rictus prédateur accroché au visage.

« Et comment veux-tu que je t'appelle ? Tu ne t'es pas présenté, crétin.

— Sasuke », répliqua-t-il, la gorge serrée. Naruto n'était plus qu'à quelques centimètres de lui et il se pencha près de son oreille.

« Sasuke… » souffla-t-il.

Il le répéta à plusieurs reprises, toujours plus suave, le faisant frissonner. Sasuke avait la bouche sèche et le bas du ventre en feu. Naruto prononçait son nom de façon indécente et il s'attendait à ce qu'il pose ses mains sur son corps, l'espérait douloureusement. Son assistant se recula lentement, son nez frôlant presque sa joue. Il pouvait sentir sa respiration sur sa peau et il retint difficilement un gémissement quand son prénom fut murmuré au coin de ses lèvres. Il rouvrit ses yeux alors qu'il n'avait pas eu conscience de les avoir fermés et plongea dans ce regard bleu et chaud. Naruto donna un léger coup de menton, faisant se rapprocher sensiblement leurs bouches. Il avait beau tenter de se raisonner, il était comme hypnotisé. Il savait que ce n'était qu'un jeu, une provocation de plus. Il entrouvrit les lèvres dans une invitation pour le blond à le goûter tandis qu'il se méprisait du plus profond de son être de cette faiblesse. Sa transe fut rompue par un rire moqueur et une main ébouriffant ses cheveux.

« T'as un prénom terrible, on a juste envie de le susurrer. Crétin te va mieux.

— Fais comme tu veux, abruti », répliqua Sasuke.

Il coupa le contact avec Naruto en se dirigeant vers le lavabo. Il comptait bien lui tourner le dos au maximum dorénavant, il ne se laisserait plus ensorceler par ces yeux faussement innocents. Il se lava les mains, mouillant le bout des manches de son pull, puis termina de rincer les pinceaux abandonnés un peu plus tôt. Ignorant son assistant, il s'installa devant ses deux toiles en cours. L'une d'elles représentait une cascade et était presque achevée. Toutefois, il éprouvait des difficultés à donner à la mousse vaporeuse au pied de la chute d'eau la consistance qu'il désirait. Il avait espéré que la brume matinale lui donnerait un éclairage susceptible de faire ressortir le flou voulu. Il soupira, conscient qu'il allait devoir effectuer quelques recherches pour trouver de quelle manière obtenir cet effet. Il se tourna vers l'autre tableau en devenir. L'esquisse grossière d'une forêt se profilait mais la majorité du travail serait de trouver les bonnes teintes pour peindre le lever du soleil en arrière-plan. Il n'osait même pas penser à la dernière toile entièrement vierge. Il n'avait pas le moindre projet pour celle-ci alors qu'il était censé avoir terminé le tout pour le mois prochain. Les semaines suivantes le séparant de l'exposition ne devaient être réservées qu'à quelques retouches et à la protection des peintures sèches.

Il se redressa, furieux de ne pas réussir à se décider par quoi commencer, et manqua de percuter Naruto. Plongé dans ses pensées, il en avait oublié la présence de son assistant. Il se sentit soulagé de cette constatation, il avait eu peur d'être incapable de se focaliser sur sa peinture. Il s'étonna tout de même de réaliser que le blond avait su être particulièrement silencieux dès lors que Sasuke s'était posté devant ses toiles.

« Qu'est-ce que tu fais dans mon dos ?

— J'apprends.

— Quoi ? l'interrogea Sasuke.

— Je suis là pour t'aider, non ? Donc je m'intéresse à ta peinture et je t'observe. »

Naruto lui avait énoncé ses raisons d'une manière tout à fait posée, surprenante venant de lui. Soudain, Sasuke sut qu'il ne pourrait plus faire abstraction de la présence de son assistant derrière lui. L'imaginer le fixant en permanence lui donnait des bouffées de chaleur.

« Prends-toi un livre ou n'importe quoi d'autre mais ne reste pas planté là. Je te le dirai si je veux quelque chose.

— Je préfère étudier et pouvoir deviner moi-même ce dont tu as besoin, Sasuke », chuchota-t-il, le faisant frémir. S'il réagissait ainsi dès que Naruto laissait tomber le surnom de crétin au profit de son prénom, il allait mourir avant son exposition.

