J'espère que cette histoire vous plaira, bonne lecture !

I

« Je suis navrée Miss. Weasley, mais le paiement n'a pas pu être effectué. » déclara la vendeuse d'un ton désolé, l'air faussement compatissant.

Cette phrase résonna désagréablement dans les oreilles de Ginevra Weasley. Elle avait observé la vendeuse emballer sa paire de chaussures avec l'impatience et l'enthousiasme d'une petite fille, pressée de repartir avec son cadeau. Elle fronça les sourcils.

« Comment ça ''Le paiement n'a pas pu être effectué'' ? » demanda Ginny d'un ton plus sec qu'elle ne l'aurait souhaité.

« Et bien, il semble que la date limite de votre bon d'achat soit dépassée. » répondit poliment la vendeuse.

« Ce n'est pas possible, vous m'avez envoyé ce bon la semaine dernière parce que j'étais une habituée du magasin ! » s'exclama-t-elle.

« En effet. » confirma la vendeuse. « Mais il n'était valable qu'une semaine. »

« Montrez-moi ça ! »

La vendeuse, l'air irritée, lui tendit le bon et Ginny le parcourut rapidement des yeux. La vendeuse n'avait pas menti, il était effectivement inscrit que le bon était valable sept jours. Et la date limite était celle du jour précédent. Ginny jura intérieurement, se maudissant. Comment avait-elle pu être aussi négligente ? Ce bon avait tout de même une valeur de trente gallions, ce qui n'était certainement pas donné ! Ginny n'appréciait guère la tournure qu'avait prise la situation. Un bon d'achat invalide signifiait aucune possibilité de régler et inévitablement, pas de chaussures. Inacceptable, pensa Ginny. Elle ne sortirait pas de cette boutique sans cette paire de bottes. Elle entendit un soupir agacé derrière elle mais l'ignora. Elle sortit sa bourse de son sac et son cœur se serra quand elle en vit le contenu : deux noises.

« Si vous ne pouvez pas régler maintenant Miss. Weasley, vous devriez peut-être revenir une autre fois. » proposa la vendeuse qui, visiblement, s'efforçait de ne pas lever les yeux au ciel.

« Est-ce que je peux les prendre et revenir payer plus tard ? » demanda Ginny d'une voix pleine d'espoir.

Espoir qui s'évanouit presque aussitôt lorsqu'elle vit l'expression courroucée de la vendeuse.

« Je suis désolée mais vendre à crédit n'est pas dans la politique du magasin. » répondit sèchement cette dernière.

« Mais je viens ici quasiment toutes les semaines ! Je vous promets de revenir payer demain ! » assura Ginny, hochant frénétiquement la tête.

La vendeuse se contenta de faire « non » de la tête et fit signe à la cliente suivante de s'approcher.

Cette dernière s'exécuta, lançant au passage un regard hautain à Ginny. Mais cette dernière, qui n'avait pas l'intention de lâcher l'affaire, repoussa sur le côté les vêtements que la cliente venait de poser sur le comptoir et se posta à nouveau face à la vendeuse.

« Vous devriez reconsidérer ma proposition. » dit-elle d'une voix insistante.

« Certainement pas. » répliqua la vendeuse sur le même ton. « Et maintenant, je vais vous demander de quitter le magasin sinon je me verrais dans l'obligation de faire appel à la sécurité. »

Ginny voulut protester mais lorsqu'elle vit que la plupart des yeux du magasin étaient braqués dans sa direction, elle se ravisa. Elle allait encore causer une scène. Elle décida donc de quitter le magasin pour préserver le peu de dignité qui lui restait.

Une fois dans les rues du Chemin de Traverse, elle erra sans but apparent, maudissant la vendeuse. Ginny était sans doute l'une de leurs meilleures clientes. Elle n'était jamais sortie de la boutique sans rien acheter et elle était au poste à chaque nouvelle promotion qu'offrait le magasin. Même les vendeuses connaissaient son nom ! Il était tout de même inadmissible de se faire traiter ainsi. Qu'avait-elle fait pour se faire refouler de la sorte ? Elle se jura de ne plus remettre les pieds là-bas...du moins pas avant la fin du mois. Elle soupira et jeta un coup d'œil à sa montre. Il était bientôt midi et elle avait une faim de loup-garou. Il était inutile de rentrer chez elle : ses placards étaient vides. De plus, avec ses deux noises en poches, elle n'avait pas les moyens de s'acheter quoi que ce soit.

