Les personnages de Twilight appartiennent à Stephenie Meyer, et l'auteure de cette histoire est mybluesky. Je ne suis que la traductrice...

Merci pour tous vos commentaires, et bonne lecture.

Chapitre 26

BPOV

La semaine suivante, je me plonge dans mon travail. L'évitement est devenu la nouvelle stratégie – j'évite les appels d'Edward, j'évite la persistance de Rose à vouloir sortir, et j'évite la conversation qu'Emmett semble résolu à avoir avec moi. La seule chose que je n'évite pas c'est mon boulot, car c'est la seule chose qui semble me faire oublier mes problèmes actuels.

Edward appelle plusieurs fois par jour. Il vient même chez moi à quelques reprises, mais ou bien je ne suis pas là, ou bien j'ignore les coups frappés à ma porte. Même quand il n'est pas dans les parages, je suis entourée de sa présence en raison du barrage constant de fleurs, d'animaux en peluche et de notes qu'il m'envoie pour me dire 'Je suis désolé' et 'S'il te plaît, il faut qu'on se parle.' Mon appartement ressemble bientôt à une boutique de fleuriste, l'odeur très prononcée et la vue des fleurs ne me laissant jamais oublier ce qui s'est passé. D'une certaine manière, je déteste Edward de me donner l'espace dont j'ai besoin, mais comment pourrait-il le savoir si je refuse de lui parler ? À part du fait que je l'ai enchaîné et que je lui ai fondamentalement dit d'aller au diable, bien sûr.

Lundi, pendant que je suis au travail, il couvre ma voiture de fleurs. Mes collègues pensent que j'ai un petit ami des plus romantiques, et je n'ai pas le courage ni l'énergie pour les corriger. Les pétales ressemblent à de la neige alors qu'ils s'envolent de ma voiture quand je démarre.

Emmett vient chercher Ursula le même jour. J'ai laissé la clé pour qu'il puisse venir pendant que je suis au boulot, de sorte que je n'aie pas affaire à lui – évitant ainsi la fameuse conversation – mais plus tard j'ai des remords de ne pas avoir pu dire au revoir à la bête. Elle a beau sentir mauvais et être répugnante, elle va quand même me manquer un peu. Elle était la seule dans toute cette mascarade foireuse qui n'avait pas d'intentions tordues, et j'apprécie sa simplicité.

Quand elle n'est plus là, il y a comme un vide dans mon appartement. Il n'y a plus de relents de squames et d'excréments, et quand je passe le rouleau adhésif sur les meubles, les poils ne sont pas miraculeusement de retour une demi-heure plus tard. Mais c'est calme – je ne peux plus entendre ses miaulements à travers l'appartement ou les gargouillements de son système digestif quand elle inhalait un bol entier de nourriture. Et en l'absence de bruit, vient la solitude.

Je ne dors pas bien la nuit. Je reste éveillée pendant des heures, pensant à Edward – je me demande ce qu'il fait, j'obsède quant à savoir s'il est ou non avec une autre femme, et je relis ses textes en envisageant la possibilité de le rappeler. Mais je ne fais rien pour atténuer ces pensées, me répétant constamment que j'ai besoin de plus de temps pour réfléchir et prendre en considération tout ce qui s'est passé.

Edward me manque – douloureusement – mais je ne veux pas que ce désir ardent, cette envie irrésistible qu'il soit présent ici, n'influencent mes décisions quand il s'agit de déterminer ce qui est le mieux pour moi. Je veux être dans un état d'esprit clair et sain.

Mais je veux Edward. Je veux entendre des justifications valables et des excuses sincères de sa part, et je veux lui pardonner. Mais est-ce vraiment sage ? Pouvons-nous jamais être quelque chose… d'autre ? Après tout ce qui est arrivé ?

Au travail, j'ai l'impression d'être un zombie. Je suis agitée et fatiguée, mes pensées menaçant de s'égarer chaque fois que je permets à quelque faiblesse que ce soit de s'infiltrer à travers ma façade. Mais je me consacre entièrement à mon job, accomplissant davantage en ces quelques jours que ce que je terminerais normalement en un mois.

Je renoue avec mon amour de l'écriture lors de mes soirées à la maison. Je me perds dans un monde fantastique – un monde dans lequel je dicte les résultats, les actions et les conséquences des décisions de mes personnages. C'est le seul moyen que j'ai pu trouver d'échapper en toute sécurité à la réalité.

Ça devient une sorte de routine. Je m'attends presque à voir Edward se pointer à mon appartement quand je reviens du travail, possiblement pour se traîner à mes pieds et m'offrir ses excuses en personne. Ou peut-être est-ce seulement ce que je voudrais qu'il se produise, comme il a suggéré plusieurs fois de passer me voir dans ses messages. Mais je dois l'avoir effrayé avec les menottes. Tous les jours, le couloir devant ma porte reste vide.

Puis, le mercredi soir, tout change.

Je termine un peu plus tard au boulot, comme c'est devenu la norme cette semaine, et je me dirige vers ma voiture tête baissée, tentant de ne pas laisser tomber une pile de dossiers qui est en train de glisser de mes bras. J'ai décidé de ramener un peu de travail à la maison ce soir. Mais en relevant les yeux, j'aperçois une grande silhouette appuyée contre ma voiture, et je hoquète de surprise.

