Bon...voilà le dernier chapitre...J'ai eu beaucoup de mal à l'écrire. Pas par manque d'inspiration mais parce que je ne voulais pas vraiment voir cette fic se terminer...Mais bon, il faut bien qu'un jour on mette le point final alors voilà. J'espère qu'il vous plaira et qu'il conclue correctement mon histoire.


(BPOV)

A peine sortie de la voiture des Cullen, je fus happée, sous les yeux impuissants de Carlisle, par un groupe d'hommes en costumes sombres et oreillettes.

J'avais plus d'une fois fréquenté ces hommes si particuliers de la Maison Blanche et du Pentagone et les retrouver autour de moi à me donner des directives strictes ne fit que me stresser davantage.

J'avais pourtant l'habitude de toute cette rigueur, cette sécurité des plus fortes autour du président mais après tout ce temps loin de ce qui était la seule vie que je connaissais, je ressentis comme un trouble. Comme si je n'étais plus vraiment à ma place.

-Bien, lieutenant Swan. La musique se mettra à jouer dès l'apparition du général en chef et du président. Vous vous...commença l'un d'eux.
-lèverez...je sais, agent...Biers. lus-je sur son badge d'identification. Hymne national. Arrivée du général et du président. Discours du général. Hymne. Discours du président. Hymne. récitai-je, mon caractère plutôt sévère réapparaissant avec toute cette tension.
L'agent me regarda avec des yeux ronds, semblant ne pas comprendre ma réaction.
-Ecoutez, agent Biers. Je n'ai rien contre vous, vous faites votre travail et tout cela est normal. Mais vous voyez tout cela ? lui demandai-je en pointant toutes mes décorations que je pouvais arborer de nouveau.
L'agent hocha la tête, silencieux tandis que les autres avaient cessé leurs discussions pour nous écouter.
-qui a pu me les remettre à votre avis ? Je connais déjà tout cela. Alors, oui, je sais, vous faites votre job mais moi, je connais le mien, ok ? terminai-je d'une voix sèche, beaucoup trop tendue pour être polie et courtoise, alors que je me retournai pour suivre l'aide de camp du général, venu me prévenir de prendre place.

Lorsque les premières notes de l'hymne résonnèrent, mon corps réagit tout seul et je me mis au garde à vous malgré la douleur qui tira dans mon flanc. Des frissons parcoururent ma colonne et je me concentrai pour garder ce masque neutre sur mon visage. Aussi vite, la musique s'arrêta et le général prit place au pupitre pour un long discours sur les valeurs de notre nation. Pour tenir le coup, j'observais le drapeau étoilé qui flottait haut dans le ciel, au bout de la place d'armes. Ce drapeau pour lequel je m'étais tant battue. Le ferais-je encore ? A n'importe quel prix ? L'année dernière, j'aurais répondu sans aucune hésitation mais aujourd'hui, je n'en étais plus aussi intimement convaincue...

La fanfare se remit à jouer et je sortis de mes pensées pour me mettre debout et gagner la place qui m'avait été désignée sur le devant de l'estrade. Je me stoppai devant le général et me figeai dans un garde-à-vous impeccable, le torse bombé, le menton relevé.

-Isabella Swan, j'ai rarement croisé un soldat de votre valeur. Le dévouement dont vous avez fait preuve à l'encontre de notre pays mais aussi de vos amis et frères d'armes est exemplaire. Malgré ce que certains ont fait contre vous, vous n'avez pas abandonné nos idéaux. Aujourd'hui, je suis là pour vous présenter les excuses de tout un pays et vous rendre ce qui vous avez été injustement repris. clama le général dans le micro.
Il se retourna vers son aide de camp pour attraper un petit objet doré et se replaça droit devant moi.
-Lieutenant Isabella Swan, bon retour dans l'Air Force ! ajouta-t-il en agrafant les fragiles ailes dorées sur mon uniforme avant de se pencher vers moi pour l'accolade réglementaire.
-Merci mon général. chuchotai-je, retenant mes larmes de joie.
-Non, merci à vous, lieutenant. Vous nous avez donner à tous une grande leçon. Bravo. répondit-il sur le même ton avant de s'écarter.
-Vous réintégrez dès aujourd'hui votre poste. Vous regagnerez votre affectation à compter de lundi matin sur la base de Seatttle. Vous retrouvez vos différentes habilitations et autorisations militaires. Vos différents droits sociaux et votre logement vous sont rendus.
-A vos ordres, mon général ! répondis-je par automatisme.

Je reculai d'un pas, lui fis un salut et me remis au garde-à-vous dans un silence religieux. Mais ce silence fut bientôt troublé par des applaudissements.

