Les personnages de Twilight appartiennent à Stephenie Meyer, et l'auteure de cette histoire est mybluesky. Je ne suis que la traductrice...

Merci pour tous vos commentaires, et bonne lecture.

Chapitre 29

EPOV

La semaine toute entière est un véritable enfer.

Par chance le travail me tient affairé un jour ou deux, mais ce n'est pas suffisant pour garder cette fille hors de mon esprit. Je pense constamment à elle. Même quand j'essaye de concentrer mon énergie sur autre chose, mes pensées semblent toujours dériver vers le même endroit – l'odeur de ses cheveux, la douceur de sa peau et de ses lèvres, la façon dont ses yeux marron paraissent briller quand elle est heureuse. Elle a même quelques petits sourcils de travers sur l'arcade sourcilière gauche – une chose insignifiante, vraiment – mais même cette minuscule caractéristique m'a hanté pendant son absence.

Je suis obsédé. Totalement, pathétiquement, douloureusement obsédé.

Je tente d'appeler Alice, mais la première fois elle ne répond pas. Quand finalement elle me rappelle, elle est tellement pressée que je suis incapable de lui révéler la tempête merdique qui s'est abattue sur ma vie au cours de la dernière semaine.

« Oh, Edward, c'est bon de t'entendre ! » Dit-elle.

« Toi aussi, Alice. As-tu un moment pour parler ? »

« Oh, j'aimerais bien, mais j'ai déjà quinze minutes de retard pour aller retrouver Jasper et quelques amis pour prendre un verre. Est-ce que je peux te rappeler quand nous aurons fini ? »

Ai-je vraiment le choix ? Je ne tiens pas à gâcher sa soirée.

« Sûr, Alice. Mais n'oublie pas, d'accord ? »

« Ne sois pas ridicule, Edward. Évidemment que je n'oublierai pas. »

Mais elle ne me rappelle pas.

Le matin suivant, elle laisse ce qui ressemble à un message de quelqu'un qui a une horrible gueule de bois sur ma boîte vocale pendant que je suis en réunion. Il provient du numéro de Jasper. Elle dit quelque chose qui sonne comme : 'putain de vodka-orange' et 'stupides cabines aux serrures brisées,' et 'de ma poche arrière et plouf, directement dans les toilettes.' Ensuite elle gémit un peu parce qu'elle doit mettre sa main dans l'eau des toilettes pour récupérer son téléphone portable – ils ne voulaient pas laisser Jasper entrer dans les WC des dames, apparemment – avant de promettre d'appeler aussitôt qu'elle en aura acheté un nouveau.

Je me sens agité au travail. C'est une journée monotone ; je prends ma pause déjeuner tôt et je décide d'aller manger quelque part plutôt que de demander à mon assistante de m'apporter quelque chose. Il y a un delicatessen au centre-ville, et je me gare à proximité, espérant qu'une petite marche au grand air m'éclaircira les idées.

En passant devant une petite boutique, quelque chose attire mon regard. Dans la vitrine, exposé parmi divers vêtements pour femmes taille-plus, trône un gros chat en peluche noir et blanc avec des pattes dodues qui dépassent de chaque côté. Il n'est pas identique à Ursula, mais la ressemblance est quand même troublante.

Emmett m'a révélé à contrecœur la véritable origine d'Ursula le soir où j'ai quitté l'appartement de Rose. Cette partie ne m'a pas vraiment étonné ; la participation d'Emmett dans toute cette affaire, par contre, si.

« Tu savais ? » Ai-je sifflé après lui. « Et tu l'as aidée ? »

« Je te l'ai déjà dit avant, mec. Rose et moi, on se dit tout. Si elle le sait, alors je le sais. »

« Tu n'avais pas besoin de l'encourager, quand même ! » Ai-je lancé avec colère. « Tu lui as pratiquement donné les munitions. »

Il y a réfléchi pendant une seconde. « Ouais, je suppose que c'est tout comme, » a-t-il concédé sans vergogne.

À ce stade-là j'étais épuisé émotionnellement et je n'avais plus l'énergie pour argumenter.

« Peu importe, vieux. J'espère que ça en valait le coup. » J'ai secoué la tête et me suis retourné pour m'en aller, mais il s'est empressé d'attraper mon épaule et de me retourner vers lui.

« Tu t'es toujours comporté envers les femmes comme si elles ne signifiaient rien, » a-t-il dit le plus sérieusement du monde. « Considère ceci comme une intervention amicale. »

« Je ne sais pas de quoi tu parles, Em. Je n'ai jamais ouvertement manqué de respect envers les femmes. »

Eh bien, sauf envers Bella, mais je ne l'ai pas dit.

« Oh ? Alors les femmes dans les bars que tu as baisées… Comment tu appelles ça ? »

« Ça n'arrive pas si souvent que ça, et c'est leur idée ! La rouquine m'a invité chez elle. Elle essayait pratiquement de m'astiquer le manche au beau milieu du club. Tu ne peux pas me dire que les filles qui couchent avec des hommes qu'elles connaissent depuis une demi-heure à peine s'attendent à recevoir des fleurs et des demandes en mariage. Elles savent dans quoi elles s'embarquent, Emmett. »

Ceci est tout à fait vrai. J'ai couché avec Lauren à maintes reprises, mais les femmes rencontrées au hasard – les femmes dont je ne me rappelle pas les noms – sont peu nombreuses et espacées dans le temps. Mais je ne peux pas mentir et dire que je n'ai jamais fait de choses stupides en état d'ébriété. C'est tellement loin de la vérité que la simple idée est comique.

Emmett a soupiré. « Ouais, mais quand même. »

La dispute a pris fin, et après cette nuit-là nous avons continué comme si rien ne s'était jamais passé entre nous.