Le flux d'adrénaline est presque instantané alors que mon pouls et ma respiration s'accélèrent. Je peux pratiquement entendre le martèlement erratique dans ma poitrine ; mes pieds deviennent lourds comme du plomb.

Il croise mon regard tandis que j'approche, et m'offre un sourire sadique. Mon estomac se soulève, la bile remontant dans ma gorge.

Il pousse contre ma voiture et se place pour être face à moi. Je m'arrête à quelques mètres, évaluant soigneusement la situation. Il veut quelque chose de moi – sinon pourquoi serait-il ici ? – et mon esprit s'emballe avec les possibilités déplaisantes.

Je me redresse à ma pleine grandeur, refusant de reculer devant lui. Refusant d'exposer quelque faiblesse que ce soit.

« Que fais-tu ici, James ? » Je demande. Ma voix se fissure légèrement sur son nom, et je suis furieuse que mon corps révèle si traîtreusement mon anxiété en sa présence.

Il sourit davantage, et je suis rebutée par cette vision. « Quoi ? On ne peut pas être amis maintenant ? »

Il faudra me tuer avant, bordel.

« Qu'est-ce que tu veux, James ? » Je répète. Ma voix est stable et ferme cette fois-ci.

« Je voulais juste vérifier comment se portait mon Cygne préféré, » dit-il sans gêne.

Je roule des yeux tandis qu'un million de façons de le neutraliser me viennent à l'esprit. Je pourrais lui donner un coup de pied dans les tibias ou les couilles. Je pourrais tirer ses cheveux qu'il porte comme ceux d'une fille, ou l'éborgner. Je pourrais même m'en prendre à son petit doigt, faible et fragile.

« Je ne me suis jamais aussi bien portée, » je mens, passant à côté de lui pour ouvrir la porte de ma voiture. Il ne pourrait pas vraiment s'en prendre à moi… n'est-ce pas ? Mais sa taille et son gabarit, qu'autrefois je trouvais attrayants, sont déstabilisants en ce moment. Je veux juste m'engouffrer dans mon véhicule et partir.

Il ne me donne pas d'espace pour le contourner, mais il ne me touche pas non plus.

« Vraiment ? » Ricane-t-il, faisant se convulser mon bras tout entier. J'ai juste envie de le gifler pour effacer cette grimace répugnante qu'il affiche. « J'ai entendu dire que tu sors avec Cullen à présent, » continue-t-il.

Je m'arrête en réalisant ce qu'il est en train de faire. Il pense qu'Edward et moi sommes toujours ensemble. Essaye-t-il de savoir qui a gagné le pari ?

Je suis un peu irritée qu'Edward n'ait pas tout simplement admis avoir perdu le pari. Mais je suis soulagée que James n'ait pas gagné. Même si je ne veux voir aucun des deux gagner – même si je voudrais que le pari n'ait jamais eu lieu, je préfère de beaucoup voir James descendre d'un échelon ou deux.

Je me retourne pour lui faire face, pleine d'assurance. « Ouais, et alors ? » Je dis d'un ton railleur.

Sa lèvre inférieure, grimaçante, s'agite sous l'effet d'un tic et il la lèche lentement. « Alors comment ça va ? »

« Super, » je réponds. « Nous sommes très heureux ensemble. »

« Uh hum, » dit-il pensivement. Il se frotte le menton du bout des doigts. « Je t'ai vue sortir de chez lui l'autre matin. »

Je fronce les sourcils. J'ignore où il veut en venir. Ce n'était de toute évidence pas moi qu'il a vue quitter la maison d'Edward. A-t-il vu une autre femme ? Cette pensée me donne la nausée.

Mais peut-être qu'il essaye juste de jauger ma réaction à cette accusation. Après tout, si je partais de chez Edward au matin, ça impliquerait que j'ai couché avec lui.

Je relève un sourcil. « Tu me traques maintenant ? » Je questionne. « Edward et moi, nous nous aimons. Ce que nous faisons ne te regarde absolument pas. » C'est tout juste si j'arrive à croire les paroles jaillies de ma bouche. Tout juste.

La mâchoire de James s'affaisse sous le coup de la surprise, et il reste bouche bée. « Est-ce que tu te fous de moi ? » Son ton est accusateur.

Je m'empresse de jeter un coup d'œil à la ronde pour voir s'il y a quelqu'un d'autre à proximité. Il y a deux collègues de travail plusieurs mètres plus loin, qui ne m'entendront pas si je parle – mais qui ne manqueront certainement pas de m'entendre si je crie – et leur présence me rassure.

J'essaye de réfléchir à ce que je pourrais dire, mais avant que je puisse formuler une réponse, James crache, « Tu penses qu'il t'aime ? Cullen ne t'aime pas. Tu es un pari pour lui, Bella. Je gage qu'il n'a pas pu te baiser et qu'il était déterminé à prouver que j'avais tort. Mais heureusement pour lui, tu es une petite pouffiasse d'une naïveté rare finalement. »

Je veux être la personne la plus mature – mettre en pratique ce que j'ai appris avec Tyler, et m'en aller – mais mon corps réagit avant que mon cerveau ait fini d'analyser sa déclaration. J'entends un claquement sonore, suivi d'une douleur aveuglante à travers ma main et mon poignet toujours en cours de guérison, et soudainement James trébuche en arrière en tenant son visage.

