Comme toujours, un grand merci aux lecteurs de cette histoire.


Chapitre 10 – 1944, le Poudlard des ancêtres

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Son seul cours du mercredi fut un cours d'Étude des Runes.

Hermione se leva à l'aube afin d'échapper à Cinamon, Gorian et Azuria, ainsi qu'à leurs respectifs harcèlement et disputes incessantes. Elle les croisa à l'entrée de la Grande Salle, yeux collés et mâchoire décrochée en un long bâillement, tandis qu'elle-même se dirigeait en sens inverse. Évitant soigneusement leurs regards étonnés, elle se hâta de rejoindre l'atmosphère rassurante et confinée de la bibliothèque. Elle constata avec satisfaction que seules quelques filles très jeunes s'y trouvaient déjà, et que, comme Gorian le lui avait dit, aucun bibliothécaire ne semblait en mesure de la gêner.

Il lui restait une heure de temps libre, qu'elle mit à profit pour feuilleter quelques ouvrages. Si la grande majorité de ceux qui lui tombèrent entre les mains lui rappelaient une précédente lecture, certains furent néanmoins plus instructifs, évoquant la montée en puissance de Grindelwald, ou encore la situation politico-économique de la Grande-Bretagne dans les années cinquante. Peut-être ces livres s'étaient-ils perdus au fil des ans, peut-être encore avaient-ils été volés, ou jetés pour cause d'usure. En tout cas, Hermione en était certaine, s'ils avaient été encore présents dans les rayonnages durant sa scolarité, elle n'aurait pu résister à la tentation de plonger son nez à l'intérieur.

Enrichie de quelques connaissances supplémentaires, la jeune femme se dirigea vers le quatrième étage et pénétra dans une salle lumineuse pourvue de hautes fenêtres, salle qui continuerait d'être le lieu de l'enseignement des runes anciennes pendant des années. Hermione prit place au premier rang, espérant ainsi ne pas être dérangée.

- Excuse-moi, je peux m'asseoir ?

Raté.

C'était Mia, l'amie rousse de Cinamon avec laquelle elle avait déjà échangé quelques mots. Elle ne put qu'acquiescer, à contrecœur. Cependant, la nouvelle venue remarqua sa réticence et, après avoir sorti plumes et parchemins de son sac en toile, elle détailla Hermione attentivement.

- Ca va ? finit-elle par demander.

Hermione hocha brièvement la tête. Elle n'était vraiment pas d'humeur à supporter une discussion de plus sur Jedusor.

- Au faite Jean, je voulais m'excuser pour t'avoir ennuyée l'autre soir.

- Hein ? Oh non, ne t'inquiète pas, ce n'est pas important.

Sa mauvaise foi arracha un sourire à son interlocutrice.

- C'est juste que, vois-tu, Jedusor…

Elle se tourna brièvement vers le Serpentard qui venait lui aussi de rejoindre la salle puis continua, en prenant soin de baisser la voix.

- Jedusor est…

Mais Hermione ne sut jamais ce qu'était exactement Jedusor car le professeur choisi cet instant pour faire son apparition.

- Bonjour, bonjour, scanda-t-il avait enthousiasme en se passant distraitement la main dans ses cheveux foncés.

Les ridules qui marquèrent sa peau lorsqu'il leur adressa un sourire radieux prouvaient qu'il devait avoir dépassé la trentaine, mais son comportement aurait certainement été plus adapté pour un jeune étudiant. En effet, il portait un uniforme semblable à celui de ses élèves, à la différence près que la cravate nouée avec négligence sur sa chemise immaculée était d'un noir profond, et lorsqu'il reprit la parole, il sembla plus s'entretenir avec une bande d'amis qu'avec des adolescents.

- J'ai une très bonne nouvelle à vous annoncer. Puisque cette année, vous n'êtes que douze à venir me rendre visite chaque semaine…

- Seulement douze, s'exclama silencieusement Hermione.

- Ce type n'a jamais attiré beaucoup d'élèves, l'informa sa voisine de table.

- … nous allons pouvoir mettre en place un projet. Et quel projet ! Je suis sûr de vous allez en être enchantés, j'en mettrai presque ma baguette au… Oh, s'extasia-t-il, faussement surpris, en croisant le regard d'Hermione, mais c'est que nous avons une nouvelle élève.

Il s'approcha de sa table d'un pas aérien et lui lança un clin d'œil auquel Hermione, mal à l'aise, ne répondit pas.