« Tu n'avais pas un canapé à récupérer ?

— J'irai ce soir, quand tu seras parti.

— Tu n'as pas besoin d'aide pour le transporter ?

— Tu te proposes ? sourit Naruto.

— Si tu n'as personne d'autre.

— Je me débrouillerai.

— Comme tu veux. Tu peux dégager ce mur », précisa Sasuke en tendant le bras du côté de la salle de bains. « Ces toiles ne sont pas pour l'exposition, tu peux les mettre de l'autre côté. Mais fais attention à ne pas les superposer. »

Il vit Naruto se diriger directement vers l'endroit indiqué et Sasuke trouva agréable d'être parvenu à avoir le dernier mot pour une fois. Il l'observa le temps qu'il déplace le premier tableau pour s'assurer qu'il le manipulait correctement puis alla s'asseoir à sa table avec un carnet de croquis. S'il ne pouvait avancer ses peintures en cours, il devait trouver le thème de sa dernière réalisation.

Il levait les yeux de ses esquisses régulièrement, attiré par le mouvement de son assistant. Il avait manqué s'étouffer quand celui-ci s'était mis à l'aise, se retrouvant torse nu. Il avait le sentiment que Naruto n'était pas pudique et qu'il aurait l'occasion d'assister à ce spectacle assez souvent. Peut-être aimait-il être ainsi regardé, auquel cas Sasuke allait devoir s'habituer à contrôler ses hormones. Il baissa de nouveau le regard sur son bloc et constata avec effroi qu'il était en train de dessiner des courbes plutôt masculines, loin d'une nature morte. Il changea rapidement de page pour masquer son égarement quand son assistant s'installa face à lui. Toujours dépourvu de t-shirt et en sueur du fait de son activité. Il allait le violer avant la fin de l'année. Il y avait déjà pensé trois fois en une heure, il ne pourrait jamais se contrôler durant trois mois.

« Tu devrais te rhabiller.

— Crétin, profites-en pour faire un portrait de moi.

— Non merci. De toute façon, je ne fais que des natures mortes, des paysages », expliqua-t-il.

Naruto haussa les épaules et retourna enfiler son haut. Il commençait à le rejoindre quand il s'arrêta devant la cascade entamée. Il vit son assistant pencher la tête sur le côté, détaillant la peinture.

« Un problème ? s'angoissa Sasuke.

— Tu flippes comme ça dès que quelqu'un regarde un de tes tableaux ? »

Il ne répondit pas, se concentrant sur ses esquisses. Naruto ne prit visiblement pas ce silence comme la fin de la conversation puisqu'il revint à sa place et se mit à parler. Sasuke n'écoutait pas ce qu'il disait, ne prêtait pas attention au sens de ses paroles. Il se laissait juste porter par la mélodie de sa voix, percevait les intonations de joie et les ralentissements dans le rythme quand il semblait se perdre dans ses souvenirs. Il s'en voulait un peu de perdre cette occasion d'en apprendre plus sur Naruto mais refusait de céder, de peur de tomber irrémédiablement sous son charme. D'après les bribes qu'il avait retenues, le propos de son monologue était Iruka.

« D'ailleurs, il m'a dit que tu avais quelques soucis, l'interrompit-il, et que c'était pour cette raison que tu venais ici.

— J'ai été viré, je couchais avec la femme de mon patron. »

Sasuke s'arracha de son carnet de croquis devant cette franchise.

« D'où ton manque de revenus et la perte de ton appartement, je suppose.

— Raté, ricana Naruto. Mon proprio est venu chercher le loyer au moment où je le payais à sa fille. En nature.

— T'es vraiment un abruti », soupira-t-il, ne parvenant pas à masquer le début d'un sourire auquel son assistant répondit franchement. « Ça devrait te servir de leçon.

— Que veux-tu ? J'aime séduire, c'est plus fort que moi. Et je n'y suis pour rien si elles craquent toutes pour si peu. »

Sasuke songea que Naruto semblait user de son charme sur lui presque inconsciemment. Il n'osait imaginer le résultat sur ces femmes alors qu'il mettait tout son cœur à les faire succomber. Il se racla la gorge et reposa son bloc.

« Lundi, tu m'accompagneras au musée.

— Pourquoi pas demain ?

— A partir du vendredi, il y a trop de monde. J'ai besoin de calme pour étudier quelques tableaux si je veux pouvoir finir le mien.

