Titre : RAPT

Auteur : Euhh… ben moi… oui, moi.

Disclaimer : Pour le besoin de l'histoire, certains personnages ont été tirés de mon imagination sinon les personnages principaux appartiennent à JKR… encore et toujours.

Genre : Angst/ Yaoi (for ever !)/Aventure/Romance/*reprend son souffle*… puis ben c'est tout… pour le moment…

Pairing : HP/DM (dans l'ordre)

Rating : M (of course) à cause entre autres du langage quelque peu… trivial dont j'userai dans les chapitres à venir.

Avertissements : ATTENTION ! Romance et scènes explicites entre deux hommes, si ça ne vous convient pas ne lisez pas !

Remerciements : Mes Bêtas :

Lina alias linaewen ilca la première a m'avoir donné son avis sur ma fic, à avoir lu mon pavé malgré le boulot monstre qu'elle a. Kiff You Lina !

Nathalie Bleger alias Pilgrim67 qui m'a boostée et poussée à écrire, qui m'a permis de publier les prémices de ma fic sur son groupe officiel de « Mon Ciel Dans Ton Enfer » sur Facebook. Merci ma belle !

Célia alias thytecelia une superbe rencontre sur le groupe de Nathalie. Merci pour tes encouragements et pour ta relecture.

My Candy Baby alias Cainael merci pour tes remarques pertinentes et pour ton Rainymood, j'en décolle plus !

Dédicace : À ma Dame de Cœur

Bonne lecture !

RAPT

HP/DM UA

CHAPITRE 1

Ombres et Lumières

Les chiffres à l'écran commençaient à danser devant ses yeux. Depuis quelques minutes, Draco avait l'impression de lire inlassablement la même ligne. Il se passa les mains sur le visage, il devait faire une pause. Son manque de concentration risquait de lui faire recommencer ses calculs. Il reposa son stylo en argent sur le support de cuir brun de l'immense bureau en bois ébène. Bureau qui avait appartenu à son père, grand-père et bien avant ça à son arrière grand-père.

Il se pinça l'arrêt du nez, épuisé. Il n'entendait même plus la voix incomparable de Maria Callas qui s'élevait et remplissait doucement la pièce de ses octaves. D'habitude, la musique avait sur lui un effet presque magique, celui de se diffuser en lui et faire lentement disparaître ses tracas quotidiens. Mais ce soir, son esprit bien trop préoccupé s'était fermé a la douce mélodie.

Il massa son cou endolori et grimaça en s'adossant contre son confortable fauteuil de cuir noir. Le dos douloureux, il s'étira. D'un œil morne il regarda encore une fois les tableaux qui lui renvoyaient des statistiques qui en auraient fait perdre son latin aux plus chevronnés des analystes financiers.

Depuis combien de temps était-il resté penché sur ce maudit rapport ?

Il jeta un coup d'œil inquiet à la Breitling à son poignet :

19 h 30. Déjà !

Il n'avait pas vu le temps passer ! Il perdait toujours toutes notions quand il se plongeait dans son travail et là, il s'était complément laissé noyer par cette marrée de chiffres.

D'un mouvement vif, il fit pivoter son siège pour se retrouver face aux immenses baies vitrées. Leurs hauteurs effaçaient les limites, lui offraient le ciel.

Bizarrement, l'abîme qui s'étendait devant lui, loin de lui donnait le vertige, l'apaisa. D'ici rien ne pouvait l'atteindre et à chaque fois qu'il se disait ça une étrange sensation de liberté et de puissance étreignait son cœur. Il oubliait qu'il se trouvait à plus de 300 mètres du sol. De là où il était, il semblait faire corps avec les nuées. Draco prit une profonde inspiration comme pour se gorger de l'air frais extérieur.

Ses yeux un peu alourdis par la fatigue fouillaient la nuit, recherchaient instinctivement la lune. Il leva un peu la tête, elle était là, belle, ronde, amarrée à l'empire State Building. Son halo éblouissant narguait les éclairages de la bâtisse.

