Disclaimer : Albator, Clio, Warius, Doc, les marins de l'Arcadia, Mi-Kun et Tori-San appartiennent à leur créateur, M. Leiji Matsumoto.

Les autres personnages sont à bibi

1.

Albator passa la main sur son front, épuisé.

- Tu ne peux pas faire mieux, Toshy ?

- Cela fait une semaine que tu me poses la même question ? Et ma réponse n'a pas changé.

Le pirate à la chevelure de neige reporta le regard sur l'écran de l'ordinateur posé à côté de lui dans la bibliothèque de La Roseraie.

L'enregistrement avait été un montage de ce que les caméras disposées le long des Voies Rapides, là où avait eu lieu l'attentat et c'était la meilleure vue d'ensemble de ce qui s'était passé ce matin là. Et maintenant que l'on savait ce que l'on cherchait, Toshiro avait soigneusement fait sa compil.

La tireuse blonde était apparue au loin, juste derrière la rambarde de sécurité, bien campée sur ses deux pieds. Elle avait épaulé son lance-roquettes et n'avait pas eu une hésitation, ajustant prestement sa cible avant de presser la détente.

Et le projectile était parti droit sur le tout-terrain couleur de neige qui ne quittait pas la cinquième bande de circulation, dans l'incapacité de se rabattre pour quitter la ligne de mire.

La porte côté conducteur s'était ouverte et Aldéran avait jailli du véhicule une fraction de seconde avant que la roquette ne pulvérise l'habitacle.

Le tout-terrain avait percuté la berme centrale, plusieurs fois, avant de s'arrêter.

- Ce gosse a des réflexes dépassant l'imagination ! En revanche, pas de caméras dans cette canalisation, Aldéran a été hors de vue dès que le souffle de l'explosion l'a projeté plus encore en contrebas. Je n'ai aucune idée d'où et dans quel état il a atterri.

- Je sais…

- Pour en revenir aux caméras, celles de la Voie Rapide, elles ne sont pas pourvues de scans thermiques, reprit Toshiro. Je ne peux donc te dire si Aldéran est… Ou si un autre véhicule a pu s'approcher de lui via une entrée latérale de la canalisation et l'emporter.

- S'il s'était rompu le cou, on l'aurait retrouvé, gronda Albator qui avait appuyé ses mains au manteau de la cheminée.

- As-tu pris une décision, mon vieil ami ? fit doucement l'âme de l'Arcadia qui se trouvait toujours en orbite de Ragel.

- Il faut attendre.

Le pirate pu alors presque percevoir le sursaut physique de Toshiro.

- C'est bien toi qui a dit « attendre » ?

- Oui. Que veux-tu donc que nous fassions. Chercher Aldéran dans cette galaxie de sept planètes, il y a des années, entre Huven où le Light s'était crashé et Junab où sa navette de sauvetage avait coulé, c'était simple !…

- Heu, Albator, nous n'avions pas retrouvé le gamin. Mais je comprends ce que tu veux dire dans cette situation : Ragel compte trois dizaines de millions d'individus. Ce n'est plus une aiguille dans une botte de foin, mais une infinitésimale aiguille dans une colossale botte de foin !

- Surtout, cette fois, il y a intention malveillante derrière la disparation de ton fils, releva doucement Toshiro qui aurait donné tous ses circuits et son immortalité pour pouvoir réconforter et serrer son ami dans ses bras. Cela n'a aucun sens, ne put-il s'empêcher d'ajouter.

- J'ai parfaitement compris, moi aussi. D'un côté on signe l'arrêt de mort d'Aldie, et d'un autre on l'aurait récupéré vivant et depuis lors séquestré, les dieux seuls savent dans quelles terribles conditions ! Les Polices, le SIGiP et les amis d'Aldie sont sur le coup.

- Comme d'hab. on va dire, grommela Toshiro. Malheureusement, plus le temps passe, plus les situations dans lesquelles Aldie se retrouve sont graves…

Il y eut ensuite un long silence, que se décida à rompre l'Ame de l'Arcadia.

- Comment va Hoby, et surtout Karémyne ?

- Hoby est accablé mais Karry est complètement effondrée. Tout comme pour Dankest, Skendromme Industry était un de ses enfants.

- Il reste le deuxième actionnaire majoritaire.

- Mais les chantiers navals ne sont plus à lui, il n'a plus à prendre les décisions, et même s'il peut s'opposer à une décision le système démocratique de Dankest veut une majorité de votes à un Conseil et non le veto de l'actionnaire majoritaire. SI est fichue pour les Skendromme… Alors, avec Aldie disparu, c'est la totale. Car il ne faut pas non plus rejeter l'hypothèse où c'est un cadavre que l'on a emporté.

- Je t'interdis de songer à cela !

- Il faut garder en tête cette possibilité, insista Albator. Il le faut, pour ne pas souffrir plus encore le jour où nous saurons.

- Albator, je…

- La ferme ! intima le pirate en refermant l'ordinateur alors que Karémyne entrait dans la bibliothèque.

Il sourit.

- Mon amour !

Contre son cœur, il sentit battre le cœur de la troisième et dernière rose de sa vie.

- Rien ne change pour ce soir ? murmura-t-il.