— Et on fait quoi pendant trois jours ? demanda Naruto.

— Je fais des essais de couleurs et je vais t'apprendre à préparer des mélanges de base pour m'avancer. Je vais faire des achats aujourd'hui, je reviendrai demain. Ça te laissera le temps de t'installer. Et ne touche pas au matériel. »

Sasuke n'attendit pas de réponse, attrapa sa veste et quitta son atelier. Il ne s'était jamais senti si soulagé de s'en échapper. Il allait se réapprovisionner bien au-delà de ses besoins, il fallait qu'il puisse le maintenir occupé pour ne pas lui laisser le temps de venir lui tourner autour.

-oOo-

A la grande surprise de Sasuke, Naruto se révéla être un élève doué. Il respectait scrupuleusement la moindre de ses consignes. Toutefois, cette assiduité ne reflétait nullement une envie d'être sérieux. Il avait vite compris que son assistant ne s'appliquait à réaliser ses mélanges convenablement et en un temps record que pour mieux l'importuner ensuite. Rien que le premier jour, il avait manqué de mettre le blond à la porte à dix reprises mais s'était retenu par égard envers Iruka. Il avait également failli se jeter sur lui au moins autant de fois pour le faire taire d'une façon beaucoup plus agréable à son goût. Il ignorait encore par quel miracle il avait résisté à ces pulsions.

Alors qu'il testait une nouvelle teinte rose orangé pour son lever de soleil, le calme ambiant l'étonna soudain. Comme s'il gardait un enfant, cette absence d'agitation était même inquiétante et Sasuke releva la tête pour vérifier si Naruto s'en sortait. Celui-ci venait apparemment de terminer les tâches qu'il lui avait confiées et il était en train de s'étirer face aux baies vitrées. Son haut remontait sur sa taille, dévoilant une portion de peau toujours aussi bronzée. Il avait beau l'avoir vu quasiment nu, ces quelques centimètres-carrés l'émoustillaient. Il retint un hoquet en le voyant s'allonger le long de la fenêtre, à même le sol. Son assistant l'avait bien prévenu sur ses intentions de faire la sieste mais il s'était abstenu les jours précédents et il ne pensait pas qu'il commencerait alors qu'ils devaient aller au musée, ni qu'il s'installerait dans son angle de vue.

Il reprit ses essais, se forçant à ignorer le corps somnolent. La respiration calme de Naruto envahissait ses oreilles et il ne résista pas davantage à l'envie de le détailler. Reposant son pinceau, il réalisa qu'il n'arrivait pas à apprécier le calme qui régnait. Même si son assistant ne le charmait pas volontairement, le voir sans défense était une véritable tentation. Comme s'il l'encourageait à le contempler pendant son repos. Sasuke enviait sa position, Naruto semblait vraiment bien, réchauffé par les rayons du soleil sur la vitre. De plus, il avait l'air de dormir profondément. Rien que de l'observer, il sentait le sommeil le gagner. Il se serait bien glissé derrière lui, se calant contre son dos et plongeant son nez dans sa nuque, pour bénéficier de la tiédeur paisible.

Son corps lui rappela que ses intentions étaient loin d'être louables. Il n'aurait pas pu s'empêcher d'enlacer le torse musclé, de respirer le parfum de cette peau ensoleillée. Agacé de la bête excitation qu'il ressentait en regardant Naruto faire la sieste, il décida qu'il était temps qu'il calme un peu ses hormones. Il alla s'enfermer dans la salle de bains, prenant bien soin de claquer violemment la porte. S'imaginer l'irritation de son assistant d'avoir été réveillé ainsi fit grimper sa tension et le désir de se soulager.

Il était certain d'avoir été discret, pourtant le petit air narquois de Naruto quand il revint dans l'atelier enflamma ses pommettes. Il se reprit vite, affichant un rictus qui se voulait railleur.

« Bonne sieste ?

— Jusqu'à ce qu'un crétin tente de faire s'écrouler ce taudis, oui.

— Désolé », répondit Sasuke, aucune sincérité dans la voix. « Prépare-toi, c'est l'heure de la visite.

— Pour la prochaine fois, sache que j'adore les réveils câlins », l'informa Naruto en faisant glisser un doigt sur sa mâchoire avant d'attraper sa veste.

