Et nous voici déjà à l'ultime chapitre. Bon, je trouve effectivement cette fin un peu rapide. Mais je l'avais écrite come ça au départ. J'ai bien essayé ensuite de partager ce chapitre en deux en rajoutant des scènes, mais j'avais l'impression de faire du bricolage, je préfère donc garder ça comme ça. J'espère que ça vous plaira tout de même.

Merci pour vos reviews et votre fidélité :)

Kawu93, bien sûr qu'on préfère quand on les voit souffrir XD Merci à toi.

Lua j, Watson qui joue l'infirmier sexy, je vois que tu perds pas le nord XD Mais oui, on compte sur lui. Merci!

Liseron, merci pour ton commentaire.

ooOoo

Chapitre 16.

Quoi que pas encore totalement tiré d'affaire, Holmes devait sa présente survie à la dextérité de l'excellent chirurgien qui l'avait pris en charge à notre arrivée à l'hôpital, le docteur Bell, qui était également mon mentor depuis mon entrée dans cette même clinique quelques années plutôt. Bell m'avait enseigné sur sa spécialité nombre de détails que j'ignorais alors encore malgré ma formation à la dure sur le front Afghan. Et si jusque-là je lui vouais une admiration sans borne, désormais je lui étais tant redevable que je lui aurais donné ma vie sans ciller. Holmes était en mauvais état lorsqu'il lui fut confié. Une méchante plaie du foie, il avait perdu énormément de sang et aurait très certainement succombé confié à un autre médecin.

A présent que j'étais à son chevet à contempler son visage pâle, mais désormais que la fièvre était enfin tombée, je mesurais la chance que nous avions eue. Alertés par la bonne de Watson, les secours étaient intervenus rapidement, ce qui avait certainement joué tout autant que les compétences de Bell dans le salut de Holmes. Enfin, autre détail quoi que guère vital mais qui avait son importance pour notre fierté et dont je comptais bien me réjouir d'informer mon compagnon, Lestrade était passé la veille pour m'apprendre que ses hommes avaient arrêté le violeur. S'infectant, sa blessure au bras l'avait forcé à se rendre dans un dispensaire dans lequel la police avait pris soin de donner son signalement. Il était désormais derrière les barreaux et avec cette dernière tentative de meurtre à son actif en plus de ses agressions nous n'avions plus à nous inquiéter de lui.

Ne me restait donc plus qu'une source d'angoisse, et non des moindres. J'étais las et fatigué, me sentant vidé de toute force. J'avais l'impression d'être dans cette chambre sentant l'éther depuis des semaines, à ne pas avoir dormi depuis au moins aussi longtemps, alors même que nous n'étions là que depuis trois jours en fait et que je m'étais surpris à somnoler plus d'une fois. La sensation persistante que s'il me quittait je serais incapable de retourner à Baker Street, de reprendre ma vie, m'obsédait. Quand donc avait-il pris une telle place dans ma vie que je n'envisageais parvenir à lui survivre ? Cela avait un côté terrifiant. J'étais pour le mariage bien sûr et jusqu'à peu je caressais l'espoir de fonder une famille auprès d'une épouse aimante. Mais dépendre à ce point d'une personne… Non, ce n'était pas normal.

Sentant la tête me tourner, je me levai brusquement, quittant tout aussi rapidement la pièce. Me retrouvant au beau milieu de l'un des couloirs que j'arpentais si souvent dans le cadre de mon travail, je me sentis immédiatement un peu mieux. Ici j'avais toujours cette sensation de maîtriser les choses, et même si cette fois le contexte était différent, j'étais quand même chez moi. Néanmoins le répit fut de courte durée, mon malaise me reprenant avec plus d'intensité que précédemment. M'appuyant contre le mur le plus proche, je m'accroupis finalement, fermant les yeux tout en me concentrant sur ma respiration. Pensais-je réellement à cela ? Le quitter maintenant, tant que je pouvais encore le faire de mon plein gré, avant qu'il n'ait encore plus d'emprise sur moi ? Il s'était mis à nu devant moi, s'était montré vulnérable, néanmoins j'envisageai le faire souffrir en sortant de sa vie. Pourtant, en se conduisant ainsi avec moi il m'avait démontré que j'avais sur son existence la même emprise qu'il avait sur moi. Prendre le risque de le blesser en toute connaissance de cause simplement pour me protéger était indigne de moi. Il était de toute façon bien trop tard pour ce genre de réflexion, que je le veuille ou non, que le craigne ou non, Holmes et moi étions liés, pour toujours quoi que j'en pense.

