Hello ! Comment ça va ? Bon me voilà avec la suite ! J'espère que ça vous plaira !

Merci pour vos review ! Celles à qui je n'ai pas pu répondre : Mamouneedward : Je suis contente que ce petit rapprochement, enfin si on peut l'appeler comme ça t'ai plus, j'espère qu'il en sera de même pour la suite ! Tu es persévérante : Deux lectures ? A Guest : Merci de m'avoir adressé ta première review sur le site , ça fait plaisir! J'espère que tu aimeras cette suite ! Vanina63 : merci pour ta review, il va peut-être falloir attendre un peu pour ça;)

Merci beaucoup SBRocket et LyraParleOr, pour tout et pour plus encore ! Jvous adore !

Pov E

9h15, j'accompagnais le premier patient de la matinée en salle de réveil, l'intervention venait de se terminer. D'un geste magistralement théâtrale Swan avait lancé ses gants dans la poubelle avant de sortir à la suite de son chef, l'heure du café pour eux, pour nous le travail n'était pas encore terminé. Nous étions les premiers de l'équipe à arriver au bloc, les derniers à le quitter. Pas de petites pauses détente entre les interventions! Et pourtant là, tout de suite, je tuerais pour un café!

J'ignorais d'où venait cette impression tenace que la journée allait être difficile, comme un mauvais pré-sentiment qui ne me quittait pas depuis le réveil. Une garde dès le lundi après la semaine catastrophique et le week-end à peine reposant que je venais de vivre n'avait rien pour me mettre de bonne humeur! Je commençais la semaine et j'étais déjà fatigué. Et voir que je partageais le bloc de Swan était le petit détail qui rendait les choses encore pires!

9H50, la perfusion était enfin posée, et Dieu sait que ça n'avait pas était facile de trouver une veine potable sur cette vieille main à la peau toute fripée et ridée. Je poussais le liquide blanc et épais qui envahit paresseusement la tubulure. "Ça va chauffer un peu dans votre main madame." C'était les derniers mots qu'elle entendrait avant de plonger dans le sommeil... Bonne nuit les petits, la prochaine fois qu'on me demanderait quel était mon métier je répondrais : marchand de sable!

Les paupières se fermèrent sur ses grands yeux bleus clairs, un peu vitreux, un peu affolés et à mesure qu'elle s'enfonçait dans le sommeil c'est tout le bloc qui s'éveilla.

La patiente fut installée, l'odeur de la bétadine généreusement appliquée venait jusqu'à moi de l'autre côté du champ. Cette odeur d'iode, un peu âcre et rappeuse, était une étape essentielle du conditionnement de nos esprits, la bétadine n'avait pas pour seul rôle d'aseptiser, son parfum tenace nous préparait à travailler.

Swan entra à la suite de son chef en tenant devant elle ses mains parfaitement stérilisées. Son regard était dur, sérieux et concentré. Une panseuse vint l'habiller mais jamais ses yeux ne quittèrent la table où était étendue la patiente. Du coin de l'œil je ne pouvais m'empêcher de l'observer et de secrètement la trouver plutôt belle dans cette grande casaque bleue informe, cette chose hideuse aurait défiguré n'importe qui, mais pas elle, elle était vraiment belle. le bleu lui allait bien... mais plutôt subir les pires tortures que de l'avouer! J'avais un soupçon de fierté tout de même!

12h15. L'intervention était longue, désespérément longue. Une sale histoire de tumeurs sur le foie, qui avaient poussées un peu partout comme des champignons dans une forêt d'automne. Si du côté chirurgie les choses avait l'air de se dérouler plutôt bien de mon côté on pouvait affirmer que c'était franchement la merde! La patiente était presque trop âgée pour subir cette intervention et en plus d'une jolie collection de problèmes à faire pâlir d'envie les médecins internistes qui aimaient se faire des nœuds au cerveau. Elle promenait une insuffisance rénale qui nous compliquait très franchement la vie. Pour faire simple, c'était une galère pas possible.

Et ça nous obligeait, et là était toute la difficulté de notre job, à rester vigilants car pendant que la chirurgie était en route, notre rôle devenait encore plus important, la surveillance. La moindre seconde, les yeux rivés sur nos écrans aux jolies couleurs en espérant que ça se termine vite et sans trop de dégâts.

