Fanfic Crows Zero: Michishirube


Voilà je poste le chapitre suivant avant de changer d'avis XD je n'ai pas envie de rester plus longtemps à tergiverser dessus^^


Chapitre 15 : Débris de rêves perdus…


Quelques jours après le duel entre Tamao et Genji, Amako se rendit à la gare centrale. Elle portait un petit sac de voyage et tenait dans sa main un billet afin de prendre le car qui la conduirait dans une petite ville en bord de mer, à la périphérie de Tokyo, à environ 2h30 de trajet.

Alors qu'elle attendait sur le parvis, une moto se rapprocha d'elle et s'arrêta à sa hauteur.
Elle ne cacha pas sa surprise en découvrant son conducteur.

- Bandô ?! Qu'est-ce que tu fiches ici ?

- Salut. J'ai repensé à notre conversation de la dernière fois, tu te rappelles ?

- Bien sûr, mais… comment as-tu su que je serais là aujourd'hui ?

- C'était pas bien compliqué. Répondit-il avec un petit sourire, avant de reprendre d'un ton plus grave. Tu es sûre de ce que tu fais, Amako ?

Elle soupira à cette question.

- Je… je ne peux plus reculer maintenant. Je dois régler ça.

- D'accord, mais laisse moi t'accompagner ou te filer quelques gars…

Elle émit un petit rire amical face à la sollicitude de Bandô.

- Je te remercie ! Mais, t'inquiète, je vais gérer.

- J'ai vu de quoi tu étais capable, mais fais gaffe quand même. Là c'est pas le même gabarit.

Manifestement, la jeune fille ne changerait pas d'avis, il bascula alors sur un autre sujet.

Ton car part dans combien de temps ?

- Il va avoir du retard, j'ai encore une demi-heure à tuer.

- Je t'offre un verre !

- Avec plaisir !

Ils se posèrent en terrasse, au bar en face de la gare, poursuivant ainsi leur conversation dans un cadre plus confortable. Ils reparlèrent notamment de la bataille entre GPS et Serizawa.

- Il parait que tu sors avec Serizawa, c'est vrai ?!

- Ca a l'air d'intéresser beaucoup de monde, j'ai l'impression !

- Ah, Serizawa n'est pas le premier venu et puis faut avouer que tu ne passes pas inaperçu non plus depuis que tu as débarqué en ville…

- hmmm… Quoi qu'il en soit, ça ne regarde que moi.

- En théorie, oui. Mais certains ne verront peut-être pas ça ainsi.
En tout cas, j'ai été surpris de te trouver à Suzuran ce jour là.

- Moi pas. Répliqua-t-elle à son intention, taquine.

- Et, il est au courant ?

- Nan, pas vraiment. Et tu ne sais pas tout non plus de ton côté.

- J'en doute pas. Mais nous n'avons pas le même genre de rapport.

- C'est mon problème, ok.

- Connaissant Tamao, il ne risque pas d'apprécier.

Chaque chose en son temps. Elle avait simplement demandé des renseignements à Bandô, sans entrer dans les détails. C'était un peu l'inverse du côté de Serizawa. Mais elle ne voulait pas le mêler trop avant dans ses problèmes. Elle devait, autant que faire se peut, régler cela toute seule.

Finalement Bandô la regarda monter dans le car, sans n'avoir rien pu faire de plus.


Arrivée à destination, Amako prit une grande bouffée d'air frais. La senteur de l'océan venait effleurer ses sens à peine sortie devant la gare. Les effluves marins lui procurèrent une étrange sensation de sérénité, venant pourtant contraster avec les raisons tortueuses qui l'avaient conduite jusqu'ici.

Elle s'était dégotée une chambre pas chère, dans un hôtel modeste proche de la gare. Elle y déposa ses maigres affaires, amplement suffisantes pour son bref séjour ici. Elle ne comptait en effet pas s'éterniser, quelques jours tout au plus.
Puis elle erra tout le reste de la journée dans les rues de la petite ville, faisant ainsi un tour d'horizon non négligeable des lieux.

