Et bien me revoilà dans une nouvelle fic qui traine depuis plusieurs mois déjà ! J'espère que vous m'avez pas tous oubliée, et surtout que vous allez bien. Moi je passe mon bac dans maintenant 18 jours. Le stress monte, j'ai déjà fait quelques épreuves, c'est assez éprouvant. Mais bon, l'année prochaine ce sera encore pire. Donc en attendant, je vous poste un nouvel OS en deux parties, toujours du HP/SS bien sûr.

Disclaimer : Tout appartient à J.K Rowling, et je ne tire aucun bénéfice cupide dans cette histoire.

Warning : T

Pairing : HP/SS

Bonne lecture à tous !


« Dans chaque cri d'effroi d'un enfant, j'entends les chaînes forgées par l'esprit » William Blake

Harry Potter s'ennuyait ferme dans sa chambre capitonnée et blanche crème. Les murs se ressemblaient tous, et n'offraient aucun repos à l'esprit frivole de l'adolescent qui commençait à sortir de cette période furieuse. Enfin c'est ce que le monde sorcier croyait. Comment un petit garçon qui apprend à onze ans qu'il est destiné à tuer le plus puissant sorcier qui existe, peut-il avoir une adolescence normale ? Il ne peut pas, c'est une évidence.

Enfin l'adolescence d'Harry Potter, n'était pas le sujet le plus important. Il n'était pas celui qui était sur toutes les lèvres. Le monde sorcier était scandalisé du récent internement de son Sauveur. Officiellement, il y était pour fatigue psychique. Officieusement, les médicomages l'avait diagnostiqué bipolaire à tendance paranoïaque.

Harry ricana fortement dans sa chambre. Ce terme ne voulait strictement rien dire, ce n'était que des mots pour décrire ses crises de folies. Comment deux petits mots pouvaient-ils décrire l'air qui déchirait ses poumons quand il hurlait dans sa chambre ? Comment pouvaient-ils donner la profondeur de ses cauchemars qui avaient la couleur du sang et l'odeur de la chair carbonisée ?

Bam.

La balle tapa le mur et rebondit pour atterrir dans les deux mains de l'adolescent qui était depuis plus de quatre heures dans cette chambre. Ça le rendait nerveux et colérique. Il se sentait à l'étroit, même s'il avait une des chambres les plus spacieuses du fait de son statut. Putain, même dans les hôpitaux, on faisait du favoritisme. C'était Hermione qui avait exigé cette chambre pour qu'il y soit bien. Être bien. Enfermé dans une chambre blanche qui vous rappelait à quel point on était noir à l'intérieur.

Oui, sa meilleure amie avait totalement raison. Il irait bien mieux après cela, il ne serait pas du tout encore plus fou.

BAM.

La balle retapa cette fois-ci encore plus fort, et le gardien qui se trouvait derrière la porte frappa deux légers coups pour faire signe à Harry de se calmer. L'adolescent l'ignora totalement. Il avait envie. Envie de quoi déjà ? Ah oui. De sa baguette, qu'il n'avait plus vue depuis quelques mois déjà, et d'un bon rail de coke. Il soupçonnait fortement la poudre blanche d'avoir accentué ses crises quand il était en manque. Mais elle le soulageait aussi pendant les nuits, elle l'empêchait d'avoir des cauchemars. Vraiment le monde moldu est rempli de chose très intoxicante.

Ces 1 an passé dans un monde qu'il n'avait jamais apprécié, avait été en réalité la plus bonne année de sa vie. Pouvoir ne plus penser à rien, juste sentir la drogue infiltrer le sang et attaquer les neurones pour les exciter à son plus haut niveau. Harry voulait planer à nouveau, il en avait besoin. Et son corps commençait à le crier très fort.

Il commençait à trembler et avoir des gestes saccadés. Même lorsqu'il essayait de lancer sa balle moins fort, elle tapait le mur avec violence. Il attrapa une dernière fois la balle et se dit que ça commençait à bien faire. Qu'il était l'heure de sortir.

Il posa rapidement la balle sur son lit et s'approcha d'un pas de loup vers la grande porte blindée magique qui coupait sa chambre du reste du monde. Harry leva un sourcil. Il n'avait jamais vraiment étudié comment fonctionnait cette porte. En réalité, c'était un peu le même système qu'à Poudlard. Des sortes de cadenas entremêlés dans la porte qu'on ne désactivait que par magie. Le Sauveur ferma ses yeux verts et passa sa main sur la porte.

Un petit sourire fin s'étira sur ses lèvres. Un système qui se voulait compliquer, mais qui était très simple pour quelqu'un de son niveau magique. Sa main droite se leva, son index toucha avec force le haut de la porte, puis il descendit ainsi jusqu'à la fin de la porte. A chaque passage il pouvait sentir sa magique s'infiltrer entre les petites serrures des sécurités, mais aussi il pouvait sentir qu'il les éclatait les unes après les autres.

En quelques secondes, il arriva à ouvrir complètement la porte. Il tourna la poignée et se retrouva face à face au gardien choqué et interloqué de voir la porte s'ouvrir. Harry remarqua avec dégout que le regard marron de l'homme était totalement paniqué. Personne ne devait jamais avoir réussi d'ouvrir cette porte.

Il essaya de sortir sa baguette, mais il était d'une lenteur incroyable tellement il était paniqué. Le Golden Boy soupira et le stupefixia en le pointant du doigt en même temps qu'il prononçait le sort. La magie sans baguette ça avait toujours du bon.

Harry le laissa à terre tel un cadavre, s'accroupit à côté de lui et commença à le déshabiller. En observant les affaires, il pesta vivement. En passant son premier bras, il soupira quand son pressentiment se fit véridique. Les affaires étaient dix fois trop grandes. Peu importe, on ferait avec. Il enfila le reste, remarqua qu'il avait perdu un peu de poids – ce qui n'était pas étonnant avec tout les médicaments qui le faisaient vomir – et enfila la casquette pour cacher sa cicatrice ses yeux.

Il s'enfonça dans les couloirs de St Mangouste, croisa plusieurs médicomages mais personne ne fit attention à lui, même s'il flottait dans ses habits. Harry remarqua à quel point les sorciers avançaient dans leur monde, sans jamais vraiment se soucier des autres. Tout le monde l'avait remercié de l'avoir sauvé, mais combien de personne l'avait vraiment remercié d'avoir sauvé toute la communauté sorcière ?

Pas grand monde. Même quasiment aucune personne, à part peut être le Ministre de la Magie, mais c'était son boulot de parler pour tout les sorciers. En réalité au fond de ses yeux, il soupirait de soulagement d'avoir sauvé sa peau.

Harry pesta tellement contre ses pestiférés suceurs de moelle, qu'il ne remarqua pas qu'il avait tourné au mauvais endroit. St Mangouste était immense. Il ne valait mieux pas se perdre. Et il ne connaissait qu'un seul coin, pas le plus glorieux évidemment. Il leva ses grands yeux verts, et lit sur les écriteaux qu'il était tombé sur le service de kinésithérapie. Hermione lui avait parlé rapidement de ce service qui accueillait certains héros de guerre qui avaient perdu des bouts de muscles, ou qui avaient été mutilé.

