Chapitre 1. Naissance.

« Je te tuerai ! Je jure que je me vengerai ! »

Le noir total. La sensation d'un corps engourdi. Le sentiment de ne pas avoir assez dormi. C'est ainsi que je me suis douloureusement réveillée, je ne sais pas quand, je ne sais pas où. Lorsque je parvins enfin à ouvrir correctement les yeux, ce fut pour découvrir un décor qui m'était totalement étranger. Je remarquais en premier lieu l'atmosphère froide, mécanique et métallique de la pièce, qui n'était pas pour me rassurer. Puis, reprenant lentement mes esprits, je pris soudain conscience de la situation dans laquelle je me trouvais : j'étais dans un lieu inconnu, sans la moindre idée de la façon dont j'y avais atterri, seule, sans défense.

Mon cœur s'emballa alors tandis que le stress me gagnait rapidement. Instinctivement, je tentais de me redresser, mais une forte douleur à l'abdomen me rallongea de force. Voulant comprendre d'où venait cette douleur, je penchais légèrement ma tête pour regarder la zone concernée. Je soulevais lentement mon t-shirt, et c'est avec stupéfaction que je découvris un large bandage recouvrir mon ventre. Ça ne m'aidait pas. Vraiment pas. J'étais maintenant enfoncée plus encore dans l'incompréhension.

Déglutissant fébrilement, je sentais mes mains se mettre à trembler, comme je sentais la peur commencer à me prendre. Je rabaissais mon haut et, cette fois plus déterminée, fit un effort plus grand afin de m'asseoir sur le bord de ce qui devait être un lit... ou une table. Fixant mes genoux, je me demandais si j'étais en sécurité, si quelqu'un n'allait pas venir d'une minute à l'autre pour me faire du mal. Dans le doute, j'estimais qu'il valait mieux que je cherche un moyen de partir d'ici au plus vite.

Bien sûr, je me posais des questions sur l'origine de ma blessure, de ma présence ici, et bien évidemment sur le fait que je ne pouvais en aucun cas me souvenir de quoi que ce soit, peu importe les efforts que je fournissais. Mais, je suppose que mon instinct m'ordonnait de sauver ma peau avant tout. C'est donc non sans mal que je me dressais sur mes pieds, dans l'idée de trouver une sortie. Cela dit, la douleur m'empêcha à nouveau de bouger comme je le souhaitais, et voilà que je me retrouvais à genoux, par terre.

Serrant les dents et souffrant en silence, ce n'est qu'à cet instant que je remarquais enfin les voix provenant d'une pièce située certainement non loin en dessous de la mienne. Me raidissant d'abord en comprenant que je n'étais pas seule, je regardais ensuite autour de moi pour voir si personne ne venait dans ma direction. Heureusement, ça ne semblait pas être le cas. Je me concentrais alors à nouveau sur les voix, puisque c'était le seul indice dont je disposais actuellement, qui pouvait m'aider. Mais de l'endroit où je me trouvais, et dans mon état, je n'entendais que des semblants de parole, rien de concret.

Rassemblant mes forces, je me déplaçais lentement vers ce qui devait être un escalier, menant dans une pièce juste en dessous. Je prenais garde à ne pas faire de bruit, en tout cas le moins possible, et me cachais derrière un mur, juste à côté de l'escalier. D'ici, j'entendais bien mieux, et si je ne voyais rien de ce qu'il se passait en bas, il me semblait qu'ils ne pouvaient pas me voir non plus. Je m'assis silencieusement, traquant dans leur discussion le moindre mot qui me permettrait de me souvenir de quelque chose, ou au minimum comprendre ce que je faisais ici.

« - … Système construit par les Patriotes pour contrôler les USA...

- … prévoit une attaque nucléaire sur JD...

- … va utiliser REX !...

- … tuer JD et infliger le coup de grâce...

- … base oubliée depuis longtemps en territoire américain...

- … Shadow Moses... »

Pas moyen.