- Charmante en plus. Attendez, laissez-moi deviner, dit-il en tournant brusquement la tête et en brandissant la paume de sa main droite à quelques centimètres du nez de la jeune femme comme pour stopper une phrase qu'elle n'avait jamais eu l'intention de prononcer. Je pense que vous vous appelez… Jean Garreng, n'est-ce pas ?

- O… Oui, bafouilla-t-elle, ne sachant que penser de cette entrée en matière plutôt excentrique.

- Ah !

Le professeur dont elle ignorait toujours le nom leva son poing en signe de victoire, s'attendant presque à des applaudissements, tandis qu'elle glissait à Mia :

- Je commence à comprendre pourquoi.

- Mais assez digressé, se calma-t-il. Je voulais, avant de commencer ce cours, vous exposer mon fa-bu-leux projet. Comme je vous l'ai expliqué il y a désormais quelques mois – c'est fou ce que le temps nous file entre les baguettes – les fondateurs de cette école rédigeaient énormément de texte en runes à l'époque. C'était un moyen pour eux de laisser leur empreinte, sous une forme qu'ils pensaient universelle. A juste titre, puisque qu'aujourd'hui encore, bon nombre de sorciers étudient toujours cette écriture.

Il fit un bref tour d'horizon de son petit groupe de spectateurs.

- Peut-être un peu plus dans les autres écoles, reconnut-il. Je vous propose donc de traduire ces écrits, auxquels vous avez désormais accès en qualité de septième année.

Hermione sentit son cœur faire un bon dans sa poitrine. Elle était prête à pardonner à cet homme son comportement extravagant s'il lui donnait un passe-droit pour des textes rédigés de la main des illustres fondateurs de Poudlard ! Plusieurs autres visages étaient à présent animés d'un sourire traduisant leur excitation.

- Cependant, vous le ferez dans un but précis, qui sera celui d'analyser les relations qui les unissaient les uns aux autres, leurs points communs, les vertus qu'ils prônent, leurs désaccords. C'est clair ?

Un murmure d'approbation parcourut la pièce.

- Vous vous répartirez donc par équipes de deux étudiants, appartenant à deux maisons différentes.

Ce fut cette fois un brouhaha de protestation qui répondit au professeur.

- Et vous aurez comme mission, continua-t-il en haussant d'un ton pour calmer la véhémence de certains – Williams, le garçon qui lui avait fait des remarques gênantes à Hermione pendant le cours d'Occlumancie s'était brusquement levé à l'annonce du professeur, provoquant chez son voisin un sursaut qui le fit glisser de sa chaise – de nous exposer l'évolution des relations qui unissaient les fondateurs et leur maison respective. N'est-ce pas génial ?

Hermione observa brièvement les réactions de ses camarades. Si elle était déjà emballée par l'idée, ça ne semblait pas être le cas du garçon qui se relevait péniblement, une main massant son postérieur visiblement douloureux.

- Alors, ces groupes ?

Comme prévu, nul ne prit d'initiatives et les élèves se lancèrent des regards à la dérobée pendant plusieurs secondes. Dans un élan d'esprit pratique, Hermione s'apprêta à demander à l'une des filles de Gryffondor assise à la table de derrière de se mettre avec elle, mais elle fut devancée par Mia. Et Hermione regretta bien vite ses quelques instants d'hésitation.

- Ah, notre premier groupe. Donc Mia de Serdaigle et Lisbeth de Gryffondor. Très bien. Ensuite ? Vraiment personne ? Soit, je vais m'en charger, mais ne venez pas vous plaindre ! Donc, Mr le vindicatif… Oui vous Williams, avec votre voisin qui, si je ne me trompe pas, est à Poufsouffle.

Il se tourna vers Hermione qui voyait ses possibilités de partenaire s'amoindrir à vue d'œil.

- Miss Garreng, je vous considère pour ma part comme une étudiante de Serdaigle à part entière cette année. Mais dans la mesure où vous n'êtes parmi nous que depuis peu, il va vous falloir redoubler de travail pour vos recherches.

Il dut apercevoir la moue désapprobatrice de la jeune femme car il reprit :

- Ne le prenez pas mal, je doute simplement que vous en sachiez autant que vos camarades, ce qui est tout à fait normal dans votre position.

Hermione, pour sa part, doutait fortement du contraire

- Mais pas d'inquiétude ! scanda-t-il en bondissant vers Hermione avec l'enthousiasme du sorcier qui vient d'inventer la potion tue-loup, nous avons dans cette classe un étudiant brillant qui vous sera d'un grand secours !

