Titre : Séparation au Digimonde, Chapitre 6.

Disclaimer : Je me suis inspirée des différentes saisons de digimon pour créer mon histoire, aussi même si le monde a été transformé pour correspondre à mon histoire, il appartient aux créateurs de Digimon.

J'ai secoué Louis, posant un doigt sur ses lèvres pour lui intimer de ne pas faire de bruit, rapidement il a entendu les hurlements et comprit ce qui arrivait vers nous. Nous avons réveillé nos digimons et pendant que Louis réveillait Jack, je me suis approchée de Crookmon. Ma main ne l'avait pas encore atteint quand il a ouvert les yeux, je n'ai pas eu besoin de lui demander de se taire.

Accroupis en cercle comme des conspirateurs, nous parlions à voix basse.

-La tempête gronde encore dehors, ils n'ont pas l'air d'avoir trouvé notre trace mais je tenais à dire que je suis désolé.

-Pourquoi ?

-Par ce que si je n'avais pas lancé le Cyclonemon, il n'aurait pas rameuté la moitié d'entre eux pour nous traquer.

Louis avait la tête basse mais au fond de lui il devait le savoir, il n'avait pas eu le choix, ce qui avait été stupide de notre part ça avait été de rester au même endroit. Maintenant nous devions payer notre erreur. Aucun de nous trois n'avait vraiment de plan, face à ce nombre d'adversaires nos chances étaient assez mauvaises d'autant plus que la fuite était proscrite à travers la tempête de sable. Jack traça des formes imaginaires sur le sol parlant à mi-voix.

-Si seulement nous avions quelque chose pour les distraire le temps qu'on s'éloigne.

-Moi, je veux bien faire l'appât.

Relevant subitement la tête, j'ai croisé le regard décidé de Jawmon mais mon ton était sans équivoque.

-C'est hors de question.

Prenant un air détaché Jack exposa son contre argument.

-Donc on attend qu'ils nous trouvent et on meurt tous ?

J'ai cherché du soutien chez Louis mais il a détourné le regard, Impmon non plus ne voulait pas regarder dans ma direction et Crookmon soutenait mon regard, son sourire amusé avait disparut, ils étaient d'accord avec Jack.

-De toute façon je n'arrive pas à me digivolver.

Il avait l'air éteint, j'ai ouvert la bouche sans savoir quoi dire. Je voyais très bien pourquoi Jawmon et pas un autre, mes arguments contre ce projet étaient tous d'ordre personnel et totalement contre productif, pourtant c'était hors de question.

-C'est tout à fait possible qu'ils ne nous trouvent pas.

-Et s'ils nous trouvent et qu'on se retrouve encerclé par une trentaine de Cyclonemon ? A ce moment là tu nous diras que tu es désolée mais que tu as essayé d'y croire ?

Enroulant et déroulant compulsivement une mèche de cheveux entre mes doigts, je ne savais plus quoi dire pour faire rester Jawmon.

-Alors allez y, moi je reste là avec Jawmon.

-C'est impossible, tu dois nous emmener à la prairie.

-Qui te dit que mon digivice fonctionnera correctement si Jawmon disparait ?

Ce fut la première de mes réflexion qui fit mouche, agacé Jack s'était levé et tapotait son bras nerveusement.

-Ok, Louis on y va. Ta moto peut très bien nous transporter tous les deux avec nos digimons.

Ignorant la remarque de Jack, Louis planta son regard dans le mien.

-Tu es vraiment sûre de toi ? Tu sais que tu peux vraiment mourir ici.

J'ai hoché la tête, mes mâchoires étaient crispées et un goût métallique au creux de ma joue m'a fait réaliser que je me mordais. Louis m'a demandé si je voulais rester dans la cabane mais c'était hors de question, mon champ de vue était trop limité à l'intérieur. Sortant un sac à dos contenant des vivres, de l'eau et une couverture de la part des Bakemons, il me l'a tendu pour que je l'enfile.

Je les ai regardé partir et Jawmon n'a pas dit un mot, un bruit strident m'a fait sursauter, ils venaient de klaxonner pour attirer les Cyclonemons. Me plaquant au sol entrainant Jawmon avec moi, j'ai attendu que le bruit et les hurlements s'éloignent. J'avais déjà du sable partout sous mes vêtements après un court soupir, j'ai sorti mon digivice pour aller vers l'est. La patte de Jawmon dans ma main, j'ai commencé à avancer mais lui n'a pas suivit.

