Voici le dernier chapitre de cette histoire. Merci à ceux qui l'ont suivi, et aux quelques uns qui ont commenté. Un merci tout particulier à AmbreOnyx pour sa fidélité au cours de la publication.


Chapitre 40 : Retour à la normale.

Août 2006 - 21 h 57 : Pasadena

- Donnie ! Tout va bien ! Tu n'es pas blessé ! Tu…

- Stop ! Tout va bien ! Voyez, je suis entier !

Et pour prouver ses dires, il écarta largement les bras, permettant à son père et son frère qui s'étaient levés à son entrée, aussi inquiets que des mères poules ayant perdu leur poussin, de se rendre compte par eux-mêmes qu'il n'avait pas une égratignure.

Il avait repris le travail deux mois plus tôt, peu après son escapade au premier étage de la maison qui lui avait valu une jolie réprimande de ses deux Cerbères, réprimande qu'il avait acceptée sans broncher, conscient qu'il avait été plutôt imprudent sur ce coup-là d'une part et beaucoup trop heureux de s'être prouvé qu'il allait vraiment mieux d'autre part.

Evidemment, durant plusieurs semaines il avait été confiné à l'emploi de bureau, au grand soulagement de sa famille et à son grand déplaisir. Mais il était évident qu'il ne pouvait pas aller sur le terrain d'abord avec ses béquilles, puis, lorsqu'une attelle avait remplacé le plâtre de sa jambe droite, avec les cannes anglaises et enfin la canne simple qu'il avait adoptée courant juillet. Aller à la chasse aux fugitifs alors qu'une grand-mère en déambulateur l'aurait battu à la course n'était pas sérieux, et aurait pu mettre en danger son équipe : il pouvait se montrer inconscient en ce qui le concernait, mais jamais il n'aurait fait courir de risques à ses collègues.

Finalement, quelques jours plus tôt, à l'issue d'une séance particulièrement intense, il avait récupéré son droit à aller dans les rues : sa vie reprenait enfin son cours !

C'était la dernière étape qui lui restait à franchir. Courant juillet il s'était réinstallé chez lui et avait repris sa vie avec Robin : tantôt chez elle, tantôt chez lui, retrouvant les plaisirs charnels qui lui avaient manqués, même s'ils avaient pris quelques acomptes durant son séjour chez Charlie. Il se souvenait de ce jour, au mois de mai, où Robin était venue le voir, un mauvais jour où il avait l'impression qu'il ne s'en sortirait pas. Il lui avait dit de trouver quelqu'un d'autre, qu'elle n'avait pas besoin de s'enchaîner à un infirme qui ne pourrait jamais la contenter !

Après lui avoir donné une bonne gifle pour la croire capable d'abandonner quelqu'un juste parce qu'il était handicapé, elle avait entrepris de lui montrer qu'il pouvait fort bien la contenter, quand bien même il était en fauteuil roulant et cette première fois avait été suivie de quelques autres mais toujours la peur d'être dérangés avaient terni leur plaisir. Depuis qu'il avait quitté la maison familiale, leur vie sexuelle était redevenue aussi épanouie qu'avant et leur amour se renforçait de jour en jour, au point qu'il avait fini par demander sa belle amie en mariage, ce qu'elle avait accepté avec une joie non dissimulée.

Ils avaient décidé d'annoncer la nouvelle à la famille dès que Don aurait enfin récupéré ses fonctions pleines et entières. Mais lorsque cela c'était produit, ils avaient été plongé dans une sombre affaire de cambriolages en série avec meurtres et viols concomitants sur laquelle, depuis cinq jours, ils travaillaient d'arrache-pied, avec l'aide de Charlie qui n'abandonnait ses équations que pour se soucier de la santé de son frère et s'inquiéter qu'il puisse en faire trop, ce qui avait conduit à deux disputes homériques entre les deux hommes, l'aîné n'en pouvant plus d'être couvé comme une petite chose fragile par le plus jeune qui avait du mal à se départir de son trop plein de sollicitude. Il faudrait encore du temps pour que le mathématicien oublie la terreur ressentie lorsqu'il avait cru perdre son grand frère.

