Bonjour !

C'est ma deuxième fiction sur ce couple. Plus longue que la précédente, elle est divisée en 5 parties avec une intrigue plus approfondie qui se développe au fur et à mesure. L'univers est fidèle à celui du jeu, de même que les personnages !
Je vous souhaite une très bonne lecture et j'espère que ça vous plaira !


Une agréable odeur de café fraîchement moulu chatouilla les narines de Lightning. Elle laissa ses paupières closes, préférant se focaliser sur son odorat et ainsi savourer davantage cette délicieuse senteur du petit matin. Elle s'étira longuement, repoussant légèrement la couverture avec ses pieds et accompagna le mouvement d'un gémissement satisfait. Elle ouvrit enfin les yeux mais dût rabattre ses paupières immédiatement, agressée par la lumière du jour. La moue qu'elle fit alors, suivit d'un grognement, exprimèrent parfaitement à quel point ce fichu soleil la dérangeait. Elle finit tout de même par se redresser, sachant pertinemment qu'elle n'aurait pas le dernier mot, et l'odeur disparut brusquement.

Elle interrompit tout mouvement et huma l'air plusieurs fois, presque à la manière d'un félin prudent, ou d'un félin en chasse. Presque comme… fut la pensée qui lui traversa brièvement l'esprit alors qu'une image l'accompagnait, montrant une certaine pulsienne en territoire sauvage, guettant le moindre danger et humant l'air à la recherche d'une odeur familière. Mais Light se ravisa et dut se rendre à l'évidence. L'odeur de café n'existait pas. Aucun petit déjeuner préparé avec affection ne l'attendait en bas. A vrai dire, c'était la quatrième fois en une semaine et demie à peine qu'elle avait cette illusion au réveil. Chaque fois elle mettait plusieurs secondes, le temps qu'elle émerge de ses songes, à se rendre compte qu'elle était toute seule.

Serah ne vivait plus ici, et ce depuis une semaine et demie à peine. Elle avait emménagé avec Snow. Lightning avait beau afficher bonne mine et infime sourire devant ses pairs, elle se sentait terriblement seule. Evidemment, elle refusait de se l'avouer.

Chacun semblait avoir trouvé son chemin. Sazh défendait au quotidien son titre de meilleur papa. Hope rattrapait le temps perdu avec son propre père. Vanille et Fang, qui avaient fondé un camp de chasseur, à l'extérieur de la ville, mettaient leurs talents et leurs connaissances de Gran Pulse au service de tous. Et enfin, Serah avait pris son envol aux côtés de son fidèle héros.

Il ne restait plus qu'elle, l'ancienne l'Cie, l'ancien soldat qui repoussait sans cesse ses limites et celle de son entourage, l'ancienne femme stricte et froide. Qui était-elle à présent ? Elle n'était plus si sûre de le savoir. Un peu de Claire se baladait par-là et tantôt Lightning reprenait ses droits. Elle n'avait pas voulu lâcher ses repères et se chargeait toujours de la sécurité de la ville. Elle n'avait donc guère changé de quotidien finalement. C'était comme un dernier rempart entre l'avant et l'après "chute" de Cocoon, un moyen de s'accrocher à sa routine pour ne pas se perdre dans les évènements passés.

Plusieurs fois on l'avait encouragé à changer de voie. La première avait été Fang « Allez Light, viens faire de l'exploration avec moi ! Ça te changera. On va s'amuser comme des folles nan ? » Serah habitait encore avec elle à ce moment-là, et l'idée de passer toutes ses journées loin de sa sœur ne l'avait pas tenté, non. Puis cela avait été Sazh qui, avec cette inquiétude paternelle, s'était proposé « Pourquoi ne viendrais-tu pas passer quelques jours avec nous ? Faut dire que ça manque de présence féminine par ici ! » Mais encore une fois elle avait décliné, devinant déjà son malaise au sein de la petite famille Katzroy. Ensuite était venu le tour de Snow, qui l'avait informé que son amie Lebreau cherchait une serveuse, et que ça lui ferait voir d'autres couleurs. Pour toute réponse elle lui avait rabattu son vulgaire bonnet sur le visage et lui avait dit qu'il devait s'estimer heureux de si peu. Serveuse, non mais quelle idée… Hope aussi, plein de gentillesse, lui avait demandé de venir lui rendre visite à Palampolum. Elle avait refusé, jugeant qu'elle ne devait pas s'immiscer entre le jeune garçon et son père. Même Vanille, après le départ de sa sœur, lui avait proposé de venir habiter avec elle et Fang. Mais Light avait dit non, parce qu'elle ne souhaitait pas déranger, et aussi parce que sa stupide fierté avait pris cette offre comme une réponse à un appel à l'aide qu'elle ne jugeait pas avoir lancé.

Elle était parfaitement capable de se débrouiller seule, et elle allait le prouver. Ce n'était pas parce que Serah était partie vivre ailleurs que son monde s'effondrait. C'est sur cette idée et avec détermination qu'elle avait attrapé son jus de fruits et s'était servi un verre. Elle le but d'une traite. Oui, elle n'avait pas besoin qu'on soit aux petits soins avec elle, elle était une grande fille et elle était capable de vivre seule. Elle se resservit un verre, qu'elle dégusta plus lentement. Bon. Elle avait sa journée de libre, alors qu'allait-elle pouvoir bien en faire ? Faire un tour de ronde fut la première idée qui lui vint, mais elle la chassa d'un léger mouvement de tête et d'un sourire. Il faut que je profite, c'est ce qu'ils me diraient tous. Alors profitons. Mais comment ? Là était le problème, et elle manquait d'idée. Elle finit son verre, avala une barre céréalière et opta pour une promenade. Elle monta les escaliers et s'habilla suivant cette optique. Les conditions climatiques s'annonçaient favorables, elle s'était donc vêtue d'un simple mini-short en jean, d'un chemisier crème en lin et d'une veste, en jean également, pour toute couverture. Elle était chaussée de ses habituelles bottes. Elle emporta quelques affaires dans son sac, hésita quant à son arme et se ravisa finalement avec un sourire en se traitant mentalement d'idiote. Elle ne blâmait pas sa prudence mais réalisait qu'elle était parfois inutile.

La journée se présumait ordinaire, le travail en moins. Faux. Une toute petite chose la bouleversa complètement, insignifiante pour la plupart, mais pas pour elle, et qui lui était de plus particulièrement destinée. Lightning se stoppa sur le pas de la porte, encore grande ouverte, la main toujours sur la poignée. Sur le seuil, à ses pieds, avait été déposée une rose.

La jeune femme resta immobile quelques instants, bloquée sur ce fait même. Elle l'enjamba ensuite et fouilla du regard les alentours à la recherche de l'auteur qui, elle le savait très bien, était parti depuis longtemps. C'était juste un réflexe. Elle se posta à nouveau devant et plusieurs émotions diverses l'envahirent. Passé la surprise, elle trouva ça stupide et ridicule, elle allait la jeter à la poubelle. Puis, elle fut tiraillée par un éclat de colère. Est-ce qu'on se moquait d'elle ? Non, en fin de compte, elle allait l'écrabouiller cette vulgaire fleur ! Un sentiment d'incompréhension l'en empêcha pourtant. Quel était l'intérêt de faire ça ? Surtout qu'il n'y avait aucune indication au sujet de l'expéditeur. C'est n'importe quoi. Mais ce fut la curiosité qui l'emporta. Cet éclair d'originalité dans son quotidien monotone l'avait intrigué. Elle prit la rose entre ses doigts délicats, joua quelques instants avec et rentra à l'intérieur, en prenant soin de fermer la porte, et posa sa veste sur le dossier d'une chaise.

Elle était magnifique. D'un rouge pur et intense, qui semblait varier suivant comment on la regardait, ses pétales s'ouvraient gracieusement, telle une invitation subtile à la contemplation. De farouches épines ornaient la tige avec effronterie, défiant le spectateur de tâter ces petites pointes pour affirmer leur résistance. Outre le pilier central soutenant la fleur, la tige se divisait en trois branches fines, qui donnaient naissance à des feuilles soigneusement découpées. Elles valsaient au moindre mouvement sans un bruit, et ajoutaient au végétal un aspect toujours plus noble et délicat. Elle était encore fraîche. L'ancien soldat, amusée et ravie à la vue de cette fleur fièrement parfaite, se surprit à approcher son visage du cœur de la rose.

Elle inspira lentement. Le parfum qui envahit ses narines et submergea tout son être fut si fort qu'elle n'eut pas besoin de fermer les yeux pour l'apprécier et recula même son visage de maigres centimètres. Elle ne voulait pas non plus se soustraire à cette odeur, qui de toute manière embaumait peu à peu la pièce. Elle retenta l'expérience, cette fois en prenant le risque de fermer les yeux, mais inspira avec moins de brusquerie. Elle attrapa un verre qu'elle remplit à moitié d'eau et y déposa la fleur avec douceur. Le vase improvisé fut posé au centre de la table et Lightning s'assit, sans détourner le regard de cette peinture naturelle et pleine de vie. Cette rose n'était pas seulement fraîche, elle sentait la fraîcheur. La jeune femme pouvait presque éprouver la rosée du matin, ses fines gouttelettes d'eau descendre avec langueur le long de sa peau d'albâtre. Elle pouvait presque respirer l'air pur qui avait fait grandir cette rose, elle s'imaginait déjà évoluer au milieu d'une clairière, près d'un lac peut-être même, mais pas d'un bois. Et cette fragrance délicieuse, profonde, qui révélait la saveur même de la fleur, l'essence d'où naissait son parfum final…elle était comme toutes les autres roses et pourtant demeurait unique. Il y avait une note supplémentaire, plus exquise, plus subtile, plus…sauvage, indomptable. Lightning peinait à mettre un mot dessus, ce n'était rien qu'elle connaissait. Elle rougit en réalisant toute la concentration et le cœur qu'elle y mettait. Cette rose avait forcément des propriétés magiques, impossible qu'une simple fleur puisse charmer tous ses sens de la sorte. Mais, conquise par son charme, elle s'avéra vaincue.