Il fallait être concentrés, ne rien laisser passer. L'anesthésie mettait en veille les fonctions vitales les plus élémentaires, c'était à nous de prendre le relais du corps, de surveiller la moindre variation des constantes et d'être prêts à agir à chaque instant au cas où les choses se passeraient mal.

14 heures. Dans le bloc on n'entendait que le délicat cliquetis des pinces et des ciseaux et les ordres claquants du chirurgien. C'était le calme absolu, Swan ouvrait très rarement la bouche et j'aurais presque pu la remercier d'éviter de nous pourrir l'ambiance sonore. Sa voix m'exaspérait au point de m'empêcher de me concentrer, mais ce matin elle semblait avoir mieux à faire.

Après ça on enchaîna encore sur trois autres interventions, interminables et épuisantes!

17 heures! Il était déjà 17 heures lorsque le programme fut enfin bouclé, personne n'avait eu le temps de vraiment déjeuner, à peine un pain au chocolat avalé à toute vitesse entre deux opérations et quelques cafés pour tenir le coup. J'avais froid, la température dans ce foutu bloc était polaire, et j'avais mal partout, je n'osais imaginer dans quel état étaient ceux de l'autre côté du champ qui ne pouvaient jamais s'asseoir.

Je quittai le bloc à toute vitesse et me changeai encore plus rapidement en appréciant la chaleur du vestiaire. Je voulais profiter de ce moment de répit pour prendre un repas digne de ce nom.

Alice ne tarda pas à nous rejoindre alors qu'avec Jasper nous étions assis sur l'herbe au soleil devant l'internat occupés à dévorer un énorme sandwich. En plantant les dents dans le pain un peu sec j'imaginais ce que devait ressentir un mec qui prenait son premier vrai repas après avoir passé deux mois dans le désert. Malgré les tomates au goût insipide ce truc avait l'air d'un dîner quatre étoiles, et c'était la dernière chose que je risquais d'avaler avant de nombreuses heures.

"-Edward t'en mets partout! Mange proprement!"

"-Oh Alice t'es pas ma mère encore, laisse-moi profiter du dernier repas du condamné!"

"-T'es de garde ce soir?"

"-Touché! Quelle perspicacité!"

"-Et bah vu ton humeur je plains ceux qui te croiseront cette nuit!"

"-Merci de ta compassion Alice je vais en avoir besoin!" Swan se laissa tomber à côté de nous, les bras chargés de victuailles diverses qu'elle semblait vouloir engloutir le plus rapidement possible.

"-T'es aussi de garde Bella?"

"-oh oui malheureusement..." Mais elle arrêterait de se plaindre un jour? Bon d'accord je faisais la même chose mais ça n'avait rien à voir. J'entamais ma deuxième semaine catastrophique, j'avais des raisons! Ce qui n'était pas du tout son cas! Je retins la remarque acide qui menaçait de franchir mes lèvres, devant les autres ce n'était pas une bonne idée, même si ça commençait doucement à me peser de ne pas pouvoir dire ce que je voulais à Swan!

"-Et bah vous pourrez vous soutenir mutuellement! Surtout si vous devez vous retrouver au bloc ensemble!' Oh ne parle pas de malheur! Cette fois-ci je dus carrément me mordre la langue pour ne pas lui expliquer ma façon de penser et je me contentai de répondre par un grognement qui fit écho à celui que Swan poussa juste avant de mordre dans son sandwich.

Jasper nous regardait tour à tour avec l'air de franchement se marrer, j'étais certain qu'il n'était pas dupe et qu'il savait très bien qu'on ne pouvait toujours pas se sentir mais au moins il laissait Alice dans l'ignorance, c'était tout ce que je lui demandais. Je lui envoyai un paquet de chips à la figure pour effacer son sourire de crétin qui ne cessait de s'élargir, sans aucune efficacité malheureusement.

Une fois mon repas terminé je m'allongeai sur l'herbe et fermai les yeux. Le soleil réchauffait doucement ma peau, les oiseaux piaillaient et sans le bavardage incessant des autres et la promesse d'une longue nuit de veille j'aurais pu penser être au paradis. Mes doigts courraient dans les brins d'herbe tendre et je commençais dangereusement à dériver vers le sommeil quand la voix de Jasper me ramena à la réalité.

