Les personnages de Twilight appartiennent à Stephenie Meyer, et l'auteure de cette histoire est mybluesky. Je ne suis que la traductrice...

Merci pour tous vos commentaires, et bonne lecture.

Chapitre 28

Deux semaines plus tôt…

EPOV

Je titube dans les W.C., chaque urinoir et cabine de toilettes m'apparaissant dans une brume opaque alors que j'essaye de traverser la pièce sans tomber. Le martèlement de la musique, étouffé derrière la porte fermée, peut encore être entendu à travers les minces cloisons. Je me penche contre le mur pendant que je me soulage, à la recherche de soutien pour m'empêcher de choir.

Au moment de me laver les mains, la porte de la salle de bain s'ouvre toute grande, laissant une vague de musique tapageuse s'infiltrer à l'intérieur. Je me tourne instinctivement, puis je cligne des yeux pour essayer d'éclaircir ma vue. Sûrement – y a foutrement pas de doute – que je suis en train d'halluciner.

Mais le nouveau venu se fend d'un large sourire en me voyant.

« Eh ben, si c'n'est pas ce putain d'Edward Cullen, » tonne-t-il. « Qu'est-ce que tu d'viens, mon pote ? »

Ses longs cheveux sont attachés en queue de cheval, et les manches de sa chemise sont retroussées très haut sur ses coudes. Son visage et la bordure de son col sont recouverts d'une mince pellicule de sueur.

Il s'arrête devant le lavabo et éclabousse son visage d'eau fraîche. Nous nous dévisageons dans le miroir, et je ressens immédiatement l'envie de lui envoyer mon poing quelque part, un sentiment alimenté par la quantité abondante d'alcool dans mon système.

« Je vais bien, James, » je réponds sèchement. Je ne me donne pas la peine de lui demander comment il va – je m'en fiche.

« Je ne te vois pas souvent ici, » continue-t-il. « T'es venu à la pêche ? »

Bon Dieu, il est vachement emmerdant. J'essuie mes mains avec des serviettes en papier, m'apprêtant à partir, et je l'ignore. Je peux déjà sentir mon visage chauffer.

Il n'arrête pas de parler, putain, comme si nous étions copains, me provoquant de manière délibérée. « T'auras sans doute pas beaucoup de veine ici, vieux. Y a rien d'autre que des petites bégueules dans le coin. En fait je viens d'apercevoir une de mes ex. Elle ne voulait pas coucher, même après trois putains de mois. » Il secoue la tête avec dédain et je roule des yeux. Est-ce vraiment surprenant qu'une fille ne veule pas coucher avec lui ? Je me sens instantanément désolé pour elle d'avoir eu à repousser ses avances.

« Peut-être que c'est toi et pas la fille, » j'observe avec fiel. Mes mots sont moins bien articulés que je ne le souhaiterais. « Je n'ai jamais eu ce problème. »

« Oh, tu l'aurais avec cette fille, mec. Crois-moi. J'ai sorti le grand jeu pendant trois mois. Foutue Bella Swan. » Il prononce son nom avec un dédain moqueur.

« Si tu le dis. »

« Je te parie que tu ne pourrais pas la baiser, mon frère. » Je déteste la façon dont il s'adresse à moi avec un tel naturel, comme si ça faisait des années que nous étions amis.

Nous avons été amis par le passé, mais tout juste, et c'est de l'histoire très ancienne. C'était avant que je réalise de quoi il était capable.

« Pas intéressé, » je marmonne, essayant de me faufiler devant lui. Il se déplace légèrement pour me bloquer le chemin.

« Y a sûrement quelque chose que tu veux, » insiste-t-il.

« Tu sais ce que je veux, James, » je dis, agacé. Je doute fort qu'il cédera à ma requête – pas pour un vulgaire pari de ce genre.

« Parfait, » répond-il illico. Mes yeux s'écarquillent, la pièce se met à tourner, et je me demande, encore une fois, si je suis en train d'halluciner ou de rêver.

Quelqu'un se racle la gorge derrière nous. Nous regardons tous les deux vers les cabines de toilettes et apercevons une paire de pieds sous l'une des portes.

Je tire James à l'extérieur des W.C. et je ferme la porte. C'est un peu plus bruyant ici, mais il fait sombre et ça nous offre un certain niveau d'intimité.

« Qu'est-ce que tu veux dire par 'Parfait' ? » Je demande avec scepticisme. « Sais-tu seulement de quoi je parle ? »

« Bien sûr que si, mec, » réplique-t-il. « Ça te montre à quel point je suis sûr que tu ne pourras pas te taper cette nana. »

« Je veux que tu laisses ma famille tranquille, » je poursuis, juste pour clarifier les choses. « Et Jasper aussi. Je veux que tu laisses tomber les accusations et que jamais plus tu ne me parles, ni à Jasper, ni à qui que ce soit dans la famille. En particulier Alice. »

Ma respiration s'accélère alors que l'adrénaline monte en flèche. Je peux sentir un martèlement derrière mes oreilles. Qu'il puisse consentir à cette merde, c'est carrément trop beau pour être vrai.

« D'accord, » dit-il d'une voix insensible. « Mais si je gagne, et que tu n'arrives pas à la mettre dans ton lit, alors je veux la moitié de ton entreprise. »

Pas. Question. Putain. De. Bordel.

« Tu te fous de ma gueule ou quoi ? » Je crache. Je me sens tanguer et j'agrippe à nouveau le mur pour me stabiliser.

« Qu'est-ce qui ne va pas, Cullen ? T'es plus aussi sûr de toi, hein ? »

Son visage est à quelques centimètres du mien, son haleine fétide viciant l'air autour de moi.

