Les personnages de Twilight appartiennent à Stephenie Meyer, et l'auteure de cette histoire est mybluesky. Je ne suis que la traductrice...

Merci pour tous vos commentaires, et bonne lecture.

Chapitre 33

BPOV

Je suis excitée à l'idée de voir Edward. J'ai été séparée de lui seulement une journée, et il me manque déjà à me rendre dingue. Pathétique, je sais.

Il a offert de venir chez moi, mais je lui ai dit que je voulais travailler sur mon compte rendu. J'étais enthousiaste à ce sujet, et déterminée à passer chaque temps libre à l'écrire jusqu'à ce qu'il soit fini. Mais sans sa présence ici, tout semble juste… aigre. Et j'arrive encore moins à me concentrer que lorsqu'il touche ma peau ou embrasse mon épaule.

Je décide de lui faire une surprise en me rendant chez lui, mais j'éprouve un sentiment d'angoisse qui s'intensifie à mesure que j'approche de sa maison. Je n'arrive pas à mettre le doigt dessus, mais je sais que ça a quelque chose à voir avec l'horrible BMW toute lustrée garée dans son allée. Je n'ai jamais vu cette voiture avant, mais qu'importe. Mon instinct me dit de ne pas l'aimer. Donc je ne l'aime pas.

J'hésite dans son allée. Je pense à partir, j'imagine le pire et j'ai des envies de fuir. Mais nous avons travaillé si dur sur tout ce que nous avons gagné durant la semaine qui vient de passer. Il a travaillé dur pour gagner ma confiance, et le moins que je puisse faire c'est de frapper à sa porte pour voir ce qui se passe.

Je tergiverse devant la porte. Je dois rester plantée là pendant un bon cinq minutes, réfléchissant et culpabilisant à outrance. Mes mains pèsent du plomb : trop lourdes pour s'élever, trop lourdes pour frapper. J'essaye d'écouter les sons provenant de l'intérieur – peut-être des gémissements, ou des cris, ou quelque chose. Mais ça aurait sans doute lieu dans la chambre à coucher, à moins qu'ils ne soient en train de le faire sur la table de la cuisine. Et l'idée qu'il se tape quelqu'un d'autre sur la table de la cuisine me donne la nausée. Même s'il ne s'agit pas de la même table.

Putain, qu'est-ce que je raconte ? Edward est peut-être là avec un mec. Ça pourrait être Emmett, pour tout ce que j'en sais. Peut-être qu'Emmett s'est acheté une nouvelle bagnole et que je ne suis pas au courant.

Mais je ne lève toujours pas ma main. Je ne frappe toujours pas.

Et soudain la porte s'ouvre.

Une fille est là sur le seuil. Elle est très belle. Grande, élégante, à la mode. Ses dents sont vraiment blanches. Trop blanches. Et elle se tient beaucoup trop près d'Edward, qui a l'air un peu horrifié de me voir ici. Son expression n'augure rien de bon pour mon insécurité face à la situation, et je commence à me dandiner sur place, mes yeux voyageant de l'un à l'autre.

La fille parle la première. Elle se présente et semble ravie de me rencontrer. Ravie et aimable, mais un peu triste aussi. Et il s'agit de Lauren.

Lauren. J'ai envie de vomir. Je ne la connais pas, mais elle connaît Edward, et elle a trop vu de lui. J'ai presque envie de lui crever les yeux de sorte qu'elle ne soit plus jamais en mesure de voir une seule partie de son splendide corps, mais ça ne semble pas vraiment un motif légitime à fournir à la police. Qui plus est, on peut toujours baiser quelqu'un en étant aveugle, ce qui signifie que si je me fais arrêter, je devrais probablement faire les choses correctement. Mais j'ai malheureusement juré dans ma jeunesse que jamais je ne tuerais personne, aussi déplaisante que puisse être cette personne.

Il y a aussi cette petite clause concernant la confiance que je dois avoir en Edward. Et la maturité dont je dois faire preuve. Dans cette optique, agresser Lauren serait probablement une mauvaise idée, parce que ça me ferait paraître à la fois ombrageuse et immature.

Merde.

Lauren est très gentille avec moi, je ne peux rien lui repprocher. Quand elle s'en va, Edward me tire à l'intérieur, totalement anéanti émotionnellement. Il est sérieusement affligé vis-à-vis ce qui vient de se passer, et je l'évalue rapidement alors qu'il se confond en excuses. Il n'a pas l'odeur caractéristique de quelqu'un qui vient de baiser. Ses lèvres ne sont pas gonflées. Il n'y a pas de traces de rouge à lèvres, et pourtant Lauren était incontestablement très lourdement fardée. Ses vêtements ne sont pas froissés – ils sont plus soignés que les miens, en fait, mais ce n'est pas vraiment si étrange que ça, parce que je le soupçonne d'ordonner aux employés du pressing d'utiliser une demi boîte d'amidon sur chaque chemise afin de s'assurer qu'elles gardent leur forme tout au long de la journée. De cette façon, les faux plis sont toujours tenus à distance.