"-Bon il serait temps d'y retourner non?" presque 18 heures, oui juste le temps de remonter dans le service de réanimation avant de prendre ma garde...

Pov B

La règle numéro un avant une garde? Faire son lit! Ce n'était pas à trois heures du matin qu'il fallait s'inquiéter de ces choses-là, en pleine nuit on avait généralement mieux à faire que de se lancer dans ses fouilles archéologiques périlleuses pour trouver des draps propres. La deuxième règle? Mettre de côté un truc à manger pour la nuit et une ou deux bouteilles d'eau qu'il fallait se forcer à boire avant de se dessécher à parcourir les interminables couloirs recouverts par l'horrible linoléum jaunâtre. D'ailleurs qui était le crétin qui avait un jour décrété qu'il fallait peindre les couloirs des hôpitaux avec d'affreuses couleurs pastelles? Et non les photos de coquelicots accrochées aux murs ne rendaient pas les choses moins sinistres! C'était à vous faire perdre foi en l'humanité pour les questions de décoration!

Manger, boire, dormir... en somme les règles de survie élémentaires en milieu hostile! Le sexe aussi est un besoin élémentaire non? Question de préservation de l'espèce... Oui mais non, là dans le contexte c'était totalement inapproprié. Pourtant on pourrait coincer Cullen dans une chambre de garde...

C'était à croire que je commençais méchamment à virer schizophrène et la partie la plus envahissante de mon cerveau semblait développer une obsession pathologique pour Cullen.

D'ailleurs quand on parle du loup... On en voit la queue? Pitié non, épargnez moi la vision d'horreur. Je suis certaine que ce n'est pas si horrible... Et bien reste sur tes certitudes alors on n'ira pas vérifier!

Faire des joutes verbales avec sa conscience un signe de folie? Je devrais peut-être aller consulter Jasper, on devrait avoir deux trois trucs à se dire lui et moi!

Je pris un ensemble de draps sur le chariot pendant que Cullen faisait la même chose de son côté. En voilà un qui avait compris les règles!

Nos regards se croisèrent au-dessus de la pile de linge à l'odeur déprimante de désinfectant et nos doigts se frôlèrent. Je retirais brusquement ma main avec la sensation de m'être brûlée. La vivacité de mon geste ne lui échappa pas mais il ne fit pas la moindre remarque, se contentant de prendre le drap et d'entrer dans une chambre de garde. Je restais quelques secondes abasourdie par son absence de réaction et par la sensation de chaleur toujours présente sur ma peau à l'endroit où ses doigts étaient entrés en contact avec les miens. Même mon corps réagissait de façon épidermique à sa présence, il était comme un allergène particulièrement violent dont le moindre contact entraînait une réaction disproportionnée.

Je fis mon lit sans plus penser à Cullen et déposai des affaires dessus pour dissuader d'éventuels squatteurs. MON territoire! Tu veux faire pipi dessus aussi ou ça ira? Non ça ira! Mais il n'y avait rien de plus désagréable que trouver quelqu'un endormi sur le lit qu'on s'était préparé!

J'enfilai rapidement ma tenue de garde et appelai mon chef d'astreinte. Il me souhaita une nuit calme et quelques heures de sommeil et même si je savais qu'il y avait peu de chance que ce soit le cas, j'effectuai quand même une petite prière mentale avant de rejoindre mon service.

Les premières heures furent désespérément mornes et longues, la soirée passa tranquillement, quelques avis à donner, rien de bien palpitant. J'aurais pu me sentir rassurée mais je savais pertinemment que les nuits qui commençaient calmement finissaient rarement de la même façon. Question de justice ou je ne sais pas quoi, passer une garde calme c'était un truc qui n'existait pas dans mon monde. Et comme pour me donner raison il n'était même pas vingt-deux heures lorsque le téléphone sonna pour que je descende rejoindre mon chef au bloc pour une sale histoire d'occlusion avec un possible risque de nécrose du grêle, de quoi être bien certain de passer des heures à opérer. Par la porte du vestiaire je voyais mes heures de sommeil me faire un petit coucou de la main. Ouais il y avait peu de chance que ma tête touche un oreiller cette nuit!