« Qu'est-ce que tu trames, James ? Pourquoi es-tu si plein d'assurance ? »

« J'ai joué à fond ma carte de séducteur avec elle, vieux. J'vois pas comment tu pourrais faire mieux que moi. »

« Comment est-ce que je peux être sûr que tu tiendras ta parole ? »

Il paraît offensé. « Ne m'insulte pas, mec. Je tiens toujours ma putain de parole. Tu le sais parfaitement. »

À l'heure actuelle, avec Alice et Jasper occupant toutes mes pensées, je ne peux pas vraiment me concentrer sur autre chose. James a toujours été partant pour un bon défi, et ceci est heureusement quelque chose que je peux contrôler.

Je peux le faire. Les filles se jettent constamment dans mes bras – même celles qui ne semblent pas perdre leurs moyens après un sourire irrésistible et quelques compliments.

Dans un geste imprécis je tends ma main, ignorant la façon dont la salle tourne autour de moi et le fait que James n'a pas l'air complètement lucide.

« Marché conclu. »

My mind is so messed up (Mon esprit est tellement confus)

Goin' round and round (Il tourne en rond)

Must there be all the colours (Doit-il y avoir toutes ces couleurs)

Without names, without sound, baby? (Sans nom, sans bruit, bébé ?)

My heart burns with feeling, but, (Mon cœur brûle avec émotion, mais,)

My mind, it's cold and reeling (Mon esprit, il est froid et chancelant)

Is this love baby, (Est-ce l'amour bébé,)

Or is it confusion? (Ou est-ce la confusion ?)

Retour au présent…

EPOV

La maison semble froide quand je rentre chez moi. L'endroit est sombre et lourd de solitude. C'est si anormalement calme que le bruit paraît déplacé lorsque j'allume la télévision. Je ne veux pas la regarder. Je veux seulement quelque chose pour combler ce vide autour de moi, pour donner la fausse impression qu'il y a des gens insouciants dans les parages ou bien des gens avec des problèmes pires que les miens. J'ai juste besoin de quelque chose pour m'assurer que la vie va toujours de l'avant, que je ne peux pas laisser un événement déplorable m'entraîner vers le fond.

Ou plutôt, plusieurs événements déplorables.

Mais je ne m'attarde pas là-dessus maintenant. Ça va seulement me décourager davantage, et je suis déjà dangereusement proche de m'effondrer telles que sont les choses actuellement.

J'envisage d'appeler Alice. Je compose le numéro sur mon téléphone et je reste là, imaginant sa voix et ses réactions en m'écoutant. Elle voudra tout savoir à partir du début, et je ne suis pas certain d'être prêt à le revivre une seconde fois ce soir.

Vêtu seulement de mon boxer, je m'assois sur mon lit pendant ce qui me semble des heures et des heures. Je fixe mon téléphone, mes contacts et mes numéros à l'intérieur, et je repense à tout ce que j'ai fait et tout ce qui s'est passé au cours des deux dernières semaines.

Finalement, j'éteins mon téléphone et le dépose sur ma table de chevet. Je me glisse sous les couvertures, mais je ne dors pas.

ooo

BPOV

La seule façon de garder Edward hors de mes pensées est de bosser plus dur, plus longtemps, et plus vite. Je m'immerge dans mon travail plus que jamais auparavant, m'arrêtant à peine pour déjeuner et ne prenant jamais de pauses. Mon patron est impressionné. Quelques-uns de mes collègues s'inquiètent à mon sujet tandis que d'autres soupçonnent que j'aie quelque chose à prouver.

Mais j'ignore leurs commérages. Je ne peux pas sortir une certaine personne de mon esprit assez longtemps pour me préoccuper de ce que les autres pensent de moi. Je me moque de ce qu'ils ont à dire.

Je n'ai pas de nouvelles d'Edward de tout le week-end. Je suis un peu déçue – chaque jour une petite part de moi espère trouver une note ou un quelconque simulacre de sa présence. Je veux une preuve concrète, en quelque sorte, que c'est vrai qu'il se soucie de moi.

Mais ça n'arrive pas avant lundi après-midi.

Lundi, en revenant de ma pause déjeuner, je trouve un énorme chat en peluche sur mon bureau. La chose est tellement grosse que ses quatre pattes, courtes et trapues, ne font que dépasser sur les côtés, chaque membre incapable de toucher l'autre ou même de s'en approcher, d'ailleurs.

Je ramasse l'animal en peluche. Il est noir et blanc, contrairement à Ursula, et il y a un petit billet plié et épinglé à l'une de ses pattes, sur lequel je lis :

Bonjour ma belle.

Je sais que tu veux un peu d'espace, mais j'ai vu ceci et ça m'a fait penser à toi.

Presque tout me fait penser à toi, mais je sais à quel point tu aimes les animaux bien nourris.

Emmett m'a expliqué la provenance d'Ursula. Merci de ne pas l'avoir emmenée chez moi.

Est-ce mal si j'admets que je pense constamment à toi ?

Je suis désolé pour tout. J'espère que tu ne me détesteras pas pour toujours.

Edward

Je serre l'animal en peluche dans ma main et je souris. Puis je l'installe sur mes genoux où il demeure jusqu'à la fin de ma journée de travail. Tout espoir d'oublier Edward vient officiellement d'être foutu.

ooo

Même si je sais que je ne devrais pas, j'envoie un bref texto à Edward en rentrant chez moi.

Merci pour le chat – B

Je m'agite impatiemment en attendant sa réponse, mais celle-ci arrive en un temps record.

Ça me fait plaisir. J'espère vraiment qu'il te plaît – E

Je reste là un moment, me demandant si je dois pousser la conversation plus loin. Je me demande si c'est une bonne idée de lui parler et d'être captivée par les mots d'un homme que je devrais probablement éviter.