- Ayvanère et ses trois fils viennent dîner. A eux aussi, il faut remonter le moral. Allons faire quelques pas, j'ai besoin de prendre l'air.

Et tout en songeant au sort, sans nul doute sordide de son fils, Albator tenta de faire bonne figure et accompagna son épouse pour une courte promenade car le soleil tapait dur.

2.

Pour ce qui était des terribles conditions de détention, Aldéran donnait, jour après jour.

Au saut du lit, Aldéran était rapidement passé sous la douche puis il s'était dirigé vers la piscine à terrasses pour l'heure de brasses quotidienne.

Depuis le balcon de l'une de ses fenêtres, Tervysse suivait les évolutions aquatiques de son involontaire pensionnaire roux, sauf que ce dernier était le seul à savoir qu'il n'était pas là de sa propre volonté !

« Tu es le mâle dans toute sa splendeur, Aldéran Skendromme. Tous les mâles de ta famille le sont. Et les femelles de la mienne ont toujours bavé devant vous ! Et là, j'ai l'occasion de rêve de nous venger, et je ne m'en prive pas… ».

Revenant dans son boudoir, elle sonna et un valet se présenta quelques instants plus tard.

- Madame ?

Tervysse lui lança un flacon de médicaments.

- Fais porter cela à l'appartement d'Aldéran. Ce sont les prescriptions du Dr Chum et il doit prendre ces cachets trois fois par jour. Déposez le flacon près de son assiette pour le petit déjeuner.

- A vos ordres, Madame.

Le valet sorti, Tervysse ôta sa robe de chambre, se glissa sous la douche, avant d'appeler sa masseuse.

En légère et moulante robe d'un bleu ciel assortie à ses yeux, Tervysse était entrée dans sa salle à manger principale. Aldéran était déjà présent, venant juste d'arriver, et il se leva.

- Je vois que tu te souviens des règles de politesse que je t'ai faites inculquer. Tu es un élève doué.

- Là au moins, je me souviens de quelque chose…

Il désigna la pile de journaux sur une table entre la table du repas et le coin repos.

- Répète-le-moi encore… Je porte le même nom que cet empire dont tu es la présidente ?

- Ton nom est très répandu, mentit une fois de plus effrontément Tervysse, avec un coup d'œil vers la soubrette qui lui servait ses œufs.

- Les autres journaux ? chuchota-t-elle.

- Détruits. Ne vous inquiétez pas, Madame. Aldéran ne lira nulle part qu'on le recherche.

- Et que ça continue !

Aldéran leva le nez de ses grillades, n'ayant prêté aucune attention au petit aparté entre la maîtresse de maison et sa servante.

- Alors, c'est quoi, le programme aujourd'hui ?

- Tu te souviens de celui d'hier ?

- Non, pas trop… C'est nébuleux…

- Le Dr Chum viendra tout à l'heure, faire sauter les points de suture de ta blessure au front. Tu te sentiras mieux ensuite.

Du coin de l'œil, Tervysse s'assura qu'Aldéran avalait une de ses cachets avec une gorgée de café et se sentit rassurée.

- Je ne pouvais prendre ma semaine, jeta-t-elle soudain. J'ai trop à faire avec ma nouvelle société. Toi, tu peux te reposer, te maintenir en forme, chevaucher. Je serai là vendredi soir. Et nous aurons tout le week-end pour nous !

- Et, que ferons-nous ?

Tervysse se leva pour s'approcher alors de lui, une main sur la sienne.

- Tu verras que tu te rappelleras certaines choses alors. Crois-moi, là c'est moi qui te chevaucherai, et inversement !

Et ne pouvant attendre, elle saisit entre ses mains le visage d'Aldéran pour s'emparer de ses lèvres et l'incendier d'un baiser.

- Tervysse !

- Quoi, ça te déplaît ? s'étonna-t-elle sincèrement.

- Oui, non, je ne sais pas…

- Et ça t'a fait quelque chose ? insista-t-elle.

- Assez… Tu es redoutable ! Oh oui, il y a des choses qui ne s'oublient pas, et tu es directe ! ajouta-t-il alors que Tervysse avait refermé ses doigts dans son entrejambes. Tu es obligée de faire ça ?

- Pour que tu ne m'oublies pas d'ici vendredi soir.

- Le temps va me paraître long.

- Tu as à La Citadelle à ta disposition.

- Merci.

Tervysse finit sa coupe de fruits, s'essuya les lèvres et se leva.

- Termine tranquillement, moi j'ai mon premier Conseil d'Administration !

- Bonne chance.

- Merci.

Passant devant la soubrette, Tervysse baissa le ton.

- Qu'il prenne les médocs, sans en oublier un, c'est primordial.

- Bien, Madame.

Juste avant son départ, Tervysse avait fait venir le Dr Thond Chum à son bureau.

- Les cachets, ça marche ?

- Ces neuroleptiques brouillent le peu de conscience qui pourraient subsister. Il ne se souviendra de rien tant qu'il suivra mon traitement qui renvoie dans le néant le peu qui pourrait lui revenir.

- Tout ce que j'espérais ! Continuez, Docteur.

Et ce fut l'esprit libre que Tervysse quitta un domaine où son prisonnier de luxe avait juste opté pour une longue séance de bronzage sur sa propre terrasse.