-On va mourir ?

J'ai fermé les yeux, lui qui avait proposé dix minutes avant de se sacrifier pour une noble cause était maintenant tremblant et incertain.

-Peut être mais c'est pas sûr alors on avance.

Me tendant sa patte griffue, je l'ai serré fermement. J'ai tenu le cap à l'est, sans connaitre exactement la distance parcourue pendant plusieurs heures. Avec la tempête, il n'y avait plus ni jour, ni nuit, juste une plaine sombre à l'horizon bouché par du sable à profusion. Impossible de voir à plus d'un mètre cinquante devant soi, la seule solution pour éviter les creux et les bosses, c'était d'y aller avec douceur pour tâter le terrain du bout du pied. Pourtant, quand je me suis enfoncée dans le sol, je n'y étais vraiment pas allée fort. Mon digimon avait essayé de me retenir mais son absence de pattes arrière s'était cruellement fait ressentir. Nous avions tous les deux dégringolé jusqu'au fond d'un gouffre, notre chute partiellement amortie par le sable. Je n'avais pas osé produire le moindre son ni en chutant, ni en atterrissant. Le sable se déversait en flot continu autour de nous produisant un étrange son. La lumière ne filtrait pas du tout, la seule source de lumière semblait provenir du fond d'un tunnel émettant un halo verdâtre. Jawmon tirait sur mon pantalon alors je me suis baissée à sa hauteur pour écouter ce qu'il avait à me dire.

-Je sens qu'il y a quelqu'un, il faut qu'on parte.

Il avait murmuré tellement doucement que je n'étais même pas sûre d'avoir bien entendu mais ces propos me semblaient cohérents et l'envie de fuir ne manquait pas de mon côté non plus. Le sable atténuait le bruit de mes pas mais je me dirigeais complètement à l'aveuglette, essayant de trouver un passage à l'opposé de la lumière. Mes mains ont trouvé un mur que j'ai entrepris de longer, mes craintes étaient justifiées, nous étions dans une pièce close. La seule issue était la lumière.

J'ai vaguement pensé à retourner en haut mais les murs étaient trop raides et lisses pour ce genre de plan. Un bruit vif et Jawmon avait disparut, agitant mes bras derrière moi, j'étais incapable de le trouver. J'étais en train de retourner vers le mur quand la lumière a oscillé, ce qu'il y avait au fond du tunnel se rapprochait, de tellement bonne humeur que je pouvais entendre un rire grinçant résonner contre les parois.

-Mais qu'avons-nous là ? Une graine d'immortalité et un amuse gueule ?

Neuf points vert fluorescent flottaient au centre du tunnel, j'ai plissé les paupières pour me réhabituer à la luminosité quand l'identité de mon agresseur fut claire. Des crocs, deux cornes jaunes striés de noir, une chevelure rousse, huit pattes et sans doute une tête de mort sur son dos. J'étais tombée dans le nid d'une araignée géante.

Cherchant Jawmon du regard, je l'ai trouvé plaqué à un mur par une toile épaisse et gluante. Il y avait de grandes chances pour que ses voies respiratoires soient obstruées, je devais faire vite. Reculant sans quitter l'araignée des yeux, je suis arrivée à sa hauteur pour essayer de le dégager seulement la toile était bien trop résistante. Attrapant les fils à pleine main, j'ai posé un pied contre le mur pour avoir un appui plus solide.

-T'inquiète pas mon grand, je vais te sortir de là et tu pourras écraser cette horreur !

Un cri d'indignation a suivit ma remarque et je me suis retrouvée collée au mur à mon tour, ma taille enserrée dans un étau. Mais c'était trop tard, d'une façon ou d'une autre, j'avais du réunir les conditions. Jawmon était en train de se digivolver et de pulvériser sa toile par la même occasion, illuminant la salle. Profitant de cette source de lumière inattendue, j'ai fais un examen rapide de la pièce où nous nous trouvions. Les murs autour de moi semblaient être ceux d'une vieille ruine, tous couvert de signes indéchiffrables. Le sable s'écoulait du sommet de la pièce, il serait dur de retourner à la surface par là, la seule sortie était bien le tunnel.