Je vois rouge, littéralement. Le sang se déverse de ses doigts et se retrouve sur le devant de sa chemise ringarde en flanelle qu'on dirait sortie d'un film des années 90. Il pousse une tempête de jurons en crachant des gouttelettes rouges à chaque respiration étouffée. Je tressaille et recule d'un pas pour éviter de recevoir les embruns de sang, mes yeux écarquillés d'horreur à ce que je viens de faire.

Je n'ai jamais frappé qui que ce soit avant. Jamais. Et je suis à peu près sûre que ma main est cassée, parce que la douleur est mille fois pire que lorsqu'elle a eu son petit tête-à-tête avec le béton il y a deux semaines.

« Putain de salope ! » Rugit James. Le sang se pulvérise partout, même sur moi, et je me jette en avant dans un geste désespéré pour saisir la poignée de porte de ma voiture afin d'échapper à sa colère grandissante.

Il tente de m'attraper, réussissant à agripper mon avant-bras et à le serrer douloureusement, mais je réussis miraculeusement à m'arracher à lui et je me lance dans ma voiture. Je verrouille toutes les portes et je démarre la voiture à reculons, accélérant en sortant du parking comme si l'enfer était à mes trousses. Ce qui est le cas, d'une certaine façon.

Je manque de peu d'écraser les orteils de James – non pas que je n'aie pas essayé – et je le vois hurler et jurer dans mon rétroviseur alors que j'accélère hors de sa vue. Mon cœur bat comme un fou dans ma poitrine tandis que je m'éloigne et qu'il disparaît de mon champ de vision.

Il y a quelque chose d'humide sur mon bras, aussi quand je sens que je suis hors de danger, je baisse les yeux et je vois une énorme traînée de sang. C'est partiellement séché et complètement dégoûtant. Je voudrais me garer sur le côté et vomir, ou du moins essayer, mais il n'est pas question que je m'arrête avant d'avoir mis 30 kilomètres entre moi et ce sale type.

D'une main tremblante en train de virer au pourpre, je tente de pêcher mon téléphone cellulaire dans mon sac à main. La douleur est atroce et ma main entière est enflée, mais je finis par y arriver. Je rejoins Rose avec la touche de numérotation abrégée.

« Hé, Bella, » me salue-t-elle.

« Rose. » Ma voix tremble, et je me rends compte que ce fiasco m'a affectée plus que je ne le pensais. « Je crois que je me suis cassé la main. Je suis en route vers l'hôpital. Est-ce que je peux rester avec toi ce soir ? »

« Quoi ? Comment diable t'es-tu cassé la main ? » Demande-t-elle, confuse.

« J'ai vu James. »

« Oh putain d'enfer, qu'est-ce qu'il a fait !? » Elle est furieuse, et à juste titre, mais je tressaille quand même à la dureté de son ton.

« Il n'y a pas de quoi fouetter un chat, » je mens. « Il a juste… dit des choses. Et je l'ai frappé. »

« Vraiment ? » Sa voix est considérablement plus légère. Je peux dire qu'elle est contente que je n'aie pas été malmenée ou quelque chose, sans compter qu'elle est probablement extatique que je me sois finalement défendue.

« Oui. »

« Eh bien, Dieu merci. Je veux dire, s'il t'avait attaquée… je… merde, je te retrouve à l'hôpital dans dix minutes. »

« Merci, Rose. »

« Bien sûr. Et reste où tu es. »

Elle me raccroche au nez, comme d'habitude, et je ne peux m'empêcher de soupirer de soulagement.

ooo

Je passe près de trois heures dans la salle d'urgences. On prend des radiographies de ma main avant de révéler qu'elle est bel et biencassée, en plus d'être probablement foulée à nouveau, et on insiste pour qu'elle soit mise dans un plâtre. Je discute avec le personnel médical pendant environ quinze minutes – aussi longtemps qu'il m'est légitimement possible de persister avant qu'on ne m'indique la porte. Je déteste les plâtres, et j'insiste en disant que je vais porter l'appareil orthopédique pour toute la période recommandée, mais quand l'infirmière m'entend marmonner à Rose que je vais seulement le retirer pour me gratter, l'idée est rembarrée.

Je veux tuer les infirmières aux oreilles indiscrètes.

Rose me tient la main quand l'infirmière commence l'intraveineuse pour m'administrer ma dose habituelle d'antalgiques. Ce n'est pas tout à fait la même chose que de me perdre dans le doux parfum du torse d'Edward, mais je dois m'en contenter.

Après ma rencontre avec James – et après avoir été à nouveau exposée aux putains d'hôpitaux et aux foutues aiguilles – je trouve le chagrin dans ma poitrine lancinant et douloureux, et Edward me manque plus que jamais.

Je commence à pleurer après avoir reçu une dose de morphine. De grosses larmes silencieuses coulent sur mon visage, et je tente faiblement de les essuyer.

