5.

- Si cette nuit mes capteurs sonores n'avaient pas été d'une limpidité parfaite, ce que me renvoient en ce moment mes caméras est tout aussi éloquent ! s'amusa Toshiro.

- Oui, ça fait plutôt mal, reconnut Albator en passant le doigt sur ses lèvres gonflées et rouges, parfaitement conscient aussi de ses cernes !

- Arrête de te plaindre, tu as pris un pied d'enfer avec cette pseudo sainte nitouche et tu l'as envoyée au septième ciel dans la foulée !

- J'avoue. Je ne m'attendais pas à de telles envies de la part d'une jeune fille de bonne famille qui ne semblait penser qu'à son boulot… Ou alors, elle était exactement la petite garce que j'attendais, je ne saurais dire. Mais, de toute façon, j'ai été complètement surpris par ce qui ne devait être qu'une banale nuit de cul.

- Comment cela ?

Le pirate se racla la gorge, dansant presque d'un pied sur l'autre, l'esprit absolument pas au moment présent.

- Ca a commencé comme une simple partie de jambes en l'air mais ce matin, tout était bizarre. Je n'avais jamais ressenti cela… ou plutôt, si, il y a longtemps.

- Pourquoi serait-ce soudain différent ? interrogea Toshiro, aussi sincèrement surpris par l'aveu de son ami que ce dernier l'était de l'avoir énoncé !

- Depuis, Maya, je ne m'étais plus jamais réveillé auprès d'une femme. C'était vite fait bien fait. Juste à satisfaire les exigences du corps. L'esprit et encore moins le cœur y étaient… Ce matin, je l'ai vue dormir, elle était encore si différente de celle qui a travaillé d'arrache-pied pour nous permettre de repartir. La dernière étreinte de l'aube n'a rien eu à voir avec les autres, c'était vraiment l'entente des corps en un duo parfait, comme si cela l'avait été depuis toujours.

- Karémyne, une rose sans épines ? glissa Toshiro.

- Oh, vu son caractère, cela m'étonnerait ! Mais j'ai ressenti de drôles de choses, des souvenirs sont revenus – bien que je ne saurais les expliquer !

- Nous repartons bien dans quelques heures ? s'enquit encore l'Ame de l'Arcadia, un brin alarmé.

- Oui, je n'ai vraiment plus rien à faire ici.

- Tu vas lui faire tes adieux ?

- C'est bien le moins !


Dankest demeurant à son bureau, c'était sa fille qui avait reçu une dernière fois le capitaine de l'Arcadia.

- Je vous souhaite un bon voyage, quel que soit votre destination. Vous n'allez évidemment pas me l'apprendre.

- Ce que vous ignorez ne peut vous faire du mal, à vous et à votre famille. Il vaudrait d'ailleurs mieux que nul n'apprenne que j'ai « décoré » votre parc trois semaines durant.

Karémyne se mordit légèrement le bout de la langue.

- Est-ce que… il y a une chance pour qu'on se revoie, un jour ? Je crois que j'aurais aimé, dans d'autres circonstances…

- Je ne me suis pas montré sous mon meilleur jour, admit pour sa part le pirate balafré. Enfin, je crains surtout qu'il n'y ait plus de bonne facette à ma personnalité depuis longtemps.

- Vous vous méjugez. Il y a au moins un plan sur lequel nous nous sommes assez bien entendus. J'avais raison de vous redouter, bien que j'aie passé une nuit que je ne pourrai jamais oublier. J'aurai du mal à retrouver un partenaire à la hauteur !

- A votre tour de ne pas déprécier les garçons de votre monde, fit Albator avec un sourire qui était cependant légèrement moqueur. Vous y trouverez votre bonheur.

- Merci. Mais, désormais, je serai assez exigeante !

- Vous aviez déjà mis la barre haute, j'ai apprécié. Je reviendrai, Karémyne, je te le promets, promit-il en passant au tutoiement. J'ai une dette envers ta famille. Je ferai de mon mieux pour l'honorer, même si cela risque de n'être que symbolique.

- Cela vous honore. Je le répète, tu vaux mieux que tu ne le penses, et que tu ne me l'as effectivement donné à voir. A un de ces prochains jours, Albator.

Il exécuta à nouveau un impeccable baisemain, penché sur la main tendue, avant de définitivement prendre congé.

Quelques minutes plus tard, depuis le perron du Manoir, Karémyne assistait à l'envol du vaisseau vert, ressentant à sa propre surprise un petit pincement au cœur.


Venue sur la passerelle, Clio avait jeté un coup d'œil à Albator qui, dans son haut et étroit fauteuil avait la tête à tout sauf à observer la mer d'étoiles comme à son habitude.

Un léger sourire étirait ses lèvres et douceur et sérénité bien que les souvenirs soient tout sauf paisibles !

Après deux fois sur les tapis mêmes de la salle à manger, Albator avait relevé sa partenaire dont il pouvait presque entendre battre les battements du cœur, en harmonie avec les frissons de son corps.

Il l'avait amenée à sa chambre, l'avait poussée contre les tentures qu'elle avait agrippées, jetant ses jambes autour du bassin du pirate balafré qui s'était à nouveau emparée d'elle avant de la jeter sans délicatesse sur le lit.

Et après un moment de récupération, haletants, il était revenu au-dessus de sa partenaire qui l'avait à nouveau amené en elle.


Karémyne sortit de sa chambre pour profiter du soleil de fin d'après-midi sur la terrasse de son balcon.

Elle respira l'air frais du printemps qui s'annonçait, songeant que les mois à venir allaient être les plus importants et les plus beaux de sa vie.

Avant de rentrer, elle jeta dans une poubelle son test de grossesse positif.

« A un de ces jours, mon pirate. Tu as promis de revenir et je sais que tu respecteras ta parole. Je t'attendrai autant de temps que de nécessaire ! ».

FIN