Mais il est vraisemblablement encouragé par le fait que j'aie initié la conversation, car il m'envoie un autre message avant que je me sois décidée.

Tu vas bien ? – E

Mes entrailles palpitent quand je reçois son texto. Je réfléchis quelques secondes et je réponds.

Tout bien considéré, oui. Toi ? – B

Il lui faut un peu plus de temps pour répondre cette fois-ci.

J'ai connu mieux. Tu me manques vraiment – E

Je mords les jointures de ma main valide, excitée et appréhensive. Qu'est-ce que ça signifie ?

Oh, tout en lui me rend tellement confuse ! Je serre le chat en peluche dans une étreinte mortelle en essayant de comprendre le sens de ses mots.

Je tape ma réponse avant de pouvoir vraiment déterminer comment je me sens, mon engagement intérieur à être honnête retentissant très fort dans mes oreilles.

Tu me manques aussi – B

Bon Dieu, quel couple affligé nous formons. Comment nous sommes-nous enfoncés dans un tel bourbier ?

Je pense qu'il existe une bonne solution pour remédier à ça… – E

L'idée d'inviter Edward ici m'excite de toutes les façons imaginables. Mais suis-je prête pour ça ? Et lui ? Sommes-nous prêts à essayer de faire quelque chose de plus de la pagaille qui nous a réunis en premier lieu ?

Même si j'étais remise de tout ce qui s'est passé, et capable de tout lui pardonner, sommes-nous toujours prêts émotionnellement à être plus l'un pour l'autre que seulement des souvenirs et des leçons tirées ?

J'y réfléchis pendant plusieurs minutes. Mes mains tremblent, mon cœur me fait mal, et les mots que je lui envoie par la suite me donnent envie de pleurer.

Je suis désolée, Edward. J'ai juste besoin d'un peu plus de temps – B

Son texto suivant me surprend.

Je comprends. Je vais te donner tout le temps dont tu as besoin, Bella. S'il y a quelqu'un dans le monde qu'il vaut la peine d'attendre, c'est toi – E

ooo

Alice m'appelle le lendemain soir. Ça fait des jours que j'attendais ce coup de fil. En fait, secrètement je l'attendais avec impatience. Il semblerait que je m'accroche inconsciemment à n'importe quoi susceptible de me rappeler Edward, peu importe à quel point j'essaye de me convaincre que je ne veux pas penser à lui.

Penser à Edward fait mal, mais ça me rend heureuse aussi.

Je souris en répondant au téléphone, une expression tamisée par l'appréhension face à notre conversation imminente.

« Hé, Alice. »

« Oh Seigneur, Bella, » souffle-t-elle avec enthousiasme. « Dieu merci tu as répondu. »

« Pourquoi est-ce que je ne répondrais pas ? » Je demande, confuse.

« Je pensais que tu me détesterais ! » S'écrie-t-elle d'une voix angoissée. « Après ce que mon connard d'enfoiré de frangin t'a fait. Nous ne sommes pas vraiment apparentés, je le jure. Nos parents l'ont acheté pour cinq sous. »

Je pouffe de rire, me sentant à l'aise pour la première fois depuis des jours. Je connais à peine Alice, et pourtant ça fait trop longtemps que je n'ai pas entendu sa voix.

« Tu n'as pas à t'excuser pour lui, » je fais remarquer.

« Bien sûr que si, Bella. Tout ça est de ma faute. »

« Alice… »

« Et tu es sortie avec James ! Je ne peux pas y croire. Je me sens tellement mal pour toi ! »

« Il ne m'a jamais rien fait de si épouvantable, » je dis, tentant de l'apaiser. Je ne pense pas sincèrement que ce soit vrai. « Eh bien, à l'exception du pari… »

« Exactement ! Le pari. Il est tout simplement incapable de ficher la paix aux gens. »

« Je vais bien, Alice. Vraiment. Tu n'as pas à t'inquiéter. »

« Je sais, je sais. Tu peux prendre soin de toi. Je ne peux juste pas m'en empêcher. J'ai un peu vomi dans ma bouche quand j'ai entendu l'histoire. »

Je souris malgré le sujet de notre conversation.

« Je veux juste… Je veux juste… » Elle grogne dans le récepteur. « Que Dieu me pardonne, je ne devrais pas entretenir des pensées aussi terribles envers les gens, » dit-elle brusquement. « Même si ce sont des têtes de bites sans cœur qui méritent d'être castrées. » Après coup, elle s'empresse d'ajouter, « Je parle de James, pas d'Edward. »

« Oh. Ouais. C'est ce que j'avais présumé, » je réponds en vitesse.

« Mais je vais quand même botter le cul d'Edward la prochaine fois que je le verrai, » renchérit-elle.

« D'accord. » Quelque chose me dit qu'Edward peut se défendre lui-même. Ou alors c'est que je suis en train de devenir une garce sans pitié, car aucune part de moi ne craint réellement pour sa sécurité contre la minuscule Alice.

« Alors, quand vas-tu lui pardonner ? » Demande-t-elle, et je suis alarmée par le brusque changement de sujet.

« Excuse-moi ? » Je bafouille.

« Tu vas lui pardonner, n'est-ce pas ? » S'enquiert-elle anxieusement.

« Tu veux dire Edward ? »

« Évidemment, Bella. Qui d'autre ? Pas James ! »

« Eh bien oui. Pas James, évidemment, » je répète, surtout pour moi-même.

« Es-tu toujours fâchée contre lui ? » Poursuit-elle. « Il t'a présenté ses excuses, pas vrai ? C'est ce qu'il m'a dit. »

« Oui, Alice. Il l'a fait. »

« Vas-tu lui pardonner ? S'il te plaît, s'il te plaît, s'il te plaît, » supplie-t-elle. Son enthousiasme me laisse quelque peu perplexe.

