Disclaimer : Albator, Clio, Doc, les marins de l'Arcadia, l'Arcadia, Mi-Kun et Tori-San appartiennent à leur créateur, M. Leiji Matsumoto.

Les autres personnages sont à bibi

1.

Même s'il avait revêtu son uniforme rouge et blanc de Militaire du SIGiP, Aldéran ne se sentait absolument pas rassuré alors qu'il n'y avait plus que quelques minutes qui le séparaient de l'arrivée officielle du Président de l'Union Galactique à son AL-99.

Venu à son Bureau avec des pieds de plomb, il avait sauté la réunion avec ses amis pour le café et les pâtisseries de leur second petit déjeuner, et avait immédiatement gagné ses locaux, activant le système pour opacifier les parois de verre et rendre les lieux à l'abri de tous regards indiscrets.

- Il flippe, commenta Jarvyl en finissant son gobelet de café.

- Et comment ! soupira Darys Lougar, l'Artificier de l'Unité Anaconda. Il y a de quoi ! Wolpar l'a joué à la vicieuse hier en venant le surprendre.

- Et l'état dans lequel on l'a récupéré, se lamenta Soreyn. Wolpar a sûrement porté la main sur lui !

- Guerre des nerfs, intervint Jelka Ourosse la spécialiste des Communications de l'AL-99, avec un petit faible pour superviser les Interventions de l'Unité à laquelle elle appartenait.

Elle ne put cependant s'empêcher d'avoir un sourire.

- Wolpar n'aura rien obtenu de notre Colonel, il ne l'espérait d'ailleurs pas. Mais qu'Aldéran n'ait ni riposté ni appelé à la rescousse a dû le frustrer ! Egalité, je dirais !

- Toi et tes probabilités d'ordinateurs ! rit franchement Yélyne Morvik.

- Il ne peut y avoir d'égalité, grommela le Leader de l'Unité Léviathan. Wolpar a un avantage que rien ne peut compenser. Il est Président de l'Union Galactique, son immunité est absolue et il a des moyens aussi démesurés que sordides pour parvenir à ses fins. J'irais jusqu'à dire qu'il pourrait violer Aldie en place publique qu'il s'en sortirait encore blanc comme neige ! ajouta Jarvyl sans prendre garde aux mimiques de ses interlocuteurs.

Deux mains se posèrent sur ses épaules.

- J'espère que vous vous bougeriez un peu le cul si Wolpar s'en prenait au mien aux yeux et su de tous, ironisa la voix d'Aldéran.

- Sinon tu nous vires ? tenta de plaisanter Soreyn alors qu'il n'en avait absolument pas le cœur.

- Non, pire : je démissionne et je vous laisse à Jarvyl qui est bien plus intransigeant que moi !

Darys essaya à son tour un gloussement d'amusement alors que du coin de l'œil, il avait vu, sur une fenêtre de l'écran de l'ordinateur le plus proche, le convoi de limousines de Kestin Wolpar s'arrêter devant l'immeuble blanc de l'AL-99.

- On te regretterait, Aldéran, c'est un comble ! D'ailleurs, on doit t'avouer qu'à chacune de tes absences, nous avons fait circuler une pétition pour renier l'autorité de Jarvyl !

- Pétition signée à l'unanimité, se lamenta le dernier cité. Ils ne veulent pas de moi, Aldéran !

- Ils n'auront pas le choix, tout comme lorsque j'ai été nommé à la tête de ce Bureau, ricana Aldéran. Ce sera alors à toi de tous les virer !

Un Agent traversa le plateau des tables de travail des Unités d'Intervention, s'approcha de son Colonel. Il effectua un salut militaire impeccable.

- Colonel…

- Je sais, je me doute…

Aldéran lissa les revers de ses manches, chassant un cheveu imaginaire sur le plastron immaculé de sa veste et prenant une bonne inspiration, il se dirigea vers les ascenseurs pour se rendre à l'entrée du hall de l'AL-99.


La Presse limitée aux abords externes de l'immeuble, directives de la hiérarchie des Polices pour préserver autant que possible l'identité de ses Agents de terrain, cela avait été entouré de son escorte rapprochée que le Président de l'Union Galactique s'était retrouvé face au Colonel de l'AL-99 qu'accompagnait juste le Mécanoïde chargé des Relations Publiques.

La secrétaire de Kestin fit signe à Aldéran qu'il était autorisé de prendre la parole.