Une question pourtant demeurait. Qui lui avait offert cette fleur ? Lightning passa mentalement en revue son cercle de connaissances. La réponse lui échappait. Peut-être qu'elle se tracassait pour peu, et qu'un individu s'était amusé à en balancer sur chaque perron ce matin. Toute réflexion faite, elle n'en avait pas aperçu d'autres lorsqu'elle avait scruté les alentours en quête de cet individu. Peut-être que ses voisins les avaient déjà ramassées, peut-être pas. Le mystère demeurait. Un admirateur secret ? Elle retint un rire. Non, évidemment. Elle n'avait plus quinze ans et se trouvait un peu trop vieille pour songer à cela. Et si c'était un individu qu'elle ne connaissait pas, qui avait déposé la fleur à tout hasard ? Non, quelque chose clochait, la perturbait et l'en faisait fortement douter. Réfléchis.

Une rose… Elle porta inconsciemment une main sur sa poitrine, où se trouvait autrefois sa marque de l'Cie. Une rose, ça lui était bien trop personnel pour être hasardeux. Le cristal qui la liait autrefois à Odin, son Eidolon. Disparu, avec le reste de ses pouvoirs et sa marque. C'était une partie d'elle qui s'était volatilisée, laissant un vide cruel au fond de son âme, un appel sans réponse. Son gardien était parti et la laissait seule face à sa nouvelle vie. Un nouveau départ, qu'elle trouvait presque aussi effrayant que leurs batailles. Enfin, une rose, cela lui prouvait une chose. Ça ne pouvait être qu'un de ses compagnons de fortune. Voilà qui réduisait le choix.

« Allô ? »

Même si elle aurait dû s'en douter, elle ne s'attendait pas à tomber sur une voix enfantine. Il fallait avouer que sa routine et son esprit ainsi perturbés, ses habitudes prévoyantes s'en trouvaient altérées.

« Heu…Dajh ? C'est Lightning, est-ce que ton père est là ? »

S'ensuivit plusieurs froissements avant que la voix de Sazh ne retentisse à l'autre bout du fil.

« Light quoi de neuf ? »

Bon sang, qu'est-ce que je dis maintenant ? C'était bien l'une des rares fois où elle ne savait comment aborder la situation. Décidément cette rose la mettait dans tous ses états.

« Est-ce que tu m'as envoyé une fleur ? Une rose, je veux dire. »

Un bref silence.

« Quoi !? »

Surprise et totale incompréhension, et à ce stade-là difficiles à mimer. Elle soupira. Sazh n'était pas son homme.

« Non rien, oublie. Bonne journée. »

Elle raccrocha sans plus de manières. Elle reposa le communicateur sur la table. C'est inutile. Elle était complètement découragée, et se trouvait totalement ridicule. Elle poursuivait une chimère, ah quelle distraction ! Ses proches allaient être ravis quand elle leur dirait ce qu'elle faisait de ses journées libres. Non seulement elle ne comprenait absolument pas pourquoi l'un des anciens l'Cie lui aurait envoyé cette fameuse rose, mais elle était persuadée que c'était impossible, tant justement la raison d'un tel acte lui échappait. Elle lâcha un nouveau soupir, dépitée. Il valait mieux qu'elle s'arrête là et fasse de sa journée quelque chose de vraiment utile. Mais sa curiosité avait été piquée au vif. Il lui serait impossible de se débarrasser de l'image ou de l'odeur de la fleur tant qu'elle n'aurait pas résolu l'énigme entourant son expéditeur. Et puis, elle n'était du genre à abandonner. Elle reprit son communicateur et contacta le jeune garçon aux cheveux d'argent.

« Salut, je ne te dérange pas ? »

« Non, ne t'en fais pas. Comment tu vas ? »

« Je vais bien. J'ai… Dis-moi, est-ce que tu m'as envoyé une rose ? »

« Une rose ? Non, enfin, ça ne me dit rien. Pourquoi ? Il y a un problème ? »

«Non. C'est juste que j'en ai retrouvé une devant chez moi un peu plus tôt ce matin, je ne sais pas de qui ça vient. »

« Oh. »

« … »

« Ce n'est pas moi, désolé Light. »

« C'est bon. »

Une autre idée lui vint, qui permettrait en partie de la convaincre dans le fait qu'elle se faisait des idées.

« Autre chose. Tu te souviens de la forme de mon cristal d'Eidolon ? »

« Ton…Heu.. ? »

Il chercha plusieurs secondes, tentant vainement de visualiser l'objet que la guerrière qu'il admirait éperdument devait briser pour invoquer son fidèle destrier.

« Non, désolé. »

Elle ne répondit pas immédiatement. Sentant l'inquiétude du jeune garçon pointer le bout de son nez elle changea de sujet, passa deux ou trois minutes de plus avec lui avant de raccrocher. Nouveau soupir. Hope avait particulièrement fait attention à ses faits et gestes durant leurs péripéties en tant que l'Cies, ce qui était réciproque. Alors si lui ne pouvait se souvenir de la forme de son cristal –il n'y avait peut-être pas même prêté attention–, alors qui le pouvait ? A dire vrai, elle-même était incapable de se souvenir à quoi ressemblait celui de l'adolescent.

Pour la énième fois elle se répéta que cette histoire était complètement stupide. Mais cette fois-ci elle parvint même à l'accepter, et continua ses recherches avec un sourire. Autant achever ce qu'elle avait commencé. Et puis de toute façon, elle était trop butée pour abandonner quoique ce soit en cours de route, même si on lui prouvait qu'elle avait tort. Comme cette fichue pulsienne en fin de compte. Une Fang qui ne répondait pas quand on l'appelait. Lightning essaya de joindre Vanille, même résultat. Une pointe d'irritation remplaça l'habituel soupir. C'était aussi un signe qu'elle commençait à prendre goût à cette petite enquête hors du commun. Néanmoins quand la demoiselle avait un objectif en tête, elle n'aimait guère rencontrer des obstacles. Et ces derniers n'aimaient pas non plus se retrouver face à elle, surtout lorsqu'elle était munie de sa gunblade. En l'occurrence, elle ne pouvait malheureusement pas exploser son communicateur, elle réduisait sa vie sociale déjà bien assez. Et Serah serait morte d'inquiétude si je ne donnais pas de nouvelles en une journée. Et inversement.

La jeune femme retenta de les joindre deux fois avant de remettre ça à plus tard. Elle s'interrogea tout de même sur cette absence de réponse, la crainte tapie dans ses pensées. J'espère que tout va bien. Peut-être qu'elle se faisait des idées, peut-être que les deux pulsiennes étaient parties à la chasse avec leurs compagnons et avaient laissé leur communicateur chez elles. Elle médita le sujet plusieurs secondes et pour toute conclusion inspira une grande bouffée d'air. L'odeur revint immédiatement emprisonner ses sens, la rappelant à l'ordre. Elle devait toujours trouver l'expéditeur de cet incroyable cadeau. Elle entendit de nouveau la sonnerie, plus que familière désormais, mais ne patienta guère. Dès qu'elle sentit que son interlocuteur était à l'écoute, elle se lança :

« Coucou Serah, je… »

« Yo frangine tu vas bien ? »

Cela faisait un moment qu'elle tolérait l'appellation, aussi elle ne releva pas. Son ton fut pourtant cassant et sec, comme dans les instants désormais plus rares où il la faisait carrément sortir de ses gonds. Elle voulait une réponse, elle en avait besoin, et sur le champ.

« Snow. Serah est là ? »

« Ooh allez, sois pas si rude ! T'es pressée ou quoi ? … Tout va bien Light ? »

« Arrête de t'inquiéter pour moi je déteste ça. Pourquoi est-ce que tu réponds à la place de ma sœur d'abord ? »

« Aux dernières nouvelles elle était dans la salle de bain, je vais voir si elle a fini, bouge pas. »

« Idiot. »

Elle ne pouvait s'empêcher de relever chacune de ses remarques stupides et elle s'emportait si facilement contre lui, à tel point qu'elle semblait tenir le rôle de sa sœur dans les disputes de couple… ce qui faisait terriblement rire Serah. Malgré cela, Lightning l'appréciait véritablement. Excepté en cet instant où il lui faisait perdre du temps et constituait un obstacle à son objectif… Elle attendit quelques secondes, où elle perçut le pas lourd du jeune homme qui gravissait les escaliers, avant d'entendre à nouveau sa voix grave.

« C'est bon je te la passe. A la prochaine. »

« Merci. » Termina-t-elle d'une voix nettement plus douce qui fit sourire Snow avec satisfaction.

