Histoire post-T7, mais qui ne prendra pas en compte tous les éléments de la saga. Bonne lecture!)


Chapitre I Seven devils


Ils étaient sept. Sept éléments, sept entités qui avaient été arrachées à leur refuge, et qui cherchaient à reformer un ensemble fort et indissociable. Sept morceaux d'âme vagabondant dans les ténèbres, se glissant silencieusement dans la nuit, en quête d'unité et de puissance. Ils avaient été séparés l'un de l'autre dans un but bien précis, et ils devaient finalement se retrouver afin d'y remédier. Tous se laissaient guider par une force méconnue les rapprochant un peu plus de la chose convoitée la dernière pièce, la plus affaiblie mais néanmoins essentielle... La pièce d'origine, qui ne pouvait être manquante, qui les appelait sans relâche et les attirait à elle, irrésistiblement. Ils faisaient partie d'un tout, destinés à être réunis pour être séparés à nouveau, dans un cycle sans fin menant immanquablement vers l'immortalité. Sept démons participant à la création d'un mal bien plus grand. Sept sources de danger, sept parties d'un fléau à forme humaine... Sept Horcruxes.

Le silence s'abattait sur le village de Little Hangleton, dont les habitants dormaient paisiblement. Une faible brise leur apportait un peu de fraicheur en s'engouffrant à travers les volets, soulageant l'atmosphère étouffante des chambres confinées et réchauffées par les températures saisonnières. Seul le clocher, qui se manifestait toutes les heures, brisait ce parfait état de tranquillité. Les villageois profitaient de ce qu'ils considéraient comme une vie ordinaire, ne se doutant pas que les évènements à venir étaient loin d'appartenir à ce registre. A des années lumière d'imaginer que, non loin d'eux, certains les qualifiaient comme étant des Moldus, nom étrange qui n'appartenait pas à leur vocabulaire, et que leur mode de vie n'était pas le seul possible sur Terre, ils se laissaient envahir par des songes divers et variés qui, finalement, possédaient une part de vérité. Une vérité qui pouvait se montrer aussi attirante qu'effrayante, mais qui ne leur paraitrait que cruelle et menaçante. Le monde dont ils ignoraient l'existence avait tant à offrir, mais jamais ils ne le sauraient.

Quelque part dans la nuit, un chien aboya. Une violente bourrasque se leva, témoignant d'un phénomène hors de la portée de l'homme. Une intense lumière apparut au beau milieu du cimetière des Jedusor, se déployant avec une vitesse croissance, détruisant dans un fracas assourdissant une bonne partie des pierres tombales qui se dressaient sur sa route. L'air se chargea d'électricité, l'atmosphère devint douloureusement lourde, provoquant le réveil simultané de dizaines de personnes, dont certaines, intriguées, se tenaient sur le pas de leur porte d'entrée et regardaient le ciel à la recherche d'un orage inexistant. La lumière s'effaça rapidement, laissant place à 8 petits spectres, s'enlaçant et se lovant les uns contre les autres, se déplaçant dans un soudain silence. Un craquement sonore retentit lorsque deux d'entre eux s'encastrèrent brusquement l'un dans l'autre, donnant naissance à quelque chose de bien plus gros. Les autres ne tardèrent pas à imiter cette interaction et s'assemblèrent tour à tour dans un étrange bruit de succion. Des hurlements résonnèrent. Les fenêtres de plusieurs habitations explosèrent en milles morceaux, laissant s'échapper des corps inanimés en lévitation. Ces derniers, au nombre de 8, flottèrent jusqu'au cimetière et vinrent se déposer en cercle autour de la silhouette fantomatique qui adoptait, au fil des secondes, une allure plus humaine.

Il fallait tuer pour fragmenter son âme, mais il fallait également tuer pour la rassembler.

8 morts contre une vie. Sacrifier 8 innocents, détruire 8 foyers. C'était cher payé...

