Chapitre 2

C'est étourdi qu'il reprît conscience… Il sentait tous ses muscles endoloris, sa tête lourde. Mal partout, tout simplement. Un mal lancinant qui avait pris possession de son corps.

Charles est un peu perdu aussi. Il ne sait pas ce qui s'est passé. Mais il a survécu… C'est l'essentiel pour le moment…

Il essaye d'ouvrir les yeux, mais la lumière du jour l'aveugle automatiquement et il referme par réflexe ses paupières.

Il ne se souvient de rien. Il ne se rappellait pas de s'être écrasé au sol, même si c'était sûrement cela qui arrivé. Peut-être que l'impact a affecté sa mémoire…

Soudain, un bruit de vaisselle qui se casse se fait entendre à sa gauche.

Et une voix féminine avec un fort accent, un peu lointaine, comme à quelques mètres de l'endroit où il est, s'exclame :

-M'nsieur Pedro, M'nsieur Pedro ! Il est réveillé ! M'NSIEUR PEDROOOOOOO!

-Pas besoin de crier, je suis là, je suis là ! Non, mais quelle idiote ! La prochaine fois que tu fais ça, tu sais ce qui va t'arriver ! Gronde une voix grave masculine, avec un sous-entendu qu'eux seuls peuvent comprendre.

- Oh ! Pardon … Je le referais plus… Ayez pitié, svp… Regardez l'intrus…

- Hum, bien… Et qu'est que tu attends comme ça? Va ramasser ton dégât, espèce d'incompétente !

- Oui, m'nsieur. Tout de suite, m'nsieur. Marmonne obéissante la voix féminine.

Charles tente alors une deuxième fois d'ouvrir les yeux. Il y arrive, mais fut ébloui pendant un bref instant par la lumière vive. Puis, le décor d'une chambre lui apparut… Un lit aux couvertures vertes foncé, une grande fenêtre aux bordures blanches, des murs orangés…

Charles ne comprend pas ce qui se passe. Et se demande bien où il est…

En tournant sa tête vers la gauche, il distingue à l'autre bout de la pièce la silhouette d'une jeune femme efflanquée qui ramasse les morceaux cassés d'une pile d'assiettes pour les jeter à la poubelle. Il n'arrive pas à voir son visage caché par ses longs et soyeux cheveux couleur chocolat, mais il constate qu'elle porte un uniforme de travail noir.

Plus près de lui, un homme semblant important, rien qu'à son smoking, qu'à ses cheveux gris bien soignés, se tient là et le regarde fixement, avec un air froid.

- Alors ? Lance sèchement l'homme, comme si les manières ne s'appliquaient pas dans une telle situation pour lui. Je veux savoir qui vous êtes et qu'est que vous faisiez sur ma propriété !

On devrait lui donner des cours du genre ''Comment accueillir quelqu'un gentiment quand on a quelque chose à lui demander…'' à lui…

- Bonjour…, Arrive-t-il à prononcer, constant qu'il a vraiment soif.

Il se redresse avec difficulté, ayant l'impression d'avoir 130 ans à cause de la raideur de son dos. Il remarque la caisse des DVDs toujours verrouillée et son scaphandre posés sur une chaise de métal dans un coin de la pièce.

- Bonjour, bonjour, Grogne l'homme dans sa barbe. Donc qu'est que vous faisiez sur ma propriété ?

Il insiste de façon à avoir ce qu'il veut. Charles sait déjà qu'il a affaire avec quelqu'un extrêmement désagréable. Un peu nerveux, il improvise une histoire carrément stupide, mais vraisemblable…

- Pardonnez-moi, mais je… Eh bien, vous allez trouver ça drôle ! Mon frère m'a lancé un défi en prenant une bonne bière froide après la job… Vous savez ce que c'est deux gars ensemble… Ça jase de chars, de filles, de hockey …

- Oui, bon, venez-en aux faits ! S'impatiente l'homme.

- … Et ben des gars, ça dit et ça fait des conneries !… Mon frère m'a lancé comme défi deeuhh… De me déguiser et de me filmer en train d'infiltrer votre propriété… Juste pour le fun ! ... Juste pour niaiser !... J'avais pas l'intention de rien ou de vous voler, Monsieur… Chose-Là… C'est quoi votre petit nom, déjà?

- Mais Le très honorable Pedro Lavoie-Gagné*, Vice-Président de la République du Saguenay Lac-St-Jean ! Se présente-t-il, plutôt pompeux.

Hum, il ferait beaucoup de compétition à Brad, celui-là, Pense avec dégoût le capitaine, mais en retenant l'information.

- Ah oui, excusez-moi, c'est que… J'ai pas la mémoire des noms, vous savez… Votre excellence… Bref… Je voulais pas vous créer d'ennuis, simplement relever le défi de mon frère… Mais je suis… narcoleptique ! C'est ça, narcoleptique… Et je me suis endormi sans m'en rendre compte…C'est ça qui est ça…

Peu convaincu par son histoire, Pedro Lavoie-Gagné semble toutefois juger que l'inconnu habillé drôlement qu'il a devant lui ne semble pas très dangereux.

- J'oublie ce qui s'est passé et je ne sévis pas pour cette fois… Par contre, j'exige de savoir qui êtes-vous pour vous avoir à l'œil et veiller personnellement à ce que vous ne recommencerez pas…

- Je m'appelle Charles Patenaude… Et je ne recommencerai pas, je vous le promets, votre excellence…

- Patenaude? Patenaude… Hum, ça me dit rien… Bref… ROSALIE!

La jeune femme se trouve pourtant juste derrière lui, mains croisées sur son ventre, l'air discipliné, mais sa bouche se tord comme si elle brûlait d'envie de hurler ''Pas besoin de crier, je suis juste à côté, le cave !''.

Charles porte son attention sur elle et observe alors son visage qu'il n'avait pas remarqué tout à l'heure. Elle semble avoir à peine vingt ans, le visage blafard et émacié et elle aurait pu être belle si elle avait eu l'air moindrement heureuse et dans une situation moins pénible physiquement.

- Oui? Dit-elle finalement, crispée.

- Veille à lui donner un repas et à lui trouver des vêtements propres. Ensuite, raccompagne-le chez lui… C'est pas un hôtel ici ! Ordonne le Vice-président.

- Très bien, m'nsieur.

- Bon, j'y vais, j'ai des choses à faire. Il faut que j'aille abuser de mon pouvoir moi…

Sans un Au revoir, il quitte la pièce d'un pas un peu trop majestueux pour paraitre naturel.

Puis, Charles se tourne vers Rosalie, voulant retourner à son but premier, soit de convaincre le plus de monde possible du message qu'il est venu transmettre. Il lui murmure :

- Écoutez… J'ai menti à votre patron… Il faut que vous m'aidiez… Il faut que vous me racontiez qu'est qui se passe ici… C'est d'une importance vitale…


HIATUS... à suivre...

* Ça fait personne qui a le pouvoir. Bref, tous les noms des gens du gouvernement étaient cons :p