Surprise par ce manquement au règlement, je cherchai des yeux dans la foule la personne à l'origine de cela. Et je tombai sur Carlisle. Carlisle s'était levé de sa chaise, ému, et m'applaudissait. Quelques secondes passèrent ainsi où lui seul réagissait, me prouvant ainsi sa fierté à mon égard et il fut aussitôt rejoint par Esmée. Touchée, je ne pus retenir une larme de couler car aujourd'hui, par ce simple geste, Carlisle accomplissait le rêve que j'avais toujours secrètement gardé enfoui au fond de moi : être admirée par mon père.

Le général ne leur tint pas rigueur de cela et la cérémonie se poursuivit par la remise de la médaille de Seth qui me bouleversa profondément.

Mais au cours du repas qu'Edward et Jasper avaient organisé pour moi dans l'un des hangars à avion, j'avais enfin ressenti une vague d'apaisement : j'avais vengé Seth et sa valeur avait été reconnue au plus haut niveau de l'État. J'avais enfin rempli ma mission envers mon petit frère...

(EPOV)

Bella était partie.
Partie.
Pour Seattle.
Elle avait choisi.
Et elle était partie ce dimanche soir, avec Jake.

Elle avait préparé son sac depuis la veille et nous avions passé notre dernière soirée à nous disputer. Je ne comprenais pas pourquoi elle repartait vivre cette vie qui l'avait détruite et qu'elle m'avait avoué détester depuis des années.

Ce fameux dimanche matin, quand je me suis réveillé vers 5h du matin, Bella était déjà partie de la maison pour son jogging. Fatigué par cette mauvaise nuit, je m'étais installé sur un des tabourets de la cuisine, la tête dans les mains en attendant que la cafetière ne délivre son précieux breuvage sombre. La sonnette avait retenti, me faisant sursauter puis grogner.
Derrière ma porte se trouvait Jacob.

-Salut Jake. soupirai-je en refermant derrière lui. Bella est déjà partie courir, tu peux la rejoindre si tu veux...proposai-je.
-Non, c'est toi que je suis venu voir, Ed' ! me coupa-t-il en attrapant lui-même un mug dans le vaisselier.
-Ah ? répondis-je, étonné.
-Elle ne peut pas vivre sans toi, Edward. poursuivit-il en attrapant une cuillère puis le sucrier.
-Arrête Jake, elle a choisi de repartir avec toi à Seattle. Le pire dans l'histoire, c'est qu'elle m'a toujours prévenu de ne pas m'attacher à elle...
-Je te croyais plus intelligent que çà, Ed'. me coupa Jake. Crois-moi, elle reviendra vers toi.
Je grimaçai à sa phrase mais il poursuivit.
-Bella a peur. Continuellement. Peur de vivre pour elle. Parce qu'elle n'a jamais connu cela. Elle a toujours tout fait en fonction des autres et pour les autres, moi le premier, je l'avoue. Le président lui a offert la possibilité de retrouver la vie qu'elle a toujours eue. Comment voulais-tu qu'elle refuse après tout ce qu'il s'était passé ?
-Elle aurait pu penser à moi...murmurai-je simplement.
-Elle y pense constamment, Ed'. Mais comprend-la un peu. Si tu avais perdu ta famille et qu'on t'offrait la possibilité de la retrouver, que ferais-tu ?

Je ne répondis rien et le cliquetis de la clé de la porte d'entrée nous fit cesser notre conversation.

Ce fameux dimanche soir, toute ma famille avait tenu à venir la saluer. Jacob avait attrapé le sac d'Isabella pour le glisser sur son épaule. Alors que ma belle serrait dans ses bras Alice et Rose qui pleuraient, Jacob en profita pour se pencher vers moi et me susurrer :
-en la laissant partir, tu lui prouves que tu l'aimes, Ed'. Laisse-lui juste le temps de décider qu'elle mérite de vivre pour elle maintenant.
-Je sais, Jake, je sais...répondis-je sur le même ton.
-Et si tu veux accélérer la chose, pousse-la une dernière fois dans ses retranchements. ajouta-t-il en me faisant un clin d'œil. Allez, Bells, il est l'heure ! clama alors le jeune homme en s'écartant un peu.

Il alla embrasser les membres de ma famille tandis que Bella s'arrêtait timidement devant moi.

