Un grand merci à Nausicaa, Bee, et Jessica pour leurs reviews.

Faute de pouvoir faire autrement, je vous laisse un petit message ici ;)

Merci également à tous les autres. Bonne lecture!


Chapitre XVI Eight pieces


Ginny se retourna une énième fois dans son lit en poussant un soupir à fendre l'âme, écrasant légèrement Arnold au passage, qui s'était logé dans le creux de sa nuque. Elle se débarrassa de ses couvertures et se leva pour se diriger vers la salle de bain : la routine reprenait, une fois de plus ! Une semaine s'était écoulée depuis son étrange conversation avec Tom et, à sa grande surprise, celui-ci n'avait plus abordé le sujet. Il se comportait comme il en avait toujours eu l'habitude et agissait comme si ce jour-là n'était jamais arrivé. La plupart du temps, il se couchait très tard dans la nuit et Ginny l'entendait parfois se relever à l'aube. Ils s'étaient très peu vus ces derniers jours et, étonnement, la rouquine ne s'était encore vu assigné aucun projet, aucune mission, contrairement à tous les autres. Elle s'était plusieurs fois dit que la raison était son manque de connaissances, mais alors qu'attendait Tom pour lui enseigner ce qu'il lui avait promis ?

Par conséquent, elle avait passé la majorité de son temps à essayer de se repérer dans la vaste demeure et, depuis qu'elle avait trouvé par hasard l'entrée de la bibliothèque, elle s'y réfugiait à la moindre occasion. L'endroit était immense. Des dizaines et des dizaines de rayons regorgeant de livres en tout genre s'étendaient sur une distance effarante. Ginny ne s'était pas privée, et s'était jetée sur tous les manuels qu'elle n'aurait jamais pu acquérir à Poudlard : magie noire ou sortilèges méconnus, potions interdites par le Ministère… Une véritable palette de sorts et d'enchantements dont elle n'aurait jamais entendu parlé si elle n'était pas venue en ce lieu. Rien que pour cela, elle se disait à l'occasion qu'elle avait fait le bon choix. Pourquoi laisser de côté un tel matériel ? Utilisé de la bonne manière, il pouvait se révéler extrêmement précieux. C'était un véritable gâchis de l'ignorer, et Ginny comptait bien emmagasiner tout ce qui lui passerait sous le nez. Elle n'avait pas une mémoire hors du commun, mais cela méritait bien quelques heures de travail par jour. Après tout, elle n'avait rien d'autre à faire, pour le moment…

Accoudée à l'une des tables, le menton dans le creux de sa main, Ginny feuilletait de l'autre un manuel qui l'avait attirée de part sa couverture noire et épaisse, dépourvue de titre. Les lèvres entrouvertes en une moue étonnée, elle glissait ses doigts le long d'illustrations étranges et déstabilisantes. Elle s'attarda sur celle d'un homme plongé jusqu'à la taille dans un bassin remplit de serpents, les bras levés, un sourire victorieux sur ses lèvres. Contrairement à ce qu'elle avait tout d'abord pensé, l'individu ne se confrontait pas à une mort certaine. La page d'en face expliquait avec précision comment s'approprier l'énergie des créatures et ainsi augmenter sa longévité d'une dizaine d'années. La rouquine sourit ironiquement. Bien évidemment, Tom ne s'en serait jamais contenté.

Son sourire disparut. Il lui fallut seulement une fraction de seconde pour se retrouver totalement déconnectée, ses pensées tournées vers le sorcier et son attitude énigmatique qu'elle avait beaucoup de difficultés à comprendre… Elle se remémora ses mots, prononcés à la va-vite durant sa première nuit ici, comme s'il avait tenté de se justifier une ultime fois.

J'ai obtenu tout ce à quoi j'aspirais durant ma précédente vie. Une armée, l'immortalité, la puissance. On m'en accorde une nouvelle et je devrais ignorer ce qui pourrait s'offrir à moi, et que je n'avais jamais eu ? J'apprécie ta compagnie, malgré ce que tu peux penser. Alors je ne vois pas ce qui te dérange… A moins que je ne te dégoute tant qu'un simple contact contre ma peau te révulse ?

A ce moment-là, la jeune femme n'avait pas répondu. Elle avait d'ailleurs fait mine d'être déjà endormie et avait grommelé dans son sommeil feint. Il s'était tu et, depuis ce jour, il n'avait jamais relancé cette conversation. Ce qui n'avait pas empêché Ginny de se torturer l'esprit une bonne quinzaine de fois depuis.

Elle tourna avec agacement la page de son livre et soupira tristement. Evidemment qu'elle n'était pas dégoutée ! Loin de là, d'ailleurs. Mais que voulait-il, exactement ? Qu'elle le laisse faire à chaque fois qu'il le désirait ? Elle n'en avait pas l'intention. Il parlait de contacts tout simples, totalement anodins. Ce que d'autres auraient pu considérer comme des signes de tendresse, ou une recherche d'affection. Un besoin mutuel, sans doute. Mais ce n'était pas le cas lorsque ça n'était pas réciproque. Il la voulait pour lui, mais elle n'aurait rien. Elle était certaine qu'il le pensait ainsi, et elle n'était pas d'accord. Ce n'était pas ce qu'elle désirait. Il le savait, mais ne s'en souciait pas. Le problème était là.

