Une idée de fiction qui me trotte dans la tête depuis quelques temps ... Et cet après midi, au milieu de mes révisions, je me suis enfin décidée à écrire. Vous l'avez vu, mon histoire portera sur Madge et Gale. Même si leurs liens sont finalement très peu développés dans le livre de Suzanne Collins, j'ai toujours imaginé qu'il pouvait y avoir eu quelque chose entre eux. J'ai choisi d'écrire du point de vue de Madge, qui est un personnage que j'apprécie beaucoup.

J'espère que vous aimerez. Vos avis, commentaires, remarques et critiques sont les bienvenus :)

Estelle


La lumière du jour commence à filtrer à travers les rideaux et à me chatouiller le visage, signe qu'il est l'heure pour moi de me lever. Je me redresse doucement dans mon lit et étire mes bras endoloris, tout en contemplant le décor familier de ma chambre. Sobre, certes. Mais luxueux, au regard de ce que les autres habitants du district 12 bénéficient.

Le district 12. D'un coup, la réalité m'assaille. Les battements de mon cœur s'accélèrent. J'ai le soufflé coupé, par une boule qui semble s'être logée dans ma gorge. Nous sommes le jour de la Moisson. Le jour de la Moisson. Bien sûr, du haut de mes 16 ans, et en n'ayant jamais eu besoin de prendre de tesserae, je ne suis éligible que cinq fois. Ce qui est peu, j'en ai conscience. Mais si, cette fois, le sort ne m'était pas favorable ?

Pourtant, il l'a souvent été avec moi. Le douze est l'un des districts les plus pauvres, mais j'ai la chance d'être la fille du maire, ce qui me garantit un niveau de vie des plus acceptables. Mais ce qui me fait, aussi, me sentir coupable. Qu'ai-je fait de plus que les autres pour mériter d'être aussi bien lotie ? Pourquoi, moi, Madge Undersee, ai-je cette vie qui fait rêver la plupart des gens qui m'entourent ? Dans un souci d'équilibre, l'univers va forcément tenter d'inverser la tendance …

Je secoue la tête et passe une main impatiente dans mes longs cheveux blonds, avant de me lever. Rien ne sert de s'auto-flageller pour ce bien-être dont je bénéficie. Rien ne sert de se projeter pour le moment. Nous verrons après la Moisson. Futile tentative de me rassurer un peu. Alors que je descends les escaliers de notre maison, je songe à mon amie Katniss, dont j'espère que le nom ne sera pas tiré.

Enfin, « amie » est peut être un bien grand mot. Je ne sais pas si nous sommes vraiment des amies à proprement parler. Il y a toujours eu une certaine forme de retenue entre nous. Nous sommes dans la même classe depuis notre enfance, travaillons à deux pour certains projets scolaires, déjeunons ensemble. Mais nous parlons peu. Katniss n'est pas du genre à discuter pour discuter, pour combler les blancs. Toutefois, elle me rassure et elle m'apaise. J'apprécie beaucoup sa présence. Et je pense que c'est réciproque. Ou, du moins, je l'espère.

Elle a perdu son père il y a quelques années. Tout le monde lui a alors tourné le dos, ainsi qu'à sa mère et à sa jeune sœur, Primrose. Cela explique beaucoup de choses dans son comportement. Sa méfiance naturelle. Sa timidité. Ses difficultés à s'ouvrir aux autres. Et son côté presque sauvage. Mais je pense avoir gagné sa confiance. Elle ne semble pas s'embarrasser des ridicules préjugés que certains peuvent avoir contre moi.

Arrogante. Bêcheuse. Condescendante. Dédaigneuse. Distante. Fausse. Favorisée. Fière. Fille de. Hautaine. Méprisante. Nantie. Pécore. Petite fille à papa. Pimbêche. Prétentieuse. Princesse. Privilégiée. Rogue. Snob. Vaniteuse.

Voilà ce que d'autres enfants pensaient de moi quand j'étais plus jeune. Le tout, sans me connaitre. Évidemment … La méchanceté de certains est sans limite, quand ils ne se rendent pas compte à quel point ils peuvent être blessants. Katniss n'est pas de ceux là. Malgré nos multiples différences, elle m'a acceptée, sans se soucier de qui était mon père. Sans me voir comme une privilégiée. C'est pour cela que je l'apprécie. Et que je pense que je suis en droit de la considérer comme une amie.

Attablée dans la cuisine, je picore tranquillement dans le dernier morceau de pain au fromage que mes parents m'ont laissé. Je suis déconnectée de la réalité. Tant de choses se bousculent dans mon esprit. C'est la Moisson. Quelque chose attire alors mon attention. Un petit carton orné de mon prénom, déposé sur le buffet. Je tente alors de mettre de l'ordre dans mes pensées et me saisis du dit-carton. Un message de mère. Le jour de la Moisson est l'un des seuls où elle sort de chez nous, afin de remplir ses obligations de « femme du maire ». Sa note est courte :

« Ma chérie,

Je suis à la mairie avec ton père afin d'accueillir Effie Trinket. Je reviendrai en fin de matinée pour t'aider à te préparer. Avant ça, veux-tu bien, s'il te plait, aller acheter du pain, ainsi que quelques pâtisseries ? Nous en aurons besoin ce soir.

A tout à l'heure,

Maman. »

Je souris en imaginant ma mère aux prises avec Effie Trinket, envoyée spécialement par le Capitole pour tirer au sort le nom des deux moissonnés. Elle doit tenter de faire bonne figure, tout en retenant ses mains pour éviter de lui arracher sa ridicule perruque. Depuis quelques jours, et afin de nous détendre à l'approche de l'échéance de la Moisson, nous plaisantons en pariant sur la couleur criarde qu'aura choisi la représentante du Capitole cette année. Ma mère penche pour le vert pomme. Moi, pour le rose fushia.