Du haut de sa tour de verre, le panorama lui offrait une vue imprenable. New York scintillait de mille feux. Pour la énième fois, il se dit que cette ville était magnifique lorsqu'elle revêtait ses habits de lumière et comme Narcisse, sur la surface obscure et mouvante de l'Hudson son reflet brillait de netteté.

Draco regardait les éclairages s'allumer ça et là, comme des étoiles naissantes dans la sphère urbaine. Le monde à ses pieds commençait à s'agiter. Une fois encore, l'obscurité allait révéler ses secrets. On disait que New York ne dormait pas, qu'elle ne se refusait jamais à ses admirateurs.

Pourtant, il savait – pour être rentré à des heures impossibles – que ses rues pouvaient devenir une succession de scènes désertes. Mais vu d'ici, elle lui dédiait ses plus beaux atouts.

Tous les soirs il avait droit à cet éblouissant spectacle et jamais il n'en profitait vraiment. Draco eut soudain envie de la photographier, de voir comment elle rendrait capturée dans son objectif, la trouverait-il toujours aussi fascinante ?

Ça faisait longtemps qu'il n'avait plus ressenti l'envie de prendre des photos. Il pensait que la tonne de travail quotidienne avait tué tout désir en lui. Ça faisait longtemps qu'il n'avait plus ressenti l'envie de faire quoique ce soit d'autre que de dresser des plans stratégiques, fidéliser des actionnaires, réviser les budgets, superviser les actions des ses collaborateurs…

Et à bien y réfléchir, c'était carrément glauque.

Draco leva un sourcil interrogateur, mais le fronça aussitôt. Il valait mieux ne pas pousser plus loin la réflexion, chercher le pourquoi du comment. Il avait peur que ses introspections ne l'entrainent sur une pente bien trop glissante.

« Lundi, je prendrai mon appareil et on verra bien... » se dit-il en regardant distraitement les flashes des feux des voitures microscopiques filaient à toute allure dans le dédale des avenues.

— Monsieur ? répéta une voix d'un ton inquiet.

Draco fut tiré de sa rêverie par cette voix familière.

À contrecœur, il s'arracha à sa contemplation, se retourna pour toiser l'intruse.

— Minerva, que faites-vous encore là ?

Sa froideur n'échappa pas à la nouvelle venue. Sans se démonter, elle avança vers lui, un imperceptible sourire aux lèvres. Il y a bien longtemps qu'elle ne faisait plus cas du caractère ombrageux de son patron.

— Je préparais le rapport Fisher que vous avez réclamé.

Draco fonça les sourcils. « Le rapport Fisher ? Le rapport Fisher ? » Il ne se rappelait plus...

« Le ra… Eh Merde ! » manqua-t-il de peu de lâcher.

Comment avait-il pu oublier une chose pareille ? Ça faisait des mois qu'il planchait sur ce foutu dossier. Il ne pouvait pas se permettre de flancher maintenant.

Dans quelques semaines 80 % des plateformes de la Mer du Nord lui appartiendraient.

Sa prochaine rencontre avec Nicholas Fisher Directeur General de la « Petrolyn Corporation » aboutirait à la signature d'une future collaboration. Cette nouvelle ferait l'effet d'une bombe. Les économistes et autres journalistes auraient un os à ronger pendant un bon bout de temps. Draco voyait d'ici les indices de la bourse s'affoler. Ça sera un coup fatal pour les Russes. Avec un peu de chance, Maksim Kerzof reconsidérerait sa proposition de fusionner avec son groupe et s'il le faisait Draco ne lui laisserait aucune échappatoire. Pas cette fois. Un rictus calculateur étirait ses lèvres fines.

— Le voici Monsieur.

Le jeune homme reporta son attention sur sa secrétaire et leva les yeux au ciel excédé par l'évidente ironie qu'elle affichait. Elle se moquait, l'impudente. Elle n'avait même pas peur qu'il la vire !

