Chapitre 3 : Une nouvelle amie de gagnée...ou pas.

Les mois de la grossesse furent des mois tendus, et la jeune femme fit tout son possible pour éviter le sombre seigneur. Pas lui.

Elle sortait de plus en plus de sa chambre pour aller prendre l'air dans les jardins de la Forteresse ( enfin les jardins qui n'étaient pas infiltrés de Chatrix, elle n'était pas suicidaire). Elle se posait à l'ombre avec un livre, une main posée sur le ventre, et ne rentrait que pour manger, dormir ou assister à un duel obligatoire.

Magister avait beau passer devant la porte de ses appartements, de temps en temps frapper, il les trouvaient vides et commençait à se faire du soucis. Oui, c'était totalement égoïste car il ne s'inquiétait pas outre mesure pour les coups de soleil de sa belle, mais simplement pour lui qui ne pouvait plus la voir aussi souvent.

Elle eu le droit à un relatif temps de pause, car le sombre seigneur était parti en mission, mais quand il revient il décida de mettre fin à son manège, comprenant bien que ce n'était pas dû à un amour soudain pour le jardinage.

Quand il repéra l'endroit où elle passait le plus clair de ses journées, il décida de la rejoindre.

Elle était tranquillement en train de siroter un verre de sirop ( pas d'alcool pendant la grossesse, le Chaman sangrave avait été très clair là dessus ) en lisant un livre à l'eau de rose quand une ombre lui fit relever la tête. Magister se trouvait au dessus d'elle, lui cachant le soleil.

-Oh. Fit elle. Tu as changé la couleur de ta robe.

En effet, il portait une robe de sortcelier d'un rouge foncé, et son masque avait prit une teinte dorée. Finement observé.

-Oui. Je trouvais que le noir et le gris c'était un peu too much.

Il resta un instant gêné tandis qu'elle le détaillait des pieds jusqu'à la tête d'un long regard appuyé. Puis elle retourna à son sirop.

-Tu aimes ? Hasardât il pour se donner une contenance ( en fait il avait eu envie de lui parler mais il ne savait plus du tout de quoi).

Elle secoua la tête, faisant bouger ses boucles brunes.

-Nan. Mais en même temps le gris je n'aimais pas non plus, donc...( glouglou produit par la paille au fond du verre). Mais tu fais comme tu le sens, c'est...c'est ta cape.

-Hum...

Il n'en revenait pas : leur discussion était tout à fait absurde. Ils n'avaient pas d'autres choses à se dire ? Il avisa la place libre sur le banc, à ses côtés, mais elle ne semblait pas décidée à la lui proposer. Il fit donc ce qu'il faisait habituellement : il s'imposa.

Elle recula d'une fesse et posa son livre en soupirant, l'air de dire que son instant de lecture tranquille était terminé.

-Tu avais quelque chose de spécial à me dire ?

Au moment où il allait ouvrir la bouche elle avisa son verre vide et le lui tendit, un petit sourire éclairant son visage.

-Aurais tu l'amabilité d'aller m'en chercher un autre, s'il te plaît ?

Il resta un moment étonné de son ton si gentil et de son joli sourire. Il prit donc son verre et se prépara à incenter.

-Oh non ! Le coupât elle avant que sa magie ne s'illumine, aurais tu oublié que la magie ne peut pas nous apporter de la nourriture ou de la boisson ?

Damned.

Il se sentit légèrement idiot, puis se leva.

-Désolé j'avais complètement oublié. Je vais t'en chercher tout de suite en cuisine.

Elle le regarda s'éloigner, le verre à la main, puis elle agita son livre dans sa direction et cria, se faisait se retourner tous les Sangraves se baladant dans les jardins :

-Oh ! Et si tu pouvais me rapporter un bol de fraises ça serait très gentil !

Selemba trouva son maître à courir dans les couloirs pour regagner son bureau. Elle le rattrapa, surprise, et essaya de suivre son rythme soutenu :

-Maître ? Justement je vous cherchais ! Je voulez vous demander...

Il la coupa sèchement en ouvrant la porte de son bureau :

-Selemba, j'aimerais bien faire une courte pause avant de me remettre au travail.