Maintenant je me tiens devant la vitrine et je regarde le chat depuis ce qui me semble une éternité. Je suis pas mal sûr qu'Ursula a fait plus de dommage au bien-être émotionnel de Bella qu'elle n'en a jamais fait au mien. Mais Bella n'a jamais essayé de l'emmener chez moi, et pour cette raison j'ose espérer que peut-être elle commençait à éprouver des remords pour ses actions. Peut-être qu'elle savait que nous avions tous les deux mené cette absurdité trop loin.

J'entre dans la boutique. Une clochette tinte après la poignée de porte, alertant plusieurs femmes de ma présence. Je suis le seul homme dans le magasin et je me sens instantanément hors de mon élément.

« Puis-je vous aider ? » Me demande une vendeuse. Elle zieute mes vêtements de travail – une chemise ajustée et boutonnée avec des pantalons élégants et une cravate – et je suis sûr qu'elle présume que je suis un homme friqué qui fait les boutiques pour quelqu'un d'autre. Ce qui est vrai.

« Oui, je veux acheter le chat dans la vitrine, » je dis, déjà en train de pêcher mon portefeuille dans ma poche arrière. Elle paraît confuse.

« Le chat ? »

« S'il vous plaît. »

« C'est un article qui fait partie de l'étalage, Monsieur, » dit-elle patiemment. Elle m'adresse un petit sourire. « Il n'est pas à vendre. Nous vendons des vêtements et des accessoires ici. Peut-être que je peux vous montrer autre chose ? »

Jésus Christ. Je n'ai vraiment pas beaucoup de temps pour argumenter à ce sujet si je veux me rendre au bureau de Bella avant la fin de sa pause déjeuner.

« Je vais vous donner cent dollars pour l'avoir, » je dis vivement.

« Monsieur- »

« Deux cent. »

« Mais Monsieur- »

« Quatre cent dollars, » je dis impatiemment, sortant quatre billets de mon portefeuille et les lui tendant. Ses yeux luisent pendant une seconde avant qu'elle ne les prenne.

« Très bien, Monsieur. Il est à vous. Passez une bonne journée. »

J'attrape le chat en sortant. C'est une petite chose hideuse, ses yeux globuleux saillant de son visage trop rembourré, mais je ne considère pas avoir gaspillé mon argent. J'achète une carte au magasin Hallmark de l'autre côté de la rue et je me précipite à Seattle avec mes nouveaux achats.

Elle n'est pas là quand j'arrive. Je suis simultanément déçu et soulagé, mais son absence me donne l'occasion de laisser le chat tout en lui donnant, je l'espère, l'espace qu'elle demande.

Bella m'envoie un texto ce soir-là pour me remercier pour le chat. Chaque mot venant d'elle fait courir l'adrénaline dans mes veines. Je regarde fixement chaque message, espérant et priant pour que le prochain soit la déclaration décisive. J'espère de façon irrationnelle qu'elle me pardonnera – ou du moins qu'elle essayera – et qu'elle mentionnera éventuellement vouloir me revoir dans le futur.

Mais ce n'est pas le cas. Elle demande plus de temps, plus d'espace, ce qui me fait gémir dans le silence de mon living-room.

Il est évident que c'est de temps qu'elle a besoin, et je suis prêt à attendre mille vies pour son pardon. Et cette réalisation – le simple fait que soudainement j'investisse tellement en pensée, en soins et en persistance envers une personne – est terrifiante de la plus gratifiante des façons, et je décide que je n'y renoncerais pas même si on m'offrait le monde en échange.

Il y a si longtemps que je ne me suis pas senti ainsi. C'est à la fois horrifiant et fantastique, réconfortant et douloureux. Je veux m'arracher les cheveux et demander pardon et – il est vrai – voir Bella nue tout à la fois. Je suis incapable de donner un sens à l'essaim d'émotions trop accablantes.

Je vais donner son espace à Bella. Peut-être que c'est ce dont elle a vraiment besoin. Peut-être que je la pousse et l'éloigne de moi quand je l'importune.

Je ne doute pas de cette conclusion jusqu'à ce qu'Alice m'appelle.

Il est tôt dans la soirée et je viens juste de rentrer chez moi, après avoir évité un autre appel de Lauren et la culpabilité subséquente qu'elle m'aurait fait ressentir pour avoir subitement coupé les ponts entre nous. Quand je réponds, Alice commence instantanément à pérorer avec enthousiasme au sujet de son nouveau téléphone cellulaire.

« Tu devrais le voir, Edward ! Il est doté d'un écran tactile et d'un clavier qwerty, et je peux écouter de la musique et accéder à ma boîte de messages – même le courrier interne de mon école – et je peux aller sur Facebook et YouTube et gérer mon compte bancaire, et faire à peu près n'importe quoi dont j'ai envie ! »

Un épisode de statique interfère avec ses mots. « Je ne t'entends pas bien, Alice, » je dis.

« Ouais, il a fallu que je change de fournisseur de service pour avoir le téléphone, » dit-elle, une légère pointe de mépris dans la voix. « La réception est un peu merdique ici. Attends, je vais me mettre près de la fenêtre. »

« Je vois, » je dis pensivement. Cette conversation sur le ton de la légèreté a le mérite d'offrir une distraction bienvenue, me mettant plus à l'aise alors que j'anticipe la conversation éreintante à venir. « Donc au fond, tu peux tout faire dessus sauf effectivement appeler les gens ? »

« Je peux appeler les gens ! » S'exclame-t-elle, outrée. « Je t'ai appelé, n'est-ce pas ? Et j'obtiens un meilleur service à l'extérieur. »

« Ah ouais, bien sûr, » je dis malicieusement. Elle soupire bruyamment et je l'imagine en train de rouler des yeux.