-On se quitte fâchés ? osa-t-elle d'une petite voix.
-Reviens-tu sur ta décision ? testai-je alors, jouant le jeu de Jacob.
-Non...avoua-t-elle en baissant la tête.
-Alors, on se quitte fâchés. conclus-je, même si cela me déchirait les entrailles.
Je vis le menton d'Isabella trembler un peu et ses yeux s'emplir d'eau mais elle tint le coup et ne pleura pas.
-Au revoir Edward. murmura-t-elle.
-Fais attention à toi, Lullaby. ajoutai-je en caressant malgré tout sa joue.

Elle m'avait souri puis elle était sortie, en compagnie de son frère. Longtemps, j'ai scruté l'horizon, là où leur voiture avait disparu. Jake m'avait promis qu'elle reviendrait ici...mais l'attente serait longue...

(BPOV)

Nous étions jeudi matin. Après un court footing avec les gars de l'équipe, je me rendis au stand de tir. Je n'avais pas retouché une arme depuis Forks. Et pour la première fois depuis toutes ces années, cela ne m'avait pas dérangé.

Avant, au retour de nos longues périodes de vacances, je m'empressais de faire un tour par l'armurerie pour pouvoir reprendre dans mes mains mon fusil. Malgré toutes les horreurs qui me hanteraient toute ma vie, j'avais un contact particulier avec cet objet. Celui qui me permettait de me sentir vivante et forte. D'être la Bella que je m'étais acharnée à construire tout au long de ma vie. Pour faire plaisir à mon père. Pour venger ma mère.
Alors, par ce simple geste de serrer dans mes mains cet instrument de métal froid, j'avais l'impression de vivre pour quelque chose. Sensation plus qu'illusoire mais qui me permettait d'avancer…un peu…de mission en mission...

Couchée dans la fosse du stand de tir devant ma cible à 400 mètres, l'œil dans la lunette, je ne réussissais pas à calmer ma respiration. Sur la crosse, ma main se remit à trembler, ce qui n'était plus arrivé depuis la cérémonie de Billings.

Jasper avait remarqué ce fait pendant le repas qui avait suivi et je ne pus qu'écouter son explication. Il avait avancé que, peut-être, avec cette médaille posthume, j'avais enfin accepté la mort de Seth. Que quelque part au fond de moi, Seth n'était pas mort pour rien et qu'avec cette reconnaissance nationale, la justice avait été rendue.

Peut-être…

Sûrement…

A mon avis, Jasper aurait fait un très bon psy…

-Bella ? çà va ? me questionna Paul, mon voisin pour la séance.
-çà va aller, Paul. tentai-je de le rassurer mais le mince filet de voix qui sortit de ma bouche ne fut pas très convaincant.

J'essayai de me concentrer de nouveau sur ma cible mais immanquablement le visage de James marchant dans le chemin forestier de Forks réapparut dans la visée. Je secouai la tête pour chasser son apparition mais rien à faire. Les contours de son visage que j'avais tant de fois admirés prenaient la place de la cible noire. Ses yeux si pénétrants rendaient tout cela si réel que j'avais la désagréable sensation de me sentir détaillée, comme mise à nue. Sa voix retentit dans mon esprit, comme tous les jours depuis que j'avais quitté Edward, et je ne pus que souffler de dépit.

-Bella ? s'inquiéta de nouveau Paul mais je ne pus lui répondre, me sentant trop mal pour le faire.

Derrière moi, je ne perçus pas les mouvements de Paul, qui, ayant sûrement eu des consignes de Sam et Jake, se releva pour se jeter sur le téléphone et prévenir Jacob. Prise dans mon malaise, je ne sus combien de temps s'écoula mais Jake fit rapidement son apparition dans le stand de tir. Me forçant à respirer longuement, je réussis à me concentrer suffisamment pour finalement faire disparaître James de mon esprit. Au moins pour un moment. Lorsque Jacob s'agenouilla juste à côté de moi, j'avais enfin réussi à reprendre le dessus.

-Bella, que se passe-t-il ? Bella ? me demanda mon frère.
-Je…je ne peux pas, Jake …Il est là…murmurai-je.
-Qui est là, Bella ? poursuivit d'une voix douce Jacob alors que prudemment sa main se posait sur mon fusil pour le baisser vers le sol, mettant en sécurité les alentours au cas où j'aurais malencontreusement appuyé sur la gâchette.
-James…je ne peux plus, Jake…je ne veux plus tirer Jacob...je ne veux plus être celle qui les abat… expliquai-je en me remettant sur les genoux et déposant mon arme au sol.
Jacob en profita pour m'attraper et me serrer contre son torse, me permettant de reprendre pied et d'enfin chasser les images de cette journée si marquante là-bas, à Forks.
-J'arrête, Jacob. J'arrête…je veux rentrer à Billings…avouai-je après m'être calmée.
Mon frère me regardait, les yeux brillants, le sourire aux lèvres.
-Tu fais le bon choix, petite sœur. murmura-t-il à mon oreille alors qu'il me serrait de nouveau dans ses bras.
-çà va être dur d'être loin de toi…poursuivis-je, toujours d'une voix basse.
-Pour moi aussi…conclut-il dans un souffle.