Peu importe combien j'essayais, je ne pouvais pas même comprendre le sens d'une seule phrase. Enfin, la seule chose que je parvenais à comprendre, c'est qu'il s'agissait d'une frappe nucléaire de quelqu'un, sur quelque chose... ou quelqu'un. Et cela m'horrifiait au plus haut point. Ma respiration s'accélérait tandis que plus encore de questions assaillaient ma tête : étais-je liée à ces personnes d'une certaine façon ? Étais-je un otage aux mains de terroristes ? Avais-je un quelconque rôle dans toute cette mélasse ?

Le tremblement de mes mains reprit de plus belle, et je posais celles-ci sur ma bouche pour éviter tout son qui pouvait attirer l'attention sur moi. Je pensais à ce moment qu'il m'était vital de me faire discrète. L'air que je respirais abondement commençait à me faire tourner la tête, et je tentais de retrouver un semblant de calme pour réfléchir à ce que je devais faire maintenant.

Mais un soudain silence en bas m'injecta une nouvelle dose de stress. M'avaient-ils entendue ? N'osant vérifier, je restais pétrifiée contre le mur, appréhendant à chaque seconde d'entendre des pas sur les marches métalliques de l'escalier. Mais au lieu de ça, et à ma grande surprise, j'entendis de violents toussotements. Suivit de grognements douloureux, puis d'un silence, avant que ne reprenne la conversation.

Le ton avait soudainement changé, et la personne parlante semblait être prise par le désespoir. Un peu rassurée par le fait qu'on ne viendrait pas me voir tout de suite, mon adrénaline redescendit doucement, alors que je continuais d'épier la conversation avec minutie. Ma surprise fut totale lorsque je finis par entendre la voix d'une petite fille. Une petite fille ? Parmi des gens qui parlent d'attaque nucléaire ? De quoi me perdre de plus en plus...

Lorsque tout à coup, je sentis comme un éclair me traverser la poitrine. Par la simple entente d'une voix, une voix qui n'avait pas parlé jusqu'ici. Je ne pouvais absolument pas l'expliquer, mais chaque fois que j'entendais cette voix, je sentais que j'étais près de quelque chose, que j'avais la possibilité de me souvenir de quelque chose. J'étais certaine, bien que je ne la reconnaisse pas, d'avoir déjà entendu cette voix, et de la connaître.

Regagnant un peu d'espoir, je me concentrais de plus belle pour l'écouter. Mais ma frustration grandissait à mesure que je me rendais compte que je n'arrivais pas à me souvenir où je l'avais entendue. J'écoutais alors plutôt ce que cette voix disait. Et elle parlait de liberté. Cependant, elle était également empreinte d'une telle tristesse... Mon cœur se pinça ensuite lorsque je l'entendis s'élever avec plus de force, et plus de désespoir.

« Je n'ai pas de famille ! Je n'ai rien ! … J'ai toujours été seul. Toujours. »

Pour une raison qui m'échappait, ces mots me touchaient avec une force surprenante. La sincérité avec laquelle ils avaient été prononcés ? Non, c'était encore bien plus que cela... Et, avant que je sache pourquoi je faisais ça, je m'étais levée, et me tenais debout devant les escaliers, prête à les descendre. Inévitablement, on m'avait finalement remarquée en bas, et ce n'est que lorsque je vis le visage d'un homme en contrebas que je repris mes esprits.

« Ah... Tu es réveillée ? … Eh, n'aies pas peur, att... »

Prise de panique, je revins aussi vite que je le pu sur mes pas, vers le lit-table. La douleur présente dans mon ventre m'obligeais à le tenir, à tituber, mais malgré ça, je parvenais à m'éloigner. Le problème était que je ne voyais aucune issue possible, alors, à défaut de pouvoir m'enfuir, je cherchai désespérément un coin où me cacher. J'étais consciente que ça ne m'aiderait pas longtemps, mais c'était la seule chose que je pouvais faire sur le moment.

« Je crois que je lui fais peur... Ça commence bien... »

J'entendis rapidement des pas monter jusqu'à l'étage, mais contrairement à ce à quoi je m'attendais, ils s'arrêtèrent là, l'homme ne s'approchait pas plus. Il continua ensuite de s'adresser à moi, avec une certaine gêne qui me perturbait.