Les renseignements que Bandô avaient pu lui fournir lui offraient des pistes inestimables pour la suite, lui faisant ainsi gagner un temps considérable. Dès le lendemain, elle s'attèlerait donc à la tâche qu'elle était venue accomplir ici.
Elle ne pouvait néanmoins s'empêcher de se sentir nerveuse, elle espérait que tout se déroule comme elle le prévoyait.

Elle termina l'après-midi en se baladant pied nus sur la plage, admirant le coucher du soleil qui se profilait sur l'horizon de la mer. Des éclats dorés et pourpres se mélangeant avec l'azur de l'eau offrait un spectacle magique, lui faisant presque oublier qu'elle n'était pas là en vacances.

Le soir venu, ne parvenant pas à dormir, elle décida de découvrir la ville sous son aspect nocturne qui dévoilait forcément d'autres facettes intéressantes. Sous des aspects tranquilles, on ressentait une certaine tension résonnait au cœur des pavés. Comme toutes les villes, celle-ci se partageait entre différentes factions qui tentaient de prendre le contrôle global. Qu'il s'agisse de bandes de jeunes, de yakouzes ou de groupes indépendants, il suffisait parfois de pas grand-chose pour tout faire basculer. Et chaque citoyen lambda le savait pertinemment, même s'il se tenait à l'écart de ces luttes de pouvoir, il savait qu'il en pâtirait forcément.


Le lendemain, il était temps de passer aux choses sérieuses.

Elle déambula dans une ruelle à proximité du centre commercial, sa première destination, non par pur hasard.
Deux types étaient adossés contre le mur de droite, en train de fumer une clope.

Amako avait relevé ses cheveux et marchait tranquillement vers eux. Les deux gars ne lui accordèrent aucune attention. Il faut dire qu'avec son baggy bleu-gris, son débardeur blanc un peu trop grand, ses Docs et le peu de khôl dont elle surlignait ses yeux, il n'y avait guère matière à faire retourner la tête des hommes. Et c'était très bien ainsi.

Ainsi ils ne purent capter cet air froid et décidé qui se dessinait sur son visage et son poing serré qui se préparait à abattre sa fureur.

Elle fit une béquille au premier gars à sa portée, puis lui asséna une droite. Il reçut ses attaques sans broncher, totalement pris au dépourvu. Elle lui balança ensuite un coup de pied qui le fit tomber à terre. Cela fit néanmoins réagir son pote qui sauta par-dessus dans le but de donner une correction à la poufiasse qui voulait jouer à la dure. Malheureusement il comprit amèrement son erreur, recevant un coup de pied balayé au niveau des chevilles qui le stoppa dans son élan. Amako se redressa et lui envoya un coup de pied sauté en plein visage qui le fit vaciller définitivement en arrière.
Elle lui donna un nouveau coup de pied dans les côtés afin de s'assurer de sa docilité, puis elle alla voir son camarade qui tentait de se relever.

- Mais qui t'es ? Qu'est-ce que tu veux ? Tu sais pas qui on est ! Cracha-t-il à son intention.

Elle se pencha vers lui, le saisissant sans ménagement par les cheveux ramenant ainsi sa tête en arrière.

- T'inquiète, je sais très bien qui vous êtes justement. Et j'en ai pas encore fini. C'est votre chef qui m'intéresse.

- Quoi ? T'es complètement folle !

Elle le relâcha brusquement, avant de lui asséner à son tour un coup de pied dans les côtes.
Puis elle s'éloigna.


La journée se ponctua ainsi de combats éparpillés au travers de la ville, desquels elle ressortait toujours victorieuse. Le fait est qu'elle choisissait habilement ses cibles, formées de petits groupes qu'elle pouvait gérer. La nouvelle de sa marche funèbre ne s'étant pas encore propagée.

Elle rencontra notamment en fin de journée un groupe de trois gars assis sur le dossier d'un banc près de la plage. Elle les reconnaissait au blouson noir qu'il portait et à l'insigne distinctif qui y était inscrit. « Snake Heads » au centre d'un serpent.

