Chapitre 1 : Chute de météore

Haut dans les cieux d'Equestria, au-dessus des villes et des montagnes, se trouvait la tour d'un château. Pas une tour ordinaire. Ou plutôt si, elle avait l'air normale. A l'exception du fait que le château dont elle était censée faire partie n'était pas là. Et le sol sur lequel l'hypothétique château aurait dû se trouver était absent aussi.

Une tour volante, flottant lentement dans les nuages, des nuages présents en masses incontrôlées, preuve qu'aucun pégase ne passait par-là pour faire le ménage. On aurait dit que ce bâtiment cherchait à éviter toute présence au point de défier la logique. Mais il y avait bien des poneys à l'intérieur...

Des poneys qui n'avaient pas l'air de se soucier de l'état intérieur de la tour. Des livres, des boites et des meubles traînaient un peu partout sans raison particulière. Et dans tout ce fatras, près d'une des fenêtres aux rideaux entre-ouverts, se trouvait un poney blanc, ou plutôt une licorne à la crinière brune et ébouriffée, et au dos couvert d'une longue cape mauve brodée d'étoiles argentées et dorées.

Un livre flottait devant son museau tandis que ses pages se tournaient par magie, entouré de la même aura mauve que sa corne, étrangement pliée en angle droit vers le bas, émettait.

Ses yeux bleus scannaient les pages à toute vitesse en s'arrêtant à intervalles irréguliers pour fixer le vide pendant quelques longues secondes avant de reprendre, le tout en exprimant un mélange de sérieux à la limite du coincé et de profonde lassitude.

La concentration du bouquineur licorne fut brusquement interrompue quand une porte de la salle dans laquelle il se trouvait, qui aurait probablement été une bibliothèque si elle avait été rangée s'ouvrit violemment en frappant le mur d'un CLAC ! sonore qui résonna sur les vieux murs de pierre et fit même tomber quelques uns des livres qui avaient encore la chance d'être dans leurs étagères.

Le lecteur sursauta au point que sa cape se soulève de son dos pour ensuite retomber lentement en place tandis que son livre tombait par-terre.

-Assistant, que vaut ce vacarme ? s'indigna-t-il en se retournant tout en bougeant l'échine pour rajuster sa cape.

-Ça fait cinq minutes que je martèle cette porte ! répondit le poulain terrestre rouge sang qui venait de faire irruption. Tu lis avec du foin dans les oreilles ou quoi ?

En fait, il ne s'agissait pas d'un poulain, il avait déjà dépassé ce stade de vie, mais son physique n'avait apparemment pas fait l'effort de changer en conséquence. Il était clairement plus petit que les poneys de son âge, mais son accoutrement, composé d'un pantalon militaire recouvrant ses pattes arrières et d'un béret rouge, lui donnaient des airs de dur, tandis que l'étrange reflet dans ses yeux verts, laissant comprendre qu'il avait déjà traversé beaucoup de choses dans sa vie, laissait immédiatement deviner qu'il était plus vieux qu'il n'en avait l'air.

Mais pas forcément plus mature...

-La porte n'était pas verrouillée, tu aurais très bien pu entrer . répondit l'unicorne blanc en faisant à nouveau léviter son livre pour reprendre sa lecture.

-J'ai essayé, mais il n'y a plus de poignée à l'extérieur et les gonds sont plus rouillés que les fers de ma grand-mère. Autant se débarrasser de la porte toute entière ! répondit l'assistant tout en descendant les quelques marches d'escalier qui menaient au palier inférieur où se tenait l'unicorne. Tu ne pourrais pas prendre soin de ta propre baraque, des fois ? Pour un poney qui vit dans une tour volante, je me disais que tu serais un peu plus soigneux...

-Je m'occupe de faire voler cette tour à la bonne altitude et dans la bonne trajectoire pour éviter qu'on ne s'écrase en plein milieu du repas.

-Ton repas à toi c'est quand moi je dors... T'avais pas des hiboux parmi tes ancêtres ?