Lorsque nous nous relevâmes enfin, une partie de mon équipe avait accouru jusqu'à nous et m'observait. Embry était là, lui aussi, inquiet. Je m'avançai vers lui et le pris dans mes bras sans parler, profitant juste de ce moment avec des gens qui comptaient pour moi.

-Bon, je vais aller voir Sam. annonçai-je alors que nous sortions tous de l'armurerie.
-Je t'y rejoins dans un quart d'heure, je dois passer régler une petite chose. m'expliqua Jake en se détachant de notre groupe.
Il s'éloigna en trottinant vers les hangars alors qu'Embry ouvrait la marche vers notre bâtiment.

xxx

-Sam, as-tu cinq minutes à m'accorder ? demandai-je en passant la tête à la porte du bureau de mon supérieur.
-Bien sur, Bella. Entre et ferme la porte. répondit-il en me souriant. Alors, cette reprise ? Comment te sens-tu après ces trois premières journées ?
-J'arrête Sam. annonçai-je simplement, sans répondre à ses questions.
-Tu arrêtes quoi, Bella ?
-Je…J'arrête….Je…Pendant ces quelques jours, j'ai réalisé que ma vie…je ne veux plus de cette vie, Sam…et…tentai-je de lui expliquer mais parler ainsi de moi me troublait plus que de raison.
-Et quelle vie veux-tu, Bella ? me coupa-t-il d'une voix douce.
-Je…Je veux…rentrer à Billings…finis-je par avouer.
Sam sourit à ma phrase et se leva pour me serrer dans ses bras.
-Je…Je veux continuer à travailler dans le garage d'Emmett…Je veux passer du temps avec Esmée…parce qu'elle est comme ma maman et que j'aime vraiment çà…
-Les Cullen t'offrent une famille et une vie normale. Tu as suffisamment donné pour ton pays, Bella. Profites-en.
-C'est vrai. Et me retrouver seule ici m'a poussée à enfin prendre une décision pour moi. Ils me manquent tous tant et…
-Et ce cher Edward ? risqua mon chef en se détachant un peu pour m'observer.
-Et Edward…repris-je en souriant à ce prénom. Je ne veux pas rester plus loin de lui une seule journée, Sam.
-Je me demandais combien de jours tu allais tenir avant de me dire çà. avoua-t-il, un brin moqueur.
-Aurais-tu risqué un pari sur moi, Sam ? lançai-je, en souriant.
-Nous aurions dû ! s'esclaffa-t-il avant de me resserrer dans ses bras.
-Merci de comprendre, Sam. avouai-je, malgré tout émue par son comportement envers moi.
-Comment comptes-tu boucler tout cela ? Tu renonces à témoigner au procès ? s'intéressa-t-il.
-Je tiens absolument à témoigner le mois prochain, Sam, mais pour le faire, je dois être une militaire. répondis-je, réfléchissant au moyen à adopter pour que cela puisse se réaliser.
Sam tapota sur son ordinateur quelques secondes et se tourna vers moi, un sourire victorieux aux lèvres.
-Tu as tellement de congés à prendre que tu pourrais presque prendre ta retraite dès aujourd'hui ! s'esclaffa-t-il avant de reprendre un ton un peu plus sérieux. Voilà ce que je te propose Bella : tu prends une partie de tes congés jusqu'au procès et je n'enverrai ta démission qu'une fois le jugement rendu. Çà te va ?
Au lieu de répondre, je me jetai dans ses bras, savourant pour l'une des dernières fois, l'étreinte de celui que je voyais plus comme un grand frère que comme mon supérieur hiérarchique.

Ce fut ainsi que Jacob nous trouva, dans les bras l'un de l'autre, moi laissant s'échapper des larmes de joie et de soulagement et lui me caressant lentement le dos, me berçant.

-Le carrosse de mademoiselle Swan est avancé. annonça mon frère, brisant ainsi le moment.
Jacob fit un clin d'œil à Sam avant de répondre à ma question silencieuse.
-Bella, tu as cinq minutes pour sauter dans le blackhawk qui t'attend sur la piste B. annonça-t-il, heureux de sa surprise en lâchant mon sac que j'avais déposé dans sa chambre d'amis à notre retour lundi matin.
-quoi ? ne pus-je qu'articuler, surprise par cette annonce.
-Allez, lieutenant Swan, votre hélicoptère vous attend. Le lieutenant Black va vous escorter jusqu'à la base de Billings. ordonna gentiment Sam.