La lumière déclinait faisant disparaitre avec elle le décor, j'ai fermé les yeux pour faire disparaitre les traces de lumière sur ma rétine et essayer de voir ce qu'il se passait devant moi.

Slothmon grognait, son poil crépitait, étincelant d'électricité. Il a chargé l'araignée sans chercher à se protéger d'une éventuelle attaque, peut être, était-il aveuglé par les flashs de lumière parcourant son pelage. J'ai vu la gueule de l'arachnide s'ouvrir et une gerbe en sortir viciant l'air ambiant avant de percuter Slothmon. Un cri contenu a fait vibrer l'atmosphère, attrapant ma tête à deux mains, je me suis mise à vomir. J'avais l'impression que l'avant de mon corps brûlait.

Slothmon s'est relevé chancelant, l'électricité statique autour de lui ne cessait de prendre de l'envergure, sous ses pattes des éclats de pierre ne supportant pas la tension éclataient en tous sens. L'horrible araignée allait de nouveau projeter son poison, alors j'ai tenté une diversion en priant pour que Slothmon ne s'y fasse pas prendre réduisant à néant mes efforts.

-Dokugumon, digimon de type virus, niveau champion.

Mon digivice tendu devant moi, un pâle sourire est apparut quand Dokugumon a tourné la tête alors que Slothmon continuait l'attaque. La scène s'est jouée en une fraction de seconde, les effluves de poison qui s'enflammaient sous les éclairs striant Slothmon, le sable qui fondait sous ses pas se transformant en flaques de verre, le point de contact, quand Dokugumon a ouvert la bouche sans pouvoir sortir un cri, paralysée par l'électricité. Une odeur de brûlé avait saturé l'air ambiant, malgré la main plaquée sur mon nez, je ne pouvais pas faire autrement que de la sentir. Je me suis souvenue du Goblimon dans la forêt, l'attaque de Slothmon n'avait rien à envier à celle de Reapermon. La douleur que j'avais ressentie n'était pas totalement partie mais s'était atténuée, il fallait sortir de là avant de mourir étouffé par empoisonnement.

Une chance, la toile m'avait attrapée à la hauteur du bassin si bien qu'avec un peu d'effort, j'ai pu faire glisser tout mon corps à l'extérieur.

Chancelante, j'ai évité avec dégout les flaques nauséabondes. J'aurais pu parier qu'elles étaient hautement corrosives, en tout cas, le grésillement sourd de la pierre ne m'inspirait pas. Mon digimon ne donnait plus signe de vie, il était resté immobile depuis l'énorme décharge. Outre les émanations toxiques, le corps de Dokugumon n'avait pas encore disparut me laissant penser qu'elle n'était pas autant hors d'état de nuire qu'on pouvait le croire. La lumière verte qui me permettait de distinguer les obstacles était celle d'un unique œil ouvert, après tout. Attendait-elle que je m'approche pour mettre à exécution un plan malsain ou feignait-elle l'évanouissement pour qu'on lui laisse la vie sauve ? Était-il prudent de laisser un adversaire en vie ? Non.

Pourtant, mon partenaire hors combat, les choses devenaient plus compliquées. M'arrêtant à cinq bons mètres de distance, j'ai essayé de m'assurer de ses intentions.

-Hé.

Aucune réponse ainsi elle faisait bien la morte pour le moment.

-J'ai décidé de t'épargner.

Un rire rauque a secoué le corps noirci de l'araignée, j'avais bien fait de ne pas m'approcher, quelques secondes plus tard elle s'était redressée, menaçante. Slothmon avait basculé au sol, difficile d'évaluer les dégâts dans la pénombre mais lui avait réellement l'air dans les vapes.

-C'est ça oui, toi tu m'épargnes, et moi je te mange.