« Alors quoi de neuf ? » Demande-t-elle mine de rien, déplaçant le sens de la conversation. Mon pouls augmente à la seule pensée de ce que je m'apprête à dire. Sans attendre ma réponse, elle ajoute, « Comment va Bella ? »

C'est comme si mon cœur avait coulé à pic tout au fond de mon estomac. Je déteste avoir à rapporter cette nouvelle.

« Nous ne nous voyons plus, » je réponds finalement. Ce sont des mots prudents, appréhensifs d'une explosion imminente.

Cependant elle demeure silencieuse. Je commence à m'inquiéter, mais elle parle enfin, très lentement. « Hein ? Pourquoi ? »

Son ton est incrédule et accusateur. Elle me blâme déjà.

« C'est une longue histoire, » je dis en soupirant. « Mais en fait, ça a beaucoup à voir avec toi. Il faut que je te parle de certaines choses. »

« Ça a beaucoup à voir avec moi ? » Glapit-elle. « Tout ce que j'ai fait c'est de dire à quel point elle était géniale ! Tu ne peux pas me blâmer pour ça ! Qu'as-tu fait au juste, Edward Anthony Masen !? »

Je grimace à son soudain haussement de voix, sans parler du fait qu'elle a employé mon ancien nom de famille.

Je décide qu'il est préférable de simplement me purger de cette information en une seule fois. Avant que je puisse m'attarder sur les répercussions de ce que je suis sur le point de dire, je commence à relater mon histoire, depuis le début, et j'inclus tous les détails sordides, aussi minimes soient-ils. J'ignore ses hoquets de surprise et ses petites exclamations entre mes phrases ; j'ignore son silence au bout du fil quand je lui révèle que Bella était au courant du pari pendant tout ce temps là.

J'ignore tout ça parce que sinon, je ne serai pas en mesure de terminer.

Lorsque j'ai fini mon récit, je laisse un silence traîner dans la foulée de ma confession. Je peux entendre du grésillement sur la ligne, indiquant qu'elle n'a pas raccroché, mais autrement je suis désorienté.

J'imagine qu'elle se demande par où commencer. Le pari ? La gageure ? Mes échanges avec James ? Le fait que Bella savait ? J'ai l'impression qu'une vie s'est écoulée avant de finalement perdre mon sang-froid et briser le silence.

« Alice ? Est-ce que ça va ? »

« Je… » Hésite-t-elle. « Non, ça ne va pas, » dit-elle enfin. « Pourquoi as-tu fait ça, Edward ? »

Je gémis. « Je ne sais pas. »

« Je veux dire, je crois que je comprends pourquoi tu l'as fait, » poursuit-elle comme si je n'avais pas parlé. « Je veux dire, ça signifie vraiment beaucoup pour moi que tu te fasses autant de soucis. Et que tu veuilles aider Jasper. Mais pourquoi as-tu parié ton entreprise ? Carlisle et toi avez construit cette société à partir de zéro. Je sais que ça vous aurait terrassés tous les deux de la voir passer aux mains d'un sac à merde comme James. Ça m'aurait terrassée. »

Elle a raison. Je n'ai même pas besoin d'approuver verbalement, parce que la vérité dans ses paroles saute aux yeux.

« Et Bella ? Elle ne méritait rien de tout ça, » dit-elle tristement. « C'est une personne si gentille. Et j'avais juste… J'avais ce pressentiment à propos de vous deux. Je sais que tu continues à penser que je suis un peu barjo, mais mes pressentiments s'avèrent toujours exacts. Ils le sont, tout simplement. Mais ceci est juste… je ne sais pas… c'est tellement merdique ! »

Elle semble sincèrement bouleversée à propos de cette histoire. Bien que je ne lui dévoile pas comment je me sens, ses émotions sont en fait l'image miroir des miennes.

Si Bella et moi nous étions rencontrés dans des circonstances différentes, les choses auraient été tout simplement… bien. Elles auraient été normales, et peut-être qu'elle serait avec moi ce soir au lieu de demander du temps et de l'espace et sans doute même songer à ne plus jamais me revoir.

Mais est-ce que je lui aurais donné l'occasion de me connaître aussi bien sans le pari ? Je l'aurais repoussée dès le premier soupçon d'attachement que j'aurais ressenti, affolé et sans raison secrète de la garder dans mon entourage. Et est-ce qu'on se serait même rencontrés ? Je n'aborde jamais les femmes dans les bars. Je bois quelques verres, et les femmes ont l'habitude de se glisser à mes côtés pour un brin de conversation et de drague. Je doute fortement que Bella aurait été une de ces femmes.

« Je le sais, » je dis d'un ton morose. « Je suis désolé. J'aimais vraiment Bella, aussi. »

« Ah bon ? » Demande-t-elle avec espoir.

« Oui, » je réponds, espérant exprimer chaque once d'honnêteté que je peux dans ce seul mot. « Je l'aime beaucoup, Alice. Je n'ai pas arrêté de penser à elle depuis cette dégringolade. Elle m'obsède. Je n'en peux plus. »

Me confier à ma sœur – à la seule personne qui me comprend vraiment et ne me jugera pas – fait réellement du bien.

« Alors pourquoi me présentes-tu des excuses ? Il faut que tu parles à Bella ! »

« J'ai essayé, Alice. Elle ne veut plus l'entendre. Elle veut de l'espace. »

Alice halète à l'autre bout du fil. Pendant un moment je me demande si j'ai dit une connerie.