Du moment qu'on ne se nommait pas Lord Voldemort.


Attendri, Harry posa un regard protecteur sur le visage endormi de Ginny, dont la tête reposait négligemment sur son épaule. Veillant à ne pas la réveiller, il attrapa l'une de ses mèches de cheveux flamboyants du bout des doigts et la glissa derrière son oreille afin de lui dégager le front. Perdu dans sa contemplation, il sentit son cœur se serrer sous l'ombre d'une menace invisible. Malgré les récents évènements qui avaient fait de lui un héros national, malgré sa victoire sur le plus grand mage noir que la Terre ait jamais portée, le doute planait et il n'était pas le moins du monde rassuré.

Quelque chose le retenait en arrière, l'empêchait de se sentir soulagé. Une impression désagréable que leur bonheur ne durerait pas, qu'une catastrophe était inévitable. Peut-être était-ce du au fait qu'il n'avait jamais connu la tranquillité, qu'à l'instant même où il était entré dans le monde de la magie, sa vie était devenue un véritable défi. Il était très certainement paranoïaque et il en avait conscience. Pourtant, rien ne pouvait lui ôter le poids qui écrasait sa poitrine alors qu'il observait silencieusement sa petite-amie. Il soupira intérieurement. Depuis le temps qu'il attendait d'enfin pouvoir profiter pleinement de ses journées sans avoir la crainte de voir surgir un assassin au détour d'un couloir... N'avait-il pas le droit au répit? Pourquoi se torturait-il ainsi l'esprit, alors que tout allait clairement pour le mieux?

Un raclement de gorge lui fit lever les yeux. Le regard foudroyant de sa meilleure amie le cloua sur place. Toujours aussi perspicace, Hermione ne manqua pas de lui faire une remarque sur son comportement. Elle pointa un doigt accusateur vers lui, ses sourcils froncés lui donnant un air plutôt strict.

- Ron et moi voyons très bien ce qui se trame dans ton esprit, Harry.

Le rouquin lui jeta un regard en coin.

- Ah bon?

La jeune femme lui donna un violent coup de coude dans les côtes, geste qui eut pour mérite de couper net aux interrogations du sorcier. Elle n'attendit pas la réaction d'Harry et poursuivit d'une voix confiante :

- Il va vraiment falloir que tu te ressaisisses. Il serait grand temps que tu arrêtes de t'inquiéter. Voldemort n'existe plus, tu n'as pas à t'en faire.

Le concerné détourna son regard vers la vitre du compartiment, derrière laquelle défilait un paysage grandiose qui ne l'intéressait pourtant pas. Il nia l'évidence d'une traite :

- Je ne vois pas de quoi tu parles. Je pensais à d'autres choses, voilà tout. Ce n'est pas parce que je reste silencieux que je suis en train de m'inquiéter.

- Tu peux mentir tant que tu veux, Harry, nous ne sommes pas idiots. Tu as peur.

Le jeune homme s'offusqua, se détournant si violemment vers son amie que Ginny se réveilla :

- Peur? Je n'ai pas peur, Hermione!

- Je dis ça pour toi, tu sais. Ça me paraît plutôt évident que tu as peur d'être heureux.

- Pourquoi serais-je effrayé par une telle chose, d'après toi?

- Parce que tu ne veux pas qu'on te reprenne ce pour quoi tu t'es battu. Cela fait si longtemps que tu attends d'être heureux que tu n'arrives pas à croire que cela se produise enfin. Et tu n'oses pas te laisser faire, tu n'oses pas te consacrer pleinement à cette nouvelle vie qui t'attend parce que tu es terrorisé à l'idée qu'on te la vole à nouveau!

Harry lui assena un regard si douloureux qu'elle fut incapable de poursuivre. Elle jeta un regard en biais à Ginny qui, malgré le fait qu'elle n'ait pas suivi le début de la conversation, avait rapidement comprit ce qu'il se passait. La rouquine se mordit la lèvre quelques instants, hésitante, avant de finalement prendre la parole à son tour.