« Qu'est-ce qui ne va pas, Bella ? » S'enquiert Rose, alarmée.

« Oh, le médicament contre la douleur rend parfois les gens un peu émotifs, » assure l'infirmière, et Rose hoche la tête en signe de compréhension. Je ne me donne pas la peine de les corriger.

Rose reçoit un appel téléphonique et elle s'en va le prendre dans la salle d'attente. Je ne sais pas combien de temps elle s'absente. Je ne l'entends même pas revenir.

Après quelques minutes, je commence à somnoler. La douleur dans ma main est toujours là – un faible battement qui s'enregistre à peine au fond de mon esprit – mais la morphine la masque en plus de masquer la douleur émotionnelle. Rose commence à frotter ma tête avec ses ongles ridiculement longs et la sensation est apaisante, la combinaison de ces relaxants m'incitant à dormir.

Je suis réveillée par un sympathique docteur qui vient s'occuper du plâtre. Je ferme les yeux à la lumière aveuglante du plafonnier qu'il a allumée, et j'essaye d'ignorer l'ensemble du processus. Il s'adresse surtout à Rose, qui se révèle aimable et bavarde, et je ne pige que de brefs fragments brisés de leur papotage.

Je suis toujours follement somnolente lorsque nous quittons l'hôpital.

« As-tu besoin que je te ramène chez toi pour prendre quelque chose ? » Me demande Rose tandis que je me glisse dans le siège passager de sa voiture. Je suis prête à piquer un roupillon contre le côté de sa porte.

« Non. Il sait où j'habite, » je réponds sinistrement. « Peux-tu me prêter quelques-unes de tes fringues ? »

Je ne peux pas porter n'importe lesquelles de ses fringues, mais je me dis que certaines tenues me conviendront.

« Bien entendu. »

Rose passe par le service au volant d'une pharmacie à proximité pour faire remplir ma prescription d'analgésiques. Je ne me souviens même pas du chemin du retour la première chose dont j'ai conscience par la suite c'est qu'elle me cajole pour me faire sortir de la voiture, m'aidant à monter les marches jusqu'à son appartement. Elle m'installe dans sa deuxième chambre et je m'endors tout habillée, l'épuisement émotionnel et les antalgiques finissant par avoir raison de ma résistance.

EPOV

Durant les jours qui suivent, je suis dans un état complètement lamentable.

Je débats la possibilité de me présenter à la porte de Bella samedi pour l'emmener au mariage tel que prévu. Mais une brève conversation avec Emmett me convainc que ce n'est pas une bonne idée.

« Elle t'a laissé enchaîné à ton lit, mec, » insiste-t-il en agitant rapidement la main. « Tu ne peux pas simplement te présenter chez elle comme si de rien n'était. Sauf si tu portes une protection en acier ou quelque chose, car elle va probablement te castrer. »

« Mais alors peut-être que nous pourrions parler, » je raisonne pathétiquement.

« Tu vas juste la contrarier à l'occasion du mariage de son ami. Elle va probablement pleurer et toute cette merde, et ses yeux vont avoir l'air de ceux d'un raton laveur, et tu sais comment les filles sont à propos de ces trucs. Elle va t'en vouloir éternellement si tu la trimballes quelque part avec des yeux de raton laveur. »

J'ai fini par dire les termes du pari à Emmett, et il a convenu que je me trouvais sans conteste dans une situation merdique. Il a même sympathisé un peu, je crois, mais en fin de compte sa réponse a été celle à laquelle je m'attendais. Il m'a donné une tape dans le dos et il a dit « Tout ça est bien merdique, vieux, mais à présent tu sais qu'un pari n'est pas la solution pour régler tes problèmes. Peut-être que tu devrais juste laisser Bella en paix pendant un certain temps. Pour le moment tu pourrais peut-être même juste… je ne sais pas… faire le compte de tes pertes. »

Compter mes pertes ? Comme dans simplement… abandonner ?

Si Bella ne veut rien à voir avec moi, je vais trouver un moyen d'y faire face. Ce n'est certainement pas moins que ce que je mérite. Mais je pense qu'elle a au moins le droit de savoir pourquoi j'ai fait le pari en premier lieu. De cette façon, elle pourra vraiment aller de l'avant.

Peut-être que c'est égoïste, mais je veux seulement qu'elle sache. Je veux qu'elle connaisse toute l'histoire plutôt que la version mal interprétée. Je veux qu'elle sache que ce n'était pas juste pour de l'argent ou pour une bagnole. De cette façon, elle pourra au moins me haïr convenablement.

Bella devient une obsession dans laquelle je me plonge. Je l'appelle beaucoup plus souvent que ce qui est jugé approprié, et je la supplie à répétition de me parler. Je lui envoie plusieurs bouquets de fleurs tout au long de la journée et je jonche sa boîte de réception de messages. Dans un message vocal, j'offre même une explication boiteuse de ce qui s'est passé, mais je ne suis même pas sûr qu'elle l'ait écouté.

Lundi est une journée modérément occupée, ce qui est heureux. Ça me donne le temps de conduire jusqu'au travail de Bella pendant ma pause déjeuner et de laisser un tas de fleurs sur sa voiture, une inspiration venue de nulle part. Mais ça semble romantique – impossible pour elle de ne pas le voir, au moins – alors je mets mon plan à exécution.

