Disclaimer : Albator, Clio, Maetel, Warius, Doc, les marins de l'Arcadia et les militaires du Karyu, Mi-Kun et Tori-San appartiennent à leur créateur, M. Leiji Matsumoto.

Bob l'Octodian et son Metal Bloody Saloon appartiennent à Aerandir Linaewen à qui je les emprunte, avec son autorisation, le temps de quelques clins d'œil.

Les autres personnages sont à bibi

1.

- Dis-moi, Ayvi, tu ne crois pas qu'Alyénor est un peu grand que pour être encore biberonné ?

- Il adore ça, Sky ! Et puis, c'est juste un biberon d'eau.

- C'est un biberon. Et Alyénor va sur ces six ans ! Il doit devenir un vrai petit garçonnet, comme son aîné.

- Je sais… Mais… Oui, Alyénor demeure mon tout petit garçon, ainsi qu'à Aldéran. Alie réclame tant de câlins, de contacts. Il est petit et fragile, si fragile !

- Il doit grandir, insista encore Skyrone. Je sais que notre instinct naturel nous pousse à les couver le plus longtemps possible, mais nos enfants doivent aussi trouver leur place et s'affranchir de nous. Ne relie plus Alyénor à ses biberons de bébé, et laisse-le grandir, ce qui ne t'empêchera nullement de le chérir même quand il sera adulte !

Ayvanère soupira, son fils cadet somnolant contre elle, se raccrochant plus à lui que l'inverse. Elle soupira.

- Y a-t-il une chance, pour Aldéran ? reprit-elle après un moment.

- Je l'ignore… Il s'est complètement retranché dans un monde qui nous échappe, où nous n'avons pas accès, où il se sent bien et en sécurité… Autant son « absence » que sa blessure au genou droit me préoccupent !

- J'avoue ne pas avoir eu le courage de poser la question ces derniers temps… Et je devine bien que toi tu continues à te renseigner à la source. Est-ce que l'amputation est toujours envisagée ? !

- Non, c'est désormais exclu. En revanche, la pose d'une prothèse est inévitable, reste à savoir s'il s'agit de tous les os du genou ou d'une partie. Pour cela aussi, il est bien trop tôt que pour se prononcer.

Ayvanère se blottit contre son beau-frère.

- J'ai si peur… Je ne l'avais jamais vu ainsi !

- Et moi donc ! Si seulement on avait une idée de ce qui s'est passé !

Elle se leva, glissa un oreiller sous la joue du garçonnet.

- Hormis un voyage ou l'autre en cargo intergalactique, pour le boulot, je n'ai que très peu quitté le sol de Ragel. Sauf forcément pour la fois où il y a eu cette escapade dont des bribes de souvenirs revenaient à Aldéran. Même si dès lors je n'y comprends absolument rien, je reste en contact avec la copie mémorielle de Toshiro qui se trouve à Skendromme Industry. J'y étais, avec Karémyne, pas plus tard que ce matin.

- Je sais qu'il y a eu un précédent mais là encore je répète qu'il doit être impossible que deux vaisseaux disparaissent totalement ! se récria Skyrone.

- C'est bien ce que je répétais à Toshiro. Les informations lui parviennent toujours des Observatoires qui ont la Nébuleuse de Lugara sous leurs instruments et il n'y a aucune trace de l'Arcadia et du Lightshadow. Leurs échos ont disparu d'un instant à l'autre, sans qu'il y ait un autre vaisseau à proximité, une explosion solaire ou autres joyeusetés habituelles du genre… !

- Désolé, je ne voulais pas vous déranger, fit Warius en s'arrêtant sous l'arche du salon rond.

- C'est moi qui me suis attardé, répondit Skyrone. Je devrais être parti depuis un bon moment déjà. Et puis, inutile de vous excuser à chaque fois : vous logez ici, vous pouvez donc aller et venir à votre guise !

- A part pour le mariage d'Eryna, les raisons de ma présence sont toujours douloureuses, j'en suis navré.

- Comme si vous y étiez pour quelque chose, soupira Skyrone. Vous nous avez au moins ramené Aldéran ! Là aussi, je ne comprends toujours pas : pourquoi est-ce vous que l'on a prévenu et non nous ? !

- Quelque chose a effacé les puces mémoires de la navette de sauvetage du Lightshadow, mais une des rares infos qui demeurait, la seule exploitable en dépit du matricule identifiant le vaisseau dont elle venait, et donc son capitaine, était celle de notre séparation après Gun Frontier. Ils ont pensé que la double disparition de vaisseaux concernait davantage un militaire à la retraite que des civils fussent-ils sa famille.