« Est-ce que tu lui donnes de l'espace ? » S'enquiert-elle. Je suis soulagé de constater que j'aie pu effectivement faire quelque chose selon les règles.

« Oui, oui. Bien sûr, » je m'empresse de confirmer.

« Non ! » S'écrie-t-elle, me faisant sursauter de surprise. « Elle ne veut pas d'espace ! Bon Dieu, les hommes sont si bêtes ! »

Son explosion subite m'alarme. « Qu'est-ce que tu racontes ? »

« Qu'as-tu fait pour elle ? Des fleurs ? Une carte ? Des poèmes ? Sculpté une statue de glace commémorant ton amour ? »

Maintenant je suis complètement désorienté. « Je lui ai envoyé des fleurs, » je dis, quelque peu sur la défensive. « Mais c'était avant qu'elle ne me parle. Et quand nous avons parlé, je lui ai promis de la laisser tranquille si c'est ce qu'elle attendait de moi – que tout ce que je voulais c'était m'expliquer. »

« Tu ne lui as rien envoyé depuis lors ? » Demande-t-elle, consternée.

« J'ai, euh… J'ai déniché un chat en peluche et je l'ai mis sur son bureau à son travail hier. Elle n'était pas là. »

Alors que je prononce ces mots à voix haute, je réalise que ma petite tentative de contact était en fait assez pathétique. À vrai dire il est probable qu'elle n'ait même pas aimé le chat – il était hideux, nul doute à ce sujet. Et là une pensée horrible me traverse l'esprit.

Mon Dieu, pourvu que je ne l'aie pas offensée !

Avant que je puisse exprimer quelque crainte que ce soit, Alice demande, « Un chat ? Pourquoi un chat ? »

« Oh, euh… Elle gardait le chat d'un ami d'Emmett. Le chat en peluche m'a juste fait penser à elle. C'était probablement une idée stupide- »

Alice interrompt mon radotage.

« Non, non. Ça me plaît. Tu as raison, c'est très prévenant de ta part. Tu dois lui envoyer plus de choses. »

Je ne comprends toujours pas. « Tu es sûre ? Elle a dit qu'elle avait besoin d'espace… »

« Si tu lui donnes de l'espace, elle va croire que tu ne te soucies pas d'elle ! Tu ne veux pas qu'elle croie ça, n'est-ce pas ? »

« Non… »

« Bon, écoute-moi. Tu dois continuer à te montrer attentionné. Les filles aiment ça. Alors dis-moi un truc à son sujet. »

Merde. Soudainement je n'arrive plus à penser à quoi que ce soit. C'est comme si mon cerveau tout entier était saisi d'horreur d'être mis sur la sellette.

Puis une pensée me revient.

« Elle aime le film The Big Lebowski. »

« Parfait ! Donne-lui quelque chose en rapport avec le film. Peut-être un CD de la bande originale si le film contient de la bonne musique, ou une photo dédicacée de l'un des acteurs. Quoi d'autre ? »

« Hum… elle m'a fait un Tiramisu une fois. »

« Bon Dieu, j'adore le Tiramisu ! » S'enthousiasme-t-elle. « Tu devrais lui en envoyer une part à son travail durant sa pause déjeuner ! Et à moi aussi, pendant que tu y es ! »

Je ris sans retenue, parce que ça fait des jours que je ne me suis pas senti aussi léger. Avant de parler à Alice, l'énorme poids sur mes épaules était écrasant. Maintenant il est plus facile à gérer, et peut-être que dans un monde parfait, le plan d'Alice va fonctionner et que je serai complètement libéré du poids.

Je mets son plan à exécution dès le lendemain. Je commence petit, choisissant quelque chose de simple. Je demande à mon assistante de lui faire parvenir un certificat cadeau pour des leçons de scooter à son bureau et je prie pour qu'elle saisisse l'humour dans le cadeau.

Pour le déjeuner, j'envoie le traiteur livrer une part de Tiramisu à son travail.

Elle ne me contacte pas. Je n'ai aucune indication qu'elle a bien reçu mes présents, malgré l'empressement de Jane à m'assurer qu'elle a déposé le certificat cadeau sur son bureau elle-même.

Le jour suivant, je fais livrer les coffrets DVD de toutes les saisons de Lost à son appartement, incapable de me souvenir lesquels elle possède déjà, et je lui envoie aussi un CD de la BO de Grease. Je me retiens de les lui livrer en personne, voulant donner à Bella l'option de me contacter la première.

C'est-à-dire, si jamais elle choisit de me contacter, parce qu'une fois de plus je ne reçois rien d'elle.

Mercredi, je reçois une confirmation que la réplique du tapis du Big Lebowski a été livrée à son appartement et qu'elle a signé pour en prendre possession. Je suis réconforté de savoir qu'elle reçoit effectivement mes cadeaux, mais le fait qu'elle ne me contacte pas pour manifester sa gratitude est décourageant.

Jeudi, je quitte le travail tôt avec l'idée d'un autre cadeau. Je prends une photo polaroïd de ma tête de lit de remplacement et j'écris un poème ridicule à l'arrière de ladite photo – quelque chose qui, j'espère, attirera son attention et la fera sourire. Je vais la porter à son travail en personne et demande à la secrétaire d'aller la mettre sur son bureau.

Lorsque j'ai terminé, je rentre chez moi à Olympia. Je suis déconcerté par le fait que j'ai pratiquement épuisé ma réserve d'idées cadeaux attentionnés, mais j'essaye de ne pas m'y attarder pour le moment. J'ai juste besoin de me vider un peu la tête. J'ai besoin de décompresser après le choc émotionnel que toute cette semaine m'a offert.