Mais, comme il ne faisait aucun geste pour lui interdire l'accès à la pièce, elle y pénétra à sa suite. Le Sombre Seigneur s'assit sur son fauteuil en soufflant, et elle lui demanda d'une voix emplie de crainte :

-Maître, quelqu'un vous a-t-il blessé ? Voulez vous que je vous applique un Reparus ?

Il se prit la tête entre les mains et la secoua vivement.

-Bien sur que non, ne sois pas idiote. C'est simplement...Selena...

La BSH, qui suivait l'affaire de loin et à qui son maître confiait ses soucis, savait bien à quoi s'en tenir, et elle détestait la pimbêche qui osait défier le Sombre Seigneur. Elle se doutait bien que son épuisement devait venir d'un énième refus de la part de sa captive.

-Vous êtes triste parce que...Essayât elle de décoder, parce que vous ne voyez plus la Duncan ?

Il émit un bruit de langue agacé : il lui avait déjà dit de ne pas l'appeler comme ça. Il était déjà tendu en rentrant, mais là il commençait à être carrément énervé.

-Oh non, ça serait même le contraire. Je l'ai vu, je peux te le dire. Jusque là ça allait bien, mais après elle m'a demandé de lui apporter un sirop, puis après des fraises, puis après d'incenter un parasol, une serviette, de bouger le parasol, de reprendre la serviette, d'aller lui trouver une cuillère, puis de la crème, puis encore du sirop, d'aller chercher dans sa bibliothèque un autre livre, puis le rapporter parce que finalement elle avait de rentrer se coucher, puis en fait non, et puis...et puis j'ai oublié tellement elle m'a demandé de choses.

La vampyr haussa les sourcils d'un air blasé. Son maître était en train de se faire rouler dans la farine avec brio, et le pire était qu'il ne s'en rendait même pas compte. La Duncan commençait à l'ennuyer sérieusement, car elle nuisait un peu trop au travail de Magister, et aussi ( elle devait bien l'admettre) à l'attention qu'il lui portait à elle en temps normal.

Elle allait devoir avoir une petite discussion avec la future maman. Histoire de lui rappeler quelles étaient les limites à ne pas dépasser.

Elle laissa donc Magister souffler un peu, non sans lui avoir murmurer un plat « ah d'accord ça explique tout, je vais vous laisser alors ». Ensuite, elle commença à arpenter la Forteresse à la recherche d'une tête à anglaises brunes.

Qu'elle ne tarda pas à trouver, tranquillement installée dans les jardins. Huit verres de sirop vides jonchaient le sol à ses pieds, ainsi que des bols souillés de jus de fraises. Elle plissa le nez de dégoût avant de s'avancer.

-Vous en êtes à combien de mois maintenant ? Commençât elle histoire d'entamer la conversation en douceur.

Elle savait par expérience que les femmes enceintes sont intarissables sur tout ce qui touche à leur nombril. Selena ne faisait pas exception à la règle, bien que la visiteuse ne lui inspirait pas confiance. Elle la connaissait de vue, car Selemba n'était jamais loin de Magister, et la trouvait bien naturellement antipathique et cruelle.

Mais elle passa une main sur son ventre bien rebondi et commença une longue tirade joyeuse :

-Moins qu'il n'y paraît, ça va faire sept mois et demi, mais c'est parce que j'attends des jumeaux figurez-vous ! Le Chaman m'a annoncé ça il y a quatre mois déjà mais je n'arrive toujours pas à me faire à l'idée que je vais avoir deux bébés ! Enfin ce ne sont pas de vrais jumeaux, car il y a un garçon et une fille, mais je les appelle quand même comme ça. C'est fou comme ils sont bouge-bouge ces deux là ! Ca n'arrête pas, c'est pour ça que je suis un peu fatiguée...Mais vous savez ce qu'on dit, il paraît qu'ils communiquent entre eux, alors ça doit être normal qu'ils remuent autant, donc il ne faut pas s'inquiéter...

Selemba profita que la jeune femme reprenne sa respiration pour attaquer avec un ton doucereux :

-Vous avez décidé des prénoms avec Magister ?

Selena s'arrêta net, et ses joues s'empourprèrent.

-Heu...mais Magister n'est pas le père. Il n'a pas son mot à dire...enfin je veux dire pas pour les prénoms...et puis non en fait il n'a pas son mot à dire du tout, c'est comme ça...ce n'est pas les sien, je ne vois pas pourquoi vous...enfin les sangraves pensent ça ? Mais...

