Jethro a su voir le mal être de Will et donne des conseils à son filleul désemparé.

Voici la suite !

Bonne lecture !

Partie 6 :

Une ombre, silencieuse, portant un sac à dos, descendit le magnifique et imposant escalier de marbre et sans un bruit, avec d'infinies précautions, ouvrit la porte d'entrée.

Elle allait se glisser à l'extérieur de la maison quand elle se figea sur le seuil, dans l'expectative :

« -Rassurez-vous, je ne vous empêcherai pas de partir. Fit Jethro, en se détachant du recoin sombre où il s'était dissimulé. Chacun est libre d'agir comme il le veut. Vous avez fait votre choix ? »

Envahi par la culpabilité, baissant la tête, Will opina doucement et après une longue hésitation, osa affronter le regard neutre et direct du parrain d'Owen.

« -Je suis désolé d'agir ainsi. Avoua-t-il, amer. Mais c'est mieux pour lui. Je pense qu'il comprendra un jour. »

Disant cela, il salua, d'un bref signe, Jethro dont l'expression de ses traits s'était adoucie devant le désarroi évident du sergent-chef.

Sans un regard en arrière, Will quitta la propriété des Eldrige.

…..

Owen ressentit un grand froid et se réveilla : Il jeta un œil absent et ensommeillé sur le parc éclairé par la Lune et son cœur s'arrêta de battre une minute.

Hébété, incrédule et l'affolement le gagnant, le jeune homme constata la place vide à ses côtés et l'absence des vêtements de Will.

La gorge serrée, refusant la conclusion logique de tous ces faits, il se leva, enfila un pyjama et courut vers le hall d'entrée.

Là, il aperçut son parrain au bas de l'escalier et pâlit, en lisant la réponse à ses questions, dans les yeux clairs et graves de Jethro.

« -Il est parti, c'est cela ? Supposa Owen, dans un souffle. Il est parti auprès de sa famille ? »

La souffrance le fit chanceler et s'accrocher à la rambarde. Rencontrant le regard plein de sollicitude de son parrain, Owen se maitrisa et dévalant les marches de l'escalier, il se lança vers la sortie.

Mais Jethro lui barra le chemin, tentant de le raisonner :

« -Laisse-le, Owen. Parfois, il faut savoir accepter le risque de perdre pour pouvoir avoir une relation plus saine. Tu dois le laisser retourner vers sa femme et son fils. Il a fait son choix. »

Plié en deux, les larmes coulant sur ses joues, Owen fixait, éperdument, le parquet du hall pendant que son parrain, compatissant, le soutenait.

« -Non ! Refusa-t-il, en ravalant ses sanglots et en étouffant sa peine. Non ! Je ne veux pas le laisser disparaître comme ça ! Il me doit des explications ! lâche-moi, Jethro ! Je l'ai prévenu ! Je le suivrai où qu'il aille ! »

Se dégageant de l'étreinte de son parrain, le jeune militaire prit le chemin du garage familial. La mine décidée, une lueur dure et farouche dans ses yeux, il s'empara d'un casque, s'en coiffa et enfourchant une moto, il démarra à toute vitesse.

« -Tu ne te débarrasseras pas de moi, Will James ! Dit-il, une moue déterminée sur ses lèvres. « Son of bitch » ! »

La moto franchit le portail, emportant Owen sur les routes. Jethro, immobile et pensif, eut un fin demi-sourire avant de regagner sa chambre.

…..

Le soleil, à son zénith, chauffait le bitume des rues et le pavé des trottoirs. Des enfants jouaient au ballon et leurs cris mettaient de l'animation dans ce bout de quartier où les adultes semblaient être absents.

Will, les yeux plissés, fumant une cigarette, les observait depuis un petit moment. Des souvenirs affluèrent à son esprit et le jeune homme ne put s'empêcher d'établir des comparaisons entre les ruelles désertes et brûlée par un soleil de Bagdad et la fraicheur relative du terrain de jeu des enfants.

Assis sur le bitume, près de sa voiture, garée devant l'allée de sa maison, le sergent-chef songea à l'odeur de poudre, d'explosif et revoyant les bombes qu'il avait désamorcé, il tira une autre bouffée, plus longue, de sa cigarette.

Inhalant profondément, les yeux clos, la fumée et en savourant le goût. S'efforçant de revivre les sensations d'ivresse due à l'adrénaline et à l'excitation des combats, en Irak.

« -Enfoiré ! » Hurla une voix familière, furieuse.

Un poing rageur s'écrasa sur les lèvres de Will qui, surpris, eut juste le temps d'ouvrir les yeux avant de s'étaler sur le goudron.