Cullen était là aussi, après avoir passé la journée dans le même bloc il fallait croire qu'on était aussi condamnés à se supporter pour la nuit.

Nous passâmes plus de deux heures les mains enfouies dans le ventre du patient à tripoter des anses grêles mais l'ambiance était détendue. C'était le début de la nuit, le chef de Cullen nous racontait le week-end mouvementé qu'il venait de passer avec ses quatre enfants loin de New York. A la façon font il en parlait on avait plutôt l'impression qu'il était chef d'une tribu de petits singes turbulents que d'une famille. Il exagérait peut-être les choses pour les rendre plus amusantes à raconter mais ses enfants avaient l'air intenables.

L'intervention se déroula parfaitement bien et plutôt rapidement en fin de compte, il nous fallut ensuite prendre en charge une péritonite et lorsque nous sortîmes du bloc il était à peine trois heures. L'heure parfaite pour aller se coucher si toutefois la foutue sonnerie horripilante du téléphone voulait bien m'en donner la possibilité.

Avant de rejoindre la chambre de garde je remontais dans mon service pour voir comment allaient les choses, visite inutile mais tant qu'à être là autant savoir comment allaient nos patients!

Les longs couloirs déserts baignaient dans l'obscurité, seul le bruit de mes pas résonnait comme une mélodie monotone parfois accompagnée du bip régulier d'un scope qui se faisait entendre à travers la porte close d'une chambre. J'avançais doucement dans cette atmosphère feutrée.

Les grandes baies vitrées offraient une vue magnifique. Je m'arrêtais quelques secondes pour contempler la ville qui ne dormait jamais. New York baignait dans un halo de lumière jaune. Il pleuvait cette nuit, de minuscules gouttes de pluie s'écrasaient contre les vitres, brouillant ma vue. Le ciel était trouble et teinté de lueurs vaporeuses et rougeâtres, il ne faisait jamais totalement nuit ici, aucune étoile ne pouvait briller dans ce ciel plus rouge que noir. J'aurais aimé pouvoir sortir prendre l'air un peu, mais mes yeux commençaient à me piquer douloureusement, comme pour me rappeler qu'il fallait profiter de chaque instant de répit pour dormir.

Tout semblait calme dans le service, le gazouillis discret des infirmières dans l'office troublait le silence. Je m'empressais de les rejoindre pour qu'elles m'informent des éventuels problèmes mais comme il fallait s'y attendre tout se passait bien.

"-Si il y a un problème appelez-moi, je vais aller dormir en attendant la prochaine sonnerie du téléphone."

"-ça devrait être calme ici cette nuit, tu peux aller te coucher tranquillement. Tu veux prendre un thé avant?"

"-Oui bonne idée!" J'eus à peine le temps de me laisser tomber sur une chaise avec toute la grâce d'un hippopotame à l'agonie qu'une tasse d'eau brûlante arriva devant moi ainsi qu'une boite de sachets de thé aux parfums divers et variés.

Je remerciai Kate qui était déjà en train de me raconter la soirée dans les moindres détails. Il était trois heures du matin, elle babillait à toute vitesse de sa voix chantante comme si elle venait de se réveiller alors que moi j'avais bien du mal à capter un mot du cinq de ce qu'elle me racontait. Mon cerveau était noyé dans une brume épaisse, maintenant que je n'étais plus occupée j'étais incapable de me concentrer. Le délicat parfum de fruits rouges qui montait de la tasse m'apaisait, il m'entraînait loin d'ici, dans un jardin en plein été. Progressivement je me sentais aspirée par le sommeil, j'étais bien, et ce thé qui n'avait pas le moindre goût sentait vraiment bon! Le babillage de Kate me berçait, je répondais par monosyllabes, mais elle ne semblait pas s'en formaliser, faire les questions et les réponses ne la dérangeait apparemment pas.

C'était tellement bon de mettre son esprit sur pause et de se laisser flotter.

"-Bon file te coucher tu dors debout!" Je fus ramenée à la conscience par la main de Kate sur mon épaule.