- Je vous souhaite la bienvenue à l'AL-99, le premier des Bureaux fusionnés, et nous sommes honorés de votre visite, Monsieur le Président, récita Aldéran, le regard vide, le corps tendu à l'extrême.

- Je vous connais, Colonel Skendromme. Vous et moi avons déjà collaborés par le passé. J'ai hâte de découvrir, de fond en combles quasi, votre lieu de travail – l'autre fois, nous avions un fléau à combattre, vous aviez un adversaire inconnu aux trousses, et dès lors nous n'avons guère eu le temps de faire connaissance ! J'espère me rattraper, cette fois.

- Mon Attaché de Relations va vous faire l'entière visite, Monsieur. Je vous laisse en sa compagnie.

- Une fois cette visite finie, nous avons bien à déjeuner à ce restaurant qui sustente votre personnel ? s'assura Kestin.

- Oui, je l'ai entièrement réservé pour ce midi. Je vous ai fait préparer un menu raffiné comme vous les aimez.

- Vous serez mon hôte, Aldéran, j'aurai dès lors tout ce qu'il me faut sous la main !

Kestin s'approcha d'Aldéran, très près, ses lèvres à son oreille.

- Tu es remarquable en uniforme, absolument magnifique !

- Bonne visite, Monsieur le Président, fit Aldéran avec une politesse absolue, avant de trouver refuge dans l'ascenseur le plus proche, respirant précipitamment pour tenter de retrouver son calme.

« Et il y a encore ce dîner… ».

La Sécurité du Président de l'Union ayant vérifié le périmètre du restaurant de l'AL-99, les cuisines et même les frigos et celliers, il avait pu prendre place.

Jarvyl avait été le seul à se tenir devant les portes, autant pour ne pas affoler tous les autres gardes du corps en alerte que pour ne pas faire comprendre à Kestin à quel point son Colonel était mal, bien que rien n'en transparaisse !

- Je serai tout près, murmura le Leader de l'Unité Léviathan. Au moindre souci…

- Je ne vais pas vous appeler ! protesta Aldéran. Je ne ferai pas ce plaisir à Kestin et ce même s'il me saute dessus ! Regagne ton poste, je te l'ordonne. Visite Présidentielle ou non, les criminels sévissent toujours dans les rues de notre galactopoles ! A toi la charge du Bureau.

- Bien, Colonel, céda Jarvyl, quelque chose ressemblant à de la désolation dans son regard. Ne te laisse pas faire !

Aldéran eut alors une esquisse de sourire.

- Ne t'inquiète pas, c'est bien mon intention !

- Crâne autant que tu veux, Aldie, mais ne permets pas à ce malade de te faire quoi que ce soit !

- J'ai failli passer à la casserole, une fois. Je n'ai nullement envie de l'expérimenter en vrai !


Reprenant son souffle, et prenant à nouveau son courage à deux mains, Aldéran rentra dans le restaurant, se dirigeant vers l'unique table dressée dans la grande salle, une ribambelle de serveurs de l'escorte Présidentielle présents pour assurer le bon déroulement du repas.

Kestin adressa un franc sourire, de mante-religieuse, à son hôte – bien que l'inverse dans le sens de « qui recevait qui » aurait été plus proche de la réalité – et le détailla alors paisiblement sous tous les angles.

- Je sais : je suis parfait physiquement parlant, essaya de persifler Aldéran en finissant les mousses de légumes de l'entrée. Mais je ne suis pas le seul poisson de l'océan. Si tu ne te focalisais pas sur moi, tu l'aurais réalisé, Kestin, mais tu es tellement borné que pour tromper ton ennui tu as tourné tes regards lubriques sur d'autres roux, plus faciles à torturer et à assassiner que moi !

- Tu crois avoir tant d'importance pour moi ? ironisa Kestin.

- Si tu n'avais pas mis cette visite à ton planning, en exigeant ma présence, j'aurais pu douter, espérer que tu trouves ton compagnon et que tu optes pour une relation saine et durable. Mais, tu as fait une fixation sur moi, malheureusement… Et je ne suis plus de ce bord là.

Aldéran serra les poings sous la nappe.

- Tu es Président, Kestin. Tu peux avoir tout le monde, sans meurtres, sans contraintes. Qu'est-ce qui te ramène à moi ?

- Ma lubricité, avoua alors sans ambages Kestin. Tu es une perfection de quadragénaire, mais ils sont des millions comme toi. Seulement, c'est sur toi que j'ai flashé, et je n'aime pas chercher partout ce que je peux avoir sous la main en tant que Président !