Pendant le trajet jusqu'au musée, Sasuke inonda Naruto d'instructions sur le comportement à adopter. Son assistant semblait passionné par les lignes blanches qui défilaient au sol et émettait un son d'approbation de temps à autre, pas forcément au moment opportun, ce qui le poussait à croire que le blond n'écoutait en rien ce qu'il lui disait. Après un soupir significatif, il cessa de parler. Naruto se tourna alors vers lui et, du coin de l'œil, il aperçut un sourire dont la malice se reflétait dans les iris bleus. Il serra les dents et crispa ses doigts sur le volant, appréhendant la visite à venir.

En sortant de la voiture, il attrapa sa besace contenant son bloc et quelques crayons puis s'éloigna sans se soucier de savoir si Naruto le suivait ou non. Il sursauta en sentant une main se glisser dans la sienne. Il tenta de se dégager d'un bond sur le côté mais les doigts le maintenaient fermement. Il batailla un instant pour le faire lâcher mais abandonna et lui lança un regard noir.

« On peut savoir à quoi tu joues ?

— On m'a appris à donner la main pour ne pas me perdre.

— T'es plus un enfant, protesta Sasuke.

— Ah non ? Pourtant tu m'as fait la morale comme si j'en étais un tout à l'heure », contra Naruto avec un air espiègle. « Crétin », ajouta-t-il pour faire bonne mesure.

Sasuke se sentit rougir et tira plus franchement pour arracher sa main de celle de son assistant. Cette fois, ce dernier la laissa partir et plongea la sienne dans sa poche. Et toujours en souriant. Il accéléra le pas pour distancer Naruto mais se retrouva à devoir patienter à l'entrée du musée qu'il le rejoigne. Il le vit arriver tranquillement, comme s'il le narguait et voulait le faire languir. Sasuke paya leurs tickets et hésita à le semer à nouveau ; toutefois, même si se débarrasser de lui était alléchant, il l'avait amené aujourd'hui pour lui faire découvrir l'univers de la peinture. Il décida donc d'ignorer l'éclat moqueur dans les yeux bleus et lui fit un signe pour qu'il le suive. Naruto resta sur ses talons, trop proche à son goût mais il préféra ne pas s'en plaindre. Il commençait à comprendre son fonctionnement ; s'il ne disait rien, il gagnait un peu de tranquillité. Son assistant réagissait à la provocation ; tant qu'il ne lui offrait pas d'opportunité, il avait droit au silence. Sauf si le blond s'ennuyait fermement. Dans ce cas, c'était lui qui ouvrait les hostilités.

Sasuke était étonné de la familiarité qui s'était instaurée naturellement entre eux. Ils étaient de parfaits opposés, n'avaient rien en commun et n'adhéreraient probablement jamais à la façon de vivre de l'autre. Et pourtant, cela fonctionnait. C'était fragile mais il avait le sentiment de pouvoir être ami avec Naruto. Il n'en demanderait pas davantage. Son assistant le complétait en quelque sorte, le poussant à s'exprimer quand lui était parvenu à canaliser l'énergie débordante du blond. Il ne croyait pas au coup de foudre mais peut-être qu'en matière d'amitié, il existait un procédé identique qui permettait de savoir en quelques jours si les affinités étaient réelles et durables.

Ils avaient rapidement rejoint la salle qui l'intéressait. Il ne venait plus aussi souvent que pendant ses années d'études mais il semblait avoir parfaitement mémorisé les plans du musée. Il s'était déplacé jusqu'ici sans aucune hésitation. Il serait bien embêté si les halls d'exposition étaient réorganisés. Le bâtiment était depuis quelques années davantage tourné vers l'art moderne, toutefois il conservait une belle collection d'huiles, et notamment de natures mortes. C'était pour ces pièces qu'il était venu aujourd'hui. Il repéra d'un seul regard les toiles qu'il voulait détailler et alla s'installer sur un des pôles d'observation qui trônaient au centre de la salle, Naruto s'écroulant à ses côtés. Il le gratifia d'un regard noir pour l'intimer à plus de tenue et son assistant y répondit de son sourire habituel.