- Elle a raison, tu sais.

Harry reporta instinctivement son attention sur elle. Surpris, il haussa ses sourcils.

- Qu'est-ce que tu racontes? Tu sais bien qu'Hermione dramatise...

- C'est toi qui dramatise, Harry. Je suis désolée, mais elle ne fait que dire la vérité. J'ai bien remarqué comment tu te comportais avec moi et, même si je l'accepte, tu dois bien admettre que ce serait tellement plus plaisant si tu t'autorisais tout ce qui s'offre à toi.

Sa gorge désormais nouée, il se tourna vers la seule personne qui ne s'était pas encore prononcée et qu'il espérait voir lui venir en aide. Malheureusement pour lui, le fait de lui ouvrir les yeux semblait être plus important pour Ron que leur tendance à s'épauler l'un l'autre.

- Navré, mon vieux. Mais je suis d'accord. Tu dois laisser le passé derrière toi.

Harry réagit au quart de tour, le visage désormais rouge d'émotion. Il se leva précipitamment.

- Vous racontez tous n'importe quoi, je n'ai même plus envie de vous écouter.

Il pivota vers la porte du compartiment et posa sa main sur la poignée avec lenteur, regrettant progressivement de s'être laissé emporter de la sorte. Il ne prit pas la peine de l'actionner et retourna s'assoir en silence, l'air accablé. La tête baissée, ses mains sur ses genoux, il soupira bruyamment.

- Désolé, je ne sais pas ce qu'il me prend, en ce moment. Je sais bien que vous faites ça pour moi et que vous avez raison... Simplement, c'est plus fort que moi.

Ginny se décala vers lui et lui attrapa doucement le bras. Dans un murmure, elle le rassura :

- Tu as juste besoin de te laisser vivre, Harry. Ne reste pas fixé sur les horreurs et les drames passés. Accepte ta récompense. Tu as sauvé le monde, après tout.

Il releva sa tête elle lui souriait. Un sourire éclatant qui lui réchauffa momentanément le cœur. Un sourire qu'il considérait comme sincère, mais qui ne l'était pas vraiment. Loin de se douter que la rouquine venait tout juste de lui donner un conseil qu'elle-même n'arrivait pas à suivre, il soupira de soulagement. Plus décontracté, il passa un bras autour de ses épaules. Elle se laissa faire sans rechigner, toujours en souriant, mais le regard légèrement triste.

La mine frustrée de son frère aurait presque pu passer inaperçue si Ron n'avait pas été le champion de l'indiscrétion. Hermione lança un regard réprobateur à son voisin dont les oreilles virèrent rapidement au rouge. Elle leva les yeux au ciel, l'air tout de même amusée, avant de prendre un air plus sérieux. Un éclat particulier dans ses iris firent comprendre instantanément à ses amis que le sujet de conversation qui allait tomber n'était autre que...

- Comment vous pensez que les cours vont se dérouler, cette année?

Ron ronchonna :

- Hermione, ça peut vraiment pas attendre qu'on soit arrivé au château? Pourquoi mentionner le sujet qui fâche?

- Tu es le seul que ça n'intéresse pas, tu sais. C'est pourtant important de planifier son avenir, non? Et je te rappelle que c'est l'année des ASPIC, ce n'est pas rien!

- Pourquoi tu t'en préoccupes? Tu sais bien que tu auras Optimal à toutes les matières.

La jeune femme sembla flattée mais ne se laissa pas faire pour autant.

- Ce n'est pas le sujet, Ron. Ce que je me demande, c'est comment ils vont s'organiser.

Elle hocha la tête en direction de Ginny.

- Neville, par exemple, n'a pas eu le temps de passer ses ASPIC. Vous pensez qu'il devra refaire toute l'année? Et pour ceux qui ont eu leur sixième année sous le régime des Carrows, est-ce qu'elle sera considérée comme faite?

