NA : Aucune excuse autre que le manque de dévouement pour expliquer le retard de ce chapitre. Il est cependant exceptionnellement long.


Chapitre 13

Je marchais et le bruit de mes chics talons faisait écho dans le corridor de l'hôtel où j'avais rendez-vous. Vêtue d'une robe dont la devanture sobre essayerait de convaincre les convives que j'étais une personne que je n'étais pas, je songeais à Angela qui m'avait aidé à son acquisition en la qualifiant d'assez classique en avant pour persuader les invités de ma vertu et assez sexy au dos pour les assurer que je n'étais pas la sœur de mon client. Il était vrai que le dos pratiquement nu de mon costume frôlait les limites de l'indécence.

Le souper annuel des institutions fédérales recueillaient tous les ans les principaux donateurs qui contribuaient à leur caisse. Cet immense gala accueillait à la fois leurs représentants ainsi que plus grandes fortunes du pays et des hommes politiques d'une influence considérable.

C'était pendant notre après-midi de shopping qu'Angela avait appris que cette fête pour laquelle j'achetais des vêtements était la même que celle pour laquelle le laboratoire avait été tendu toute la journée. Apparemment, sommés de s'y rendre, tous les doctorants de l'institution avaient fait tout en leur pouvoir pour éviter la soirée. Le plus hostile avait été Hodgins qui n'avait pas réussi à s'en sortir, mais qui, en étant accompagnée par Angéla, s'était promis de rester incognito. La perspective de passer une soirée accompagnée de sa nouvelle amie en réduisait grandement l'appréhension.

En réalité lorsqu'Hodgins s'était montré si récalcitrant face à sa présence lors de cette soirée que les soupçons d'Angéla, qui avait l'âme d'une détective, s'éveillèrent. Il ne lui avait pas pris plus de 15 minutes pour apprendre, par le biais de ses différentes recherches, le grand secret de l'entomologue. Sans tarder, elle s'était empressée de le confronter lui qui, par grand désespoir, crut un moment sa vie terminée. C'était cependant mal connaître Angéla que de croire qu'elle accepterait qu'une personne – peu importe ses sentiments pour elle – ne s'humilie en public, spécialement si elle pouvait l'empêcher.

Souriant, je me rendis jusqu'à la porte de la chambre 447 et j'y frappai quelques coups subtils. Rapidement, un homme dans la cinquantaine, mince mais pas maigre, dont le bouc grisonnant rappelait celui de certains médecins célèbres que j'avais observés dans mes livres d'anatomie, m'ouvrit la porte sans prendre le temps de raccrocher son téléphone portable ou de lever les yeux sur moi. Je pénétrai dans la pièce et fut stupéfaite par la beauté de l'endroit décoré selon les dernières tendances les plus modernes. Il était rare pour moi d'avoir le privilège de contempler de telles pièces; la majorité des hôtels où on m'emmenait devaient être payés à l'heure.

« Non, tu ne comprends pas Marco, je veux la livraison à Miami demain! … Non! J'ai dit demain à 23 heures! … T'as intérêt, sinon, tu auras affaire à quelques-uns de mes hommes, avait-il averti avant d'éteindre son combiné, pour la première fois, reconnaître ma présence. Vous êtes la fille que Kurbinsky m'a envoyée?

- Ouais… euh oui, monsieur Hasty. M. Kurbinsky a été très clair sur ce que vous attendiez de moi ce soir.

- Je vous imaginais différente.

- Est-ce une mauvaise chose?

- Pas du tout. Kurby aura droit à toutes mes félicitations! Vous êtes parfaite! Personne ne saura qui vous êtes et je n'aurai pas l'embarras de devoir justifier mon divorce durant toute la soirée. Évidemment, j'attends de vous à la fin de la soirée ce pourquoi je vous paye.

- Évidemment, je ne m'attendais pas à autres choses.

- Parfait! Maintenant ma petite, laissez-moi vous donner quelques règles de bienséance pour ce soir.

- Je vous écoute.

- Vous ne parlez pas d'actualité avec les hommes qui se trouveront sur place. Les femmes, il n'y a pas de problèmes. Elles ne feront que parler chiffon de toute façon. Si un homme vous demande pour danser…

- Je refuse, je sais.