« Claire, coucou, ça va ? »

« Je ne sais pas, est-ce que tu… »

« Tu ne sais pas ? Comment ça ? »

« Laisse moi finir d'accord ? »

« Pardon. »

« Est-ce que tu m'as envoyé une rose ? »

Même silence, même incompréhension. Lightning voulait à la fois soupirer et continuer d'espérer.

« Heu…non. »

« Et Snow, à tout hasard ? »

« Laisse-moi lui demander. »

L'écho de sa question lui parvint, mais pas la réponse, que Serah lui donna sans plus attendre.

« Non plus, pourquoi cette question ? Ta voix est étrange, tu as l'air triste. »

« Juste un peu déçue. Je vais bien, ne t'inquiète pas. »

Elle commençait à en avoir assez qu'on s'inquiète pour elle, et marre de répéter. Elle décrit encore une fois la surprise qu'elle avait trouvée devant sa porte plus tôt ce matin. Serah l'écouta calmement, et trouva même une pointe d'engouement dans la voix de son aînée. Elle en conclut que c'était une bonne chose et que c'était parfait pour lui changer les idées. Puis elles parlèrent de la rose en elle-même, une variété inconnue également pour la demoiselle. Oui, Serah n'en avait pas été sûre, mais il lui avait bien semblé que cela avait un rapport avec l'Eidolon de sa sœur, une information tirée d'une de ses nombreuses confessions.

La discussion dériva pendant de longues minutes avant que Serah ne raccroche, sous peine de manquer le déjeuner prévu chez des amis. Cette dernière resta cependant plusieurs secondes silencieuse à contempler son oreillette, qu'elle venait de retirer. Elle savait parfaitement que la vie de sa sœur était incomplète, elle le savait même mieux que la concernée, mais jusqu'à présent elle ignorait à quel point ce vide la tourmentait. Claire n'allait pas lâcher le morceau pour une seule raison : elle devait réparer la moindre anomalie de son quotidien, et pour cela elle devait en découvrir la source et la maîtriser. Son enthousiasme cependant changeait la donne. C'était devenu presque un jeu pour elle.

Le sourire aux lèvres, Lightning contempla une nouvelle fois la rose qui s'offrait à elle. Elle étirait gracieusement ses pétales, comme un oiseau déplierait ses ailes ou une danseuse ses bras pour prendre son envol. Elle se sentait étrangement de bonne humeur, et mit ce fait sur le compte de la conversation qu'elle venait d'avoir avec sa cadette. Mais elle n'avait toujours pas trouvé sa réponse, et visiblement il ne lui restait que deux possibilités. Elle porta la main à son oreille droite où reposait son communicateur, appuya sur le minuscule bouton qui s'y trouvait et prononça ces quelques mots de façon claire :

« Oerba Yun Fang. »

L'appareil se mit immédiatement en route et chercha dans sa base de données la ligne correspondante. Aucune réponse, pour la deuxième fois. Elle réitéra l'opération pour Vanille et ce fut encore un échec. Elle expira plus bruyamment, agacée. Elle n'avait pas perdu pour autant sa détermination. Au contraire, elle attrapa sa veste en jean, qu'elle enfila d'un même mouvement, son arme, et sortit, un dernier regard en direction de la rose. Elle se dirigea vers son véhicule, une moto-volante à la forme mince et particulièrement allongée, et dont l'aileron arrière, plus grand et finement taillé, prouvait son optimisation pour la vitesse. La carrosserie, dans les teintes bleu nuit nacré, possédait des reflets améthyste qui luisaient plus intensément au soleil.

Lightning enfourcha l'engin. Elle était grandement penchée vers l'avant, ses jambes repliées régissaient l'accélération et les freins de l'appareil. Elle abaissa une manette située sous la poignée droite. La machine s'activa dans un ronronnement discret et les commandes, simple panneau tactile d'un jade clair fortement brillant et suffisamment opaque, s'affichèrent. Le pilote posa sa main au centre de celui-ci, dans le cercle dédié à la reconnaissance corporelle. Le scan effectué et accepté, la jeune femme pressa une touche légèrement en retrait et le toit mécanique se rétracta vers l'arrière. Un léger sourire se dessina sur ses lèvres rosies par la fraîcheur encore matinale. La prise en main familière lui procurait chaque fois une sensation d'aise et de plaisir, totalement différente de son véhicule de fonction, lourd, plus encombrant et nettement moins performant.

Il fallait cependant avouer que son propre bijou était passé entre les mains de ce petit génie de Maqui, un ami de Snow. Elle n'avait donc aucune objection à émettre niveau performance, d'où la différence frappante quand elle partait patrouiller. La moto décolla de quelques centimètres, se stabilisa puis s'éleva à toute vitesse, réagissant immédiatement aux ordres de sa propriétaire. Elle prit rapidement de l'altitude, sans dépasser le toit des plus hauts bâtiments. Sa machine n'était pas conçue pour les grandes hauteurs, elle était trop légère. Elle dépassa l'enceinte de la ville au bout d'une dizaine de minutes, et mit le double pour parvenir au camp de chasseurs établi un peu plus loin.

Le soldat atterrit près du dépôt à plusieurs mètres de l'entrée, comme à son habitude, afin d'éviter la fuite d'une vingtaine de chocobos en frayeur. Le véhicule se posa délicatement au sol, sous sa direction, balayant d'une rafale l'herbe au dessous. Elle actionna la manette une deuxième fois et celui-ci s'endormit suite au même ronronnement. La demoiselle aux cheveux roses salua d'un bref signe de tête les regards qui se tournaient vers elle et qu'elle reconnaissait, des simples passants à ceux qui avaient à faire, comme décharger les marchandises échangées en ville. Elle se dirigea d'un pas pressé, qui révélait son trouble et son impatience, vers la maison des pulsiennes. Elle frappa plusieurs coups avec force et attendit.

« Hey Lightning ! »

Elle se retourna et tomba sur un grand homme aux yeux et à la peau sombres qui lui faisait signe. Ses cheveux de feu coiffés en pic et rasés sur les côtés suivant la forme d'un zigzag arrondi l'impressionnaient toujours autant. Il doit posséder tout un stock de sprays anti-gravité.

« Gadot. Qu'est-ce que tu fais par ici ? » Demanda-t-elle avec un calme extérieur et un air avenant parfaitement maîtrisés.

« Je venais chercher des produits locaux pour Lebreau. Tu n'as pas entendu parler de son dernier cocktail, le Pollen d'Otyugh ? »

Elle fronça légèrement les sourcils à l'évocation du nom, lui rappelant quelque mauvais souvenir, mais son expression ne s'éclaircit pas pour autant. L'homme comprit immédiatement qu'elle manquait la référence.

« Wow Lightning il faut vraiment que tu l'essaies, c'est à base de… »

« Gadot s'il te plaît, je ne veux pas savoir de quoi les boissons de Lebreau sont composées. »

Non seulement elle n'en avait strictement rien à faire, mais elle ne tenait véritablement pas à savoir ce que la fameuse barmaid mettait dans ses mélanges aux mixtures souvent étranges et pourtant très appréciées. L'avant dernière trouvaille de la brunette, la Fureur du Béhémoth, Lightning l'avait laissé le lendemain sur le plancher avec son déjeuner. La boisson de couleur grenat, maintenue à une température glaciale, avait la particularité de former des bulles comme l'on pouvait en voir dans ces étranges lampes décoratives une fois chauffées. Gadot, habitué à tester les inventions de sa camarade, leur avait conseillé cette nouveauté. Mais à la vue du liquide plus épais que réellement liquide, elle avait refusé. « Ah ça, c'est une boisson d'homme ma jolie ! » lui avait alors dit Lebreau avec un sourire. Et lorsqu'on rajoutait à l'équation le grand sourire du blond téméraire et le regard provocateur ainsi que le petit rire moqueur de la brune aux yeux émeraude, qui détenaient tous deux leur propre verre de Fureur du Béhémoth, il n'en avait pas fallu plus pour piquer la fierté du soldat.

Elle avait dû faire un immense effort pour finir sa boisson et rester digne toute la soirée, mais le lendemain, elle avait rendu les armes. Evidemment, l'affaire avait éclaté au grand jour, et Fang avait ri de long en large avant de finalement prendre la défense du soldat en rétorquant que c'était une boisson forte, ce qui ne l'avait pas empêché, elle, d'en boire trois ou quatre. « Ce n'est pas fort, c'est répugnant. » avait répondu la jeune femme, attisant encore les moqueries de son amie. Heureusement, et même si le fait ne l'avait enchanté qu'à moitié, Snow n'avait pas non plus supporté la boisson alcoolisée. Son honneur avait été en partie sauf. Tout ceci pour expliquer le sourire qui apparut sur les lèvres de son interlocuteur suite à ses propos, et la teinte rouge que revêtirent les joues de la demoiselle.