J'appelle James ce soir-là, pour admettre que j'ai perdu le pari, mais il ne répond pas. À la place, il rappelle à trois heures du matin, alors que je dors comme une souche.

Mercredi, ça redevient la folie furieuse au boulot. Je parviens à m'échapper entre les meetings pour appeler Bella et prendre les dispositions pour que d'autres fleurs lui soient envoyées chez elle, mais autrement, une réunion n'attend pas l'autre, ne me laissant que peu de temps pour réfléchir. J'oublie presque de manger à l'heure du lunch, et je rentre à la maison avec plus de deux heures de retard.

Je rappelle James. Mon estomac se noue chaque fois que j'anticipe ce coup de fil. En fait ça me donne un peu la nausée.

Mais cette fois-ci, il répond. Et au lieu de son arrogance habituelle, il semble un peu contrarié.

« Allô ? »

« Hé mec, » je dis, forçant mes mots à demeurer calmes. Mes mains commencent déjà à devenir un peu moites, et je décide qu'il est préférable de simplement aller droit au but et de tout déballer. « Le pari est terminé. »

« Ah oui ? » Dit-il avec colère, et franchement je suis un peu étonné par sa réaction. « Et quand avais-tu l'intention de me mettre au courant ? »

« Euh… »

« Tu sais quoi, mec ? Ça va aller. Tu as réussi à séduire la petite salope faite de glace après tout. Je ne sais pas au juste ce que tu as bien pu lui offrir, mais ça a dû être bon puisqu'elle prétend que vous êtes amoureux et ce genre de conneries. Quelle blague, pas vrai ? Je suppose que tu ne lui as jamais parlé du pari, hein ? » Son ton est venimeux et accusateur. « T'inquiète pas, cependant, Eddie-boy. Je l'ai mise au parfum. Et tu es chanceux que je ne porte pas plainte contre son cul, » poursuit-il.

Je suis plus que confus. Pendant un moment, je ne sais même plus quoi dire.

« De quoi parles-tu, bordel de merde ? » Je demande finalement.

« Oh, alors elle ne t'a pas dit que j'ai été attaqué par son cinglé de cul aujourd'hui ? »

Je ne sais pas comment répondre à ça, alors je ne dis rien.

Bella l'a attaqué ?

« Quoi qu'il en soit, mec. Un marché est un marché. Je t'ai donné ma parole, alors je vais laisser ta petite allumeuse de sœur tranquille. »

Je sens la colère s'immiscer en moi à ses paroles. Si je pouvais passer par le téléphone et le tuer, je le ferais probablement.

« James- » je commence, sentant la chaleur m'envahir.

« Plus tard, mon frère. » Il raccroche brusquement. Je fixe le téléphone pendant un moment, me demandant si c'est vraiment fini. Je me demande si j'ai gagné même si en réalité je n'ai pas… gagné.

Mais pourquoi nom de Dieu Bella irait-elle dire à James que nous sommes amoureux ? Ne me déteste-t-elle pas ? Ça fait des jours qu'elle ne répond à aucun de mes appels. Elle m'ignore aussi efficacement que si je n'existais pas du tout.

Et elle l'a attaqué ?

La pensée de Bella se mettant dans n'importe quel genre de position compromettante avec ce salopard me dérange. Je ne sais pas si Bella n'a pas d'abord été touchée par ce type, étant la source peu fiable qu'il est, et je suis instantanément sur mon téléphone une fois de plus, composant son numéro inutilement.

Il sonne et me transfère immédiatement à sa boîte vocale, alors j'essaye encore, et encore, et encore.

Au bout de trois tentatives, il est évident que ça ne me mènera nulle part, ce qui était à prévoir, et je suis déjà à la porte avec mes clés en main. Je ne sais pas ce que j'ai l'intention de faire exactement. Je sais seulement que j'ai besoin de la voir, de savoir qu'elle va bien. Il faut que je m'en assure de mes propres yeux.

J'appelle Emmett pour tenter d'avoir de l'information – ou peut-être d'obtenir le numéro de Rose, qui je crois sera la meilleure personne à contacter dans cette situation – mais lui non plus ne répond pas.

Je suis presque à Seattle au moment où il me rappelle.

« C'est quoi ce foutu bordel, mec ? » Je crie dans le combiné. « Je t'ai appelé une bonne centaine de fois. »

« Calme-toi, mon pote. Ce n'est pas la putain d'apocalypse quand mon téléphone n'est pas allumé, » répond-il, et sa voix sereine et légèrement perplexe m'agace instantanément.

