Winter's Delights

Auteur : kate_lear

Titre : Winter's Delights

Pairing : Sherlock/John (et Evander/le serveur, on the side)

Rating : M

Warnings : Aucun. Promis, j'ai réfléchi à fond et je n'ai rien trouvé qui mérite de vous prévenir. A part peut-être une overdose de fluff, de Noël, et plus d'OCs que vous ne pourriez l'imaginer.

Résumé : C'est Noël, et Sherlock emmène John chez lui pour rencontrer toute la famille Holmes.

Note de la traductrice : Hello there =) Bon, je sais, je vous avais dit que la suite (et fin, yay) serait publiée hier, mais - eh bien, mon adorable beta-pokémon que nous adorons tous a été assez occupé par son petit frère ces derniers jours (ah, RL can be such a waste of time), et il vient à peine de m'envoyer cette troisième et dernière partie. Bref, j'espère que vous ne lui en voulez pas trop !

Merci encore pour tous vos commentaires aussi gentils les uns que les autres (surtout aux anonymes, auxquels je ne peux malheureusement pas répondre), merci à Thecrasy et Hanako Hayashi qui sont adorables, et à mon beta-pokémon qui l'est plus encore ; bonne lecture à toutes et à tous !


Winter's Delights


Plusieurs heures plus tard, John reprit peu à peu conscience et ouvrit les yeux. Il était allongé d'un côté du lit, près du bord ; Sherlock était pressé contre son dos et John pouvait sentir son souffle dans son cou. Tournant la tête, il put voir, juste derrière la tête de Sherlock, l'immense matelas aux draps froissés et il ne chercha pas à retenir le sourire qui se forma sur ses lèvres. Il n'aurait jamais pensé que Sherlock était du genre à faire des câlins mais c'était assez charmant, en vérité (et il mourait déjà d'impatience à l'idée de voir la tête que son ami ferait quand il le lui dirait en face).

Sherlock avait passé une de ses jambes sur celles de John, le clouant au matelas et l'empêchant de bouger, et un de ses bras était enroulé autour de la taille de John - il le serrait contre lui comme si le tabac du monde entier avait disparu et que John détenait la dernière boîte de patchs de nicotine. Sherlock émettait autant de chaleur qu'un radiateur marchant à plein régime ; il essaya de ne pas le réveiller lorsqu'il repoussa en silence l'épais duvet de plumes qui les recouvrait tous les deux avant d'étouffer de chaud.

Même si le brun était encore endormi, ses hanches étaient toujours pressées contre les fesses de John, et ce dernier ne put s'empêcher de fermer les yeux à nouveau, se délectant des souvenirs de la nuit dernière. Ce qu'ils avaient fait avait été… eh bien, pour être honnête, John avait déjà connu mieux. Oh, bien sûr, ça avait été bon - ils avaient joui tous les deux, et le fait qu'il ait fait ça avec Sherlock avait été déjà suffisamment inouï en lui-même - mais tout avait été si vite. Comme si Sherlock n'avait pas cru que John soit vraiment d'accord avant de l'avoir complètement déshabillé et qu'il n'ait eu au moins un orgasme en sa présence. Mais pour être honnête, cette initiative n'avait pas vraiment dérangé John - bien au contraire. Il avait ressenti la même frénésie à l'idée de tenir Sherlock contre lui ; il supposait que plusieurs mois d'observation furtive et de frustration contenue pouvaient être considérés comme les préliminaires les plus élaborés de l'Histoire.

Sherlock s'était jeté sur lui dès le moment où la porte avait claqué derrière eux. En quelques secondes, John s'était retrouvé allongé sur la couverture avec la tête de Sherlock entre ses jambes, complètement nu à l'exception de son boxer qui restait accroché à sa cheville ; ses cuisses avaient été hissées sur les épaules de Sherlock alors que ce dernier avait pris son pénis profondément dans sa gorge en laissant échapper une série de gémissements étouffés et avides qui avaient fait se recroqueviller les orteils de John contre la peau brûlante du dos nu de son partenaire. Après quelques minutes vertigineuses, Sherlock avait pressé brusquement deux doigts derrière les testicules de John et ce dernier avait eu à peine le temps de balbutier : « Sherlock… Sh'lock, je vais… Je vais - » avant de jouir, ses mains agrippant la couverture pour s'empêcher de les enfouir dans les boucles brunes de son ami. Il était quasiment sûr d'avoir violemment enfoncé son talon dans le dos de Sherlock en plein orgasme ; mais si cela avait été effectivement le cas, le brun, l'air fier de lui et satisfait lorsqu'il s'était redressé et que John luttait encore pour retrouver son souffle, n'en avait pas eu l'air gêné.

Quand son tour était venu, John avait voulu ralentir un peu la cadence, prendre le temps de presser le visage contre le boxer de Sherlock avant d'inspirer profondément ; il s'était concentré sur l'odeur de coton propre et de l'excitation que ressentait son ami, il avait adoré sentir l'érection brûlante à travers le tissu, la trace humide qui tachait déjà le sous-vêtement au niveau du gland. Quand il avait fini par libérer le sexe de Sherlock de son boxer, il avait passé un long moment à en taquiner l'extrêmité de ses lèvres et de sa langue avant de faire glisser sa bouche plus loin ; Sherlock n'avait pu s'empêcher de gémir, ses cuisses avaient tremblé alors qu'il s'efforçait de rester impossiblement immobile contre le matelas. John avait laissé ses doigts, humides de salive, s'égarer plus bas entre les fesses de Sherlock, encouragé par le halètement impuissant de ce dernier et l'enthousiasme avec lequel il avait encore plus écarté les jambes.

Un plus tard, quand les hanches de Sherlock avaient commencé à ruer comme s'il ne pouvait se retenir plus longtemps et que sa respiration était devenue une suite ininterrompue de gémissements et de brefs halètements, John avait glissé un doigt en lui et resserré sa prise sur l'érection de son ami. Il avait concentré son attention sur le gland de Sherlock, et bientôt s'était retrouvé forcé à se focaliser de toutes ses forces sur sa tâche alors que deux mains lui agrippaient les cheveux et s'efforçaient de lui faire reculer la tête de son sexe frémissant. De toute évidence, ce dernier avait essayé à sa manière de le prévenir poliment ; mais bientôt il avait laissé échapper une exclamation étouffée, ses muscles se contractant autour du doigt que John avait enfoui en lui.