« Pas de soucis. Tu cherches Fang et Vanille ? Elles escortent l'équipe de drainage. Ah ! Non, elles sont parties en chasse en fait. J'ai entendu dire qu'un groupe de vouivres avait traîné un peu trop près du camp la nuit dernière. »

« Où les traquent-elles ? »

« Au sud-est de la Steppe. »

« Merci. »

« De rien ! Fais attention. »

Elle avait appris à connaître le petit groupe d'amis de sa sœur. Forcée de côtoyer fréquemment Snow elle n'avait pas eu le choix. Mais c'était de bon cœur et sans incident qu'elle les avait laissés entrer dans la vie de Serah, et les avait acceptés dans la sienne. D'ailleurs le jeune homme qu'elle venait de laisser derrière elle ressemblait beaucoup à Snow avec son côté téméraire, celui du fanfaron en moins. Pourquoi a-t-il fallu que Serah prenne celui qui la ramène le plus ? se demanda-t-elle avec un sourire. Elle reprit les rênes de sa monture mécanique et s'élança à la recherche du groupe de chasseurs. Bon sang, cette histoire m'est complètement montée à la tête. Voilà que j'en suis rendue à me déplacer d'un bout à l'autre de Pulse pour savoir qui m'a envoyé cette rose. Elle secoua la tête, blasée par son comportement, puis accéléra. Plus vite elle les trouverait, plus vite cette stupide histoire serait réglée.

Le paysage qui défilait devant ses yeux à toute vitesse eut tôt fait de captiver ses sens et ses pensées. Tout était différent ici. L'air, les couleurs, les sensations…plus pur, plus vives, plus intenses. C'était vivant. Fouler les terres sauvages de Gran Pulse c'était plonger au cœur d'un monde sans arrêt en mouvement, un monde rempli de dangers, un monde foisonnant de vie. Plus l'on s'aventurait loin plus il y avait de chances qu'un monstre surgisse d'un instant à l'autre. La végétation évoluait sans cesse. La flore poussait comme bon lui semblait, la terre se craquelait férocement, parfois pour laisser apparaître une eau enfouie depuis longtemps. Qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il fasse soleil ou orage, la Steppe revêtait un aspect différent, se renouvelait en permanence. Lacs, clairières, vallées, monts, ruines, les environnements différaient d'un kilomètre à l'autre, apportant chacun leur lot de senteurs uniques. Chaque jour offrait ses découvertes. Sauvage et imprévisible. La jeune femme sourit. Elle adorait. Mais elle refuserait de l'avouer à quiconque autre que Serah.

Ces terres réveillaient ses instincts, exaltaient ses sens, repoussaient ses limites de nouveau humaines. C'était le seul endroit où elle pouvait satisfaire sa soif de défis, de batailles. Elle avait mis un certain temps à s'adapter à l'absence de ses pouvoirs de l'Cie, ce qui avait failli lui coûter la perte de son bras droit, une fois. Mais elle n'était pas mauvaise élève, elle avait retenu la leçon. Elle avait travaillé un moment avant de retrouver où se situaient les limites de ses capacités. Son potentiel n'était plus magique. Odin… La seule entité vivante qui avait pu partager ses sentiments et son âme. Elle avait mis un temps cruel à l'accepter, et maintenant elle regrettait de n'avoir pas considéré son aide plus tôt. Dans les moments de désespoir, et ils avaient été nombreux durant leur périple, il lui avait suffi de chercher au fond de son cœur pour trouver un chevalier blanc sur lequel s'appuyer, même si c'était la fin. Et maintenant, sans vraiment s'en rendre compte, elle s'y raccrochait comme une enfant perdue, seule et mise à nue, comme une fleur à qui on avait arraché ses pétales. Une larme perla le long de sa joue. Elle ne le réalisa pas.

Mais qu'avait-elle donc aujourd'hui ? Si nostalgique, ça ne lui ressemblait pas. Elle rattrapa brutalement le fil de ses pensées et s'essuya le visage d'un geste rageur. Elle secoua la tête violemment afin de chasser toutes ces odeurs et sensations qui désormais l'agressaient, qui lui collaient désagréablement à la peau et l'esprit. Elle étouffa un grognement. Je suis venue des centaines de fois ici, pourquoi est-ce qu'aujourd'hui j'ai l'impression de percevoir ces choses différemment ? De les voir choses sous un œil nouveau ? De tout ressentir ? C'était une faiblesse à ses yeux, et elle refusa de s'attarder sur le sujet.

Mais au fond, c'était peut-être parce que ces derniers jours, elle était à fleur de peau.

-X-

« Attention ! »

« Hein ? »

Un cri perça sa petite bulle. Son esprit n'eut pas le temps de reprendre pleinement contact avec la réalité mais heureusement, ses réflexes oui. Elle dévia sa course en virant de bord, la seconde d'après une vouivre rasait le sol à quelques mètres d'elle. Merde ! Lightning serra les dents, rageant sa propre bêtise. La créature reprit son ascension, se plaçant immédiatement hors d'atteinte de sa gunblade. Au moins, elle avait son arme, et ne s'était d'ailleurs pas posée la question une deuxième fois avant de l'emmener. Elle n'usait plu de sa fameuse pistolame du Sanctum, néanmoins elle l'avait conservé. Certes elle appartenait au passé, mais elle représentait beaucoup trop pour qu'elle puisse la jeter. L'inscription gravée dessus résonnerait d'ailleurs à jamais dans son esprit(*).

Elle dégaina son arme et guida son véhicule dans la même direction que le monstre. Ce n'était pas n'importe quel type de vouivre, en se rapprochant, Lightning distingua la teinte indigo de ses écailles dorsales qui se changeait en blanc vers le ventre, et la couleur irisée de ses ailes aux pointes orange acérées. Une Amphisbaena. Génial. Elles étaient nettement plus coriaces que leurs parentes. Cela expliquait leur présence ici. Fang lui avait dit une fois que ces saletés adoraient se dorer les écailles sur les vastes étendues ensoleillées de la Steppe d'Archylte. Elle mit le monstre en joue. Un deuxième troubla brusquement sa ligne de mire alors que retentissait un rire particulièrement provocant.

« Alors Sunshine, t'as du mal ou quoi ? »

Lightning chercha d'où provenait la voix au fort accent. C'était elle qui l'avait prévenu, et avait donc perçu son manque de concentration ayant failli lui coûter cher. Elle lui en devait une.

« Là haut, banane. »

La jeune femme aux cheveux roses tiqua sous l'appellation moqueuse et ne put retenir un bref rictus dédaigneux. Elle leva rapidement les yeux au ciel, plus précisément vers la vouivre qui décrivait des cercles autour de sa position, juste le temps d'apercevoir la femme à la peu tannée fièrement campée sur le dos de la créature, sa lance plantée dans son système nerveux comme toute bonne barre de gouvernail. Elle crut même deviner un sourire narquois sur ses lèvres.

« Mais qu'est-ce que tu… »

« Jalouse ? »

Idiote.

« Si tu tombes, ne viens pas te plaindre. »

« Haha ! On s'inquiète pour moi ? »

« Tch. »

Mais elle ne put réfréner son sourire. Fang ne la connaissait que trop bien à présent.

« En attendant, c'est toi la proie facile miss tête en l'air. Et si tu me rejoignais là haut ? On va s'amuser ! »

Elle ne souleva pas la pique par prudence, elle ne voulait pas déconcentrer la brune qui était dans une situation difficile, quoiqu'elle en dise. Elle prit de l'altitude et se plaça aux côtés de sa partenaire de chasse, mais conserva ses distances avec l'animal qui se débattait encore. Ses spasmes et violents coups de tête étaient trop imprévisibles et dangereux, un fait que Fang prenait avec désinvolture, évidemment.

« Où sont les autres chasseurs ? Et Vanille ? »

« Sur le chemin du retour. On en a abattu trois, elle m'a aidé à monter sur celle-ci et je leur ai dit que je m'occupais de celle qui restait. »

« Toute seule ? »

« Tu les voyais me courir après sur leur petit chocobo peut-être ? »

Elle étouffa un autre grognement. Fang n'avait pas tort, mais c'était trop dangereux de chasser seule, c'était la première à lui avoir appris cela. De toute façon, Fang était toujours la première à ne pas respecter ce qu'elle-même disait.

« Tu as un plan d'attaque ? »

« Quoi ? »

Elle ne savait pas si c'était de l'incrédulité face à ses propos ou de l'incompréhension parce qu'elle n'avait pas entendu qui s'afficha sur son visage en cet instant. En effet, Oerba Yun Fang ne rimait aucunement avec "plan". Evidemment, pourquoi prévoir quoi que ce soit quand on peut improviser… Elle soupira.

« Comment comptes-tu t'y prendre ? »

« Admire ! »

Lightning secoua la tête, la bouche entrouverte étirée en un sourire amusé. Irrécupérable. Non seulement elle admirait la chasseuse en plein exercice de ses talents indiscutables, mais elle attendait aussi impatiemment le moment où sa fougue lui ferait perdre pied, ce qui, elle en était quasiment sûre, arriverait. Fang bascula sa lance vers la droite d'un coup sec et la vouivre suivit le mouvement. D'un autre geste elle fit accélérer la créature, qui talonnait désormais la première.

« Allez ma grande, un petit effort. » Susurra-t-elle à l'animal qui lui répondit par un cri aigu et rageur.

Une fois placée au dessus de sa cible, elle fit piquer sa monture droit sur son condisciple. Au dernier instant elle enfonça davantage sa lance et perça le cœur du système nerveux de la vouivre, puis sauta sur la deuxième. Celle-ci se débattit hargneusement. Elle planta sa lance près de l'épine dorsale du monstre, juste à temps pour résister à la vrille qu'il effectuait. Elle lâcha un cri d'amusement, réjouie par l'attraction.