Le lendemain, après le travail, je reprends le chemin de ma maison à Seattle, débattant durant tout le trajet sur la possibilité de simplement me pointer à l'appartement de Bella et lui demander de reconnaître mes efforts. Ça semble désespéré et démuni, et quelque chose susceptible de la pousser plus loin encore, pourtant Alice a insisté en arguant que les filles sont plus disposées à l'égard de ce genre de persistance.

« Ce genre d'attention est romantique, » m'a-t-elle dit.

Je jongle à travers mon raisonnement, clés en main, sur le point de partir à tout instant. Mais la seule idée me rend nerveux. Je ne suis toujours pas sûr.

Peut-être que je devrais cesser de trop réfléchir.

Mon téléphone émet un bip alors que je me dirige vers la porte. Je m'arrête sur le porche pour vérifier le message.

Merci pour les cadeaux. Ils étaient… uniques – B

Mes entrailles se serrent. C'est ce que j'ai espéré toute la semaine, et maintenant je suis terrifié à l'idée que c'est tout ce que je vais avoir.

Il n'y a pas de quoi, Bella. J'espère que tu ne les as pas trouvés offensants. Je voulais juste te faire sourire – E

Je me sens ridicule aussitôt que j'ai envoyé le message. J'ai finalement un prétexte pour lui parler et ce n'est pas ça que je voulais lui dire.

Eh bien, mission accomplie. Merci – B

Et je souris, éprouvant un grand soulagement de savoir que je l'ai fait sourire.

Comment vas-tu ? – E

Je me sens brave et je ne suis pas prêt à voir notre conversation prendre fin. Sans y réfléchir davantage, je saute dans ma voiture et j'accélère dans l'allée, poussant un soupir de soulagement quand Bella répond à mon texto sans m'envoyer valser.

Nous commençons à échanger des messages. Je lui réponds aux feux rouges et aux signes de stop, et je tape même une réponse maladroite tout en conduisant. Je sais que c'est dangereux – et ce n'est pas un truc que je fais habituellement – mais je suis incapable de rester à l'écart, que ce soit en personne ou par l'intermédiaire des mots.

Alors que j'approche de son complexe d'appartements, notre conversation devient plus intime. Je prie qu'elle soit chez elle.

Je suis désolé que tu sois allée seule au mariage. Je voulais vraiment t'y emmener – E

Ça n'a plus d'importance. Ça m'est égal de faire cavalier seul – B

Tu ne devrais jamais avoir à être seule. Tu mérites quelqu'un qui va t'adorer jour et nuit. Quelqu'un qui ne te mentira jamais et qui te traitera comme la personne extraordinaire que tu es – E

C'est gentil de ta part, Edward. Mais les choses ne sont pas aussi simples – B

Pourquoi pas ? – E

Parce qu'il faut qu'il y ait une personne spéciale quelque part dans le monde qui m'aime autant que ça – B

Son estimation est presque risible. Il n'y a personne quelque part dans le monde qui pense qu'elle est extraordinaire ? Personne qui l'aime ? Je veux être cette personne pour elle, je le veux tellement que ça en est terrifiant, mais j'avance, incapable d'arrêter cette force qui me conduit à son domicile. À elle. Elle a réveillé des sentiments que je n'ai pas éprouvés depuis des lustres. Rien que penser à elle me donne l'impression de renaître, comme une personne complètement différente.

Dès ce moment, personne ne travaillera jamais plus fort que moi pour la mériter.

J'ai l'impression que seulement quelques secondes se sont écoulées avant de me retrouver devant sa porte. Mes paumes sont moites, ma respiration peu profonde. Je sais qu'elle est chez elle parce que j'ai vu sa voiture à l'extérieur, mais ça ne fait rien pour apaiser la panique grandissante que je commence à ressentir.

Je prends quelques grandes respirations dans un effort pour me calmer. Quand je sens que je suis aussi posé que je pourrai jamais l'être, je frappe à sa porte.

Il ne s'écoule que quelques secondes avant que j'entende des pas précipités à l'intérieur. Pendant un bref moment, je crains qu'elle ne me voie par le judas et me demande de partir.

Mais la peur est de courte durée car la porte s'ouvre toute grande.

Bella est là, les yeux écarquillés, se mordant lentement la lèvre en m'évaluant. Elle semble plus étonnée que fâchée, ce qui me donne un soupçon d'espoir.

Nous nous regardons pendant un moment. Je sais qu'il faut que je parle, mais je dois admettre que j'ai la trouille. Finalement, je glisse mon téléphone dans ma poche et je commence.

« Il y a quelqu'un comme ça, Bella, » je lui dis. Elle déglutit, ses yeux ne quittant jamais les miens. « Est-ce qu'on peut parler ? »

Acquiesçant lentement, elle se déplace de côté pour que je puisse entrer.

Je retiens un soupir de soulagement et fais un pas à l'intérieur, sa cuisine attirant instantanément mon regard. Elle est encombrée d'une multitude de vases de fleurs fanées, la faisant ressembler au décor pour une soirée dînatoire sous le thème de la série culte Tales from the Crypt. Bella suit mon regard et rougit furieusement.

« Tu aurais dû me dire que tu t'en venais ici, » me réprimande-t-elle. « Je m'apprêtais à jeter ces fleurs, je n'ai pas été beaucoup à la maison ces derniers temps. »

Je la regarde – je la regarde vraiment, enfin – et je vois ses cheveux en désordre, ses joues roses sans fard, et le tee-shirt surdimensionné de Superman qui lui arrive à mi-cuisse. Je peux voir ses mamelons à travers le tissu et je suis presque certain qu'elle ne porte pas de soutien-gorge.