Elle se saisit de celui qui était assis à l'une des extrémités du banc, le projetant violemment en arrière. Ce dernier dans sa chute emporta avec lui le second à côté de lui. Amako sauta ensuite par-dessus le banc, balançant dans son élan un double coup de pied au troisième larron encore là, qui se retrouva donc à son tour par terre.

- Sale pétasse, tu vas nous le payer ! T'as perdu la tête ou quoi ?!

Elle s'amusait toujours de l'étonnement de ses adversaires et de leur incompréhension. Il faut dire qu'elle s'attaquait à eux sans plus de cérémonie, ni même de préambule.

- Approchez ! Montrez-moi de quoi sont capables les SnakeHeads !

Ils répondirent évidemment à ce défi, ne supportant pas davantage l'affront.
Elle se préparait déjà à encaisser leurs premiers coups.

Le premier qui vint vers elle voulut lui donner un coup de pied en revers qu'elle amortit avec son bras. Il en fut de même pour son crochet du gauche. Il tenta un nouveau coup de poing mais cette fois elle l'esquiva en s'abaissant légèrement, avant de répliquer à son tour par un coup dans les côtes. Le gars surpris, n'amorça pas sa prochaine attaque et Amako en profita pour lui asséner une série de coup de poings dans les côtes. Il la repoussa finalement d'un coup de tête, enchainant avec un coup de pied direct dans le ventre. Elle lança alors un coup de pied latéral vers lui mais il le bloqua avec son bras. Amako lui offrit un petit sourire avant de prendre appui sur son blocage afin de lui asséner le coup de pied avec l'autre jambe. Ils tombèrent tout deux au sol mais elle avait réussi sa manœuvre. Elle s'était d'ailleurs tout de suite redirigé vers lui, se mettant à califourchon au dessus de sa taille et engageant plusieurs coups de poing alternés.
Finalement ses comparses qui s'étaient contentés de regarder, persuadés que leur pote arriverait à la maitriser, n'eurent pas d'autres choix que d'intervenir. L'un d'eux la releva et la rejeta sur l'autre qui lui fila un crochet du bras avant, la faisant dévier encore de quelques pas sur le côté. Elle cracha le sang qu'elle avait dans la bouche et après avoir reprit un peu son souffle se jeta sur ce gars, le saisissant afin de lui asséner un coup de genou bien senti. L'autre la chopa de nouveau par derrière, mais cette fois elle l'accueillit avec un coup de coude dans le ventre, avant de se retourner pour lui balancer un uppercut. Elle ne le ménagea pas, le gratifiant d'un coup de pied direct qui le repoussa puis d'un coup de pied retourné qui l'acheva.

Elle se tenait debout face à eux, reprenant une nouvelle fois son souffle. Puis elle répéta son petit rituel, en saisissant un par les cheveux afin de lui faire son petit discours avant de s'en aller.


Le jour d'après, Amako s'installa sur ce même banc et y demeura une bonne partie de l'après-midi. Elle observa le tumulte des passants, chacun occupait à sa petite vie, pressé d'aller on ne sait où.

Elle avait l'habitude de pratiquer ce genre d'activités quand elle était au collège, et ne l'avait donc pas fait depuis toutes ces années. Cela la replongea un peu dans son passé. A cette époque, elle se complaisait dans une certaine solitude. Fille unique à la base, elle ne s'était guère fait beaucoup d'amies. Elle côtoyait surtout deux filles à l'époque. L'une rencontrait des problèmes avec sa famille, ce qui rendait toujours difficile de se voir en dehors des cours. Quand à la seconde, une fille gentille et plutôt chouchoutée par ses parents. Peut-être un peu trop. Amako apprit par la suite, durant sa dernière année de lycée, qu'elle avait mal tournée et s'était embarquée sur une mauvaise voie en fricotant avec des dealers.