Riant aux éclats, elle s'approcha d'un pas trainant, une partie de ses pattes ne semblait plus répondre. Malgré toute son assurance, on pouvait deviner qu'elle souffrait beaucoup. Quand une ombre s'est dressée derrière elle, j'ai oublié de retenir un souffle de soulagement, alertant son sixième sens. Elle s'était retournée en un éclair mais Slothmon était déjà au contact, les pattes avant luttant contre les bras de Dokugumon la bataille pouvait continuer. Ils étaient à jeu égal mais pour combien de temps ? La fourrure de Slothmon n'était plus parcourue d'éclairs mais seulement de toutes petites étincelles blanches.

L'araignée enrageait, sûre de sa victoire contre moi, elle ne s'attendait pas à ce que mon digimon arrive à se relever. Le poison qu'elle lui avait jeté au visage devait être vraiment puissant pour qu'elle soit aussi confiante, j'étais vraiment inquiète. J'avais commencé à entamer la peau après les ongles.

Le combat était stationnaire, l'un après l'autre, ils gagnaient puis perdaient du terrain entretenant une sorte d'équilibre qui empêchait un vainqueur de l'emporter. Ma peau recommençait à bruler, la bile qui remontait dans ma gorge et le goût acide sur mes papilles. Tout ça ne m'annonçait rien de bon. Il fallait faire quelque chose pour faire pencher la balance du bon côté, réalisant que je me trouvais à un rien d'eux, j'ai su quoi faire. Ils ne me portaient pas la moindre attention, ils avaient oublié ma présence et ça m'arrangeait bien.

Le plan que j'avais imaginé n'avait rien de fou, si je me plaçais bien, il n'y aurait aucun risque pour moi. Marchant vers eux avec souplesse, sans me presser, je suis arrivée jusqu'aux pattes de Dokugumon. Observant avec attention ses déplacement, j'en avais déduis quelles pattes étaient devenues inutilisables. Me saisissant de l'une d'entre elles après m'être placée sur son flanc, j'ai tiré de toutes mes forces et le résultat dépassa mes espérances. Un cri de douleur fulgurante et Dokugumon était projetée en arrière par un Slothmon qui y avait mit toutes ses forces, pensant trouver une bien plus grande résistance côté adverse. Elle s'écrasa lourdement contre le mur et gémit de désespoir en voyant Slothmon s'approcher pour lui asséner le coup final.

-Je me rends ! Je me rends, ne me tuez pas !

Me consultant du regard mon partenaire m'envoyait néanmoins son avis très clairement.

« Il ne faut pas la laisser vivre. »

J'ai pensé à Fugamon qui avait demandé pitié mais Reapermon et Jack n'avaient même pas du songer à cette éventualité. A ce moment là, j'avais trouvé ça cruel mais maintenant je comprenais parfaitement, l'exemple des Cyclonemons avait été une bonne leçon. Laisse en un s'échapper et les autres te tomberont dessus à la sortie. J'ai hoché la tête, j'ai cru voir un rictus sur son visage contrastant avec l'expression d'horreur de l'araignée.

-Non ! Je peux vous aider ! Vous ne sortirez pas d'ici vivants sans moi !

La rengaine habituelle, malheureusement, j'étais d'avis qu'elle avait raison. Levant une main vers Slothmon pour lui dire d'attendre, l'araignée à reprit contenance s'expliquant.

-Ce sont mes galeries, je les connais comme ma poche mais il est très facile de s'y perdre. Si je vous guide jusqu'à la sortie, vous me laisserez la vie sauve.

Nous y voilà donc, je n'aimais pas son ton et encore moins le fait qu'elle nous force la main alors j'allais poser quelques conditions.

-Très bien.

Ravie, elle ne chercha pas à dissimuler son triomphe.

-Par contre pour être sûre que tu ne nous feras pas tomber dans des pièges idiots, tu ouvriras la marche.

Elle accepta sans problème cette condition.

-Et tu me porteras sur ton dos.

Sifflante, elle s'apprêtait surement à refuser net quand elle se rappela sa position d'infériorité. Elle dut froisser sa fierté en se baissant au sol pour m'inviter à monter. J'ai d'abord récupéré mon sac à dos, la laissant volontairement attendre plus que nécessaire baissée au sol avant de finir par me hisser sur son dos.

-Combien de temps durera le voyage ?

-Un jour entier plus une dizaine d'heures.

Surprise par tant de précision, je me suis dit qu'elle devait vraiment connaitre ces galeries par cœur et que nous avions bien fait de la laisser en vie. Il serait toujours temps de la tuer à la sortie.