-Si vous avez abîmé une porte simplement pour venir me faire des remarques désobligeantes, ça n'en valait vraiment pas la peine. A moins que vous n'ayez quelque chose d'important à dire ou à faire, il vaudrait mieux que vous vaquiez à vos propres occupations. Si possible sans me déranger ou casser quelque chose.

-Oh, oui. Il risque d'y avoir du grabuge dans pas longtemps si on ne fait rien...

-Alors occupez-vous en vous-même.

-Pour ça, faudrait que je puisse utiliser la magie.

L'unicorne releva la tête de sa lecture et leva un sourcil.

-Un problème avec l'orbe ? demanda-t-il en reposant le livre par-terre tout en se tournant vers son assistant.

-Quasiment à sec.

Les yeux de l'unicorne s'ouvrirent en grand pendant une fraction de seconde avant de revenir à leur expression fatiguée habituelle, puis il frappa un sabot sur le visage. Il se dirigea en trottant vers la porte maintenant grande ouverte et surtout défoncée à grand renfort de sabots et entra dans la pièce adjacente, suivi par son assistant qui marchait lentement.

-Oh, pour l'amour de Celestia... DEJA ? hurla l'unicorne en arrivant devant un grand cylindre de verre censé contenir des centaines de gemmes, cristaux et autres pierres précieuses, mais ne contenait maintenant plus que quelques pauvres morceaux de roche brillante traînant dans le fond.

-Combien de fois tu récoltes des gemmes pour le moteur ? demanda l'assistant en entrant à son tour.

-Environ une fois toutes les deux semaines, pour être sûr de ne pas subir ce genre de situation.

-Ça fait presque un mois que je « travaille » ici et on vole non-stop depuis tout ce temps. Ça m'étonne qu'on ne se soit pas encore tombé vers notre mort, mais si possible, t'as une idée pour éviter que ça arrive ? demanda-t-il sur un ton sarcastique.

-Il va falloir qu'on atterrisse rapidement, si possible près d'une ville...

-T'as vu les nuages qui nous entourent ? Je pense pas qu'il y aie qui que ce soit dans les parages sinon les cieux seraient un peu plus clairs que ça...

-La meilleure chose à faire est donc d'aller voir l'état de l'orbe et en même temps de s'en servir pour détecter une zone habitée. répondit l'unicorne en se dirigeant vers une cage d'escaliers en pierre.

-Ça ne risque pas d'épuiser encore plus vite le peu d'énergie qu'il lui reste ?

Les deux poneys arrivèrent à l'étage inférieur et se retrouvèrent face à une énorme boule de cristal mauve qui flottait en plein milieu d'une salle circulaire au plafond haut et décorée de colonnes anciennes. La sphère émettait un vrombissement continu, des images floues défilaient sur sa surface et une sorte de nuage de tempête était comme coincé sous la surface du verre. D'habitude, il envoyait des éclairs dans toutes les directions, qui étaient heureusement contenus à l'intérieur de l'orbe, mais ce coup-ci, il avait l'air d'avoir rétréci et ne faisait plus que de légers crépitements.

L'unicorne se plaça juste devant l'orbe géant et commença à user de sa magie, sa corne tordue émettant une aura mauve qui se manifesta aussitôt autour de la boule de cristal. Les images floues se mirent à se déplacer d'une manière plus rectiligne et organisée, on aurait dit que quelqu'un les faisait glisser et les plaçait les unes après les autres devant les yeux de l'utilisateur, qui murmurait « non, non, non, non plus, pas ça, non... » à chaque fois qu'une image s'en allait et était remplacée par une autre.

Finalement, une image resta plus longtemps que les autres devant les yeux de l'unicorne, puis elle se volatilisa ainsi que toutes les autres qui s'étaient placées en rangs organisés sur les côtés.

-Ponyville. dit simplement l'unicorne.

-Ponyville ? demanda l'assistant d'un air dégouté.

-Oui, Ponyville. Vous n'aimez pas ce nom.

-Je n'aime pas ce nom parce que je n'aime pas cet endroit...