Finalement grâce à leur consultant, ils avaient remonté la piste et avaient pu tendre une embuscade aux malfaiteurs.

A la télévision, Charlie et Alan, aussi inquiets l'un que l'autre mais tentant mutuellement de se persuader que tout irait bien, avaient suivi l'attaque filmée en direct par l'hélicoptère des informations tandis que le reporter, d'une voix qui cachait mal son excitation, commentait la scène. On aurait presque dit que la situation lui procurait du plaisir, pensait Alan un peu écoeuré. D'un autre côté, cet homme ne faisait que donner à un public de plus en plus voyeur ce qu'il désirait contempler. Si ça n'avait pas été lui, un autre aurait pris le relais, c'était ainsi désormais, il fallait s'y faire.

Tout ce qui lui importait, c'était que son garçon, tout juste revenu sur le terrain, ne soit pas blessé dans la première grande intervention qu'il menait depuis presque cinq mois. Il s'en voulut instantanément de la seconde de nostalgie qui l'étreignit au souvenir de son fils dépendant de lui, obligé de rester à la maison, à l'abri, loin de tous ceux qui pourraient vouloir lui faire du mal. Don avait repris sa vie en main, c'était ce qui était le mieux pour lui ! Un père doit avant tout vouloir le bonheur de ses enfants et son fils n'aurait jamais été heureux s'il n'avait pas pu reprendre son travail, redevenir l'agent qu'il était avant, sauver des vies, arrêter des malfrats comme ceux-là, sans se soucier de mettre sa vie en danger, prêt à la sacrifier s'il le fallait pour sauver des vies innocentes.

Alors quelle que soit la peur qui l'étreignait, il n'avait pas le droit de penser, ne serait-ce qu'un instant, que cela aurait été mieux que Don ne quitte jamais son fauteuil ou, à tout le moins, reste suffisamment diminué pour être affecté à jamais à ce travail administratif qu'il exécrait, même s'il s'en acquittait avec la conscience professionnelle qui le caractérisait. Le destin se venge lorsqu'on ne sait pas le remercier de ses bienfaits ! pensa-t-il avec une pointe de superstition. Et s'il lui prenait son fils pour le punir de son égoïsme ? S'il l'estropiait définitivement ? Comment réagirait-il à ce coup du sort qu'il avait provoqué par cette pensée stupide qu'il venait d'avoir ?

- Don va s'en sortir, le rassura alors Charlie en posant sa main sur sa cuisse. Ca m'étonnerait qu'il prenne le risque de revenir en convalescence ici de sitôt !

- Hé ! Dis tout de suite que nous avons été au-dessous de tout ! protesta son père, tentant de dissiper le mauvais pressentiment qui l'assaillait.

- Ah mais non ! Nous avons été géniaux… enfin, surtout moi, plaisanta le mathématicien, souriant de la bourrade que son père lui envoya en retour à ces derniers mots. Mais je pense que Donnie en avait plus qu'assez de voir nos trombines jour après jour à tous les repas.

- La tienne c'est certain, se vengea bassement le père, surtout avec cette tignasse à faire peur à la tondeuse la plus professionnelle ! Quant à moi je suis sûr qu'il était ravi de m'avoir…

- Il était surtout ravi d'avoir tes petits plats oui, insinua le fils. D'ailleurs tu as rempli son congélateur lorsqu'il est parti.

- Il fallait bien que je m'assure qu'il continuerait à se nourrir convenablement.

- Tu sais qu'il a une petite amie tout de même ?

- Qui est aussi occupée que lui, si ce n'est plus ! Les pizzas et hamburgers ne sont pas une nourriture saine !

Il continuèrent ainsi de se chamailler, pour tenter de faire taire leur inquiétude aux images de violence qui s'affichaient sur leur écran, s'inquiétant lorsque, l'opération terminée, on annonça, outre la mort de deux malfaiteurs, la blessure de trois autres et l'arrestation des deux derniers, que deux agents du F.B.I étaient aussi tombés sous les balles des criminels, l'un grièvement blessé, l'autre plus légèrement.