Elle est absolument foutrement magnifique dans cette tenue.

Mon pantalon devient serré tout à coup et je détourne le regard, tentant désespérément de combattre ces sentiments lubriques que j'éprouve envers la femme devant moi. Je n'arrive pas à croire à quel point je suis inapproprié et je maudis silencieusement le manque total de tact de ma bite.

Mais une fois encore, Bella a suivi mon regard. Elle baisse les yeux et les plante vivement dans les miens à nouveau.

« Euh, je vais juste… attends… connerie de merde. » Elle se précipite dans sa chambre et hors de ma vue, me laissant seul près de la porte d'entrée. J'en profite pour rassembler mes esprits et m'ajuster.

Elle revient quelques minutes plus tard dans une paire de pantalon de pyjama. Ils sont loin d'être aussi sexy que ses jambes nues, mais c'est aussi bien si nous voulons avoir une conversation sérieuse. Je suis également pas ma sûr qu'elle a mis un soutien-gorge, ce qui est un peu décevant.

Elle se tient nerveusement devant moi, à un ou deux mètres de distance, et elle paraît encore embarrassée.

« Désolée, » marmonne-t-elle. « J'étais un peu distraite par… j'ai juste… Oublie ça. »

Je n'ai jamais ressenti une telle attirance pour une femme de toute ma vie. Vacillant dans ce désir, je secoue la tête et lui adresse un sourire aimable.

« Ne t'inquiète pas pour ça, Bella. »

Elle hoche rapidement la tête, éliminant efficacement toute discussion sur le sujet.

« Euh, aimerais-tu un verre ou quelque chose ? » Offre-t-elle.

« Non ça va. »

« Tu veux t'asseoir ? »

Je jette un coup d'œil à son salon. Le tapis n'est pas en vue et je fronce les sourcils en me demandant si elle l'a flanqué dehors.

« Bien sûr, » je dis finalement, me sentant beaucoup moins confiant qu'avant. Non pas que je me sois senti très sûr de moi au départ.

Elle s'assoit la première et je m'accapare l'autre extrémité du sofa, ne voulant pas m'imposer dans son espace personnel. Je me penche vers l'avant et tords mes mains ensemble, notant que leur moiteur ne semble pas vouloir s'en aller.

Je suis foutrement nerveux. Bella n'a pas l'air beaucoup mieux, mais pour une raison quelconque je prends ça comme un signe de mauvais augure. Une lente respiration vacille en s'échappant de son corps.

« Alors, » commence-t-elle, apparemment impatiente que la conversation débute. « De quoi voulais-tu parler ? »

Elle regarde ses mains en parlant, triturant et tripotant n'importe quoi pour se donner une contenance.

Je soupire, passant une main frustrée dans mes cheveux. Je n'ai pas la moindre idée de ce que je dois dire ni par où commencer. Mais elle me dévisage, ses yeux éloquents me mettant de la pression, attendant que je me livre. Et je ne laisserais jamais, au grand jamais, cette opportunité me filer entre les doigts.

« Je veux te parler de nous, » je débute finalement.

« Nous ? » Sa réponse est faible, et je sais ce qu'elle pense – il n'y a pas de nous.

Il n'y en a jamais eu. Pas vraiment.

Je frotte mon visage à deux mains, dans l'espoir d'effacer une partie de cette nervosité et de cette confusion. Mais tout ce que je réussis à faire c'est répandre la transpiration de mes paumes sur mon front.

« Oui, nous, » je continue. « Je veux qu'il y ait un nous. Je t'aime beaucoup, Bella. Je me soucie de toi. Je n'arrête pas de penser à toi. Je sais que notre situation est un foutoir, mais j'aime vraiment la personne que j'ai appris à connaître ces deux dernières semaines. Tu m'as fait rire, tu m'as rendu anxieux comme c'est pas possible, et tu m'as rendu… je ne sais pas… différent. Et j'aime la personne que je suis grâce à toi. »

Bella ne me regarde pas. Elle fixe un point devant elle, le front plissé d'anxiété, les yeux brillants. Elle tord ses mains frénétiquement sur ses genoux.

« Maintenant que le pari est terminé et derrière nous, je veux juste… je ne sais pas. Je veux repartir à zéro. Je veux apprendre à te connaître vraiment, pas seulement ce que tu as choisi de me dévoiler parce que tu ne me faisais pas confiance. Je veux que tu me fasses confiance. Je veux avoir l'occasion de gagner ta confiance, et je veux la mériter. Je suppose que ce que je veux dire c'est que… je veux essayer à nouveau. »

Elle se tourne vers moi, des larmes d'une sincérité déconcertante jaillissant de ses yeux. Je veux tendre la main et les essuyer, mais je n'ose pas.

« Je t'aime beaucoup aussi, » murmure-t-elle finalement, et j'ai l'impression de décoller de la terre ferme. Je ne peux empêcher le sourire idiot qui se propage sur mon visage. Je me sens soudainement plus léger que jamais au cours des derniers jours.

« Mais, » poursuit-elle, et je sens mes espoirs sombrer tout aussi rapidement. Je redoute d'entendre ses prochaines paroles. « Penses-tu vraiment que ce soit une bonne idée ? Depuis que nous nous connaissons – tout n'a été que mensonges ! Et ce que je t'ai fait… Comment peux-tu même continuer à m'aimer ? »

Elle lève les yeux vers moi, désespérée et confuse.

« Tu as raison, c'était un début difficile, » j'approuve. « Quant à demander pourquoi je t'aime ? Tu es belle, intelligente et drôle. Tu es forte et tu sais te défendre. Tu fais un Tiramisu d'enfer, » je plaisante, dans l'espoir d'alléger un peu la situation.