- Au contraire! Vous me demandez la permission et vous acceptez immédiatement. Vous faites comme si j'étais votre amant. C'est ce que les gens assumeront de toute façon. Vous vous tiendrez avec classe, de dos droit, avec sourire et élégance. En cas de doute, demandez conseil aux autres femmes de votre âge, elles pourront peut-être vous guider.

- D'accord », répondis-je en souriant. J'avais en main le laisser-passer idéal pour bavarder quelques heures avec Angéla.


La soirée était déjà entamée alors que nous nous approchions de la salle. Je pouvais entendre au loin, une musique jazzée qui, je l'assumais, devait rendre l'atmosphère de la salle plus que chaleureuse. Nous arrêtant au vestiaire laisser nos manteaux, je sentis mon cavalier se placer derrière moi et glisser le manteau le long de mes bras jusqu'au sol.

« Excellent », entendis-je le juge chuchoter à la vue du dos ouvert de ma robe. Il laissa un bon pourboire à la commis et m'offrit son coude où je faufilai ma main afin de me laisser escorter jusqu'au grand escalier menant à l'immense salle de bal.

Elle était circulaire et les murs plaqués de marbre étaient éclairés par un énorme lustre de cristal. Déjà pleine de gens habillés de smoking et de robes à longues traines, j'arrivais peine à croire que j'avais le privilège de vivre ce qui serait probablement le seul bal de ma vie.

Puis, nos regards se croisèrent.

Booth.

Une chaleur s'empara de moi et mon cœur se mit à battre à tout rompre. Il ne m'avait pas dit qu'il serait là. Il ne m'avait pas dit que je le verrais ce soir, que je pourrais faire fondre ses yeux dans les miens et que…

Je me repris; j'avais oublié un instant qui j'étais ce soir. Ce soir, j'étais Roxanne Di Scallion, une jeune femme brillante qui vivait une histoire interdite avec un juge de la cour fédérale que nous révélions au grand jour. Mais rien de ce stratagème n'empêchaient mes joues d'adopter une teinte rougeâtre et de diriger mon regard vers le sol.

« Ma chérie! Entendis-je crier aussitôt avais-je mis le pied au plancher alors que je vis Angéla se précipiter vers moi m'embrasser sur les joues. L'homme à mes côtés se tendit en comprenant que j'étais connue ici.

- Vous vous connaissez? Demanda-t-il une quinte plus aiguë que ce que j'avais entendu de sa part jusqu'à maintenant.

- Oh! La belle Roxanne ici est une habituée des galas comme celui-ci, n'est-ce pas ma chérie! On devrait d'ailleurs se voir à l'extérieur des soirées comme celles-là! Je n'ai pas la moindre idée de ce que tu fais dans la vie.

- Oh! Tu sais, rien de très intéressant. Les affaires. Les gens me paient, je donne un service, répondis-je alors que je sentais Hasty se calmer quelques peu. Oh! Angéla, je te présente Miles Hasty, il est juge à la cour fédérale.

- Ah! Oui, je reconnais votre visage maintenant. J'ai déjà témoigné dans une affaire que vous jugiez.

- C'est plus que possible. Vous êtes?

- Angéla Monténégro. Je suis artiste médico-légale. Je travaille pour l'Institut Jefferson.

- Comme c'est intéressant, feignit-il alors qu'il apercevait un collègue du coin de l'œil. Angéla, je peux vous laisser Roxanne?

- Elle sera entre bonne main, monsieur le juge. Je vous le promets.

- Parfait, dit-il avant de s'éloigner.

- Alors, Roxie, qu'est-il arrivé avec Brian?

- Brian? Demandai-je sans comprendre alors qu'Angéla murmura de jouer le jeu. Ah! Oui! Brian, c'est de l'histoire ancienne. Tu sais les denturologues judiciaires… tu crois qu'il nous entend encore?

- Non, je ne crois pas. Alors c'est lui?

- C'est lui.

- Ce n'est pas trop mon type, mais il n'est pas vilain non plus.

- Oh! Tu sais, j'en ai vu qui avaient beaucoup moins de classe que lui.

- Tu sais que Booth est ici?

- Oui, je sais, je l'ai vu.

