Moi aussi un jour …

Yuri, Karin et leurs compagnons sont toujours dans le village d'habitation de Kurando. Pour le moment, le groupe n'est toujours pas parti alors qu'au loin, la menace se fait plus grande chaque jour. En ce moment, l'épéiste vient tout juste de sortir de la demeure de la tante de Yuri et s'arrête à quelques centimètres de l'entrée pour s'étirer, pointant ses bras vers le ciel. Dans celui-ci, plusieurs petits nuages gris mais rien de bien méchant. Le soleil est là et la température de l'air est très agréable.

A ce moment, les yeux de Karin se posent sur un spectacle qu'elle se doutait de voir encore un jour. Devant elle, à l'autre bout du village se présente un jeune couple. La femme doit être dans les âges de la combattante, les cheveux noirs coiffés en chignon et tenue par une longue aiguille tandis que sur son corps repose une magnifique robe ayant des motifs fleuris de teinte rouge, jaune, verte, bleue et encore bien d'autres couleur. Son compagnon lui, a aussi les cheveux bruns mais sont plutôt courts. Il porte un pantalon blanc et une chemise grise. Sur ses épaules repose une veste de la même couleur que le vêtement inférieur et c'est main dans la main que les deux tourtereaux avancent tranquillement sur le sentier principal du village. Autour d'eux, plusieurs habitants dont certains doivent être des membres de leur famille respective.

Devant cet attroupement, Karin reste émerveillée car la femme est vraiment splendide.

« C'est magnifique. » Dit-elle enfin.

A ce moment, la porte d'entrée de la maison qui se trouve derrière Karin s'ouvre sur la mère de Kurando. Celle-ci sort dehors et ferme le passage après elle. Ensuite, elle va rejoindre Karin pour se placer à ses côtés et c'est à ce moment que la femme remarque le couple.

« Ils se sont enfin mariés, lâche-t-elle.

- Parce que c'est un mariage ?

- Oui. »

Répond la maman de Kurando en tournant son joli visage vers celui de la jeune guerrière.

« J'imagine qu'ils ne se passent pas de la même façon dans votre pays ?

- C'est exact. Chez nous, la mariée arbore une magnifique robe entièrement blanche alors que son mari lui, présente des vêtements plutôt sombres mais cela dépend des couples.

- Je vois. »

La tante de Yuri cesse de regarder Karin pour contempler le jeune couple d'amoureux qui continue toujours de progresser au sein du village.

« La fille qui est sur le point de se marier doit porter une robe confectionnée par sa mère elle-même.

- Vraiment ? »

Karin n'ose pas en croire ses oreilles tandis que celle qui se tient à ses côtés continue.

« Hélas, cette jeune femme n'a plus sa mère depuis une dizaine d'années déjà.

- C'est horrible. »

A ce moment la partenaire de Yuri réalise un détail et c'est ce qui lui fait tourner la tête pour regarder la mère de Kurando.

« Si cette fille n'a pas de mère, qui donc lui a fait sa robe ?

- C'est elle-même. »

Là encore, Karin est très étonnée par ce qu'elle vient d'entendre. Visiblement, cette femme qui donne la main à son jeune mari doit être dans ses âges et l'aiguille à coudre semble ne lui poser aucun souci.

« Cela a dû lui prendre des mois pour la confectionner ?

- Oui mais lorsqu'on voit le résultat, on ne peut éprouver que du respect pour cette toute nouvelle mariée.

- C'est sûr. »

Et à ce moment, Karin regarde la couturière et se met à rêver. Elle aussi veut connaître ce jour de bonheur intense et présenter sur son corps si frêle, la plus belle des robes. Toutefois, pour avoir la chance de vivre ce jour, deux points sombres doivent être surmontés. Premièrement, éliminer toutes les menaces qui pointent à l'horizon et dont elle souhaite l'éviction totale. Deuxième et dernier point, se trouver un petit ami.

« J'ai remarqué que mon neveu te regardait beaucoup.

- Quoi ? »

Cette constatation a le don de faire sortir Karin de sa torpeur.

« Désolée de vous le dire ainsi mais j'ai bien peur que vous faîtes erreur.

- Une femme remarque toujours ce genre de choses et je suis convaincu que mon neveu en pince pour toi. D'ailleurs, cela fait longtemps que vous voyagez côte à côte ?

- Depuis plusieurs mois maintenant.

- Plusieurs mois ? Donc, vous avez eu maintes occasions de vous connaître un peu plus, n'est-ce pas ?

- Oui.

- En tout cas, vous feriez un très beau couple et si j'ai la chance de pouvoir assister à votre mariage, j'en serais très heureuse. »

Et voilà que Karin baisse son visage pour tenter de cacher son mal-être suite à la confession de ce vœu.

« Tu as une mère qui t'attends quelque part ? Continue la mère du cousin de Yuri.

- Elle est morte.

- Navrée de l'entendre. J'espère que je n'ai pas réveillé de souvenirs trop douloureux ?

- Non, rassurez-vous. »

La femme expérimentée décide de poursuivre sur cette idée d'un éventuel mariage.

« Si jamais mon neveu a le courage de t'avouer ses sentiments et qu'il souhaite faire de toi son épouse, je veux me charger de ta robe de mariée.

- Quoi ? »

Cette fois, Karin lève sa tête pour regarder la femme aux longs cheveux noirs. Celle-ci se contente de sourire affectueusement à la française sans pour autant la regarder.