La concernée prit la parole.

- C'est possible, les sortilèges et potions fondamentales restaient les mêmes. En plus, ce serait bien que je puisse aller avec vous.

- Dis plutôt que tu veux être avec Harry toute la journée!

- Ron, tu as toujours autant de tact...

Leurs éclats de rire résonnèrent finalement, allégeant un peu le lourd poids qu'ils avaient porté sur leurs épaules. Un futur paisible n'était peut-être pas à proscrire, après tout...

Le voyage s'éternisait et Ginny, qui n'avait pas dormi de la nuit, recommença à somnoler. Elle gardait ses yeux ouverts avec peine et écoutait d'une oreille distraite la conversation qui venait de débuter, mais les voix autour d'elle s'estompaient inévitablement. Elle cligna des paupières pour accommoder sa vision mais ne put chasser les ténèbres qui remplacèrent alors son environnement...

Les mains moites et imbibées d'un sang poisseux qui lui donnait la nausée, Ginny s'enferma dans l'une des cabines délabrées des toilettes des filles. Le souffle court, les yeux écarquillés, elle n'arrivait pas à réaliser ce qu'elle venait tout juste de faire. Tordre le cou de ces oiseaux, écrire un message en lettres de sang sur le mur... Jamais n'aurait-elle considéré un tel acte, si ce n'était pour lui venir en aide. S'il ne lui avait pas clairement explicité l'importance de sa coopération, elle n'aurait jamais eu l'audace de faire une chose aussi barbare. Et pourtant...

Elle soupira tout en s'asseyant sur le carrelage, les jambes repliées afin de tenir dans l'espace étroit qui lui faisait office de refuge. Sa tête lui paraissait infiniment trop lourde. Etait-ce vraiment le moment de se poser des questions sur sa personne? Quel mal pouvait-il bien y avoir à apprécier d'être au centre d'un plan machiavélique? C'était de loin plus intéressant que la théorie, et il disait vouloir faire bouger les choses à Poudlard. Si sa contribution lui tenait à cœur, elle la lui accordait sans hésitation. Elle espérait simplement recevoir quelque chose en retour. De la reconnaissance, peut-être. De la fierté, si possible. Elle voulait qu'il soit conscient de sa valeur. Elle voulait lui prouver qu'elle était capable de mener à bien la moindre tache qui lui serait confiée. Que son potentiel n'avait pas de limite, si elle prenait la peine d'y mettre du sien.

Des reniflements répétés attirèrent son attention et elle releva sa tête vers la silhouette spectrale de Mimi Geignarde, qui flottait au dessus de sa cabine. Sur le qui-vive, Ginny enfoui ses mains sales dans ses poches et adopta un sourire serein.

- Qu'est-ce qu'il t'arrive? Tu veux m'en parler?

Le fantôme cessa de pleurer et fronça ses sourcils.

- Tu dis ça sincèrement ou c'est pour éviter d'avoir à répondre à mes questions?

La rouquine sentit son sang se glacer. Niant l'évidence, elle clama :

- Je ne vois pas de quoi tu parles.

Mimi pointa son index translucide vers elle.

- Je parle de ce que tu caches sous ta robe et sous ton air faussement innocent.

Ginny déglutit et détourna le regard.

- C'est une longue histoire. Tu ne peux pas comprendre.

Le spectre se révolta brusquement et ses cris devinrent si forts qu'ils résonnèrent dans le couloir.

- Oh, je vois! Mimi est morte, donc elle ne comprend rien! Bien sur, pourquoi prendre la peine d'expliquer les choses à Mimi? Elle est stupide, elle n'a pas les moyens d'aider qui que ce soit! Pourquoi s'embêter avec Mimi l'incompétente?

Ginny se releva rapidement et lui fit son regard le plus suppliant.

- Mimi, s'il te plait... Ce n'est pas ce que je voulais dire... Parle moins fort...