Il s'empara de son bloc et entama quelques esquisses agrémentées de notes sur la texture ou les teintes à privilégier. Il se perdit rapidement dans son propre travail, oubliant de le commenter pour garder occupé son assistant. Il perçut bien ce dernier s'agiter et se lever à plusieurs reprises pour faire le tour de la galerie mais la notion de temps lui échappait. Il aimait vraiment quand la peinture lui procurait cette sensation, qu'il pouvait faire abstraction de son entourage ou même de ses pensées et ne se concentrer que sur la réalité qu'il façonnait de ses doigts. Il retint son cri de stupeur mais ne put s'empêcher de se crisper sur son fusain et de le casser au moment où Naruto décida de lui rappeler sa présence d'une manière trop tactile pour ses nerfs.

Il retirait toutes les pensées positives qu'il avait émises sur leur possible amitié, son assistant serait sans l'ombre d'un doute la cause de sa mort avant la fin de l'année. Comme si sa tête sur son épaule n'était pas suffisante pour le rendre fou, il sentait la main que Naruto avait posée sur sa hanche en l'enlaçant dans le dos et il devait résister à fermer les yeux pour savourer les frissons que provoquait son souffle dans son cou. Alors que la bouche de son assistant frôlait son oreille, certainement pour lui murmurer une idiotie, il sursauta de l'autre main qui prit place sur sa cuisse. C'était bien trop de stimulation pour lui et il se releva vivement, non sans donner un coup de coude dans les côtes de son assaillant.

« T'es toujours aussi violent, crétin ? râla Naruto.

— Seulement quand on envahit mon espace vital.

— Un peu de contact ne tue personne. J'ai pas mis la main dans ton pantalon que je sache. A moins que ce ne soit ce que tu me reproches », ajouta-t-il, sa voix devenant plus langoureuse. « Tu préfères que je glisse mes doigts sous tes vêtements ?

— Arrête, tu vas me faire vomir », répliqua Sasuke, s'efforçant de garder un ton posé devant le spectacle que lui offrait son assistant.

Cet imbécile s'était laissé basculer en arrière, se retrouvant à demi-couché sur le groupe de sièges, et se passait la langue sur les lèvres en affichant un air presque timide, totalement simulé. Sasuke avait juste envie de lui grimper dessus, s'accroupir sur ses cuisses et le faire chavirer sur le dos dans un baiser torride. Il se retenait uniquement parce qu'il arrivait à se rappeler, par un incroyable miracle, que ce n'était qu'une comédie. Naruto plaisantait.

« Tu voulais me dire quelque chose ?

— Je m'ennuie, se plaignit-il. Je pensais que ce serait plus amusant.

— Ton sens du divertissement n'est pas normal. Tu n'es pas obligé de rester collé à moi, tu peux faire un tour dans la galerie.

— C'est toi le rabat-joie. Regarde-toi, tu mates des peintures, tu dessines des arbres et t'es limite en train de bander…

— Naruto ! » s'écria-t-il, oubliant ses propres directives concernant la discrétion.

Quelques paires d'yeux se tournèrent vers eux, lui notifiant clairement qu'il dérangeait. Son assistant, quant à lui, avait retrouvé un sourire éclatant. Son embarras semblait suffisamment distrayant pour lui. Sasuke resserra son bloc contre son torse, attrapa sa besace et se dirigea d'un pas hâtif hors de la salle, baissant le regard au sol pour ne pas croiser ceux réprobateurs des autres visiteurs.

« Attends-moi, crétin ! l'interpella Naruto.

— Compte là-dessus.

— J'ai envie d'aller voir quelque chose avec toi.

— Tu me prends vraiment pour un idiot ? » lui lança-t-il en se retournant. Il ne tenait pas à se ridiculiser davantage en tombant dans un nouveau piège.

« J'ai vu qu'il y avait une expo de sculptures. Viens avec moi, Sasuke. »

Il se sentit acquiescer sans le vouloir. Naruto avait compris que l'appeler par son prénom le faisait complètement craquer et abusait de cette faiblesse. Il suivit avec un peu trop de docilité son assistant jusqu'à la salle qui contenait un bel éventail de réalisations. Il voulut s'installer pour prendre le temps d'observer les pièces mais Naruto l'en empêcha.

« Tu ne vas pas t'asseoir, la sculpture est un art plus tactile que visuel. »

Sasuke le regarda avec incompréhension d'abord, puis avec crainte. Que Naruto lui donne une leçon sur un art quelconque était déjà un comble mais il redoutait surtout ce qu'il sous-entendait. Il comprit qu'il ne s'était pas trompé en voyant le blond tendre le bras vers une gargouille pour la tapoter.