Elle repoussa son livre d'un geste sec, s'adossa à son siège et pencha sa tête en arrière, les yeux clos. Un chatouillis contre son front la fit rouvrir ses paupières à tout vitesse et elle se redressa juste à temps pour voir la principale raison de ses ennuis s'installer sur la chaise à côté de la sienne. Elle lui accorda un sourire légèrement crispé. Il y répondit par un petit signe de tête et passa ses mains derrière sa nuque, dans une pose détendue qui prouvait, une fois de plus, que Ginny était la seule à se laisser démonter. La rouquine reprit son livre en main et fit semblant de s'y intéresser. Elle tourna distraitement les pages en essayant de ne pas prêter trop d'attention à son voisin. Celui-ci lui arracha soudainement le manuel et le lança un peu plus loin.

- Cesse de m'ignorer, je sais très bien que tu n'es pas véritablement occupée.

Ginny se consentit à le regarder. Il arborait son habituel rictus confiant et pianotait du bout des doigts sur la table. La sorcière arqua l'un de ses sourcils.

- Tu comptes enfin t'intéresser à moi ou je dois perdre espoir d'un jour endosser un autre rôle que celui de décoration, dans cette maison ?

Jedusor éclata de rire.

- Je ne te pensais pas aussi frustrée. Je croyais qu'avoir du temps à toi te ferait plaisir, pourtant.

Elle secoua la tête.

- Oui, mais ça fait une semaine que j'attends de devoir faire quelque chose, et rien !

- Je suis occupé.

Elle se renfrogna.

- Très bien, alors fais-moi signe quand tu ne le seras plus.

- A ton avis, pour quelle raison suis-je ici ?

Elle releva vers lui un regard plein d'espoir. Elle fut incapable de cacher ses pensées :

- Tu vas m'apprendre quelque chose de nouveau ?

Lorsqu'il acquiesça, son enthousiasme déborda :

- Combien de temps tu peux m'accorder ? Une heure ? Deux ?

- Mieux que ça, je t'offre la journée.

Ginny eut un sourire lumineux. La mine réjouie, elle en oublia tout le reste et, sans même avoir réfléchit, elle posa sa main sur celle de Tom pour la serrer avec une vigueur inconsciente.

- On y va tout de suite ? Tu veux que j'aille chercher des affaires ? J'ai un kit de potions dans mon arm…

- Qu'est-ce que tu fais, Ginevra ?

Son ton sec la prit par surprise et son engouement disparut.

- Qu'est-ce que tu racontes ?

Il désigna sa main d'un petit coup d'oeil, ses lèvres étirées en un sourire crispé. Ginny suivit son regard et resta fixée de longues secondes sur ses doigts qui avaient agrippé ceux du sorcier. Le visage subitement rouge, elle s'excusa :

- Désolée, je ne l'ai pas fait exprès.

Elle s'apprêtait à retirer sa main, mais celle du sorcier se retourna pour attraper la sienne avec agilité.

- Ne te précipite pas, voyons. C'était très bien ainsi.

Il ramena leurs mains liées contre la table, un sourire victorieux sur les lèvres, le menton fièrement relevé. Livide, Ginny hésita à se dégager. Elle lui avait bien fait comprendre qu'elle ne voulait pas lui accorder tout ce qu'il désirait… Mais dans le cas où elle-même le voulait, n'était-ce pas un tantinet différent ? Il utilisait une méthode beaucoup moins directe que la dernière et elle-même avait initié le geste. Cependant, elle savait qu'il aurait voulu un aller-simple elle voulait un véritable échange. N'était-il pas en train de lui accorder ? La gorge sèche, la rouquine se décida à faire un essai. Elle allait bien voir s'il était, cette fois-ci, décidé ou non à partager. Si tel était le cas, elle voulait bien reprendre leur fameuse conversation.

Avec une précaution infinie, elle retira sa main d'un bon centimètre pour la repositionner de façon à ce que leurs paumes ne soient pas les seules en contact, mais que leurs doigts soient également enlacés. Le cœur battant à tout rompre, Ginny s'en serait donné des gifles. Avait-elle perdu l'esprit pour faire une telle chose ? L'estomac noué, elle releva la tête vers Jedusor. Celui-ci avait abandonné son rictus habituel et ne souriait plus du tout. Il avait le regard rivé sur leurs mains liées, les yeux légèrement écarquillés, comme s'il était surpris. La rouquine du se retenir pour ne pas partir en courant. Elle n'avait aucune idée de la façon dont il allait réagir. Il n'avait pas l'air furieux, amusé, ou dégouté. Simplement… désorienté. Lorsqu'il se redressa pour lui faire face, Ginny sentit une boule se former dans sa gorge. En temps habituel, elle se serait justifiée ou, du moins, se serait confondue en excuses. Pourtant, son instinct lui criait de patienter. Elle s'y consentit avec beaucoup de peine et resta de marbre lorsque le mage fronça ses sourcils.

- Explique-moi ton attitude, Ginevra. J'ai du mal à comprendre ce revirement.

Ginny en resta bouche-bée. Il n'allait pas la réprimander ?

- Je… Je croyais…

Elle commença à taper nerveusement du pied contre le sol et poursuivit d'une voix hachée :

- Je croyais que tu voulais m'utiliser à ta guise, pas que tu me laisserais…

- …m'utiliser également ?

La sorcière acquiesça lentement et tenta de maintenir son regard :

- Je m'imaginais que tu ne voulais rien de réciproque.

- C'est le cas. Je m'estime en droit d'être le seul à recevoir.

- Alors pourquoi est-ce que tu me laisses faire ?

- Parce que c'est agréable.