Lightning qui la suivait de loin, tiraillée entre le rire et la lassitude, garda finalement une expression blasée. Fang attendit plusieurs secondes l'occasion de parvenir jusqu'au point sensible de sa proie. Suite à la troisième vrille il dut reprendre son souffle et se stabilisa horizontalement, c'était sa chance. Elle dégagea son arme en un tour de main et se rua vers la tête du monstre. Elle plongea l'objet mortel à travers la peau écaillée et sectionna le centre de ses connexions nerveuses. Il entama immédiatement une descente. Elle libéra son emprise un peu trop vite. La créature se cambra férocement, secouée par un dernier spasme, et sa cavalière se retrouva les pieds dans le vide. Elle ne tarda guère à saisir la main prévenante qu'on lui tendait. Alourdi par un second poids, le véhicule se renversa sur le côté et effectua plusieurs rotations en perdant de l'altitude avant que Lightning ne parvienne à le stabiliser et hisser sa camarade derrière elle. Elle négocia l'atterrissage avec plus de douceur, alors que la dernière menace s'écrasait plus loin. Elles attendirent que leur respiration reprenne un rythme normal pour dresser un bilan.

« J'ai beaucoup admiré tes exploits, en effet, surtout ta chute. »

« Eh ! C'est pas parce que t'as gagné ton rôle de preux chevalier que tu dois me piquer le mien ! Et puis je maîtrisais. »

« Bien sûr. J'aurais juste eu à te ramasser à la petite cuillère. »

« Oh tu aurais fait ça pour moi Sunshine ? Je suis touchée ! »

« Banane. »

Fang ne répondit pas, tout sourire et Lightning se contenta de la satisfaction d'avoir eu raison, mais surtout du réconfort que son amie s'en soit tirée en un seul morceau.

« Pas très confortable ton joujou là. » Déclara la pulsienne en descendant de la moto, et en vérifiant si son postérieur n'allait pas conserver les marques de la carrosserie.

« Ce n'est pas fait pour un deuxième passager. »

« Ah, et bien ça devrait. » Répliqua Fang, histoire d'avoir le dernier mot.

Elle piqua sa lance dans le sol d'un mouvement ferme, épousseta son accoutrement et s'étira. Elle s'interrompit finalement, constatant que son amie l'observait en silence et en arborant un infime sourire provocateur.

« Quoi ? »

« Tu es plutôt prévisible, en fin de compte. »

Fang fut quasiment vexée, elle ne releva pas. Elle émit un long sifflement. Deux minutes s'écoulèrent dans un parfait silence.

« Bon, et bien on dirait que mon oiseau à plumes s'est fait la malle. Je crois que je préférais les grands papillons à écailles. »

« Des papillons ? Tch. »

« Quoi ? C'est drôlement plus excitant de chevaucher une vouivre. Tu devrais essayer un de ces quatre. »

« Bien sûr. »

« Oh allez ! T'es pas très aventureuse. »

« Je tiens à ma vie. »

« Et moi donc, mais quel est l'intérêt si tu la mènes toujours de la même façon ? »

« La sécurité. »

« Ce n'est pas la sécurité qui te donne ces frissons d'extase si agréables et qui font battre ton cœur avec frénésie Sunshine… »

Cette voix si grave et si chaude renfermait en cet instant une myriade de promesses plus taquines et charmeuses les unes que les autres. Le soldat rougit légèrement et détourna le regard.

« Ma moto suffit parfaitement. »

« Tu parles de ton bout de métal tout flamboyant là ? Arrête, ça ne tient pas la route face à une vouivre ! »

Lightning arbora un demi-sourire confiant. Elle débordait d'assurance sur le sujet. Son regard malicieux n'échappa pas à la pulsienne, qui quittait rarement ses magnifiques yeux. Elle attendit que sa camarade fasse parler l'envie de défi qui l'habitait, mais aucun mot ne vint. Peu importe, ton regard en dit déjà bien assez…admit Fang, qui répondit immédiatement à son désir.

« Très bien, on verra qui est la plus rapide la prochaine fois. »

Et c'était une promesse. Sans se départir de son sourire malin, elle désigna son concurrent mécanique d'un vif hochement de tête.

« Bon, tu m'offres une balade ou on attend qu'il fasse nuit ? »

-X-

Les deux jeunes femmes parvinrent au camp peu après. Lightning éteint le contact avec son véhicule alors que Fang descendait en finissant de lui raconter une histoire de chasse des plus passionnantes. Après lui avoir demandé des nouvelles, elle n'avait, comme d'habitude, pas eu besoin de relancer la conversation. La pulsienne lui avait décrit leur semaine en détails, certains l'intéressant d'ailleurs plus que d'autres, sans oublier les quelques anecdotes qu'elle glissait avec joie pour le plus grand amusement de la jeune femme aux cheveux roses.

« Ton épaule Fang. »

La concernée se retourna avec étonnement, puis réalisa que l'expression inquiète de sa camarade visait les deux longues mais légères griffures qui ornaient son épaule droite.

« Ah oui c'est vrai, merci. Fichues épines dorsales, pas commode de s'y accrocher. »

Lightning la rejoignit en quelques enjambées et la dépassa, sans qu'elle n'esquisse un mouvement.

« Quoi ? » Finit-elle par demander devant l'inaction de la grande brune.

« Et ton casque miss Farron, il est où ? » Réprimanda-t-elle, une main posée sur sa hanche, elle renvoyait la balle dans le camp adverse.

« Oublié. » Répondit-elle dans l'espoir d'expédier le sujet, c'était sans compter sur la ténacité légendaire des Yun.

« Ah bravo. Et ça fait partie de la Garde Civile, bonjour l'exemple ! »

« J'étais pressée. »

Elle sentait avec un brin de gêne que la conversation lui échappait encore.

« Je te manquais tant que ça ? »

Fang étira ses lèvres en un ravissant sourire aguicheur. Elle ne perçut pourtant aucun rougissement sur le doux visage de son petit soldat, qui avait au contraire repris la marche. La déception allait prendre le dessus sur ses traits joueurs, quand la jeune femme se retourna brièvement vers elle, le sourire et le regard pétillant de malice.

« Faut croire. »

Fang la rattrapa, surprise mais non étonnée qu'elle se prenne au jeu.

« Sérieux ? »

« Non. »

La brune gémit d'insatisfaction, sans manquer d'exagérer la mimique.

« Je suis venue pour Vanille. »

« Quoi !? »

Elle manqua de trébucher. Evidemment dès qu'elle croisa le sourire pleinement satisfait de la blonde, elle réalisa, même si elle le savait déjà, qu'elle était tombée dans le panneau. Décidément, elle déteignait beaucoup trop sur sa partenaire.

« Pfff. On est d'humeur taquine hmm ? »

« Juste de très bonne humeur, va savoir pourquoi. »

« Intéressant… » Murmura la brune pour son compte, appréciant la tournure que prenait sa journée de chasse.

Ce n'était plus si difficile de piéger la brune, Lightning n'avait qu'à réfléchir à la réplique que celle-ci lui lancerait pour lui couper l'herbe sous le pied, ce qu'elle faisait quand l'envie lui prenait. C'est vrai que son humeur et sa détermination étaient au beau fixe aujourd'hui, et à y songer elle se souvint aussitôt de la raison de sa venue. Raison qu'elle avait nécessairement relayé au dernier plan durant leur petite rixe avec les "papillons à écailles", et le temps que l'adrénaline redescende.

« Fang… »

L'interpellée l'observa avec intérêt, captivée par l'hésitation qui se terrait dans son murmure.

« Mmh ? »

« Est-ce que tu… »

« Fang ! Lightning ! »

L'irruption d'une jeune fille aux cheveux flamboyant la coupa dans son élan. Elle salua sa camarade avec un immense sourire et observa son aînée, sa gaieté glissant sur son visage tel un voile. Elle empoigna le bras droit de la chasseuse à la peau sombre, et examina la blessure en fronçant les sourcils.

« Fang ? »

Sa voix vacillait entre l'inquiétude et le reproche, elle attendait une explication, et pour toute réponse n'eut qu'un grognement plus ou moins compréhensif mais qui se résumait à un bref « C'est rien. » Même Lightning fut plus expressive lorsqu'elle haussa les épaules avec lassitude, signe qu'elle s'était déjà occupée des réprimandes. A cette pensée la demoiselle sourit, mais ne put s'empêcher d'ajouter une menace, tout en les guidant vers la maison.

« La prochaine fois, j'échange un de tes saris contre une boîte de pansements. »

« Essaye pour voir ! »

Elle lui tint tête et ne se départit ni de son assurance ni de son regard insistant. Fang se rétracta quelque peu, pressentant l'ombre de sérieux qu'impliquaient les propos de sa consœur, et montra d'un air de chien battu qu'elle avait compris le message. A ses côtés, la blonde regardait droit devant elle mais affichait un air moqueur. Elle détenait toujours l'appui de Vanille pour ses délicieuses petites vengeances.

Les deux femmes suivirent la plus jeune jusqu'à leur maison. Lightning, qui contemplait le sol à la recherche d'un éventuel soutien, éprouvait une certaine impatience et pourtant une profonde hésitation à l'idée de poser sa fatidique question. Je complique cette histoire inutilement. Afin d'évacuer sa nervosité elle laissa son souffle franchir ses lèvres et s'évanouir librement dans l'air ambiant et agréablement parfumé. Tandis que "l'égratignure" de Fang était inspectée minutieusement puis pansée par Vanille, Claire se concentra sur cette odeur, qui détenait une note étrangement familière. Ses yeux se posèrent sur la table de la cuisine un peu plus loin, où trônait un vase dans les tons vermillon, garni d'une dizaine de roses orange. Elle s'en approcha lentement, inconsciente du regard émeraude curieux qui la suivait.