Malgré lui, Draco lâcha une mimique à mi-chemin entre la grimace et le sourire.

Il avait beau jouer les patrons distants et tyranniques, faire trembler son monde, elle restait d'une humeur égale.

Minerva le connaissait par cœur depuis trop longtemps. Il n'arrivait plus à se souvenir depuis quand elle travaillait pour son père.

Il se rappelait que petit, lorsque ce dernier le trimballait à son bureau, pour qu'il l'attende sagement, elle lui donnait des feuilles et des feutres de couleurs. Et quand les rendez-vous de son père s'éternisaient — et ils s'éternisaient souvent — Minerva lui trouvait 36 milles petites choses à faire. Il ne s'ennuyait jamais. Il aimait bien venir ici.

En grandissant, il avait commencé à trainer des pieds lorsqu'il avait compris ce que son père appelait « une petite urgence au bureau », et que dans l'histoire, il avait su qu'il n'avait fait que servir d'alibi. Il rechignait de plus en plus à l'accompagner. Il avait commencé à s'en vouloir d'assentir à ses mensonges. Heureusement, Minerva était là. Elle lui donnait des cookies et un grand verre de lait dans lequel il noyait sa culpabilité.

Il se souvint aussi non sans un sourire, de la fois, où à l'occasion de son 14ième anniversaire elle avait organisé une immense fête et avait invité des élèves de son école. Mé-mo-ra-ble. Sa cote de popularité était montée en flèche. Belle revanche pour « l'aryen », « le roi des elfes », « le peroxydé » …

Mais le plus fameux fut pour ses 16 ans il n'avait jamais su par quel miracle Minerva avait réussi à convaincre ses parents. Mais ils lui avaient acheté une voiture, sa toute première. Une Mustang décapotable grise métallisée : un vrai piège à filles !

Discrète, dévouée, rassurante. Elle avait ponctué sa vie de sa présence. Veillant sur lui de loin comme une ombre bienveillante.

C'est pourquoi, lors de la signature de son contrat en tant que Vice-président, en plus d'innombrables conditions, il avait exigé qu'elle soit sa secrétaire. Il la voulait à ses côtés.

Son père avait rechigné conscient qu'il perdait un précieux atout. Mais il avait fini par céder.

À présent, Minerva McGonagall était son alliée, sa force et par moment sa tête, dans cette entreprise où il n'avait jamais souhaité travailler.

Elle planifiait ses journées, ses soirées, confirmait ou annulait ses déplacements, prenait en charge la gestion de certain dossiers, relançait les clients. Elle s'occupait même d'arranger ses rendez-vous galants, de faire parvenir des fleurs et autres présents pour désamorcer ses ruptures.

Plus que jamais, il comprenait pourquoi son père la voulait auprès de lui, sa diplomatie aurait été appréciée en politique. Ses yeux perçants ne laissaient rien échapper. Son sens de l'observation aurait été un sacré atout dans ce monde de vautours.

Mais il ne faillait pas s'y tromper, sous ce tact et ce flegme à toute épreuve, se cachait un caractère bien trempé, une langue effilée qui en avait tailladé plus d'un dans son amour propre. Elle pouvait se montrer inflexible et autoritaire.

En son absence, elle menait tout son monde à la baguette et il valait mieux entrer dans ses bonnes grâces : chose pas toujours facile. Son art pour envoyer au diable les importuns n'était plus à prouver.

Draco darda sur elle un regard inquisiteur. Il aimait la provoquer.

— L'avez-vous terminé ?

— Oui monsieur, affirma-t-elle sans s'arrêter sur le fait que par sa question, il remettait en cause ses compétences. Ses yeux, par contre, l'assassinèrent. Draco sourit.

— Vous êtes une perle. Si vous n'étiez pas mariée, je vous aurais épousée.

Il reporta son attention sur le compte-rendu. Sans toutefois se départir de son sourire. Attendant la riposte.

Sarcastique, elle siffla.

— Certainement, et on m'aurait accusée de détournement de mineur.