« Quelle importance ? » Je me demande, mon ton un peu plus dur qu'auparavant.

Je veux lui pardonner. Plus qu'elle ne l'imagine probablement. Mais ce n'est pas si simple. Ce n'est pas aussi simple que de juste… le faire… de la façon qu'elle semble croire.

« Il se soucie de toi, Bella. Beaucoup. »

« Ah ouais ? » Je dis d'un ton cassant. Je ne peux pas croire que je sois si rude envers cette fille. Rien de tout ça n'est de sa faute. « Je suis désolée, Alice, » je m'excuse hâtivement.

« Ne le sois pas, » dit-elle rapidement, ne me laissant pas l'occasion de ramper à ses pieds. Elle ne semble pas offensée par mes paroles. « Tu as le droit d'être contrariée à ce sujet. Je ne devrais pas te mettre de pression. »

« Merci. »

Elle fait une pause.

« Oh, mais tu vas lui pardonner, hein ? » Continue-t-elle, incapable de se contrôler. Je gémis bruyamment.

« Alice ! »

« C'est un bon gars, Bella. Je le promets. Toute cette affaire de pari ne lui ressemble pas du tout. Je veux dire, il a commis sa part d'erreurs, mais qui n'en a pas fait ? Nous avons parlé de toi pendant longtemps. Il est très épris de toi, Bella. Et ce n'est pas arrivé depuis des années. »

« Pourquoi est-ce que ce n'est pas arrivé depuis des années ? » Je m'étonne, follement curieuse, ne m'attendant cependant pas à avoir une réponse.

« Je ne sais pas exactement, » dit-elle. Elle a l'air en conflit. « Edward ne m'en a jamais vraiment dit beaucoup à ce sujet. À propos de ce qui s'est passé. Mais ce que je sais… je ne suis même pas certaine que ce soit à moi de le raconter. »

« Ouais, eh bien, » je dis, mais je n'ai rien d'autre à ajouter. Elle a raison, ce n'est probablement pas à elle de me raconter ça. Et ce ne serait pas bien d'essayer de le lui soutirer en la faisant se sentir coupable.

« Je ne sais pas où je serais sans lui, » déclare-t-elle tranquillement. L'amour et l'adoration pour son frère sont évidents dans sa voix, malgré la colère qu'elle prétend éprouver.

« Je ne pense pas que c'est un mauvais gars, Alice, » je dis en toute honnêteté. « Je suis juste désorientée à propos de tout ça. À propos de ce que je ressens. »

« C'est compréhensible. Je ne veux pas te pousser à faire quelque chose que tu ne veux pas faire. C'est juste que… j'ai vu un changement en lui. Et ce soir, quand je lui ai parlé, c'était assez clair qu'il se soucie énormément de toi. »

Ça sonnerait tellement mieux venant d'Edward.

« Merci, Alice. J'ai juste besoin d'un peu plus de temps pour réfléchir à tout ça. Je ne déteste pas ton frère, cependant. Je ne le pourrais probablement pas, même si je le voulais. »

Elle reste silencieuse pendant un moment.

« Merci, Bella, » dit-elle finalement.

ooo

Je commence bientôt à recevoir un flot de cadeaux de la part d'Edward. Il est évident qu'il n'est plus soucieux de me donner l'espace dont j'ai besoin. À la place il est farouchement déterminé à faire en sorte que je n'oublie jamais qu'il pense à moi.

Et ce ne sont pas non plus des cadeaux ordinaires. Non. Des cadeaux ordinaires seraient trop faciles à expliquer à ceux qui lèvent des sourcils interrogateurs dans ma direction.

Le premier cadeau arrive dissimulé à l'intérieur d'une enveloppe de fantaisie, le nom Isabella Swan délicatement écrit sur le devant. Il y a un cœur dans le coin du papier et Kate, ma collègue de travail, présume immédiatement que ça vient de mon petit ami romantique qui avait répandu tous ces putains de jolis pétales de fleur sur ma voiture.

Elle se tient près de moi et n'arrête pas de lancer des 'oh' et des 'ah.'

« Qu'est-ce que c'est ? » Demande-t-elle sans vergogne. « Dépêche-toi de l'ouvrir ! »

Je déchire l'enveloppe, un tantinet nerveuse quant à son expéditeur, doutant quelque peu qu'il s'agisse même d'Edward. Tout ce que j'ai reçu jusqu'à présent est le gros chat en peluche, mais qui d'autre est-ce que ça serait ?

Une autre de mes collègues, Irina, est venue nous rejoindre. J'ouvre l'enveloppe pour en révéler le contenu et nous haletons toutes les trois à l'unisson.

Puis nous fixons ledit contenu, confuses.

Je suis la seule à connaître la signification de ce présent. Kate le prend de ma main et le met dans la lumière comme si elle cherchait à découvrir son message caché.

« Des leçons de scooter ? » Beugle-t-elle. « Pourquoi diable te payerait-il des leçons de scooter ? Sais-tu même comment conduire un scooter ? »

« Eh bien, c'est le but, pas vrai ? » Raille Irina. « Je parie qu'il veut qu'ils prennent des leçons ensemble. N'est-ce pas romantique ? »

Kate opine avec révérence, comme si elle comprenait enfin. « C'est si romantique, » s'anime-t-elle. « Pourquoi est-ce que Collin ne fait jamais ce genre de merde pour moi ? » S'interroge-t-elle vivement.

« Je sais, ça fait chier, pas vrai ? » Renchérit Irina. « Brady ne veut jamais faire des choses avec moi. Tout ce qu'il veut c'est s'affaler sur le canapé et jouer avec sa Xbox en regardant ESPN. Je pourrais danser à poil devant lui et il ne le remarquerait même pas ! Du moins pas avant la pause publicitaire. » Elles pouffent de rire toutes les deux.