Dans un soupir, il roula des yeux. Il n'avait pas vraiment envie de revoir toutes ces têtes de cons qui l'idolâtraient à outrance. Pourtant un cri qui ressemblait plus à un grognement attira son attention. Il s'engouffra dans une porte qui donnait sur une salle qui était séparée par une vitre avec ce qui avait l'air d'être une salle de rééducation. Il salua d'un signe de tête une médicomage, qui sans faire attention le lui rendit amicalement.

Derrière la vitre, certaine personne s'affairait à essayer de marcher ou même à essayer de se mettre debout. Harry eut un haut le cœur. Même après un an après la fin de la guerre, il y en avait encore à l'hôpital qui n'avait pas retrouvé une vie normale. Alors que lui l'avait gâchée. Enfin ça, du moins ce qu'on lui reprochait. Il s'était proprement éclaté.

Planer. Il voulait planer.

Il secoua la tête, oublia les sensations et se concentra sur d'où venait les cris. La médicomage à qui il avait dit bonjour soupira en disant que toute l'équipe ne supportait plus ce patient qui ne faisait que rouspéter toute la journée. Harry se demanda qui s'était et en penchant la tête, il put voir la silhouette. Rapidement il la reconnut et son cœur s'arrêta brusquement, avant de redémarrer et de lui envoyer une décharge d'adrénaline dans ses neurones.

Une silhouette reconnaissable entre mille. Une grande taille, d'une finesse improbable, une blancheur cadavérique, des cheveux noirs corbeaux et une voix rauque qui ne criait que des remontrances depuis maintenant dix minutes.

Snape. Severus Snape. C'était ce putain de maitre de potion qui essayait de marcher dans un coin de la salle. Il était seul avec sa médicomage. Harry se dit en ricanant que c'était parce qu'il dérangeait les autres patients. Son cœur se calma rapidement, et il se dit que ca faisait depuis la fin de la guerre qu'il ne l'avait pas vu. Il avait réussi à stopper l'écoulement de sang après que l'attaque de cet affreux serpent. Qui avait l'air d'avoir laissé des traces, vu l'endroit où était cet homme.

Harry n'avait jamais su ce qu'était devenu Snape après, et cela lui fit presque plaisir de le voir. Il fronça les sourcils à cette sensation. Ca faisait longtemps que quelque chose ne l'avait pas enjouée. La vie ne l'intéressait plus, il s'était entre autre défoncé pour retrouver des sensations de vie puissantes. Sensations qui étaient encore disparues petit à petit. Et voir simplement Snape, lui faisait plaisir. Etrange.

Enfin pas tellement. Cet homme avait toujours été sa colle lorsqu'il l'entrainait. Toujours le remettre à sa place, en lui rappelant qu'il n'était pas génial et qu'il était un sorcier comme les autres qui n'avaient juste pas eu de chance. Ben voyons comme si sa vie se limitait à un manque de chance. Pourtant le ton sec de Snape l'avait toujours remis dans le droit chemin.

Le Sauveur rit intérieurement. Il devait avoir vraiment changé pour se dire que le caractère ronchon de Snape était… vivifiant. Oui c'est le mot, vivifiant. Et il n'avait pas l'air de l'avoir perdu ce caractère. Le ton monta encore plus haut avec la jeune femme qui l'accompagnait. Il avait l'air de ne plus pouvoir avancer et ses bras étaient raides et rouges. Ce n'était pas bon.

Harry qui avait essayé de devenir Auror après la fin de la guerre – et qui avait abandonné au bout de deux mois – savait qu'il ne fallait pas trop éprouver les bras. Quand les jambes ne répondent plus, le corps envoie toutes ses forces dans les bras qui doivent tout gérer et soutenir tout le corps. Et très vite les muscles se fatiguent. Les bras de Snape risquaient de lâcher, si la médicomage ne mettait pas un terme à cette dispute.

Mais elle avait l'air têtue, et surtout un peu idiote. Les bras, et leur prolongement, les mains étaient ce qu'il y avait de plus important pour un maitre de potions. Malgré tout l'animosité qu'il y avait entre eux, Harry eut envie de lui éviter cette frustration de plus.

Sans demander l'autorisation à la jeune femme derrière lui, Harry entra dans la salle d'un pas vif et assuré. Les autres patients levèrent les yeux pour voir qui était entré, puis ne s'en formalisèrent pas quand ils virent la blouse blanche. Il arriva rapidement à l'endroit où l'exercice se déroulait – l'exercice de la barre – et put attraper un morceau de la conversation.

« Ouvrez bien ces horreurs qui vous servent d'oreilles. Cela fait bientôt deux heures que je suis ici. Je pense être assez compétant mentalement pour juger du fait que je ne peux plus avancer ! » grogna Snape en essayant malgré tout d'avancer un pied, sans succès. Rien ne répondait.

La médicomage soupira et mit ses mains sur les hanches pour montrer son mécontentement. Snape avait l'air de s'en contreficher, ce qui n'échappa pas à la jeune femme qui se fit presque menaçante.

« Nous sommes sur cet exercice depuis un mois, Monsieur Snape. Et vous vous arrêtez toujours à la moitié. Vous devez avancer, sinon vous ne recouvrirez jamais l'usage de vos jambes.

- Et bien soit ! La paralysie est meilleure pour ma santé mentale que vos cris incessants. Déguerpissez ! » s'emporta Snape.

La jeune femme ouvrit grands ses yeux, choquée des mots de l'homme en face d'elle. Harry ricana. Snape avait du beaucoup se retenir avec la jeune femme si elle n'était choquée que par ses simples mots. Elle hésita quelques temps entre partir et rester, et le Sauveur se dit qu'elle était vraiment incompétente. On n'abandonne jamais son patient comme cela.

Vexée, elle se retourna pour partir et ne vit pas que la jambe droite de Snape ne le soutenait pas. Il perdit rapidement l'équilibre et dans un juron tout son corps tomba du côté droit. Harry retrouva vite les réflexes qu'il avait acquis durant la guerre et rattrapa, non sans mal, le corps qui était en train de sombrer. Le médicomage se tourna rapidement et fut surprise de voir un de ses collègues rattraper son patient. La culpabilité commença à la submerger.

Sa surprise n'égala pas celle de Snape qui sentait un petit corps qui arrivait à le soutenir. Un corps masculin. Il le sentait à la prise forte qui se faisait sur ses hanches. Mais il n'avait jamais vu d'homme par ici, c'était étrange. Il sentit une fine main blanche lui prendre sa main droite fermement. Elle la conduisit sur la barre de droite et confiant, l'ancien de maitre de potions reprit son ancienne position.

Il voulut remercier le petit médicomage, mais l'homme ne le lâcha pas. Il allait tourner la tête pour demander des explications, quand il entendit une voix autoritaire.

