Chapitre 16 :

Le réveil hurle dans ces oreilles dans un tintement irascible qui l'agace prodigieusement. Il tape dessus comme un sauvage espérant ainsi l'éteindre au plus vite mais doit s'y reprendre plusieurs fois avant d'attendre le bouton voulus. Il ouvre enfin les yeux et met quelques minutes avant de se replacer dans l'espace temps. Mercredi. C'est aujourd'hui. Aujourd'hui qu'il va enfin le voir après deux jours de séparation forcée. Il est bien conscient qu'il ne doit pas réagir comme ça. Qu'il n'ya que les couples qui agissent de cette façon si puérile et lui n'est pas en couple avec le jeune basque. Pourtant il n'a pas envie de réfréner sa joie de le revoir au boulot dans peu de temps. A vrai dire, outre son désir et ses sentiments qui l'y poussent, il y a aussi et surtout son amitié et leur complicité qui lui manque et qu'il a envie de retrouver. Ca lui paraît un peu con de penser ça en seulement cinq jours mais après tout il ne s'attendait déjà pas à se découvrir amoureux d'un hétéro et encore moins de lui alors tout est possible. Sa vie a tellement changé en moins de deux semaines et pris une tournure à laquelle il ne s'attendait pas que depuis plus grand-chose ne le surprend dés qu'il s'agit de ses rapports avec Kévin.

Il se décide enfin à se lever et se dirige avec conviction jusqu'à la salle de bain. Il se glisse sous la douche pour effacer les traces des courtes nuits passées, bien que reposantes. Se remémorant sa soirée et sa nuit chez Vanessa qui lui ont fait un bien immense. Ainsi que leurs conversations à n'en plus finir du lendemain comme ça arrive souvent. La plupart du temps même. Il ne sait pas s'il tiendrait aussi bien le coup si elle ne le soutenait pas autant dans sa démarche même s'il sait pertinemment qu'elle s'en inquiète. Il se sèche et s'habille en vitesse avant de descendre prendre son petit déjeuner ou plutôt son café matinal, vu qu'en règle générale il ne mange pas grand-chose le matin à quelques exceptions près. Sa première tasse de caféine de la journée avalée, il enfile sa veste, sort de son loft casque sur la tête, enfourchant sa moto, il abaisse la visière et file en direction du commissariat qu'il atteint en peu de temps après avoir zigzagué entre les automobilistes. Il arrive à l'étage de la BAC et passe devant le bureau de ses Lieutenants, le sourire aux lèvres à l'idée d'y croiser Kévin mais est surprit de n'y trouver personne. Sans prendre la peine de se dévêtir un minimum il rejoint la cafétéria et croise Alex qui lui apprend que les effectifs présents à la BAC on du décaler en intervention suite à du grabuge dans une cité voisine. Ce qui explique que son étage soit si désert même à cette heure matinale.

Yann ne peux s'empêcher de prier intérieurement pour que tout ce passe bien pour ses hommes et surtout pour Kévin, car il sait que dans ce genre intervention dans un milieu plutôt austère et inhospitalier envers les forces de l'ordre, tout peut basculer en une fraction de seconde. Alex, qui se sert une tasse de café, lui en propose une également qu'il accepte de bon cœur. Ainsi ils se mettent à discuter un peu du boulot et Yann bifurque sans s'en rendre compte sur le Lieutenant Laporte qu'Alex connait bien aux vues des multiples enquêtes qu'ils ont menées ensemble. Le Lieutenant Moreno se prête facilement au jeu, content de voir que les choses entre son collègue et le Capitaine ont changées, ce que lui confirme Yann par les propos bienveillants mais aussi prudents qu'il tient à son égard. De plus leur échange permet à Yann de ne pas trop penser à ce qui se déroule quelque part non loin d'eux sur le terrain alors que lui est ici au lieu de leur prêter main forte.