Au final elle se retrouvait donc souvent toute seule et il fallait bien passer le temps. D'une tendance rêveuse et mélancolique à cet âge, c'est ainsi qu'elle avait adopté ce petit rituel plusieurs fois par semaine de se poser dans un coin de rue et d'observer les passants. Parfois elle esquissait sur son cahier de dessin quelques fragments de cet ersatz d'existence aux relents urbains gris et mornes qui pouvaient soudainement virés au criard décadent, témoins de ce monde à la dérive où rien ne semblait tourner rond.
Mais ce jour là, elle n'avait pas apporté son cahier de croquis.
Elle attendait.

Peut-être trois heures après qu'elle soit arrivée, un groupe de plus d'une dizaine de gars foulait le macadam du trottoir situé derrière elle, avançant dans sa direction. Elle ressentit un frisson lorsqu'ils apparurent à l'orée du chemin, sans qu'elle ne les ait pourtant encore vus de ses yeux.

Les habitants s'évertuaient à ne pas se trouver sur leur trajectoire, accélérant encore un peu plus leur propre marche afin de s'éloigner le plus possible de ce lieu. Il y avait en effet dans l'air cette puanteur caractéristique annonçant les embrouilles.

Puis ils s'arrêtèrent à environ un mètre du banc sur lequel Amako était toujours assise.

- Hey ! C'est toi la folle furieuse qui écume les rues et bastonne les SnakeHeads ?

Amako se releva, sourire aux lèvres.

- Vous en avez mis du temps…

Puis elle se retourna enfin, croisant le regard de celui qui venait de s'adresser à elle.
Il s'était avancé d'un pas par rapport au reste du groupe, il devait donc être leur représentant, peut-être l'un des sous-chefs de la bande. Il était plutôt grand, dans les 1m80, les cheveux châtains arrivant au dessus des épaules et rejetés en arrière à l'aide d'un bandeau noir. Il était mal rasé et ses yeux étaient clairs. Plutôt beau gosse, un peu grunge.
Amako reconnut également en arrière-plan quelques-uns des gars qu'elle avait rétamés la veille.

- Donc c'est bien toi. Je n'aime pas me tromper de personne. Reprit le gars aux yeux clairs.

Elle ne répondit rien, les mains dans les poches de son jean, se contentant de continuer à le fixer de ses yeux sombres et amusés, ce que son interlocuteur ne manqua pas de remarquer.

- Ca a l'air de te faire marrer !
T'as gagné ! Tu as attiré l'attention du boss et il veut te voir.
Mais crois pas qu'on va se contenter de sagement t'escorter jusqu'à lui.

- Bien sûr que non. Je n'en attendais pas moins.

A un contre une dizaine, elle n'avait aucune chance et elle le savait. Cela lui rappela Genji. Et comme lui, elle ne comptait pas se laisser démolir sans se battre de toutes ses forces. Ses actes avaient sciemment conduit à ce dénouement, elle en assumait pleinement les conséquences.

Le gars aux cheveux châtains se para d'un petit sourire en coin carnassier, lui offrant un regard froid et sadique.

- Elle est à vous. Mais ne l'abimez pas trop, il faut qu'elle reste présentable pour Takashi.

Les autres ne se firent pas prier davantage et démarrèrent au quart de tour après ce signal d'attaque. On aurait dit une meute de chiens affamés.
Amako ne donnait pas chère de sa peau en définitive, car bien qu'elle soit hargneuse et orgueilleuse, il fallait bien avouer qu'elle était loin du potentiel de Genji. Elle ne possédait ni sa résistance, ni sa virtuosité au combat.
Pourtant elle se défendit plutôt bien, encaissant les coups, les rendant de temps à autre au passage. Elle parvint à en mettre quelques uns au tapis, mais perdit fatalement cette confrontation. Elle se retrouva d'ailleurs gisante sur le sol, recroquevillée en position fœtale afin de limiter la casse en protégeant les zones sensibles de ses bras et de ses jambes.

Au bout d'un moment le gars qui menait cette joyeuse troupe intervint de nouveau.

- C'est bon ! Ca suffit, maintenant ! Elle a eu son compte.

Tous reculèrent docilement, formant un cercle autour d'Amako.