« Docteur Watson ! »

M'appelant, la voix de Mrs. Hudson me fit violemment sursauter. Je me redressai vivement, tentant de me composer une attitude neutre tout en esquissant un sourire qui, je le savais, ne trompait personne et certainement pas elle.

« Bonjour Mrs. Hudon.

- Je viens m'assurer que je n'ai pas à rédiger une annonce afin de trouver un nouveau locataire. »

Cette fois je ne pus retenir un petit rire, qui m'aida à me détendre. Sous cette apparence bourrue je la savais tout à fait attachée à Holmes, sa présence ici chaque jour depuis le drame en témoignait. Simplement tout deux avaient, du fait du caractère particulièrement invivable du détective, une relation des plus compliqués. Ils se respectaient, s'appréciaient même, mais préféraient se faire tourner en bourrique mutuellement plutôt que l'admettre.

« Il s'accroche, dis-je finalement. Vous le connaissez aussi bien que moi, il est de nature coriace.

- Oh, je ne le sais que trop bien. »

Nous rentrâmes ensemble dans la chambre. Immédiatement notre logeuse s'approcha du blessé, contempla un instant son visage puis remis en place ses oreillers avec autant de fermeté que de douceur. Dans ce geste je reconnus une nouvelle fois cette femme de poigne qui savait si bien veiller sur ses deux locataires. Ses deux locataires, pas seulement Holmes, détail qu'elle confirma en posant ensuite son regard préoccupé sur moi.

« Docteur, vous avez une mine à faire peur. Peut-être pourriez-vous envisager rentrer à Baker Street pour quelques heures. Vous restaurer convenablement et dormir un peu vous ferait le plus grand bien. Je puis rester ici en attendant.

- Merci, mais non, il faut que je reste à ses côtés…

- Il ne s'envolera pas vous savez, reprit-elle avec bienveillance.

- Certes, mais… »

Elle vint se planter près de moi, posant une main apaisante sur mon bras.

« Il a bien de la chance de vous avoir à ses côtés.

- Je ne lui suis guère d'une quelconque utilité en ce moment.

- Vous êtes là, je suis certaine qu'il le sait. Et vous serez encore là lorsqu'il ira mieux. »

Je hochai la tête, réalisant qu'elle venait de régler les questions que je me posais à son arrivée. Bien sûr que je serai là pour lui. Toujours !

Mrs. Hudson était finalement repartie et j'avais repris ma place au chevet de mon compagnon, bien décidé à ne plus en bouger jusqu'à son réveil, ne pouvant envisager une autre alternative possible. Je pris sa main dans la mienne, caressant doucement sa paume tout en lui parlant régulièrement. Et ma persévérance paya. En début de soirée il serra ma main. Ce geste m'arracha le plus grand des sourires tandis qu'il ouvrait les yeux.

« John ?

- Je suis là. Je reste à vos côtés. »

Il hocha lentement la tête, comme si cela lui demandait une force surhumaine, puis s'endormit. La nuit se déroula de la même façon. Régulièrement il revenait à lui, marmonnant un mot ou deux, me lançant un regard éloquent avant de sombrer à nouveau. Je ne m'inquiétais pas, c'était bien normal après près de trois jours de coma. Et le lendemain, quoi que faible, il était redevenu lui-même. Il fut satisfait quand je lui annonçai l'arrestation de Watson, même s'il s'étonna que la police ait pu mener cela à bien. Il se montra ensuite acide lorsque notre logeuse puis Lestrade vinrent lui rendre visite, les faisant fuir l'un et l'autre après seulement quelques minutes. Je m'obligeai à lui faire la morale même si je trouvais cette attitude tout à fait rassurante quant à son état général.

« John, dit-il soudain après avoir à peine picorer dans l'assiette contenant son dîner, j'aurais compris. Je ne vous en aurais pas voulu.

- De quoi diable parlez-vous ? m'écriai-je bien que j'en ai une petite idée, à mon plus grand déplaisir.

- Je sais que vous avez envisagé un instant me quitter.

- Mais…

- Inutile de nier. La culpabilité s'est lu dans votre regard toute la journée. Je ne suis peut-être pas au mieux de ma forme, mais je n'ai rien perdu de mes capacités intellectuelles, de déduction. D'ailleurs je puis vous comprendre, j'imagine que ces derniers jours n'ont pas été faciles à vivre pour vous. Il aurait mieux valu qu'il m'arrive un tel incident lorsque nous étions de simples amis.