Toujours avec un fin sourire aux lèvres, j'attrape la petite bourse à côté de son mot, engloutis ce qu'il reste de pain au fromage et monte rapidement dans ma chambre. J'enfile un chandail crème et un modeste pantalon de toile marron, ainsi qu'une paire de bottines, avant de dévaler à nouveau les escaliers. J'attrape un grand panier en osier dans la cuisine et sors de la maison. Direction la boulangerie Mellark.

Située au cœur de la ville, non loin de chez moi, ce commerce est probablement celui qui propose le meilleur pain du district, et ce, depuis des générations, si l'on en croit les plus anciens. Mon père m'a même dit un jour que les cookies de monsieur Mellark étaient encore meilleurs que ceux que l'on pouvait acheter au Capitole. Je n'ai jamais mangé ces derniers, mais je suis tentée de le croire, tant les petits biscuits colorés estampillés Mellark sont délicieux.

Arrivée devant la boutique, je ne peux m'empêcher d'en observer un instant la devanture, débordante de pâtisseries et de viennoiseries. Plus qu'à l'ordinaire. Les soirées d'après-Moisson sont toujours l'occasion de faire la fête. Sauf pour les familles des deux malheureux qui prendront la direction du Capitole, cela va de soi. Mais les autres habitants du district, soulagés de voir leur progéniture rester dans le douze encore un an, sont souvent d'humeur acheteuse.

J'arrache enfin mon regard à la contemplation de la vitrine et me décide à entrer dans la boulangerie. Deux personnes attendent devant moi, ce qui me laisse le loisir d'admirer encore un peu ce qui m'entoure et d'apprécier l'odeur de pain chaud qui flotte dans l'air. Voilà qui me permet d'oublier totalement la Moisson pendant un moment. Jusqu'à ce qu'une voix quelque peu timide me ramène sur terre.

- Madge ?

Je me retourne vivement, pour faire face à Peeta Mellark, le fils du boulanger, qui attend, debout derrière son comptoir, avec un petit sourire embarrassé.

- Oh, bonjour Peeta, désolée. Mais votre boutique est vraiment superbe.

Son sourire se fait alors plus affirmé.

- Je passerai le compliment à ma mère, elle sera ravie d'apprendre que la fille du maire apprécie notre magasin.

Je n'ai jamais vraiment parlé à Peeta, bien qu'il soit dans ma classe et très sympathique. Certains de ses amis sont de ceux qui m'insultaient durant notre enfance. Lui, en revanche, à aucun moment je ne l'ai entendu faire une réflexion désobligeante sur ma famille ou moi-même. Je sais qu'il a même déjà rabroué un garçon qui me disait d'aller voir au Capitole si la vie n'était pas plus belle pour des gens « de mon genre ».

Oui, Peeta Mellark me semblait être quelqu'un de vraiment gentil, bien loin de certains sales gamins que l'on peut croiser en ville. Je l'ai d'ailleurs plusieurs fois surpris en train de jeter un coup d'œil vers la table que je partageais avec Katniss, que ce soit pendant les cours ou notre déjeuner. Mais je suis intimement persuadée que ce n'était pas mon regard qu'il cherchait à accrocher. Bien que la principale concernée ne semble pas très réceptive.

- Alors, reprend-il, qu'est-ce que ce sera pour toi ?

Je réfléchis un instant, avant de me décider pour un pain aux noix et un autre aux oignons.

- Et avec ça ?

- Trois cookies s'il-te-plait. Ils sont absolument délicieux, et les glaçages sont toujours extraordinaires.

Un franc sourire éclaire alors son visage.

- C'est moi qui suis chargé de cette partie.

- Alors, sache que ma mère est l'une de tes plus ferventes admiratrices !, dis-je, provoquant chez lui un éclat de rire. Mais, dis-moi, comment cela se fait-il que tu travailles ce matin, le jour de la Moisson ?

- On fait un roulement avec mes frères. Mes parents ont organisé le planning comme ça, et nous devons nous y tenir, Moisson ou pas Moisson …

- Tu es éligible combien de fois ?

- Cinq. Et toi ?, me demanda-t-il en retour.

- Cinq fois aussi.

- J'espère que le sort nous sera favorable. Nous avons déjà la chance de ne pas avoir à prendre de tesserae. Contrairement à d'autres …, ajoute-t-il doucement, le visage subitement triste.

- Oui, je le sais.

J'ai soudain l'impression qu'il a quelqu'un en tête. Et si je … Non, je ne dois pas être aussi curieuse, c'est très malpoli, je le connais à peine. Oui, mais, en revanche, je connais la personne à laquelle il est probablement en train de penser. Mais ce n'est pas pour ça que j'ai le droit de le cuisiner à ce sujet. Pourtant, les mots sortent de ma bouche, sans que je n'aie pu m'en empêcher.

- Mon amie Katniss est dans ce cas.

Je le vois rougir et baisser les yeux, qu'il garde fixés sur ses mains.

- Oui, je suis au courant.

Le débat intérieur qui m'habitait continue. D'un côté, j'ai envie de me gifler pour avoir été aussi indiscrète. De l'autre, je suis fière d'avoir eu raison sur mes hypothèses passées. Peeta s'intéresse à Katniss. De quelle manière, je n'en ai aucune idée. Mais il s'intéresse à elle. Et je pense qu'un garçon aussi gentil que Peeta ne pourrait faire que du bien à Katniss. Je me promets qu'une fois la Moisson passée, je ferai tout pour que ces deux là se parlent.