- Il a été d'une humeur exécrable toute la semaine, tu sais?

- Et puis alors…

- Angéla, enfin, je te trouve, interrompit Hodgins avec deux flûtes de champagne à la main. Tu es sûr que personne n'a mentionné mon nom… Oh! Bonjour, miss… Brennan, n'est-ce pas?

- Vous devez vous tromper, monsieur. Je m'appelle Roxanne Di Scallion ».

Confus, Hodgins me regarda puis Angela qui lui lança un regard signifiant qu'il allait me mettre dans l'embarras.

« Oh! Évidemment, miss Scallion, suis-je bête! Vous savez, la mémoire et moi… vous voulez du champagne?

- Merci beaucoup.

- Oh! Mais… entendit-on un homme s'exclamer de sa voix grave derrière moi. Vous êtes…

- Oh non, criais-je en pensée reconnaissant l'homme d'un soir d'été où il m'avait pris dans sa voiture de luxe pour faire de moi sa catin pendant près d'une semaine il y a quelques années. Vous êtes… Jack Hodgins. Mais c'est un honneur de vous revoir!

- Parisella! Mon ami, s'exclama Hodgins avec un sourire qui n'atteignait pas ses yeux.

- Je te laisse, dit Angéla à l'oreille de son compagnon qui lui rendit un regard meurtrier avant qu'elle glisse son bras dans le mien et s'éloigne alors que la commotion s'affairait autour d'Hodgins. Hodgins est un des hommes les plus riches du monde, chuchota Angéla à mon oreille.

- Vraiment? Il n'en a pas l'air.

- C'est un expert de la dissimulation. Sa famille est le principal donateur de l'Institut Jefferson et comme il est le dernier de sa famille encore vivant.

- Il détient la fortune à lui seul, déduis-je.

-… et il déteste ça. Tu vois ce qui se passe autour de lui, il s'agit de la principale raison pour laquelle il évite habituellement les événements comme ceux-ci. Tout le monde fera une grosse histoire de sa présence et son identité secrète sera révélée au monde entier!

- Qu'est-ce qui se passe autour d'Hodgins? Demanda Cam alors qu'elle s'approchait de nous.

- Rien du tout, dit Angéla avant de virer le projecteur sur moi. Vous avez vu qui est ici, Camille?

- Angéla! Protestai-je.

- Oh! Miss…

- Scallion, la coupai-je rapidement en lui serrant la main. J'accompagne le juge Hasty.

- Ah d'accord.

- Roxanne, dit justement le principal intéressé en s'approchant de moi. Vous me présentez à votre amie? Demanda-t-il avec un intérêt qui s'approchait de la méfiance.

- Bien sûr, voici le docteur Camille Saroyan, elle est médecin…

- Je suis le coroner de l'Institut Jefferson.

- Impressionnant!

- Merci!

- Vous connaissez Roxanne comment… ?

- Elle avait accompagnée à une soirée comme celle-ci…

- Brian, s'interposa Angéla afin d'aider Camille.

- Oh oui, Brian. Dommage.

- Dommage… pourquoi? Demanda l'homme.

- On a dû se départir de lui.

- Pour quelle raison? Questionna-t-il suspicieusement.

- Nous l'avons trouvé en train d'utiliser l'équipement du laboratoire pour fabriquer de la méthamphétamine. Nous avons dû le renvoyer.

- Évidemment, notre relation n'a pas continué au-delà de cet épisode. Je ne tolère guère l'usage et le trafic de stupéfiant, dis-je pour continuer la ruse.

- Ça aurait, en effet, pu affecter votre carrière ma belle. Vous m'accompagniez, il y a des gens qui aimeraient vous rencontrer?

- Évidemment, on se reparle plus tard?

- Sans faute, stipula Angéla alors que Camille me disait au revoir de la main.

- Était-ce Brennan? » Avais-je entendu dire Booth s'approchant des deux femmes. J'étais malheureusement désormais trop éloignée pour entendre ce qu'ils disaient, mais d'un coup d'œil au-dessus de mon épaule, je croisai son regard.