Draco releva brusquement la tête, l'air faussement vexé.

— Vous exagérez ! J'ai 23 ans, je suis majeur !

— Mm… grogna la secrétaire dubitative.

Minerva adorait le titiller et il le lui rendait bien en général.

— Voici vos billets monsieur.

Draco la regarda étonner.

— Mes billets ? Quels billets ?

— Ceux que vous avez réservés il y a deux mois. Trois places pour le match de ce soir. Lui rappela Minerva d'une voix douce d'où filtrait à présent une pointe d'inquiétude.

C'était la deuxième fois de la journée qu'elle lui parlait de sa sortie avec ses amis, lui demandant si oui ou non il souhaitait qu'elle appelle Andréas. À voir comment le jeune homme la regardait, ça lui était complètement sorti de la tête, ça aussi !

Minerva trouvait qu'il travaillait trop, mais elle ne lui faisait jamais aucune remarque là dessus. Elle connaissait les raisons qui poussaient son patron à se surpasser. Une pression énorme pesait sur ses épaules. Il devait faire ses preuves auprès des vieux requins de la direction.

Ils s'étaient tous montrés réticents à la nomination de Draco à la tête de la « Black Oil Compagny », prétextant sa jeunesse, son inexpérience.

Avec le plus grand mépris, il leur avait ri au nez et s'était vanté de réussir en une année ce qu'ils n'avaient pas pu accomplir en 3. Le président du conseil : Byron Valentin, face à tant d'insolence avait failli faire une crise d'apoplexie. On avait dû arrêter la réunion et le faire évacuer de la salle. Quelle comédie !

Quelques jours plus tard, on convoqua une nouvelle Assemblée Extraordinaire. Mais le jeune Malfoy choisit de ne pas s'y rendre préférant se mettre sans tarder au travail plutôt que de palabrer avec « de vieux séniles » comme il aimait les appeler.

Mais plus d'un gardèrent coincé en travers de la gorge cette injure : la guerre était déclarée.

Son patron à proprement parler ne craignait pas grand-chose. Son nom lui donnait l'avantage. Personne n'oserait s'en prendre ouvertement à un Malfoy. Pourtant au fond d'elle, Minerva avait peur que les machinations de ces « vieux loups » n'en viennent à bout du jeune homme.

Ce dernier avait pris les critiques et autres remarques comme un défi personnel. Depuis, il n'avait pas ménagé ses efforts et il en demandait autant à ses subordonnés. Tout le monde en avait pâti, mais son acharnement avait porté des fruits. Jamais en si peu de temps, les bénéfices de la société n'avaient été aussi importants. Ça n'avait pas été facile, ils avaient souvent eu l'impression de faire un pas en avant et cinq autres en arrière. Mais il n'avait rien lâché.

Les membres du conseil, après avoir minutieusement épluché tous les rapports, avaient fini un peu à contre cœur par reconnaître l'excellent travail qu'avait fourni le jeune homme. Son effronterie à toute épreuve ainsi que son intransigeance en affaire n'étaient plus une légende. Petit à petit, il avait fait taire les rumeurs. Les mauvaises langues ne pouvaient plus dire que sa filiation avait joué dans la balance. Il avait prouvé à tous qu'il était capable malgré son nom, malgré son âge d'endosser la fonction de Vice-président.

Que du positif en somme. Mais à quel prix ?

Elle l'avait vu donner de son temps, de son énergie, parfois au détriment de sa vie privée.

Elle ne comptait plus les fois où elle le retrouvait, le matin endormi, assis à son bureau la tête dans ses dossiers ou complètement recroquevillé dans l'étroit Chesterfield.

Dans ces cas-là, sans le réveiller, elle l'enveloppait d'une couverture. Elle commandait un café pour son réveil, allait chercher des vêtements de rechange et exigeait qu'il ne soit pas dérangé avant 10h. Draco protestait toujours, pour la forme. Mais au fond, il lui en était reconnaissant.

