Aujourd'hui, je m'essaie à un nouveau fandom. Oui, Professeur Layton, jeu qui d'adore littéralement. Pour le contexte, cette fic se passe une quinzaine d'années avec le jeu numéro 3 : Le Destin Perdu. Elle contient d'ailleurs des spoils de ce jeu, et aussi du 4 : L'appel du Spectre. Pour ceux n'y ayant pas joué (c'est possible, je suppose ?), faites attention !

Bonne lecture ! (ou pas :p)


Chapitre 1 : Sortie de prison

J'avais toujours pensé que je l'attendrais…Que je serais là, pour lui, à sa sortie. Que je serais la première personne qu'il verrait en passant les portes de la prison.

Je rêvais de me précipiter vers lui, comme dans les romans d'amour que j'aime lire. Je lui aurais sauté au cou, il aurait laissé tomber sa valise pour m'enlacer, et nous nous serions embrassés, parce que rien d'autre que nous deux n'aurait eu d'importance à ce moment-là.

A cette époque, je rêvais au prince charmant. Clive était mon idéal.

_ Flora, à quoi tu rêves ?

La jeune femme leva la tête, interrompue dans ses réflexions. Elle rejeta ses épais cheveux bouclés en arrière d'un mouvement élégant et tira la langue à Luke.

_ Rien que ne te regarde, impertinent !

_ Franchement, ma vieille, à trente ans, tu devrais arrêter ce genre de trucs !

_ Je ne suis pas vieille ! Et je n'ai pas encore trente ans !

_ Luke, mon garçon, on ne parle pas de son âge à une lady…

Le professeur Layton inclina son chapeau sur sa tête, de ce mouvement qui lui était si familier, pour appuyer ses paroles. Luke eut l'air gêné et rit nerveusement.

_ Désolé, Hershel, c'était juste pour la taquiner…

_ Dire que je me suis déplacée à Misthallery exprès pour vous voir, toi et ta petite famille ! Je suis mal payée de ma gentillesse…

_ T'inquiète pas Flora ! S'exclama Arianna en riant. Oublie ce goujat, moi, je suis ravie de te voir ! Et les petites, aussi…

Les deux jumelles des époux Triton gazouillaient joyeusement dans leurs chaises hautes. Flora fondit.

_ Oooh, je suis moi aussi tellement ravie de vous voir ! Oublions les hommes et leurs machisme, ils ne servent à rien !

_ Hé ! Fit Luke.

_ Ne penses-tu pas l'avoir cherché, mon garçon ? Se moqua gentiment Hershel.

_ Je suis un incompris, ô monde cruel…

Tout ce petit monde rit de bon cœur. Arianna consulta la pendule murale.

_ Oh, ciel ! J'ai oublié mon rôti. Il va être brûlé !

Elle se leva d'un bond et se précipita vers la cuisine. Luke déboucha une bouteille de vin.

_ J'ai aussi invité Corvus à ce repas, au fait, déclara-t-il. Il a réussi à se libérer un moment. Aha, depuis qu'il est maire, il n'a plus une minute à lui.

Layton sourit largement.

_ Il est loin le temps où ce garçon était le chef du gang du marché noir…Il en a fait, du chemin !

Flora fit une moue agacée et se leva sèchement pour rejoindre la cuisine sans un mot.

_ Ben, qu'est-ce qu'elle a ? S'étonna Luke.

Son ancien mentor haussa les épaules pour signifier son ignorance. La sonnette de la porte d'entrée carillonna alors, les distrayant de l'étrange comportement de Flora. Luke se décida à aller ouvrir et accueillit Corvus avec chaleur.

_ Les hommes sont des imbéciles, grommela Flora en s'adossant au frigo.

_ Comme si tu ne le savais pas, depuis le temps ! S'exclama Arianna en riant.

_ J'en ai assez qu'ils essaient sans cesse de me pousser dans les bras de Corvus, poursuivit la belle brune. Je leur ai déjà dit maintes et maintes fois que je ne suis pas attirée par lui, c'est mal de leur part de donner de faux espoirs à ce pauvre garçon !

Arianna passa un gant de cuisine pour retirer le plat bouillant du four.

_ Ils essaient juste…dit-elle en hésitant. Que tu le…remarque…Corvus t'ai…

_ N'en rajoute pas, par pitié ! S'exclama Flora en se massant les tempes.