« Cela sera ma façon à moi de te souhaiter la bienvenue dans notre famille ma chérie. »

Karin est très touchée parce qu'elle vient d'entendre et voilà que des larmes lui montent aux yeux rapidement.

« Notre famille ne présente plus que trois membres en ce moment : Yuri qui est mon neveu, Kurando qui est mon unique fils et moi-même. Si jamais tu épouses Yuri, notre famille s'agrandira et c'est avec joie que je t'accepte déjà parmi nous.

- Merci beaucoup. »

Dit la manipulatrice d'épées tout en s'essuyant les larmes du revers de son bras droit. Jamais elle n'aurait cru croiser sur le chemin de son voyage, des gens qui veuillent la voir intégrer leur propre famille. C'est la plus belle des preuves d'amour qu'elle pouvait recevoir et il est normal que Karin en soit toute perturbée.

A ce moment, la porte d'entrée de la maison s'ouvre une nouvelle fois mais sur Yuri. Tranquillement, ce dernier ferme l'issue derrière lui et s'avance pour rejoindre les deux femmes. Là, aux côtés de Karin, il s'aperçoit que cette celle-ci a les yeux rougit.

« Tout va bien ? S'inquiète-t-il aussitôt.

- Oui. C'est juste cette cérémonie de mariage qui me fait pleurer, ne t'inquiète pas.

- Entendu. »

Le couple, au loin, a bientôt fini sa promenade sur les nombreuses allées du village et voilà que Yuri les observe à son tour.

« Ils ont de la chance d'être complètement insouciants. »

Finit-il par dire, provoquant le regard des deux femmes sur son beau visage.

« Pourquoi dis-tu ça Yuri ? L'interroge sa tante.

- Notre monde risque de disparaître à un moment ou à un autre. Je suis sûr que s'ils connaissaient cette vérité, ils ne se seraient pas mariés.

- C'est ignoble ce que tu dis, s'offusque Karin.

- Peut-être mais lorsqu'on y réfléchit, je suis le seul à avoir entièrement raison. Même si je devais tomber amoureux, j'éviterai de me marier avec celle qui fait battre mon cœur pour profiter pleinement de mes derniers jours. »

Et avec cette phrase, Karin a la preuve que celui qui se tient à quelques centimètres d'elle n'éprouve rien à son égard. Bizarrement, son cœur n'est pas meurtri car elle se préparait depuis longtemps à cette triste vérité. De son côté, la mère de Kurando ne laisse pas tomber et décide de discuter avec lui.

« Tu dis cela parce que tu n'as pas eu la chance de connaître le moindre sentiment affectif depuis ta plus tendre enfance. »

Là, Yuri sourit tout en lui répondant.

« C'est grotesque.

- Je ne pense pas mon garçon et voici une question que je pose à laquelle je voudrais une réponse maintenant : quel genre d'homme serais-tu devenu si tu avais vécu sous mon toit ?

- Quoi ? »

Le brun se demande où sa tante veut en venir.

« Je veux une réponse Yuri ?

- Je n'ai pas d'ordre à recevoir de toi.

- Réponds ! »

Voilà que la mère de Kurando commence à se montrer ferme, un trait de caractère inimaginable chez elle puisque cette femme passe généralement pour un être calme et doux. Visiblement, Yuri n'a pas d'autres choix que de lui répondre, chose qu'il fait par ailleurs.

« Je l'ignore.

- Donc, ta réponse confirme mon hypothèse. De plus, ne crois pas que Kurando est plus faible que toi uniquement parce qu'il a eu la chance de connaître l'une des nombreuses formes de l'amour. Ce sentiment peut offrir une formidable puissance lorsqu'on se bat pour des personnes que l'on aime. »

Le garçon doué du don de transformation commence à être excédé par cette conversation et ne se prive pas pour le faire savoir.

« C'est bon, la conversation est terminée ?

- Non Yuri et si je te dis ça, c'est uniquement parce que je veux te voir heureux un jour.

- Ce n'est pas prêt d'arriver.

- Pourquoi dis-tu cela ?

- Parce que j'ignore si je vais m'en sortir vivant de ce conflit qui bouleverse notre monde à cette heure à laquelle nous discutons. J'ignore si tu l'envisages ne serait-ce le cours d'une seule seconde mais j'ai un énorme poids sur mes épaules. »

Karin réagit suite à ce qu'elle vient d'entendre.

« Et tu n'es pas le seul Yuri. Arrête de croire que tu évolues en solitaire alors que nous sommes plusieurs autour de toi à être concerné par le problème, moi la première.

- Certes mais tu sais également que tu ne tiendrais pas longtemps face à notre ennemi commun si tu devais agir seule, je me trompe ?

- Arrête Yuri. »

Là encore, le jeune homme sourit.

« C'est bien ce que je disais. »

N'y pouvant plus face à une telle arrogance, Karin se place afin de se trouver face à lui. D'ailleurs, ce comportement intrigue Yuri mais ses interrogations ne durent pas longtemps puisque l'épéiste le gifle rapidement. Sous cette brusque douleur à la joue, le cousin de Kurando porte sa main sur la partie de son corps meurtri et se pose de multiples questions.

« J'en ai marre que tu te sentes le sauveur du monde alors que nous œuvrons tous pour le bannissement de ce mal. »