Elle renâcle à cette plaisanterie, ce qui sonne vaguement comme si elle s'étouffait avec ses pleurs, alors j'ignore sa réaction et je m'empresse de continuer.

« Tu te fiches de ce que les gens pensent de toi et tu t'entends bien avec mon meilleur ami, » je dis. « De plus, tu m'as donné une raison de me procurer une nouvelle tête de lit, ce que j'avais l'intention de faire depuis une éternité de toute façon. »

Elle détourne les yeux, l'air honteux, et je suis instantanément navré pour avoir fait une blague aussi bancale.

« Non, Bella ! Je suis désolé. Regarde-moi. » Je mets instinctivement ma main sur sa joue, tournant sa tête pour qu'elle rencontre à nouveau mon regard, et je suis surpris de voir qu'elle ne se dérobe pas.

« Je n'aurais pas dû dire ça, » je m'excuse prestement.

Elle secoue la tête. « Ce n'est pas ta faute. C'est moi qui l'ai fait. Je suis… je suis désolée. »

« Tu es pardonnée, » je dis rapidement. « C'est fini. Terminé. De l'eau a coulé sous les ponts depuis. C'est comme si ce n'était jamais arrivé – ça m'est égal que nous n'en parlions plus jamais. Ou bien nous pouvons en parler si tu le souhaites, » je me dépêche d'ajouter.

Elle me sourit faiblement puis se penche pour attraper un kleenex sur sa table d'appoint. Elle commence à sécher son visage et à essuyer son nez.

« Crois-tu que tu seras en mesure de me pardonner un jour pour avoir fait le pari ? » Je demande nerveusement. Une part de moi ne veut pas entendre la réponse, trop terrifiée par ce qu'elle va révéler.

Mais elle me regarde, ses grands yeux marron ne montrant rien d'autre que la plus complète franchise.

« C'est déjà fait. »

Je m'envole encore une fois, plus exalté que jamais. Notre conversation ne se passe pas comme je l'avais prévu, mais de toutes les façons que je l'avais espéré.

« Mais je suis simplement inquiète, Edward, » ajoute-t-elle promptement. « Je veux te faire confiance… »

« Tu le peux, Bella ! Je jure sur tout ce qui m'est le plus cher que je ne vais pas refaire la même erreur. Laisse-moi te le prouver. »

Elle renifle, et je peux dire qu'elle n'est pas convaincue.

« Demande-moi tout ce que tu veux, » je dis. « N'importe quoi. Et je te dirai ce que tu veux savoir. Pas de mensonges, pas de secrets. Juste toi et moi nous faisant mutuellement confiance. »

Bella ne dit rien. À la place, elle semble déchirée. Cinq secondes de plus et je vais me jeter à ses genoux et me mettre à plat ventre.

« S'il te plaît, Bella. Je te supplie de me croire. Je ne prendrai plus jamais part à ce genre de connerie. Je veux seulement une chance de recommencer et faire mes preuves. »

« Alors dis-moi quelque chose à propos de toi, » me pousse-t-elle. L'air coupable, elle précise, « Je ne sais pas quoi te demander. »

Réfléchissant en vitesse, je fouille pour trouver un truc à moitié décent à lui raconter.

« Je jouais au baseball à l'école secondaire, » je lui dis, incapable de trouver mieux. « Quelqu'un a frappé un amorti pendant que je me trouvais juste derrière. La balle a rebondi et je l'ai reçue en pleine tronche. Ça m'a cogné deux dents, alors il y a deux dents dans ma bouche qui ne sont pas vraies. »

Elle soupire et baisse les yeux sur ses mains une fois de plus.

Putain. Je savais que cette histoire de dents était stupide, je me blâme mentalement. Mais alors elle me surprend.

« Qu'est-il arrivé à tes parents ? » Sa voix est calme, circonspecte. Presque immédiatement, ses yeux paniqués dardent les miens.

J'inspire profondément. Je ne pensais pas avoir à parler de ça ce soir, mais je ne peux pas lui reprocher de vouloir savoir. Comment puis-je m'attendre à ce qu'elle me fasse confiance si je continue à lui cacher des pans de ma vie ?

Ça fait mal d'y penser, mais je prendrais n'importe quelle quantité de douleur, émotionnelle ou physique, si ça signifie que Bella me donnera la seconde chance que je réclame si désespérément.

« Ils sont morts, Bella. Ma… ma mère a été assassinée. Mon père est décédé de problèmes de santé. »

Je reste aussi détaché que possible, ne voulant pas que ceci devienne autre chose que la reconquête de Bella. Elle tripote son tee-shirt, une partie du logo de Superman qui se désagrège, et hoche la tête.

Je ne sais pas si elle veut que j'élabore. Je débats mentalement avec moi-même, tentant de décider si je tiens à plonger dans cette histoire maintenant. Je le ferai certainement si c'est ce qu'elle veut, mais je ne veux pas me mettre dans cette situation sans certitude.

Mais elle met fin à mon calvaire.

« Tu n'as pas à me parler de ça maintenant, Edward. Je sais que c'est difficile pour toi. Mais un jour, s'il y a vraiment un… nous… alors j'aimerais réellement tout savoir sur toi. Mais j'aimerais le mériter aussi. »

Elle me regarde timidement, son front plissé d'inquiétude comme si elle avait peur d'avoir dit quelque chose de blessant. Mais ses mots ne pourraient pas me rendre plus heureux.

« Absolument, Bella, » j'approuve. « Je le promets. Tout ce que tu voudras savoir. »

Elle sourit, plus aucune trace de larmes sur son visage, et je suis tellement soulagé que je pourrais chanter.