Je compris alors que ces deux-là avaient anticipé ma réaction. Ils me connaissaient si bien…toutes ces années à vivre à leurs côtés…J'avais encore la preuve que, malgré ce que je pouvais penser sur ma vie, je comptais pour eux.

-Merci Sam. Merci pour tout. Merci pour toutes ces années à tes côtés. réagis-je en passant de nouveau mes bras autour de sa taille.
-Allez, Lullaby, file ! Et n'hésite pas à venir nous voir de temps en temps, tu seras toujours la bienvenue ici. conclut-il en ouvrant la porte de son bureau pour nous laisser sortir.
J'empoignai fermement les lanières de mon sac, le jetai sur mon épaule et m'éloignai en trottinant vers les pistes, suivie de près par Jacob.

Sur l'héliport accolé à la piste B, un blackhawk nous attendait sagement, porte arrière ouverte, le pilote casqué debout au pied de son engin. Nous le saluâmes rapidement et grimpâmes aussitôt. Alors que je me sanglai, Jacob me tendit le casque équipé d'un micro qui nous permettrait de discuter durant le vol. Bien vite, le rotor se mit à tourner et l'hélicoptère prit le ciel, direction plein est. Je scrutai le sol, ancrant dans ma mémoire pour ce qui me semblait être la dernière fois, la disposition si particulière de cette base de Seattle qui m'avait accueillie durant six années. La tour de contrôle. Les hangars à avions. Les quartiers résidentiels dans lesquels je pus apercevoir une dernière fois le toit de ce qui avait été ma maison. Puis les bâtiments ne ressemblèrent plus qu'à des points sombres se découpant sur le sol avant de disparaître totalement de ma vue. Je soupirai à cette pensée et m'installai le plus confortablement possible pour ce vol de plus d'une heure.

-Et si Edward ne voulait pas de mon retour ? lançai-je dans mon micro alors que je fixai le paysage depuis un long moment.
-Pourquoi dis-tu cela ? réagit Jacob en attrapant ma main.
-On s'est quittés sur un désaccord. Il m'avait demandé de rester à Billings, de quitter l'équipe mais tu me connais Jacob, quand on prend les décision à ma place,…soufflai-je, dépitée par la pensée qu'Edward pourrait refuser de me laisser une nouvelle chance.
-Tu te braques et tu fais tout l'inverse ! poursuivit Jake à ma place d'un ton moqueur.
-Je n'aime pas qu'on décide pour moi et…tentai-je de me rebiffer, pleinement consciente que Jake avait raison.
-Edward ne prétend par décider pour toi, Bells. Il veut simplement te garder près de lui parce qu'il t'aime. Comment aurais-tu réagi si les rôles étaient inversés ?

Je ne répondis pas, sentant les larmes poindre. Oui, Edward était différent. En tout point. Au fond de moi, je savais pertinemment qu'il ne voulait rien m'imposer mais plutôt me protéger, ayant vu les dégâts causés sur mon âme…

- Edward n'est pas James, Bella. Et il n'est pas non plus Charlie. Même si vous n'êtes pas du même avis, il ne te rejettera pas pour autant. Il est bien le seul contre qui tu n'auras jamais à te battre pour t'imposer. termina Jacob en serrant ma main dans la sienne. Même si cela me coûte de ne plus te voir quotidiennement à mes côtés, rentrer à Billings était la décision à prendre Bella.
Je ne répondis rien et me contentai de poser ma tête sur son épaule, ayant besoin de soutien et d'un dernier moment de réconfort fraternel.

Le vol se poursuivit et environ vingt minutes avant notre arrivée, le pilote échangea avec la tour de contrôle de Billings. En entendant l'indicatif de la base aérienne dans mon casque suivie d'une voix masculine bien connue, un frisson me parcourut. Je n'avais plus qu'une envie : me poser au plus vite.

-Comment allons-nous le trouver ? Peut-être est-il en mission ? réfléchis-je à voix haute.
-Ne t'en fais pas pour cela. Tout est déjà réglé ! annonça fièrement Jake.
-Comment as-tu pu faire cela en si peu de temps ? m'étonnai-je.
-Tu me vexes, là ! Tu oublies que je viens de l'équipe Twilight ! bouda Jacob, ce qui me fit rire.
Réellement. Un vrai rire. Bref mais libérateur.