Les heures qui suivirent furent plutôt ennuyeuses. Coincée entre des femmes trop vaniteuses pour simplement reconnaitre ma présence et Hasty qui parlait un jargon que je ne comprenais à peine, je restais à la fois élégante et blasée alors qu'un après l'autre, on nous amenait hors-d'œuvre, entrées, fromages, repas, salades, desserts. Il était ahurissant de constater la quantité de nourriture qui était servie et subtilement, pendant que j'étais assurée qu'aucun œil était pointé vers moi, je cachais quelques morceaux de ce somptueux repas et les glissais dans mon sac à main.

C'est après le breuvage chaud que je sentis une main se glisser dans mon dos. Elle glissa d'une épaule à l'autre et sachant pertinemment bien qu'il s'agissait d'Hasty qui me faisait des avances, je me retournai pour lui lançai mon regard le plus langoureux – un regard que j'avais perfectionné après des années de pratique. Cependant, ce fut avec horreur que je constatai que la main creuse et sèche qui caressait mon dos était celle de l'ignoble Michael Stires. Inconsciemment, je m'avançai vers la table afin de me débarrasser de cette caresse et l'horrible personnage se pencha vers mon cavalier et attira son attention.

« Juge Hasty, dit-il en lui tendant la main. Michael Stires. Je suis anthropologue judiciaire à l'institut Jefferson.

- Mais, ma foi, vous êtes venus par millier ce soir, s'exclama Hasty surpris de converser à nouveau avec un membre de l'équipe médico-légale de l'Institut.

- Oui, euhm, commença-t-il embarrasser. Je n'ai pu que remarquer à quel point cette petite fleur qui vous accompagnait ce soir illuminait la pièce et je voulais vous demander si vous me feriez l'honneur de m'accorder une danse avec elle.

- Décidément, vous êtes tous plus bizarres les uns que les autres dans cet endroit. Bien sûr, Roxanne va vous accorder une danse. N'est-ce pas? Demanda-t-il alors que je lui lançai un regard désespéré qui fut répondu par une secousse de son visage qui m'indiquait que je devais l'accompagner. Récalcitrante, je me levai et glissai ma main dans celle de Stires.

- Évidemment que je vous accompagnerai monsieur Stires ».

Sa main dans la mienne me serra jusqu'à ce que la douleur puisse se lire dans mon visage alors qu'il me tirait vers la piste de danse. Glissant sa main le long de ma taille puis de mes reins jusqu'à l'ourlet de ma robe, je sentais ses doigts rugueux se faufiler le long de ma colonne vertébrale tel un cobra au son du pungi.

« Tu ne m'avais pas dit que tu serais ici ce soir, murmura-t-il à mon oreille.

- Pourquoi je vous aurais dit ça?

- Je t'ai déjà demandé de me tutoyer, dit-il en me serrant douloureusement la main. Tu aurais dû me dire que tu serais ici, j'aurais laissé cette insipide Daisy à la maison et je t'aurais accompagné.

- J'ai déjà un cavalier.

- Hasty. C'est une marionnette de la bureaucratie. Des gars comme lui, j'en mange trois au petit déjeuner. Mais qu'est-ce que je vais faire avec toi? Tu sens ça? M'a-t-il demandé en glissant sa fourche bossue le long de ma hanche et je dus retenir un haut-le-cœur. C'est ce que tu me fais. Qu'est-ce que je vais faire pour me débarrasser de ça, hein? Tu vas devoir m'aider, c'est ton métier n'est-ce pas?

- Pour un homme qui avait menacé de me tuer si je révélais quoi que ce soit de nos rencontres à vos collègues, je vous trouve plutôt brave de vous faire voir ainsi dans mes bras.

- Dans une soirée comme celle-là? Voyons. Tout le monde danse avec n'importe qui. Regardez là-bas, c'est la femme du sénateur Makonnen qui danse avec le docteur Poland du laboratoire d'iconographie antique.

- Et pourtant, vous risquez de vous dévoiler quand même! Votre Daisy n'est pas jalouse.

- Daisy m'a placé sur un pied d'estale depuis le premier jour de son stage. Elle fait tout ce que je lui demande même si c'est de me regarder pendant que je danse avec une pute. Pas spécialement brillante la petite, mais quel cul! Alors, et si nous nous trouvions un endroit tranquille pour que tu m'aides avec mon problème.

- Je suis avec le juge Hasty ce soir.