Elles continuent de s'émerveiller pendant un moment au sujet de ma vie amoureuse oh combien romantique avant de finalement s'éloigner. Je plie le certificat cadeau avec soin et le range dans mon sac à main, incapable de contenir le petit sourire sur mes lèvres.

Mais ça ne s'arrête pas là.

Après le déjeuner, je reviens et je trouve une énorme boîte sur mon bureau. Elle est blanche, sans emballage. Il n'y a pas de carte ou de quelconque indication sur la façon dont elle est arrivée là.

Je soulève le couvercle pour révéler la plus grosse part de Tiramisu dans le monde.

Je mange goulûment tout le putain de dessert, puis je passe le reste de ma journée de travail avec ma poubelle à proximité, essayant désespérément de ne pas dégueuler.

Le lendemain, les cinq saisons de Lost disponibles en format DVD arrivent en coffret cadeau à ma porte avec un CD de la bande originale de Grease.

Je n'appelle pas Edward pour le remercier de m'avoir offert ces cadeaux. Je suis un peu dépassée, pour être honnête. Jamais personne ne m'a fait cadeau de choses aussi bizarres avant.

Mais chaque cadeau me fait sourire. Et je dors secrètement avec mon gros chat en peluche la nuit, l'étreignant très fort et souhaitant que ce soit un gros Edward à la place.

Le troisième jour est le plus mémorable. C'est un jour où je finis de travailler plus tôt, n'ayant rien d'autre à faire, et Rose me rejoint chez moi de manière à ce que je puisse me changer avant que nous sortions dîner et prendre un verre.

Je suis dans ma chambre quand quelqu'un frappe très fort à ma porte.

« Peux-tu aller voir ce que c'est, Rose ? » Je lui demande.

J'entends la porte s'ouvrir et des voix. Enfilant rapidement une blouse, je me dirige dans le séjour, stoppant dans mon élan en voyant la scène devant moi.

Il y a un grand type aux cheveux foncés du service de livraison UPS qui tient un gigantesque tapis enroulé sur lui-même en équilibre sur son épaule. Il parle à Rose, faisant une blague que je n'entends pas. Elle se tourne vers moi, alarmée.

« Alors est-ce que je devrais juste le laisser ici ? » Demande le livreur, et ce sont les premiers mots que j'arrive à capter. « Ou bien je peux l'étendre pour vous si vous le désirez. Vous n'avez qu'à me dire où vous voulez l'avoir. »

« Qu'est-ce que c'est ? » Je demande, confuse.

« Euh… un tapis. »

« Je n'ai pas commandé de tapis. »

Il le dépose en fronçant les sourcils et vérifie le bon de livraison sur sa tablette électronique, me récitant mon nom et mon adresse.

« Peut-être qu'il s'agit d'un cadeau, » suggère-t-il en guise d'explication. « Un cadeau d'anniversaire anticipé. »

« Son anniversaire est dans plusieurs mois, mais ça va aller, » s'interpose Rose avec autorité. « Vous n'avez qu'à le laisser là. Je suis sûre que nous pourrons nous débrouiller. »

« Très bien. J'ai besoin de votre signature, » dit-il. Je m'empresse de signer et de lui donner son congé.

Rose et moi regardons fixement le tapis pendant une minute. Il est encore roulé, enveloppé avec une sorte de ruban adhésif transparent pour l'empêcher de se défaire, et il est légèrement affaissé contre mon mur.

Rose parle la première. « Qui diable t'enverrait ceci ? »

Je hausse les épaules, bien que j'aie une petite idée de qui ça pourrait être. Qui d'autre m'a envoyé des cadeaux aléatoires toute la semaine ?

Mais un tapis ? Pourquoi ?

« Je n'en sais rien, » je mens. Elle s'approche du tapis et commence à déchirer la pellicule adhésive. « Qu'est-ce que tu fais ? »

« Je l'ouvre, » dit-elle, énonçant l'évidence. « Il faut au moins que nous voyions à quoi il ressemble. Zut, je n'arrive pas à le déchirer. Tu as un couteau ou quelque chose ? »

Je vais chercher des ciseaux dans la cuisine et nous réussissons à ouvrir et à étendre le tapis sur le plancher. Il est rouge et bleu foncé avec des fleurs et des motifs orientaux. Ce n'est absolument pas mon truc.

« Ça ne s'harmonise pas avec ton mobilier, » constate Rose en soupirant. « Est-ce encore un de ces cadeaux débiles de ta mère ? Ou peut-être de ton père. Il a un goût des plus douteux en matière de décoration intérieure. »

« Je ne sais pas, » je réponds, passant mes doigts sur l'étoffe. Quelque chose au sujet de cette carpette est juste tellement… familier. Je n'arrive pas à mettre le doigt dessus.

« Que vas-tu faire avec ça ? » Poursuit Rose. « Tu ne vas pas l'utiliser, hein ? Ça va détonner avec tout le reste ici. »

Tellement familier…

Et là ça me frappe de plein fouet.

« Je connais ce tapis, » je dis en soufflant.

Rose écarquille les yeux. « Vraiment ? Eh bien, qui te l'a envoyé ? »

« Ça vient du Big Lebowski. »

« Du quoi ? »

« Du film The Big Lebowski. »

Elle me dévisage, perplexe.

« Jésus Christ, Rose ! Je t'ai dit des milliers de fois de regarder ce film ! »

« Ça n'explique toujours pas qui te l'a envoyé. N'est-ce pas ? »

Je fixe la carpette et je débats si je devrais dire la vérité à Rose.

« Y a-t-il quelque chose que tu ne me dis pas, Bella ? » Demande-t-elle d'un ton accusateur. Je lève les yeux innocemment.