« Au contraire, bon sang de merde. J'ai besoin du numéro de Rosalie. »

« Pourquoi ? »

« Je viens de parler à James et il a dit que Bella l'a attaqué, » je lui explique. « Je veux savoir ce qui se passe, bordel. Lui as-tu parlé ? Sais-tu si elle va bien ? »

« Ouais, mec. Elle est à l'hôpital- »

« Elle est !? »

« Calme-toi, Edward ! Laisse-moi t'expliquer. »

Me calmer s'avère un exploit irréalisable, mais je suis désespéré d'entendre ce qu'il a à dire. « Bon d'accord. Dis-moi ce qui s'est passé. »

« Eh bien, aux dires de Rose, ils ont eu une petite confrontation. Il a dit des choses – je ne sais pas quoi – et elle lui a lancé son poing dans le nez. Mais elle a aussi heurté sa main dans le processus. »

Je gémis. Je veux tuer James. Je veux reculer sur ses jambes avec ma voiture. Je veux casser chaque os de ses mains. Je veux-

« C'est tout ce que je sais, vieux, » continue Emmett. « Je pense que c'est lui qui a écopé le plus. Pour autant que je sache, Bella va bien sauf pour sa main. »

« Est-ce que Rose est avec elle ? »

« Oui. »

« Donne-moi son numéro. »

« Quoi ? Non. Pourquoi ? »

« Je veux parler à Bella. »

« Edward, si Bella voulait te parler, elle répondrait à son téléphone. Je ne vais pas te laisser harceler Rose aussi. »

« Je ne harcèle personne, » je soutiens, bien que ceci puisse effectivement s'avérer un mensonge. Est-ce qu'envoyer un million de fleurs à quelqu'un peut être considéré comme du harcèlement de nos jours ?

« Ouais, mon pote. C'est un peu ce que tu fais. Tu sais que je serais ravi de vous voir finir ensemble tous les deux, mais j'essaie d'être raisonnable- »

« Je t'emmerde avec le raisonnable, Em ! Je veux parler à Bella. »

Peut-être que mon emportement est un peu déplacé, mais je ne crois pas vraiment mériter de me faire raccrocher la ligne au nez, comme c'est ce qui se produit dans la seconde qui suit. Il me faut chaque once de retenue pour ne pas frapper mon téléphone dans le pare-brise.

Je ne sais même pas à quel hôpital elle s'est rendue. Le premier que j'essaye prétend ne pas connaître de Bella Swan, et ils refusent d'appeler les autres hôpitaux de la ville afin de déterminer dans lequel elle se trouve. Non pas que je m'attendais à ce qu'ils coopèrent, mais ça valait le coup d'essayer.

Je tente d'appeler à l'avance, mais le deuxième hôpital ne veut pas me donner d'information par téléphone. Il s'avère qu'elle n'est pas là non plus.

Au troisième hôpital, je tape dans le mille. Mais je suis également confronté à un autre épisode de malchance.

« Bella Swan a quitté l'hôpital il y a plus de deux heures, » m'informe la secrétaire, et je mords ma lèvre pour m'empêcher de jurer au beau milieu du hall d'entrée.

Heureusement, le numéro de Rose est répertorié, me permettant de trouver son adresse à partir de l'information, et de me diriger vers son appartement. Je pénètre dans le hall principal et j'utilise mon charme sur la petite brunette derrière le comptoir pour obtenir son numéro d'appartement.

Mais lorsque je frappe à sa porte, elle n'ouvre que de quelques centimètres. Il y a une chaîne pour empêcher de l'ouvrir davantage, et ça fournit seulement un petit espace par lequel Rose me regarde d'un air mauvais.

« Qu'est-ce que tu fais ici ? » Demande-t-elle. Sa voix n'est pas méchante, mais ferme.

« Est-ce que Bella est là ? » Je questionne en retour. Je pense que poser cette question dévoile les raisons derrière ma visite.

Elle rétrécit les yeux. « Pourquoi tu le demandes ? »

« Je veux la voir, » je dis. « Qu'est-il arrivé ? Est-ce qu'elle va bien ? »

« Elle va bien, » répond-elle d'un ton sec et direct. « Elle dort, en fait. Mais je lui dirai que tu es passé. »

Je soupçonne qu'elle ment. Elle essaye de me fermer la porte au nez, mais je m'empresse de fourrer ma main en avant pour la stopper. Ses yeux élargis cherchent les miens en silence, me demandant ce que je fais.

« Edward… » Dit-elle comme une mise en garde. Je crains qu'elle ne soit sur le point d'appeler les flics. Je suis au bord du désespoir.

« S'il te plaît, Rose. Donne-moi juste cinq minutes, » je la supplie.

« Je ne peux pas, Edward. »

« S'il te plaît- »

« Attends. » Elle ferme la porte et mon cœur s'arrête. Mes pensées oscillent entre la crainte et l'excitation en envisageant les alternatives : soit elle va m'enfermer dehors pour de bon, soit elle va retirer la chaîne de sécurité et me laisser entrer.

Quand la porte s'ouvre en grand, je manque de m'effondrer de soulagement, mais elle s'empresse de me pousser de côté tandis qu'elle me rejoint dans le couloir. La porte se ferme tranquillement derrière elle.

« Écoute, Edward, » débute-t-elle, « t'es un putain de connard égoïste, tu le sais ça ? »

Je ne suis pas vraiment surpris que nous soyons en train d'avoir cette conversation. Je m'attendais à ce que ça se produise tôt ou tard, puisqu'elle est avec Emmett et que je continue à rôder autour de sa meilleure amie et tout ça.

« Je sais, je sais, » j'acquiesce, et ses yeux s'élargissent légèrement d'étonnement.