Après quelques courtes minutes où mon frère prit sa moue boudeuse, il craqua et m'expliqua ce que j'avais besoin de savoir.

Eléazar avait repris contact à moins de cinq minutes de la fin du vol, alors que nous distinguions déjà au loin les contours de la ville.

Comme promis par radio, Eléazar nous attendait à l'entrée du hangar bordant l'héliport qui nous avait été dégagé. A peine l'avions-nous rejoint qu'il me serrait dans ses bras, faisant fi du protocole malgré les tenues militaires que nous arborions.

-Je suis heureux de te revoir ici, Bella. souffla-t-il dans mon oreille avant de me relâcher pour serrer rapidement Jacob dans ses bras lui aussi. Edward est en vol en ce moment. Venez avec moi, nous allons l'attendre au bord de la piste. expliqua-t-il alors que nous marchions rapidement vers les hangars réservés aux avions de chasse.

Je reconnus le trajet, l'ayant fait avec Edward lors du bal de Noël. De nombreux militaires nous croisaient, saluant notre trio réglementairement. Je ne pus m'empêcher de penser que quelques semaines en arrière, je les en empêchai…

Après quelques minutes de marche à travers la base, le colonel Denali bifurqua sur la droite pour pénétrer dans un hangar. Aussitôt, mon estomac se contracta et le trac m'envahit.

Des dizaines de militaires s'affairaient dans le bâtiment, semblant attendre le retour de l'avion qui y dormait habituellement. Un mécanicien nous repéra et annonça l'entrée du colonel, ce qui fit mettre tous les militaires au garde-à-vous. Figés ainsi durant quelques secondes, je pus repérer une tignasse blonde près de la porte d'accès menant à la piste. Jasper était là, la tenue de vol enfilée jusqu'à la taille.

Alors qu'Eléazar leur ordonnait de reprendre leurs activités, mes yeux croisèrent ceux de Jasper qui s'avança aussitôt vers moi. J'allais à sa rencontre et le laissai me serrer contre lui tendrement alors que je venais juste de déposer mon sac au sol.

-Il va être tellement surpris. sourit-il alors que Jacob venait de nous rejoindre.
-Et s'il ne veut plus de moi, Jazz ? Que vais-je faire si…répondis-je aussitôt, légèrement anxieuse.
-Ne pense pas à çà, Bella. Il sera si heureux…me coupa-t-il en attrapant mes mains.
Il les observa quelques secondes et reprit la parole.
-Ta main droite ne tremble vraiment plus. annonça-t-il doucement.
-Depuis la semaine dernière, Jazz…répondis-je dans un sourire.
-Depuis qu'on t'a rendu tes ailes…
-Non. Comme tu m'avais dit, Jazz : depuis qu'on a rendu son honneur à Seth. le coupai-je, désormais pleinement consciente de ce changement et de la sensation de sérénité qui était née en moi depuis la cérémonie.

Quelques hommes s'approchèrent pour saluer Jacob et je reconnus aisément le major et quelques uns de ses mécaniciens qui aussitôt vinrent me serrer la main.

Alors que nous discutions, une voix se fit entendre dans les haut-parleurs disposés de part et d'autre du hangar : la voix d'Edward, réclamant l'accès à la piste 3 qui jouxtait notre emplacement. A ce son si précieux pour moi, mon cœur se mit à cogner plus fort.

-Viens, sortons ! s'écria Jasper en m'emmenant à sa suite vers le bord de piste.

Plus haut dans le ciel, un avion de chasse descendait rapidement vers le sol. Comme à chaque retour de vol, une équipe de secours était garée, prête à intervenir en cas de souci. Jacob avait glissé un bras autour de ma taille tandis que Jasper n'avait pas relâché ma main. Avaient-ils perçu la crainte qui m'avait envahie malgré moi en regardant descendre l'avion ?

Les roues de l'appareil touchèrent le bitume et les moteurs protestèrent tandis que le pilote freinait sa machine pour l'immobiliser en bout de piste. Je relâchai le souffle que j'avais retenu malgré moi pendant la phase d'atterrissage et ne pus quitter l'oiseau de métal des yeux qui roulait à vitesse faible vers son hangar. Les mécaniciens exécutèrent alors leurs tâches habituelles, amenant en bord de piste l'échelle, les cales et tout le nécessaire pour sécuriser l'armement accroché sous les ailes. L'avion s'immobilisa enfin et le major lui-même déposa l'échelle contre la carlingue. Il grimpa rapidement la passerelle afin de déverrouiller la verrière. Celle-ci se releva enfin, nous laissant apercevoir le casque du pilote que j'étais venue retrouver. La visière s'ouvrit et je pus enfin revoir son visage. Marqué par la fatigue physique, comme tous les pilotes de chasse au retour d'un vol mais toujours aussi beau pour moi. Ses yeux étaient fixés sur la planche de bord alors que ses lèvres bougeaient, donnant les informations nécessaires à son chef mécanicien. Jake me poussa gentiment dans le dos alors que Jasper m'avait lâché la main et je fis un pas. Un seul. Avait-il perçu le mouvement ? Avait-il senti ma présence ? Le major lui avait-il signalé ma présence ? Impossible de le dire mais brusquement son visage se tourna vers moi. Nos regards se trouvèrent et je ne pus que sourire timidement à cet échange muet.