Pourquoi maintenant, qu'il n'avait plus rien à prouver, maintenait-il ce rythme infernal ? Que cherchait-il ?

À ce train-là, il ne tiendrait pas, pensa tristement Minerva.

D'affreux cernes mangeaient ses yeux, accentuant la pâleur de sa peau. Son regard terni par un voile de fatigue quasi permanent avait perdu de son éclat. Ses cheveux un peu trop longs avaient besoin d'une bonne coupe et son complet pourtant taillé sur mesure demandait à être réajusté.

Une irrépressible envie de remplir le réfrigérateur du jeune homme de quelques aliments hyper protéinés la démangeait.

Son charme restait indéniable, mais quelques kilos en plus n'auraient pas été superflus.

Minerva devait se faire violence pour ne pas trop le couver et surtout garder à l'esprit sa fonction auprès de lui. Ce gosse avait déjà une mère !

Pour se rasséréner, elle essayait de se souvenir que derrière cette frêle silhouette, cette apparence lisse presque maladive, se cachait un vrai despote saturé d'orgueil, à l'occasion perfide et manipulateur.

D'une inflexion plus formelle, et avec la raideur dont elle savait faire preuve parfois, elle lui annonça qu'Andréas le chauffeur passerait le prendre à 20 h.

— Le match est à 22 h. Je dois rentrer chez moi. J'ai besoin d'une bonne douche.

— C'est pourquoi je vous ai réservé la chambre 655 au Carlyle Hotel. Vos affaires personnelles y sont déjà. À 20 h, Andréas sera ici, il vous conduira à l'hôtel. Vous aurez le temps de vous doucher, vous changer et manger quelque chose, dit-elle en insistant sur les derniers mots.

Il tiqua, contrarié

— La 655 ? Et la 535 ?

— La 535 n'était pas libre, la Direction s'excuse. Je pense que la 655 vous plaira. À part la taille du lit qui est plus petit, tout y est conforme.

— Merci. Lui dit-il simplement sans relever le sous-entendu, préférant taire une réplique un peu verte.

— Bonne soirée Monsieur ! lui souhaita Minerva avec amabilité avant de tourner les talons et se diriger d'une démarche élégante vers la porte.

Mais à mi-chemin, elle fit demi-tour et revint vers lui d'un pas hésitant. Intrigué, Draco leva un sourcil.

— Pour demain midi, j'ai réservé à la demande de votre père une table pour trois, au Per Se. Lui annonça Minerva d'une voix incertaine.

Draco se raidit instinctivement. Une froide lueur voila aussitôt son regard.

Toute la chaleur de leur entrevue s'était envolée.

— Annulez !

L'ordre claqua comme un fouet, fit sursauter Minerva. Elle se mit à bafouiller.

— Votre… vous vouliez…

— J'ai dit : « ANNULEZ ».

Son effort pour dominer sa colère était visible, son ton était resté calme, mais ses yeux brumeux exprimaient son irritation.

Minerva n'insista pas. Elle lui assura qu'elle décommanderait l'invitation puis elle sortit d'un pas pressé sans demander son reste.

Draco enfonça rageusement ses poings dans ses poches. Il regardait les lumières de la ville sans les voir. Le brouillard de ses pensées recouvrait la vue, la rendait floue et insipide.

Depuis 2 mois, 2 longs mois, il tentait de joindre son père : en vain. À plusieurs reprises, il avait essayé de le contacter, mais il était toujours en déplacement. Draco avait même mis son orgueil de côté en laissant quelques messages sur son numéro privé. Mais rien, pas de nouvelles. Alors, il avait commencé à s'inquiéter.

2 mois sans donner de nouvelles, ça ne lui ressemblait pas. Bon, c'est vrai son père était en pleine campagne sénatoriale. Il n'avait sûrement pas dû trouver une minute à lui. Et puis à bien y réfléchir, s'il lui était arrivé quelque chose, il aurait été le premier averti. Enfin… il l'espérait. Parce qu'avait ce foutu Nott dans les parages …

La dernière fois qu'ils s'étaient croisés, c'était en coup de vent dans les couloirs du Tribeca Grand lors d'un gala de bienfaisances. Ils avaient échangé quelques banalités avant d'être interrompus par un coup de fil auquel son père s'était empressé de répondre, sans même prendre la peine de s'excuser.