Prenant une profonde inspiration, John put sentir ses tétons se contracter et son pénis retrouver son enthousiasme alors qu'il se repassait ce souvenir et, comme s'il pouvait lire dans son esprit, le bras de Sherlock glissa autour de sa taille et le brun marmonna quelque chose dans son sommeil alors qu'il bougeait un peu contre lui. John se mordit la lèvre ; il se demanda brusquement s'il devait s'inquiéter de ce soudain changement dans la nature de leur relation.

C'était ridicule, vraiment - il était un peu tard pour s'en préoccuper. Mais alors qu'il s'était fait aux morceaux de cadavres dans le frigidaire, l'idée que sa chambre devienne leur chambre (il ne se faisait pas d'illusions : Sherlock allait adorer pouvoir convertir sa propre chambre en deuxième laboratoire pour ses expériences) le rendait nerveux. Parce que Sherlock était incroyable et brillant et magnifique, mais maintenant qu'il était vraiment , pressé contre John et lui chatouillant la naissance du cou avec un soupçon de barbe naissante… eh bien, Sherlock était obsédé par les choses qui l'intéressaient ; il n'était pas satisfait avant d'avoir exploré chaque possibilité et chaque détail avec une énergie inépuisable - après quoi il se lançait derechef à l'assaut d'un nouveau sujet d'étude. Et c'était cette habitude, s'inquiéta John en silence, qui pourrait poser problème.

Il était possible que, maintenant qu'ils avaient finalement couché ensemble, il ne devienne qu'un genre de distraction temporaire pour Sherlock ; un puzzle qui devait être décortiqué, disséqué, résolu - et finalement rejeté. Sherlock était une force de la nature quand il s'y mettait ; John l'avait vu sur les scènes de crimes. Et même s'il était flatteur d'avoir obtenu son attention, il n'était pas sûr de savoir combien de temps cette situation allait durer ou de savoir ce qui allait lui arriver quand Sherlock perdrait tout intérêt pour lui.

Le bras mince autour de sa taille resserra son étreinte ; Sherlock remua à nouveau et enfouit son visage dans le cou de John avant d'ouvrir la bouche, avec le ton grincheux de quelqu'un qui s'était fait réveillé une bonne heure avant l'heure à laquelle il comptait se lever.

« Si tu t'apprêtes à faire une crise de nerfs, tu pourrais au moins attendre qu'on ait pris un café. » La voix de Sherlock était fatiguée, irritée et vaguement désappointée. « J'ai eu l'impression la nuit dernière que ton orientation sexuelle ne te dérangeait pas. »

« Ca ne me dérange pas. » Alors que Sherlock relâchait son étreinte autour de sa taille, John lui saisit l'avant-bras avant qu'il ne puisse se dégager et le maintint fermement en place. « Je ne suis pas en train de faire une crise de nerfs, bordel. »

« Des regrets, alors ? Ca ne sert à rien de prétendre que 'tout va bien' : tes muscles sont contractés et le rythme de ta respiration s'est accéléré. Qu'est-ce qu'il y a ? »

Tu es génial et brillant et captivant, songea John. Tu es comme une force de la nature, comme une vague immense ou une tornade qui emporte tout sur son passage, qui fait tournoyer ses victimes dans les airs avant de les laisser retomber. Je ne pourrai jamais te dire non, jamais, mais qu'est-ce qu'il va m'ariver quand tu finiras par te lasser de moi ?

Ils étaient amants depuis moins de douze heures ; il ne pouvait pas lui dire tout cela maintenant, alors il fit non de la tête et murmura, « Rien. »

Le matelas se creusa derrière lui lorsque Sherlock, qui de toute évidence ne le croyait pas, se relevait sur un coude et se penchait vers lui pour essayer de le dévisager. La ligne élégante de sa nuque et de ses épaules était presque hypnotisante à contempler et, même avec l'inquiétude qui lui occupait l'esprit, John ne put s'empêcher de sourire quand il vit les yeux ensommeillés de Sherlock, son expression un peu perdue et sans aucune trace du masque impassible qu'il portait d'habitude.

« Salut, toi », murmura John.

« Salut. »

Sherlock ne montrait aucun signe de bientôt vouloir bouger ou cesser de le dévisager, et John, mal à l'aise, murmura : « Arrête ça », alors qu'il se penchait vers Sherlock pour l'embrasser. Leur baiser dura un certain temps, et quand John recula il était désespérément conscient qu'ils étaient nus tous les deux et qu'il pouvait clairement sentir l'érection de Sherlock contre sa cuisse.

« Cela aiderait-il », et la main de Sherlock s'égara plus bas ; John retint son souffle lorsqu'elle passa le cap de son aine, « à résoudre le problème auquel tu persistes à refuser d'admettre que tu penses, si nous reprenions nos activités de la nuit dernière là où nous les avons arrêtées ? »

L'excitation traversa la corps de John aussi sûrement qu'un choc électrique et son sexe eut un sursaut d'enthousiasme contre la main de Sherlock ; ce dernier sourit avant de murmurer, « Tu n'as pas besoin de répondre », alors qu'il se penchait pour l'embrasser à nouveau et que ses doigts s'empressaient de s'enrouler autour de l'érection de John.

Après une nouvelle seconde où il eut le souffle coupé, ce dernier laissa échapper un bref grognement lorsqu'il réalisa dans quelle position il se trouvait - et à quel point il lui serait aisé de passer à Sherlock l'un des tubes qu'il savait rangés dans la table de chevet - Sherlock soulèverait sa cuisse avec son genou et lècherait ses doigts et -

Haletant, John recula ; il essaya de reprendre le contrôle de ses émotions et s'efforça de ne pas avoir l'air trop désespéré. « Est-ce que tu veux que je te passe… Je veux dire, est-ce que tu veux - »

« Te baiser ? Non, pas vraiment. »

Une réponse qui lui fit l'effet d'un seau d'eau glacée, et John était heureux que Sherlock soit occupé à lui embrasser la tempe, les yeux fermés et incapable de voir son expression.

Se sentant soudain mal à l'aise, il se frotta le nez dans un geste nerveux. Bordel, il n'avait jamais été un homme vaniteux - même avant qu'il ne parte à la guerre et qu'on le renvoie chez lui avec une cicatrice horrible lui défigurant l'épaule et plus de rides sur le visage qu'un homme de son âge ne devrait en avoir -, alors il se dit qu'il était ridicule de se sentir offensé par -

« Je veux dire », dit Sherlock en relevant finalement la tête et en scrutant son visage, les sourcils légèrement froncés ; de toute évidence il avait décelé la tension de John et réalisé avec retard qu'il venait juste dire quelque chose qui n'était Pas Bon, « pas maintenant. Une autre fois, oui, ça serait une bonne expérience - »

« Juste bonne ? » John ne savait pas s'il devait en être amusé ou irrité.