Je descendis les étages comme une funambule, au radar, mes instincts primaires avaient pris le pas pour me guider jusqu'au lit le plus proche : la chambre de garde. Survie en milieu hostile vous vous souvenez? Pour ça il fallait avoir une sorte de pilote automatique intégré avec un plan précis de l'hôpital capable de vous diriger à la place de votre tête qui se carapatait avec sa copine la conscience à la moindre occasion. Il était plus que temps que je dorme!

Cinq minutes? Huit minutes peut-être avaient passé lorsque ce foutu bip me tira du sommeil. Aux dires de ma montre, mais je ne lui faisais pas vraiment confiance, je dormais depuis presque deux heures et pourtant c'était comme si je venais de poser la tête sur l'oreiller. Mais pas le temps de traîner, j'attrapais ma blouse en vitesse pendant qu'on me racontait par téléphone l'histoire de ce jeune patient. Vingt et un ans, à peine, une histoire de pluie et d'escalier. Son pied avait apparemment glissé sur une marche d'acier rendue glissante par les trombes d'eau qui s'abattaient sur New York cette nuit, sa tête avait heurté le béton et il était resté là, combien de temps? Tout le monde l'ignorait! Son voisin, qui partait travailler avant le lever du jour l'avait trouvé inconscient au pied de l'escalier extérieur.

Le bilan fut fait en un temps record, le patient présentait des signes de chocs évidents, plus blanc que la mort, les extrémités bleuies par la cyanose, les genoux marbrés, tachycardie, respiration rapide et toute une cohorte de signes qui ne trompaient pas. Il y avait une hémorragie, mais trop de sang pour voir la localisation précise de la lésion, les côtes fracturées avaient dû faire du dégât. Voilà comment à cinq heures du matin je me retrouvais au vestiaire à laver mes mains une première fois. Cullen et son chef transfusaient déjà le patient lorsque je passais la porte du bloc. On allait devoir ouvrir, voir où ça saignait et nettoyer le péritoine. Enfin ça c'était sur le papier, dans la réalité les choses étaient toujours un peu plus compliquées.

Mon chef était silencieux, concentré. Les seules paroles qui fusaient dans le bloc étaient les informations et les ordres essentiels.

Incision... Côté anesthésie ça s'agitait, avec ce genre de patient ils avaient la partie la plus délicate du travail, le stabiliser, le maintenir en vie le temps qu'on puisse intervenir.

Une fois la paroi ouverte et les écarteurs mis en place, c'est vers l'aorte que nos regards inquiets se portèrent. C'était un point stratégique, mais la grosse artère battait au rythme rapide du cœur. Elle était intacte, pas de geysers rouges. Je croisais le regard de mon chef, soulagé, on pouvait enfin respirer et chercher d'où venait cette hémorragie.

Plus haut, la rate... en se brisant la dernière côte l'avait lésée, et elle saignait, saignait à n'en plus finir...

"-Vous avez trouvé d'où ça vient?"

"-La rate... embrochée par la côte, de votre côté ça se passe comment? Vous avez transfusé combien de poches?"

"-On en est à la fin de la deuxième... on commence bientôt la troisième, mais s'il continue de se vider à ce rythme-là on ne pourra pas transfuser assez vite!" Cullen d'habitude si calme au bloc montrait quelques signes d'agitation. Avec une hémorragie comme ça c'était l'arrêt cardiaque qui nous guettait, la pompe risquait de se désamorcer par perte de volume de sang.

Un silence glacial régnait dans le bloc, seulement troublé par le bip agaçant et trop rapide du scope côté anesthésie.

Nos gestes étaient vifs, précis, mécaniques. Toute trace de fatigue avait disparue, l'adrénaline qui coulait dans mes veines l'avait remplacée. Je ne m'étais jamais sentie aussi réveillée et concentrée qu'à cet instant.

"-Arrêt, il s'arrête." La voix du chef de Cullen suspendit nos gestes. Le cœur nous lâchait. Tout le monde commença à s'agiter, on descendit la table à son maximum, coup de poing sur le sternum et mon chef commença à masser. Deux minutes passèrent mais toujours rien, je pris le relais avant qu'il ne s'épuise, rien...