Plongé dans ses pourparlers, il lui avait tourné le dos, lui signifiant ainsi que leur conversation était terminée. Mortifié, Draco s'était éclipsé.

Depuis plus rien, silence radio. Draco se passa nerveusement une main dans ses cheveux fins, les emmêlant encore un peu plus. Ils ne s'étaient pas vus de tout ce temps et soudain voilà que Monsieur lui faisait l'honneur de sa présence, lui imposant presque un dîner. Draco imaginait que le troisième larron serait sûrement l'autre « sangsue ».

Son père lui donnait toujours rendez-vous entre deux portes, quand il voulait, où il voulait, et rarement sans être accompagné de son chien de garde.

Bon sang ! Quand allait-il comprendre qu'il n'était pas à sa disposition, qu'il avait une vie, des choses à faire !

Draco avait envie de l'appeler pour lui dire le fond de sa pensée. Il saisit rageusement le combiné du téléphone. Ses doigts graciles commencèrent à taper nerveusement les touches d'un numéro qu'il avait bien malgré lui retenu par cœur. Pourtant à la première sonnerie, il raccrocha.

À quoi bon ? Ils avaient déjà eu ce genre de conversation avant et à chaque fois, elles s'étaient terminées par une dispute. Or Draco s'était promis de ne plus réagir au quart de tour face à ces tentatives de manipulation. Il n'était pas un de ses électeurs crédules à qui il pouvait faire gober n'importe quoi !

Il devait faire comme lui, utiliser ses armes. Son père ne lui parlait jamais directement. Il fallait sans cesse qu'il mène à sa guise ses conseillers, sa mère ou Minerva pour qu'ils s'adressent à lui, il ferait de même. Il passerait par personnes interposées oui, c'était ça la solution.

Et en attendant, s'il voulait le voir, il n'avait qu'à lui passer un coup de fil.

Ce n'était pas si difficile de prendre son téléphone et d'inviter son fils à dîner ? Si ?

Draco ne supportait plus son attitude, son indifférence qui l'atteignait bien plus que ses mots. Mais il ne céderait pas, pas cette fois. Il ne ferait pas le premier pas.

Il en était là de ses réflexions quand la sonnerie du téléphone le fit sursauter. Le gardien à la réception lui annonça que la voiture était arrivée.

Toujours un peu pensif, Draco rangea sans précipitation quelques dossiers dans son porte-documents.

Il avait conscience que depuis un certain temps ses week-ends ne ressemblaient plus à des « week-ends », ils s'étaient transformés en véritables journées de travail. Il soupira et se promit pour cette fois de faire un effort, ce samedi, il irait voir sa mère et dimanche… Il étudierait le cas «Fischer». Satisfait de ce sage compromis, il enfila sa veste et son caban.

Les bureaux étaient déserts, les principales lumières éteintes, seules les veilleuses brûlaient encore. Le silence et le calme associés à l'austérité des lieux avaient quelque chose d'inquiétant. Une personne à l'imagination plus débordante que la sienne aurait pu frémir. Mais il y avait bien longtemps que plus grand-chose n'impressionnait le quotidien de Draco.

D'un pas las, il traversa les couloirs et se dirigea vers les immenses ascenseurs où une dizaine d'employés s'entassait tous les matins et soirs, presque incapables de respirer, tant ils étaient serrés.

« Finir tard a quelques avantages », pensa-t-il sarcastique.

Mais certains préféraient être réduits à l'état de sardine et rentrer chez eux pour retrouver leur vie plutôt que de rester là et la fuir comme lui.