« Ne vous retournez pas » Snape leva un sourcil suite à l'ordre prononcé, mais ne désobéit pas. Il regarda droit devant lui. « Maintenant, visualisez votre jambe droite » Nouveau haussement de sourcil. « Faites-le »

Snape baissa les yeux et observa sa jambe noire qui était moulée dans un pantalon noir. Il eut envie de vomir devant des membres encombrants qui ne lui servaient à rien, à part à crever un peu plus chaque jour. Il s'obligea à la regarder quelques secondes, avant que ça ne devienne trop insoutenable. Il releva les yeux dans un mouvement contrôlé et fier.

Harry le remarqua. Il le connaissait tellement bien. Il savait qu'une bouffée de haine contre lui-même parcourait ses veines et faisait des tours entiers dans son système sanguin. La faiblesse. La hantise de cet homme qui était un des plus forts qu'il avait connu. Ses yeux verts pétillèrent et il se sentit sourire – ô rareté- contre le dos de l'homme qui l'avait tant guidé.

Il allait l'aider à marcher. Il devait marcher. C'était inéluctable, il allait marcher.

« Fermez les yeux désormais » murmura la voix masculine. Snape eut un mouvement d'appréhension mais se calma aussitôt quand il sentit la prise des petits bras se raffermirent à sa suite. Il ne savait pas pourquoi, mais son instinct lui disait qu'il pouvait avoir confiance en ce jeune homme. Il ferma ses orbes de nuit et attendit d'entendre le timbre de voix de nouveau. « Sentez-vous la haine qui s'est infiltré en vous ? Sentez-vous cette pulsion de destruction qui agresse vos sens ? » L'homme frissonna. Comment le garçon pouvait aussi bien décrire ses sentiments ? « Capturez-la. Enfermez-la dans votre esprit. Faites le vide. Puis faites la exploser et dirigez-la directement dans vos jambes » claqua la voix de Harry.

Snape se concentra pour faire ce qu'on lui avait dit. Il était expert en Legilimencie, faire le vide dans son esprit était chose aisée dans son esprit. Mais laisser ressortir tout ses sentiments en une explosion de magie et de signal nerveux, était un peu plus compliqué. Il arriva à la dernière étape, voulut demander une explication plus claire à celui qui l'aidait mais oublia complètement tout quand il sentit une main sur sa hanche et une autre sur la trace de morsure qui mutilait son cou.

« MARCHEZ SNAPE ! » hurla Harry dans la salle.

Un silence de mort se fit directement dans la salle. Tous les patients se concentrèrent sur les jambes de Snape. La jeune médicomage observa de manière perplexe son patient, puis écarquilla les yeux avant de franchement pleurer quand le maitre de potions leva sa jambe droite pour enfin avancer. Harry sentit le membre regagner vie également et sourit franchement cette fois-ci en lâchant la pression sur le corps qu'il tenait.

Il n'avait plus besoin de lui désormais. Snape leva doucement sa jambe et la reposa doucement mais lourdement. Il retrouva vite ses réflexes. Il se servit de tout ses muscles, prit appui sur ses bras et avança la jambe gauche pour la reposer de la même façon. Ce n'était pas parfait mais il marchait. Il était parti. La médicomage se mit à la fin du parcours et l'attendit dans un torrent de larme. Harry secoua la tête. Il ne fallait pas pleurer. Il fallait sourire, au progrès de cet homme.

Snape n'ouvrit pas les yeux de tout son parcours. Comme s'il était parcouru d'une magie divine qui donnait l'ordre à ses jambes d'avancer, il continua sans s'arrêter sous les yeux effarés des médicomages et les yeux envieux des autres patients. Arrivé à la fin, la jeune femme mit sa main sur ses épaules. Snape sursauta et ouvrit brutalement les yeux. Il lui fallut quelques temps pour s'habituer à la lumière et retourna à la réalité sous un tonnerre d'applaudissement de la part des autres malades.

Il n'y prêta pas attention, quand il se rappela que quelqu'un l'avait aidé. Il se retourna vivement – du mieux qu'il put – et vit la petite silhouette qu'il le regardait avec un grand sourire. Des lèvres remplis de soleil. Ce sourire il l'avait déjà vu quelque part, sinon il n'aurait pas son cœur en train de battre à deux cents à l'heure. Il battait de fierté, de soulagement, d'espoir, mais aussi de reconnaissance par rapport à ce petit brun à qui on ne pouvait pas voir ses yeux.

« Qui êtes-vous ? » demanda Snape en fronçant les sourcils.

Harry ricana quelques instants en se demandant s'il fallait bien de donner son identité maintenant. Les médicomages donneraient tout de suite l'alerte, et il était définitivement bon pour une semaine d'enfermement. Enfin. Peu importe. Il voulait revenir ici sous sa vraie identité. Il ne savait pas très bien pourquoi, mais voir Snape marcher lui avait redonné espoir par rapport à la vie. Son cœur battait, ses yeux se remplissaient de larme, ses lèvres s'étiraient. Il était vivant.

Sous les yeux de son ancien maitre de potion, le Survivant retira sa casquette. Le visage de Snape passa par toutes les émotions possibles. Il fronça d'abord les sourcils pour voir le visage qui se dévoilait. Puis sa bouche s'était tordue quand il avait reconnu l'agaçante touffe noire, et enfin il était devenu complètement blême quand il avait évidemment attrapé les parfaits yeux de jade.

« Potter.. » souffla doucement l'homme en noir tout en fixant le jeune garçon. Il ne pouvait s'en détacher. Et Harry lui rendit bien son regard insistant, sachant bien que ses yeux verts ne le rendaient pas indifférent. Chacun des deux ne remarquèrent pas les médiomages en train d'arriver en masse pour venir chercher le Survivant qui s'était enfui en agressant un médicomage et désactivant les sécurités de sa porte.

Harry le remarqua un peu en retard, il se réveilla de sa contemplation des orbes noirs quand il fut attrapé par les bras pour se faire trainer de la pièce. Il se concentra une nouvelle fois sur l'homme toujours surpris, lui fit un signe de main et lui promit de revenir. Enfin… Quand il pourrait.

HPHPHPHPHPHP

« Monsieur, pourquoi ne pas avoir directement envoyé des gardes aller chercher Potter ? Nous avons des caméras dans toute sa chambre…

- Le vœu du vieux est en train de se réaliser, je ne pouvais pas interférer là dedans. Faites ce que je vous dis, et tout ira bien, messieurs » souffla le blond cendré en soufflant sa cigarette contre les parois de l'écran qui montrait que Potter était en train de se faire raccompagner dans sa chambre. Tout en écrasant sa cigarette, il sourit calmement et fut satisfait de sa pause. On ne pouvait pas fumer dans ce putain d'hôpital. Et puis, ça avait commencé à bouger.

HPHPHPHPHPHPHP

Une semaine après sa petite escapade, Harry était presque libre de tous ses mouvements. Il était toujours enfermé, une bonne partie de la journée s'il recommençait ses crises de colère, mais elle s'amenuisait. Il pouvait parcourir St Mangouste comme bon lui semblait, et marcher dehors lui faisait un bien monstre. Mais ce qu'il préférait par-dessus tout c'était se rendre dans la salle de rééducation.