La BSH fit un sourire plein de crocs et s'assit près de la future maman, puis lui déclara d'un ton posé tout en lui tapotant le genoux :

-Lalalala, que je suis bête de vous avoir rendu confuse ! Nous sommes bien d'accord que les bébés ne sont pas de Magister.

-En eff...

La surprise se peignit sur les très fins de Selena. La main de la vampyr était fermement serrée sur l'articulation, et ses ongles, qui ressemblaient à des griffes de tigre, lui rentraient dans la peau.

-On est bien d'accord, donc.

La voix de Selemba s'était transformée : glaciale, comme le reste de sa personne, et elle avait la mine professionnelle et menaçante qu'elle adoptait pendant ses missions meurtrières.

-Je trouverais dommage que les petits -qui ne sont pas ceux de Magister- ai un accident. Vous savez, même dans un monde magique comme le notre, une erreur médicale n'est jamais loin. Et l'inattention aussi, des parents, peut être dangereuse. Imaginons un instant que les enfants partent...se promener, avec la mauvaise personne. Ils peuvent ne jamais revenir.

Totalement figée et atterrée, Selena n'osait même plus parler. Elle se maudissait d'avoir réussi à éloigner Magister. S'il était resté, jamais sa redoutable sbire n'aurait osé lui faire cet odieux chantage !

Malheureusement – et ça la perturbait assez de l'admettre- Magister n'était pas là. Elle était donc sans défense et obligée d'écouter les conditions de cet atroce lévrier anorexique.

-Mais ça n'arrivera sûrement pas. Pas si je veille sur eux bien comme il faut, dame Duncan. Et je prendrai cette mission très à cœur, vous pouvez en être sûre. Cependant...

Ah, elles y étaient. Selena s'attendait à tout. Elle ne connaissait pas la vampyr : elle ignorait totalement que celle ci avait un faible pour le Sombre Seigneur. Elle s'attendait à une demande d'argent, d'espionnage ou de service. Pas à ça. Sa requête la surprit donc au plus au point.

-...Je vous conseillerais d'être...très gentille avec le Maître dorénavant. Donnez-lui un peu d'affection, faites ce qu'il vous demande avec le sourire. Comportez-vous comme il le souhaite, et je serais contente. Et aux petits soins pour les bébés !

Elle se leva avec un petit sourire satisfait, toute froideur (plus ou moins) envolée.

-Voilà, je vais vous laisser maintenant. J'ai du travail et je ne voudrais pas vous fatiguer d'avantage. Et n'oubliez pas : veillez sur lui, et je veillerai sur eux !

Et elle s'éloigna de sa démarche féline.

Selena ne mit pas longtemps à reprendre ses esprits et à additionner deux et deux.

La requête de Selemba était tout à fait surprenante. Illogique, même. Elle ne devait pas venir d'elle. La BSH agissait sur les ordres de Magister, et il était évident que c'était lui qui lui avait demandé de venir la faire chanter.

Il était encore plus gougea qu'elle ne l'avait pensé !

Mais contrairement à Selemba, Magister ne lui faisait pas peur. Elle se leva donc, fit disparaître la chaise longue et les verres et se dirigea vers l'entrée de la Forteresse.

Elle allait mettre les choses au clair, les points sur les I et les barres sur les T, et Magister n'allait plus jamais oser s'abaisser à de telles méthodes !

Selemba, quand à elle, vaquait à ses occupations avec la joie que donne la sensation du devoir accompli.

En faisant marcher Selena, elle allait rendre Magister heureux. Il serait satisfait un temps avec la pouffiasse brune, puis il se lasserait. Car cet homme était moins intéressé par le trophée que par la conquête. Une fois Selena gagnée, il se lasserait vite. Et alors elle serait là.

Il allait avoir la surprise de sa vie. Et c'était grâce à elle.

Elle égorgea le malheureux sangrave désobéissant avec plus d'entrain que nécessaire.

Et en effet, Magister eu la surprise de sa vie. Mais elle était bien différente de ce que Selemba avait prévu.

Merci beaucoup pour le posteur et pour les idées ;) j'espère que cette suite vous plaît ! Le duel Selena/Selemba a commencé !