Blut, Eisen und Liebe


Prologue : L'ouverture des hostilités

La Loge de Thulé ; la plus prestigieuse et secrète société occulte allemande.

Elle se distingue très nettement des autres sphères militaires, rien que par les uniformes portés par ses membres : tout faits de cuir, somptueux à porter.

Cette société est principalement composée d'officiers allemands ayant un arbre généalogique dont les racines plongent dans les anciennes familles aristocratiques du pays.

Autant dire que la Thulé est habitée par un snobisme hors du commun, sous l'austère rigidité du Reich.


Le chef de la Loge est à lui seul un mystère. On murmure son nom, on le lit en lettres dactylographiées sous lesquelles il apose sa signature sur les documents officiels mais on le voit peu ; comme une ombre.

Son bureau est, dit-on, fermé à double tours, gardé jour et nuit par des pions armés.

C'est un homme qui ne badine pas avec la discipline. On le dit proche du Führer ; on murmure même qu'il serait son assassin de prédilection, celui qu'on envoie lorsque la cause semble perdue et qui n'a jamais failli dans aucune des missions confiées.


Les formalités administratives n'en finissent pas : des dossiers entiers à remplir, des questionnaires, un serment à prêter...

Enfin... elle se retrouve dans son bureau qu'elle prend soin d'aménager avec quelques effets personnels.

Presqu'amoureusement, elle sort d'une malle le gramophone et les disques. Elle ne s'en sépare jamais. Il la suit partout.

La musique, l'opéra, voilà ce qu'elle aime. Elle joue également plusieurs instruments : piano et violon.

Sa collection de disques est impressionnante. Elle est même parvenue à s'offrir plusieurs disques avant qu'ils ne soient retirés de la vente et c'est le cas de celui-ci : "Les plus beaux airs d'opéra interprêtés par l'Oiseau de Munich." Ce disque est son préféré : l'enfant qui interprête ces airs possède une voix d'ange. Hélas, on n'a jamais su ce qu'il était devenu après sa puberté. En tout cas, il n'a pas pu poursuivre dans cet art.

Les notes emplissent la pièce, virevoltant comme des oiseaux et soudain, la voix monte ; timbre pur, son angélique, maîtrise parfaite des vocalises.

Alors qu'elle demeurait installée à même le coffre, la porte s'ouvre avec fracas !

Un officier apparaît, visage camouflé par un masque sombre. Il tient les deux ouvrants des double portes.

Il s'avance d'un pas vif jusqu'au gramophone puis soulève brusquement le bras de l'appareil et se saisit du disque.

Elle se lève : "Bon sang mais pour qui vous prenez-vous ?"

Coup d'oeil rapide aux insignes sur son col. Ouch ! il est gradé, celui-là !

Il lève la jambe, tenant le disque aux extrémités et le fracasse sur sa cuisse, le cassant irrémédiablement en deux, sous les yeux médusés de sa propriétaire.