23.

Rentré chez lui, Aldéran avait pu le calme et la sérénité nécessaires pour se rétablir des sévices infligés par l'Esclavagiste.

Ayvanère avait réservé un bungalow dans un complexe ou chaque famille avait son bout de plage, et elle avait pu cajoler son mari tout en surveillant les enfants.

- Je n'ai pas compris ton ultime tour de passe, fit-elle un soir alors qu'ils se tenaient près de la cheminée, se réconfortant devant les flammes agréables. Que sont devenus tes Péchés et pourquoi les avoir enfermés dans le Karyu ?

Aldéran fit la grimace.

- Ce n'est pas le vrai Karyu qui est revenu au SSX-999, avoua-t-il alors. Ce tour de doppelganger que j'ai inventé sur le vif car Warius est tellement fusionnel avec ce vaisseau que je lui aurais fait avoir une attaque si j'avais dit la vérité ! C'était donc en réalité pour avoir une sorte de « moule » du vaisseau et c'est son double parfait qui est ressorti du soleil. Le Karyu d'origine s'y est désintégré ainsi que les Péchés, ce qui fait que plus jamais – cette Apocalypse là, en tout cas – ne pourra être invoquée.

- Pourquoi as-tu dit « cette Apocalypse là » ? Il y en a d'autres ? ! s'épouvanta Ayvanère.

- Je crois qu'il existe autant d'Apocalypse qu'il y a de cultures ! rétorqua-t-il légèrement. Mais comme ce genre d'incident ne se produit qu'une fois par génération, nous sommes tranquilles !

- Mais, comment sais-tu tout cela ? Et, comment as-tu su aussi le nom de l'entité de Locut sans la rencontrer, sans même la voir ?

- Saharya et Ayrahas ne m'ont pas légué que leur énergie, mais aussi leur savoir, expliqua Aldéran en passant doucement sa main dans la chevelure multicolore de sa femme. Et il se manifeste quand j'en ai besoin… D'où mes réflexions sur la non-intervention de Gansheer si j'appelais les Péchés !

Ayvanère se dégagea doucement, se leva.

- C'est l'heure de prendre tes anticoagulants, je vais te chercher les cachets et un verre d'eau.

- Mais, je peux y aller moi-…

- Même si tes plaies cicatrisent, tout ton corps n'est qu'une plaie. Tes côtes te font toujours endurer le martyre et si ton poignet n'est « que » fêlé, tu n'en retrouveras pas l'entier usage avant un bon moment. Et vu que tu te fais blesser, meurtrir et tirer dessus plus souvent qu'à ton tour, je suis bien obligée de jouer les infirmières !

- Tu adores ça…

- Pas vraiment ! protesta dignement Aldéran en avalant les médicaments qui, entre autres, s'ajoutaient à une belle liste de prescriptions depuis qu'on avait retiré sa rate, explosée lors du dernier passage à tabac de Hugan Ten Vorkel.

- Le Dolvidras est arrivé à temps, fit doucement Ayvanère – comme si elle lisait dans les pensées de son époux - en massant du bout des doigts la cicatrice de l'intervention, fine trace rose sur la peau, et qui disparaîtrait avec le temps.

- Oui, ce n'est pas passé loin.

Ayvanère se blottit contre lui.

- J'ai quelque chose à te dire…

Inquiet, Aldéran se raidit.


Leur père marchant lentement derrière eux, Alguénor et Alyénor sautillaient dans le sable, se promenant sans soucis au bord de la marée basse.

Aldéran prit son téléphone, fit se composer un appel automatique.

- Pourquoi tu n'es pas à nous suivre ? s'amusa-t-il.

- Je te fais confiance.

- Mais s'il arrivait quoi que ce soit aux gamins, je ne suis pas en condition physique pour les protéger ou leur prêter assistance ! rétorqua Aldéran, sérieux.

- Nos fils savent que tu n'es pas au mieux de ta forme, ils ne te feront courir aucun risque.

- C'est le monde à l'envers !

- Oui, on peut dire ça ! pouffa Ayvanère en coupant la communication !

Elle s'assombrit cependant légèrement ensuite, toujours sur la terrasse du bungalow, apercevant son mari et leurs fils au loin.

« Nos garçons grandissent, Aldie. Un jour, l'un d'eux sillonnera à son tour la mer d'étoiles ! Mais, lequel ? Alguénor, Alyénor, ou un autre… ? ».


Un mois après son retour, Aldéran avait enfin commencé à se sentir mieux et il avait envisagé de sortir dans un cercle autre que celui de sa seule famille – quoique…

Skyrone avait longuement étreint, mais pas trop fort, son frère à la chevelure de feu.

- Aldie…

- Je vais mieux. Et dans trois semaines, je reprends le boulot, mais totalement interdit de terrain pour six mois… Comme si cette rate m'avait jamais servi à quelque chose !

- La rate est importante, mais pas indispensable. Maintenant ou plus tard, tu dois faire très attentions aux infections.

- Je sais, la doctoresse Sylvidre et Yul m'ont tout bien appris. Je suivrai scrupuleusement le traitement… Je l'ai échappé belle, je ne l'ignore absolument pas.

Aldéran repoussa légèrement son aîné, se dirigeant vers une salle arrière du salon côté jardin de La Roseraie. Il s'approcha du berceau et prit le bébé entre ses bras.

- Elle est magnifique !

- Loreyne est notre fierté. Et ses sœurs l'adorent !

Aldéran partit dans un fou rire.

- Aldie ? questionna Skyrone.

- Si tu ne fais que des filles, il y a donc toutes les chances pour que le bébé que porte Ayvi soit un nouveau garçon !

- Un garçon… Aldie ! Ayvi et toi… ?

- Oui, sourit le rouquin qui resplendissait de bonheur, et plus encore quand son aîné le serra à nouveau entre ses bras.

FIN