- Et moi, je veux que tu viennes avec moi, avait-il dit en tirant subtilement une mèche de mes cheveux. Alors que mon visage feignait de ne sentir aucune douleur, son visage s'illuminait prenant un plaisir sadique à me voir souffrir. Tu sais que j'obtiens toujours ce que je veux, Tempérance.

- Roxanne.

- Tu peux essayer de faire croire à tous ces salauds dans la salle que tu es Roxanne, mais moi, je sais ce que tu es. Tu es Tempérance, tu es une pute et tu es à m…

- Vous permettez? Entendis-je la voix de Booth alors qu'il tapait sur l'épaule de mon partenaire de danse.

- Booth.

- Pourrais-je avoir cette danse? Sourit-il sarcastiquement alors qu'on pouvait lire dans ses yeux une lueur qui laissait comprendre qu'il savait ce que Stires était en train de me faire.

- Bien sûr, Agent Booth, avait répondu Stires ponctuant chaque syllabe d'un accent méprisant. S'éloignant, il me regarda dans les yeux une dernière fois me menaçant du regard comme il le faisait après chacune de nos rencontres.

- Vous allez bien?

- Vous savez que vous n'avez pas toujours à me sauver?

- Tout ce que je veux, chuchota-t-il doucement, c'est une danse. Alors, miss Roxanne di Scallion, m'accorderiez-vous cette valse?

- Bien sûr », murmurais-je regardant le sol – évitant le magnétisme de ses yeux.

Lorsque nos mains se touchèrent pour la première fois, je sentis individuellement chaque terminaison nerveuse de mes doigts, puis du creux de ma main, se réveiller comme si c'était la première fois qu'elle touchait à un autre être humain. Nos doigts s'entrecroisèrent et nos mains se serrèrent magnétiquement l'une contre l'autre, sa chaleur rassurant ma mienne. Doucement, l'autre se glissa à ma taille puis patina le long de mon dos laissant des traces enflammées à son passage. Se lovant finalement en plein centre de mon torse, elle s'étira comme si elle tentait de caresser chaque parcelle de ma peau en même temps.

Il m'attira affectueusement vers lui et j'inspirai pour ne pas défaillir à ce moment précis et c'est quand il colla sa joue contre la mienne que mes yeux se fermèrent contre mon gré.

« Vous êtes véritablement magnifique ce soir! »

Je voulus répondre, mais ma voix ne trouvait pas d'air pour la laisser chanter. Tout ce que je pouvais faire était de me laisser bercer par le rythme langoureux qu'il nous imposait alors que pour la première fois de ma vie je laissais aller volontairement le contrôle de mes sens.

« Je suis toujours en colère contre vous, était tout ce qui avait réussi à sortir de ma bouche.

- Pour une personne fâchée, je vous trouve plutôt détendue, plaisanta-t-il.

- Je n'ai pas le choix d'être relax, je suis au travail.

- Vous accompagnez le juge Hasty?

- On ne peut rien vous cacher.

- Pouvez-vous me faire la promesse d'être prudente plus tard ce soir?

- Booth, soupirai-je frustrée par sa tendance surprotectrice.

- Il n'en a pas l'air comme ça, mais c'est un véritable salaud.

- Il n'a été qu'un parfait gentleman avec moi ce soir.

- Ce qui prouve mon point. Je n'ai jamais pu l'arrêter, mais cet homme était mon suspect numéro 1 dans une enquête de meurtre.

- Et pourquoi vous ne l'avez pas arrêté?

- Je n'avais pas les preuves suffisantes.

- Alors, vous ne saviez pas s'il était coupable ou non.

- Ah ça, je le sais. Je ne pouvais simplement pas le prouver, mais ce n'est pas important, Bones. Ce qui importe est que je ne veux pas vous retrouver sans vie dans une allée demain matin.

- Je sais faire mon métier, Booth! Je commençais réellement à être exaspérée par sa tendance constante à me surprotéger.

- Vous avez toujours ma carte? Je hochai la tête en guise de confirmation. Alors, utilisez-la, peu importe l'heure du jour ou de la nuit. Je serai là pour vous.

- Vous n'avez réellement pas de vie, dites donc.

- Non, c'est simplement que je m'inquiète pour la vôtre.