Malgré le sérieux de la situation, Ginny ne put s'empêcher de rosir légèrement. Il voulait du contact humain ? Il fallait qu'il comprenne que cela se passait à double-sens. Sinon cela n'avait strictement aucun intérêt. La beauté de la chose était justement au niveau du partage. A force de recevoir sans rien donner en retour, il finirait par ne plus rien recevoir du tout. Encore moins venant de sa part. Il devait le réaliser : s'il la voulait, il allait devoir s'offrir en retour. Ginny savait qu'elle s'aventurait sur un terrain dangereux, qu'il n'était pas du genre à se laisser convaincre facilement, mais si quelques essais lui permettraient de rendre leurs… statuts respectifs plus normaux, pourquoi se défiler ?

Avec un sérieux imparable, Ginny se détacha volontairement de lui. Il voulut la rattraper, mais elle secoua la tête avec conviction. Il fronça ses sourcils, clairement agacé, puis persiffla d'un ton glacial :

- Je pourrais t'ordonner de me laisser faire, tu sais.

Malgré son angoisse enfouie, elle lui tint tête et répliqua d'une voix forte :

- Je ne le ferais pas. Je t'ai dit que cela ne marchait pas ainsi.

Jedusor serra ses poings :

- Comment, dans ce cas ? Comment veux-tu que je m'y prenne, par Salazar !

- Sois moins dominateur ! Arrête de forcer les choses.

- Tu veux peut-être que je te demande l'autorisation, tant que nous y sommes ?

- Exactement ! C'est exactement ce que je veux, Tom !

Le visage du concerné se tordit sous la fureur. Il se leva si brusquement de sa chaise qu'elle racla contre le sol dans un grincement assourdissant :

- Pour qui est-ce que tu te prends ?

Ginny se leva à son tour, les joues écarlates, ses yeux lançant des éclairs :

- Pour la seule personne en ce triste monde à pouvoir t'aider à sortir du néant ! Et je ne parle pas uniquement du journal, Tom !

La tension de la pièce monta brutalement. Ginny se mordit la lèvre, anxieuse, tandis que Tom pâlissait à vue d'œil. Avait-elle dépassé les limites ? Elle y était allée un peu fort, après tout…

Le mage resta un temps interminable à la fixer sans ciller et sans prononcer un seul mot. Son corps était parcourut de légers tremblements et il serrait ses poings avec tant de force que ses jointures blanchissaient. Lorsqu'il ouvrit la bouche pour parler, Ginny recula. Son ton était venimeux.

- Tu penses peut-être que j'ai besoin d'aide ? Je m'en sors très bien dans tout ce que j'entreprends ! Le seul problème restant, c'est toi, Ginevra. Toi et ta fâcheuse manie de nier tout ce qui t'effraie !

Ginny reçu la critique en pleine poitrine et se défendit avec acharnement :

- Tu n'es pas mieux que moi, Tom. Tu te caches derrière ta puissance et ta soi-disant aptitude à tout réussir seul. Sauf que, comme tu l'as dit, tu as besoin de moi. Et tu sais pourquoi, Tom ? Parce que, malgré ce que tu dis, tu tiens à moi.

Ginny referma précipitamment sa bouche, comme si elle avait dit une énorme idiotie. En face d'elle, Jedusor bouillonnait de rage. Lorsqu'il répondit, sa voix explosait en terme de décibels :

- Bien sur, que tu as raison ! Tu penses peut-être que je me suis entêté à essayer de te convaincre pendant des mois simplement pour tes beaux yeux ?

Il ne laissa pas le temps à la rouquine de se remettre de ses émotions et enchaîna directement avec le cas de cette dernière :

- Tu es exactement pareille. Depuis le début, tu n'avais d'yeux que pour moi. Tu ne faisais que chercher un moyen de m'oublier mais jamais tu n'y arrivais. J'étais au centre de ton univers, et tu le sais très bien !

Il reprit son souffle avant de poursuivre :

- Et maintenant tu joues les prudes, uniquement parce que tu as peur. Tu es terrifiée à l'idée de te sentir à ta place, parce que cela effacerait la dernière once de regret qui subsiste en toi !

Ginny n'en croyait pas ses oreilles. Ce n'était pas tant le fait qu'il avait raison sur toute la ligne, car c'était toujours le cas… Mais plutôt qu'il ait, pour la toute première fois, admit qu'elle représentait vraiment quelque chose pour lui. Envahie par une vague déferlante d'émotions, elle ne put empêcher son champ de vision de se brouiller. Au fond d'elle, elle entendait les cris de joie d'une Ginny enfantine et rêveuse qui venait de voir son plus cher désir se réaliser. Sur ses joues coulaient les larmes de soulagement d'une Ginny plus récente. Et ce fut la Ginny du présent qui se jeta sans réfléchir à son cou.

Plus rien ne comptait. Elle avait tant attendu !

- Qu'est-ce que…

La voix de Tom la sortit de sa torpeur. Elle battit des paupières, confuse, et réalisa qu'elle se trouvait en face d'un plan rapproché du sorcier. Lorsqu'elle prit conscience de ses actes, Ginny s'écarta à toute vitesse, une véritable tirade d'excuse déjà prête à franchir ses lèvres. Jedusor leva sa main, l'intimant au silence. Elle referma sa bouche, le visage en feu, le corps vibrant d'une peur dévorante de se faire punir d'une atroce façon. Le mage agita son index vers lui pour l'inciter à se rapprocher. Le cœur au bord des lèvres, elle s'approcha prudemment, prête à prendre la fuite.

Sans prévenir, il l'attrapa par la taille et la tira vers lui. Ginny atterrit dans la même position que précédemment, à l'exception faite qu'elle en avait parfaitement conscience. Jedusor lui chuchota à l'oreille d'un ton pressant :

- Chacun son tour.