« D'où viennent-elles ? » Demanda-t-elle distraitement, sans laisser son attention se porter sur autre chose que les petites fleurs, qu'elle effleura délicatement du bout des doigts.

Elles n'avaient ni la grâce ni la beauté de sa rose. Elles étaient moins impressionnantes, moins parfumées et manifestaient leur origine sauvage avec moins d'assurance et d'arrogance. La voix de Vanille retentit avec une frivolité caractéristique, une fois qu'elle fût sortie de sa concentration.

« Oh, c'est Tipur qui nous les a amenées ce matin. Il a été les cueillir à l'aube, avant qu'elles s'ouvrent suite à la rosée, pour conserver leur fraîcheur. C'est très gentil de sa part. »

Elle ponctua sa dernière phrase d'un regard appuyé envers son aînée. Lightning ne le vit pas, mais sentit l'insistance à travers son intonation. Face à ce nom qu'elle ne connaissait pas et qu'elle n'appréciait déjà guère, sa curiosité l'assaillit, mais elle lui refusa toute initiative, trop fière pour montrer son intérêt à ce genre de détails. Heureusement, Vanille intervint encore une fois en faveur de ses désirs.

« Enfin… il les a amenées à Fang. »

La jeune femme aux cheveux roses pâles se redressa, plus qu'intriguée. Elle mit plusieurs secondes à faire le tri dans ses pensées pour pouvoir formuler quelque chose, son silence étant en cet instant nettement plus révélateur.

« Elles sont jolies… »

« Mais ? » Reprit immédiatement la pulsienne à la peau tannée.

« Pardon ? »

Elle feignit l'innocence et maudit la perspicacité de la grande brune. Elle prit le risque de revenir à sa hauteur, d'un pas plus rapide qu'elle ne le voulut.

« Et bien, ta phrase sonne drôlement creuse, quelque chose à ajouter ? »

« C'est juste que…c'est un drôle d'ami, pour offrir des fleurs non ? »

Fang haussa les épaules avec indifférence, en regardant les mains de la rousse s'agiter avec dextérité autour de sa griffure.

« C'est le genre de truc que le gamin t'offrirait non ? »

Elle écarta sa remarque d'un geste négligeant. Trop focalisée sur ce fameux Tipur et son présent, elle ne s'attarda pas sur l'étrange ton que la pulsienne avait employé.

« Pourquoi tu ne m'en as pas parlé ? »

Elle ne comprenait plus rien. Elles étaient censées être amies non ? Les amies ne devaient-elles pas se tenir au courant de ce genre de choses ? N'était-ce pas un sujet que l'on abordait couramment ? Pourquoi s'était-elle abstenue de lui faire part de cet "intérêt" ? Curieusement, elle réalisa que si les rôles avaient été inversés, elle se serait débrouillée pour que Fang soit prévenue le moins rapidement possible, ce qu'elle mit sur le compte d'une certaine gêne face au manque de pudeur de la jeune femme.

« Parce qu'il ne m'intéresse pas. » Répondit Fang en plongeant son regard perçant au plus profond de l'océan tumultueux qui s'étendait devant elle. Elle pouvait facilement voir que les eaux étaient drôlement agitées, pour son plus grand plaisir.

Vanille sourit. En effet, la brune avait été catégorique sur le sujet.

« Oh, d'accord. »

Elle se détourna de ses camarades à nouveau, n'ayant rien d'autre à dire sur le sujet sans que cela compromette sa carapace déjà sérieusement amochée aujourd'hui. Ses sens exacerbés, ses sentiments plus légers… elle commençait à s'inquiéter. Etait-elle malade ? Elle espérait que non, elle ne voulait pas se retrouver avec une semaine de repos forcé à se tourner les pouces alors que la Garde avait besoin d'elle.

« Au fait, pourquoi t'es venue à la base Sunshine, tu voulais quelque chose ? »

La question la prit de court. Elle s'était attendue à prendre l'initiative sur ce sujet, mais encore une fois, Fang la devançait et la déstabilisait. Elle entrouvrit les lèvres, mais aucun son n'en sortit. Vanille, qui venait de finir de raccommoder l'intrépide chasseuse, l'observa à son tour, curieuse comme à son habitude.

« Heu…ça n'a pas d'importance. »

Le regard étonné que les deux pulsiennes échangèrent lui fit comprendre qu'elle faisait fausse route.

« Enfin si. Enfin…je ne sais pas vraiment. »

« Light, est-ce que tout… »

Non pas cette fichue question !

« Est-ce qu'une l'une de vous aurait déposé une fleur ce matin sur le pas de ma porte ? » Interrompit-elle avec brusquerie.

Deuxième échange marquant leur étonnement, cette fois aussi elle ne savait que trop bien comment l'interpréter. Vanille secoua la tête négativement, confirmant ses soupçons, et la pulsienne tarda à darder son regard émeraude sur elle, et quand enfin elle le fit, elle demeura silencieuse.

« Toi non plus je suppose ? »

« Non, je ne me suis pas levée aux aurores pour venir joyeusement déposer une rose devant chez toi ce matin. Navrée de devoir casser ton fantasme ! »

Elle tira une chaise à elle et s'y laissa choir sans douceur, lâchant soupir et espoir d'un même souffle. Elle était consciente d'attirer l'inquiétude de ses amies, au moins de Vanille, plus qu'il ne fallait, mais elle était bien trop déçue pour s'en soucier dans l'immédiat.

Bon, résumons. Elle avait fait le tour de tous ses compagnons d'infortune, et aucun ne semblait être la personne qu'elle cherchait. Faisait-elle fausse route depuis le départ ? A moins que l'un d'eux ne mente, elle se trompait forcément dans son raisonnement. Son regard divaguant à nouveau sur le sol, dont elle contemplait vaguement le revêtement foncé tandis que ses pensées s'agitaient, elle ne remarqua pas les yeux verts et le sourire malicieux qui l'observaient avec amusement.

Vanille, qui passait d'une femme à l'autre, fit rapidement le lien. Ses yeux écarquillés et sa bouche ouverte illustraient parfaitement son état de choc. Alertée par l'absence soudaine de mouvements à ses côtés, Fang reporta son attention sur sa cadette. Ses traits se firent beaucoup plus sérieux sous l'influence de l'inquiétude et elle plaqua une main sur la bouche de sa consœur. Celle-ci la repoussa sans ménagements, mais Fang réitéra immédiatement l'opération. La rousse finit par se calmer, puis elle articula silencieusement ses interrogations devant le silence ferme que lui intimait sa camarade de son doigt. Cet échange de murmures plus ou moins étouffés parvint à rester invisible à l'esprit méditatif de la blonde. Une fois l'entente établie entre les pulsiennes, à savoir la promesse d'éclaircir cette histoire plus tard, Vanille se racla la gorge.

« Donc en fait, tu as un admirateur secret. »

Fang éclata de rire, s'attirant par là même les foudres du soldat qui la toisa d'un air mauvais, signe qu'elle ne tolérerait aucune moquerie. Elle leva les mains pour défendre sa prétendue neutralité et se cacha à demi derrière son homologue pour laisser son sourire prendre ses aises librement. Un admirateur secret, Vanille… Elle se força à reprendre contenance, dans son propre intérêt, et au détour de la conversation qui s'ensuivit, proposa même son aide :

« Montre la moi ta fleur, je devrais pouvoir te dire d'où elle vient. »

Lightning était incapable de décrire la rose à ses interlocutrices. Chaque fois qu'elle essayait de poser ne serait-ce qu'un mot dessus, l'image se dissipait, puis réapparaissait plus brumeuse, et le temps qu'elle s'illumine, disparaissait à nouveau. Elle jouait avec son esprit si effrontément que la jeune femme abdiqua rapidement et accepta l'offre de son amie. Elle passerait le lendemain.

La minute suivant le départ du soldat, qui avait également accepté leur invitation à déjeuner, un cri retentit avec fracas au sein de la maisonnée. La jeune femme interpellée si violemment ne put retenir son sourire devant l'air inquisiteur de la petite demoiselle.

« Alors ? A quoi tu joues !? »

« Oh mais je ne joue pas. »

Vanille soupira. Elle savait parfaitement de quoi il en retournait. Mais dans cette histoire elle craignait particulièrement le caractère impulsif et donc imprévisible de la brune.

« Est-ce que tu sais au moins dans quoi tu t'embarques ? »

« Pas vraiment… »

Devant son air incertain, presque puéril mais toujours aussi coquin, elle leva les bras au ciel, touchant presque au désespoir.

« …mais je sais que j'en ai envie. » Acheva Fang avec plus de sérieux que jamais.

-X-

« Oh la la Light, t'as une mine terrible, tu le sais ça ? »

« La ferme. » Répondit cette dernière avec plus de lassitude que d'hostilité.

Elle s'écarta pour laisser entrer la brune chez elle, qui la dévisageait avec intérêt, puis referma la porte derrière elle.

« T'as fait un cauchemar ou quoi ? Hmm ça sent drôlement bon chez toi. » Dit-elle en humant l'air à la manière d'un félin.