Me sentant plus léger que je ne l'ai été depuis très longtemps, je cherche la confirmation dans ses paroles. « Alors tu vas nous donner une chance ? »

Elle fait signe que oui, mordant sa lèvre pour dissimuler son propre sourire. « J'aimerais ça, » dit-elle. « Mais, je pense vraiment que nous devrions procéder lentement. Tu sais, pour essayer de faire les choses… comme il faut. »

Je m'empresse d'acquiescer, prêt à tout accepter à ce stade. « Tout ce que tu voudras. »

Les secondes passent. Je ne sais pas trop quoi dire à présent. Après l'ampleur de la conversation que nous venons d'avoir, je ne pense pas qu'une plaisanterie ou une autre discussion approfondie soient appropriées.

Finalement je jette un coup d'œil à l'horloge et juge qu'il serait temps pour elle de se reposer un peu. Je ne veux pas éterniser ma visite, d'autant plus qu'elle insiste pour que nous ne précipitions pas les choses.

Je frotte mes mains contre mon pantalon, leur moiteur ayant enfin disparu, et je demande, « Alors, est-ce que je peux t'appeler demain ? »

Elle sourit. « Bien sûr, Edward. »

Je me lève, me préparant à partir. Bella semble vouloir se joindre à moi, alors je lui tends la main pour l'aider à se lever.

« Je devrais probablement y aller, » je soupire, baissant les yeux vers elle. Une mèche de cheveux tombe sur son visage et je veux l'écarter, la toucher de toutes les façons que je le peux, mais je suis terrifié à l'éventualité d'outrepasser mes limites. J'ai reçu un cadeau et je ne veux pas gâcher les choses.

Elle opine solennellement. Je peux dire qu'elle n'est pas contente, mais elle ne me demande pas de rester.

Elle me suit jusqu'à la porte. Je songe à une dizaine de manières de la quitter pour la nuit – un simple au revoir, un baiser sur la joue, un baiser sur les lèvres, une étreinte. Toutes ces choses semblent appropriées et offensantes en même temps, me laissant confus et sur le qui vive devant sa porte.

Je me racle la gorge. Le bruit semble affecté dans le silence.

« Merci pour cette conversation, Bella, » je dis avec sincérité.

Elle essuie son nez une dernière fois et me sourit.

« Merci de… tu sais… de faire l'effort, » répond-elle.

Ainsi donc Alice avait raison.

« Tu en vaux la peine, » je lui affirme. Comme je me tourne pour partir, elle touche soudainement mon épaule, me stoppant dans mon mouvement.

« Alors nous pouvons vraiment faire tout ce que je veux, hein ? » Demande-t-elle, sa voix taquine mais timide. Ça pique instantanément ma curiosité.

« Tout ce que tu veux, » je souffle.

Elle mordille sa lèvre inférieure. « Un baiser pour me souhaiter bonne nuit ? »

Quelqu'un est définitivement de mon côté ce soir. Mais est-ce vraiment ce qui s'appelle prendre les choses lentement ? Et est-ce que ça m'importe ?

Bien sûr que non. C'était sa règle, pas la mienne.

Je me penche pour presser doucement mes lèvres contre les siennes, ne sachant pas trop ce qu'elle attend vraiment de ce genre de baiser. Mais ce doux baiser conduit à un autre, puis un autre, et tout à coup sa langue est dans ma bouche et ses doigts sont dans mes cheveux, tirant avec insouciance alors que chaque parcelle de frustration refoulée et de convoitise est libérée dans ce seul acte.

Lorsque nous nous séparons, elle me pousse gentiment vers la porte, me donnant un dernier baiser léger sur les lèvres en guise d'au revoir. Je reste planté là tout seul, tirant mes cheveux de pur étonnement. Je déteste l'idée de partir, mais j'ai déjà accompli tant de choses en cette seule nuit que je sens qu'il est préférable que je rentre chez moi maintenant et que je m'estime heureux.

Mais à mi-chemin dans l'escalier, je ne peux plus résister. Je remonte les marches quatre à quatre et me précipite à son appartement, frappant avec tapage et impatience.

Elle ouvre la porte, son expression un mélange de confusion et de curiosité.

« Qu'est-ce qui ne va pas ? » Demande-t-elle, inquiète.

« Rien, rien, » je réponds en vitesse, espérant apaiser ses craintes. « C'est juste que… je n'ai pas encore dîné et je me demandais si… tu sais… si peut-être tu voudrais te joindre à moi ? »

Elle ouvre la porte un peu plus et s'appuie contre le cadre. « Tu veux dire un rancard ? »

« Eh bien, oui, » je dis. « Si tu veux que ça en soit un. Ou ça pourrait simplement être deux personnes qui mangent ensemble. »

Tout ce que tu veux, tant que tu es avec moi.

Elle touche ses cheveux en désordre et semble considérer mon offre.

« Je suis dans un état désastreux, » dit-elle avec exaspération. « Veux-tu vraiment sortir avec moi, là maintenant ? »

« Bella, je ne crois pas que tu aies jamais été aussi foutrement belle de toute ta vie. Bien sûr que je veux sortir avec toi. »

Son visage s'anime avec un des plus grands sourires que j'aie jamais vus.

« Très bien, » accepte-t-elle finalement, se dirigeant déjà vers sa chambre. J'aperçois ses jambes nues et m'étonne du fait que pendant les quelques trente secondes où je suis parti elle ait quand même trouvé le temps de retirer son pantalon de pyjama. Sa voix me parvient de sa chambre alors qu'elle ajoute, « Mais il faut au moins que j'enfile un pantalon. »

Allez, plus que cinq chapitres pour boucler la boucle...

À bientôt

Milk