« Mais ce matin, après ce que tu as fait la nuit dernière - avec ton doigt… Je me demandais… J'espérais, en fait - que peut-être tu voudrais bien - tu sais. Aller jusqu'au bout. »

A la fin de sa requête, Sherlock donnait l'impression de ne plus très bien savoir comment respirer.

« D'accord », grogna John, toute déception oubliée. « Putain oui. »

Une seconde plus tard il se retrouva entraîné dans un baiser exigeant, Sherlock pressé avec force contre son torse et son sexe glissant son difficulté contre la hanche de John. La courbe de ses fesses semblait faite pour les mains de ce dernier, et quand il resserra sa prise Sherlock gémit de plaisir contre sa bouche.

Un instant plus tard le brun prenait place au-dessus de lui et pressait leurs érections l'une contre l'autre alors qu'il cherchait à l'aveuglette du lubrifiant dans le tiroir de la table de chevet.

« Voilà », fit-il en mettant un petit tube dans la main de John avant de recommencer à l'embrasser ; John eut toutes les peines du monde pour réussir à ouvrir l'emballage de cellophane alors que Sherlock s'employait à lui mordiller les lèvres et à frotter lascivement son sexe contre sa main, une main prenant appui sur l'oreiller derrière la tête de John et l'autre taquinant avec curiosité le téton gauche de ce dernier.

Quand il finit par réussir à ouvrir le tube et à étaler sur sa doigts un peu du gel translucide, rose pâle, qu'il contenait, Sherlock lui prit le poignet avant qu'il ne puisse faire un autre geste et toucha de la langue le bout d'un de ses doigts.

« Framboise », murmura-t-il, les sourcils légèrement froncés en signe de concentration et ô seigneur, John ne pourrait jamais plus le voir en train de faire une déduction - ou manger de la confiture à la framboise - sans avoir une érection.

« Oui », répondit-il stupidement, hypnotisé par Sherlock qui lèchait avec attention le bout de son index et de son majeur. Gentiment, John dégagea son poignet de son étreinte et l'encouragea à se baisser pour pouvoir à nouveau l'embrasser alors que ses doigts se glissaient entre les fesses de Sherlock.

Quand il pressa le bout d'un doigt à l'intérieur, John retint son souffle. Sherlock était brûlant et étroit autour de son index ; il poussa son doigt un peu plus, prêtant attention au « Oh… » étouffé que laissa échapper son partenaire. La seconde suivante Sherlock tendait la main derrière lui pour essayer de s'emparer de celle de John et le pousser à introduire sur-le-champ son majeur également.

« Doucement », murmura John en lui agrippant le poignet. « Tu vas finir par me casser un doigt si tu ne fais pas attention ; en fait, tu sais, il est physiquement impossible qu'ils se plient comme tu essaies de le faire. »

Il songea qu'il aimerait bien en découvrir plus au sujet de cette version avide, affamée de Sherlock et il glissa un second doigt en lui, récoltant un deuxième gémissement ; Sherlock laissa retomber sa tête en avant, comme si son poids était brusquement devenu trop lourd pour sa nuque. John passa son autre main derrière sa tête et enfouit ses doigts dans les boucles brunes étonnamment douces qu'il y trouva.

« Doucement », répéta-t-il non sans délicatesse, alors que Sherlock lui mordait l'épaule droite. « Doucement, je m'occupe de toi. »

Ses doigts se glissèrent en lui sans rencontrer de résistance et il les plia, juste un peu, jusqu'à ce qu'il sente une petite protubérance contre le bout de ses doigts ; Sherlock gémit brusquement, sa bouche toujours contre l'épaule de John, et il rejeta involontairement les hanches en arrière.

John eut un sourire ravi. « Et voilà… voilà, c'est bon. »

Sherlock ne lui répondit pas et se contenta de prendre une brève inspiration ; il en voulait clairement plus, et laissa échapper un nouveau gémissement étouffé. Alors que John taquinait sa prostate, le brun, toujours à califourchon sur ses hanches, écarta encore plus les jambes. Ses avant-bras étaient appuyés de chaque côté des épaules de John, et ce dernier le persuada de relever la tête - il en profita pour embrasser ses paupières closes et ses joues rougies.

Reposant délicatement la tête de Sherlock dans le creux de son cou, John enfouit son nez dans les cheveux de Sherlock et prit une profonde inspiration alors qu'il entourait de son autre main l'érection de ce dernier qui reposait contre sa jambe. Il la laissa glisser entre ses doigts une fois, deux fois, alors qu'il appuyait suivant le même rythme sur la prostate de Sherlock. Presque immédiatement, ce dernier se cambra ; ses doigts se refermèrent autour de son poignet et repoussèrent sa main.

« Non », grogna Sherlock à son oreille, les dents serrées. « Non, ne fais pas ça. Ou je vais - oh ! - je vais… »

Il ne put finir sa phrase, mais John comprit sans peine son avertissement. Il laissa Sherlock éloigner sa main ; une seconde plus tard, il put sentir les muscles de son partenaire se resserrer autour des doigts qu'il avait glissés en lui alors que Sherlock se redressait et se penchait vers la table de chevet pour fouiller à l'intérieur du tiroir avec une maladresse dont John ne l'avait jamais auparavant vu faire preuve. Il finit par laisser tomber un préservatif sur la poitrine de John et articula avec difficulté, « Je pense que ça suffit maintenant. »

En de rares occasions John avait entendu Sherlock faire semblant d'être ivre pour pouvoir obtenir les informations dont il avait besoin auprès de certains témoins ; et l'entendre avoir les mêmes difficultés à articuler clairement maintenant le fit frissonner - parce que c'était grâce à lui, c'était les doigts de John qui avaient déconcentré Sherlock pendant les dernières minutes alors qu'il fouillait à l'aveuglette dans le tiroir. Il ressortit ses doigts, les enduit à nouveau de lubrifiant avant de se reculer et de murmurer, « Juste encore un peu. »

« Oh, bordel de merde - John ! » siffla Sherlock, irrité ; il serrait l'oreiller entre ses doigts avec une telle force que ses articulations en avaient blanchi. « Je t'ai dit que j'étais prêt. Ce n'est pas ma première fois, tu n'as pas à y aller lentement, et de toute façon c'est un mythe complet que - »

Un gémissement qu'il ne put retenir le força à s'interrompre ; il se mordit la lèvre alors que John écartait les doigts qu'il avait enfouis en lui et réussissait à glisser sa prostate entre le bout de ses doigts. En tournant la tête, John pouvait voir en observant les bras de Sherlock que ce dernier avait la chair de poule.