« Heum... Tu n'as pas besoin d'avoir peur tu sais, on ne te veut pas de mal. Et puis, tu devrais rester allongée, avec ta blessure... »

L'angoisse m'empêchait de parler, de répondre quoi que ce soit. Je voulais simplement partir d'ici, qu'on me fiche la paix. Alors lorsque j'entendis cette fois ses pas se rapprocher et venir dans ma direction, je me recroquevillai de toutes mes forces comme si, avec assez de volonté, je pouvais tout à coup devenir invisible.

Ses pas s'arrêtèrent près de moi, et j'attendais le moment où on m'attraperait de force, pour me traîner je-ne-sais où, me faire je-ne-sais quoi... Mais à ma grande surprise, ce moment ne vint pas. Je finis alors par lever la tête de mes genoux, pour regarder avec peur et incompréhension l'homme maintenant accroupi à côté de moi.

« N'aies pas peur comme ça, je t'assure que je ne suis pas méchant. Je m'appelle Hal Emmerich. »

Il me tendit la main, accompagnée d'un sourire maladroit.

« Tu dois te demander où tu es, n'est-ce pas ? Viens avec moi, je vais te présenter les autres, et je t'expliquerai tout. C'est promis. »

Malgré son comportement en apparence doux et sincère, je ne pouvais m'empêcher de rester méfiante. Était-ce un piège ? Pour tenter de le savoir, je fixais cet homme au fond des yeux, et plus les secondes passaient, plus il semblait gêné par mon regard.

« Je ne veux pas te forcer, mais ça ne t'avancera à rien de rester cachée là... Aller, viens, s'il te plaît. »

Sentant que mon rythme cardiaque avait fini par se calmer, je commençais à envisager de le suivre. Toujours sans pouvoir dire un mot, je scrutais tantôt sa main, tantôt ses yeux. Puis, arrivant à la conclusion qu'il n'avait pas tout à fait tort, je me décidais à obtempérer. Restant tout de même sur mes gardes, je me relevais seule à l'aide du mur, me tenant debout, un bras autour du ventre, sans cesser de l'épier. Ce qui lui arracha d'ailleurs un soupir, avant qu'il ne baisse sa main et se redresse à son tour. Cependant, son sourire incertain n'avait pas quitté ses lèvres.

« Suis-moi, c'est juste en bas. »

Il se tourna pour retourner près de l'escalier, et le descendit lentement. J'eus moi-même encore un moment d'hésitation avant de prendre le même chemin que lui. Son comportement me rassurait quelque peu, me laissait penser que je n'étais peut-être pas autant en danger que ce que je croyais, mais quelque chose en moi me soufflait de me méfier des apparences. Malgré tout, je rassemblai mon courage et descendis à mon tour les quelques marches qui me séparaient de la pièce inférieure.

Je vis alors une pièce assez peu différente de celle dans laquelle je me trouvais un peu plus tôt. Aux détails près qu'elle était plus grande, et fortement équipée de matériel informatique. Sans me préoccuper plus que ça de la décoration, je commençais par analyser les environs du regard, tandis que « Hal Emmerich » faisait les présentations.

« Voici Snake, et Sunny... »

Une fois mon coup d'œil terminé, je m'attardais à observer plus attentivement les personnes présentes. Il y avait donc ce Hal Emmerich, un homme adulte, cheveux foncés, lunettes. Puis Snake, un vieux monsieur assit plus loin, qui ne cessait de tousser péniblement. J'eus un regain de méfiance lorsque j'aperçus sa joue brûlée, qui n'était pas le genre de chose très agréable à voir. Mais, m'efforçant de ne pas m'arrêter là-dessus, je continuais mon tour pour voir enfin la petite fille que j'avais entendue, Sunny. Je devais avouer que sa présence ici m'étonnait, comme le sourire timide et amical qu'elle me montrait.

Cependant, il manquait quelque chose. La voix que j'avais entendue, celle que j'étais persuadée de connaître... aucune de ces personnes n'en était l'origine. Cela dit, c'est au moment où je me posais cette question que je vis la dernière personne présente dans la pièce. Elle était allongée sur une table, près du mur de gauche, et ne bougeait que très peu. Je ne voyais même pas si elle était endormie ou éveillée.

Ayant certainement remarqué mon questionnement soudain, Hal poursuivit.

« … Et voici Raiden. C'est lui qui m'a demandé de t'emmener avec nous. »