« -Je t'avais dit que je te suivrai partout, Will ! Rappela Owen, en agrippant son sergent-chef par le col. « Fils de p…. » , j'ai parcouru la moitié de l'état pour te retrouver ! Alors, j'ai droit à des explications sur ta fuite de cette nuit! »

Will repoussa son amant et se libéra de son étreinte, sans un mot. Il se releva, affrontant la fureur d'Owen qui, les poings crispés, attendait des réponses. Vif, il décocha un direct magistral au jeune blond qui s'écrasa à terre et explosa :

« -J'ai accepté tes sentiments pour ton bien, sale gamin immature ! Tu as failli te faire tuer à cause de ton manque de professionnalisme ! Si tu ne parviens pas à surmonter tes chagrins, le terrain, c'est terminé ! Démissionne ! Tu nous rendras service, à moi et aux autres G.I ! »

Un éclair dur traversa les yeux bleus d'Owen qui, s'approchant de Will, riposta par un coup dans le ventre et le coinçant sur le sol, entreprit, avec froideur et détermination, d'asséner des coups sur la figure du sergent-chef.

Le sang gicla.

« -Tu te crois le centre du monde, Will ? Articula le jeune blond, en suspendant ses coups. Je ne pensais pas forcément à toi, lors de notre dernière mission ! Alors, arrête de vouloir me protéger ou de réfléchir à ma place ! Et ne remets jamais en cause mon efficacité sur le terrain, je te l'interdis ! »

Will, presqu'assommé, essuyait le sang qui s'écoulait de son nez et de ses lèvres. Scrutant intensément son artificier. Le dévisageant.

Puis extirpant un papier de la poche de son pantalon, le jeune sergent-chef le tendit à Owen qui, inconsciemment, effleurait un hématome entourant l'œil de Will.

« -Voici la raison. » Fit Will, simplement.

Le papier était une lettre de l'armée. Un ordre de mobilisation. L'armée renvoyait Will en Irak pour intégrer la « company » Alpha.

Une mission d'une durée de 365 jours.

Les deux hommes échangèrent un long regard, muets tous deux et enfermés dans leur bulle.

«-Je n'ai rien à t'offrir, Owen. Finit par murmurer Will, tout bas. Rien, à part le sang, le danger et la mort. Ma vie, c'est cela : le péril et les mines. Je ne sais pas pourquoi je suis comme ça mais la vie civile, pour moi, c'est râpé ! »

Il eut un rire nerveux, désabusé. Il sentit le regard interrogateur de son amant sur l'origine de l'hématome et caressant son œil, il parla :

« -L'oeuvre de ma femme quand j'ai rompu avec elle. Elle a cru que je lui revenais après notre conversation au téléphone. C'est de ma faute. Je me suis mal exprimé : En fait, je regrettais de l'avoir fait souffrir et de l'avoir gardée près de moi, par égoïsme. J'ai compris que je l'aimais comme une amie et une confidente, grâce à toi. Je lui ai dit tout cela et elle m'a donné une droite. Sacrée caractère ! »

Un soulagement et un ravissement illuminèrent les traits d'Owen qui, hardiment, se glissa entre les bras de Will.

Ce dernier le serra, tendrement, contre lui et l'embrassa sur ses mèches blondes.

« -J'irai avec toi, en Irak. Décida Owen, en rivant ses jolis yeux bleus à ceux de son sergent-chef. Tu es tel que tu es, Will. Je suis prêt à te partager avec la guerre. S'il n'y a que le péril pour te rendre heureux, je ne te demanderai jamais de choisir entre moi et tes missions. »

Will éprouva une douce sérénité, en entendant les paroles de son amant.

La « company » Alpha se déploya rapidement, prenant possession des lieux après qu'une unité de soldats les eut sécurisés.

Des civils irakiens se pressaient aux fenêtres et ce, malgré le danger du cadavre piégé et bourré d'explosifs.

Owen acheva de faire enfiler l' « Humvee » au sergent-chef Will qui, le regard concentré, ne bougeait pas.

« -Je serai prudent, Owen. » Promit Will, en percevant l'inquiétude de son artificier.

Owen lui adressa un sourire courageux et cédant à une impulsion subite et irrépressible, il releva la visière du casque du jeune brun. Il se jeta sur les lèvres de son amant et l'embrassa, farouchement et passionnément, avant de le libérer.

Les autres G.I, interloqués par le baiser, n'émirent aucun commentaire.

« -Let's rock and roll ! » S'exclama Will, en abandonnant l'étreinte chaleureuse et pleine d'amour de son petit-ami, mais un sourire radieux sur ses lèvres.

Il se dirigea, à pas lent, vers son objectif et s'enfonça dans la zone létale, silhouette solitaire, suivie, des yeux, par Owen vigilent et sur le qui-vive.

Mitraillette à la main.

Fin.

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