Depuis l'arrivée du jeune homme, les progrès du maitre des potions étaient édifiants. Dès que l'adolescent entrait dans la pièce, tout son monde se transformait en colère et en volonté de gagner. Il ne devait pas montrer de faiblesse devant le gosse qu'il avait entrainé si dur à contrôler ses émotions et à gagner. Il n'avait pas le droit de tomber. A force de travail, en une semaine, la mobilité de son genou droit était devenue très satisfaisante.

Harry avait appris de la jeune médicomage que les difficultés de Snape à marcher étaient dues au venin du serpent qui s'était infiltré dans ses nerfs. Pendant les opérations, on avait du magiquement les éteindre, les purifier, et puis enfin les reconnecter au cerveau et à la moelle épinière. Mais une fois coupés, les cerveaux les considèrent directement comme mort et doit réapprendre à les utiliser. Surtout quand la personne reste en convalescence pendant de long mois.

Le Golden Boy avait fait une moue dégoutée et s'était dit que oui, Snape était un homme très courageux. Il avait continué à l'encourager rien que par sa présence. Presque aucun mot était échangé dans cette pièce où tout n'était que sueur, concentration, magie crépitante de volonté et de cris retenus. La voix du jeune homme ne s'élevait que pour prévenir qu'il devait y aller, ou de rare fois pour dire à Snape qu'il devait se reprendre. L'homme en noir ne répondait rien. Il levait un sourcil, faisait un sourire plat comme il savait les faire et retournait à son exercice.

Harry savait que c'était un moyen de se protéger. Il ne devait surement pas comprendre ce qu'il faisait ici à l'aider psychologiquement chaque après-midi après manger. Comme à son habitude, l'homme plus âgé mettait une distance pour ne pas trop devenir dépendant de sa bouée.

Mais Harry ne voulait pas partir. Et encore une fois, une semaine après, il était encore là, sur sa chaise. Il regardait la jambe droite de Snape. Elle se mouvait tellement mieux, l'homme n'avait presque plus besoin de l'appui de son bras droit. Sa jambe gauche avait par contre plus de mal et le bras gauche avait l'air de beaucoup plus souffrir. Après chaque séance, la médicomage – prénommée Rose, Harry lui avait demandé en arrivant – appliquait un baume sur les bras de l'ancien professeur.

Sauf qu'il ne voulait jamais qu'elle applique sur le bras gauche. Elle ne comprenait pas vraiment pourquoi, mais l'adolescent avait tout de suite tiqué. La marque des ténèbres était sur l'avant bras gauche. Même si Voldemort était mort, il reste toujours un fantôme de trace. Il l'avait remarqué chez certains cadavres de mangemorts qu'on avait récupéré après la fin de la guerre.

La honte de Snape. Son fardeau éternel gravé dans sa chair blanche. Son venin n'est que le prolongement du propre poison qu'il s'est infligé au moment de son adolescence.

Harry n'en avait cure. Snape restait Snape. Que ce soit avec sa marque ou pas. Il n'était pas là pour faire la morale à Snape. Il ne savait pas trop pourquoi il était là en fait. Il en avait presque besoin maintenant, cela lui faisait un bien fou. L'homme devait se battre de façon physique, donc dès qu'il avançait cela se voyait directement. Alors que lui ? Qui peut voir ses progrès ? Le peut-il seulement lui-même ?

Ses yeux verts se posèrent sur ses mains, et soudainement il eut fortement envie de vomir. Pour la première fois il ne se sentait pas vraiment à sa place dans cette pièce aux mille couleurs. Où tout le monde souriait dès qu'il y avait un patient qui réussissait à avancer. Chaque séance avait ses éclats de rire, où Harry n'était jamais convié. Peut importe. Il détestait la vie, il détestait cette hypocrisie crasseuse, il détestait Hermione de l'avoir enfermé ici, il détestait le fait de ne plus avoir de poudre, il détestait le fait de ne plus contrôler sa vie et…

Une serviette froide se posa sur son crâne. Harry sursauta au contact de la fraicheur et fut rapidement sortit de sa transe. Il leva les yeux, et croisa ceux de Snape qui le regardait d'un air étrange. Il aurait presque lire de l'inquiétude. Mais il ne savait pas trop si en réalité c'était plus de la fatigue. Ca faisait deux heures qu'il était en train de travailler.

Rose cria qu'elle s'absentait pour aller chercher quelque chose, mais l'homme en noir n'eut pas l'air de l'écouter. Il resta concentré sur l'adolescent qui attrapa la serviette et se la passa sur le visage en tentant de se rafraichir. Il était encore parti en transe. Il n'aimait pas cela, se laisser aux pensées sombres qui entrainent forcément vers le fond du gouffre.

« Merci » murmura Harry en tendant la serviette à l'homme qui en avait une autour du cou, dans un sourire triste.

« Ce n'est rien Potter. J'ai juste mis vingt minutes pour vous en apporter une. Vous ne répondiez pas quand on vous appelait » soupira Snape en s'asseyant sur la chaise voisine à Harry. Il eut un peu de mal à s'assoir mais réussit finalement grâce à l'appui de sa canne qui compensait l'handicap flagrant de sa chambre gauche. Harry se sentit vaguement mal de l'avoir fait marcher autant pour lui.

« Excusez-moi. J'étais… perdu dans mes pensées.

- C'est ce que j'ai cru comprendre oui. Cela vous arrive souvent ?

- Plus ou moins. Quand je suis en manque.

- En manque de qu…

- Pourquoi ne pas avoir utilisé votre fauteuil roulant pour venir ? » coupa rapidement Harry qui s'était trop laissé aller au confession. C'était trop, il fallait arrêter de parler de lui maintenant.

Snape leva un sourcil interrogateur et comprit rapidement que le jeune Potter ne voulait pas en parler. C'était surement pour cela qu'il était ici. Il avait demandé à beaucoup de médicomage, pourquoi le jeune héros était interné dans la section psychiatrie, mais tout le monde lui avait répondu évasivement. Personne ne savait ce qu'il avait vraiment. Et parait-il, l'entourage du brun avait expressément demandé que personne soit vraiment au courant.

C'était vraiment si terrible que ça ? Snape n'en avait en réalité cure. Si Potter avait ses problèmes, c'était les siens. Il n'avait pas envie d'y être mêlé. En plus au départ, il aurait cru que c'était des problèmes d'adolescent attardé mais il commençait sérieusement à en douter vu comment le jeune homme avait changé. Potter avait un regard plus froid, plus glacial qui lui offrait une nouvelle maturité plus masculine.

Très encourageant. Mais il avait aussi surtout l'air perdu et massacré par la vie.

Snape sortit de ses pensées en se souvenant de la remarque du gosse. Il tourna la tête et attrapa du regard le fauteuil roulant qui était stationnée à côté des barrières. Il haïssait cet appareil presque autant que ses jambes inutiles. Mais si elles commençaient à se mouvoir correctement. Quand il était assis dedans, il avait l'impression que tout le monde le regardait de haut. Lui, l'ancien mangemort, tueur d'un des plus grands sorciers de tout les temps.

« Je ne suis plus un légume. Je peux me déplacer sur mes deux jambes, même si cette entreprise me prend du temps » claqua Snape, les sourcils froncés. Il fixait encore l'objet.