- Je suis désolé, soufflai-je. J'ai eu peur voilà tout. Cela ne se reproduira plus.

- J'en suis sûr. Approchez à présent. »

J'allai m'assoir au bout du matelas et l'embrassai doucement, réalisant combien cela m'avait manqué. Je repris ensuite bien vite ma place sur ma chaise afin qu'il n'y ait aucune ambigüité, bien conscient que n'importe quel membre du personnel soignant pouvait entrer à tout moment. Néanmoins je ne lâchai pas sa main, comme rassuré par ce contact.

« A présent mon cher, si vous me disiez ce que je dois faire pour quitter cet enfer dès demain.

- C'est exclu ! Vous avez été opéré voilà quatre jours, vous devez rester en observation quelques jours de plus.

- Il n'en est pas question. Avec ou sans votre aide je serai de retour à Baker Street demain. Cela dit j'apprécierai pouvoir bénéficier de votre assistance. »

C'était de la folie pure, pourtant je savais déjà qu'il aurait gain de cause. Je ne lui avais jamais rien refusé, pourquoi aurais-je commencé dans ce contexte ?

Le lendemain, contre l'avis de docteur Bell, nous quittâmes donc l'hôpital. J'avais bien l'intention de lui interdire de quitter sa chambre une fois arrivé à destination, mais je n'eus même pas besoin de plaider ma cause. Le court voyage en fiacre lui fut si éprouvant qu'il passa les jours suivants au lit, ne se plaignant une quelconque fois que je l'assiste pour la moindre tâche. Nous étions un couple après tout, nous comprenions enfin tout ce que cela impliquait.

Il mit plus longtemps que je ne l'avais supposé à se remettre tout à fait. De longues semaines où il contenait son impatience avec difficulté, se contentant de conseiller Lestrade sur quelques cas à la lecture de simples rapports, ne pouvant se rendre sur le terrain. Je le sentais frustré aussi faisais-je tout pour le divertir chaque soir lorsque je rentrai du travail. Je suppose que cela contribua à nous rapprocher tout à fait. Toutes ces longues conversations qui n'avaient rien à voir avec une quelconque enquête. Nous en profitâmes pour nous confier sur notre passé, nos espoirs pour l'avenir. J'appréciais grandement ce Holmes prolixe, d'autant que je savais que cela ne durerait pas bien longtemps.

Lorsque je l'estimai capable de supporter le voyage, et tenant à le garder encore un peu éloigné de son travail, je lui proposai un séjour à Brighton. Ces petites vacances nous firent le plus grand bien, et je puis affirmer que par la suite il n'y en eu pas beaucoup d'autres. Ce fut là-bas, dans cette petite maison isolée que nous avions louée, que nous fîmes enfin l'amour. Lui en moi, m'abreuvant de mots doux, d'une tendresse que je ne lui avais jamais connu, j'eus la dernière preuve qu'il me fallait. Nous resterions toujours ensemble.

Et c'est exactement ainsi que cela s'est passé. Les années ont passé, les enquêtes se sont succédées, nous avons eu notre lot de peines… Une rupture de quelques mois avant de nous retrouver finalement, son caractère particulier l'empêchant de me combler autant qu'il l'aurait souhaité le décès de Mrs. Hudson… Des épreuves que chacun connaît je suppose, qui nous ont rendu à chaque fois plus forts. Aujourd'hui tous deux forts âgés nous vivons plus que jamais reclus sur nous-mêmes et tandis qu'il s'occupe comme il peut, épluchant la presse, prenant soin de ses abeilles, moi je me plonge souvent dans notre passé avec nostalgie, me rappelant chaque enquête, que je m'efforce ensuite de remettre au goût du jour par écrit sous la pression de mon éditeur. Un exercice qui me plaît pourtant.

Nul ne le saura jamais, mais cette fameuse affaire, les meurtres sordides des John Watson, aura toujours, tant que j'aurais toute ma tête, une place à part dans mon cœur étant donné ce qu'elle a représenté pour nous. Et je sais qu'il en est de même pour mon compagnon même s'il n'en laisse jamais rien paraître. Je l'ai de toute façon toujours compris sans qu'il n'ait besoin de parler, la raison probablement pour laquelle je ne me suis jamais senti frustré à ses côtés.

THE END.