« Non… Eh bien, peut-être. »

« Vas-y ! »

« Je pense que ce tapis vient d'Edward, » je dis précipitamment. En premier ses yeux s'agrandissent légèrement de surprise, puis son expression de confusion réapparaît.

« Pourquoi diable t'enverrait-il un tapis ? Et ne le prends pas mal, Bella, mais ce n'est même pas un joli tapis. C'est le genre de carpette que ma grand-mère utiliserait pour mettre sous sa chaise à bascule dans sa salle de couture et de tricot. »

« Il n'est pas si mal que ça, » je rétorque défensivement, regardant le tapis avec un tout nouveau respect.

D'accord, il n'est pas très élégant, mais il a du… caractère. Et c'est une copie provenant de mon film préféré, ce qui le rend d'autant plus attrayant. Je l'aime bien. Et cela sans même parler du fait qu'il vient de la personne qui, de mon propre aveu, me manque plus que ce qui est probablement considéré comme sain.

« Pourquoi t'envoyer un tapis de toute façon ? Parmi toutes les options possibles ? N'a-t-il pas entendu parler des fleurs ? »

« Euh, n'as-tu pas vu ma cuisine ? On dirait une serre à l'abandon avec toutes les fleurs fanées, » je réponds, faisant référence aux dizaines de bouquets qu'il m'a envoyés la semaine dernière. Elle regarde en direction de mon pseudo jardin en train de mourir et s'assouplit.

« D'accord, mais pourquoi pas des chocolats ? Une carte ? Un ours en peluche ? Quelque chose ! Passer des fleurs à un tapis surdimensionné n'est pas très traditionnel. »

Je soupire, puis j'entreprends de lui énumérer tous les cadeaux non-traditionnels que j'ai reçus. Elle salue l'initiative d'Edward de m'offrir des leçons de scooter, prétendant que ça va sans doute sauver plusieurs vies dans le futur si je suis à nouveau frappée d'un accès de bêtise, et elle va même jusqu'à sourire à la mention des DVDs et du Tiramisu.

« Tiramisu : l'accès au cœur de n'importe quelle femme, » songe-t-elle.

Je ne suis pas d'accord, ayant l'impression que je ne serai plus jamais capable de manger ce truc après mon épisode de boulimie irrationnel d'hier après-midi, mais elle est absorbée dans ses pensées de toute façon.

« Mais pourquoi le tapis ? » S'enquiert-elle, et je lui explique que nous avons regardé le film ensemble le jour où j'ai rencontré ses parents. Ce souvenir ramène un sourire à mes lèvres.

« Alors, est-ce que tu as parlé avec lui ? » Se demande-t-elle.

« Je lui ai parlé plus tôt cette semaine, mais seulement par l'intermédiaire de textos, » j'avoue. « Je l'ai remercié pour le premier cadeau. Mais j'ai comme évité de lui parler depuis lors. »

Rose m'observe pendant un moment. « Ne souhaites-tu pas lui parler ? »

« Tu sais ce que je ressens à ce sujet, Rose. »

« Est-ce vraiment ce que tu ressens ? Ou bien est-ce uniquement ce que tu penses que tu devrais ressentir ? »

« Comment te sentirais-tu ? » Je questionne, de nouveau sur la défensive.

« Je serais vexée, » répond-elle en vitesse. « Et contrariée. Mais je ne sais pas. Il avait un motif honorable, et bien qu'il aurait dû gérer ses affaires d'une façon plus appropriée, plus mature, je ne crois pas que tu puisses vraiment lui reprocher d'avoir fait une erreur. Ce n'est pas comme s'il t'avait forcée ou quoi que ce soit. Et tu as tes torts toi aussi, car tu étais au courant de toute la chose et tu as quand même joué le jeu afin d'obtenir ce que tu voulais. »

« Exactement. Nous n'avons rien fait à part nous servir l'un de l'autre pour parvenir à nos fins, » je dis avec amertume.

« Oui, c'est vrai. Mais vous avez tous les deux appris de cette expérience, et en fait vous en êtes venus à vous aimer mutuellement malgré tout ça. Ça ne t'apportera rien de bon d'être rancunière et de lui en vouloir jusqu'à la fin de tes jours, Bella. Vous méritez tous les deux une seconde chance. Il est prêt à t'en donner une, alors peut-être que tu pourrais envisager de faire la même chose. Tu sais… remettre le compteur à zéro. »

Je regarde Rose, la crainte et l'hésitation écrites sur mon visage. Je touche le tapis, sentant le tissu rêche sous mes doigts, et les fibres grossières me réconfortent.

« Tu penses vraiment que je devrais ? » Je me demande.

« Bien sûr, Bella. Sors avec lui à quelques occasions. Apprends à connaître le véritable Edward, et laisse-le apprendre à connaître la véritable Bella. Et si tu n'aimes pas où ça s'en va, ou que les choses sont encore bizarres, eh bien… je ne sais pas… tu pourras larguer son cul pour de bon cette fois. »

Elle me sourit gentiment, et je sais que c'est pour me donner de l'espoir et de l'assurance. Je me sens déjà comme si un poids énorme avait été enlevé de mes épaules.

J'étreins Rose, la prenant au dépourvu. Je suis juste si vachement heureuse, tout à coup, que je ne peux pas me retenir.

J'aime vraiment cette garce parfois.

ooo

Je reçois un autre cadeau le lendemain. Il est livré à mon travail dans une autre enveloppe de fantaisie, mais, heureusement, Kate et Irina ne la voient pas cette fois-ci.

Je l'ouvre sous mon bureau, en secret, et je dois mordre ma lèvre pour ne pas rire.

À l'intérieur se trouve une photo polaroïd d'une tête de lit – une nouvelle tête de lit, à en juger par le poème écrit derrière. Il s'intitule Ode à une Nouvelle Tête de Lit.