Ginny déglutit faiblement et se laissa faire. Toute compte fait, elle aurait peut-être de la chance… Elle le sentit passer sa main sur le creux de ses hanches, sans doute pour la serrer un peu plus, mais il s'interrompit dans son geste. Elle leva vers lui un regard troublé et interrogateur, auquel il répondit par un sourire victorieux qu'elle mit quelques secondes à comprendre. Elle ne s'était pas dégagée et il jubilait. Dans son manque de réaction, Ginny lui avait prouvé une fois de plus qu'elle n'était pas en mesure de lui résister bien longtemps.

Elle ne savait pas vraiment où tout cela était censé la mener. Peut-être était-elle entrain de faire une grossière erreur, à le laisser faire ainsi. Pourtant, en cet instant, peu lui importait qu'elle se trouve face à un véritable symbole de puissance. Elle ne voyait que Tom. Tom, le manipulateur. Le séducteur. Tom… Le tentateur. Le problème était souvent là : avec lui, tout était une question de tentation. Et Merlin savait à quel point elle avait voulu y céder.


- Non, le mouvement de rotation doit se faire dans l'autre sens. Pas celui des aiguilles d'une montre.

Ginny se mordit la lèvre, aussi gênée que si elle avait raté un simple Wingardium Leviosa. Pourtant, elle avait beau regarder Tom exercer le sortilège à sa place pour la dixième fois consécutive, elle finissait toujours par falsifier involontairement un bout de l'enchaînement. En même temps, il fallait avoir du cran pour réussir à se concentrer, face à une telle cible. Le mage avait jugé utile d'utiliser Grimm pour, paraît-il, peaufiner son éducation. Le sortilège ne porterait pas beaucoup de préjudices, en admettant qu'elle s'arrête à temps, mais Ginny ne parvenait pas à y mettre du sien. Elle jeta un coup d'œil à son voisin.

- On peut peut-être passer au sortilège suivant ?

- Certainement pas. Je dois d'abord t'apprendre les bases.

Ginny tenta, l'air implorant :

- Et nous ne pourrions pas utiliser… autre chose qu'une personne ?

Le sorcier ne cacha pas son amusement et haussa ses épaules, pas embêté le moins du monde par sa façon de faire.

- Tu n'as pas à avoir peur de perdre le contrôle. Je t'expliquerai comment t'arrêter.

Elle n'était pas certaine de pouvoir totalement lui faire confiance sur ce point, mais elle acceptait de lui laisser l'occasion de le prouver. Elle plissa ses paupières et tenta de se concentrer, sa baguette pointée sur le front de Grimm, blanc comme un linge et recouvert de sueur. Il gardait de mauvais souvenirs de sa dernière confrontation avec la rouquine et n'était pas partant pour un second round. Malheureusement, il n'avait pas le choix.

Ginny inspira à fond et commença à mouvoir son poignet à la verticale, faisant des allers retours sur une droite imaginaire, tout en essayant de se détendre. Si elle continuait à rester crispée de la sorte, elle continuerait inévitablement à faire des mouvements saccadés et le sortilège n'aboutirait pas. Elle s'efforça d'agiter son arme avec souplesse et, après quelques secondes, entama la rotation en sens inverse des aiguilles d'une montre. Un mince filet vert émeraude, qui n'était pas sans rappeler la couleur du Sortilège de la Mort, s'en échappa et alla s'enrouler autour de la gorge de Grimm. Ginny hésita, sa baguette suspendue et immobile. Pourquoi lui avoir montré à la suite deux sortilèges si semblables ? Tom, qui faisait les cents pas dans son dos, s'éclaircit la gorge. Elle grimaça et pointa finalement l'objet vers l'avant. Une corde s'était matérialisée autour de la nuque du Mangemort et se resserrait de plus en plus, au fur et à mesure que la rouquine s'avançait vers lui. Elle fit un nouveau pas dans sa direction. Grimm poussa une exclamation de douleur, ses mains essayant vainement d'arracher la corde qui l'étouffait et coupait l'entrée d'air dans ses poumons.

Ginny sentit sa main trembler. Qu'attendait Tom pour lui montrer de quelle manière s'arrêter ? Elle n'en était pas capable toute seule, elle ne pouvait plus bouger son bras de sa position d'origine, comme s'il était aimanté et attiré irrésistiblement vers sa victime. Alors pourquoi ne se dépêchait-il pas ? Incapable de détourner ses yeux du visage horrifié du Mangemort, Ginny appela :

- Tom ? Tu… Tu peux venir m'aider ? Je ne sens plus mon bras.

- Ne compte pas sur moi pour venir le bouger.

Elle pâlit. Son cœur lui donna l'impression de se retourner.

- Tu avais promis !

- Je sais bien. Simplement, tu ne pourras t'arrêter qu'avec une volonté suffisante. Je ne peux pas le faire pour toi.

Si elle en avait eu le temps, Ginny se serrait sans doute mise à crier et à sauter sur place, en proie à une véritable crise. Elle ne pouvait cependant pas se le permettre, l'enjeu était bien trop grand. Tentant de garder son calme, elle souffla :

- Tu as dit que tu pouvais m'apprendre.

Jedusor la contourna et apparut dans son champ de vision. Il acquiesça avec une lenteur déconcertante.

- Je vais le faire.

Les yeux écarquillés sous la panique, Ginny s'exclama :

- Dépêche-toi, il va mourir !

