17.

Loza Drymme, la Directrice de l'Orphelinat Le Foyer, toute proche de la retraite désormais, reçut avec une émotion non dissimulée Aldéran et Ayvanère.

- La dernière fois, c'était Hoby, le petit pensionnaire, sourit-elle après les avoir fait passer de façon moins protocolaire dans le salon de son bureau. Et voilà que vous m'annoncez son mariage. Le temps passe !

- C'est le moins que l'on puisse dire.

- Et vous voilà de retour, Aldéran.

- Oui, vous nous avez informé, ma femme et moi qu'après étude approfondie de notre dossier, vous auriez un enfant à nous présenter.

- C'est un peu plus délicat que cela, reprit Loza. J'ai pensé à ce petit garçon, qui est adorable au demeurant, à cause de sa particularité physique. C'est assez troublant, j'avoue, et la superstitieuse que je suis y a vu un signe.

- Il m'a paru tout à fait normal, dans mon rêve, laissa échapper malgré lui Aldéran, ce qui lui valut un regard surpris de la Directrice.

- Vous avez rêvé… !

Aldéran inclina positivement la tête.

- D'Albior. Il était dans le jardin arrière, près du kiosque.

- Son endroit préféré en effet, car de là il peut voir le petit étang avec les cygnes et les canards. Comme je l'écrivais dans ma succincte description, il adore la nature.

- Vous avez dit « particularité physique », insista Ayvanère. Mon mari n'a rien remarqué, de prime à bord… Quelle est-elle donc ?

- Le mieux est que nous allions le voir, il est à la salle de jeu. L'une des vitres est sans tain, pour que les parents éventuels puissent justement voir nos pensionnaires évoluer dans leur environnement familier. C'est vrai que vous n'avez jamais eu à passer par là avec Hoby, Aldéran, puisque c'est vous – enfin, les Services Sociaux Judiciaires qui nous l'avaient amené depuis chez vous.

Aldéran et Ayvanère suivirent Loza dans les couloirs du bâtiment principal, passant ensuite dans l'aile Ouest, jusqu'à l'une des salles de jeu.

Depuis la pièce attenante, le couple put alors apercevoir les enfants, entre quatre et huit ans qui s'occupaient en ce milieu de matinée.

- Albior est le petit aux boucles auburn, comme vous le savez donc, là-bas près de la fontaine.

Comme dans la vision d'Aldéran, le garçonnet leur tournait le dos, fluet et flottant un peu dans les vêtements de seconde main.

Son gobelet d'eau fraîche à la main, pivota légèrement sur lui-même et Aldéran autant que sa femme tressaillit à la vue de la balafre qui traversait sa joue gauche.

- Comment est-ce arrivé ?

- Aucune idée, avoua la Directrice. Il portait cette cicatrice au visage quand il est arrivé ici. J'imagine que c'est arrivé lors du déraillement de train où ses parents et sa sœur aînée ont trouvé la mort, il y a un an de cela. Il n'en a jamais soufflé mot.

- J'imagine que cela l'a traumatisé, glissa Ayvanère.

- Cela explique son côté renfermé, secret. Je crois qu'il s'est beaucoup attaché à quelques membres du personnel, mais il garde encore bien des sentiments pour lui. Laissez-lui du temps pour s'ouvrir, faire confiance. C'est un garçon gentil et obéissant. Voulez-vous déjà le voir aujourd'hui pour voir si le courant passe ?

- Oui, nous sommes venus pour ça !

Ayant jeté le gobelet dans la corbeille de recyclage, Albior s'était approché de la vitre sans tain, la scrutant avec curiosité, comme s'il devinait, bien que ce soit impossible, la présence des trois adultes.

- Quelque chose me souffle que nous allons avoir quelques atomes crochus, murmura Aldéran.


Au duplex, Alguénor et Alyénor avaient attendu leurs parents en piaffant d'impatience.

- Alors ! ?… sautillèrent-ils en leur laissant à peine le temps d'enlever leur manteau, Lense trottinant jusqu'à son panier pour s'y rouler en boule.

- Albior est très calme, lui, gloussa Aldéran en les accompagnant jusqu'à la cuisine, leur servir un verre de lait et chauffer l'eau pour le thé pour Ayvanère et lui. Une Educatrice lui avait dit qu'il aurait de la visite, donc il n'a pas été trop surpris, de nous voir.

- Pour le reste, il est effectivement très réservé, apeuré aussi, ce qui n'est que normal, ajouta leur mère.

- On pourra y aller aussi ?

- C'est même obligatoire, car vous avez votre mot à dire. Et Albior doit vous découvrir. Nous avons à prendre cette décision en famille, toute la famille.

- Et si la prochaine visite, à nous tous se passe bien, Albior viendra, d'abord pour une journée, poursuivit Ayvanère. Enfin, ce sera une sortie au Parc avec lui. Il y aura plusieurs rencontres de prévues.

Visiblement impressionnés par tout ce qui allait prochainement arriver, les deux garçons s'étaient calmés.

Alyénor était allé chercher un paquet dans la malle du salon où étaient rangés plusieurs de ses jeux, le tendit à son père.

- Cadeau !

Aldéran défit l'emballage et sortit du paquet une tasse très colorée, ornée d'un visage de clown, dont le nez était une grosse boule proéminente.

- Pour toi, au bureau, sourit le cadet de ses fils. Tu l'utiliseras tous les jours, hein, papa ?

- Bien sûr, mentit Aldéran, touché néanmoins par le geste, et l'embrassant tendrement.

Leurs fils ayant disposé leurs jeux sur les tapis, Aldéran et Ayvanère s'étaient installés dans un canapé, avec leur thé, les surveillant du coin de l'œil, songeant que sous peu les garçonnets seraient trois !

FIN