xxx

(EPOV)

Je venais juste de poser mon appareil au retour d'un exercice auquel Jasper avait participé dans la matinée. Alors que je prenais l'allée transverse pour rejoindre le taxiway, j'aperçus le groupe familier en bordure du hangar, m'attendant avec le matériel et l'échelle. Restant concentré pour répondre aux transmissions de la tour de contrôle, je profitai des derniers mètres de roulage pour inscrire sur le plan de vol mes dernières remarques. Mécaniquement, je relevai la tête pour contrôler ma trajectoire et stoppai enfin mon appareil à sa place avant de procéder aux dernières vérifications puis à l'extinction des réacteurs. Je perçus sur ma gauche l'arrivée de l'échelle blanche qui se fixa dans les encoches spécialement intégrées dans la carlingue, juste sous la verrière, et je tirai alors la petite manette déverrouillant l'ouverture tout en continuant à énumérer mon check-up dans mon casque. Je terminai mes opérations obligatoires sans relever la tête, attendant que l'un des mécaniciens de l'équipe ne commence son travail en désactivant le système d'éjection de mon siège.

La voix familière du major, chef des mécaniciens de mon hangar, me fit sursauter. Il ne prenait jamais cette place sur l'échelle sauf si j'avais signalé une grosse avarie sur mon avion.

-Check terminé, mon lieutenant ? demanda le chef mécanicien.
-Affirmatif, major. Extinction des réacteurs ok. Tout est ok pour le reste. répondis-je en appuyant sur les derniers interrupteurs de la planche de bord.

J'ouvris aussitôt ma visière pour lui parler, curieux de connaître la raison de sa présence. Et je ne pus que constater que le groupe qui attendait à quelques mètres de mon avion était plus important que d'habitude. En plus de mes collègues et de Jasper se tenaient trois officiers en uniforme.
Deux yeux sombres me happèrent instantanément et mon cœur frappa fort dans ma poitrine malgré l'effort qu'il venait de subir durant le vol.

Bella.

Bella était là.

En uniforme et accompagnée de Jake et Eléazar.

Mais elle était là.

Je ne pus que remarquer le léger sourire qui s'afficha sur ses lèvres alors que nous nous regardions.

-Que fait-elle ici ? demandai-je doucement au major, alors que je me dessanglai de mon siège.
-Je ne sais pas, mon lieutenant. Elle n'a pas parlé depuis que je l'ai saluée voilà quelques minutes. Mais si quelqu'un comme elle est là, ce n'est sûrement pas pour vous parler de la météo de la région. me répondit-il sur le même ton.

Qu'était-elle venue faire ici, sur la base, dans mon hangar ? Une partie de moi se réjouissait de cette présence et je souhaitais par-dessus tout que Bella puisse être là pour moi et non en mission. Mais je ne pouvais empêcher les souvenirs de notre dernière discussion qui résonnaient dans mon esprit.

Cette fameuse soirée de samedi, je lui avais demandé de rester ici, de ne pas rejoindre Seattle. Elle s'était immédiatement braquée, me répondant d'une voix glaciale qu'elle seule pouvait décider de sa vie et qu'elle n'avait de compte à rendre qu'au président et à son commandant. J'avais tenté de poursuivre la discussion, conscient que mes quelques phrases avaient touché quelque chose de douloureux en elle, mais cela s'était avéré peine perdue. Elle avait quitté la pièce en me lançant un regard sombre et avait rejoint la chambre pour préparer son sac avant l'arrivée de Jacob prévue à l'aurore le dimanche. Nous n'avions pas repris cette discussion et elle était partie avec Jake pour regagner son travail et ce qu'elle avait appelé de nombreuses fois « sa fausse vie ».

-Allez, mon lieutenant, on ne fait pas traîner une aussi jolie femme ! me dit tout bas le major, me sortant de mes pensées en me tapotant doucement l'épaule.