Après une demi heure de marche, j'ai vite vu que ça n'allait pas, Dokugumon était en train de mourir sous mon poids et Slothmon n'avait pas décroché un mot, je n'avais pas osé lui demander son état de peur que notre guide change d'avis et essaye de le supprimer.

-Bon, on va faire une pause. Un endroit avec de la lumière si possible.

Un soupir agacé me parvint d'en bas mais pas de protestation sur le fait de s'arrêter. En moins de cinq minutes, nous avons débouché dans une alvéole de sable durci avec je ne sais quoi, éclairée par une plante grimpante phosphorescente. Les deux digimons se sont affaissés au sol sans plus penser à cacher leur épuisement.

-Hé, l'araignée.

Slothmon avait la voix fatiguée mais il était très lucide, le poison le faisait souffrir sans l'affecter mentalement, c'était une bonne chose même si je n'arrivais pas à m'en réjouir.

-Si tu tentes quoi que ce soit, labyrinthe ou pas, je t'arrache les pattes une à une.

Recroquevillant ses pattes sous son corps, elle ne répondit pas à la mise en garde. Ca ne servait à rien de se précipiter, autant prendre du repos tant qu'on le pouvait, une fois dans le désert ce serait plus risqué qu'ici. J'ai veillé pour ne pas avoir de mauvaise surprise mais notre guide s'est tenue sage, dormant sans crainte vu qu'elle se savait essentielle. Mon digimon geignait dans son sommeil, surement en proie à des cauchemars alors je me suis approchée de lui pour lui caresser la tête. La tension dans ses muscles s'est apaisée, le froncement de son museau disparaissant pour céder la place à de la quiétude. Un certain temps s'est écoulé avant qu'un des deux s'éveille enfin, pas celui que j'aurais espéré voir ouvrir les yeux en premier. D'air un rien plus que maussade, j'ai aligné deux mots pour la forme.

-Bien dormi ?

Le non franc que j'ai eu en réponse m'a fait hausser les épaules, je n'y pouvais pas grand-chose. Mon estomac me réclamant un remplissage sous peine de protestation, j'ai ouvert mon sac en quête de provision. Il fut assez difficile d'ignorer les neuf yeux braqués sur moi quand j'ai sorti de la nourriture du sac.

-Pas mangé depuis longtemps, je suppose ?

J'allais répondre que ce n'était pas mon problème jusqu'à ce qu'un filet de bave toxique fasse crépiter le sol. Jugeant la taille de la pièce un peu trop exigüe pour supporter des émanations de gaz nocif, je lui ai offert un de mes morceaux de viande à contre cœur. Elle ne s'est pas faite prier pour l'engloutir même s'il semblait avoir un goût de trop peu vu son regard mendiant. Involontairement, cette créature me forçait à prendre des décisions de bonne samaritaine les unes après les autres, m'agaçant sérieusement.

-Qui t'a dit que manger un humain rendait immortel ?

-Humpf, maintenant elle croit qu'on est bonnes copines et veut taper la causette.

Vexée, j'ai secoué mon digimon pour repartir dès qu'il aurait mangé. Il déclina l'invitation du repas, prétextant qu'il ne pourrait pas garder la nourriture bien longtemps alors autant ne pas la manger. Je me suis inclinée face à l'argument et nous sommes partis. Les galeries sombres s'enchainaient toutes identiques à mes yeux, passer plus d'un jour piégée au milieu de ce dédale me stressais un peu. Loin d'être claustrophobe, l'idée d'être acculée dans l'une d'elles était tout de même angoissante. Le pire étant les moments où ma vessie ne tenait plus, je ne savais pas trop si je préférais m'exiler dans le noir où lutter contre le vent et le sable pour effectuer mes besoins naturels. Cependant, me retenir indéfiniment, comme j'avais songé à le faire, risquait surtout de me causer des problèmes plus gênants qu'un simple souci de confort.

Perchée sur Dokugumon, j'avais la singulière impression que le plafond se rapprochait de ma tête. Jetant un coup d'œil derrière, j'ai vu Slothmon trainer des pattes, il n'était pas du tout en état de marcher aussi longtemps mais il allait devoir tenir. C'était uniquement sa présence qui contenait Dokugumon, s'il s'évanouissait, je ne donnais pas cher de nous.