- Si c'était Don on nous aurait appelés, murmura Charlie devenu plus pâle à l'entente de ces nouvelles.

Juste à ce moment-là le téléphone retentit et les deux hommes se regardèrent, se demandant lequel d'entre eux aurait le courage de décrocher pour apprendre que le cycle infernal venait de recommencer. Mais, lorsqu'Alan réussit, d'une main tremblante à prendre le combiné, le soulagement se peignit sur son visage en entendant la voix tant aimée. La conversation fut brève : Don appelait des lieux de l'intervention, conscient de l'inquiétude qui devait dévorer sa famille encore sous le choc des derniers mois.

- Tu vois, je t'avais dit que tout irait bien, sourit le mathématicien aux anges.

- Hum… J'espère que oui.

- Quoi ? Qu'est-ce qui t'inquiète encore ? Don t'a dit qu'il allait bien.

- Mais il n'a jamais appelé pour nous faire savoir que tout allait bien justement ! Il a toujours été tacitement convenu que tant qu'on n'avait pas de nouvelles contraires, c'est qu'il était indemne.

- Mais avec ce qui s'est passé il y a quatre mois, il savait que nous serions inquiets. Ne va pas te mettre martel en tête. Tu veux que je te calcule les probabilités pour qu'il soit de nouveau blessé alors qu'il vient à peine de retrouver son boulot ?

- Non merci… J'ai déjà assez mal à la tête comme ça ! rétorqua Alan, s'efforçant de secouer la vague angoisse qui lui restait encore et lui prouvait que désormais les choses avaient changé dans leur vie.

C'est pourquoi, l'irruption de son fils, quelques heures plus tard, fut la seule chose qui effaça totalement les miasmes d'inquiétudes qui restaient accrochées en lui. Et tandis qu'il s'assurait que son aîné allait vraiment bien, il se dit qu'il devait lui aussi tourner la page que Don semblait avoir laissée derrière lui.

- Bon… Qu'est-ce qu'on mange ? demandait justement l'agent en souriant. Je meurs de faim moi !

- Tu ne viens ici que pour manger ! feignit de s'offusquer le mathématicien. Tu veux que je te dise ce que tu es ?

- Vas-y… Je suis curieux de le savoir…, sourit Don en se campant fièrement sur ses jambes, heureux, une fois de plus, de constater que la droite ne flanchait pas plus qu'elle ne l'avait fait durant l'opération, lorsqu'il s'était élancé à la poursuite du malfaiteur qui tentait de s'échapper par l'arrière de la banque, ne manquant pas la lueur d'admiration dans les yeux de ses équipiers lorsqu'il l'avait ramené menotté et remis aux agents : l'agent spécial Donald Eppes, superviseur de la section des crimes violents de Los Angeles était bel et bien de retour et chacun venait d'en avoir la preuve manifeste !

- Tu es… tu es mon frère préféré, sourit alors Charlie.

- Banane ! Je suis ton seul frère !

- Justement : le choix en est beaucoup moins cornélien…

- Cornélien… Tu as potassé le dico en m'attendant ?

- Hé ! Dis tout de suite que je n'ai pas de vocabulaire…

- Ben…

Et tandis que ses deux fils se lançaient dans l'une de ces disputes pour rire dont ils avaient le secret, Alan, un large sourire aux lèvres se dirigea vers la cuisine pour préparer un repas pour son agent de fils et aussi pour eux qui avaient eu l'estomac trop noué pour manger, même après le coup de téléphone rassurant. Les éclats de voix qui lui parvenaient à travers la porte battante réchauffaient son cœur parce qu'ils prouvaient que les choses étaient enfin revenues à leur place et qu'ils allaient, ensemble, écrire un nouveau chapitre de leur vie de famille.

FIN


Voilà, une histoire terminée. Je ne sais pas quand j'en posterai une autre, celles en cours n'ayant pas leur place ici étant donné leur contenu. Mais quand j'en aurai une postable, je vous la ferai partager.

Encore merci.