"-Bella t'es trop rapide! Tiens je te tourne l'écran, t'es à 120, ralentis" Cullen tourna vers moi le scope. Je réalisais à peine que pour ce qui était très certainement la première fois de sa vie il m'avait appelée Bella. Sa voix transpirait le stress et l'inquiétude, je tentais de ralentir le rythme de mes compressions sans m'appesantir davantage sur sa voix douce et cordiale.

Deux minutes encore... j'enchaînais plusieurs cycles mais rien. Cullen et son chef voletaient en tous sens en injectant tout un tas de trucs, je n'avais pas la moindre idée de ce que c'était mais nos efforts furent vains.

"-Bella ça suffit maintenant, on arrête" La voix du chirurgien était douce, il savait à quel point il était difficile d'interrompre le massage...

Vingt et un ans... le patient avait vingt et un ans et on venait de le perdre...

Comme une masse toute la fatigue accumulée au cours de la nuit retomba sur mes épaules. D'un seul coup je ne vis plus toute l'agitation qui régnait dans le bloc, ma tête était embrumée, j'avais presque la sensation de ne pas être là. Je flottais dans un brouillard épais, mes oreilles bourdonnaient. Avec des gestes mécaniques et à peine conscients je commençais à refermer avec mon chef. Nos doigts bougeaient avec agilité. Personne ne parlait, perdre un patient sur la table c'était une chose terriblement difficile mais heureusement rare, perdre un patient si jeune c'était un choc terrible. Vingt et un an ce n'était pas un âge pour mourir surtout d'une chute stupide. J'avais la tête pleine d'incompréhensions et surtout je sentais la colère monter en moi. On aurait pu le sauver, s'il avait été trouvé plus tôt! Je déroulais dans ma tête tous les si qui auraient pu le maintenir en vie, c'était une torture inutile mais je n'arrivais pas à chasser ces pensées parasites. Mais lorsqu'on en arrivait à se dire que s'il n'y avait pas eu de pluie cette nuit-là il ne se serait jamais retrouvé dans ce bloc, il était temps d'arrêter de réfléchir.

Les panseuses rangèrent les instruments, mon chef rédigea les papiers. Celui de Cullen ex-tubait le patient. Je pris une compresse mouillée et commençais à nettoyer les taches de sang qui maculaient la peau blafarde. Les larmes me piquaient les yeux mais je faisais tout pour les retenir, ce n'était pas professionnel, je devais attendre d'être sortie. Ce n'était pas la première fois que j'étais confrontée à cette situation mais à croire qu'on ne s'habituait jamais à ces choses-là...

Avant de sortir le chirurgien posa sur mon épaule sa main réconfortante et la pressa doucement. Je m'acharnais sur les taches de sang séché. Je tentais d'évacuer ma colère, ma frustration et mon dépit. Dans ces instants-là, l'immense sentiment d'impuissance qu'on ressent nous submerge de désespoir. J'étais impuissante, toutes nos années d'études étaient impuissantes, tout notre savoir-faire ne pouvait lutter contre cette fatalité... et elle avait un goût amer.

Cullen contourna le champ, prit lui aussi une compresse mouillée et s'attaqua à l'autre côté. Nous travaillâmes en silence, sans nous regarder, perdus dans nos sombres pensées. Pour moi ce patient récupérait l'identité qu'il avait perdue en entrant dans le bloc. Il avait une famille, des amis, une vie... Et il avait perdu tout ça sans qu'on ne puisse rien faire. Et je savais que Cullen pensait à la même chose, cela se voyait dans les gestes acharnés de ses longs doigts fins.

Une fois la peau débarrassée de la moindre tâche de sang ou de bétadine je laissais les panseuses prendre le relais. En quittant le bloc, je croisais le regard sombre de Cullen. C'était bête mais j'avais l'impression d'avoir partagé quelque chose avec lui. Nous avions partagé un instant de désespoir et d'impuissance.

Dans le vestiaire j'arrachais mon masque en tentant de calmer les sanglots que je sentais monter en moi. J'étais soulagée de trouver la pièce vide mais ça ne serait pas longtemps le cas alors j'attrapais ma blouse et m'engouffrais dans l'escalier de service qui menait dehors, derrière l'hôpital.