La rouquine obéit et se tut, posant son rôti sur le plan de travail pour le découper.

_ Parlons d'autre chose, hasarda-t-elle. Tout se passe bien pour toi ? Ta nouvelle classe n'est pas trop dure à supporter ?

_ Oh non, ils sont gentils, répondit Flora.

La jeune femme s'anima, ravie de parler de son travail. Elle était désormais professeur d'histoire à l'université Gresseheller et s'y épanouissait.

_ Les étudiants de fac n'ont rien à voir avec ces petits impertinents de collégiens, poursuivit-elle. Je n'ai pas besoin de jouer les gendarmes à chaque minute, et les débats que je lance parfois sont très intéressants. Ils ont des remarques très pertinentes. Franchement, je les adore !

_ Tant mieux, alors ! Se réjouit son amie. C'est vrai que la classe de quatrième que tu avais eu la dernière fois ne t'avait pas franchement plu…

_ Pas du tout, même.

Gentiment, Flora ouvrit le frigo et sortit le plat contenant la salade d'accompagnement qu'Arianna avait préparée un peu plus tôt. Des voix animées provenaient du salon où les hommes discutaient. Elle y jeta un coup d'œil et le bout de son pied commença à tapoter nerveusement sur le carrelage.

_ Du calme, murmura Arianna. Tu n'as pas à t'en faire.

_ Mais avec tout ça, je ne sais plus du tout comment réagir avec Corvus ! S'étrangla la brune. Je commence même à avoir la trouille de le croiser. Alors, passer tout un repas avec lui…

_ Il faut que tu fasses comme d'habitude. Ne change pas ton comportement, ce serait louche. En plus, Hershel et Luke seraient trop content de constater que tu perds tes moyens en sa présence. Ce serait une merveilleuse occasion pour eux de clamer à tout venant qu'ils avaient encore eu raison.

_ Ah ça, certainement pas ! Je vais leur montrer, moi, que je peux gérer ma vie toute seule ! Ils vont voir de quel bois je me chauffe !

Carrant les épaules, Flora s'empara du rôti désormais découpé et se dirigea vers le salon d'un pas conquérant.

_ Et voilà le repas pour ces messieurs affamés ! Clama-t-elle d'une voix joyeuse. Bonjour Corvus, comment vas-tu ?

Arianna leva les yeux au ciel avec un sourire amusé. Contrairement à ce qu'Hershel et Luke pensait, Flora n'avait jamais été une jeune fille soumise. Timide certes, et très sage, mais jamais soumise. Elle avait toujours fait ce qu'elle voulait quand elle le voulait, qu'ils soient d'accord ou non, et ce n'était pas quelque chose qui allait changer…Arianna prit la salade que son amie avait abandonnée là et suivit son chemin.

_ Aaah, j'ai bien mangé…

Luke s'appuya de tout son poids sur le dossier de sa chaise, un air béat au visage. Flora releva le nez de son verre d'eau, les yeux rieurs.

_ Les choses ne changent pas, mon petit Luke…Tu es toujours un goinfre !

_ Je ne suis pas un goinfre, répliqua le jeune homme. Je suis un gourmet.

Prise d'un brusque fou rire, Arianna s'étouffa avec sa dernière bouchée de pain. Assis à côté d'elle, Corvus lui tapota obligeamment le dos.

_ Reste avec nous, dit-il en riant. Et quand à toi, Luke, n'essaie pas de tuer ta femme ou le commissaire Jakes risque de te tomber dessus…

Luke éclata de rire.

_ Je l'attends, ton commissaire !

_ De toute façon, il ne peut plus arrêter Luke maintenant qu'il est à la retraite…commenta Layton.

_ Bah, son fils a pris la relève !

_ Oh, je serais curieux de voir les méthodes qu'il utilise…

Le professeur toucha son chapeau et posa délicatement ses couverts sur son assiette. Arianna se leva en battant des mains.

_ Puisque tout le monde a fini de manger, Luke va tout ramasser et faire la vaisselle. Allez, allez, du nerf chéri !

_ Hé ? Sursauta le « chéri ». Comment ça, je vais faire la vaisselle ? Pourquoi ? !

_ Parce que tu me l'as promis, mon amour…roucoula Arianna. Et que je n'ai pas l'intention de servir de femme de ménage tout le temps…Je dois aussi aller faire manger les petites. Elles dorment encore, mais plus pour longtemps.