« Oh tu le sais, hein ? » Lance-t-elle avec colère.

« Oui. »

« Dans ce cas tu devrais être foutrement dégoûté de toi-même. »

« Je le suis. »

« Tu as fait une chose déplorable. »

« Je sais. »

« Si j'étais Bella, j'aurais coupé ta bite pendant ton sommeil. »

« Je, euh… »

« Tu mérites de te la faire couper. Tu ne devrais plus jamais être autorisée à ruiner la vie d'une autre pauvre fille. »

« Je n'ai pas- »

« Et ceci, » me coupe-t-elle en agitant la main devant moi pour souligner ma présence, « ne l'aide pas à faire face à toute cette affaire. Tu dois la laisser tranquille. »

« C'est ce que je vais faire, Rose ! » J'insiste, et en voyant son sourcil sceptique se relever, j'ajoute rapidement, « Après que nous ayons parlé. »

« Elle ne veut pas te parler. »

« Je sais, mais si seulement elle voulait me donner une chance- »

« Tu ne mérites pas cette chance. »

Bon Dieu que cette fille est frustrante. Je passe une main dans mes cheveux, exaspéré, mais je suis prêt à enfoncer la porte à coups de pied et en criant si c'est ce que ça prend.

« Rose, s'il te plaît. N'as-tu jamais foiré avant ? N'as-tu jamais fait quelque chose que tu regrettes vraiment sincèrement ? »

Elle pince les lèvres et croise les bras, le sourire de quelqu'un qui se prend pour une sainte plaqué sur son visage.

« Ne t'est-il jamais arrivé de… je ne sais pas… dire quelque chose de méchant à quelqu'un sans raison ? Casser du sucre sur le dos de quelqu'un ? Mentir à quelqu'un ? » Son petit sourire vacille, et je vois une faiblesse dont je m'empresse de profiter. « J'ai fait un truc regrettable, Rose. Je n'ai jamais détesté quelque chose autant que cette nuit dans son intégralité. Mais si je pouvais tout reprendre, je ne suis pas certain que je le ferais. » Ses yeux durcissent à nouveau, alors je me dépêche de continuer.

« J'ai fait une connerie, je l'admets. Mais si je n'étais pas allé dans ce bar cette nuit-là – si je n'avais pas croisé James – alors je n'aurais peut-être jamais rencontré Bella. Et aussi tordu que ça puisse l'être, je ne peux pas regretter quelque chose qui m'a conduit à elle. Je ne peux pas, putain de bordel. »

Rose me regarde, le front plissé à cause du conflit que se livrent ses émotions.

« S'il y a une chose que je regrette vraiment, Rose, c'est seulement de ne pas lui avoir dit la vérité dès le début. J'ai été égoïste et stupide. Chaque fois que mes sentiments pour elle devenaient plus forts, j'essayais de le nier et de me convaincre qu'ils n'étaient pas réels. Mais je ne voulais toujours pas lui faire de mal, et finalement j'ai arrêté d'essayer de gagner le pari. Mais je ne voulais pas perdre le pari non plus. » Je gémis de frustration et je tire encore sur mes cheveux. « Je sais, je sais que ça paraît vraiment terrible. Mais que ferais-tu pour ta petite sœur, Rose ? »

Elle inspire profondément, les yeux écarquillés et compatissants, mais également déchirés et indécis.

« Qu'est-il arrivé à ta sœur ? » Murmure-t-elle, et mon cœur s'emballe à l'espoir que j'aie possiblement enfin réussi à faire passer le message – et qu'elle puisse effectivement me laisser entrer.

« Je préférerais que Bella entende toute l'histoire de ma propre bouche, » je réponds posément, la priant de comprendre. Ce n'est pas que je n'ai pas confiance en Rose, mais – ouais, je n'ai pas confiance en Rose. Je soupçonne que l'histoire entière se retrouverait en première page du journal demain.

« Bon. » Elle s'éclaircit la gorge et se dandine d'un pied sur l'autre. Je peux dire qu'elle est en train de peser le pour et le contre dans son esprit, et qu'elle est en conflit avec ses options.

« Rose, s'il te plaît. Je t'en supplie. Je vais ramper à tes pieds s'il le faut. »

Je n'arrive pas à croire à quel point je suis devenu pathétique en si peu de temps.

Mais ça marche. Hésitant seulement une seconde de plus, Rose finit par soupirer et tourne sa poignée de porte, ouvrant celle-ci. Elle n'entre pas, mais à la place elle recule un peu pour me laisser l'espace.

« Cinq minutes, » dit-elle tranquillement. Je n'en crois pas ma veine – je suis partagé entre serrer Rose dans la plus monstrueuse étreinte, et piquer un sprint pour voir Bella avant qu'Emmett ne se pointe ou que quelque chose de fou ne se produise.

« Merci, Rose, » je dis dans un souffle, et c'est tout ce que je réussis à prononcer avant de me précipiter dans l'appartement. Bella n'est pas dans le living-room ni dans la cuisine, alors je me dirige en vitesse vers les chambres à coucher. La porte de la première chambre est ouverte et celle-ci est vide. La porte de la deuxième est solidement fermée et je sais, sans avoir besoin de voir son corps, que Bella est allongée à l'intérieur.