Lightning se frotta les yeux pour la énième fois de la journée. Ses cernes indiquaient clairement qu'elle avait passé une très mauvaise nuit, et la pulsienne venait juste d'en sentir la raison. Dès qu'elle avait fini son service et déposé son rapport, elle était rentrée, avait opté pour un débardeur et un shorty blancs et tenté de rattraper les heures de sommeil manquantes. En vain, l'odeur était toujours aussi forte, bien qu'elle ait emprisonné la rose dans un placard. Elle persista à ignorer les remarques de sa camarade et lui proposa à boire. Une fois son verre d'eau en main, et après un bref silence observateur, Fang prit la parole, décidée à faire sortir la blonde de sa torpeur. Cette dernière, assise en face d'elle à la table de la cuisine et assiégée par une migraine, avait enfoui son visage au creux de ses mains.

« Alors cette fleur, tu me la montres ? »

Elle se leva, non sans un grognement, et se dirigea vers la prison du végétal. Elle se saisit du vase et le tint à bout de bras, tout en évitant soigneusement de poser son regard dessus, comme si la rose était pourvue de capacités enchanteresses. Elle le posa sur la table dans un grand fracas, révélant sa colère à l'encontre de la fleur. Fang retint son souffle de peur que le récipient ne se brise, mais celui-ci semblait solide, voire habitué aux éclats de sa propriétaire.

« Cette fichue rose m'a empêché de dormir ! » S'expliqua-t-elle, sentant le regard interrogateur de son amie.

« Je ne pense pas qu'elle l'ait fait exprès. »

L'air coupable de Fang aurait pu la trahir, mais Lightning était encore une fois focalisé sur l'objet de sa contemplation. La rose s'était davantage ouverte depuis hier, et un liseré indigo commençait à se dessiner au bout des plus grands pétales.

« Pourquoi tu ne l'as pas jeté ? »

« Je… »

Elle ne savait pas. La fleur la fascinait dès lors qu'elle posait les yeux dessus, son parfum lui faisait tourner la tête mais il était un véritable délice pour ses sens. Et puis, tant qu'elle n'avait pas achevé son enquête, elle ne se sentait pas en droit de se débarrasser de la rose.

« Ça n'aurait servi à rien, elle a déjà embaumé toute la maison. Et puis, la poubelle est dans la cuisine. »

« Je ne sais peut-être pas qui te l'a envoyé, mais je sais où on peut trouver cette variété de roses. »

« Vraiment ? »

Elle avait redressé la tête un peu trop brusquement, ravivant ainsi sa migraine. Son enthousiasme fit sourire Fang qui se penchant en avant, sur le ton de la confidence.

« Je peux te montrer. »

La lueur d'intérêt qui se logea à l'instant au creux de ses iris céruléens la ravit. Mais la jeune femme sembla se récrier, elle jeta un coup d'œil au dehors, en direction du ciel qui s'assombrissait progressivement.

« Je ne sais pas, il se fait tard. »

« On y sera en peu de temps. »

Elle considéra l'information pendant quelques secondes, son regard ancré dans celui de la pulsienne. Le vert impérial qu'elle contemplait lui refusait toute négation. Elle céda, ce qui accrut le sourire de Fang. Lightning partit se changer puis rejoignit sa camarade à l'extérieur. Elle leva les yeux au ciel devant l'air renfrogné de la pulsienne lorsque celle-ci aperçut l'engin volant. Elle démarra le véhicule, attendit que Fang grimpe et décolla. La prise de Fang se resserra sur son ventre à mesure qu'elle prenait de la vitesse, lui apportant une chaleur qui lui manquait cruellement ces derniers temps. Une part de son esprit ne pouvait se détacher de cette sensation réconfortante, un fait qu'elle mit sur le compte de la nuit particulièrement froide et de ses sens détraqués.

Tel un prédateur évoluant dans son milieu naturel ou l'enfant sur son terrain de jeu favori, Fang guidait Lightning avec confiance. Ce qu'elle voulait montrer à son soldat lui couperait le souffle à coup sûr. Etant donné la façon dont elle avait réagi avec la rose, ça ne pourrait que lui faire plaisir. Elle prenait son mal en patience et composait son habituelle attitude charmeuse et insouciante avec soin. Elle aurait pu dire que tout se déroulait comme prévu, car c'était la sensation qu'elle avait, sauf qu'elle n'avait en réalité rien prévu du tout.

Oui, elle s'était levée dans la nuit, son sommeil ayant été agité, et avait décidé de se balader sur la Steppe pour se changer les idées. Elle avait découvert l'endroit où poussaient ces roses qui lui étaient familières. Ce n'étaient pas celles qui fleurissaient à Oerba, que Vanille avait l'habitude de cueillir si souvent, non, mais Fang les avait déjà vues non loin de la ville, lors de ses escapades à l'époque. Belles, fières…elles lui avaient fait penser à Lightning, et elle s'était immédiatement souvenue que la rose était son symbole. Elle en avait cueilli une, sur un coup de tête, et s'en savoir vraiment comment, s'était retrouvée quelques temps après devant la demeure de son amie. Elle se rappela juste avant de frapper que c'était son jour de repos, et qu'elle devait probablement dormir. De toute façon elle n'avait pas eu envie de confronter la demoiselle, non, elle avait trouvé une perspective beaucoup plus amusante… Elle n'avait pas non plus prévu sa réaction, du moins, pas exactement. Elle savait que le présent avait des chances de raviver la détermination de sa camarade, car elle lui donnait un objectif. Elle ne savait juste pas à quel point cela attiserait sa flamme, et à quel point cela la ravirait elle-même.

Elle n'avait pas tout dit à Vanille après cela, car le savon qu'elle s'était pris pour être allée vagabonder avait eu de quoi calmer toute discussion. Comme elle n'était pas non plus sûre de son coup à 100%, il y avait de fortes probabilités que Lightning jette tout simplement la rose, elle avait seulement expliqué être allée chercher une fleur qui avait une signification particulière, point. C'était peut-être d'ailleurs faute d'une meilleure raison que la réprimande avait été particulièrement sévère. C'était plus fort qu'elle, elle ne pouvait pas s'empêcher d'errer sur les plaines quand bon lui semblait malgré le danger, elle y prenait bien trop de plaisir. Pourquoi faut-il que Vanille s'inquiète toujours autant ? Je sais que je ne sais plus une l'Cie et je connais mes limites. Contrairement à une certaine demoiselle qui, fut un temps encore récent, avait eu tendance à les pousser un peu trop loin. Son regard de fauve se reporta à cette pensée sur le pilote, qui conduisait selon les directives de Fang d'une main que l'impatience rendait moins prudente. Cette dernière avait été contrainte de relâcher sa prise pour se pencher en arrière, afin d'éviter le contact avec les mèches roses du pilote qui lui chatouillaient le visage sous l'impulsion de la vitesse. Si ce contact au départ avait ravi ses sens grâce au parfum et la sensation amusante qu'il diffusait, son esprit s'était vite retrouvé submergé par l'odeur de la fleur, dont le soldat était imprégné de la tête aux pieds.

« On descend là. »

« Pardon ? »

« Il faut qu'on continue à pied, le passage est trop étroit pour ta machine. »

Elle devina l'air désapprobateur de son amie plus qu'elle ne le vit, à cause de l'obscurité. La soirée commençait à peine... Malgré son mécontentement, le soldat s'élança à la suite de Fang, qui avait déjà pris de l'avance.

« Ne t'éloigne pas. »

« Pourquoi, tu as peur du noir ? »

Fang n'eut droit à aucune réaction, mais ne put s'empêcher de laisser échapper un petit rire narquois. Elle percevait l'impatience du soldat, qui lui marchait sur les talons. Encore une chose qu'elle ne put s'empêcher de commenter.

« Doucement Light, je ne savais pas qu'avoir un admirateur secret te donnerait autant de frissons ! »

« Si je frissonne, c'est de froid. Dépêchons nous qu'on en finisse et que je puisse retourner dormir. »

« Si c'est de la chaleur que tu veux, colle-toi davantage à moi… »

Cette fois ce fut un rire bref mais sincère qu'elle obtint face à ce jeu usuel.

« Allez Fang, avance. »

Elle n'avait pas menti, le passage était plus qu'étroit et le contact avec la paroi rocheuse était forcé. Elles ne tardèrent heureusement pas à déboucher sur un chemin plus large qui se poursuivait en zigzag, les hauts monts qui les surplombaient les empêchant donc de deviner la suite du sentier.

« Tu avais dit qu'on y serait en peu de temps. »

« On y est presque, prends ton mal en patience ma grande, tu vas l'avoir ta réponse. »

Un râle à demi étouffé retentit dans son dos, agrémentant son sourire d'une nouvelle prolongation.

« Je travaille demain, je te signale. »

« C'est bon, vu la tronche que tu avais aujourd'hui, ils ont dû comprendre que t'étais pas dans ton assiette. Personne ne s'étonnera si tu prends ta journée demain. »

« Hors de question. »

« Pfff. De toute façon on y est presque. » Répliqua Fang avec un ton légèrement amer, vexée que son amie veuille écourter la soirée.

Lightning se demanda si elle avait dit quelque chose de travers pour avoir provoqué l'agacement de son guide. Elle n'insista pas, le silence étant de loin l'un de ses meilleurs amis. Elles continuèrent leur progression sans échanger un mot, laissant la tension retomber d'elle-même.