- D'accord. J'avouerai que je l'ai trouvée mauvaise que vous accompagniez Aldéran au lieu que ce soit moi qui me rende à Minéa !

- Oui, j'avais un peu constaté, grinça Warius. Décidément, on vous retire toujours vos prérogatives d'aîné !

- C'est ainsi, voilà tout, glissa Ayvanère. Warius a ramené Aldie, c'est tout ce qui importe. Et maintenant, nous sommes tous près de lui pour que son esprit revienne à son tour parmi nous !

- Je t'accompagne, Ayvi ? proposa Skyrone.

- Oui, je ne me sens pas de taille à supporter ce spectacle, gémit-elle.

- Quand lui amènerez-vous ses enfants ? interrogea Warius.

- Hors de question ! siffla alors Ayvanère. Je refuse qu'ils voient leur père dans cet état ! Cela nous fait déjà un tel mal… Alors à eux… Et Alyénor est extrêmement sensible.

Warius enfila sa veste.

- Je vais auprès de Karémyne, qui sait, le clone mémoriel de Toshiro a peut-être obtenu des nouvelles depuis, jeta-t-il. Et puis, j'ai renseigné SIcomme point de relai pour mes contacts dans la Flotte Indépendante qui eux aussi continuent de chercher.

Mielle venue pour s'occuper d'Alguénor et d'Alyénor, les trois adultes s'apprêtèrent en silence, partageant la même pensée : il n'y avait qu'une personne pour raconter ce qui s'était passé et elle en était totalement incapable !


La Section Psychiatrique de la Clinique Sperdonse trouvait un peu à l'écart des principaux bâtiments, au cœur du parc autant pour isoler les patients que pour éviter que le grand public soit en contact avec eux.

Précautions qui pouvaient sembler inutiles vu les portails de sécurité et la division en ailes formant une étoile selon le diagnostic des malades.

Dans la catégorie des inoffensifs, pour ne pas dire légumes, Aldéran se trouvait dans l'une des ailes les moins sécurisées et d'ailleurs l'environnement n'évoquait nullement un milieu hospitalier, tenant plutôt d'un très grand pavillon où le personnel n'était d'ailleurs pas en tenue médicale.

Depuis trois semaines qu'elle venait quotidiennement à l'HP, Ayvanère avait reçu son badge d'accès afin de circuler librement, dans cette aile en tout cas, Skyrone disposant de sa propre carte puisque son Laboratoire se trouvait dans l'immeuble principal de la Clinique.

Simplement salués par le personnel qui s'occupait des patients qui avaient chacun leur studio, procédaient aux soins et les conduisaient d'une salle à l'autre pour les divers traitements, Ayvanère et Skyrone s'était rendu au bungalow où se trouvait Aldéran.

Hormis ses tenues, Aldéran semblait ne pas avoir bougé de là où on l'avait installé à son arrivée.

Bien qu'il n'ait pas eu un mot, un désir, il semblait avoir pris plaisir à se trouver dans le grand fauteuil à oreilles, juste à côté de la baie vitrée, avec vue sur le mini jardinet fleuri.

Comme à l'habitude, il ne réagit pas quand Ayvanère l'embrassa, forçant un câlin avant de déposer la corbeille de fruits sur la table voisine, le regard fixé sur un point indéfini mais qui semblait capter son peu d'attention.

Ayvanère s'étant rendue auprès du médecin qui s'occupait de son mari, Skyrone s'était assis à côté de celui-ci.

- Il n'y a que toi qui sache, il faut absolument que tu reviennes ! Et, comme lorsque notre père et Warius ont été prisonniers de Briok, je ne peux plus qu'envisager un piège surnaturel… Réveille-toi, Aldéran, je t'en supplie ! Il y a pourtant bien quelque chose ici bas qui puisse t'atteindre, te faire réagir… Mais ce ne sera pas encore pour ce jour. Et, en même temps, je me demande si c'est une bonne chose… Tu sembles tellement serein, apaisé, bien… Et notre réalité t'a tant fait souffrir depuis toutes ces années… Peut-être as-tu raison de rester dans cet autre monde…


Mais contrairement à ce que son attitude, son absence de réaction, indiquaient, Aldéran se trouvait piégé dans un univers de vacarme, l'environnement en constante mutation et sans aucun repère, où les éclairs qui le frappaient le secouaient douloureusement, le faisant hurler, encore et encore.

Il avait la sensation de fuir, à l'infini, sans cependant bouger de là où il était et incapable de trouver quelque chose à quoi se raccrocher, un portail pour fuir ce monde de tortures ininterrompues.