Harry sourit légèrement. Typiquement Snapien de haïr les objets qui lui rappelait sa faiblesse. Il s'était rapidement compte de l'absurdité de la question après l'avoir posée. En fait il n'avait pas réfléchi, c'était surtout un moyen d'échapper à la conversation qui dérivait dangereusement sur lui.

« En plus, je n'en ai désormais plus besoin. Grâce à St Potter qui est toujours là pour secourir les âmes en détresse » siffla la voix acide de l'homme.

L'adolescent se sentit insulté, et planta ses yeux verts offensés dans ceux de Snape. Alors ainsi l'homme croyait qu'il n'était pour lui qu'une âme de plus à aider. Il y a quelque temps ça aurait pu être vrai, mais plus maintenant. Les autres sorciers pouvaient bien s'écrouler à côté de lui, il ne viendrait pas les aider. Les yeux noirs cherchèrent une réponse dans l'attaque que l'homme venait de lancer. Il essayait de sonder les émeraudes qui étaient si faciles à lire juste avant la guerre. Avant les yeux de ce gamin puait l'innocence et la candeur. Cela a beaucoup trop changé pour être vrai.

Harry coupa le contact de façon arrogante et se leva d'un bond. Snape pesta intérieurement. Foutu gosse. Potter venait de lui montrer en un geste qu'il était supérieur à lui parce qu'il avait encore la pleine capacité de ses jambes. Il engouffra ses mains dans ses poches et regarda la fenêtre qui montrait un pur ciel bleu. L'après midi s'annonçait magnifique.

« Je n'ai pas envie de me battre avec vous. Alors je ne le dirais qu'une fois, après vous le prendrez comme vous vous voudrez. Le côté rouge et or que vous avez connu en moi est définitivement mort. Je ne pense qu'à moi, je ne veux que mon salut et mon bien être. Et pourtant, quand je vous ai vu essayer de marcher j'ai eu envie que vous réussissiez. Parce que vous êtes un putain d'homme courageux qui est le seul homme qui mérite plus que moi de guérir. Et je n'arrive pas à envisager ma guérison, si la votre est compromise. » déclara Harry d'une voix parfaitement claire et forte.

Snape écouta le discours de Potter et fut surpris par le changement évident qui s'était opéré chez le gamin. Qu'est ce qu'il l'avait rendu comme ça. Malgré tout, ce qu'il voyait, ce qu'il entendait surtout lui plaisir énormément. Il ne trouva rien à répondre au discours. Parce qu'il n'y avait tout simplement rien à dire. C'était la seule fois où Potter allait s'ouvrir devant lui, et il ne le referait pas. Il fallait qu'il prenne cela pour toujours, ou qu'il le rejette pour toujours également. Un choix plein et incassable. Un choix pour toute une vie.

Harry savait qu'il avait fait de l'effet à Snape, et que le cerveau actif de l'homme devait tourner à plein régime. Il allait le laisser réfléchir tout seul. D'un demi-tour, il se retrouva face à l'homme qui continuait à le fixer avec ses deux puits sans fond. Il eut envie de s'y fixer à tout jamais, et fut pris d'un violent frisson quand son esprit lui cria qu'il pouvait s'y perdre.

Il attrapa ses affaires qui étaient posées la chaise. Snape le laissa faire et le regarda partir sans piper un mot, ayant presque peur que Harry se sente rejeté par son silence. Pourtant il n'avait pas envie de faire son choix maintenant.

Harry le comprit rapidement et se tourna pour parler une dernière fois à l'homme plus âgé.

« Je viendrai vous chercher devant votre chambre à cinq heure »

Et ce fut tout. Et il partit sans attendre de réponse. La réponse serait la présence ou non de Snape devant sa chambre. S'il sortirait ou non pour rejoindre Potter. L'homme eut presque envie de sourire. Oui, vraiment Potter avait drôlement bien changé.

HPHPHHPHPHPHPHPHP

La salle de consultation où était reçu Harry était vraiment petite. Une sorte de chambre, faite à la va vite comme si cette salle avait servi à y accueillir d'autre patient avant. Le Golden boy pouvait parfois sentir toute la magie des anciens malades parcourir les murs. Comme s'ils criaient tous leur solitude. Cela pouvait paraitre dérangeant pour quelqu'un qui n'était pas dans cette situation, mais il sentait clairement bien dans cette petite chambre blanche.

C'était clairement son psychiatre qui le mettait mal à la l'aise. Un blond cendré au regard gris qui lui rappelait avec dégout le fils Malfoy. Pourtant la dégaine n'était absolument pas la même. Il avait quelque chose de moins froid, de moins noble et marchait d'une façon décontractée. Et puis il fumait comme un pompier. Ces poumons devaient être noirs de cendre, de goudron et toutes les merdes qu'on pouvait trouver là dedans.

Pourtant Harry avait une envie furieuse de prendre la cigarette qui était pendue aux lèvres du jeune homme. Comment il s'appelait déjà ? Un nom sorti de nulle part, qui n'arrivait pas à s'incruster dans la tête de l'adolescent. D'ailleurs, il ne faisait aucun effort pour le retenir. Il l'appelait toujours par « il » ou « le psy ». Cela lui faisait pour se faire comprendre.

Le blond claqua la fenêtre pour la fermer. Le cerveau d'Harry se reconnecta. Eltamin. Il s'appelait Eltamin. Tous les jours il avait envie de lui crier que ses parents étaient abrutis. Eltamin, ou le psy, s'assit sur une chaise en face de son patient et sortit un bloc note où il notait parfois des choses. C'était assez concis, mais il y avait toujours, tout marqué dedans. Il pouvait ressortir un détail qu'il y avait dit il y a plus d'un mois. Oui cet homme était déstabilisant.

« Bon, et bien nous allons commencer Harry » déclara-t-il d'une voix douce en faisant cliquer son stylo. Le susnommé fit une moue étrange à l'entente de son prénom et de la familiarité dans la phase. Il n'arrivait toujours pas à s'y faire.

Eltamin essaya de sonder les deux orbes verts face à lui et ricana. Il était exactement comme lui avait dit le vieux fou. Il avait drôlement changé, c'était une évidence. Il n'était pas très fier de son coup, mais pour l'instant, il arrivait à le mener là où il devait l'amener.

« Alors, où nous en étions nous arrêtés la dernière fois ? Ah, oui Severus. Reprenons sur Severus. »

HPHPHPHPHPHPHPHP

Les oiseaux chantaient, le soleil luisait avec éclat, la pelouse était verte et les gens riaient. St Mangouste avait presque l'air de renaitre. Presque. Snape n'arrêtait pas de râler depuis le début de la sortie et Harry s'amusait de cette situation. Les médicomages les regardaient passer en riant, comme s'ils avaient tous entendu parler du caractère exécrable du maitre des potions.

Et le fait qu'il soit en fauteuil roulant et que le Golden Boy était en train de le pousser n'arrangeait pas les choses. Snape se demandait comment il avait fait pour se retrouver dans cette situation qui le faisait passer pour un handicapé mental qu'on emmenait voir les douceurs de la vie. Il fit une moue défaite quand il se souvint que c'était lui qui avait pris la décision de sortir quand Potter était arrivé.