Elle était sonnée, pourtant elle tenta de se relever, au risque de se prendre une nouvelle volée en plein dans les côtes qui pour le coup lui ôterait vraiment toute envie de relever la tête. Elle avait beau être dotée d'un certain tempérament et d'une certaine fierté, elle n'était ni maso, ni suicidaire, bien que cela soit difficile à constater.

A genoux, les mains posés au sol, elle toussota et cracha du sang sur le macadam. Elle avait mal partout et elle devinait aisément des bleus et contusions parcourir son corps en une toile obscure.

Le gars aux cheveux châtains vint se poster face à elle, attendant, observant.
Elle avait bien sûr remarqué sa présence et avait même une belle vue sur ses converses noires.
Loin de se laisser amadouer, elle poursuivit ses efforts pour se relever. Malgré la douleur lancinante, malgré l'humiliation accablante.
Finalement, elle se retrouva le cul sur ses pieds, les mains posées sur ses cuisses. Elle avait encore un gout métallique dans la bouche et sentait ses lèvres bariolées d'entailles.
Elle redressa dans un dernier mouvement son visage, regardant droit dans les yeux le mec en face d'elle, qui attendait toujours. Un échange énigmatique passa entre eux.

Il fit un pas vers elle, un seul.

- Tu peux marcher ?

La question pourtant simple lui parut compliquée. Elle avait l'impression que son esprit tournait au ralenti. Et puis, en avait-elle encore la force ? Il faudrait bien.
Elle ne répondit pas, puisant dans ses dernières ressources afin de terminer son ascension et de se tenir debout sur ses jambes fébriles. Elle sentait qu'à la moindre pression, elle pouvait à nouveau chanceler. Elle plongea une fois encore son regard dans ses yeux clairs, y donnant ainsi toute la force de sa réponse.

- Bien. Allons-y. On a assez perdu de temps. Annonça la silhouette en face d'elle.

Il se foutait un peu de sa gueule implicitement, mais c'était de bonne guerre après tout.


Heureusement pour elle, celui aux cheveux châtains possédait une caisse et tandis que les autres vaquèrent à leurs occupations habituelles, elle prit place sur le siège passager et se fit conduire jusqu'à leur QG situé au club Venus. Elle put ainsi récupérer un peu de la rouste qu'elle avait subie.
Littéralement affalée sur le siège, elle sortit une clope de son paquet encore intact et l'alluma, tout en baissant la vitre de son côté. Elle ne daigna pas en proposer une à son conducteur.

Elle savoura la première bouffée, comme à chaque fois. C'était toujours le même rituel. Elle sentait encore son cœur battre plus rapidement qu'à l'accoutumée, l'adrénaline n'étant pas totalement dissipée. Elle ne pouvait s'empêcher d'esquisser un sourire satisfait, malgré sa défaite. Ouais, au final, elle était peut-être un peu maso… Pourtant c'était un sentiment inverse qui l'habitait, le sentiment d'être vivante, pleinement. Ce n'était pas le fait d'avoir mal, c'était le fait de ressentir.

Le gars des SnakeHeads nota son air satisfait mais ne fit aucune remarque.
Le trajet se fit donc dans un voluptueux silence partagé.


Ils arrivèrent au bout d'un petit quart d'heure à destination.
L'entrée d'un blanc impeccable donnait sur un escalier en descente au dessus duquel était sobrement inscrit le nom de l'endroit. Ils descendirent ce premier escalier, puis un second pour déboucher sur une large pièce centrale pourvus de canapés et de sièges toujours d'un blanc immaculé. Sur le côté gauche un bar en marbre et en face une porte donnant sur une autre pièce où il était gravé « accès interdit ».
Sur le mur opposé au bar, un grand serpent doré était peint en relief.
Des gars du gang étaient dispersés ça et là, accoudés au comptoir du bar ou affalés sur les fauteuils, un verre à la main et une clope au bec.
Tous se retournèrent à la vue de leur camarade accompagné d'Amako. Des regards noirs la transperçaient de part et part, elle avait presque l'impression d'être un morceau de gibier. Un gros gibier qui leur avait donné du mal.

Ils se dirigèrent d'abord vers le barman, le gars des SnakeHeads en tête, et Amako juste derrière, suivant sagement son hôte et soutenant le regard des autres convives.