-Qu'est-ce qu'il a de spécial ? Je n'ai rien vu de particulier dans l'orbe, et puis c'est la zon habitée la plus proche de nous.

-C'est un trou perdu rempli de poneys terrestres...

-Vous en êtes un aussi, si je ne m'abuse ?

-Oui, mais tu te souviens bien où on s'est rencontré, là d'où je viens ?

-Selle-Saint-Denis ?

-Voilà, là c'était plus le genre d'endroit où je me sentais à l'aise, en ville, en banlieue avec d'autres jeunes poneys comme moi. Et des pouliches, aussi. Pas une cambrousse paumée...

-Cet endroit était rempli de malappris, je ne me remets toujours pas de toutes les insultes mesquines qu'on m'a faites parce que je suis une licorne...

-Oui, et je suis sûr qu'ils ne se remettent toujours pas de mes coups de sabots dans leurs sales museaux. répondit l'assistant d'un air fier.

-Je dois avouer qu'à première vue, j'ai cru que vous faisiez partie de leur bande.

-Faut pas mettre tous les poulains dans le même panier jusque parce que quelques uns se font remarquer et sont trop crétins pour faire autre chose que de causer des problèmes aux autres poneys en croyant que ça améliorera leur vie.

-Très juste.

-Bon, c'est bien joli tout ça, mais je te rappelle qu'on a toujours une tour volante à faire PAS s'écraser, en particulier parce qu'on est dedans.

-Très juste aussi, à l'orbe de contrôle ! annonça l'unicorne en retournant vers les escaliers.

-Quoi, tout en haut ? s'exclama l'assistant. L'orbe est juste ici !

-L'orbe central est comme un cœur pour cette tour, son énergie traverse la pierre, mais pour des raisons techniques et surtout magiques, le flux d'énergie et donc les mouvements de la tour ne peuvent être contrôlés que par un second orbe placé à l'opposé, donc au sommet. Dépêchez-vous ! ordonna l'unicorne en montant les marches.

-Mais c'est toujours toi qui fait tous les trucs magiques, pourquoi je dois t'accompagner ? demanda l'assistant en suivant son maître d'un pas frustré.

-Pour veiller à ce qu'on ne rencontre rien durant la descente, je serais pleinement concentré sur le contrôle de la tour et le point d'atterrissage et ne pourrais pas faire attention aux environs. Montez, bon sang ! résonna la voix du maître qui était déjà haut dans les escaliers.

-Humph, bien sûr, il lui faut quelqu'un pour regarder où il va à sa place...

A présent sur le toit de la tour, les deux poneys pouvaient admirer le paysage alors qu'ils descendaient lentement hors des nuages, en direction d'une plaine verdoyante au milieu de laquelle trônait un village pittoresque. Enfin, un seul d'entre eux observait librement le paysage, et encore, il n'avait pas vraiment l'air de l'apprécier. L'autre était concentré sur la manipulation magique d'une orbe mauve situé en plein milieu du toit, et beaucoup plus petit que celui situé dans la cave.

-Rrrrien à signaler, cap'taine. Yarrrr. dit l'assistant sur un ton las en contraste avec l'accent comique qu'il prenait.

-Je ne possède pas un tel grade, et je n'ai jamais été dans la marine. répondit sérieusement le maître tout en restant concentré sur l'orbe. Maintenant silence, je vous prie.

-Ouais, ouais...

La descente continue lentement mais sûrement, la tour donnait clairement l'impression d'être à bout de forces. Elle flottait déjà à une vitesse assez lente en temps normal, mais cette-fois, on avait l'impression que l'air était devenu de la mélasse pour elle. Des fois, le bâtiment subissait comme un soubresaut et menaçait de s'arrêter, mais l'unicorne renforçait sa magie pour forcer la tour à continuer sa route avec ses dernières ressources.

Pendant ce temps, l'assistant, qui ne pouvait de toutes façons pas faire grand-chose dans la situation actuelle, se contentait de regarder les cieux, qui se montraient de plus en plus dégagés à mesure que la tour approchait de Ponyville.