C'est bien parce qu'il sortait ce soir. Sinon, il y serait encore. Les yeux rivés sur l'écran de son ordinateur à tapoter nerveusement sur son clavier pour terminer d'urgents dossiers. Il y serait resté, jusqu'à ce que ses paupières alourdies de fatigue lui demandent grâce.

Comment en était-il arrivé là ? Question stupide ! Il connaissait très bien la réponse.

Dans le grand hall d'entrée bordé de larges vitrines, les statues du sculpteur Zannoni projetaient des ombres filiformes sur les murs épurés. Le tintement de ses talons sur le sol carrelé raisonnait et amplifiait le silence de l'immense réception froide et impersonnelle.

Devant la cascade d'eau intérieure, à cette heure-ci silencieuse, Draco remerciait distraitement d'un signe de tête le gardien qui lui souhaitait un bon week-end.

Dehors Andréas qui l'avait vu s'approcher, sortit de la voiture pour lui ouvrir la portière.

La température extérieure frôlait l'impossible. L'hiver semblait ne plus vouloir en finir. Draco eut l'impression que l'air frais brûlait ses poumons, comme une allumette jetée sur un fétu de paille séché au soleil.

Un vent glacial s'insinuait à travers ses vêtements et mordait sa peau de son souffle cruel. Réprimant ses frissons, il resserra sur lui les pans de son manteau pour tenter d'échapper un peu à cette glaciale étreinte. Il pressa le pas, salua son chauffeur et s'engouffra prestement dans la luxueuse berline. Le moelleux des sièges en cuir l'accueillit aussitôt et la chaleur de l'habitacle eut tôt fait de lui faire oublier la morsure du froid.

Dans un silence quasi religieux, ils filèrent vers Manhattan. Il n'avait pas eu besoin de dire à Andréas sa destination. Merveilleuse Minerva !

Draco s'en voulait un peu de s'être montré si abrupt avec elle. Mais depuis le temps qu'elle travaillait pour lui, elle devait savoir que ses relations avec son père étaient tendues. D'autant plus que leur mésentente ne datait pas d'hier !

Draco soupira, s'exhortant au calme, surtout, ne pas penser à son père. Sa soirée risquerait d'être gâchée avant même d'avoir commencé.

Pourquoi ne pas essayer de songer à quelque chose de plus agréable ? Comme à sa sortie de ce soir par exemple.

Même si la rencontre de ce soir lui était complètement sortie de la tête, il devait avouer qu'il était content de revoir ses amis. Ça faisait combien de temps déjà ?

« Un bail… au moins… » se dit Draco qui ne voulait pas compter le nombre de fois où il avait décliné leur invitation. Il soupira. Dire qu'avant, Blaise et lui passaient tout leur temps libre ensemble. Ils étaient inséparables. Ils flemmardaient souvent, se chamaillaient comme des frères et des projets plein la tête, ils tiraient avec espoir des plans sur la comète ou sur les dernières venues du campus. Ils draguaient, buvaient, riaient, baisaient, fumaient, se lançaient des défis stupides question de se sentir exister. Ils avaient la jeunesse et l'insouciance comme excuse.

Il vivait… Oui il y a encore un an — une décennie à ses yeux — il vivait…

Jamais Draco n'avait cru un jour retrouver le gout à la vie. Sans le savoir, Blaise ainsi que quelques antidépresseurs bien dosés avaient contribué à cette résurrection.

Ce soir le spectacle aurait un goût amer qui lui rappellerait, le temps perdu. Qui lui rappellerait les fois où ils aimaient, son ami et lui, se rendre à des matchs de basket, celles où ils supportaient ensemble leur équipe favorite. Sans oublier celles où quand il faisait beau ils jouaient sur l'un des terrains de Central Park.

Un goût amer qui lui rappellerait que depuis quelque temps, il n'avait pu trouver un moment ni pour le sport ni pour ses amis.

Draco avait conscience non sans regret qu'il s'était éloigné d'eux. Mais la vie était une série de choix, parfois difficiles à faire qui ne laissaient pas beaucoup de place à la neutralité.