Harry était arrivé quelques temps après son rendez-vous avec Eltamin. Il avait repris leur discussion sur Severus, et il n'aimait absolument pas ça. Tous les autres aspects de sa vie étaient insignifiants, ce n'était que des détails qu'il pouvait balancer sans avoir peur de choquer. Il pouvait lui raconter dans quel état il finissait dans les bars, dans les soirées homosexuels à faire la tournée des toilettes pour trouver sa dop et peut être en plus une gâterie pour passer le temps. Il s'était souvenu avec amusement la tête qu'avait faite l'homme aux yeux gris quand il lui avait avoué qu'il était gay.

Personne ne se doutait que le Sauveur était de ce bord là, d'ailleurs même pas Ron et Hermione. Il n'était plus vraiment attaché à eux. Ils avaient fait leur vie chacun de leur côté, Ron et Hermione s'étaient mariés pour le meilleur et pour le pire. Et ils avaient voulu qu'Harry fasse de même avec Ginny, sauf qu'il ne voulait pas de cette jeune fille qui n'était qu'une muraille pour cacher sa véritable inclinaison. Pauvre Ginny.

Enfin, il avait très vite compris qu'il avait autant de considération pour elle qu'une potion de Snape. Le psychiatre avait conclu avec justesse qu'on pouvait traduire cela par une considération approchant le zéro absolu. Alors qu'il l'avait embrassée, protégée. Eltamin avait traduit ça par une de ses phrases alambiquées qui avaient l'air d'être tout droit sorties de la bouche de Dumbledore « J'ai la nette impression que vous avez tendance à rejeter tout ce qui vous relie à cette guerre. Vos anciens alliés, Poudlard, les Aurors, et même à la fin le propre monde magique. Vous enfermez vos souvenirs dans ces êtres et lieux, et vous les rejetez pour mieux les détruire »

Alors pourquoi était-il autant attiré par Snape ? Harry avait été mal à l'aise quand il s'était posé cette question. Il n'avait pas remarqué à quel point en une semaine il s'était accroché à cette personne. Même pas d'un point de vue physique, juste psychologique. Il se sentait revigoré quand il voyait cet homme avancé dans son combat et ça lui donnait envie de guérir alors qu'à la base il n'était là que par ordre d'Hermione. Il croyait que son cas était désespéré et qu'il ne serait jamais réellement guéri de ses crises d'angoisse.

Bien malgré lui, Eltamin avait réussi à lui tirer les vers du nez, et le Golden boy s'était retrouvé à faire part de ses états d'âme. Cet homme était proprement agaçant. Même si – il ne l'aurait jamais avoué oralement – il pouvait lui faire confiance. Le blond n'avait jamais rien dit à Hermione sur ce qui avait été dit dans cette salle. Juste les murs pourraient se souvenir des secrets de celui qui avait vaincu.

Harry s'était donc retrouvé devant la porte avec la douloureuse impression que son psychiatre avec encore vu juste. Quand il n'était pas d'accord, il se retrouvait toujours à hurler que c'était faux et qu'il n'était qu'un pauvre abruti incompétent. Par contre, quand il sentait qu'on touchait une corde sensible, il ne disait plus rien. Eltamin l'avait remarqué et souriait avant de passer à autre chose.

« Il est vous. Vous êtes lui. Il est votre « vous hypothétique ». Ce que vous pourriez devenir si vous continuez à maudire cette vie. Le voir avancer, vous donne l'assurance de pouvoir le faire parce que vous vous transposez chez cet homme qui vous comprend mieux que quiconque. Et cela, il le fait sans vous parler contrairement à moi. »

La bouche de l'adolescent s'était ouverte pour se refermer directement après. Il avait tellement raison. Il se sentait tellement en phase avec cet homme, tellement pareil. Ils avaient vu les mêmes choses, ils avaient eu les mêmes raisons, et même Snape était au dessus de lui. Harry se sentait déchiré. Il ne voulait pas devenir aigri comme cet homme, mais il voulait devenir aussi fort. Il voulait la même force dans son regard, il ne voulait plus avoir la faiblesse de vouloir planer.

Harry était aérien, alors que Snape était un terrien. Snape voulait voler, alors qu'Harry voulait marcher.

Mais il ne voulait pas se servir de cet homme. Une petite part appréciait tout simplement la compagnie de Snape. C'était sous ce constat très étrange que la porte s'était ouverte violemment devant lui. Il avait ouvert grand ses yeux verts et avait pu croiser les orbes noirs énervés de Snape qui lui avait demandé sèchement s'il comptait prendre racine devant sa chambre.

Harry avait ricané en répondant que non et avait vu Rose sortir avec la hantise de l'homme en noir. Son fauteuil roulant. Les iris de nuit avaient lancé des éclairs sur l'objet de terreur, sans que la médicomage n'en prenne compte. Elle ne savait que trop bien son aversion envers le fauteuil. Pourtant il en avait besoin. Elle l'avait déplié avec aisance et posé devant le maitre de potions qui avait grincé des dents.

« Si vous voulez sortir, c'est le fauteuil ou rien ! Il ne faut pas abimer vos jambes et mettre en péril vos progrès. Alors asseyez-vous » avait-elle ordonné avec une voix douce mais autoritaire.

Les yeux verts de Potter s'étaient illuminés d'amusement. Alors comme ça il avait demandé à sa médicomage l'autorisation de sortir. Il avait donc fait son choix et avait accepté la présence du garçon à ses côtés. Qui avait fait un petit sourire au coin. Il n'avait pu cacher sa grande joie. Pourtant il n'en ferait aucun commentaire.

Snape s'était installé dans le fauteuil dans un profond soupir et avait maudis mentalement Rose et Potter de l'humilier encore une fois. Il ne supportait pas cette sensation. L'impression d'être inférieur aux autres, d'être malade, de ne plus pouvoir se servir de son corps. Ne plus pouvoir contrôler ses jambes, c'était comme ne plus pouvoir contrôler sa vie. Pourtant, il avait été satisfait de son choix quand il avait les prunelles de jade s'illuminer pour lui. Sans le voir, le gosse apportait de la gaieté dans cette vie à l'hôpital qui n'était plus une vie.

Il était son bain de Soleil.

Soleil qui était trop envahissant, il l'avait dans les yeux depuis bientôt cinq minutes. Potter poussait son fauteuil en allant assez vite. Il n'évitait pas les descentes, les prenait à pleine allure ce qui provoquait la peur panique du maitre de potions qui pestait à chaque fois contre son ancien élève. Pourtant, il devait avouer qu'il faisait attention à ne pas aller sur les pavés ou pierres qui étaient désagréables avec les roues.

Il n'avait strictement rien dit. Snape aurait cru qu'il se serait moqué, qu'il en aurait profité pour faire une remarque sarcastique sur son état forcé. Au contraire. Il s'était placé derrière le fauteuil, il avait attrapé les poignées et s'était dirigé vers la sortie en faisant comme simple commentaire que cette journée allait être magnifique. Silencieusement, l'homme acariâtre avait remercié l'adolescent de son tact. Les grands verts observaient et remarquaient plus de chose qu'il n'aurait crue.