Elle transplana alors devant la banque des sorciers Gringotts. Il lui restait sans doute quelques gallions sur son compte. Etonnamment, la banque était presque vide et Ginny n'eut pas besoin d'attendre longtemps pour se trouver face à un gobelin à l'air sévère et au regard perçant. Elle lui tendit sa clé et il l'inspecta avant de tourner les pages d'un énorme registre posé devant lui.

« Miss. Weasley. » siffla-t-il. « Votre compte est vide. »

Il lui adressa un regard réprobateur.

« Vide ? » répéta Ginny, ébahie. « Ça veut dire que je n'ai plus d'argent ? »

« J'admire votre logique Miss. » fit le gobelin d'un ton ironique.

Elle ignora son air supérieur et interrogea :

« Comment se fait-il que je n'ai plus rien ? »

« Si je ne m'abuse, vous êtes venue il y a deux jours de cela en emportant les vingt-six gallions et les deux noises qui restaient dans votre compte. » répondit-il après avoir consulté son registre une nouvelle fois.

« Ah bon ? » ne put-elle s'empêcher de répondre bêtement.

Elle n'avait pas souvenir d'être venu à la banque deux jours auparavant. Quoique...L'image d'un magnifique vase égyptien ornant sa table basse lui vint à l'esprit. « Une affaire ! » lui avait assuré le vendeur en hochant frénétiquement la tête comme pour prouver que ce qu'il avançait était vrai. « Il vient d'Egypte et date de six-cent ans. C'est une véritable aubaine, vous ne trouverez jamais une occasion pareille de votre vie ! » Bien sûr, Ginny l'avait immédiatement acheté. Tout le monde ne pouvait pas se vanter de posséder un vase égyptien datant de plusieurs siècles. C'était donc dans cet achat qu'étaient passés ses derniers gallions. Quant aux deux noises, elles trainaient au fond de sa bourse en ce moment même.

Elle reprit sa clé, remercia distraitement le gobelin et quitta la banque. Elle n'avait plus rien, c'était à présent officiel. Comment allait-elle payer son loyer ? Et plus urgent encore, comment allait-elle se nourrir ? Il fallait impérativement qu'elle aille demander conseil. Elle opta pour Hermione Granger. Cette dernière était, et de loin, la personne la plus raisonnable et sensée que Ginny connaissait. Elle était toujours de bon conseil. Ginny allait sûrement devoir subir un sermon mais ce n'était pas comme si elle avait d'autres options.

Elle transplana cette fois près de l'une des entrées des visiteurs de l'Hôpital Ste Mangouste. Ginny n'aimait pas les hôpitaux et ne consentait à y venir qu'en cas de force majeure. Ils étaient toujours plein à craquer et remplis de gens étranges. Lorsqu'elle entra dans le Grand Hall de l'Hôpital, elle se fit bousculer par un homme qui portait sur lui une désagréable odeur de brulé. Elle fronça le nez et manqua de tomber à la renverse lorsqu'il la bouscula une seconde fois. Ginny voulut lui hurler de faire attention mais il commença à se taper la poitrine avec force et du feu sortit brusquement de sa bouche. Presque aussitôt, une horde de guérisseurs accourut vers lui pour le forcer à s'allonger sur un brancard avant de s'éloigner rapidement. C'était exactement le genre de choses que Ginny craignait avec les hôpitaux. Comment Hermione pouvait-elle supporter de faire un métier pareil ? D'autant plus qu'elle avait l'air d'adorer ce qu'elle faisait. Ginny haussa les épaules. Il était sans doute gratifiant de sauver des vies. Pouvoir rentrer chez soi en se disant que l'on avait été utile à la communauté.