« Je sais que tu es prêt. » Le front de Sherlock reprit sa place sur l'épaule de John, et ce dernier tourna la tête pour murmurer la suite de sa réplique dans les cheveux bruns qui retombaient sur l'oreille de son partenaire. « Mais moi, j'aime bien faire ça. »

Et il aimait ce moment, oh oui, il adorait cet instant. Cela l'avait toujours excité au plus haut point d'utiliser ses doigts pour taquiner ses amants avec toute la précision de son toucher de chirurgien, mais là c'était Sherlock : fou, brillant, toujours maître de lui-même - son ami, son collègue, son amant ; et le voir fermer les yeux alors que John usait de son doigté pour le rendre fou était la plus excitante des visions.

Finalement, quand Sherlock le supplia - « John, s'il te plait » -, la voix brisée et tremblante, John lui accorda, le souffle court : « D'accord, très bien. »

Quatre mains (deux tremblaient, les deux autres étaient assurées et confiantes) déchirèrent l'emballage du préservatif et enfilèrent ce dernier sur le sexe de John, étalant un peu plus de lubrifiant au passage. Il aurait été plus rapide que John accomplisse cette tache seul - Sherlock le ralentissait plus qu'autre chose mais il refusa de laisser John éloigner ses mains - mais finalement le brun se redressa, écarta plus encore les jambes et se laissa glisser sur le sexe de John avant de gémir « Mon dieu » en direction du plafond.

John déglutit avec difficulté - ses mains avaient presque l'air trop sombres, contre la peau pâle de Sherlock. Alors que ce dernier se laissait finalement retomber sur ses hanches, il eut désespérément envie de faire un brusque moment de bassin mais il n'osa pas ; Sherlock était si étroit, il craignait presque de lui faire mal. Il choisit de faire descendre une de ses mains et l'utilisa pour caresser la cuisse de son ami.

« Vas-y doucement. Ca va ? »

« Bien sûr que oui. Je te l'ai dit, ce n'est pas ma première fois. »

La voix profonde de Sherlock l'était encore plus que d'habitude, rendue rauque par l'excitation et les dernières traces de sommeil, et lorsqu'il se releva avant de se laisser retomber John dut se mordre les lèvres pour ne pas agripper les hanches de Sherlock et se laisser aller à ses instincts. Quand le brun réitéra son initiative, John ne put retenir un gémissement tremblant et Sherlock lui lança un regard où pointait une étincelle de défi.

« Eh bien, vas-y. Je pensais que tu avais déjà fait ça, John. »

John écarta ses doigts sur ses hanches saillantes et donna un petit coup vers le haut alors que Sherlock se pressait contre lui. Il prit une brusque inspiration, presque défait par la pression brûlante qui enserrait son sexe, et Sherlock grogna : « Oui. Allez, je sais que tu peux faire mieux que ça… »

Et John s'empressa de le lui prouver. Il reserra sa prise et donna un nouveau coup de bassin, instaurant un rythme régulier qui les satisferait tous les deux - avec un peu de chance, suffisant pour Sherlock - sans pour autant que John ne perde le contrôle de lui-même.

John avait eu, au cours de sa vie, à acquérir un certain nombre de compétences - quand il était à l'armée, au sein de son ancienne équipe de rugby, et pendant ses longues années d'études avant d'obtenir son diplôme de médecin - et l'une des choses dont il pouvait se flatter, c'était son talent pour faire l'amour. Il aimait ça, non seulement l'orgasme qui en résultait mais également le chemin qu'il fallait parcourir pour y arriver : toucher son ou sa partenaire, l'embrasser et caresser sa peau, et trouver ce qui le ou la faisait soupirer et fermer les yeux de plaisir. Il aimait parler à ses amants lorsqu'il se trouvait au lit avec eux, leur sourire et embrasser le bout de leur nez, il aimait les entendre dire « oui, là » ou « moins vite » ou « un peu plus fort » et écouter leurs gémissements incontrôlables quand il s'y prenait exactement comme ils le voulaient.

Et on pouvait bien appeler cette tendance un dernier vestige d'esprit chevaleresque, mais il aimait vraiment, vraiment faire jouir ses partenaires avant lui - si l'on oubliait l'assaut passionné de Sherlock la nuit précédente. Cette habitude n'était pas complètement altruiste - écouter les bruits que laissaient échapper ses amants lorsqu'ils étaient au bord de l'orgasme, les sentir trembler contre lui, l'excitait au plus haut point. Et quand ils le regardaient dans les minutes qui suivaient, les yeux à demi-clos et béats, alors que son érection était toujours enfouie en eux - John se sentait grand.

Alors quand Sherlock se mit à le chevaucher en rythme, John dut lutter pour garder les yeux ouverts pour pouvoir l'observer avec attention malgré la nuée de sensations intenses qui l'assaillaient. Et, après quelques minutes, il réalisa bien vite que cette position n'était pas idéale pour son partenaire. Elle ne lui déplaisait pas - son érection toujours présente était une preuve de son excitation - mais l'angle ne permettait pas vraiment à John d'atteindre sa prostate à chaque mouvement de ses hanches. Le visage de Sherlock avait perdu son expression sauvage, désespérée et il regardait John à travers ses paupières à demi-closes.

« Ca va ? » lui demanda John, le souffle court.

« Très bien. » Sherlock ferma les yeux et continua de se mouvoir contre lui.

Auparavant, tout seul dans son propre lit, John s'était demandé si Sherlock avait déjà eu du mal à s'empêcher de réfléchir pendant l'amour. Peut-être avait-il toujours trouvé ça tellement prévisible que cette pratique en devenait ennuyeuse ou, inversement, peut-être la foule de sensations et de stimulations se montrait être une surcharge de données pour son incroyable cerveau et l'empêchait de se détendre suffisamment pour apprécier ce qu'il éprouvait. Cependant, après avoir vu Sherlock se tordre sous ses mains et le supplier, John savait que son ami n'avait certainement aucun problème à ne pas trop utiliser ses capacités de réflexion pendant l'acte, et il voulait désespérément revoir cette expression éperdue sur le visage de Sherlock.