Si elle avait été en mesure d'ouvrir la bouche à ce moment précis, elle aurait sans doute débité toutes les excuses possibles et imaginables pour éviter de se retrouver de force en binôme avec Tom Jedusor, allant même jusqu'à dire qu'elle n'était pas une bonne élève et qu'elle risquait de représenté un fardeau pour quelqu'un de bien plus intelligent qu'elle. Mais ses lèvres refusèrent catégoriquement de s'ouvrir.

- Tom, je suis persuadé que vous aiderez cette jeune femme avec grand plaisir.

- Bien sûr, Professeur.

La voix du Serpentard était neutre et maîtrisée, et Hermione n'osa pas se retourner pour voir l'expression de ce dernier. De toute façon, elle en avait assez entendu sur lui pour savoir qu'il détestait se mêler aux autres, et qu'un travail en groupe représentait plus à ses yeux une corvée qu'un moyen de rencontrer de nouvelles personnes.

Une fois la totalité des élèves répartis en binômes, le Professeur leur donna un texte à traduire, afin de « les remettre dans le vif du sujet ». Malgré tous ses efforts pour ne pas se faire remarquer, Hermione termina son travail trente minutes plus tard (une fois de plus, Jedusor l'avait devancée), sous le regard surpris mais ravi de l'enseignant.

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- Alors ? la questionna Mia à la sortie de la salle de classe, tu en as pensé quoi de ce premier cours ? Visiblement, c'était un peu facile pour toi.

- Oh ! s'exclama-t-elle, gênée par la nuance de jalousie qui perçait dans la voix de sa camarade, non pas du tout, j'ai trouvé le cours passionnant.

Elle s'apprêtait à mentionner le projet mais se ravisa au dernier moment, afin d'éviter à tout prix le sujet « brun ténébreux de Serpentard » qui, d'ailleurs, avait rapidement déserté la pièce à la fin du cours sans lui accorder le moindre intérêt.

- C'est vrai qu'il est particulier, mais je ne comprends pas vraiment pourquoi ce Professeur n'attire pas plus d'élèves. Il n'est pas si bête, j'ai l'impression.

- Il est très loin d'être bête, tu veux dire ! Mais beaucoup ne l'aime pas parce qu'il est un peu trop… élitiste, si je peux dire. Il n'accepte pas les étudiants s'il trouve leur niveau insuffisant. Oh bien sûr, il invente une excuse joliment formulée, reprit Mia devant l'air choqué qu'affichait Hermione. Par exemple, l'une de mes amies souhaitait elle aussi continuer l'Etude des Runes cette année, mais il lui a gentiment suggéré que passer sept matières aux ASPICs serait peut-être trop ambitieux pour elle, et qu'il était dans son intérêt de se consacrer à des choses plus essentielles pour son projet d'avenir, tels que les Sortilèges. Il est comme ça, le Professeur Potter.

- Le P-p-professeur Po…

Sous l'effet de surprise d'entendre un nom qu'elle connaissait si bien, Hermione se prit les pieds dans sa robe et heurta lourdement une statue de cuivre dans un grand « bang » dont l'écho se fit entendre le long du couloir. Avait-elle bien entendu Potter ?

Elle se releva péniblement sous les rires de Mia et des autres personnes qui les entouraient.

- Pas trop sonnée ? s'inquiéta son amie.

- Non, non ça va.

Elle sentit un frôlement contre son épaule droite et Malefoy apparut dans son champ de vision.

- Tu résonnes plutôt bien, pour une cloche, ironisa-t-il en lui imposant un gros plan sur ses dents.

Puis il s'éclipsa, tandis que son haleine piquante incommodait encore Hermione. Un Malefoy et un Potter à Poudlard, décidément, le destin avait un drôle de sens de l'humour. Le pire était que, volontairement ou non, ils rendaient son voyage encore plus dangereux.

« Ah ces grands-parents, ils vont finir par me tuer ! » pensa-t-elle, amusée, même si le moment n'était pas vraiment propice à faire de l'humour.

- N'y fais pas attention, essaya de la rassurer Mia. Ce type est une ordure, il agit comme ça avec tout le monde.

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Hermione passa une grande partie du repas de midi à digérer l'information sur le Professeur de Runes. Si elle n'était pas dans l'erreur, il devait s'agir de Charlus Potter, le père de James. Elle avait vu son nom sur l'arbre généalogique de la famille Black, Square Grimmaurd, et Sirius lui avait certifié que l'époux de Dorea Black était bien le grand père de Harry, pas peu fier d'avoir des liens de sang avec son filleul. Son départ avait été tellement précipité qu'elle n'avait pas imaginé rencontrer tant de noms familiers. Mais elle aurait dû s'en douter, Poudlard était la seule école de Magie de Grande-Bretagne et beaucoup de ses propres camarades au château comptaient des Sang-purs dans leur ascendance.