J'enlevai donc mon casque et le lui tendis avant de m'extirper de l'habitacle étroit. Mes muscles se firent ressentir, ankylosés et fatigués, mais je n'y prêtai pas plus attention. Je descendis rapidement l'échelle et fis trois pas vers Isabella, toujours figée à sa place.
A trois mètres l'un de l'autre, je ne pus que répondre moi aussi à son léger sourire. Derrière Bella, Jasper, Jacob et une partie de mes collègues nous observaient, silencieux.

Que devais-je faire ? La serrer à l'étouffer dans mes bras tant elle m'avait manqué ces derniers jours ? Feindre l'indifférence et la considérer comme une collègue lambda ? Après tout, si elle était ici pour une simple mission, elle allait repartir…

-Les chevilles ne gonflent pas trop, lieutenant Cullen ? lança-t-elle, d'une voix empreinte d'un soupçon de défi.
-Vous n'avez pas mis vos médailles de maréchal soviétique aujourd'hui ? Peur d'être aveuglée peut-être ? répondis-je du tac au tac, ce qui agrandit un peu son sourire.

Je connaissais cette Bella. Celle qui se cachait derrière un caractère forte pour masquer ses propres émotions. Et au regard que Jacob me lança pour que je remarque l'énorme sac qu'il tenait à la main, je compris que la situation n'était peut-être pas celle que je venais de m'imaginer. Alors, je la laissai mener le jeu, attendant.

Bella fit deux pas de plus pour se stopper à un mètre de moi, les yeux dans les miens.

-Bonjour Edward. reprit-elle d'une voix plus douce, presque timide.
-Bonjour Bella. soufflai-je à mon tour.

Puis le silence se fit. Personne ne parlait autour de nous. Le groupe qui nous avait entouré s'était reculé de plusieurs mètres, attendant juste à l'entrée du hangar.

-En mission peut-être ? demandai-je, conscient qu'il fallait bien que l'un de nous brise le silence.
-Non, je…je suis venue pour m'excuser et…bafouilla-t-elle, son visage laissant transparaître un léger voile de panique. Permission de parler mon lieutenant ? me demanda-t-elle soudainement, son côté militaire dans laquelle elle se sentait en sécurité reprenant le dessus.

Sa phrase me dérouta mais je ne pouvais la laisser repartir sans savoir ce qu'elle était venue faire ici.

-Permission accordée, lieutenant Swan. assentis-je alors qu'elle n'avait aucun besoin de le demander puisque hiérarchiquement parlant nous étions à égalité.
-Penses-tu qu'Emmett me rendrait mon poste ? finit-elle enfin par avouer, d'une voix légèrement tremblante.
-Tout dépend de la durée du contrat que tu souhaites, Bella. dis-je en tentant de garder une voix calme et égale alors qu'en moi, les émotions se bousculaient.
-Je veux juste rentrer chez moi…me répondit-elle en baissant les yeux.
-Et c'est où, chez toi ? la poussai-je alors que je souriais déjà.
-Ici…avec toi. répondit-elle dans une voix à peine plus forte qu'un murmure. Enfin, si tu es d'accord et…reprit-elle, d'une voix plus forte en relevant la tête, comme stupéfaite de son aveu.

Des larmes habitaient le coin de ses yeux chocolat et son menton tremblait. Là, debout devant moi, dans l'uniforme qu'elle chérissait tant et pour lequel elle avait toujours tout fait, omettant de vivre pour elle.

Sans un mot, je franchis le dernier mètre qui nous séparait encore et la pris dans mes bras pour la serrer contre moi.

-Tu ne devrais pas t'attacher ainsi à une personne comme moi, Edward. dit-elle du bout des lèvres en se dégageant légèrement de mes bras pour me regarder.
-Trop tard, mon ange. Trop tard.
-Ne me laisse plus jamais partir. supplia-t-elle.
-Jamais plus je ne te laisserai repartir. répondis-je juste avant de l'embrasser.

Bella était là. Ma belle était là, dans mes bras. Elle avait fait son choix et elle m'avait choisi, moi. Alors plus rien d'autre que la sensation de son corps contre le mien, de ses lèvres contre les miennes ne compta. Ni les sifflements de mes collègues, ni les applaudissements du personnel présent sur la piste. Bella était là et pour la suite, nous verrions plus tard…et nous la construirions ensemble…

FIN


Et voilà, c'est fini... Encore une fois et pour la dernière fois: MERCI pour vos reviews et vos messages. J'espère ne pas vous avoir déçu et que vous continuerez à lire ou relire cette fic, histoire de la faire vivre encore un peu.

Peut-être à bientôt dans une autre fic (j'ai quelques petites idées) !