- Il est là, le boss ? demanda-t-il en désignant la porte interdite.

- Non. Il est à l'étage supérieur. Répondit d'un ton stoïque le barman, tout en essuyant un verre à bière.

Depuis qu'ils avaient pénétré dans la pièce, il était sur ce verre à l'astiquer sans se lasser, à croire qu'il voulait le rendre étincelant. Cela étonna beaucoup Amako. Si elle devait passer autant de temps à essuyer un verre au Dark Fury, elle n'aurait pas fini !

- Merde. Soupira son gardien.

Ils n'avaient plus qu'à faire marche arrière. Au moins elle aura pu avoir un aperçu des locaux.
Juste avant de remonter le premier escalier, un des SnakeHeads les héla.

- Hey ! Makoto ! C'est elle ?!

Ainsi donc le gars aux cheveux châtains s'appelait Makoto. C'est étrange, elle ne l'aurait pas affublé de ce nom.
Donc Makoto se retourna, c'était lui qui fermait la marche de leur duo, il ne répondit pas tout de suite, se contentant d'observer le gars qui approchait. L'air mauvais, des cheveux noirs en crête et des petits yeux perçants.

- Elle a tabassé deux de mes gars, laisse-moi une minute avec elle.

Makoto demeura calme et ferme.

- Certainement pas. Elle a déjà eu une correction et Takashi veut la voir, tout de suite.

- Quoi ?! Allez, promis elle restera consciente.

- J'ai dit non.

Alors que Makoto estima la discussion close et fit volte face pour continuer sa route, le gars à la crête ne comptait pas en rester là. Il voulut saisir Makoto, mais celui-ci avait dû anticiper sa réaction, qui était il est vrai assez prévisible, et se dégagea avant même que l'autre n'ai pu refermer son emprise. Il profita des quelques marches qu'il avait de plus sur lui et lui asséna un violent coup de pied dans le torse. Puis il bondit sur lui, sautant par-dessus les marches qui les séparaient, et dans son élan lui colla un coup de poing, qu'il enchaina avec un coup de pied sauté retourné. Le gars en face n'en démordis toujours pas et se lança dans une charge, percutant Makoto de plein fouet, mais ce dernier s'était préparé à encaisser cette attaque et se saisit du gars lui faisant un german-suplex qui le mit cette fois en respect définitif. Puis il revint vers Amako comme si de rien n'était, lui signifiant de reprendre là où ils avaient été interrompus. Le gars à la crête ne se releva en effet pas tout de suite, et aucun des autres occupants n'avaient bougé le petit doigt.

Après cette scène, Amako regretta de ne pas avoir eu affaire à Makoto plutôt qu'avec le reste de la bande, un duel avec ce type ne lui aurait pas déplu. Peut-être en aura-t-elle l'occasion plus tard, elle gardait en tout cas cette idée alléchante en tête.

- On dirait qu'ils m'en veulent… Constata-t-elle avec une fausse naïveté, teintée d'ironie.

Makoto lui lança un regard en coin qu'elle ne sut qualifier d'amusé ou d'agacé.

- Tu crois ?!

Elle ne se donna pas la peine de le remercier d'avoir fait barrage entre elle et le punk. Après tout, il n'avait certainement pas fait ça par souci de son bien être.


Ils atteignirent enfin l'étage supérieur et franchirent une double porte massive qui donna sur un vaste bureau, décoré aux notes boisées. Un style ancien, pas dénué de charme et pas trop chargé. Une large baie vitrée, derrière le meuble de bureau, laissait filtrer une aura bleu pâle dans la pièce, agrémentée de touches rosées provenant du reflet du soleil sur un magnifique cerisier encore en fleurs.
Le fauteuil du bureau était occupé et tourné vers cet arbre.

Makoto et Amako avancèrent encore de quelque pas, juste devant le bureau. Takashi avait entendu leur venue, et se décida enfin à leur faire face. Il fit pivotait son siège, posant directement ses yeux sur Amako. Ses yeux sombres, aussi noirs et profonds que les ténèbres, dans lesquels Amako se plongea sans hésitation. Elle avait l'impression d'être engloutie par un feu ardent, ardent et pourtant glacial, aussi froid que la mort.