O, pour une nouvelle tête de lit ! Résistante comme l'acier,

Des chênes les plus beaux et des nœuds les plus riches,

Indestructible comme le plus audacieux, le plus grand arbre,

Aulne, hêtre, et bouleau jaune !

O pour un bûcheron, de faire la planche la plus solide,

Que je puisse dormir, et laisser le monde invisible à mes yeux,

Et avec toi disparaître dans ces rêves merveilleux

Je décide de suivre les conseils de Rose et d'au moins parler à Edward. Ce n'est pas comme si je vais signer un contrat. Je ne vais pas commettre de péché irrévocable en ayant un rancard avec lui – je peux toujours changer d'avis si les choses sont tendues ou que je n'ai pas confiance en ses motifs.

Mais ma décision n'est pas entièrement influencée par Rose. En fait c'est une conversation que j'ai avec Emmett qui me convainc vraiment que je suis sans doute en train de faire le bon choix.

Grâce à Rose et à son clapet qu'elle est incapable de garder fermé, il m'appelle dès le jour suivant.

« Alors, j'ai entendu dire que quelqu'un va bientôt avoir de bouillantes réconciliations sur l'oreiller, » dit-il joyeusement dans le téléphone. J'halète bruyamment, n'en croyant pas mes oreilles.

« Pas du tout ! Est-ce que Rose a dit ça ? » Je demande.

« Qui a dit que je parlais de toi ? »

« De qui parles-tu, alors ? »

« Je me paye juste un peu ta gueule, Bells. Évidemment que je parle de toi ! Mais tu dois quand même admettre que tu avais l'air un peu coupable, là. Y a-t-il quelque chose que tu voudrais partager avec moi ? »

« Emmett ! » Je me renfrogne. « Je n'ai rien à te dire. Je jure que Rose et toi, vous potinez encore plus qu'une paire de vieilles dames. »

« Hé, nous ne faisons que maintenir nos amis sur la bonne voie, » dit-il défensivement. « Alors, tu lui as parlé ? »

« Pourquoi ne pas le lui demander ? » Je raille sans réfléchir. « Non, attends – ne lui parle pas de moi ! » Je m'empresse de rectifier.

« Moi ? Parler de toi à Edward ? » Demande-t-il innocemment.

« Emmett, je ne sais pas ce qui me retient de… »

« T'énerve pas comme ça, Bella. Je n'ai pas parlé de toi à Edward de toute la journée. »

Je soupire. Cet homme est impossible.

« Voulais-tu réellement quelque chose, Emmett ? » Je demande avec brusquerie. « Je suis pas mal occupée en ce moment. »

Je ne suis pas vraiment occupée. En fait je suis installée quelque part en sous-vêtements, et j'écris des histoires débiles sur mon ordinateur portable en me délectant d'un demi-litre de Ben & Jerry's. Mais il ne le sait pas.

« Oui, absolument. Je veux savoir pourquoi tu ne lui as pas encore parlé. »

« À Edward ? »

« Qui d'autre ? »

« J'ai mes raisons, » je réponds hautainement.

En fait j'ai décidé de me donner trois jours de plus avant de le contacter. Ce sont trois jours supplémentaires pour réfléchir et m'assurer que je prends la bonne décision en poursuivant ce… peu importe ce que c'est.

Je ne l'ai pas encore remercié pour tous ses cadeaux. Je suis consciente que ça peut avoir l'air un peu vache, mais dans cet état d'esprit, un texto inoffensif conduirait sans doute à d'autres textos pas si inoffensifs, ce qui me conduirait probablement à l'inviter chez moi ou à accepter de le rencontrer quelque part. Et cela détruirait mon plan initial d'attendre trois jours.

Je suis si faible. C'est pourquoi je suis assise ici, seule, dans mon petit terrier de lapin avec du chocolat et des histoires imaginaires. Rien ne peut me faire de mal ici.

« Je vois, » dit-il pensivement, bien que je puisse seulement imaginer à quoi il pense en ce moment.

« Qu'est-ce que ça peut te faire ? »

« Alors est-ce que tu as toujours l'intention de lui parler ? » Demande-t-il, ignorant complètement ma question.

« J'ai juste… Je veux dire… oui, je pense. Crois-tu que de devrais ? Tu le connais mieux que moi… »

« Bella, j'ai comme… eh bien… à peu près cinquante mots pour toi, » répond-il, ce qui provoque mon hilarité. « Mais oui, je crois que tu devrais. Edward est un bon gars malgré cette merde. Je ne l'ai pas vu se soucier réellement d'une fille depuis Dieu sait combien de temps. Il ne t'enverrait pas toutes ces bizarreries s'il n'essayait pas d'avoir ton attention. Il veut soit que tu lui dises d'aller au diable, ou bien que tu l'appelles et essayes d'être gentille. »

« Tous ces trucs qu'il m'a envoyés, est-ce que c'était ton idée ? » Je me demande, méfiante tout à coup.

« Pff. Est-ce que tu plaisantes ? Un tapis, Bella ? Sérieusement ? »

Je ris. J'aime secrètement mon tapis. Et mon gros chat en peluche. Et je suis sûre qu'un jour je serai heureuse de pouvoir conduire un scooter le long de la marina sans manquer d'y laisser ma peau.

« J'aime mon tapis, » je dis tranquillement.

« Exactement. C'est pourquoi tu devrais l'appeler. Sérieusement, Bella. Il est dans un état lamentable à force d'obséder à ce sujet. »

« Pourquoi ? Pourquoi même est-ce qu'il m'aime ? » Je demande avec sérieux. « Je lui ai menti. »

« Pourquoi est-ce que tu l'aimes ? Parce que lui aussi t'a menti, » fait-il remarquer.