D'un geste décontracté, le mage fit apparaître une chaise pour s'y asseoir. Il croisa ses jambes devant lui et sourit, une satisfaction malsaine dans le regard. Il la désigna de sa main :

- C'est à toi de te dépêcher, Ginevra. Tu dois faire en sorte de couper le lien avec la magie qui parcourt ton corps. Tu dois momentanément tirer un trait sur les sensations qu'elle te procure… Ou tu ne pourras pas t'arrêter.

Ginny s'impatienta :

- Comment on fait ?

- C'est à toi de le découvrir.

La rouquine laissa échapper une exclamation dédaigneuse et serra ses dents. Il voulait la laisser se débrouiller seule ? Très bien, elle allait lui montrer qu'elle n'avait pas besoin de lui ! Elle resserra ses doigts autour de sa baguette et ferma ses yeux. Inspirant et expirant à fond, elle tenta d'oublier son environnement, de ne pas penser au rictus victorieux de Tom ou de la mine terrorisée de Grimm. Elle devait se focaliser uniquement sur la magie et sur leur lien trop étroit qui ne lui laissait pas la liberté suffisante pour s'en dégager à sa guise. Elle la sentait parfaitement parcourir ses veines, envelopper son corps, réchauffer ses muscles… C'était terriblement enivrant et supprimer cette sensation grisante se révélait être une véritable torture. Pourtant, elle était forcée de s'arrêter, ou le Mangemort perdrait la vie. Alors qu'elle se raccrochait à cette pensée, une nouvelle émergea dans son esprit. Grimm valait-il mieux que Barjow ? Ce dernier avait été supprimé et l'avait mérité… Si Grimm s'avérait plus violent, plus désagréable que son congénère, ne le méritait-il pas également ? Le premier n'avait pas confronté Ginny directement, le second s'était moqué d'elle. Une petite voix lui hurlait de poursuivre, de laisser le pouvoir décider du destin de sa victime. Une autre, d'intensité égale, la sermonnait pour n'avoir ne serait-ce que considéré une telle chose. Alors que les deux possibilités se livraient à une bataille mentale acharnée, le Mangemort étouffait et devenait progressivement bleu. Il n'allait pas tarder à s'écrouler.

Totalement déstabilisée par ce duel qu'elle ne parvenait à maitriser, elle fut étonnée d'entendre la voix de Tom dans le creux de son oreille.

Pense à ce que tu désires vraiment. Si tu veux le voir mort, ne te gêne pas pour moi. En revanche, si c'est pour recommencer à te torturer l'esprit pendant des jours, oublie ça, et épargne-le. J'ai des dizaines d'incompétents bien pires que celui-ci rampant à mes pieds pour toutes les fois où tu voudras tester d'avantage tes limites. Réfléchis bien, et vite… Parce qu'il ne va pas tarder à craquer.

Ginny rouvrit ses yeux, chamboulée. Elle savait ce qu'elle voulait… Pourquoi avoir considéré l'autre possibilité ? Sans plus attendre, elle abaissa sa baguette. L'étrange connexion se rompit, les sensations agréables s'estompèrent. Grimm s'écroula, inconscient mais bien vivant. Soudainement épuisée, Ginny se laissa tomber à genoux contre le sol glacé et se passa une main contre son front moite. Ce qu'elle venait de réaliser l'horrifiait, la blessait et la désorientait totalement. Elle avait envisagé tuer le Mangemort. Ça n'aurait pas été un incident. La magie n'aurait pas été coupable. Elle l'aurait fait, pour elle, par envie, si une partie d'elle ne s'y était pas opposée. Un haut-le-cœur lui retourna l'estomac et elle frissonna. Elle se sentait malade.

- Oubliettes !

La rouquine releva sa tête vers Jedusor, qui venait de lancer le sortilège sur son fidèle. Il répondit à sa question muette :

- Je n'aimerais pas que nos petites séances s'ébruitent. Les autres ne sont pas concernés.

Ginny ne put lui répondre, incapable d'ouvrir sa bouche, si ce n'était pour reprendre son souffle. Elle se contenta d'hocher difficilement la tête pour lui faire comprendre qu'elle acceptait sa décision. Elle attendit quelques secondes avant d'adopter finalement une position en tailleur. Elle sortit un élastique de sa poche et remonta ses cheveux en queue de cheval, avant de plaquer ses mains contre ses joues dans l'espoir d'y apporter un peu de fraicheur. Pourquoi était-elle aussi fatiguée ? Le sortilège ne lui avait pourtant pas demandé beaucoup d'énergie.

Tom déplaça sa chaise juste en face d'elle et s'y assit. Il la regarda longuement avant de préciser d'un ton légèrement irrité :

- J'ai l'impression que mentalement, tu n'étais pas prête. Tu dois changer ça, Ginevra. Tu ne peux pas te permettre de peser le pour et le contre à chaque fois que tu te retrouves face à quelqu'un. Tu dois définir tes priorités, faire un choix rapidement. Et surtout, cesse de culpabiliser à chaque fois. Je comprends que tu ne veuilles pas t'en prendre à quelqu'un qui ne te fais rien, mais n'hésite pas à employer la magie chaque fois que tu devras te défendre, attaquer, te venger, ou punir… Grimm est loin d'être l'un de mes favoris. Il méritait une correction.

Ginny répondit faiblement en se frottant ses bras dénudés :

- J'en suis consciente. Je n'ai pas encore l'habitude… J'ai du mal à départager.

- Tu continues à t'imposer une marge de manoeuvre trop restreinte, là est le problème.