La crise du fantôme manqua de s'accentuer mais la benjamine Weasley la prit de court et dévoila ses mains rougies.

- Très bien, je vais t'expliquer. Mais uniquement si tu me promets d'être discrète.

Sa curiosité irrésistiblement attisée, Mimi devint silencieuse et hocha sa tête avec un sourire doucereux.

Ginny la prévint

- Tu ne dois rien répéter à personne, tu as comprit?

Mimi acquiesça avec impatience. Ginny lui fit un clin d'œil complice, bien consciente que son attitude copiait conformément celle d'un jeune homme bien particulier.

- Ce sera notre petit secret.

La sorcière inspira profondément, et sous le regard inquisiteur de Mimi, débuta un récit inventé de toute pièce.

Un bruit familier la tira de sa torpeur et elle se consentit enfin à ouvrir ses yeux. Un gémissement indigné lui échappa tandis que les rayons de soleil l'éblouissaient, la forçant à mettre une main devant son visage pour se protéger de l'agression le temps de s'habituer à la clarté de la pièce. Il lui fallut une bonne minute pour réaliser la situation tout était calme et silencieux, son frère plongeait avidement sa main dans son sachet de patacitrouilles, l'air parfaitement décontracté, Harry tenait sa main avec fermeté et Hermione feuilletait l'un de ses nombreux livres avec sa passion habituelle.

L'espace d'un instant, elle s'était cru de retour à une époque qu'elle tentait désespérément d'oublier. Le contraste avec le présent était saisissant, tant dans son contexte que dans le ressenti qu'elle en avait. Elle tenta de masquer son trouble, apparemment sans succès, malgré les années de pratique qu'elle avait à son compte. Ron croisa son regard :

- Tu as l'air soucieuse. Tu n'as pas bien dormi?

Elle releva sa tête vers son frère qui lui tendait son paquet de friandises avec un petit sourire amical.

- Prends-en un, ça te remontera le moral, tu verras.

La sorcière s'exécuta à contre-cœur et porta le bonbon jusqu'à sa bouche, incapable de feindre la bonne humeur. Harry resserra ses doigts autour des siens, sentant probablement son malaise.

- Tu sembles mal-en-point. Tu as fait un cauchemar, c'est ça?

Elle hocha la tête.

- On peut dire ça comme ça.

- Tu veux nous en parler?

La sorcière manqua de s'étouffer avec son patacitrouille.

- N-non, ce n'est pas utile, c'est passé. C'était simplement... Un mauvais souvenir.

- D'accord. Si jamais tu changes d'avis...

Elle acquiesça, reconnaissante, puis se blottit contre lui, en quête d'un semblant de réconfort. Pourtant, la chaleur que dégageait le sorcier à la chevelure ébouriffée n'était, comme à son habitude, pas suffisante. Il avait suffit d'un instant pour que la réalité qu'elle tentait d'éloigner depuis si longtemps s'impose à nouveau à elle. Cette réalité qu'elle avait tenté de renier des années durant mais qui finissait toujours par ressurgir aux moments où elle ne s'y attendait pas.

Elle avait la sensation que quelques secondes à peine s'étaient écoulées lorsqu'ils arrivèrent enfin. Elle se leva péniblement, ignorant la boule qui s'était formée dans sa gorge. Elle attrapa sa valise et faillit écraser Arnold, son boursouflet la petite boule de poils poussa un cri strident en voyant l'immense objet se diriger à son encontre, rappelant sa présence à sa propriétaire. Ginny s'immobilisa, sa valise à dix centimètres du sol, les yeux écarquillés.

- Oh c'est pas vrai, j'étais à deux doigts de le compresser sous mes affaires!

Ron ricana.

- Vu sa taille, c'est même surprenant que tu ne l'aies pas encore perdu.