John le fit baisser la tête pour l'embrasser, et alors que Sherlock se penchait vers lui, il s'empara de l'occasion pour le faire rouler sur le matelas. Cette manœuvre ne se déroula pas sans heurts, contrairement à ce qu'il avait espéré ; Sherlock se tendit lorsqu'il perdit son appui - il se débatit un instant et ses hanches saillantes rencontrèrent plutôt violemment l'estomac de John. Ce dernier nota qu'il devrait avoir une conversation avec son ami au sujet de son régime alimentaire (et le pousser, entre autres choses, à prendre plus souvent des repas aussi copieux que celui de la soirée précédente), avant de se retrouver allongé sur Sherlock et de prendre en compte l'expression surprise du brun.

« J'ai pensé que je pourrais essayer de passer au-dessus », expliqua-t-il brièvement ; il sourit intérieurement lorsqu'il vit Sherlock froncer les sourcils - de toute évidence, il était irrité d'avoir perdu le contrôle.

Par instinct, les jambes de Sherlock s'étaient déjà enroulées autour de la taille de John, et ce dernier s'empressa d'utiliser sa main pour guider à nouveau son sexe érigé en lui avant de lui laisser une seconde pour s'y habituer à nouveau. L'air renfrogné de Sherlock se changea en une expression de pur plaisir, et quand John tenta un mouvement de hanches, tout l'air que contenaient les poumons de Sherlock sembla le quitter d'un coup.

« Parfait, alors », murmura John, un frisson d'excitation le traversant. « Essayons plutôt comme ça. »

Non sans délicatesse il prit l'une des jambes de Sherlock, l'écartant de sa taille pour la passer sur son épaule ; les hanches de son ami étaient ainsi à un meilleur angle et John pouvait s'enfoncer plus profondément. La seconde fois qu'il se glissa en lui, Sherlock écarquilla les yeux et laissa échapper un gémissement qu'il ne put contenir.

« C'est mieux comme ça ? » lui demanda John ; il tourna la tête pour déposer un rapide baiser sur le genou près de sa joue et il put sentir le picotement de ses poils contre ses lèvres.

« Ou- oui », haleta Sherlock. « Oh mon dieu, John… c'est… oh, oui… »

John eut un sourire ravi et peut-être même un peu fier ; il commença à accélérer le rythme, s'enfonçant en lui jusqu'à ce que Sherlock en sanglote presque et ne puisse plus que gémir ses instructions - « Attends, moins vite… plus fort… Mon dieu, oui, comme ça… » -, les mains plaquées sur les fesses de John.

« Touche-toi », fit ce dernier, la voix tremblante ; les muscles de ses épaules commençaient à lui faire mal, à cause de la position dans laquelle il se trouvait. « Vas-y, touche-toi. »

Quand Sherlock lui obéit, glissant sa main jusqu'à sa propre érection sans chercher à faire dans la finesse ou l'élégance et commençant à se caresser, son souffle déjà erratique se transforma en une litanie ininterrompue de halètements brefs - il n'arrivait plus à retrouver son souffle, et John gronda : « Et pour l'amour de dieu, Sherlock, respire ou tu vas t'évanouir. »

« John… oh mon dieu, John… c'est… »

Alors que John continuait ses mouvements frénétiques du bassin, se mordant la langue et s'efforçant de penser à un sujet absolument repoussant pour s'empêcher de jouir tout en maintenant le même rythme régulier, il put sentir les muscles de Sherlock commencer à se contracter autour de son sexe, il put le sentir trembler contre lui alors que Sherlock s'approchait dangereusement de l'orgasme. Une main éperdue glissa sur la peau humide de sueur de son cou avant de trouver appui - de trouver appui sur son épaule blessée, malheureusement ; mais John accueillit avec joie la brève douleur qui s'ensuivit, puisque cela lui permit de s'éclaircir un peu les idées et de mieux se concentrer sur Sherlock.

Sherlock, qui maintenant laisser échapper un bref cri à chaque coup de reins, et dont les cuisses serraient avec force la taille et l'épaule de John pour le forcer à se rapprocher alors même que sa main s'agrippait à l'autre épaule de son partenaire, presque comme pour le repousser.

« John », haleta-t-il brusquement, soudainement cohérent pendant quelques secondes et le fixant avec des yeux aux pupilles plus dilatées que jamais ; il continua, presque révérent : « oh putain, ça y est… je vais… c'est… »

Les dents serrées, John ne chercha plus à se retenir et s'efforça d'aller plusviteplusviteplusvite. A peine Sherlock avait-il fini de parler que John le pilonnait avec force - et presque immédiatement le moment de lucidité de son ami ne fut plus qu'un souvenir, les traits de son visage se tordant de plaisir et il rejeta sa gorge pâle en arrière contre les oreillers aux couleurs de pierres précieuses. John sentit soudainement une chaleur moite contre la peau de son estomac alors que les muscles de Sherlock se resserraient plus que jamais autour de son sexe alors que le brun laissait échapper un cri sonore.

Un cri d'un niveau sonore embarrassant, à vrai dire, et même s'il savait pertinemment que Sherlock subissait de toute évidence le contre-coup d'un orgasme fantastique et était donc aveugle et sourd au reste du monde, John siffla « Tais-toi ! » et se pencha vers lui pour l'embrasser violemment et essayer d'étouffer le bruit qu'il faisait. Une tentative infructeuse, bien sûr, mais dieu, sentir les lèvres de Sherlock trembler sous les siennes alors qu'il ne pouvait contenir ses cris de plaisir l'excitait au plus haut point, et les doigts de Sherlock l'agrippèrent avec force alors que plus de sperme encore se répandait entre leurs estomacs. Et même sur leurs torses - bordel, le fait que Sherlock ne puisse se retenir n'était pas si surprenant.

La litanie de 'John, John' étouffés finirent par se transformer en une suite de gémissements essoufflés et John déglutit avec difficulté. Presque, il y était presque, son corps lui hurlait de bouger, d'en finir, mais il serra les dents et se retint - il ne voulait pas submerger Sherlock, surtout qu'il y avait une chance que ce dernier soit du genre à devenir rapidement hypersensible après l'orgasme.

Le visage et le cou de Sherlock avaient spectaculairement rougi, et John se prit à songer que sa peau avait pris quasiment la même couleur que l'oreiller rose vif qui était tombé du lit à un certain moment au cours de la nuit précédente. Puis Sherlock prit une profonde inspiration et ouvrit les yeux alors qu'un sourire se dessinait sur ses lèvres, et John découvrit qu'il était incapable de penser à quoi que ce soit.