Il se leva et lui tendit sa main pour l'aider à se relever. Un geste totalement banal, souvent une simple marque de politesse, mais venant de sa part, c'était une véritable invitation. L'attraper reviendrait à signer un contrat définitif sur lequel elle ne pourrait plus revenir. Elle accepterait son soutien, mais se devrait de lui rendre la pareille. Lorsqu'il réalisa que Ginny cherchait à interpréter son geste, Jedusor sourit ironiquement.

- J'avoue que je suis épaté. Tu me comprends plus que je ne le pensais.

Il agita ses doigts pour l'inciter à agir. Ginny n'en fit rien et resta assise, un sourire désabusé sur les lèvres, la tête légèrement penchée sur le côté, comme si elle cherchait un signe quelconque lui indiquant qu'elle pouvait s'exécuter sans le regretter. Le rictus du sorcier s'agrandit et une lueur anticipatrice vint allumer son regard sombre :

- Je te promets que le sort suivant sera un pur délice.

Ginny craqua et lui attrapa la main sans hésiter d'avantage, la mine légèrement plus réjouie qu'auparavant. Tandis qu'il l'entrainait avec elle pour la faire se lever, elle lui demanda avec une pointe d'angoisse :

- Nous n'allons pas utiliser Grimm encore une fois, n'est-ce pas ?

- Non, ne t'en fais pas.

Une fois sur ses jambes, Ginny s'accorda un soupir rassuré. Elle n'avait strictement aucune envie de martyriser cet homme d'avantage. De plus, elle devait admettre qu'une partie d'elle craignait une récidive de sa part. Le Mangemort, en plus de ne pas lui inspirer confiance, lui faisait un peu peur avec son visage aux traits durs et son bon mètre quatre-vingt-dix. Grimm avait tout d'une grosse brute sans cervelle. En revanche, sa force physique était apparente et non négligeable. Mine de rien, Ginny préférait ne plus croiser sa route. Tom avait certes effacé de ses souvenirs la seconde attaque de la jeune femme, mais elle préférait ne pas tenter le diable. Elle avait suffisamment de choses en tête pour ne pas avoir à se préoccuper en supplément de lui.

Tom mit fin à ses pensées en pointant brusquement sa baguette sur elle. Ginny tressaillit, les yeux grands ouverts.

- Qu'est-ce que tu fais ?

Le mage releva son menton, un air de défi dépeint sur son visage :

- Je t'apprends quelque chose de nouveau. Quelque chose que je maitrise.

Ginny fit une moue dubitative.

- C'est à dire ?

- L'Occlumancie et… la Légilimancie, bien évidemment.

La rouquine se pétrifia, paniquée. Une partie d'elle mourrait d'envie de s'y essayer, l'autre, beaucoup plus vaste, lui intimait de refuser. Tom était un Legilimens hors pair et, s'il voulait lui montrer en l'utilisant sur elle, comme elle sentait qu'il désirait le faire, il aurait accès à tout ce qui se tramait dans sa tête. Bien sur, cela ne différait pas tellement de ce qu'il avait fait auparavant, mais les choses avaient changées. Elle refusa d'une petite voix :

- Je ne suis pas sure de le vouloir…

- J'insiste.

Ginny se mordit la lèvre inférieure, hésitante. Son instinct lui murmurait que c'était risqué, mais elle ne pouvait s'empêcher de se dire, qu'après tout, il avait déjà vu tout ce qu'il y avait à voir. Lorsqu'elle s'avoua vaincue et ressortit sa propre baguette de sa poche pour la pointer sur lui, une lueur étrange passa dans ses iris noirs. Il semblait impatient, réjouit… également confiant et surpuissant. Ginny déglutit et jura intérieurement lorsque sa main se mit à trembler. Avec un sourire apeuré, elle implora :

- N'y va pas trop fort, je ne suis pas très douée dans ce domaine.

Jedusor ricana.

- Je le sais. C'est bien la raison pour laquelle il m'était si facile d'entrer dans ton esprit…

Ginny se rembrunit, vexée et légèrement angoissée. Il ajouta avec un ton plus sérieux :

- …c'est pour cela que je dois t'entraîner. Tu es une cible trop facile d'accès.

Elle acquiesça, parfaitement consciente du fait qu'il avait raison.

- Très bien. Mais commence doucement.

- Il te suffit de ne pas penser à des choses qui te fragilisent. Je commence à trois…

Ginny inspira un bon coup et se concentra, se représentant un mur de briques, comme elle avait lu qu'il fallait le faire. Tant que le mur restait en place, elle était en sécurité.

- Un…

Elle devait vider son esprit, oublier tout événement qui serait propice à lui causer du tort. Elle devait mettre de côté tout ce qui pouvait susciter quelconque émotion.

- Deux…

Par dessous tout, elle ne devait surtout pas penser à…

- Trois !

La pression dans son crâne augmenta brusquement. Une brique qui se trouvait sur le sommet de son mur mental se décolla et vola en éclat. Toute la première rangée eut le même destin. Puis la deuxième. La troisième… Le reste du mur explosa et Ginny eut l'impression d'être projetée en arrière par une bourrasque violente.

Qu'est-ce que je dois faire, Tom ? J'ai l'impression que personne ne me fait confiance. Personne ne croit que je peux réussir. J'ai l'impression de ne pas être à ma place.

Tu vaux bien plus que ce qu'ils croient, Ginevra. Je te fais confiance, moi.

Ginny secoua vivement sa tête, assaillie par des images diverses, de tout temps. Il ne devait pas savoir qu'elle pensait constamment à lui, au passé, au présent… Rêvait au futur.