Yann est toujours en grande conversation avec Alex, auxquels s'est joint Christophe à leur grand désarroi. Celui-ci leur conte depuis plus d'un quart d'heure les fameux exercices pour comateux qui lui ont permis de revenir chez les vivants et leurs bienfaits sur les patients. Yann qui par bonheur entend son nom se retourne et voit le commissaire en personne qui lui demande de le suivre dans son bureau. Ce qu'il fait sans perdre une seconde, un regard vers Alex, mélange de compréhension et de moquerie qui lui vaut en retour un œil noir de la part du Lieutenant Moreno. Il entre dans le bureau du big boss et écoute attentivement ce que celui-ci lui raconte sur la suite de l'enquête qu'ils viennent de boucler et qui visiblement, grâce au dossier en béton monté par l'équipe, prend une bonne tournure du côté du juge. En trente minutes, l'entrevu est terminée et les mises au point sont à jour. Une fois ressortir Yann passe tout près de la cafétéria et décide de voler au secours de ce pauvre Moreno toujours aux prises avec le lieutenant Lecomte qui depuis à changer de sujet, y mettant autant d'ardeur que pour le premier. Yann s'excuse auprès de Christophe prétextant avoir besoin d'infos de la part d'Alex sur un dossier épineux.

Une fois certains que le lieutenant à belle et bien quitté la cafétéria et qu'il ne compte pas revenir, Alex remercie sincèrement le Capitaine de sa mission sauvetage avant de le laisser repartir à son étage. Yann prend à peine congé d'Alex que certains gars de son équipe arrivent à leur tour, le saluant au passage. Il voit bien que ses lieutenants sont un peu sur les nerfs, ce qui signifie que tout ne c'est pas passé comme sur des roulettes. Il vient évidemment vers eux pour en savoir plus et apprend qu'ils sont rentrés depuis déjà vingt bonnes minutes, alors que personne n'a pris la peine de le prévenir. L'un d'entre eux lui résume l'intervention dans les grandes largeurs pour finir par ce qui les à mis hors d'eux, autrement dis le fait d'une fois encore se faire caillasser par des petits branleurs de seconde zone, blessant l'un d'entre eux au passage. Yann met un certains temps à percuter sur la dernière info fournie et son sang ne fait qu'un tour lorsqu'il est pris d'un mauvais pressentiment. « Kévin ! ». Il en est persuadé. Il ne sait pas trop comment ni pourquoi mais il est sûr que c'est de lui qu'il s'agit. Ce que lui confirme l'équipe qui n'a pas le temps de rajouter quoi que ce soit sur l'état de leur collègue que Yann à déjà disparu pour rejoindre le service.

Yann remonte aussi vite que possible à la BAC et profite du trajet de l'ascenseur pour calmer un peu son angoisse afin qu'elle paraisse plus adéquate envers son collègue et ami. Arrivé devant le bureau, celui-ci est toujours vide. Il traverse le long couloir et interpelle un gardien de la paix qu'il croise sur son chemin lui demandant où se trouve le Lieutenant Laporte. L'homme semble ne pas savoir de qui il parle. Yann lui précise donc qu'il parle du Lieutenant blessé en intervention le matin même et ce dernier lui indique l'avoir vu pour la dernière fois se dirigeant vers les toilettes. Le Capitaine s'y rend de ce pas et retrouve Laurent et Kévin devant l'un des lavabos dans lequel il distingue du sang s'échapper dans le siphon. Il s'approche d'eux, posant une main sur l'épaule de Laurent …

Y : Décidemment les interventions ne te font pas de cadeaux ! Dit-il à l'attention de Kévin comme pour garder une certaine contenance

L : Il a pris un sale coup au niveau de l'arcade mais ça devrait aller

Y : Ok. C'est bon vas-y Laurent j'm'en occupe, tu peux y aller.

L : J'vous laisse. A plus !

Y (toujours inquiet) : Ca va Kévin ?

K : …

Y : T'es sûr que t'as pas besoin de point de suture au moins ? Dit-il posant une main sur son épaule, approchant déjà la deuxième vers son menton pour s'assurer que tout va bien

K (se dégageant sèchement) : C'est bon Yann ! J'suis pas à l'article de la mort non plus !