Les sourires de Sherlock étaient aussi inconstants et variés que les rues de Londres elle-même, et John se doutait qu'il ne les avait pas encore tous vus. Il y avait celui, un peu fou, que son ami avait lorsqu'un nouveau cas se présentait et que 'les affaires reprenaient' ; il y avait celui, les lèvres un peu pincées, qu'il adressait aux rares inspecteurs de Scotland Yard qui faisaient à l'occasion une remarque inattendue et intelligente ; il y avait même celui que John avait vu pour la première fois dans le jardin d'hiver la nuit dernière lorsqu'il avait complimenté la famille Holmes - flatté et heureux, et même un peu timide sans pour autant vouloir le montrer.

Celui qu'il lui adressait maintenant était magnifique, étrangement innocent, et totalement différent des autres. Il rappelait à John la première fois où il avait vu les étoiles dans le ciel en plein milieu du désert ; la riche beauté des constellations qui s'étalaient contre le ciel de velours noir l'avait laissé bouche bée - il avait eu l'impression que l'univers contenait plus d'étoiles encore qu'il ne l'avait même imaginé dans ses rêves.

Avant d'avoir pu s'en empêcher, John ouvrit la bouche et souffla, « Mon dieu, tu es magnifique. »

Le sourire radieux de Sherlock se métamorphosa en une expression absolument prédatrice, et ses mains agrippèrent les fesses de John lorsqu'il dit, « Vas-y alors, montre-moi comment il faut s'y prendre. »

« Quoi ? » demanda John, la voix éteinte. Sherlock les pressa l'un contre l'autre, rapprochant ses hanches en rythme et encourageant John à bouger en lui ; ce dernier était tout à fait conscient qu'il ne lui faudrait plus longtemps pour atteindre l'orgasme.

« Tu m'as dit de faire moins de bruit », continua Sherlock ; il souriait maintenant comme un fou et semblait sur le point d'éclater de rire, « alors montre-moi comment il faut faire. Tu sais que c'est terriblement malpoli de dire à son partenaire de 'se taire' pendant des rapports sexuels. Tu me choques, John. »

Incapable de s'arrêter, ce dernier donna un coup de hanches en avant et le rire naissant de Sherlock se transforma bien vite en un grognement de satisfaction.

« Eh bien, honnêtement », John comprenait à peine ce qu'il disait, son esprit assiégé par , « les gens vont penser que je suis en train de t'assassiner. »

S'il y eut une réponse, en tout cas John ne l'entendit pas. L'orgasme de Sherlock l'avait laissé docile et détendu sous son poids, et ce dernier n'eut plus qu'à s'enfoncer en lui quelques fois avant qu'il ne perde le rythme et ses mouvements ne deviennent saccadés, désespérés ; il sentit ses testicules et ses muscles se contracter - et Sherlock le pressa contre lui et le maintint fermement dans cette position alors qu'il atteignait enfin l'orgasme, son corps parcouru de violents frissons. Il ne parvint pas à garder tout à fait le silence, même si son gémissement incohérent presque entièrement étouffé contre la peau humide de l'épaule de Sherlock.

Alors qu'il essayait de reprendre son souffle, les bras de Sherlock serrés autour de lui avec force, il sentit ses muscles tressaillirent alors qu'ils se détendaient après l'effort, comme il en avait l'habitude après un match de rugby particulièrement éprouvant. Le cœur battant toujours à vive allure, il tourna la tête pour prendre une profonde inspiration et sentit les lèvres de Sherlock presser une suite de baisers fiévreux sur son visage alors que sa langue s'aventurait sur sa peau comme pour goûter la sueur sur ses tempes, et murmurer des mots inaudibles dans ses cheveux.

Alors qu'il tournait à nouveau la tête et déposait un baiser chaste sur la joue rougie de Sherlock, il réalisa que la jambe de ce dernier était toujours passée sur son épaule et formait un angle presque impossible. Fasciné, John se demanda si Sherlock avait déjà fait du yoga, si peut-être l'innocence d'un suspect avait déjà reposé sur le fait de savoir si oui ou non il était possible pour un être humain de passer les jambes derrière la tête.

Sherlock s'agrippait toujours à lui avec autant de force, et John sentit son cœur se serrer ; mais, bien conscient du fait que cette position ne pouvait pas vraiment être confortable pour lui, il fit un effort pour se dégager. Dès qu'il réalisa ce que John tentait de faire, Sherlock s'empressa de relâcher son étreinte et le repoussa, marmonnant : « Dégage. Tu es lourd » d'un ton moins que convaincant.

Se dégageant effectivement de son étreinte, John roula sur le côté pour se débarrasser du préservatif ; quand il se retourna, il trouva Sherlock déjà pressé contre lui, essayant encore de rapprocher et presque allongé sur lui alors qu'il avait enfoui son visage contre l'épaule de John avec délectation - on aurait dit un chat.

« Tu es aussi lourd que moi », fit remarquer John, alors même qu'il passait fermement ses bras autour de Sherlock et qu'une des jambes de ce dernier trouvait sa place au-dessus des siens. Il décida sur-le-champ qu'il aimait bien cette nouvelle version de Sherlock, qui dédaignait confort d'un immense matelas parce qu'il voulait rester près de lui après l'amour - même si leur relative différence de taille et leur position assez mal choisie donnait à John l'impression d'être un peu ridicule, avec ses pieds collés contre les genoux de son ami.

« Mais tu es un ancien soldat. Habitué à supporter les conditions les plus inconfortables », marmonna Sherlock, le visage pressé contre le cou de John et la voix de ce fait un peu étouffée. John pouvait quasiment le sentir ronronner de satisfaction alors qu'il continuait de passer ses doigts dans les boucles brunes et humides de sueur qui lui taquinaient la joue. Il se prit soudain à songer qu'être mal à l'aise était une chose, mais qu'il n'était pas sûr de pouvoir gérer la mortification émotionnelle qu'il ne manquerait pas de ressentir bientôt, à la table du petit-déjeuner.

Sherlock soupira contre sa peau ; de toute évidence, il avait deviné le cours de ses pensées.

« Oh, détends-toi. C'est Evander qui dort à côté. Il n'en a rien à faire. » Était-ce son imagination, ou la voix étouffée de Sherlock avait-elle réellement pris une inflexion gênée ? « Il est sûrement encore en train de dormir. Et puis, de toute façon, tu devrais prendre ça comme un compliment. »

Non, effectivement, les protestations de Sherlock avaient vraiment un accent d'embarras - même si Sherlock préférerait sans doute se faire torturer plutôt que de l'admettre - et John essaya de ne pas éclater de rire quand il fit, pince-sans-rire, « Ca me surprendrait beaucoup qu'il ne soit pas réveillé après ça. »

Dans une certaine mesure, il était réconfortant de savoir que c'était la personne la plus libérale du clan Holmes qui avait eu la malchance d'être placée dans la chambre voisine (plutôt que leur charmante grand-mère, par exemple) ; cela dit, l'idée du petit sourire narquois que leur adresserait Evander quand ils descendraient prendre le petit-déjeuner n'était pas si rassurante finalement.