Tu dois comprendre une chose. Parfois, les personnes qui nous sont le plus proche sont celles qui nous tirent inévitablement en arrière, nous retiennent, et nous empêchent d'avancer. La famille, les amis... seront ceux qui t'empêcheront de te créer l'avenir dont tu rêves.

Elle aurait voulu lui dire d'arrêter, de cesser de fouiller dans ses souvenirs. Pourtant, elle même trouvait ce voyage étrangement enivrant…

Je suis pratiquement certain que tu repenses à notre baiser.

Non, surtout pas ! Elle ne devait pas se souvenir de ça. Il ne manquerait pas de lui faire une remarque à ce propos. Il s'en ferait une joie.

Tu n'auras jamais personne, Tom. Tu n'auras que des disciples qui te suivront par peur, et si tu me forces à t'accompagner aujourd'hui, ce sera également mon cas. Toi qui disait vouloir qu'on te suive par envie… Tu t'emmêles totalement dans tes objectifs ! Tu aurais pu avoir tellement plus, si tu t'étais donné la peine…

Me suis-je donné suffisamment de peine ?

Ce n'est pas ce que je voulais dire ! Tu emploies toujours les mauvaises méthodes.

Celle-ci l'était également ?

Plutôt que de lutter, Ginny ne pouvait que constater que, finalement, il y avait une véritable continuité dans leurs discussions et leurs échanges… Les souvenirs défilèrent, vifs, précis, poignants, partagés.

Tout est de ta faute ! C'est toi qui m'as dit que pour mentir correctement, je devais y croire. C'est toi qui m'embrouilles, avec tes belles paroles !

Tu es simplement terrorisée à l'idée de devoir abandonner ta petite vie mensongère que tu t'es construite. Parce que c'est tellement plus simple, n'est-ce pas ?

Oui, je suis égoïste ! Et alors ? C'est toi qui m'as tenté !

Tenté ? Allons !

Je ne considère personne comme mon égal.

Voilà pourquoi je suis tellement intrigué... N'importe qui de véritablement sensé m'aurait inévitablement placé en tête de sa liste noire après le genre de choses que je t'ai fais, mais toi non. Cette forme de folie me fascine. Tu continues à t'accrocher, même si tu n'oses pas t'en rendre compte. Il y a une partie de toi qui s'est attachée définitivement à moi, et tu ne peux plus t'en défaire. C'est jouissif. Malsain. Presque... Beau.

Tu as une étrange définition de la beauté.

Soudainement, le film s'arrêta et Ginny ne reprit conscience de son environnement que lorsqu'elle percuta durement le sol. Face contre terre, elle poussa un petit cri de douleur et roula sur son dos pour pouvoir se masser son front endolori. Elle cligna des paupières pour retrouver une vision nette : Tom était penché au-dessus d'elle. Il avait l'air étrange, à la fois énervé et satisfait. Dans tous les cas, il était sans doute frustré qu'elle n'ait pas eut la décence de se défendre un tant soit peu contre le sortilège. Son mur avait été réduit à néant en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire et elle n'avait pas été capable de le repousser, ne serait-ce qu'une seule fois. Au dessus d'elle, Jedusor soupira et lui tendit une nouvelle fois sa main :

- La prochaine fois que tu tombes, tu te débrouilleras seule pour te lever.

Ginny se retint bien de lui dire le fond de sa pensée et l'attrapa sans hésiter, cette fois. Elle chancela légèrement, encore sous le choc de sa chute et de l'intensité des fragments de sa mémoire qui s'étaient déroulés et succédés devant ses yeux. Elle se massa la nuque et traina des pieds jusqu'à sa position initiale. Avec peu d'espoir, elle demanda :

- Je peux essayer, cette fois ? D'entrer dans ton esprit, je veux dire. Tu es un Legilimens hors pair, mais si tu dois en défendre l'entrée, j'aurais peut-être plus de chance.

Le regard du mage s'assombrit nettement, mais il hocha tout de même la tête.

- Très bien, mais après ce sera à nouveau ton tour. Je n'aime pas particulièrement qu'on ait accès à mon esprit.

Ginny eut un sourire insolent.

- Je l'ai déjà fait, une fois. Tu m'y as même invité, la suivante.

- C'est vrai. Sauf qu'aujourd'hui, c'est différent. Je ne te laisserai essayer qu'une seule fois, sache-le. Si tu échoues, tu devras te contenter d'une autre cible, un autre jour.

Elle accepta sans hésiter. Elle ne s'attendait pas à réussir, mais elle voulait essayer. De plus, Tom avait beau être l'un des meilleurs en Legilimancie, il ne maîtrisait pas parfaitement l'autre branche, même s'il était très doué. La faille serait minuscule et, même s'il n'y avait quasiment aucune chance de la trouver, rien que pour voir l'effet que cela faisait, elle voulait se lancer. Elle lui sourit, débordant d'impatience.

- A trois ?

Il acquiesça, les lèvres pincées. Elle n'avait pas besoin d'avoir accès à ses pensées pour deviner qu'il mourrait d'envie qu'elle échoue. Même si cela arrivait, Ginny n'en éprouvait aucun regret. Car rien que le fait qu'il accepte une unique fois de se prêter au jeu, montrait qu'il lui faisait confiance. C'était un luxe que peu de personnes pouvait se permettre, et Ginny se jurait de chérir cette vérité jusqu'à la fin de ses jours, même si elle ne pourrait jamais le mentionner en sa présence.