Kévin sort sans un mot de plus des toilettes, le papier imbibé d'eau toujours pressé contre son arcade et Yann reste sans voix face à la réaction incompréhensive de son ami, pris d'une soudaine angoisse à l'idée qu'il puisse avoir des doutes sur ses sentiments à son égard. Peut-être a-t-il été trop protecteur envers lui, ce qui lui a fait prendre conscience de certaines attitudes venant de lui, trahissant par la même occasion ce qu'il s'efforce de cacher depuis quelques temps. Il réalise enfin que Kévin n'est plus là et tente de le rattraper dans le couloir. Mais à peine est-il sortit que Laurent revient vers eux …

L : Yann ! On doit décaler rapidement, y'a du grabuge et ils ont besoin de renfort !

Y : Ok, on y va !

L : Laporte tu reste là et tu soigne ta blessure

K : Quoi ?

L : Ordre du commissaire en personne, désolé.

K : J'suis parfaitement en état !

Y : Kévin s'il te plait …

K : Bien … allez-y …

L'intervention s'est bien passée et Yann peut enfin mettre un pied dans son bureau depuis son arrivée. Il s'assoit comme d'habitude dans son fauteuil et ses yeux se posent tout à coup vers un objet trônant au beau milieu du bureau, parmi les divers papiers. Son téléphone ! Il l'a cherché pendant deux jours entiers, se demandant où il avait bien pu le mettre, le faisant sonner encore et encore, sans succès. Il a certainement dû l'oublier après avoir passé commande à la pizzeria dimanche soir. Mais ses pensées reviennent bien vite vers Kévin, toujours préoccupé par sa réaction. Il souhaite pouvoir lui parler rapidement seul à seul et ainsi prendre la température du danger en vérifiant ce qu'il sait ou ne sait pas sur lui. Malheureusement pour Yann, après son retour d'intervention, celles qui suivent ne font que s'enchaîner les unes après les autres. Kévin, lui, à été convié à rentrer chez lui pour le reste de la journée afin de soigner au mieux sa blessure superficielle mais présente. Et les jours suivants ne sont guerre mieux, impossible de trouver un créneau pour prendre le temps de toucher deux mots au Lieutenant. Kévin semble dans de meilleures dispositions que le jour de sa blessure mais Yann préfère malgré tout être sûr qu'il n'y a pas de malaise entre eux.

La fin de la semaine est vite arrivée. Heureusement pour eux le calme semble être revenu à la BAC depuis ce matin. En revanche pour Yann ce n'est pas finit car en bon Capitaine, à lui de s'occuper de toute un tas de paperasse qui s'est évidemment accumulé depuis trois jours qu'ils n'arrêtent pas. Après avoir passé une bonne partie de l'après-midi à boucler les dossiers en cours susceptibles de l'être et mettre à jour quelques archives en attentes, on frappe à la porte et Yann est surprit de voir la tête de son Lieutenant préféré dans l'entrebâillement, lui demandant la permission d'entrer. C'est avec un large sourire qu'il n'arrive pas à dissimuler que Yann acquiesce, tout à sa joie de voir que Kévin à fait le premier pas vers lui. Ce qui le rassure un peu sur ses doutes des derniers jours. Kévin l'invite à boire un café que Yann accepte avec plaisir, lui demandant de patienter juste le temps pour lui de finaliser le dernier dossier sur lequel il travail. En cinq minutes Yann expédie l'affaire et lui et Kévin s'apprêtent à prendre l'ascenseur quand ils rencontrent le Commissaire …

C : Ah Laporte ! C'est justement vous que j'voulais voir !

K : Commissaire …

C : L'un des Lieutenants en ITT reprend du service alors vous êtes désormais libre de reprendre votre poste à la P.J dés votre retour Lundi matin.