La remarque grossière de Sherlock fut rendue inaudible par le bruit soudain que fit le portable de John quand il se mit à vibrer sur la table de chevet. Se blottissant contre le bras que John avait passé autour de lui, le brun marmonna : « Si c'est Lestrade, dis-lui d'aller se faire foutre ; je refuse de prendre l'affaire, même s'il s'agit de six suicides en série et d'un code indéchiffrable », alors que John tendait son autre main pour attraper son téléphone.

Il lut sur l'écran qu'il avait reçu un texto d'un numéro inconnu ; il s'empressa d'afficher le message et éclata de rire, avant de lire à haute voix : « Joyeux Noël, John. Si jamais tu te lasses de mon insupportable cousin, voici mon numéro. N'hésite pas à m'appeler ! EH. Mon dieu, tu as vraiment une famille impossible, tu le sais ça ? D'ailleurs, comment est-ce qu'il a fait pour avoir mon numéro de toute façon ? »

John, un grand sourire aux lèvres, baissa les yeux ; il nota l'expression de Sherlock, qui semblait ne pas pouvoir se décider entre en rire ou se sentir vexé.

« Oh, Ev n'a vraiment aucune honte. » Sherlock passa un bras possessif autour de sa taille, et John eut l'impression de se sentir pousser des ailes. « Eh bien, je refuse qu'il t'ait. Tu t'ennuierais à mourir en moins d'une semaine. »

« Probablement. Enfin, je ne sais pas, un peu de paix et de calme de temps en temps, ça ne me paraît pas si mal. »

Le tranchant « Ennuyeux » de Sherlock fut une de fois de plus coupé par le téléphone de John, et après avoir appuyé sur quelque touches ce dernier put lire : P.S. - Dis à Dave que je lui souhaite Joyeux Noël aussi. EH.

« Dave ? » John était perdu, jusqu'à ce qu'il ne s'aperçoive de la soudaine tension du corps près de lui. Il baissa les yeux vers Sherlock, stupéfait. « Dave, c'est toi ? »

« David, en fait », l'avertit Sherlock. « David Sherlock Holmes. Quand Mycroft allait à l'école, d'autres enfants se sont moqués de lui à cause de son prénom, et mes parents ont voulu me donner une option d'être normal. »

Déconcerté par l'exaspération qui se faisait sentir dans la voix de son ami, John lui demanda, « Qu'est-ce qui ne va pas avec 'David' ? C'est un nom normal ; j'avais deux ou trois amis qui s'appelaient comme ça quand j'étais à l'université. »

« Exactement ! C'est banal ! Ennuyeux ! Tu ne peux pas prendre un revolver et tirer au hasard dans les rues de Londres sans toucher au moins une douzaine d'hommes qui s'appellent David ! »

Choisissant de ne pas se demander si oui ou non Sherlock parlait au sens figuré, John essaya, « Eh bien, ça pourrait toujours être pire - »

« Et Mycroft et mes cousins avaient pris l'habitude de m'appeler 'Dave'. Dave. » Sherlock se dégagea de l'étreinte de John et s'assit, avant de mentionner ce surnom qu'il avait de toute évidence haï pendant des années ; il jeta un regard noir à John, comme s'il le mettait au défi de se moquer de lui. « Dave. C'est immonde. »

Grâce à un effort surhumain et la mise en application de plusieurs années de discipline militaire, John réussit à contenir son amusement alors qu'il tirait Sherlock par le bras pour essayer de le forcer à se rallonger. Avec mauvaise humeur, ce dernier obtempéra. Quand sa tête fut à nouveau enfouie dans le cou de John, la paume de ce dernier caressant ses épaules nues pour essayer d'éliminer la tension qu'il y sentait, John finit par murmurer dans ses cheveux - comme s'il essayait de distinguer quel goût ce nouveau nom pouvait avoir sur sa langue, « David Sherlock Holmes. »

Sherlock frissonna comme si on l'avait piqué et lâcha, menaçant, « Si jamais tu penses ne serait-ce qu'à - »

« Je ne le mettrai pas sur le blog », s'empressa de le rassurer John ; il voulait éviter une nouvelle tirade. « Promis. Ca sera notre secret. »

Peu à peu, par degrés, Sherlock se détentdit contre lui alors que John continuait de caresser ses épaules, et ce dernier adressa un grand sourire au plafond. Maintenant qu'il avait vraiment la chance d'y prêter attention, il devait bien admettre que c'était un plafond réellement extraordinaire : des étoiles dorées à six branches imbriquées au sein de complexes tracés géométriques qui couraient et s'entrêmelaient tout autour de la pièce - cela rappelait à John le voyage scolaire en Espagne qu'il avait fait avec son lycée, et leur visite à l'Alhambra.

Le souffle de Sherlock devint plus mesuré, plus profond, jusqu'à ce que John finisse par penser qu'il s'était rendormi. Dieu savait qu'il en avait besoin ; en temps normal, ses habitudes de sommeil étaient au mieux erratiques. Alors qu'il remontait non sans délicatesse la couverture jusqu'aux épaules de Sherlock, John se dit que peut-être ils allaient s'en sortir tous les deux.

Fermant les yeux, il se souvint de la façon désespérée qu'avait eue Sherlock de s'accrocher à lui alors qu'il reprenait peu à peu son souffle après son orgasme, sa nervosité maladive pendant leur conversation dans le jardin d'hiver la soirée précédente, et les mots murmurés dans ses cheveux que Sherlock n'avait pas voulu qu'il entende ; il se demanda si peut-être il n'avait pas sous-estimé les sentiments que son ami ressentait à son égard. Il commençait à se dire qu'il pouvait bien être un des rares hommes (peut-être même le seul) dans tout le Royaume-Uni capable de briser Sherlock Holmes, aussi incroyable que cette déduction puisse lui paraître.

Parce que si Sherlock était une force irrésistible, alors peut-être John était-il un objet inamovible (et dieu savait le nombre de fois où sa mère avait dit qu'une fois qu'il avait pris une décision, il était plus facile de déplacer une montagne que de le faire changer d'avis) ; le seul point fixe dans la vie de Sherlock, celui qui lui permettait de se stabiliser alors que son esprit était aussi éclatant qu'un feu d'artifice, tout en lumière et en génie absolu.