Ginny jeta un regard désespéré à la longue file d'attente devant le bureau des renseignements. Elle s'étendait jusqu'à l'entrée de l'hôpital et Ginny n'était pas disposée à attendre. Elle vit une Guérisseuse qui passait non loin d'elle et en profita pour l'accoster.

« Excusez-moi ? » l'interpella-t-elle.

La Guérisseuse paraissait pressée mais elle consentit à s'arrêter et leva un sourcil interrogateur vers Ginny.

« Je cherche la Médicomage Granger. » dit celle-ci.

« Le service de renseignements est là pour ce genre de requêtes. » répondit la Guérisseuse d'un ton qui se voulait aimable mais Ginny put déceler une once d'agacement dans ses propos.

Elle désigna la file d'attente et esquissa un geste pour s'éloigner mais Ginny la retint fermement par le bras.

« S'il-vous-plaît, c'est très important. Une urgence...familiale. » ajouta-t-elle, sentant que la Guérisseuse n'aurait rien à redire sur cela.

Et cela sembla fonctionner car cette dernière fronça les sourcils.

« Très bien. » dit-elle finalement. « Veuillez me suivre. »

Ginny ne put s'empêcher de sourire avec satisfaction lorsque la Guérisseuse la conduisit vers l'ascenseur. Hermione travaillait au quatrième étage, au service Pathologie des sortilèges. La Guérisseuse mena Ginny dans un couloir bondé et lorsqu'elles atteignirent une chambre appelée Wirena Sandencre, elle fit signe à Ginny de patienter. Elle entra dans la pièce et avant qu'elle ne ferme la porte derrière elle, Ginny put apercevoir le cracheur de feu dans un lit, vraisemblablement très agité. Une poignée de secondes plus tard, la porte se rouvrit brutalement, révélant une Hermione paniquée. Elle secoua le pan enflammé de sa robe de sorcière d'un geste brusque.

« Ginny ! » s'exclama-t-elle, l'air affolée. « Qu'est-ce qu'il se passe ? »

Ginny jeta un regard hésitant vers la Guérisseuse qui était sortie à la suite de son amie. Elle ne pouvait pas avouer qu'il n'y avait, en réalité, rien d'alarmant ( enfin pour Ginny la situation était vraiment alarmante mais elle n'était pas sûre que la Guérisseuse partage son avis ) devant elle. D'un autre coté, elle n'avait pas envie d'inquiéter Hermione sans raison.

« Est-ce qu'on peut en discuter dans un endroit un peu plus calme ? » demanda-t-elle finalement.

« Très bien. Gemina, je prends ma pause plus tôt aujourd'hui. Est-ce que vous pouvez prévenir ma Guérisseuse stagiaire et lui demander de prendre le relai ? »

« Bien sûr Miss Granger. » assura la-dite Gemina en s'éloignant rapidement.

« Allons-y. » fit Hermione en entrainant Ginny vers un ascenseur. « Quelque chose de grave est arrivé ?»

« En réalité, j'ai légèrement exagéré la situation pour que la Guérisseuse accepte de me laisser te voir. »

Hermione lui adressa un regard réprobateur mais elle eut l'air soulagée d'entendre qu'il n'y avait rien de grave. Elle soupira de lassitude alors qu'elles sortaient de l'ascenseur.

« Je vais poser mon badge, attends-moi près de la sortie. » lui signala-t-elle alors qu'elle s'éloignait en direction d'une pièce réservée au personnel de l'Hôpital.

Suivant la demande d'Hermione, Ginny se dirigea vers la sortie. Après quelques minutes, Hermione revint, habillée en tenue de ville.

« Dis-moi ce qui se passe. » quémanda Hermione alors qu'elles sortaient de l'Hôpital.

« Je ne voulais pas venir te déranger en venant ici mais je ne savais pas vers qui d'autre me tourner. » expliqua Ginny.

« Ne t'inquiète pas et raconte-moi tout. » la rassura Hermione.

« Et bien... »

Ginny lui expliqua la situation désastreuse dans laquelle elle se trouvait : pas d'emploi, pas d'argent, un loyer à payer et...pas de chaussures. Hermione leva les yeux au ciel et secoua la tête, l'air dépassé, quand Ginny lui expliqua la scène du magasin.