- Un…

Le visage du mage se tendit. Ses doigts se resserraient autour de son arme. Il brulait de lancer un sortilège quelconque pour l'empêcher par défaut de réussir. Sauf que ce n'était pas réglementaire. Et il avait un fort penchant pour les règles en tout genre.

- Deux…

Elle le vit inspirer à fond et serrer ses dents dans un effort de concentration. Avec un sourire entousiaste, elle s'exclama finalement :

- Trois !

Son esprit s'envola vers le sien et se cogna brutalement contre une véritable muraille. Ginny avait l'impression de flotter, c'était incroyable ! Excepté peut-être pour la sensation désagréable qui l'envahissait chaque fois qu'elle heurtait la barrière mentale de son opposant. Elle la longea patiemment, glissant contre elle avec douceur, cherchant une entrée quelconque. Elle optait pour une méthode totalement différente de la sienne, lui qui s'était décidé pour une attaque violente qui avait fait s'écrouler son mur… Elle, préférait jouer sur l'effet de surprise. Elle se laissa porter dans les airs, frôlant à l'occasion sa protection psychique. Elle aurait presque pu le sentir sursauter.

Contre toute attente, elle tomba sur une minuscule fissure. Son mur était incomplet ! Surprise mais curieuse, elle n'attendit pas un instant et s'y engouffra si silencieusement qu'il ne remarqua sa présence que bien trop tard. Un flot d'images et de sons se répandit. Ginny cru que son cœur allait lâcher.

Il se tenait devant une glace et observait son reflet. Il s'attarda longuement sur sa peau cireuse, passa ses longs doigts fins et squelettiques sur son front dégarnit. Il se plongea dans ses iris rouge sang, souligna de son index la courbe de son menton. Il y était, il avait finalement terminé sa tache. Son âme était divisée en sept fragments, répartis à des endroits divers et méconnus de tous, en sécurité dans ses Horcruxes. Certes, son apparence avait beaucoup changé et c'était sans doute du à cela, ainsi qu'à tous les sortilèges qu'il avait testés, toutes les potions et toutes les formules qu'il avait découvertes. Mais peu lui importait. Son visage, désormais, était devenu le symbole même de la peur. On ne le regardait qu'avec d'avantage de respect, de crainte et d'admiration. Il n'avait pas besoin de se souvenir de ses anciens traits. Il était devenu Lord Voldemort à part entière, son passé n'avait aucune importance. Il était puissant et envié. Il inspirait la terreur et bientôt, le monde serait à ses pieds. Il éclata d'un rire hystérique et terrifiant. Presque inhumain.

Ginny voulait se détacher de cette vision, fermer ses yeux. Ce geste était pourtant inutile, les souvenirs affluaient dans son esprit, et, pour une raison inconnue, Tom ne l'arrêtait pas. Le décor changea. Elle voyait enfin le Tom qu'elle connaissait… et n'en fut que d'avantage mal à l'aise.

Il se tenait debout au milieu d'une véritable marre de sang. Son corps en était lui même recouvert tant les dégâts avaient été sévères. Il ressentait une intense satisfaction, un sentiment grisant de puissance qu'il vénérait et chérissait. Il se sentait enfin lui-même. Les corps inanimés jonchaient le sol autour de lui. Les traitres et les incompétents avaient payé. Il ne pouvait se permettre de construire une armée de faibles et d'ignorants. Ceux qui n'avaient pas leur place devaient partir, et il ne pouvait se contenter de les libérer et de les offrir ouvertement au camp adverse. Ils devaient mourir, c'était ainsi. Ils avaient beaucoup hurlé, tandis qu'il les avait torturés de sang froid… Personne n'avait entendu, car il les avait amené au préalable ici, dans les cachots. Il releva sa tête vers le plafond, et songea à Ginevra, endormie deux étages plus haut. Comment réagirait-elle si elle voyait cet aspect destructeur et sanguinaire de sa personnalité ? Ne fuirait-elle pas, face à cette portion d'âme qu'elle connaissait comme étant Lord Voldemort ? Il ne pouvait pas la contenir, elle faisait partie de lui. Et il se sentait autant concerné par celle-ci que par toutes les autres. Il ne pouvait se permettre de ne pas dévoiler à Ginevra toutes les parties de lui qu'elle ne connaissait pas directement. Car elles ne faisaient qu'un, chose qu'elle semblait constamment oublier. Il enjamba le corps de Marvin sans le regarder, mais ne put s'empêcher de se dire que la sorcière allait lui en vouloir. Avec le temps, elle se serait très certainement liée d'amitié avec ce jeune homme, mais il n'était pas assez fort pour rester avec eux. Il n'était qu'un fardeau dont il avait du se débarrasser. Et il avait ce regard pétillant et avide à chaque fois qu'il regardait la rouquine… Il n'appréciait pas cela. Il n'aimait pas qu'on s'intéresse à ce qui lui appartenait.

Ginny se sentit à nouveau tomber contre le sol. Sa baguette lui échappa et roula un peu plus loin. Des étoiles dansaient devant ses yeux, elle ne savait pas vraiment de quel côté elle avait atterrit. Son corps tout entier lui semblait s'être transformé en compote et sa tête lui tournait. Elle se sentait nauséeuse. Elle aurait voulu s'enfuir en courant, prendre l'air… Réfléchir au calme. C'était impossible, pourtant.

Elle entendit qu'on se penchait sur elle.

- Je n'aurais pas du insister sur le fait que je suis majoritaire car, souvent... je ne le suis pas.

Il effleura son front du bout des doigts.

- Mais ça ne change rien. Au bout du compte, tu dois m'accepter comme je suis, exactement comme je l'ai fait avec toi.