Serrant Sherlock encore plus près de lui et se sentant décidément bien plus optimiste, John enfouit son visage dans la masse de boucles brunes et n'essaya même pas de retenir les mots qui lui venaient à l'esprit. Des mots qu'il avait eus sur le bout de la langue depuis que Sherlock avait ouvert les yeux et lui avait adressé un sourire éblouissant à peine un quart d'heure plus tôt, mais qu'il avait commencé à imaginer bien avant - des mois plus tôt, au plus profond de lui-même et à son insu, quand il avait réalisé qu'il préférerait mourir que voir Sherlock se faire tuer, quand il s'était jeté sur Moriarty et qu'il avait hurlé à Sherlock de courir.

Doucement, il murmura, « Je pense que je t'ai - »

« Non. Ne le dis pas. »

Sherlock était passé d'un état somnolent à une tension rigide en une fraction de seconde et John sursauta, abasourdi.

« Bordel, je croyais que tu dormais. Qu'est-ce que tu as dit ? »

« Ne le dis pas. » Paradoxalement, Sherlock serra John encore plus fort contre lui alors qu'il s'amusait à détruire leur moment romantique, comme s'il espérait empêcher John de parler en forçant ce dernier à expulser tout l'air qui se trouvait dans ses poumons. « Pas maintenant, ce n'est pas le bon moment. Ca ne compte pas, tu vois. »

« C'est le moment parfait pour ça », insista John, un peu piqué d'avoir à essuyer une si prompte rebuffade. « On vient juste de se décider à sortir ensemble après des mois à se tourner autour comme des idiots, on a couché ensemble, bordel, c'est même Noël, et toi tu me dis que - »

Sherlock fit un geste nonchalant de la main, avant de raffermir sa prise sur la taille de John. « Tout ce que les gens disent pendant ou juste après une relation sexuelle ne compte pas. A cause des », et sa voix s'était faite clairement dédaigneuse, « hormones et des endorphines. Tout le monde le sait. »

« Alors quand je t'ai dit tout à l'heure que tu étais magnifique… »

« Correct. Ca ne compte pas. Mais j'apprécie tout de même l'intention. »

« Tu apprécies l'intention ? »

« Oui. Merci. »

On aurait dit que Sherlock le remerciait de la même façon que s'il venait de lui faire une tasse de thé, et avec un élan de colère John lui dit : « C'est une règle stupide. »

Sherlock leva la tête et lui adressa un regard d'avertissement. « Je m'en fiche. C'est ma règle. »

« Eh bien franchement, je pense que ta 'règle' est de loin la plus stu - » John s'interrompit et s'efforça de contenir son irritation lorsqu'il vit que Sherlock, les sourcils froncés, avait commencer à se dégager de leur étreinte - de toute évidence, il se préparait à piquer l'une de ses plus belles crises. John se demanda si peut-être par le passé, Sherlock n'avait pas eu à vivre une expérience qui lui avait donné une raison valide de ne pas croire ce qu'un amant lui racontait au lit, et il lui agrippa le bras. « Très bien, très bien. Parfait, c'est ta règle. Je ne le dirai pas. Maintenant viens là et rallonge-toi, espèce d'idiot. Il est trop tôt pour se disputer sur un sujet pareil. »

Alors que Sherlock reprenait sa place à son côté, John lui demanda, nonchalant, « Est-ce que ça compterait si je le disais à un autre moment ? »

Le brun garda le silence pendant un moment, avant de lâcher, « Là, oui. Ca pourrait compter. Si c'était ce que tu faisais. »

« Parfait alors. »

Sherlock n'aimait rien de plus que ce qui le surprenait ; et alors que John réfléchissait aux endroits les plus inattendus où il pourrait répéter son annonce à son ami (dans un taxi ? - sauf qu'avec un peu de chance, une telle déclaration les entraînerait tout droit au lit, alors peut-être l'appartement était-il un meilleur choix), une idée le frappa - une idée si tentante qu'il ne pouvait pas résister. Il embrassa le front de Sherlock, s'excusant à l'avance de ce qu'il s'apprêtait à faire, et murmura non sans malice à son oreille : « Joyeux Noël, Dave. »

De par la violente réaction de Sherlock, le matelas se creusa brusquement ; John riait toujours aux éclats quand un coussin turquoise le frappa sans ménagement sur le côté de la tête. Avant que le brun n'ait le temps de lancer un second assaut, John se jeta sur le lit, taclant Sherlock au niveau de la taille et le plaquant contre le matelas ; ils luttèrent un instant pour prendre le dessus - finalement, John se retrouva à califourchon sur l'estomac de son ami, plaquant ses poignets au-dessus de sa tête, contre le drap.

« Désolé », s'excusa-t-il à la hâte, remarquant l'éclat meurtrier dans les yeux de Sherlock. « Je suis désolé, je ne le ferai plus, promis. C'est juste… eh bien, il fallait bien que j'essaie. Au moins une fois. »

Il se pencha pour l'embrasser en signe de pénitence ; et même si le regard que lui adressait Sherlock était aussi tranchant qu'une épée, il s'empressa d'ouvrir la bouche avant de laisser échapper un petit gémissement de plaisir.

Après plusieurs longues et fort agréables minutes, John entendit sonner les cloches de l'église du village le plus proche, qui célébraient le matin de Noël. Quand il se redressa avec l'intention de le faire remarquer à Sherlock juste pour pouvoir entendre ce dernier critiquer son sentimentalisme déplorable, il s'aperçut que les pupilles du brun étaient dilatées et ses paupières à demi-fermées - son expression était des plus distrayantes, et les mots s'éteignirent dans sa gorge.

« Je pense », fit John d'une voix rauque, se penchant en arrière et sentant le sexe déjà en érection de Sherlock contre ses fesses, « que tu apprécies cette position. »

Il relâcha les poignets de Sherlock, et immédiatement ce dernier s'empressa de caresser de ses mains les côtes de John avant de descendre jusqu'à ses fesses.

« Je pense que oui, en effet », lui accorda-t-il d'une voix caressante. Alors que Sherlock attirait John vers lui pour un nouveau baiser et murmurait, « Tu as retrouvé ton souffle ? », John sourit contre sa bouche et songea, Oh oui. C'est définitivement le meilleur Noël de tous les temps.


THE END, MY FRIENDS !