Après ce qui m'a semblé être des heures de marche, nous nous sommes arrêtés pour la deuxième fois. Une galerie en tous points semblable à la première nous attendait après un embranchement. Une terreur froide me parcourut l'échine, et si nous avions tourné en rond tout ce temps ? La propriétaire des yeux verts qui nous fixaient ne faisaient rien pour me donner confiance. Je me suis levée pour regarder la plante grimpante de plus près, ses feuilles lumineuses étaient magnifiques.

-C'est quoi cette plante ?

M'attendant à cette non-réponse, j'ai arraché une feuille pourvue d'un long morceau de tige, l'examinant sous tous les angles avant de retourner m'asseoir aux côtés de mon partenaire. Quand notre guide nous a tourné le dos pour se reposer, j'ai tracé une croix sur une paroi avec la sève foncée qui s'écoulait de la tige fraichement coupée.

A la halte suivante, j'ai constaté avec soulagement que la croix n'était pas sur le mur. J'avais essayé de faire plus attention aux directions des croisements, à la hauteur de plafond et d'autres détails qui m'avaient jusque là échappé pour me rassurer. Si nous ne prenions pas la bonne route, la bonne nouvelle était au moins que nous ne tournions pas en rond. Mais histoire de booster un peu notre adorable guide, je n'ai pas pu m'empêcher de glisser une menace dans le silence des cavernes.

-Au faite, si j'estime que plus de deux jours sont passés, on te tuera même si on doit y rester par la suite.

Un ricanement secoua ma monture un bref instant mais j'ai senti son pas accélérer ce qui m'a conforté dans l'idée qu'elle nous emmenait au bon endroit. Lors de notre quatrième arrêt, notre araignée me surprit en répondant à une de mes questions.

-Comment tu as pu te digivolver sans avoir d'humain avec toi ?

Elle avait redressé le torse soudain remplie d'une fierté non dissimulée.

-C'est sur qu'entre ce gros balourd et moi, il n'y a aucune comparaison. Pour lui la digivolution perds tout son prestige alors que nous digimons suons eau et sang pour passer au niveau supérieur. C'est d'ailleurs pour ça que sa digivolution n'est pas censée durer, je suis impressionnée qu'il tienne autant de temps.

Cette Dokugumon avait l'air d'en savoir plus que ce que je m'étais imaginé, alors quand je lui ai posé la question, je n'ai pas été surprise par sa réponse.

-Évidemment que je savais que tu ne m'apporterais pas l'immortalité. Tu tombée dans mon domaine alors que mon ventre grondait, question de timing, voilà tout.

Une sorte de sourire moqueur plaqué sur le visage, elle continua d'un ton tout à fait méprisant.

-Il n'y a que les abrutis de digimons décérébrés pour croire à des âneries pareilles. Quoique personne n'a essayé à ma connaissance pour démontrer la stupidité de cette rumeur.

Ses yeux m'ont fixé me mettant mal à l'aise jusqu'à ce qu'elle éclate de rire, réveillant Slothmon qui avait l'air de mauvais poil. Il n'aimait pas trop que je parle à l'ennemie, pourtant, plus l'ennemie s'attachait moins elle risquait de prendre des initiatives malheureuses. A moins ce que ce ne soit elle qui essaye de faire la même chose pour mieux me tromper.

Il nous fallut néanmoins résoudre un problème de taille, Slothmon refusait de boire le peu d'eau que ma gourde contenait. Seulement, une fois de retour dans le désert s'il était malade et assoiffé, je ne voyais pas ce que j'allais bien pouvoir faire de lui. Une fois encore, j'ai sollicité l'aide de celle qui connaissait les moindres recoins de ces couloirs de roche. Nous prévenant qu'il fallait faire un détour d'une bonne heure et demie aller-retour, mon digimon s'y opposa fermement mais je n'avais pas la moindre envie d'écouter ses protestations. Un spectacle saisissant nous attendait.