_ Bon, d'accord…marmonna Luke en se levant sans conviction.

Comme si ses filles voulaient lui donner raison, des pleurs de bébé retentirent de la chambre d'enfants. Arianna leva un doigt en l'air.

_ Tiens. Je ne l'avais pas dit. Je ne peux pas m'occuper de tout…

_ Puis-je t'aider ? Lui demanda Hershel.

Le professeur était littéralement sous le charme des jumelles et ne perdait jamais une occasion de s'occuper d'elles. N'ayant jamais eu d'enfants lui-même, il profitait des enfants de son ancien apprenti pour jouer les papis gâteaux.

_ Bien sûr ! Accepta la jolie rousse de bon cœur.

Le duo spécial bébé s'éclipsa en bavardant. Luke avait disparu dans la cuisine. Flora pâlit en constatant qu'elle était seule avec Corvus : était-ce une machination prévue à l'avance ? Non, Arianna n'aurait pas osé…

_ J'aime toujours autant venir chez Luke et Arianna…

La jeune femme se tourna vers Corvus, qui l'observait avec un sourire un peu trop tendre à son goût. Elle se raidit instinctivement en se rappelant les mots d'Arianna.

_ M-moi aussi…bafouilla-t-elle. Luke est mon meilleur ami, et…j'adore Arianna…Et les petites aussi.

_ C'est une jolie famille.

_ Oui, oui…

_ Ne sois pas aussi stressée, lança monsieur le maire avec un sourire charmeur. Je ne vais pas te manger, tu sais !

_ Je ne suis pas stressée ! S'indigna Flora. Enfin si, mais…j'ai besoin de ma cigarette…

Elle se leva d'un bond et fila dans le jardin des Triton. Rapidement, elle sortit une cigarette de sa poche et l'alluma. La première bouffée de nicotine la fit soupirer de soulagement. Cela faisait plusieurs heures qu'elle n'avait pas fumé et le manque s'était fait de plus en plus grandissant. Flora déplorait de s'être laissée prendre à ce piège mais elle ne pouvait désormais plus s'en passer.

_ Tiens, je savais pas que tu fumais.

Flora maudit le dieu - quel qu'il fut - qui s'acharnait à mettre Corvus sur son chemin. Oh, elle ne détestait pas le pauvre garçon, bien au contraire, mais elle ignorait comment lui faire comprendre qu'elle ne partageait pas ses sentiments sans le blesser. Elle ne s'était encore jamais trouvée dans cette situation. Tous les hommes qu'elle avait rejetés jusqu'à maintenant étaient plus ou moins des inconnus, pas des amis proches. Elle aurait préféré que cette situation n'arrive jamais, qu'ils continuent à être de simples amis.

_ Oui, ça…m'arrive, répondit-elle avec réticence. Euh…tu en veux une ?

_ Ouaip, accepta Corvus.

Flora lui tendit une cigarette et le briquet, et Corvus l'alluma avec l'aisance que procurait l'habitude. La brune avait l'œil en général, et constatait que son ami devait lui aussi être un fumeur de longue date. Elle ne l'avait jamais vu fumé chez les Triton…mais à bien y réfléchir, elle aussi éviter de fumer chez ses amis. Elle répugnait de casser l'image de lady qu'ils avaient d'elle, même si elle savait pertinemment que la réalité était toute autre.

_ Flora…

La jeune femme leva les yeux vers Corvus. Celui-ci avait prononcé son prénom, et la regardait avec un sourire charmeur, celui qu'il utilisait pour se mettre dans la poche les contribuables féminines de sa commune. Elle se sentit frissonner face à ce sourire.

_ Oui ?

_ T'sais, il fallait que je te parle, depuis un moment. Ça tombe bien, que les autres soient occupés ailleurs…

La bouche de Flora s'assécha brutalement et son cœur se mit à battre la chamade : le moment était venu ? Elle n'avait qu'une envie, prendre la fuite pour ne pas subir cette conversation qui la terrorisait, bien qu'elle sache qu'elle devrait se confronter à Corvus un jour ou l'autre. Autant le faire maintenant…

_ Je…t'écoute ?

_ En fait, ça fait longtemps que je voulais t'en parler…Mais je suppose que t'es au courant, sinon, t'aurais pas fais constamment en sorte de jamais te retrouver seule avec moi.