Harry décida qu'il s'était assez baladé dans les jardins devant St Mangouste. Il s'arrêta près d'un arbre qui offrait un coin d'ombre bienfaiteur sous cette chaleur presque étouffante. Tout en se baissant il bloqua le fauteuil pour que Snape puisse prendre appui et se lever. Une fois son entreprise faite, il quitta Snape et partit s'assoir sous l'arbre en s'appuyant dessus avec son dos.

Il jeta un regard appuyé sur les jambes de l'homme en noir. Snape leva un sourcil interrogateur puis comprit bien vite où voulait en venir le gosse. Malgré les interdictions de Rose, Potter voulait qu'il se lève et qu'il vienne le rejoindre. Cela ne devrait pas être trop dur. Il tâtonna quelques secondes pour prendre sa canne, puis la plaça à côté de lui de telle sorte qu'elle remplace sa jambe gauche encore trop fragile. Difficilement, il sa leva et se dirigea pour rejoindre le jeune homme en dessous de l'arbre.

Il s'y plaça, se laissa tomber dans un bruit sonore et Snape put enfin profiter de la fraicheur, du beau temps sans trop penser au fait qu'il était dans un fauteuil. Potter avait bien fait de le sortir de là, rester enfermé devenait de plus en plus invivable. Depuis son réveil il y a quelques mois, il n'était pratiquement plus sorti de l'enceinte de St Mangouste. Il cala sa tête contre le tronc, et se laissa aller à toutes les sensations de bien être. Ses jambes qu'il ne sentait plus il y a quelque temps frissonnaient légèrement quand un coup de vent passait entre son pantalon.

« Ca fait du bien, n'est ce pas ? » demanda Harry avec espièglerie. Il avait bien vu que l'homme s'était complètement laissé aller. La détente lui allait bien au teint, il avait l'air tellement plus serein.

« Je me vois dans l'obligation de vous avouer que c'est le cas. Je n'avais plus vu le Soleil depuis mon réveil, la sensation du vent m'était presque devenue étrangère.

- Vous êtes resté combien de temps dans le coma ?

- Neufs mois, Potter » avoua difficilement l'homme plus âgé.

Harry déglutit fortement. Pendant que lui faisait n'importe quoi dehors, Snape était resté dans un sommeil quasi imperturbable. Il ne pouvait rien faire pendant que ses membres se dégradaient petit à petit, perdant l'habitude de recevoir des signaux nerveux. Ils mourraient petit à petit, et finalement il s'était réveillé. Quelle avait du être sa terreur quand il n'avait plus senti ses jambes, quand il avait remarqué qu'il ne pouvait plus les bouger.

Même après six mois, les progrès étaient maigres. Mais ils étaient là, il ne fallait pas qu'il perde espoir.

« Les médicomages racontent que c'est Miss Granger qui vous a interné ici de force. Je ne sais pas si je dois accorder ma croyance à ses rumeurs » continua Snape en tournant la tête pour observer conscieusement la réaction du jeune homme. En réalité, il savait très bien que c'était vrai, quasi la totalité du personnel médical était au courant de ce fait.

Snape put voir se tétaniser le garçon, puis ses lèvres trembler doucement. Il essayait de contrôler sa colère, mais le maitre de potions put voir autre chose chez l'adolescent que de la rage. Au fin fond des yeux verts, il y avait une forme de honte. Depuis le début de la semaine, il n'avait jamais remarqué cela chez Potter. Il avait toujours eu un regard franc et froid. Comme si la vie n'avait plus l'air de l'atteindre et qu'il n'avait aucun remords quant à ses actes.

Les mains blanches du Golden Boy se mirent à trembler. Il n'aimait pas parler de cela, même à Eltamin le souvenir d'avant son internement était beaucoup trop dur à attraper. Se souvenir pleinement de ce genre de chose, c'est comme replonger dans l'addiction et la déchéance la plus totale. Il ressentit encore cette profonde envie de décoller et de planer, mais essaya cette fois-ci de la réfréner complètement. Il ne voulait plus voler, il voulait garder son esprit et rester sur Terre.

Snape vit bien que les yeux verts devenaient vagues et commençaient à se perdre dans quelque chose qu'il n'identifiait pas. Il ne sut pas très bien ce qui le poussa à agir, mais il attrapa fortement les mains fines du garçon qui s'arrêtèrent directement de trembler à son contact. Les doigts de Potter cherchèrent à tout prix le contact de la chair, jusqu'à lui faire mal. A travers ce contact, il avait besoin de sentir qu'il était toujours là. Le maitre des potions émit un léger râle quand il sentit les ongles ce qui fit que le jeune homme releva enfin les yeux qu'il gardait baisser depuis le début de sa « crise ». L'homme plus âgé sentit son souffle se bloquer au fond de sa gorge. Les yeux verts pleuraient sans pleurer, ils imploraient quelque chose qu'il ne connaissait pas.

Harry sentit le profond questionnement dans les yeux noirs de Snape et se sentit honteux de sa bassesse. Il lâcha les mains qui étaient son seul repaire et se prit la tête entre les mains. Il avait envie d'hurler mais il devait contrôler sa crise. Les odeurs revenaient, les cris revenaient. Les hallucinations aussi. Il sentait des larmes salées sur ses joues alors qu'il n'y en avait pas, il croyait voir du sang sur les mains blanches de Snape mais il n'y en avait pas. Chose presque rassurante, maintenant il savait que tout cela était faux. Pourtant, la crise n'en était pas moins forte.

Snape fronça les sourcils et comprit vite ce qui se passait. Beaucoup de mangemort à l'esprit fragile terminaient quasiment fous à force de massacrer et de tuer. A chaque moment brutal, ou à la vue d'un élément qui les avait marqués, ils pouvaient partir dans une crise de pure angoisse et de folie. Comment n'avait-il pas deviné plus tôt que le Sauveur était complètement traumatisé de ce qu'il avait vu pendant la guerre ? Il avait été totalement con. Il avait appris à Potter à protéger son esprit des autres, mais jamais à protéger son esprit de son propre mental. Il n'avait pas appris à Potter à savoir où était son seuil d'horreur.

Avec une douceur infinie, il attrapa les mains qui encerclaient la tête brune du garçon. Harry ouvrit les yeux brusquement. Non il ne devait pas le laisser partir dans sa crise, il ne devait pas laisser son esprit s'en aller. Il était terrorisé. Snape sentit son angoisse et avança les deux petites mains pour qu'elles viennent toucher son visage. Les yeux verts le regardèrent faire en étant totalement perdus. Potter laissa ses mains sur le visage, puis le maitre de potions fit de même en posant ses mains sur les joues du jeune garçon.

Harry sursauta au contact. Il n'aimait pas qu'on le touche mais là c'était… réconfortant. Il sentait une légère chaleur magique encadrer ses joues, puis remonter doucement dans son crane. Tout était remplie de douceur, de soin, et presque d'affection. Une chaleur bienfaitrice qui commençait à pénétrer dans son domaine magique mental. Legilimencie. Sans baguette ?