Mes pas résonnèrent sinistrement sur les marches de béton, en se refermant la porte émit un son métallique assourdissant. Le poids sur ma poitrine ne cessait de grossir.

La première bouffée d'air frais que je respirais me fit un bien fou. L'arrière de l'hôpital était désert et ça me convenait parfaitement. Je m'assis sur le rebord glacial du trottoir et enfin je laissais les larmes couler le long de mes joues. Les lueurs bleutées de l'aube baignaient le ciel. La boule qui obstruait ma gorge semblait se dégonfler un peu à mesure que je pleurais. Le bruit de mes sanglots résonnait longtemps dans le silence. Après quelques minutes je me calmais et essuyais mes joues d'un geste rageur, agacée de m'être ainsi laissée aller. Alors que je reniflais disgracieusement la porte s'ouvrit derrière moi. Je me forçais à respirer calmement pour faire disparaître toutes traces de ma crise de larmes.

Un gobelet de café apparut devant mes yeux. Je connaissais la main qui le tenait mais je remontais quand même la tête pour être sure. Ça ne pouvait pas être la personne que je pensais que c'était, trop improbable. Et pourtant ce fut bien le regard vert émeraude de Cullen que je rencontrais.

Je tendis la main mais suspendis mon geste quelques secondes avant de me saisir du café. A quel moment avais-je basculé dans la quatrième dimension au juste?

"-Je vais pas le tenir une semaine! J'ai rien mis dedans! Désolé j'ai pas trouvé de cyanure!"

"-Tu te reconvertis en serveur maintenant?"

"-Rien à voir, je fais du social. J'ai la sale habitude de m'apitoyer sur les chiens abandonnés!" Étrangement au lieu de me mettre les nerfs à vif sa petite pique me fit sourire. J'avais l'impression de retrouver quelque chose du quotidien, c'était réconfortant.

Cullen se laissa tomber à mes côtés, il étira ses longues jambes avant de s'allumer une cigarette. La première gorgée de café me fit un bien fou, ce fut seulement lorsque le liquide me réchauffa de l'intérieur que je pris conscience d'à quel point j'étais gelée.

Je regardais les volutes de fumée que Cullen exhalait. Le bleu de ciel devenait de plus en plus clair. A l'est on pouvait voir les lueurs rougeoyantes et mordorées du lever du soleil. Cullen était si proche de moi que nos jambes auraient pu se toucher, j'avais l'impression d'être entourée de son parfum, un mélange de tabac, de senteur de menthe poivrée avec quelque chose de plus doux que je ne saurais définir. C'était réconfortant, je me surpris à respirer son parfum profondément, il m'apportait quelque chose de surprenant comme de l'apaisement.

Un oiseau traversa le ciel. J'aurais aimé éprouver la même sensation de liberté, le poids sur ma poitrine était toujours bien présent. J'étais épuisée et la sensation d'impuissance ne voulait pas lâcher prise.

Perdue dans mes pensées j'appréciais que Cullen n'éprouve pas le besoin de troubler ce moment avec une remarque désagréable. Mais bizarrement je ne détestais pas le fait qu'il soit là. J'étais si perdue que toute compagnie était bonne à prendre, fusse-t-elle celle de Cullen... et puis nous venions de vivre la même chose alors j'imagine qu'il avait le droit d'être ici lui aussi.

La petite voix désagréable dans ma tête qui éprouvait toujours le besoin de la ramener quand Cullen était dans les parages était aux abonnés absents. Certainement terrassée par l'épuisement!

Le vide, le silence... j'accueillais avec joie l'immense sensation d'épuisement qui brouillait mes pensées. Elle m'empêchait de réfléchir.

Cullen se leva d'un geste souple et sans un mot il rentra.

Je tenais toujours serré dans mes mains le gobelet de café qui commençait à refroidir. Le jour était presque entièrement levé maintenant et j'espérais qu'on n'ait plus besoin de moi aujourd'hui. J'avalais rapidement les quelques gouttes de café au fond de ma tasse et pris le même chemin que Cullen, quelques heures encore et je pourrais rentrer à la maison et oublier toute cette nuit de cauchemars, pour quelques heures au moins!