« C'est une bonne question, » je songe en plaisantant. Bon d'accord, je suis un peu sérieuse.

« Fais-le, Bella. C'est mon conseil. Je suis d'accord avec Rose. Et comme elle le dit, rien n'est gravé dans le marbre. Vous vous donnez simplement une deuxième chance pour voir où ça ira. »

J'hésite.

« Si tu ne l'aimais pas, je n'insisterais pas comme je le fais, » continue Emmett. « Mais bon Dieu de merde, je ne peux pas vous regarder vous morfondre tous les deux pendant encore longtemps sans devenir fou. Et je ne plaisante pas, d'accord ? Ce n'est pas correct. Pour l'amour de Dieu, mets fin à mon supplice. S'il te plaît. »

C'est cette conversation qui me donne le courage d'envoyer le texto.

J'ai les nerfs à fleur de peau au moment d'appuyer sur la touche 'envoyer.' J'ai trop peur de l'appeler – je me sens trop mal à l'aise et incertaine de ce qu'il va dire et de comment je vais réagir. Je sais que ça semble stupide, mais je me sens plus sûre si je commence petit.

Merci pour les cadeaux. Ils étaient… uniques – B

Je me promène dans l'appartement en tripotant mon téléphone, me demandant si mon message pourrait être mal interprété d'une façon ou d'une autre. Mais il semble aller droit au but.

Je suis un tel paquet de nerfs que lorsqu'il répond, je fais un bond de près de trente centimètres en l'air.

Il n'y a pas de quoi, Bella. J'espère que tu ne les as pas trouvés offensants. Je voulais juste te faire sourire – E

Je sens un malaise même dans ses mots imprimés. Est-il possible qu'il se sente aussi nerveux que moi ?

Eh bien, mission accomplie. Merci – B

Je n'en dis pas plus, songeant que lui laisser prendre l'initiative n'est que simple politesse de ma part. Il peut continuer notre conversation, ou bien nous pouvons mettre fin à ce jeu torride une fois pour toutes.

Mon cœur se met tout à coup à battre follement. J'espère qu'il choisira la première option – pourquoi diable devrais-je m'en remettre à lui ? Mais ce n'est pas comme si je voulais poursuivre quelque chose qu'il ne considère pas digne d'être poursuivi. Peut-être qu'il m'a envoyé tous ces cadeaux parce qu'il se sentait mal au sujet du pari.

Mais Emmett et Alice ont dit qu'il m'aime, et il s'agit de son meilleur ami et de sa sœur. Ça compte sûrement pour quelque chose.

J'ai l'impression d'attendre sa réponse pendant une éternité, bien qu'en réalité il s'écoule probablement seulement une trentaine de secondes avant que je ne reçoive celle-ci. Mais ce sont trente secondes de pure agonie.

Comment vas-tu ? – E

Je pousse un soupir de soulagement. Mon pouls ralentit.

Je vais bien. Et toi ? – B

Comme ci comme ça. Le travail me tient pas mal occupé – E

Alice m'a appelée l'autre jour – B

J'espère qu'elle ne t'a pas importunée. Qu'est-ce qu'elle t'a dit ? – E

Rien à quoi je ne m'attendais pas. Elle ne m'embête jamais – B

Bien. Je ne veux pas que tu sois accablée par tout ce gâchis – E

Tu veux dire comme recevoir tous les jours d'étranges cadeaux aléatoires qui amènent les gens à poser des questions bizarres ? – B

Je vais arrêter si ça te dérange. Ce n'est pas ce que j'essayais de faire – E

Je ne veux pas lui dire d'arrêter, mais je ne veux pas non plus lui dire de ne pas arrêter. Je change de sujet.

Ma conversation avec Alice s'est plutôt bien passée, en fait. Elle t'aime vraiment, tu sais. Elle sait à quel point elle a de la veine de t'avoir comme frère – B

Merci, Bella. Ça signifie beaucoup pour moi – E

C'est la vérité – B

Je suis désolé que tu sois allée seule au mariage. Je voulais vraiment t'y emmener – E

Ça n'a plus d'importance. Ça m'est égal de faire cavalier seul – B

Tu ne devrais jamais avoir à être seule. Tu mérites quelqu'un qui va t'adorer jour et nuit. Quelqu'un qui ne te mentira jamais et qui te traitera comme la personne extraordinaire que tu es – E

C'est gentil de ta part, Edward. Mais les choses ne sont pas aussi simples – B

Pourquoi pas ? – E

Parce qu'il faut qu'il y ait une personne spéciale quelque part dans le monde qui m'aime autant que ça – B

J'attends plusieurs minutes, mais sa réponse ne vient pas. C'est un peu décourageant.

Cinq minutes plus tard, on frappe à la porte. Mon estomac se retourne tellement je suis excitée alors que je me précipite pour répondre, mais je me dis que c'est probablement seulement Rose ou le type de UPS avec une autre livraison farfelue.

Mais j'ouvre la porte en grand, et j'aperçois Edward dans toute sa glorieuse beauté, les cheveux en bataille, les yeux brillants, une apparition qui rendrait gaga n'importe quelle femme. Je saisis le cadre de la porte, de peur de me lancer sur lui. Ça fait beaucoup trop longtemps que je n'ai pas vu son visage si beau.

Il joue nerveusement avec son téléphone avant de le glisser finalement dans sa poche. Ses yeux ne quittent jamais les miens, et pendant un moment nous ne faisons rien d'autre que nous regarder.

« Il y a quelqu'un comme ça, Bella, » dit-il, faisant gonfler mon cœur. Je mords anxieusement ma lèvre. « Est-ce qu'on peut parler ? »

Vous voyez, je vous l'avais bien dit que les choses s'arrangeraient entre eux :0)

À bientôt

Milk