La créature roula un peu plus loin. Ses yeux, d'ordinaire minuscules, étaient désormais ronds comme des billes. La rouquine posa sa valise derrière elle et se précipita vers lui pour le recueillir au creux de sa main. Arnold resta silencieux, montrant ainsi son mécontentement, arrachant un sourire amusé à Ginny, divertie. Elle le plaça sur son épaule.

- Pour m'excuser, je te promets de t'offrir toutes les patacitrouilles de Ron en dessert.

Un petit cri aigu et joyeux lui répondit. Soulagée, elle empoigna ses affaires et prit le chemin de la sortie, mettant temporairement de côté son angoisse naissante.

Une heure plus tard, la répartition se terminait. L'ensemble du corps enseignant avait prit la parole. Que ce soient les nouveaux ou les habitués, tous avaient prononcés quelques mots en souvenir de ceux qui avaient péris et n'auraient plus l'occasion d'assister au bonheur auquel ils avaient grandement contribué. L'écho des paroles prononcées résonnait encore dans leurs cœurs à tous lorsque les victuailles apparurent sur les tables. Le début du repas se déroula dans un silence pesant, presque désagréable. Seuls les premières années, qui n'avaient pas assisté à la destruction de Poudlard, trouvaient le courage de discuter joyeusement, mais leur brouhaha n'était pas suffisant pour cacher le trouble des autres. Neville, qui était assit juste à côté d'Harry, tenta de détendre l'atmosphère :

- Vous avez entendu ça? Toute notre dernière année n'est pas valide, on doit tout refaire! C'était prévisible, mais quand même... Je pensais pouvoir me spécialiser en botanique cette année. Je vais peut être demander à faire les deux en même temps...

Il désigna le Trio d'un mouvement de tête.

- Enfin, le point positif, c'est qu'on sera ensemble.

Ginny arqua l'un de ses sourcils.

- Et moi, je compte pour du beurre?

Il eut un sourire désolé.

- Mais non, ne dis pas ça. Tu sais bien qu'on t'aime, Ginny.

Harry le regarda de travers.

- Oh, euh, je veux dire... Tu sais bien qu'on t'apprécie, Ginny.

Pour la deuxième fois depuis son réveil, les lèvres de la sorcière se tendirent en un petit sourire amusé.

- J'aurais voulu être avec vous, moi aussi. Participer à vos folles aventures... Voir Ron se vautrer en potions.

L'intéressé la transperça du regard et leva sa fourchette vers elle d'un air menaçant.

- Pourquoi j'ai l'impression que tu sous-entends que je me ramasse forcément à chaque fois?

Elle haussa ses épaules, retenant tant bien que mal son envie de rire.

- C'est le cas, non?

- Tu n'es pas mieux, sœurette. Tu as bien fait fondre ton chaudron une fois.

- Et tu as bien troué le sol des cachots avec... Qu'est-ce que c'était déjà? Ta mixture verte pleine de grumeaux...

- Tu... C'est quoi cette blague?

Le visage désormais rouge, Ron pointa un doigt vers son assiette vide.

- Où est passée ma cuisse de poulet?

Un éclat rose vif près de la cruche d'eau attira son attention.

- Ginny, vire moi ton boursouflet de là!

Arnorld, les poils dégoulinant de sauce faite maison, bondit jusqu'à sa maitresse qui l'enroula dans une serviette, retenant avec difficulté le fou rire nerveux qui menaçait de lui échapper. Elle décocha un sourire éclatant à son ainé.

- Désolée, ça ne se reproduira plus.

Neville profita du silence qui s'en suivit pour se prononcer. Joyeusement, il déclara :

- Avouez que la situation a au moins le mérite d'être innovante. C'est la première fois que je vois Ron se faire battre par une boule de poils...

Quelques éclats de rire virent ponctuer sa remarque. Le reste de la salle se laissa finalement elle aussi entrainer dans la bonne humeur générale qui se construisait peu à peu. Par dessus le plat de pommes de terre, la benjamine Weasley décocha un clin d'œil complice au petit boursouflet, qui avait brillamment achevé sa mission.