« ...et je n'ai même plus de quoi me payer à manger. » acheva Ginny d'une voix résignée.

« Je t'invite au restaurant et on essaiera de mettre tout ça au clair, d'accord ? »

Ginny acquiesça vivement.

« Merci Hermione ! »

Hermione la conduisit dans un petit restaurant moldu italien non loin de l'hôpital. Ginny savait que le sermon était imminent mais elle savait également qu'il serait plus supportable si elle n'avait pas le vendre vide.

« Alors qu'est-ce que tu veux ? » interrogea Hermione par-dessus le menu du restaurant.

« Je ne sais pas ce qui me ferait envie. En tout cas ils sont l'air d'avoir du bon vin ici. » fit remarquer Ginny qui s'était déjà emparé de la carte des vins.

« Leurs vins sont hors de prix. » déclara Hermione de son eternel ton sérieux.

« Oh ça va Hermione. Tu es médicomage, tu as un super salaire. » rappela Ginny. « On peut se permettre un excès. Faisons-nous plaisir. »

« Tu vois Ginny, c'est exactement ça ton problème. Tu vis au-dessus de tes moyens. »

Ginny voulut protester mais Hermione ne lui en laissa pas l'occasion :

« Ginny, tu le sais autant que moi, ne dis pas le contraire. »

« Je ne prétends pas le contraire mais je trouve que tu exagères la situation. »

« J'exagère la situation ? » répéta Hermione avec un rire sans joie. « Tu es incapable de sortir d'un magasin sans avoir acheté quoi que ce soit. »

« Alors, ça c'est faux ! » répliqua Ginny. « La preuve, ce matin ! »

« Ce matin ils t'ont chassé du magasin ! » s'exclama Hermione avec impatience.

Elle soupira une nouvelle fois.

« Récapitulons les faits, veux-tu ? L'année dernière, tu as reçu ton héritage... »

En effet, onze mois auparavant, Ginny avait été convoquée chez un notaire pour prendre un dépôt reçu d'une vieille cousine que Ginny n'avait jamais rencontré, Gislena Weasley. Apparemment, cette dernière avait toujours vécu en recluse dans un village du nord de l'Irlande. Comme elle détestait les hommes (de sa famille y compris) et qu'elle ne s'entendait guère avec sa cousine Muriel, elle avait légué tout ce qu'elle possédait à son éloignée et unique nièce (bien qu'elle ne l'ait jamais rencontrée) Ginny. Sa fortune s'élevait à quatorze mille gallions, ce qui représentait une somme colossale pour quelqu'un qui avait toujours vécu dans les difficultés financières.

« ...héritage que tu as dilapidé en une période record, soit-dit-en passant. » poursuivit Hermione.

Lorsque Ginny avait empoché sa nouvelle fortune, elle en avait donné une partie à ses parents, avait fait des cadeaux à ses frères et à leurs familles et avec le reste...et bien elle s'était faite plaisir. Elle avait emménagé dans un appartement qu'elle louait trois fois plus que celui dans lequel elle vivait auparavant, avait entièrement refait sa garde-robe (plusieurs fois) et était beaucoup sortie. Son héritage avait eu du mal à suivre le rythme et aujourd'hui, même pas après une année, il ne lui restait pas un seul gallion. Juste deux noises.

Lorsqu'il s'agissait d'argent, Ginny dépensait sans limites. Ses proches trouvaient cela étrange elle avait été élevée dans une famille financièrement défavorisée et s'était toujours contentée du peu qu'elle avait. Au vu de cela, il semblait logique qu'elle ne soit pas sujette aux dépenses superflues. Mais ce n'était pas ce comportement qu'avait adopté Ginny. Son enfance et son adolescence l'avaient d'une certaine manière marquée et la peur de manquer de quoi que ce soit, matériellement parlant, s'était développée en elle. Elle savait qu'acheter toutes ces choses superficielles était inutile, qu'elles n'étaient pas nécessaires à son existence, mais elle n'arrivait pas à s'en empêcher. Hermione parlait même de trouble pathologique pour qualifier ce comportement, et cela avait suffit à épouvanter Molly, la mère de Ginny.