Le cours de ses pensées fut interrompu par l'arrivée de Gorian.

- Excuse-moi, lui dit-il sans autre préavis. Pour mon comportement d'hier, ajouta-t-il devant le regard d'incompréhension d'Hermione.

Il fallut quelques secondes à la jeune femme pour savoir de quoi il parlait exactement.

- Euh, oui. Oui d'accord.

Après un instant de silence gêné, elle reprit :

- Je suis également désolée de m'être emportée contre toi, mais pourquoi te montres-tu si désagréable envers Azuria et Cinamon.

- Tu dois le savoir, non ? Je suis sûr que toi aussi, elles t'exaspèrent avec leurs considérations qui risquent de changer la face du monde, telles que : comment vais-je me coiffer aujourd'hui, ou encore : qui est le garçon le plus séduisant ?

Hermione se mordit la lèvre inférieure. Certes, elle n'avait jamais participé à ce genre de débats qui avaient lieux chaque matin dans son dortoir pour savoir quels vêtements les filles devaient mettre (Lavande et Parvati adoraient ce genre de bavardages interminables), mais en réalité, elle prenait désormais plaisir à les écouter. Elle qui ces douze derniers mois n'avait parlé que de mort, d'Horcruxes, de vol et de dissimulation appréciait plus qu'elle n'oserait l'avouer ces banalités qui rendaient la vie plus facile et plus agréable.

Elle opta donc pour un compromis.

- Peut-être, mais ce n'est pas si grave.

- C'est juste que…

Pour la tout première fois depuis qu'elle l'avait rencontré, Gorian avait l'air triste et désemparé. Elle l'encouragea à continuer :

- Que ?

- Non, rien. Laisse tomber.

- Tu peux me parler, tu sais.

- Il y a quelques années, il s'est passé… quelque chose.

La voix de Gorian n'était qu'un murmure.

Hermione était persuadée qu'il s'apprêtait à lui révéler une chose importante, dont peu de personnes étaient au courant. Cependant, Azuria choisit cet instant pour faire son entrée, coupant cout aux efforts d'Hermione pour en savoir plus.

- Eh Jean, ça te dirait de venir avoir moi cet après-midi ? Les sélections de Quidditch approchent et j'ai bien envie d'aller m'entraîner quelques heures. On m'a dit que n'importe qui pouvait se rendre sur le terrain sans autorisation.

N'ayant rien d'autre de prévu pour le reste de la journée, Hermione accepta avec plaisir.

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Lorsqu'elles arrivèrent sur le terrain de Quidditch, quelques étudiants profitaient eux aussi du temps ensoleillé pour aiguiser leurs réflexes. Deux Gryffondor à la carrure imposante frappaient un Cognard à tour de rôle, tandis qu'une jeune fille de Poufsouffle volait avec plus ou moins d'habileté derrière un Vif d'Or qui n'était apparemment pas décidé à se laisser attraper.

Hermione fut immédiatement frappée par la vitesse de leur balai. Ils semblaient avancer au ralenti, comme si elle regardait le match à travers des Multiplettes bloquées en mode « image par image ». Évidemment, en cinquante ans, l'évolution des balais avait été rapide et spectaculaire, un peu comme le développement de la technologie Moldue, mais elle ne s'était pas attendue à… Ça. Même elle qui détestait voler se sentait capable de chevaucher ces balais d'un autre âge sans trop d'appréhension.

Pendant plus d'une heure, Hermione fut sollicitée par son amie pour lancer le Souafle en l'air afin qu'Azuria essaye de le rattraper. Même après avoir assisté aux matchs de Harry pendant six ans, Hermione dû reconnaître que la jeune femme s'en sortait avec honneur. Puis, lorsque son bras fut trop douloureux pour qu'elle continue, Hermione partit prendre place sur les gradins tandis qu'Azuria s'entraînait désormais seule à marquer des buts.

A six heures, les deux filles regagnèrent allègrement le château pour le diner. Tout le monde semblait de bonne humeur et le repas fut des plus conviviales. Lorsque le dessert fut servi, Dumbledore entra à son tour dans la Grande Salle par une petite porte dérobée par laquelle était passé Harry le soir où la Coupe de Feu avait rendu son verdict. Cependant, une deuxième personne accompagnait le Professeur de Métamorphose.

La fourchette d'Hermione lui glissa des mains. Le cœur battant la chamade, elle resta figée, stupéfaite, devant la silhouette massive de Rubeus Hagrid qui prenait maladroitement place à la table des enseignants.