Puis Takashi lui proposa gentiment de s'asseoir sur le fauteuil en face. Elle ne répondit pas à l'invitation, demeurant stoïque. C'est Makoto qui la saisit par le bras et la força à s'asseoir, comme si elle voulait défier jusqu'au bout le boss des SnakeHeads.

Takashi demanda à Makoto de ramener un verre d'eau pour son invitée, constatant qu'elle avait été salement amochée. Il s'exécuta puis tendit le verre à Amako, avant de reprendre sa place sur le côté, non loin d'elle.

Amako ne posa même pas un regard sur le verre qu'elle avait saisit machinalement. Puis dans un accès soudain, elle le jeta violemment juste à côté de la tête de Takashi. Le verre se brisa dans un fracas contre la baie vitrée, répandant son liquide sans laisser aucune égratignure contre sa paroi.

Alors que Makoto s'apprêtait à la frapper, Takashi d'un signe de main arrêta son action tout en ayant murmuré son nom, et le congédia, le remerciant de sa participation.

Ils se retrouvaient donc seuls, en tête à tête.


Amako avait consciencieusement étudié l'allure de cet homme. La quarantaine passée, vêtu d'un costume noir et d'une chemine blanche, sans cravate et légèrement déboutonnée au niveau du col. Il portait sur l'annulaire de sa main gauche une chevalière en argent. Ses cheveux coupés courts était d'un noir de jais, légèrement argentées sur les tempes et semblaient soyeux, dépourvus de gel. Il avait une barbe de quelques jours, nettement coupée afin de ne pas faire négliger pour autant. Pour son âge il était assurément bel homme, d'une classe indéniable. Pourtant il arborait un air froid et menaçant sous ses traits attirants.

Elle avait volontairement raté son lancé, ne souhaitant pas le frapper au visage. Il n'avait de son côté pas bougé d'un cil, aucune réaction. Avait-il pressenti son geste ? Savait-il qu'elle ne le viserait pas directement ? Impossible à dire. Il semblait impénétrable.

En tout cas, il n'avait montré aucun indice qui laisserait supposer qu'il l'avait reconnu. Certes techniquement, il ne l'avait jamais vu. Mais elle devait bien avoir un air familier. Ou alors il n'en avait tout simplement rien à foutre.

Amako était incapable de mettre des mots sur ce qu'elle ressentait à cet instant. A l'instant où leurs regards s'étaient croisés. C'était la première fois qu'ils se rencontraient, la première fois qu'elle se tenait face à son père, en chair et en os, et pas simplement une photo qu'elle fixait d'un air songeur et révolté.

Puis il fit enfin entendre le son de sa voix, à la fois douce et rocailleuse.

- Alors, dis-moi, pourquoi t'en es-tu pris à mes gars ?

Pourquoi ? Oh, il y avait à cela tout un tas de raisons. Cela lui avait permis de se défouler un peu avant d'être face à lui, histoire de minimiser les risques à être tenté de le défoncer d'entrée de jeu. Cela lui avait également permis d'attirer son attention, comme si quelque part elle voulait lui prouver de quoi elle était capable.

Maintenant qu'elle se faisait ces réflexions en son for intérieur, elle trouva son attitude assez puérile. Un psy lui aurait sans doute dit qu'elle était en plein conflit avec papa, cherchant à susciter son intérêt, à combler ce manque qu'il avait instauré dans son existence… ou une connerie du genre.