-Tiens, j'ai jamais vu d'arc-en-ciel apparaître comme ça. nota-t-il en apercevant un arc-en-ciel qui semblait se tracer comme les airs comme si quelqu'un le dessinait au crayon.

L'un de ses sourcils se leva lorsqu'il eut l'étrange impression que le tracé de l'arc-en-ciel avait changé et se dirigeait maintenant droit dans sa direction.

-Heu... Les arc-en-ciels, ça peut prendre des virages en épingle ? demanda l'assistant à son maître toujours concentré sur sa tâche.

-Les arc-en-ciels sont toujours circulaires et ne sont de toute façons qu'un effet de lumière causé par les rayons du soleil qui se séparent dans les gouttes de pluie, donc ils ne peuvent pas changer de direction plus qu'on ne peut s'en approcher physiquement. Et j'ai demandé le silence.

-Non mais, je demande ça parce qu'il y en a un qui nous fonce dessus, là...

A peine ces mots prononcés, le trait multicolore fila comme une fusée juste au-dessus de la tête des deux poneys, créant une telle turbulence que la tour toute entière manqua de chavirer en plein vol, mais reprit péniblement son équilibre et se contenta de tanguer maladroitement tout en continuant sa descente.

-Assistant, donnez un coup de sabot de ma part à cet arc-en-ciel du dimanche. ordonna le maître sur un ton colérique sans lâcher son contrôle sur l'orbe.

-Euh... D'accord ?

L'assistant s'approcha d'un trot hésitant de la traînée multicolore qui flottait au-dessus de lui et dont la tour commençait déjà à s'éloigner.

Étant trop petit pour l'atteindre, il bondit aussi haut qu'il le put et frappa l'arc-en-ciel de l'un de ses sabots avants. Ce qui ne produisit pas vraiment l'effet auquel il s'était attendu, il fut éclaboussé d'un liquide multicolore comme s'il avait frappé dans un seau de peinture, et une partie d'arc-en-ciel à mi-chemin entre le liquide et le gélatineux lui était resté sur le sabot.

Par un réflexe primitif et irréfléchi, il goûta la substance puis resta silencieux quelques longues secondes, une expression étrange plaquée sur le visage.

-Un peu fade. nota-t-il finalement en reprenant une expression neutre.

-Je vous dérange pas, j'espère ? demanda une voix derrière-lui.

Surpris, l'assistant se retourna et se prépara à bondir sur quiconque avait réussi à se faufiler derrière-lui, mais se retrouva face au vide.

-Plus haut, court-sur-pattes. dit la même voix.

Il leva la tête et aperçu finalement son interlocutrice, une pégase bleue ciel à la crinière multicolore, tout comme l'arc-en-ciel qui la suivait dans son sillage qui le fixait d'un œil accusateur.

-Hé, ho, la pouliche à plumes, on ne vous apprend pas à voler droit, dans ce patelin ? lança immédiatement l'assistant.

-De quoi ? J'ai été à l'école de vol de Cloudsdale ! s'indigna la pégase.

-Ouais, c'est facile de voler quand le seul obstacle, c'est l'air ! Ici y'a le sol, les maisons et les gens, Ça m'étonne qu'avec toi dans les parages, le village en bas soit pas déjà en ruines !

-Non mais d'où tu sors, espèce de petit... ? répliqua la pégase, au bord de l'agression.

-Selle-Saint-Denis. répondit platement l'assistant.

-Oh... Oh. s'étonna la pégase qui se calma soudainement. Désolée...

-Voilà, c'est bien.

-... Pour toi. termina-t-elle en atterrissant et en se dirigeant vers l'unicorne.

L'assistant cligna des yeux et eut un court instant de réflexion.

-FFFFFFFUUUUUUUUUUUU... !

-On peut savoir ce que vous fabriquez, avec votre baraque volante ? demanda la pégase à l'unicorne.

-La tour est à court de carburant, nous amorçons un atterrissage d'urgence. répondit-il sans lâcher l'orbe des yeux et de la corne.

-Ah non, vous ne pouvez pas atterrir ici !