- Ce serait un crime, Kestin. Et je ne viendrai plus jamais de façon consentante à ta Suite… Si tu me touches, tu tomberas sous le coup de la Loi !

- Je suis la Loi ! asséna, avec une totale assurance et sincérité, le Président de l'Union Galactique. Je peux tout me permettre. Et crois-moi, minable rouquin, tout sigipste que tu sois, je peux m'assurer de ton corps autant que je le désire et aussi souvent que j'en aurai envie !

- Ne t'y risque pas, gronda encore Aldéran. Tu ignores à quels ennemis tu t'opposerais alors ! Un monde de pirates, plus impitoyable que ta propre cruauté de pervers assassin… Mais, là je le souhaite vraiment : ne t'expose pas à leur vengeance. Je suis là, je te reçois, mais il n'y aura pas plus. Ta semaine officielle s'arrête, Président. Les trois semaines suivantes, tu as à retrouver tes racines natales - et il n'y a rien de plus précieux que les origines, la connaissance de son passé. Tu es un fou furieux de meurtrier, mais tu as droit au bonheur avec celui que tu aimeras. Attends-le et vieillis avec lui, il n'y a pas de plus intense félicité. Moi, j'ai trouvé la mienne, avec ma femme et nos fils !

Kestin resserra ses doigts sur le poignet d'Aldéran.

- Je te veux, toi, Aldéran. Comme une passade, soit, je le reconnais – j'admets ne vouloir de toi qu'une seule fois, pour le plaisir ! Je dois t'avoir, c'est aussi simple que ça.

- Mais, quel intérêt ? s'étonna sincèrement Aldéran.

Il finit les quelques tranches de viande rouge de son assiette, regrettant plus que jamais la parcimonie des aliments servis dans une cuisine de haute gastronomie et qui l'avait toujours laissé sur sa vraie faim.

- Je suis comme un gamin avec son jouet… Et j'ai toujours eu tous les jouets que je voulais !

- Et moi, j'ai toujours cassé les miens, depuis mon premier hochet !

Kestin éclata de rire.

- En ce cas, Aldéran Skendromme Von Arcadia El Symphony Den Noorend, c'est moi qui casserai le jouet que tu seras entre mes mains.

- D'où connais-tu la suite de mon nom ? Je ne l'utilise jamais, pas très pratique d'ailleurs.

Kestin pouffa.

- Je suis Président de l'Union ! Il est un peu bizarre ton nom complet…

- Ce n'est que la partie de mon nom, ascendance paternelle, ne put s'empêcher de glousser Aldéran. La partie reliée à ma mère est beaucoup plus longue vu qu'elle est issue des premiers colons de la planète et donc son origine est la plus pure qui soit. Le nom de mon père faisait un peu minable sur mon extrait de naissance aussi Dankest, après avoir fait rétablir l'état civil de mon père a créé ce nom. En réalité, c'est une amie Jurassienne qui l'a trouvé, mon père n'ayant effectivement aucune imagination. Elle s'est inspirée du passé de mon père pour y accoler ces références.

- Et moi, je trouve que tu te confies bien facilement…

- Tu viens de le proclamer à nouveau : tu es le Président, dès lors je sais que ce que je viens de te dire figurait déjà dans le dossier que tu as fait établir sur moi.

- En effet !


Ayvanère se redressa sur un coude, caressant doucement la joue de son époux.

- Tu vas bien, Aldie ?

- Kestin a fini sa semaine officielle… Je suis tranquille ! J'ai assuré, j'espère, ma mie.

- Tu as résisté, tu as tenu bon. Il ne pourra plus te faire aucun mal à présent, mon bel amour ! assura Ayvanère. Tu es soulagé ?

- A un point infini, ma belle. Je suis vraiment sauf ?

Ayvanère se blottit contre son mari.

- Le Président n'a plus aucune obligation professionnelle, il rentre dans le Nord pour le pèlerinage à ses origines. Tu es hors de danger et il ne pourra plus te faire le moindre mal !

- Je sais…

Aldéran eut un grand sourire.

- Nos fils peuvent profiter de leurs sorties scolaires, Alguénor de la Pension, et toi tu peux aller voir ta mère. Je suis libre et en sécurité !

- En ce cas, mon démon roux, je te laisserai dès demain. Mais, continue de veiller sur toi, mon cœur.

- Bien sûr, assura-t-il en la serrant entre ses bras.