« Et voilà. »

Le flanc de la roche qui les forçait à avancer en zigzag laissa soudainement apparaître une sorte de minuscule prairie. Lightning interrompit brusquement sa marche. Frappée par la beauté des lieux, son esprit avait quasiment cessé tout fonctionnement et son corps ne lui répondait plus. La végétation s'imposait ici en véritable maîtresse. L'herbe haute était abondante et les rayons lunaires lui donnaient une teinte bleue qui ajoutait une note douce à l'endroit. Rebelle, elle poussait de façon anarchique, mais couvrait tout l'espace disponible. Des plantes qui lui étaient inconnues grimpaient le long de la paroi rocheuse. Elles n'allaient guère haut, laissant rapidement place à de fines fleurs blanches au cœur phosphorescent. De petites formes sombres volaient de fleur en fleur, effleurant parfois les deux individus avec nonchalance, leur récolte nocturne aucunement dérangée par la présence humaine. Elles ressemblaient à des papillons… Lightning esquissa un sourire.

Sa bouche entrouverte, figée dans cette posture depuis son arrivée, marquait son étonnement. L'air effleurait ses lèvres avec gaieté et imprégnait tout son être de la fraîcheur ambiante. Pourtant, nul frisson ne la faisait tressaillir. Elle était sereine, presque heureuse. Ses sens ouverts s'emparaient de la moindre information avec délice, savourant la variété d'impressions qu'elle en déduisait. Elle tournait sur elle-même, alors que ses pas la guidaient lentement au centre de la prairie, ravie par ce qui s'offrait à ses yeux. Tout était simple, merveilleux. Plus loin, l'herbe laissait place à un petit étang, silencieux refuge de la vie qui s'animait discrètement ici. Une onde éphémère troublait parfois sa surface, soulignant le caractère paisible et joueur de la nature. Le mont rocheux avait enfermé ce havre paisible en son sein, probablement par jalousie…

Mais le spectacle le plus enchanteur se trouvait encore ailleurs. Elles étaient là, au bord de l'eau, les roses. De la même espèce qui embaumait sa maison, elles se dressaient fièrement, mais sans aucune sévérité, laissant leur tige pencher et leurs feuilles s'étendre où bon leur semblait, formant un véritable buisson. L'ardeur de leur teinte rouge semblait apaisée sous le ciel nocturne, elles revêtaient un voile plus humble, parant le bout de leurs pétales d'un liseré sombre que l'on devinait bleu nuit grâce à la lune. Elles étaient si nombreuses, les rosiers poussaient sur la majeure partie du bord. A les regarder de loin il semblait que leur bouton reposait seul sur la surface de l'étang. L'odeur avait conquis les deux jeunes femmes avant même qu'elles n'atteignent cet endroit dégagé. Lightning ne se trouvait plus qu'à quelques centimètres, Fang à un pas derrière elle.

« Ce sont des Charmeuses. »

La voix grave de la pulsienne seyait parfaitement à l'atmosphère chaleureuse et confortable des lieux. Elle sinuait jusqu'à son esprit, se traçant un chemin à travers le songe dans lequel le soldat se baignait.

« Elles sont magnifiques. »

Fang parvint à sa hauteur, sans qu'elle n'y prête vraiment attention. La pulsienne laissa son amie à sa contemplation plusieurs minutes durant lesquelles elle observait la moindre expression se dessiner sur le visage pâle de la jeune femme. Elle était fière de sa découverte, il n'y avait pas à dire, mais elle l'était encore plus d'avoir réussi à assainir l'humeur de la rose en chef. Celle-ci s'était agenouillée au bord de l'étang, parmi ses congénères, et plongeait une main confiante sous la surface. Elle la retira aussitôt, mais sans brusquerie. L'eau était bien froide, mais le contact n'était pas si désagréable.

« Ça ne m'aide pas vraiment, mais je te remercie. »

Fang soupira. Jamais satisfaite, hein ?

« Tu sais, ces roses sont magiques. »

« Quoi ? » Demanda Lightning en tournant son visage vers sa camarade, non sans laisser échapper un bref rire peu convaincu.

« C'est vrai. Sur Gran Pulse, il n'y a pas que les animaux qui recèlent de la magie en eux. »

La jeune femme acquiesça, amusée à cette idée et à celle que Gran Pulse ne cesserait de la surprendre. Loin de s'en lasser au contraire, elle désirait être surprise. Sa voix se fit hésitante, elle voulait en savoir plus, et une curiosité enfantine anticipait les réponses avec malice, provoquant un délicieux frisson.

« Et…qu'est-ce qu'elles peuvent faire ? »

« Et bien, on ne les appelle pas Charmeuses pour rien. Elles sont connues pour exalter les sens des hommes. Apparemment certains chasseurs s'en servaient à mon époque, jamais vérifié. »

Exalter les sens ? Sa réflexion s'était remise en marche, son esprit tissait des liens, lentement mais sûrement, tous les éléments s'assemblaient. Qui avait assez de connaissances sur Pulse pour savoir les propriétés de ces étranges fleurs ? Qui oserait braver le pas de sa porte et jouer avec elle en y déposant un tel présent ? Qui aurait pu se souvenir de son cristal d'invocation ?

« Tu as dit "rose". »

« Hein ? »

Fang, qui avait laissé ses pas la guider et fouler l'herbe douce selon leur gré, se retourna vers son amie. Cette dernière s'était redressée, un air accusateur peint sur ses traits légèrement tendus. Oui, elle se souvenait d'un détail qui aurait dû accrocher son attention plus tôt.

« Quand je t'ai demandé si tu étais venue déposer une fleur devant chez moi, tu as dit que n'avais pas déposé la rose. Je n'avais pas précisé. »

Un court silence où leur duel visuel mettait son raisonnement à l'épreuve, aucune ne se déroba.

« Ah. Je suis grillée alors ? »

Elle sourit et croisa les bras derrière sa nuque. Son regard dériva à nouveau vers les roses, décidément centre de toute attention. Lightning attendait des explications. Son allure farouche témoignait de son effort pour former un assaut, mais cet endroit l'en empêchait, elle peinait à contrôler la situation.

« Oui, elles sont magnifiques. » Murmura Fang distraitement.

« Pourquoi ? »

Ses traits s'étaient durcis, le ton était presque menaçant. Elle ne comprenait pas. Elle ne comprenait pas et ça l'énervait. Elle l'avait, sa réponse, pourquoi est-ce que le problème n'était pas résolu ? La pulsienne avait l'air plongée dans ses pensées les plus profondes. Elle était hors d'atteinte, ce qui attisa davantage les foudres de Lightning. Elle n'appréciait pas ce petit jeu, elle détestait qu'on la fasse tourner en bourrique, surtout pour de telles stupidités. Pourquoi ressentait-elle une pointe de déception maintenant qu'elle avait eu ce qu'elle voulait ? Ses gestes furent nerveux lorsqu'elle se précipita sur Fang et qu'elle se plaça dans son champ de vision, forçant au moins une communication visuelle.

« Pourquoi tu as fait ça ? C'était quoi le but au ju… »

L'espace qui lui permettait d'achever sa question fut comblé. Des lèvres se pressèrent contre les siennes avec douceur, et une main prit possession de sa nuque, ne lui laissant pas d'échappatoire. Ses sens la poussèrent à prolonger le contact sans qu'elle ne le réalise. Ses yeux s'étaient fermés d'instinct, répondant mécaniquement à la demande et accordant plus d'intensité à l'échange. Ses mains s'agrippèrent avec fermeté au sari de Fang, mais ne sachant quelle direction donner, ne provoquèrent aucun mouvement. Finalement, alors que les lèvres de la brune remuaient contre les siennes à la recherche d'une prise plus assurée, d'une sensation encore meilleure, elle la repoussa avec lenteur grâce à une maîtrise insoupçonnée et rompit leur baiser. Le regard embrumé, elle n'osa pas le relever, et se contenta de fixer l'épaule droite de la pulsienne. Fang relâcha le cou de sa partenaire, avec regret mais aussi avec crainte. Elle voulait revenir en arrière, et pour plusieurs raisons. Son cœur battait trop vite pour qu'elle puisse respirer silencieusement. Elle avait chaud, elle tremblait presque, cause de son désir fébrile. Elle était envahie de sensations contradictoires. Elle ne savait pas ce qu'elle voulait. Elle devait dire quelque chose, elle le sentait, mais elle ne savait pas quelle réponse apporter.

L'esprit de Lightning avait de nouveau cessé d'opérer, pour sa propre sûreté et sans doute celle de Fang. Elle avait lâché ses vêtements, laissant ses bras ballants, incertains. Son regard était descendu jusqu'au sol et demeurait vague, perdu. Le souffle chaud de la jeune femme devant elle balayait ses pensées et brûlait ses sens. Un réflexe défensif la fit se détourner, puis s'éloigner. Elle ne voulait pas être là. Elle ne voulait pas que ça lui arrive. Son allure s'accéléra. Elle commença à réaliser ce qui venait de se passer.

« Attends ! Light ! »

Fang s'élança à sa poursuite, mais Lightning ne s'arrêta pas et se retourna encore moins, elle se mit à courir.


(*) Cette inscription est : "Elclat blanc, invoque mon nom" d'après la version française du mini-roman Episode Zero sur l'univers de FFXIII.