Ensemble.

Chapitre 1 : L'elfe de Doriath

Cris. Flammes. Pleurs.

D'un pas rapide, l'elfe se dirigeait vers la petite porte camouflée derrière le trône, un collier de diamants, de saphirs et de rubis serré dans sa main gantée.

Ordres. Horreur. Plaintes.

Il n'avait plus le temps de chercher la clé. Il défonça la porte d'un vigoureux coup de pied et murmura un sort pour la remettre en place derrière lui. Il alluma sa torche.

Espoir ? Aucun.

A la lueur de la flamme encore vacillante, toute la grandeur du trésor de son roi se révéla à ses yeux. Il mit le collier dans sa tunique, décrocha une longue épée d'un des murs et la glissa à sa ceinture. Trop tranchante, elle aurait fendu n'importe quel fourreau d'acier comme s'il s'agissait de bois vert.

« Vous avez été le soldat le plus fidèle à mon mari. Jamais vous n'avez discuté ses ordres, et toujours les avez exécutés sans pose de questions malvenues. Aujourd'hui, mon pouvoir décroît, et nos ennemis peuvent pénétrer en ce royaume autrefois protégé. Prenez le Nauglamir, et protégez-le faîtes ceci en mémoire de Thingol. »

L'elfe chassa ces paroles de ses pensées et continua son chemin jusqu'à arriver dans le fond de la pièce. Là, il alluma deux flambeaux accrochés au mur, ce qui eut pour effet d'ouvrir un passage dans le sol, un escalier s'enfonçant sous le palais de Menegroth, royaume de Thingol, un des derniers remparts de la Terre du Milieu contre la fureur de Morgoth Bauglir, le Valar déchu.

Il commença à descendre dans le passage quand la porte de la salle du trésor vola en éclat, laissant entrer une dizaine de nains qui coururent vers lui en vociférant les paroles les plus insultantes qui furent jamais prononcées en ces murs. Voyant son destin venir à lui, l'elfe tira l'épée qu'il avait eu la présence d'esprit de récupérer quelques instants plus tôt. Aranruth, l'ire du roi, la plus belle arme forgée à cette époque. Sa lame brilla d'une lueur mortelle quand il la brandit pour parer le coup de son premier assaillant. L'arme brisa la hache du nain, et continua son chemin pour lui trancher le cou. Cinq autres tombèrent au pied de l'elfe mais l'un deux le contourna par derrière et lui assena un coup de poignard dans le dos. L'elfe s'écroula à terre, tandis que ses adversaires le fouillaient puis ils crièrent de victoire quand l'un deux mit la main sur le collier.

« Ainsi, la trahison s'est infiltrée jusque dans les bois sacrés du Doriath… Puisse Morgoth souffrir mille mort pour cela ! » pensa l'elfe. Puis il ferma les yeux, et tout devint noir.

Il reposait sur de l'herbe. Fraiche. Verte. Belle. Si loin de la souffrance qu'il venait de quitter… Le temps passa, tel qu'il n'aurait pu le mesurer. Il lui sembla passer une éternité allongé, simplement heureux de jouir de ce repos.

Il aurait voulu rester ainsi pour le restant de ses jours. Mais une force impérieuse le força à se lever. Il se retrouva face à un être de grande beauté, qu'il n'avait pas oublié malgré le fait qu'il ne l'avait plus vu depuis des temps immémoriaux. Il s'agenouilla alors et baissa la tête en signe de respect.

- Relève-toi, Mablung de Doriath. Tu mérites autant que moi le respect dont tu fais preuve à mon égard, si ce n'est plus. Sache que la bravoure que tu as montrée à Menegroth ne restera pas sans récompense. Néanmoins, j'ai une autre mission à te confier, et c'est pour cette raison que je t'ai arraché à ton repos.

- Je suis à vos ordres, ô Manwë.

- Tu es resté six millénaires et cinq siècles dans le domaine de la Mort. Mais aujourd'hui, tout ce pour quoi tu t'es battu est de nouveau en danger. Morgoth a été anéanti, et son serviteur Sauron vaincu. Mais son pouvoir menace la Terre du Milieu par le biais d'un anneau, dans lequel il a versé sa puissance et sa malveillance. Le seigneur Elrond, fils d'Earendil, fils de Tuor, que tu as connu dans les forêts de Doriath, a convoqué un conseil pour décider du sort de l'Anneau. Une communauté a été formée pour protéger son porteur, qui a pour but de le détruire définitivement à l'endroit même où il a été créé. Mais seuls, j'ai peur que leurs talents ne suffisent pas. C'est une demande et non un ordre que je te présente. Acceptes-tu de retourner sur les terres mortelles pour protéger encore une fois ma création ?

- Un long silence suivit la tirade du dieu. N'avait-il pas mérité le repos, lui qui déjà avait combattu et tué nombre d'ennemis au service de Morgoth ou de… Sauron ? Ce fut cette pensée qui le décida. Il avait déjà vu le seigneur de Ténèbres, et savait de quoi il était capable, quels étaient ses serviteurs, comment les combattre. Oui, il avait déjà beaucoup peiné. Mais avait-il le droit d'abandonner d'autres êtres qui, comme lui jadis, désiraient simplement vivre en paix sur leurs terres ?

- Je reviendrais en Terre du Milieu, Manwë. Moi, Mablung la Main Lourde, je quitterais le royaume de Thanathos et j'escorterais cette « communauté de l'Anneau » aussi loin qui mon corps le supportera.