« Arrête ça !

— N'aie pas peur, crétin. Les gargouilles ne prennent vie que la nuit.

— Hein ? » s'exclama-t-il, abasourdi. « Espèce d'imbécile, tu n'as pas le droit de toucher, on va se faire virer. »

Un nouveau sourire en coin lui répondit alors que Naruto s'éloignait en reculant. Sasuke fit de son mieux pour rester près de lui tandis qu'il défilait entre les statues jusqu'à ce qu'il s'arrête devant un buste d'une énième déesse grecque.

« Tu vois, ce que j'aime, c'est l'érotisme de cet art.

— Il y a des nus en peinture aussi.

— Oui, mais tu ne fais que des natures mortes.

— Parce que je préfère.

— Alors, tu serais capable d'en faire autant ?

— Bien sûr, assura Sasuke. Mais je n'en ai pas envie.

— Travailler la matière, ressentir le relief sous tes doigts… Penses-y, tu prendrais ton pied. »

Sasuke n'eut qu'un reniflement dédaigneux, peu enclin à se laisser entraîner dans un débat sans fin avec son assistant provocant. Il écarquilla les yeux en voyant ce dernier se rapprocher du buste de façon à coller son torse contre son dos. Affolé, il regarda autour d'eux pour constater que la salle était vide. Toutefois, les pièces devaient être protégées par des alarmes et les caméras de surveillance ne manqueraient pas de surprendre les attouchements du blond sur la statue. Celui-ci venait de poser ses doigts sous l'oreille de la statue, les faisant glisser le long de son cou jusqu'à son épaule. A cet endroit, Naruto plaqua sa paume et suivit la courbe de la poitrine naissante, marquant un arrêt sous le sein, comme s'il le soupesait. Sasuke s'embrasait, s'imaginant subir les caresses à la place du marbre. Il hésitait entre se délecter de l'aperçu qu'il lui offrait ou abandonner le blond à son sort au cas où un gardien intervienne. Son assistant poursuivit sa découverte en effleurant les flancs et dessina de l'index la ligne au bas du buste délimitée par le drapé d'une toge, sous laquelle il ne pouvait se glisser.

« Aussi froide que toi », le nargua Naruto, le faisant finalement réagir pour quitter des yeux ce spectacle presque indécent.

Il se sauvait du musée, ne prenant pas la peine de se retourner. Il attendrait son assistant à la voiture aussi longtemps que nécessaire mais il devait sortir prendre l'air. Plus jamais il ne pourrait venir en ce lieu sans repenser à la performance que lui avait offerte Naruto, son havre de paix était souillé. Des pensées incohérentes se formaient dans son esprit. La question la plus présente était de savoir à quoi jouait le blond. C'était presque cruel de sa part de s'amuser ainsi. Naruto monta côté passager quelques minutes après lui, le tirant de ses songes.

« Tu aurais pu m'attendre, lui reprocha-t-il.

— Je ne voulais pas être pris pour un pervers attardé, comme toi.

— Tu as eu peur. L'adrénaline fait cet effet parfois. Moi, ça m'excite. »

Naruto venait de lui annoncer cette vérité en se caressant l'entrecuisse. Il ne l'avait pas fait de manière exagérée, juste un léger frôlement au niveau de sa braguette ; cela avait suffi à Sasuke pour regarder à l'endroit que brossaient ses doigts. Il se demanda brièvement quels étaient les risques encourus s'il violait celui qui le provoquait de la sorte. Il pouvait s'offrir de bons avocats et, avec la bonne conduite qu'il ne manquerait pas d'adopter, il pourrait sortir de prison dans cinq ou six ans. Peut-être moins s'il parvenait à un arrangement. Il secoua la tête, effaré du sens que prenaient ses réflexions.

« Songe à te calmer, lui conseilla Sasuke. Le travail à l'atelier t'y aidera si nécessaire.

— Je parie que je peux rendre la peinture sensuelle. »

Il ne répliqua pas et démarra. Il était persuadé que Naruto pourrait remporter la mise et il n'allait pas l'encourager à le torturer encore plus.


Et voilà pour la première partie. J'espère que ça vous a plu, à la semaine prochaine^^