-Si on n'atterrit pas, on s'écrase, cannasse ! rétorqua l'assistant dont l'une des paupières tremblait.

-Que vous atterrissiez ou que vous écrasiez ici, vous allez aplatir les animaux en bas !

L'assistant jeta un coup d'œil par-dessus la rambarde et aperçut un groupe de rongeurs et d'oiseaux rassemblés au sol et entourant une autre pégase couleur crème et à la crinière rose qui lui rendit un regard inquiet.

-Non, y'a rien en-dessous, boss, tu peux descendre. mentit l'assistant.

-Non mais dis-dons, espèce de... répliqua la pégase bleue en se dirigeant vers lui.

-Arrêtez donc de faire les enfants et aidez-moi à faire atterrir la tour à un endroit désert ! intervint l'unicorne.

-Et avec quelle magie tu veux que je fasse ça ? répondit l'assistant.

-C'est à MOI qu'il parle. rétorqua la pégase d'un ton arrogant.

Elle décolla subitement en chandelle, s'assurant de créer une explosion de couleurs pour peinturlurer l'assistant, puis redescendit jusqu'à être à côté de la tour pour la pousser avec ses sabots. La construction volante changea de direction et se mit à se déplacer nettement plus vite.

-Elle est si forte que ça ? s'exclama l'assistant en regardant par-dessus la rambarde, son visage toujours recouvert de couleurs liquides.

-Je fais avancer la tour dans la même direction que celle dans laquelle elle nous pousse, mais elle nous donne effectivement plus de vitesse. J'avais pourtant entendu dire que les pégases étaient peu endurants...

-Pft, si je savais voler, j'aurais pu nous amener jusqu'à l'autre côté de ce village...

-Accrochez-vous.

-Hein ?

La tour toucha finalement le sol au beau milieu d'une plaine vide aux abords de Ponyville, et continua à avancer par-terre sur près d'une centaine de mètres, parvenant miraculeusement à rester droite et créant un long sillon dans la terre.

-Je ne m'étais pas préparé à un tel atterrissage, mais personne n'est blessé, c'est le plus important. commenta l'unicorne en relâchant son contrôle sur l'orbe.

-Ça c'est toi qui le dit ! répondit l'assistant dont la voix résonna depuis le sol, tout en bas de la tour.

-J'ai peut-être poussé un peu fort... commenta la pégase en revenant au niveau du toit.

Au pied de la tour, le poney rouge était aplati en croix dans l'herbe, et se releva péniblement en essayant de nettoyer la terre, l'herbe, et les restes d'arc-en-ciel qu'il avait dans le pelage, tandis que la pégase à la crinière rose qu'il avait vu un peu plus tôt trottait jusqu'à lui.

-...? demanda-t-elle.

L'assistant se tourna vers elle et la regarda en levant un sourcil.

-Quoi ?

Elle répéta sa question. L'assistant la vit bien bouger les lèvres, mais aucun son ne se fit entendre. Il se donna quelques coups de sabots sur les oreilles pour voir si il n'y avait pas de la terre à l'intérieur, puis fit signe à son interlocutrice de répéter à nouveau.

Toujours pas de son.

Il frappa plusieurs fois ses sabots avant l'un contre l'autre, sortit un harmonica de la poche de son pantalon et souffla quelques notes dedans.

-C'est bizarre, j'entends pourtant très bien...

-Oh, je connais cet air ! s'exclama soudain la pégase d'une voix excitée mais douce. Continuez à jouer, s'il-vous-plaît !

L'assistant cligna plusieurs fois des yeux puis s'assit dans l'herbe et se résolut à continuer la mélodie dont il avait naturellement joué les premières notes. A sa grande surprise, la pégase se mit à vocaliser exactement les mêmes notes au même rythme avec une voix qui aurait pu totalement apaiser quelqu'un qui vient de tomber du haut d'une tour après s'être disputé avec une pégase au mauvais caractère.

-Plus vite, plus vite ! Cet air n'est pas censé être aussi lent ! conseille-t-elle avant de rapidement reprendre son souffle et de continuer à chanter sans attendre.