Il n'eut pas le temps de se poser de questions, qu'il sentit que la chaleur implosa dans son crâne. Aucune douleur.

Harry ouvrit doucement les yeux et ne sentit plus rien. Il n'y avait plus de cris, plus de sang. Plus rien du tout. Il n'avait plus du tout envie de planer, et se sentait affreusement bien. Il eut la décence de rougir quand il remarqua qu'il avait toujours ses mains sur les joues mal rasées de Snape, mais ne les retira pas pour autant. Snape quant à lui retira les siennes, et le Golden Boy sentit avec regret la chaleur le quitter. Il ne voulait pas retirer ses mains de peur de repartir dans son monde déformé par les horreurs. Le contact rugueux qu'il avait avec la peau de cet homme était son seul point vrai avec la réalité. Il ne se l'avouait pas, mais il appréciait aussi tout simplement cette promiscuité trop rare.

« Tout va bien » murmura Snape en retirant les mains de Potter qui entouraient ses joues. Il croisa pendant une demi-seconde un regard paniqué, qui disparut quand il vit que rien ne se passa. La réalité était revenue, et elle ne partirait pas. Harry baissa les yeux, honteux et très en colère d'avoir montré au seul qu'il appréciait et qu'il acceptait dans sa vie, ce qu'il était devenu après la guerre. Un psychisme brisé qui le rongeait beaucoup trop.

Snape le regarda culpabiliser, il pouvait sentir émaner toute sa colère. Mon dieu, qu'avait-on fait à cet enfant ? Ils avaient gagné la guerre pour ça ? Pour voir le Sauveur se briser en plein vol, incapable de maitriser ses angoisses, incapable d'arrêter les images de sang dans sa tête. Il n'aurait jamais du vivre tout cela. Pourtant à l'époque tout le monde était convaincu que c'était nécessaire et que Potter avait la carrure nécessaire pour supporter tout cela. Même lui Snape, qui était le meilleur Legilimens d'Europe, le croyait. Il était l'Elu après tout. En réalité, il n'était qu'un enfant qui n'avait pas eu de vie. Une petite poupée brisée.

Snape se sentit brisé avec lui. Pendant que son corps le lâchait, l'esprit de Potter le lâchait. A travers ses yeux verts vitreux, jamais il n'avait vu le jeune Potter aussi humain et aussi… « Harry ». Il n'était plus les yeux de Lily, il n'était plus le corps de James, il était les souffrances d'Harry. Il avança son index et releva avec douceur le menton fier du gamin. Les jades vibraient de colère et Snape se sentit percer de tous les côtés. Il ne cilla pourtant pas et obligea Potter à le fixer. Il avait une question à lui poser.

« Comment gériez-vous vos crises avant d'arriver ici ? » siffla-t-il en ne lâchant jamais le contact des yeux verts.

Harry écarquilla des yeux et sentit son souffle se couper net dans sa gorge. Il n'aurait jamais cru que l'homme devant lui aurait été si perspicace. Les autres n'avaient mis que trop longtemps à se poser cette question, s'ils se l'étaient posés. Hermione n'avait pas vraiment cherché à comprendre, elle l'avait enfermé ici en croyant qu'il s'était détruit tout seul par simple volonté de se couper du monde. Mais quel enfant aurait vraiment voulu se séparer du monde qui l'avait accueilli et nourri ? Aucun. Hermione n'avait pas réfléchi, pas plus que Ron qui lui avait dit qu'il aurait dû marier avec Ginny et rester dans une vie calme et bien rangée.

Mais ce n'était pas ce qu'il voulait, rien que cette idée de vie parfaite le faisait complètement étouffer.

« Je ne les gérais pas. Je les subissais chaque jour. Mon histoire est assez longue Snape, si vous voulez bien écouter ce que je n'ai jamais raconté… » murmura le jeune homme aux émeraudes en se dégageant de la prise de l'index de Snape.

Il lâcha les yeux noirs de peur d'y voir une réponse négative. Il offrait toute la déchéance de sa vie sur un plateau, un refus le briserait complètement. Il se cala correctement sur le tronc d'arbre et observa l'hôpital qui était à sa droite. Quelques souvenirs lui revinrent en échos, la première fois qu'il était arrivé ici avec Hermione et Ron, où ils l'avaient limite trainé de force. Ses hurlements avaient déchiré l'air, et sa meilleure amie avait terminé en larme sous l'effet des insultes répétées.

Son ancien maitre des potions tourna la tête et regarda en même temps que lui les locaux qui l'accueillaient depuis bientôt un an et demi. Il ne s'était pas passé énormément de chose ici, un réveil particulièrement difficile qui s'était fait dans les cris, dans la rage et dans le désespoir. Beaucoup d'espoirs déçus vivaient entre ses murs, toutes les fois où il avait abandonné parce qu'il n'arrivait plus à avancer. La solitude dans sa chambre, malgré les nombreuses visites de Rose qui l'accompagnait toujours depuis le début. Snape n'osait pas se l'avouer, mais sa chaleur et sa présence étaient parfois réconfortantes.

C'était les bras du gamin qui l'avait fait avancer. Ils l'avaient entouré avec fermeté malgré leurs finesses, ils ne l'avaient jamais lâché. Qui était-il pour refuser les confessions de Potter ? Qui était-il pour ne pas écouter la souffrance que Dumbledore et lui avaient engendrée pour le bien du monde sorcier ? Qui était-il pour rejeter la personne qui l'avait aidée ? Personne. De plus, il n'avait vraiment aucune envie de faire du mal au garçon. Il l'appréciait trop pour cela.

Snape ricana intérieurement. Depuis quand appréciait-il Potter ? Peut-être depuis que tout en lui avait changé, depuis qu'une maturité dérangeante habitait ses yeux verts. Malgré lui il était attiré par cette personnalité brisée et froide, mais aussi par ces yeux verts parfois bouillants et chauds. Comme un Manoir remplis de fissures, il était attaquable mais un millénaire pourrait se passer le temps de le détruire complètement.

« Ma séance avec Rose n'est que dans quelques heures, je pense pouvoir vous accorder un peu de mon temps, Harry »

La phrase fondit dans l'air et Harry sursauta à l'entente de son prénom dans la bouche de l'homme. La voix s'était légèrement réchauffée quand les syllabes de son nom avaient roulé dans sa gorge. Il l'observa, et put remarquer un petit sourire au coin de la part de l'homme qui ne souriait pratiquement jamais et qui était froid comme de la glace. Il se sentit pour la première fois depuis la fin de la guerre en parfaite confiance et s'humidifia les lèvres pour commencer son récit.

« Je dirais que tout a pris ses début à la fin de la guerre, lorsqu'on a commencé à déblayer Poudlard de ses cadavres. Etant encore attaché à cette école, j'ai décidé d'aider et c'est là que mes cauchemars ont commencé… »


Et voilà pour la première partie de l'OS. En espérant que vous avez apprécié, n'hésitez pas à dire ce que vous en avez pensé avec une petite review. Je posterai la suite dans maximum un mois. Je vous embrasse.