Flora rougit violemment et détourna le regard. Elle ne pouvait tout simplement pas regarder Corvus en face.

_ Je…

_ S'il te plaît, Flora, laisse-moi finir. Je n'aurais plus le courage, sinon.

_ D…

_ Voilà, Flora, il faut que tu saches. Ça me hante. Je t'aime Flora, je voulais vraiment, vraiment te le dire. Je suis fou de toi.

La jeune femme tira une nouvelle bouffée de cigarettes, les mains tremblantes.

_ Qu'est-ce que tu veux que je te réponde ? Demanda-t-elle plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulu.

Corvus se contenta d'un sourire doux.

_ T'inquiète pas, Flo. Je sais que tu partages pas mes sentiments…

_ Alors, pourquoi…pourquoi tu me le dis ? S'écria-t-elle, mortifiée. Ça t'amuse de me mettre dans l'embarras ? !

_ Quoi ? S'affola le jeune homme. Mais pas du tout, voyons !

_ Je t'aime vraiment beaucoup, Corvus, poursuivit Flora d'une voix tremblante, mais je ne suis pas amoureuse de toi…J'aime quelqu'un d'autre !

Les larmes lui montèrent aux yeux alors qu'elle prononçait ces derniers mots.

_ Tu aimes qui ? S'exclama le maire, estomaqué.

C'était bien la première fois qu'il entendait Flora parlait d'un éventuel amour. Jamais pourtant elle n'avait semblé s'intéresser à personne. Cependant…les hommes qui la courtisaient étaient toujours rejetés, rien que pour ça, il aurait dû s'en douter. Pourquoi n'y avait-il pas pensé avant ? !

_ Eh, Flo, ça me regarde pas tout ça, poursuivit-il d'une voix plus douce. Mais rassure-toi, je te demande rien. Je voulais juste que tu saches ce que tu ressens. Et puis, bon, j'espère un peu quand même ! Ajouta-t-il en riant. Maintenant que tu sais de façon claire, peut-être que tu pourrais y réfléchir, non ? Moi, en tout cas, je t'attendrais.

_ Non ! Se récria Flora. Ce n'est pas la peine de m'attendre ! Ne gâche pas ta vie pour rien, ça n'en vaut pas la peine ! Je n'aimerais jamais quelqu'un d'autre que l'homme que j'aime !

Corvus poussa un soupir.

_ Il en a de la chance…

_ Désolée !

Elle jeta sa cigarette à peine entamée au sol et se précipita à l'intérieur de la maison, retenant de toutes ses forces ses sanglots. Cette conversation avait réveillée en elle toute l'amertume de sa situation.

Si Corvus savait. Mais il ne pouvait pas deviner. Personne ne le pouvait…

_ Merci de l'invitation.

Flora embrassa Arianna, puis Luke avec un joyeux sourire. Elle chatouilla le menton de Florine et Clara qui dormaient dans les bras de leur papa.

_ Je ne veux pas les déranger, dit-elle avec tendresse. Elles sont si mignonnes. A la prochaine fois, mes amours, j'ai été très heureuse de vous revoir.

_ Nous aussi, Flora, répondit Luke. Reviens vite nous voir.

_ Promis !

Hershel prit la place de la jeune femme pour lui aussi dire au revoir au jeune couple. Corvus se tenait un peu en retrait, l'air gêné. Flora prenait soigneusement soin d'éviter son regard.

_ Corvus…bafouilla-t-elle.

_ A bientôt, Flora.

_ Oui, au revoir.

Hershel et Flora partirent - ils étaient venus ensemble dans la Laytonmobile, qui tenait encore le coup malgré les années - et repartirent à Londres. Si Hershel vivait toujours dans son bureau, éternel célibataire, Flora avait acheté un petit appartement où elle vivait depuis quelques années. Il la déposa et dînèrent tous les deux avant qu'Hershel ne rentre chez lui.

La nuit, Flora eut beaucoup de mal à dormir. Le lendemain était un jour spécial, un jour qui allait changer sa vie. Quand elle finit par enfin s'endormir, son sommeil fut agité et peuplé de rêves étranges dans lesquels le visage d'un bel homme brun revenait sans cesse.