Ma respiration se fait moins profonde alors que les battements de mon cœur deviennent frénétiques. Je ne me sens soudainement plus préparé pour ça. Comment vais-je faire pour qu'elle m'écoute ? Et si elle se met à crier après moi et exige que je quitte les lieux ? J'aurais dû répéter mon discours ou quelque chose…

Mais mes minutes sont comptées. En ai-je vraiment seulement cinq, ou bien Rosalie n'a-t-elle fait que bluffer ? Je ne peux pas courir le risque. J'ouvre la porte et je jette un coup d'œil à l'intérieur sans réfléchir davantage.

Bella est allongée sur le lit, mais son sommeil n'est pas paisible. Elle se tourne et se retourne sans cesse et se débat avec les draps. Elle est encore tout habillée, le plâtre à sa main est marron foncé, ce qui contraste avec ses vêtements pâles.

Mon cœur fait une embardée à sa vue, et avant que je ne puisse me retenir, mes pieds me propulsent vers l'avant. En me rapprochant, je vois que ses joues sont maculées de larmes séchées, et quelques mèches de ses cheveux sont collées sur les côtés de son visage. Elle gémit, mais il ne fait pas de doute qu'elle est toujours endormie.

Je m'accroupis à côté du lit, craintif de m'aventurer plus près. J'ai peur qu'elle se réveille et qu'elle se déchaîne en me voyant tout près d'elle.

« Bella ? » Je murmure. Elle tourne la tête, mais c'est le résultat de son agitation, et non pas parce qu'elle est en train de se réveiller.

« Bella, » je répète.

Je tends la main pour toucher son épaule, lentement et timidement, tout en me demandant constamment si c'est une bonne idée.

« Non, » lance-t-elle soudainement. Sa voix est très douce, mais je n'ai aucun doute sur ce qu'elle a dit. Je me fige, la main en l'air, et j'attends une explosion ou une attaque.

« Non, » dit-elle encore. Je m'empresse de retirer ma main.

« Bella… »

« Arrête ! » Poursuit-elle, agitée à présent, mais un regard vers son visage me révèle qu'en réalité elle dort toujours. Je ne peux pas m'empêcher de ressentir une petite vague de soulagement, bien que je me sente merdique pour ça.

« Il faut que tu te réveilles, Bella, » je lui dis en secouant doucement ses épaules. « Je pense que tu es en train de faire un cauchemar. »

« Edward. » Elle souffle à peine le mot, et tout à coup elle s'accroche à ma chemise avec sa main valide. Elle la tire vers elle avec rudesse, étirant le tissu quand je résiste à la traction.

« Bella… » Je lui dis tendrement. J'essaye de desserrer gentiment ses doigts qui me tiennent dans un étau, mais cela n'a pour effet que de la faire me serrer plus étroitement. Elle appelle à nouveau mon nom, me tirant vers elle, et subitement je me retrouve assis à côté d'elle dans le lit, incapable de résister lorsqu'elle enfouit son visage dans mon flanc et se pelotonne contre moi, trouvant enfin la paix.

Je ne devrais pas me délecter ainsi de son contact, surtout quand elle dort. Je suis si vachement égoïste que ça me rend malade.

J'ai peur de la toucher, alors je garde mes mains à quelques centimètres d'elle. Je n'ai aucun droit de simplement intervenir et prétendre qu'elle est mienne comme si je la méritais.

Mais je ne veux pas bouger non plus. Alors je reste assis là et je commence à divaguer.

Je lui dis à quel point je suis désolé pour tout ce que j'ai fait. Je lui dis combien je suis reconnaissant de l'avoir eue dans ma vie ces deux brèves semaines – comment elle m'a aidé à réaliser ce que je fais et à m'améliorer en tant que personne – mais je ne peux pas regretter quoi que ce soit qui m'a amené à la rencontrer. Par contre je regrette la façon dont j'ai géré la situation, et je regrette que nous n'ayons pas été en mesure d'avoir une vraie conversation. Et bien que je ne la mérite pas, ni ne m'attende à ce qu'elle me pardonne, je pense qu'elle mérite toute l'histoire, de façon à pouvoir correctement passer à autre chose suite à cette expérience.

Je lui dis ces choses même si elle ne peut pas m'entendre – même si ça n'a pas de sens. Je ne peux pas m'arrêter, les mots se déversant comme si j'avais le mal de mer. Ça vient encore et encore, malgré mes supplications intérieures, mon désir intérieur que ça cesse et que ça s'en aille.

Elle remue à côté de moi, et je crois entendre sa voix alors je fais une pause. Elle est plus forte cette fois-ci.

« Edward ? »

Le ton est plus clair qu'avant, mais je suppose qu'elle dort encore.

« Hmm ? » Je dis, principalement pour apaiser son esprit inconscient.

Elle se déplace un peu, et soudain je vois ses yeux bruns, sombres dans la faible lumière offerte par le lampadaire à l'extérieur.

« Que fais-tu ici, Edward ? »

J'ai bien hâte de voir ce qu'il va lui répondre.

À bientôt.

Milk