Une alvéole aux parois couvertes de ce lierre luisant comportait en son centre une petite mare, dont jaillissait au centre un jet d'eau naturel. Le reflet des feuilles sur la surface plane de l'eau, qui elle-même renvoyait des reflets ondoyant sur les murs, donnait l'impression d'être plongé au cœur de l'océan. Mon visage avait prit un air enfantin en suivant les lumières bleu verte danser sur ma peau, un murmure émerveillé et je me suis retournée vers mon digimon les yeux brillants. Les siens l'étaient nettement moins.

Malgré l'eau à profusion, il n'avait pas bougé d'un pouce et c'est seulement après un regard dans sa direction signifiant très nettement « Qu'y a-t-il encore ? », qu'il a exprimé ses craintes à mi-voix.

-Je suis sûr que l'eau est empoisonnée. Je veux qu'elle boive d'abord.

Haussant les épaules, j'ai énoncé un fait que je pensais aller de soit avant que notre guide réponde.

-Il y a de fortes chances, vu qu'elle est venimeuse, qu'elle ne soit pas affectée par le poison d'une eau du lieu où elle vit.

Mon raisonnement se tenait même s'il n'était que pure spéculation. Un hochement de tête approbateur confirma ma pensée, elle ne devait pas craindre le poison. J'espérais simplement qu'elle n'avait pas hoché la tête pour l'autre partie de ma phrase. Avions-nous vraiment le choix, dans tous les cas Slothmon était mort s'il s'obstinait à faire la grève de la faim et de la soif. Si l'eau était vraiment un poison mortel, alors autant en boire aussi afin d'être inconsciente ou déjà morte quand Dokugumon essaierait de me dévorer. M'agenouillant devant la mare enchanteresse, j'ai placé mes mains en coupe pour les remplir d'eau.

-Qu'est ce que tu fais ! Tu ne vas pas boire quand même ?

Le liquide transparent goutait peu à peu, les reflets avaient disparut dans l'ombre de mes mains.

-Je lui fais confiance.

C'était absolument faux. Mais dans le cas où cette eau était réellement potable et non pas empoisonnée, ce ne pouvait qu'être un bon point d'avoir affirmé le contraire. L'araignée n'avait pas dit un mot pour me conforter dans une idée ou une autre, me laissant m'engluer dans mes hypothèses hasardeuses. Le liquide délicieusement frais avait coulé sans déposer un goût déplaisant sur ma langue, dans l'immédiat, ni nausée ou quelque mauvaise réaction que ce soit. Après quelques minutes d'attente ne voyant toujours rien venir, j'ai déclaré d'un ton guilleret :

-Tu vois qu'est ce que je t'avais dit ?

Il posa un regard froid sur moi avant de plonger sa tête dans l'eau et de s'abreuver goulument, il était mort de soif. N'ayant pas envie de quitter cette salle pour retourner dans la pénombre des galeries, j'ai laissé le moment s'éterniser. C'est finalement Dokugumon qui nous a demandé, fatiguée d'attendre, quand nous comptions repartir, j'ai rempli ma gourde et ce fut le signe du départ.

Notre rythme de vie caverneux laissait filer le temps sans qu'on s'en rende vraiment compte, l'obscurité et l'exigüité, étant des facteurs bien plus perturbants que je ne l'avais d'abord imaginé. Quand une lueur pâle a éclairé le bout d'un tunnel, un frémissement d'impatience m'a poussé à sauter du dos de ma monture pour me précipiter vers l'avant. La lumière grandissante ne faisait que me conforter dans mon idée, mais ce fut le contact avec le premier rayon de soleil qui me prouva combien j'avais souffert de l'obscurité. Poussant une exclamation de bonheur, j'ai tendu les bras vers le ciel appréciant avec allégresse la chaleur qui nimbait ma peau. Oublié la tempête de sable, rien de plus qu'un léger brin de vent tout à fait acceptable.

-Alors comme ça on peut te faire confiance ?

La voix de Jawmon m'était clairement parvenue, il avait régressé à l'état de disciple et tanguait dangereusement. Un ricanement ironique suivit d'un craquement sinistre me laissa bouche bée. Dokugumon venait d'arracher une de ses pattes paralysée pour la jeter sur Jawmon qui la regardait avec gratitude.

-Absorbe ça, au moins tu ne souffriras plus du poison avant un moment.