Elle le méprisait, elle méprisait ce qu'il était devenu. Il avait en un sens réalisé son rêve, il avait pris son envol, à la tête d'un gang, il était devenu le roi. Et après ?
Lui arrivait-il de penser à cette femme qui l'aimait et à l'enfant qu'elle portait et qu'il avait laissé derrière lui. Il pouvait faire le fier et se pavaner, à la tête de cette bande de connards, mais au fond il n'était qu'un lâche.
Peut-être voulait-elle, par un coup de chance inouï, faire effondrer son bel empire. En fait non, elle n'était pas aussi mesquine, qu'il reste avec ses vers de terre.
Elle voulait juste qu'il sache, qu'il prenne conscience, lui balancer en pleine gueule qu'elle était là, qu'elle existait et qu'elle le haïssait. Peut-être alors aurait-il des remords, voudrait-il se racheter et c'est elle qui l'abandonnerait comme il l'avait fait, un juste retour des choses.
Lui dire aussi que Sakura n'était plus, pouvoir lire sur son visage, au fond de ses yeux et savoir si cela le touchait ou pas, ou s'il était vraiment le dernier des salauds, indifférent et vide.

C'est à la fois tout ça et plus encore qui avait motivé ses actes.

Ou peut-être rien qu'un élan insensé, émergeant de ses entrailles, faisant écho à ce chainon manquant et qui lui permettrait de recomposer l'équation et ainsi d'aller de l'avant, de tourner la page sur une nouvelle vie.

Elle voulait lui dire tout ça et pourtant aucun mot ne sortit de sa bouche.

Il l'étudia aussi de son côté, attentant patiemment sa réponse.

Puis il se leva de son fauteuil, se dirigeant vers elle. Elle ne le quittait pas des yeux pour le voir contourner son bureau par la gauche et s'installer légèrement contre celui-ci, juste à côté d'elle. Il la fixait toujours de ses yeux glacés.

- Tu as perdu ta langue ?

Elle quitta à son tour son siège, le repoussant en arrière.
Takashi n'avait pas bougé, penchant légèrement la tête d'un air intrigué.

- Vous ne savez pas qui je suis ? Lui dit-elle enfin, d'une voix éteinte.

- Je devrais ?

Bien sûr que tu devrais, enfoiré. Elle abaissa un instant ses yeux, un bref soupir s'échappant de ses lèvres. Puis elle les releva, dévoilant un regard aussi sombre que celui de son père. Elle eut à cet instant l'impression que quelque chose se mouvait en lui, comme un lointain souvenir, cette sensation de déjà vu, de connu sans savoir pourquoi. Et aussi un pressentiment, qui abaissa pourtant son attention rien qu'une seconde, une seconde de trop.

Amako lui décrocha en effet un violent et soudain crochet du droit qui vint le déloger de sa position. Un seul et unique coup où elle mit toute sa hargne, toute sa frustration et sa fureur. Tout le peu de force qui lui restait alors qu'elle n'était pas encore remise de sa récente dérouillée.
Elle ne se sentit pas apaisée pour autant, mais cela lui apporta néanmoins un certain réconfort.

Takashi s'était redressé rapidement, prêt à lui donner une leçon. Mais lorsqu'il vit qu'elle avait relâché ses muscles et que des larmes cristallines perlaient au coin de ses yeux, il eut à nouveau cette étrange sensation. Il était du genre instinctif, à se fier à ses réflexes et ces derniers lui ordonnaient de ne pas cogner.

Aamko s'en voulu de sentir ses yeux la piquaient inopinément. Elle refusait de se montrer faible face à lui, elle refusait de lui laisser entrevoir toute la peine qu'elle éprouvait.
Non, ses retrouvailles amères ne lui faisaient aucun effet. Non, elle n'avait jamais souffert de son absence. Non, elle ne marchait pas dans ses pas en se battant comme elle le faisait, cherchant désespérément son ombre.
Non, non, non !

Elle se fit violence, jusqu'aux tréfonds de son cœur, pour retenir ses larmes qui tentaient de faire céder son barrage intérieur. Et elle y parvint douloureusement.

Mais l'attitude de Takashi semblait déjà différente. Avait-il calculé cette tristesse qu'elle refoulait ?

Ils se fixèrent, demeurant debout face à l'autre, sans esquisser le moindre mouvement.

- Qui es-tu ? Demanda-t-il, brisant l'atmosphère feutrée qui s'était installée.


Voilà, première rencontre avec le père ! J'espère que ça vous a plu ! ^^