« Si tu avais un emploi, je pourrais comprendre mais tu es incapable de garder un boulot. »

« Ce n'est pas de ma faute. Je n'y peux rien si mes employeurs sont des idiots. » répliqua Ginny.

« Et l'avocat pour lequel tu as travaillé jusqu'au mois dernier ? J'avais cru comprendre que le salaire était bon ? »

« Il me harcelait sexuellement. Il m'a mis la main aux fesses. »

« N'y avait-il pas des circonstances atténuantes ? »

« Absolument pas. » répliqua Ginny avec mauvaise foi.

Hermione parut sceptique.

« D'accord, j'ai trébuché et il m'a empêché de chuter. Mais enfin, ses mains étaient bien là où elles étaient, c'est-à-dire sur mon derrière ! Et puis il me regardait bizarrement. Je suis sûre que c'était un pervers. »

« Et la femme précédente, elle aussi te harcelait ? » demanda Hermione.

« Elle me faisait faire des tâches dégradantes. Je devais lui faire son café, classer ses papiers, emmener ses filles partout. Je ne suis pas un elfe de maison. »

« Tu étais sa secrétaire, c'était ton rôle. Et puis ces tâches n'ont rien de dégradant. De plus, ça me tue de t'entendre comparer les tâches dérisoires que tu faisais au travail épuisant et injuste que des centaines de milliers d'elfes sont contraints d'effectuer chaque jour sans salaire et sans même bénéficier de conditions de travail décentes ou même de... »

« OK Hermione. Je ne peux pas comparer ce que j'ai fait et ce que les elfes de maison endurent au quotidien. J'ai compris mais par pitié, arrête. » supplia Ginny d'une voix plaintive.

Elle ne savait que trop comment Hermione s'emportait lorsqu'il s'agissait du traitement que subissaient les elfes de maison. Elle était intarissable sur le sujet.

Hermione secoua la tête et lança :

« Tu ne sais pas la chance que tu as de trouver du travail aussi rapidement. Il y a des gens qui feraient n'importe quoi pour pouvoir travailler et toi tu n'es pas capable de te restreindre pour en conserver un. »

En effet, Ginny n'avait jamais eu de difficultés pour trouver un emploi. Il ne lui fallait, en général, que quelques semaines de recherche. Non, en réalité, le problème était vraiment de le garder.

Le maximum qu'elle avait atteint pour un même emploi était une durée de six mois ( et cela parce qu'elle avait eu la possibilité de travailler à domicile.) Il y avait toujours quelque chose qui clochait. Ou bien elle ne s'entendait pas avec ses employeurs et ses collèges ou les horaires de travail ne lui convenaient simplement pas. Parfois même, elle démissionnait sans raison apparente, suivant son humeur. Elle n'aimait tout simplement pas travailler. Les contraintes que lui fixaient un emploi ne lui plaisaient guère. Se réveiller à telle heure pour ne pas être en retard, se dépêcher de rendre tel ou tel document pour ne pas être en retard, elle détestait cela. Elle n'aimait pas être stressée et pressée.

« Il faut que tu comprennes que c'est toi qui doit t'adapter au rythme d'un bureau ou aux exigences d'un employeur. On ne va pas changer les règles de tout un système selon ton bon vouloir, Ginevra. C'est à toi de faire certaines concessions. »

« Je sais Hermione... » admit-elle.

L'idée ne lui plaisait pas vraiment mais elle n'avait pas le choix.

« On peut commander maintenant ? » demanda-t-elle ensuite avec un sourire.

Lorsqu'elles quittèrent le restaurant plus tard, Hermione tendit une bourse à Ginny.

« Qu'est-ce que c'est ? » s'étonna-t-elle.

« Une petite aide. » répondit Hermione. « Ça devrait te permettre de tenir jusqu'à la fin du mois. »

« Non Hermione, je n'ai pas envie de mendier ! » refusa Ginny en essayant de lui rendre sa bourse.

Mais celle-ci secoua obstinément la tête.

« Ne dis pas de bêtises Ginny, tu n'es pas en train de mendier. Je suis ton amie et cela implique que je te dépanne, y compris dans les pires galères non ? »

« Oui mais quand même... » dit piteusement Ginny.