K : Oh déjà … Enfin j'veux dire c'est super mais … J'me disais … comme on en manque pas d'effectif à la P.J, j'pourrais toujours rester à la BAC jusqu'au retour complet de l'équipe …

Y : Vu les trois derniers jours, un élément de plus ne sera de trop Commissaire ! Dit-il pour appuyer avec joie la demande de son ami

Devant la détermination du Lieutenant Laporte et l'avale du Capitaine de la BAC en personne, le Commissaire accède à sa requête de bonne grâce et rebrousse chemin les laissant prendre leur ascenseur qui déjà ouvre ses portes. Kévin semble satisfait de continuer à faire équipe avec Yann, qui lui, jubile intérieurement du désir de Kévin de rester dans son équipe encore pour un temps. Ils traversent bien vite la rue qui les séparent du petit troquet d'en face et s'installe à une table en terrasse après avoir commandé deux cafés au serveur qui passait par là. Kévin attrape son paquet de cigarette devant l'œil amusé de Yann qui se souvient de leurs moments de planque et allume sa clope avant d'en proposer une au Capitaine qui se sert à sa suite. Les cafés leur sont apportés et tous deux profitent du temps clément de la journée et du soleil qui semble jouer avec les quelques arbres plantés dans la rue …

K : Yann … J'voulais de te dire … J'suis désolé pour l'autre jour …

Y : … « j't'en veux même pas »

K : J'aurais pas dû te parler comme ça

Y : C'est rien …

K : C'était pas contre toi tu sais … je l'avais juste mauvaise d'avoir pris ce coup aussi bêtement et comme un con j'm'en suis pris à toi …

Y : J'dois avoir une mauvaise influence sur toi si tu commence à agir comme moi ! Dit-il en souriant

K (répondant à son sourire) : Possible … « Au contraire »

Y : Et sinon toi … ca va ? J'veux dire …

K : Ouai j'dois dire que ca va beaucoup mieux

Y : Donc vous …

K : J'ai quitté Cléo …

Y : Oh … Euh … je suppose que c'est … bien … pour toi bien sûr !

K : Ouai j'suis sûr d'avoir pris la bonne décision …

Y : J'suis content pour toi

K : J't'ai appelé tu sais …

Y : …

K : Lundi … j'ai appelé mais t'as pas répondus …

Y : Oh … J'suis désolé Kévin. J'ai oublié mon portable sur mon bureau dimanche soir avant de rentrer et … Si j'avais su … « J'aurais décroché immédiatement »

K : C'est pas grave t'inquiète … « C'est pas comme si t'étais obligé de quoi que ce soit »

Y : Mais attend … si t'as largué ta copine, ca doit pas être simple de vivre sous le même toit ?

K : en fait j'suis toujours dans le même hôtel depuis le week-end dernier, en attendant de trouver quelques choses dans mes moyens … J'me voyais pas continuer à vivre avec elle !

Y : Pourquoi tu me l'a pas dis plus tôt ? J't'ai dis que la porte était ouverte en cas de besoin !

K : Je sais mais là c'est pas une simple nuit sur ton canapé … J'vais bien trouver un petit truc dans mes moyens

Y : Et tu va faire quoi en attendant ? Rester à te ruiner en chambre d'hôtel miteuse avant de prendre le premier truc qui passe aussi pourrit soit-il ?

K : C'est mieux que rien …

Y : Quand t'as pas d'autres solutions oui … Alors que chez moi y'a de place, tu connais déjà les lieux, le loyer est plus qu'abordable et en plus le propriétaire est super sympa ! Dit-il en rigolant

K : C'est pas faux … mais j'vais pas squatter ton canapé, aussi confortable qu'il soit !

Y : Non, tu dormiras dans la deuxième chambre !

K : Yann … t'as pas de deuxième chambre !

Y : Ouai enfin pour le moment c'est un bureau mais tu y mets un vrai lit et le tour est joué !

K : Je sais pas …

Y : Et l'avantage c'est que t'a pas de date butoir et que tu reste le temps qu'il te faut pour te retourner … Alors t'en dis quoi ?

K : … Bon, ça marche ! Mais j'te préviens, je participe autant toi financièrement !

Y : Ok … on verra ça …