Pov E

Staff de débriefing de la nuit et passage obligé au Starbucks avant de rentrer à l'appart. La seule chose que j'appréciais des nuits de garde c'était le petit déjeuner du lendemain matin. Mon état de fatigue me faisait encore plus apprécier ce moment. Un beau soleil rayonnait sur la ville, il faisait bon, c'était agréable, j'avais la sensation de revenir dans le monde des vivants. Attablé devant un grand café, un muffin aux myrtilles et une assiette de pancakes, je savourais ce début de journée que je passerais à ne rien faire d'autre que de dormir et traîner à l'appart. J'en avais bien besoin après cette nuit!

A quelques tables de moi Swan picorait un muffin sans appétit, ses yeux tristes étaient perdus dehors à contempler les allées et venues sur le trottoir. Cette nuit avait été très dure et particulièrement pour elle. Ses traits étaient tirés, ses yeux caverneux et son teint pâle et blafard. Elle n'était pas au mieux de sa forme.

Elle détonnait au milieu du brouhaha joyeux du café, elle n'était pas encore de retour parmi les vivants! Son regard voilé et fatigué devant faire peur aux deux enfants assis à une table entre nous.

Vous avez déjà eu cette sensation étrange de partager quelque chose avec quelqu'un d'autre? Quelqu'un avec qui vous n'aviez aucune affinité? Et bien lorsque je croisais le regard de Swan j'eus cette sensation. Nous étions perdus au milieu d'un tourbillon d'étrangers avec qui nous ne vivrions rien de plus que ces quelques secondes dans ce Starbucks mais avec elle je partageais quelque chose... une nuit cauchemardesque. Une nuit pendant laquelle sa présence ne m'avait pas dérangé contrairement à d'habitude. J'y avais été totalement indifférent, détaché, et pourtant ce matin-là en perdant mes yeux dans les siens j'avais la sensation d'être plus proche d'elle que de n'importe qui d'autre dans cette ville.

Je secouai la tête et me levais, il était temps que j'aille dormir, mes pensées n'avaient aucun sens!

Neuf heures d'un sommeil profond et une longue douche brûlante plus tard j'avais la sensation de revivre. J'allais m'affaler dans le canapé du salon. Jasper et Rosalie étaient là aussi, je ne comprenais rien à leur discussion animée mais leurs voix avaient au moins le mérite de me sortir de ma torpeur.

Lorsqu'ils se turent je leur fis rapidement le résumé de ma garde, c'était une forme de catharsis pour nous de se raconter ce que nous voyions à longueur de journée. Mais avant que je puisse terminer mon récit Swan déboula dans la pièce, une paire de ballerines à la main.

"-Neuves! Elles étaient neuves! Je venais de les acheter!" Elle me montra les chaussures complètement mordillées. Pour une fois sa voix était calme mais nul doute que si les autres n'avaient pas été là elle aurait hurlé pour exprimer sa rage.

"-C'est bon Alice n'est pas là, vous pouvez vous taper dessus!" Jasper ricana à la remarque de Rosalie.

"-Hein?"

'-C'est bon Bella! Personne à part Alice ne croit à votre histoire de trêve! Vous auriez pu trouver autre chose d'ailleurs, ça tient pas debout! Tu peux l'étriper, je compte les points!"

Swan et moi regardions Rosalie avec étonnement. Comme je le pensais elle et Jasper avaient quelques doutes sur la véracité de notre "trêve" !

Je me levais avant que les choses ne dégénèrent, je venais de me réveiller et je n'avais aucune envie de me prendre la tête avec Swan dès le matin! Enfin dès le soir plutôt vu l'heure qu'il était!

"-Ça va me dis pas ça à moi j'y suis pour rien, je n'étais même pas là! De toute façon elles étaient moches ces chaussures!" Je détalais avant que son regard courroucé se transforme en quelque chose de beaucoup plus menaçant. Mais c'était entièrement vrai! D'abord pour une fois je n'avais pas donné ses chaussures à Tinny, elle avait dû prendre l'habitude toute seule, et ensuite Swan était faite pour porter de hauts talons qui mettaient ses longues jambes en valeur, pas ces petits machins tout noirs et tout plats!

Alors ce chapitre ? Qu'en dites vous ?

A bientôt pour la suite !