Elle était embarrassée de devoir accepter de l'argent de la part d'Hermione.

« C'est décidé Ginny. Et puis tu n'as pas d'autres solutions dans l'immédiat. Sinon tu seras forcée de retourner chez tes parents et je sais à quel point l'idée te révulse. »

S'il y avait quelque chose à quoi Ginny tenait précieusement, c'était son indépendance. Elle avait quitté le domicile familial assez tôt, même avant son frère Ron et s'était toujours débrouillée seule. Cela n'avait pas toujours été très évident mais elle s'était toujours interdit de demander quoi que ce soit à ses parents. Ils n'avaient plus de difficultés financières certes, mais Ginny tenait à avoir une autonomie sur tous les aspects, surtout le financier. Son héritage avait été un véritable cadeau du ciel mais comme l'avait dit Hermione, elle l'avait dilapidé. Et pas de la manière la plus intelligente qu'il eut été. A présent, elle se retrouvait au même stade qu'au début, c'est-à-dire totalement fauchée.

« Très bien. Mais je te rembourserais bientôt. » concéda finalement Ginny.

« Ne t'en fais pas pour ça. » la rassura Hermione. « Mais je t'en prie Ginny, essaye de faire un effort et de ne pas tout gaspiller inutilement. Pas de shopping jusqu'à ce que tu retrouves du boulot et que tu sois sortie de cette situation d'accord ? »

« D'accord. » répondit Ginny.

« J'essayerai de t'envoyer des offres d'emploi demain. Je sais que ça ne t'enchante pas mais tu n'as pas le choix et puis c'est du provisoire. »

Elle lui adressa un sourire encourageant.

« Il faut que je retourne à l'hôpital. Tu m'écris pour me tenir au courant ? »

Après être assurée que Ginny lui écrirait, Hermione consentit à retourner à Ste-Mangouste.

Ginny soupira. Les prochains jours s'annonçaient difficiles. Elle transplana à son tour, à son appartement cette fois. Elle se dirigea directement vers sa chambre et sortit la bourse de son sac à main. Elle s'installa sur son lit et commença à compter le contenu. Il y avait deux-cent cinquante gallions à l'intérieur. Merci Hermione, songea-t-elle avec contentement. Cet argent devrait lui suffire le temps qu'elle trouve à nouveau du travail. Elle pourrait même faire un tour dans la boutique dans laquelle elle s'était fait injustement chasser pour chercher cette paire de bottes qui avait causé tant d'histoires. L'idée lui paraissait irresponsable mais également très tentante. Trente gallions, ce n'était absolument rien, se dit-elle. Il resterait deux-cent vingt gallions, elle tenterait bien se débrouiller avec.

Alors qu'elle venait de se décider à retourner au magasin, un claquement à la fenêtre se fit entendre. Elle leva les yeux et fronça les sourcils lorsqu'elle vit un hibou au bord de la fenêtre. Elle agita sa baguette vers la fenêtre et celle-ci s'ouvrit, laissant au hibou la possibilité de s'engouffrer dans la pièce. Ginny se redressa et attrapa la lettre qu'il laissa tomber avant de s'envoler à nouveau. Ginny grimaça. Elle savait à qui appartement le hibou : au propriétaire de son appartement. Elle déplia le parchemin avec appréhension et le parcourut des yeux à contrecœur. En terminant la lecture, elle jura.

« Oh Merlin... » gémit-elle.

Elle venait de recevoir un avis d'expulsion. Si elle ne réglait pas les quatre mois de loyers précédents sous trente jours, elle devrait prendre toutes ses affaires et libérer l'appartement. Elle jeta un regard dépité à la bourse de gallions. Son projet d'escapade au Chemin de Traverse venait juste de tomber à l'eau. La situation devenait désespérée. Elle était à peine capable de se payer de quoi manger, comment allait se débrouiller pour régler quatre mois de loyer ?

Ce soir-là, elle pria Merlin pour un miracle. Et curieusement, même si elle ne s'en rendit pas compte, sa requête fut entendue.

FIN DU CHAPITRE

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