_ Waaaah…je ressemble à un zombie…

Flora s'examina devant son miroir avec dégoût. Elle prit une brosse pour aplatir la jungle qu'étaient devenue ses cheveux avant d'abandonner, exaspérée.

_ Ma grande, tu vieillis, nota-t-elle avec une moue boudeuse.

Elle laissa tomber la brosse dans le lavabo et s'étira, faisant craquer ses articulations.

_ Bon, je vais me remplir l'estomac. J'ai faiiiim…

La jeune femme se traîna jusqu'à sa petite cuisine/salle à manger et se versa un bol de céréales et un verre de jus d'orange. En regardant l'heure, elle s'étrangla à moitié.

_ Oh, bon sang, mais…je suis en retard ! !

Rapidement, elle avala quelques bouchées et but son verre d'une traite avant de filer à la douche. Elle se débarbouilla vite fait et passa beaucoup plus de temps devant son miroir pour se faire belle. Elle enfila une robe qu'elle ne portait que rarement et se coiffa très soigneusement, ajoutant même une belle barrette en forme de fleurs pour parfaire le tout. Le résultat final lui parut satisfaisant.

_ Bon, souffla-t-elle. Courage, ma fille. Stresse pas. Tout va bien se passer…

Elle fit quelques exercices de respiration et se décida enfin à sortir.

C'était le grand jour.

Un grincement abominable accompagna l'ouverture du portail, à croire qu'il n'était jamais huilé. Flora se redressa vivement de sa voiture, à laquelle elle était appuyée, serrant les anses de son sac à main comme une bouée de sauvetage.

Le grand jour, le grand moment. Tout cela pouvait paraître cliché pour n'importe quel badaud passant par là, mais la jeune femme avait attendu quinze ans, et n'avait jamais perdu sa nature romantique. Luke lui disait souvent qu'elle aurait du se mettre à l'écriture de ces niaiseries qu'elle aimait tant, qu'elle aurait sûrement du succès. Cet idiot ne comprenait rien. Il ne savait pas ce qu'elle ressentait…

_ Clive…

Un homme de grande taille sortit de la prison, une veste bleue fanée sur le dos. Il échangea quelques mots avec le policier qui l'avait fait sortir, qui lui donna une tape sur l'épaule avant de refermer le portail. Tremblante, Flora se dirigea d'un pas mal assuré vers l'homme qui commençait à s'éloigner sans un regard autour de lui.

Comme s'il était sûr que personne ne l'attendrait. Le cœur de la brune se brisa devant cette constatation. Ne pensait-il donc pas à elle ?

_ Clive !

L'homme sursauta et leva la tête. Un expression de franche surprise s'étala sur son visage fatigué alors qu'il reconnaissait la jeune femme qui s'avançait vers lui.

_ Flora ? T'es vraiment là ?

Celle-ci s'arrêta en face de lui. Timidement, elle enroula une de ses boucles autour de son doigt.

_ Oui…Pour de vrai. Je te l'avais dit, de toute façon…

_ Je pensais pas que tu serais vraiment là.

_ Je te l'avais dit, répéta Flora d'une voix faible.

_ Ouais. Ben…salut.

_ Salut.

Ils se regardèrent en chiens de faïence pendant de longues secondes, jusqu'à ce que Flora se décide à bouger un peu les choses.

_ Tu as…un endroit où dormir ?

_ Non. Je vais prendre une chambre dans un hôtel pas cher, ça suffira pour…un moment.

_ Tu veux venir chez moi ?

Clive haussa les sourcils, l'air aussi étonné que quand il avait vu la jeune femme devant lui. Décidément, sa sortie de prison lui apportait bien des surprises. Il s'attendait à être seul, quelqu'un l'attendait finalement. Et ce même quelqu'un lui proposait de l'héberger. Bien sûr, c'était Flora, et elle l'avait toujours soutenu tout au long de sa peine, mais il ne pensait pas qu'elle irait aussi loin.

_ Ça m'arrangerait bien, finit par répondre l'ancien détenu en haussant les épaules.

_ Très bien…bafouilla Flora. Hé bien…euh…tu me suis…? Ma voiture…

Clive hocha la tête et se dirigea vers la voiture sans ajouter quoi que ce soit. Flora le suivit lentement, sentant avec désespoir les larmes, traîtresses révélatrices de ses sentiments, lui monter aux yeux.

Rien ne s'était passé comme prévu.