L'assistant sauta mentalement quelques notes et parvint à rattraper la chanteuse au point où elle se trouvait dans la mélodie, alors que son maître sortait par la porte principale de la tour, rapidement rejoint par la pégase bleue qui atterrit à côté de lui.

-Qu'est-ce que vous fabriquez ? demanda la pégase d'un air déconcerté.

-Oh, il connaît l'un des airs que j'ai appris à mes oiseaux choristes, je chante pendant qu'il joue la mélodie ! répondit simplement la chanteuse en souriant avant de reprendre l'air.

-J'ai remarqué mais...

-Ce n'est pas grave, laissons-les continuer. Vous êtes d'ici, vous pourriez peut-être m'indiquer où se trouve la personne qui dirige cette ville ? demanda l'unicorne, imperturbable.

-Vous voulez dire le maire ? répondit la pégase. Pourquoi ?

-D'une, pour lui demander si il y a moyen d'obtenir du carburant pour ma tour volante dans les environ, et de deux, pour éviter les ennuis diplomatiques que pourraient causer le fait que ma tour a atterri à côté du village sans prévenir.

-Oh, oui, ça... Suivez-moi, alors... Monsieur... ? demanda la pégase en partant en tête.

L'unicorne cligna plusieurs fois des yeux comme si cette question le prenait à contre-sabot.

-Quivering Star. répondit-t-il finalement.

-Moi c'est Rainbow Dash, enchantée.

-De même. répondit Quivering sur un ton légèrement hésitant et en partant à la suite de Rainbow Dash.

Les deux poneys s'éloignèrent en laissant l'assistant et la chanteuse continuer leur petite performance musicale dans le calme.

Pendant ce temps, au cœur du village, dans un grand arbre ayant été creusé pour être transformé en bibliothèque dont l'intérieur était pratiquement aussi désordonné que l'intérieur de la tour de Quivering Star...

-Twilight, tas vu ça ? demanda un minuscule dragon violet à la crête d'écailles verte en ouvrant la porte en grand. Il y a une énorme tour qui a fait un atterrissage en catastrophe juste à côté du village !

-J'ai vu ça, Spike, merci beaucoup. répondit une jeune licorne violette à la crinière mauve profond traversée d'une ligne fuchsia, tandis qu'elle lisait un livre posé sur un pupitre devant elle et faisait tourner ses pages par magie.

-Tu... tu ne vas pas voir ? s'étonna Spike.

-C'est ce que je suis en train de faire. répondit Twilight sans regarder son interlocuteur.

-... Euh, tu es un petit peu trop à l'intérieur pour voir quelque chose qui se trouve en dehors du village, non ? Tout le monde est en train d'y aller ! annonça le dragon en désignant tous les poneys qui se dirigeaient dans la même direction à l'extérieur.

-Je veux dire que je lis un livre à ce sujet.

Spike se frappa le visage avec le plat de la patte.

-C'est pas le moment de s'enfermer et de bouquiner, il se passe un truc inédit dehors et toi tu restes là à lire ! Même si ça parle de ce qui se passe dehors, c'est quand même mieux d'aller voir soi-même !

-Ce n'est pas ça le problème, quand j'ai vu cette tour descendre dans le ciel, ça m'a rappelé une image que j'ai vue dans un livre... Je n'arrive pas à retrouver lequel.

-... Bah, laisse-tomber. Moi je vais aller voir ce qui se passe de mes propres yeux, tu te décideras bien à venir voir pour savoir des trucs qu'on ne dit pas forcément dans les bouquins, et puis vu son atterrissage, elle va rester un moment. expliqua Spike avant de refermer la porte derrière-lui.

-Je suis sûre que c'était dans un de ces vieux recueils de poèmes. Je m'en souviens bien, il y avait le dessin d'une sorte d'affreux serpent noir juste à côté, ça m'avait fait peur quand j'ai tourné la page et que je suis tombée dessus alors qu'il n'y avait aucune autre illustration à part celle-là... dit Twilight alors qu'elle était à nouveau seule dans la bibliothèque.

A suivre...