Il avait donc dû faire des choix. Il se persuadait sans cesse qu'il avait pris les bonnes décisions, que son travail passait avant tout. Une génération de Malfoy avait travaillé d'arrache-pied pour en arriver là et donner à ce nom la notoriété qu'elle avait maintenant.

Pour la société, des sacrifices s'étaient imposés, il avait mis de côté sa vie. Draco voulait se montrer à la hauteur et entretenir cet héritage qu'il n'arrivait pourtant pas à caser dans la catégorie des bénédictions.

Il ne voulait pas être le maillon faible de la chaine, il avait déjà essuyé trop de revers. Tout ce qu'il désirait, c'est de ne plus être qualifié d'irresponsable.

Et là, quoi qu'on en dise, il avait fait du bon boulot. Il lui tardait de voir la réaction de son père lorsqu'il apprendrait leurs acquisitions de plusieurs forages en Europe.

Encore une fois ses pensées le conduisaient vers son père. Merde, c'est pas vrai ! Qu'est-qu'il en avait à foutre que son père soit fier ou pas. Il n'avait pas besoin de son approbation après tout lui, Draco Malfoy avait réussi un coup de maitre. Point final !

Draco se mordit la lèvre et détourna sa tête, agacé. Il reporta son attention sur le spectacle qu'offrait la ville.

Sur les avenues, les phares des voitures éblouissaient les passants pressés, tandis que les enseignes luminescentes tentaient de capter leur intérêt.

Commerces, restaurants, cinémas, clubs... les nuits new-yorkaises semblaient trop courtes pour profiter de toutes les animations proposées. Cette ville était une incitation à la consommation.

Ce n'était pas tant l'aspect luxurieux que lui soumettait la rue qui le fascinait, mais bien le kaléidoscope de lumières.

Bizarrement, elles avaient sur lui un effet rassurant. Les contempler, le renvoyait à des temps plus anciens de sa vie. Lorsque l'un de ses parents, pour apaiser ses nuits, actionnait un petit carrousel lumineux, Draco s'endormait, bercé par la musique et le manège des dessins phosphorescents projetés sur les murs de sa chambre.

Parfois, il avait l'impression de saisir à nouveau la symphonie de la douce mélodie qui avait su dissiper ses terreurs nocturnes, mais comme le vent, ces inflexions s'envolaient ne laissant qu'un sentiment de « déjà-vu».

Dans sa mémoire étaient incrustés ces précieux moments. Il pouvait les faire ressurgir quand il le souhaitait. Et là, il le voulait, il le voulait vraiment. Si seulement ses souvenirs pouvaient aider à retrouver le sommeil.

Des cauchemars bien plus terrifiants que ceux de son enfance troublaient depuis trop longtemps ses nuits. Il n'y avait plus de carrousel. Il n'y avait plus personne pour entendre ses cris lorsqu'il se réveillait en sursaut, le front en sueur, le cœur douloureux et battant à tout rompre, personne pour atténuer sa peine… il n'y avait plus son père.

Ses idées sombres vinrent ternir ses projets de sortie. Draco eut soudain envie de tout annuler. Rentrer chez lui et noyer sa mélancolie dans un bon vieux whisky pur malte alors qu'il s'alanguirait dans la chaleur de son bain jusqu'à ce que sa peau se fripe, jusqu'à l'ivresse, jusqu'à ce que cette dernière lui donne comme souvent une douce illusion de délivrance.

À tâtons, il chercha son téléphone dans les poches de son veston. Prêt à inventer à Blaise un mensonge quelconque. Mais il se ravisa aussitôt.

Merde, ce n'était pas le moment, il n'allait quand même pas laisser ses pensées moroses ruiner sa soirée ! C'était lui qui avait invité Pansy et Blaise à ce match pour se faire pardonner.

Chaque fois que ses amis organisaient quelque chose, il déclinait l'invitation prétextant qu'il avait trop de travail. Ce soir, il ne se défilerait pas, il irait.


Toujours là ? ... si oui, la suite est dans 2 semaines