- Vous n'avez pas à me sauver, Booth.

- Je sais, mais je le ferai quand même ».

Et sur cette promesse, il tourna légèrement sa tête et embrassa subtilement ma tempe, si subtilement en fait que je me demandai si je n'y avais simplement pas rêvé.

Nous continuâmes à danser quelques minutes, puis une main sur l'épaule de Booth annonça qu'il était temps de changer de partenaire. Se retournant vers son homologue, c'est avec dédain qu'il observa de haut le juge qui m'avait achetée ce soir-là.

« Agent Booth, que me vaut l'honneur de vous revoir ce soir? Lança-t-il offrant une poignée de main hypocrite à Booth qui l'accepta avec autant de sarcasme.

- Je partageais une danse agréable en agréable compagnie, dit-il en me lançant un regard qui me fit sourire. Rien d'illégal!

- Vous voulez réellement tout ce qui m'appartient. Ma cavalière, ma réputation.

- Au cours de ma carrière, j'ai appris qu'il n'était pas nécessaire de salir des réputations; la plupart du temps, les gens y arrivent seuls.

- Et pourtant vous êtes encore là aujourd'hui à me harceler.

- Je ne vous harcèle pas, je danse avec une magnifique femme! Je vous laisse miss Roxie. Au plaisir de vous revoir un jour.

- Pareillement, dis-je poliment alors qu'il embrassait ma main. Au revoir.

- Quel salaud! Je ne pus empêcher un air offusqué se dessiner sur mon visage. Vous avez déjà eu des problèmes avec la police mademoiselle? Avait-il demandé en prenant la place de Booth et c'était avec soulagement que je constatais à quel point il était contrôlant dans sa manière de danser; je ne faisais pas confiance à mon corps présentement.

- J'exerce un métier qui me met souvent en contact avec eux.

- Estimez-vous chanceuse alors d'être toujours en liberté. Un policier qui cherche un coupable peut être prêt à tout pour en trouver un. C'est exactement pourquoi je suis juge. Je ne mets que les gens qui le méritent derrière les barreaux.

- Et qui sont ces gens qui méritent d'être enfermés?

- Des vaux-riens, des dealers, des traitres, des malappris et des rats de gouttière.

- Bref, des gens comme moi, osai-je et il me regarda d'un air méprisant qui en disait long sur sa vision du monde et celle qui avait de moi. Retournant son regard, je compris immédiatement que j'avais fait une erreur en disant cette réplique. C'était une erreur parce qu'elle était vrai.

Ce que je n'avais vu depuis le début de la soirée se manifesta enfin et je compris ce dont Booth m'avait averti : Hasty me méprisait. Il me méprisait comme il méprisait les pauvres, sans-abris et les autres pestes de la société. Il ne m'avait pas acheté parce qu'il voulait une fille qu'il aurait pu faire passer pour sa maîtresse; il l'avait fait pour pouvoir trémousser son style de vie à une personne qui n'en avait pas accès pour le lui enlever ensuite. Il cherchait à me dominer.

Sa main que j'avais perçue comme un guide quelques secondes auparavant était maintenant dominatrice. Il m'envoyait un message clair, il me contrôlait de la même manière dont un ventriloque contrôlait son pantin.

Il s'approcha de mon oreille. Son souffle chaud m'envahissait et d'un ton hautain, il me dit :

- C'est l'heure de monter à l'étage.


Un frappement à la porte brisa le silence de son appartement et ne sachant s'il s'agissait d'un rêve ou de la réalité, il ouvrit les yeux, grommelant et regarda son réveil. Il était deux heures du matin; il ne dormait que depuis deux heures. Alors que le cognement se faisait plus insistant, il grogna tout en se levant pour se diriger vers le hall d'entrée de son minuscule appartement.

« Mais qui peut bien être ici à cette heure du matin? » Se marmonna-t-il à lui-même alors que ses pieds traînaient pour l'amener jusqu'à la porte.

Serrant la poignée, il l'ouvrit enfin et toutes ses années d'expérience ne pouvaient pas le préparer à ce qu'il était sur le point de voir. À cette vue, tout ce qu'il réussit à laisser sortir fut ce chuchotement sourd. :

« Bones. »


À suivre