La patte se dématérialisa pour que ses données puissent s'intégrer au programme de Jawmon, son soulagement fut immédiat. Hésitante, celle qu'on pouvait considérer comme une alliée plutôt qu'une ennemie décida que nos chemins se séparaient.

-Comme promis, maintenant je m'en vais.

Sans plus de cérémonie, elle fit demi-tour pour s'enfoncer de nouveau dans les galeries, un ricanement ayant suivit le remercîment crié à la hâte de Jawmon. Nous étions de nouveau seuls.

Ne sachant pas exactement où nous étions, j'ai proposé de nous avancer pour sortir de l'entrée de la grotte et avoir un meilleur point de vue. Avec un peu de distance, j'ai rapidement constaté ce qu'était en faite la grotte, rien de moins que l'entrée d'une pyramide.

Sortant mon digivice, j'ai repéré le point bleu symbolisant un passage à quelques pyramides de celle où nous nous trouvions. Ne sachant pas s'il y avait un risque ou pas à visiter ces monuments, j'ai déclaré la pause casse croute ouverte. Cette fois là, Jawmon ne s'est pas fait prier pour engloutir tous ses repas de retard, au grand damne de nos provisions qui commenceraient bientôt à manquer. Nous verrions tout cela plus tard.

Avisant un rocher suspect, j'ai jeté un coup d'œil vers Jawmon qui semblait avoir fait la même déduction, ce devait être un Golemon. Il était évident qu'il allait falloir l'affronter pour passer, cette fois ci pourtant, je n'étais pas si anxieuse. Mon digivice en main, j'ai vu mon digimon frapper doucement la pierre avec sa patte déclenchant une réaction immédiate. C'était bien un des géants de pierre dont avait parlé Louis. Je lui ai proposé de prendre la fuite sur un ton détaché alors quand il m'a ouvertement méprisé, j'ai haussé les épaules. Levant mon digivice vers le ciel, une lumière blanche a jaillit déclenchant la digivolution de mon partenaire. Un sourire carnassier sur les lèvres, j'ai à peine eu le temps d'apprécier la prestation de mon digimon. Il avait attrapé le Golemon par un bras pour le fracasser contre une des pyramides, sans le lâcher, il avait réitérer l'opération plusieurs fois. La disparition du digimon fut rapide, il l'absorba sans même y prêter attention, euphorique, je me suis dit que rentrer chez moi n'était peut être plus un rêve.

Quand Slothmon est redevenu Jawmon, un sentiment d'empathie pour le Golemon m'a prit à la gorge. Il fallait que je fasse attention, en laissant une folie similaire à celle de Jack m'envahir, il était possible que ma vie au retour chez moi ne puisse plus retrouver un court normal.

Cette idée me tira un frisson d'effroi malgré la chaleur ambiante mais Jawmon ne s'est rendu compte de rien. Mon regard a vogué jusqu'à lui, à son contact, j'avais éveillé de drôles de pulsions et j'étais persuadé que les douleurs que j'avais ressentie ne lui étaient pas étrangères. Il y avait entre nous un lien étrange qui refusait que je le rompe, m'amenant de force à le considérer comme irremplaçable.

-On y va Jawmon.

Sa bouille poilue tendue vers moi, il a acquiescé avec entrain.

Les murs de la pyramide étaient couverts de signes me rappelant ceux de la grotte de Dokugumon, mais rapidement il fut compliqué d'y voir quoi que ce soit. L'intérieur n'étant pas éclairé, je me suis résolue à utiliser mon digivice comme lampe torche improvisée, m'orientant en même temps vers le passage. Une main devant moi, mes doigts ont finalement touché le mur factice qui a inondé de lumière le couloir en s'ouvrant. La sphère aqueuse était là, la salle brillant de cet éclat irréel dont la source était indéfinissable.

Un sourire à l'attention de mon partenaire et nous nous sommes tous les deux engagés vers la mystérieuse prairie.

Mot de l'auteur : Voici mon sixième chapitre, la séparation a fini par avoir lieu même si ce n'était pas comme nos digisauveurs l'avaient prévu. Lorianne a surmonté son problème de digivolution.

Mais finalement ne sait toujours pas pourquoi elle a été happée par le digimonde, alors que l'histoire continue !

Sur ce, au prochain chapitre !