Il ne me donne aucune raison de ne pas lui faire confiance. Et c'est ce que c'est devenu entre nous – une question de confiance. Nous rebâtissons notre relation sur cette fondation, et si je ne peux pas lui faire confiance maintenant, je ne peux pas m'attendre à ce que nous passions à travers les semaines, et les mois, et les années à venir.

Et lorsqu'il dit qu'il n'y a plus que moi à présent, je pourrais pleurer de joie.

ooo

Le compte rendu que je remets est très apprécié. Apparemment, l'auteure est contente du résultat et elle a appelé le journal pour nous remercier, ce qui en retour m'a valu des éloges de la rédaction et une occasion d'écrire à nouveau. Je vais continuer d'être correctrice-réviseuse à temps plein, et journaliste à temps partiel, et même si c'est un petit pas, c'est une nouvelle emballante.

« C'est foutrement génial, bébé, » me dit Edward plus tard ce soir-là. Il est assis en face de moi à la table de la cuisine chez moi. Nous dégustons un dîner sophistiqué que j'ai décidé de cuisiner pour célébrer, et je n'ai pas eu besoin de le demander deux fois à Edward avant qu'il accepte de venir. La partie que je préfère, c'est de l'avoir ici avec moi.

« Merci. » Je souris, et mon visage est rouge d'excitation, mais je m'en fiche. « Je pensais à toi quand je l'ai fait. Quand j'ai fait tout ça. »

Edward me regarde. « Ah bon ? »

J'acquiesce. « Tu as dit que si je voulais devenir écrivain, il fallait que je fasse ce pas, en quelque sorte… même si c'est un petit pas. J'ai failli ne pas me porter volontaire, parce que c'était un peu éprouvant pour les nerfs, tu sais ? Mais je l'ai fait et maintenant ça m'ouvre d'autres portes. »

Je souris, et le sourire qu'Edward m'adresse en retour est à couper le souffle. « Je savais que tu pouvais le faire, Bella. Il suffit que tu aies confiance en toi. »

« J'ai confiance en moi. » Du moins c'est le cas maintenant. « Merci, Edward. »

« Tu n'avais pas besoin de cuisiner, tu sais, » dit-il. « Nous aurions pu sortir pour célébrer. »

« Je tenais à cuisiner. J'aime rester à la maison parfois. »

« Que veux-tu faire après le dîner ? »

« On pourrait regarder un film. J'en ai loué un autre très drôle – Very Bad Trip. »

Mais on ne se rend même pas jusqu'au canapé, et le film ne voit certainement jamais mon lecteur DVD. À la place, Edward tient mes hanches pendant que je le chevauche, mes cris étouffés contre ses lèvres alors qu'il me bascule et pousse en moi avec de longs mouvements assurés.

C'est là où je veux être.

ooo

C'est un jeudi, et la journée a été longue. Rose veut que je l'accompagne pour l'aider à trouver une robe pour un dîner avec les parents d'Emmett. J'accepte parce que nous n'avons pas passé beaucoup de temps ensemble récemment et, peu importe la relation merveilleuse que j'ai avec Edward, je ne tiens pas à perdre une de mes amies les plus proches.

Il nous faut visiter un total de trois boutiques avant qu'elle trouve quelque chose qui vaut la peine d'être essayé, puis quatre autres boutiques avant qu'elle trouve une robe vraiment à son goût. Je suis épuisée et je me plains comme je le fais habituellement quand nous courons les magasins, et nous faisons halte dans un restaurant du voisinage pour casser la croûte.

« Es-tu nerveuse à l'idée de rencontrer ses parents ? » Je lui demande.

Elle fourre une frite dans sa bouche. « Non. Les parents m'aiment toujours. »

J'acquiesce. Elle a toujours été pleine d'assurance, et je l'envie pour ça.

« Es-tu nerveuse de rencontrer les parents d'Edward ? »

Je secoue la tête. « Je les ai déjà rencontrés. À l'époque où nous étions… tu sais. »

Elle sourit. « Ah oui. Est-ce qu'ils sont au courant de tout ça ? »

Bon Dieu, j'espère que non. On pourra dire adieu à la première – ou même la seconde – bonne impression. Je serai incapable de rentrer dans leurs bonnes grâces. Et bien que je doute que ce soit quelque chose qu'Edward divulguerait, je ne suis pas vraiment sûre de savoir ce qu'Alice dirait ou ne dirait pas. « Je ne sais pas. »

« Tu ferais mieux de le demander à Edward avant de les revoir, » me prévient-elle d'un air entendu.

« Ouais, ouais. » Chaque chose en son temps.

J'utilise la salle de bain avant de quitter le restaurant. Quand je ressors des toilettes, je repère quelqu'un au bar – la seule personne que je connais ayant la capacité de faire augmenter mon pouls sous l'effet de la panique. Mais je me force à demeurer calme et je retourne lentement à ma place, mes yeux scotchés à l'arrière de sa tête même si je veux détourner le regard.

Je suis presque à la table quand il se retourne, ses yeux gris d'un froid glacial rencontrant les miens. Et je me fige, ne sachant quoi faire.

Il hausse les sourcils en signe de reconnaissance et il sourit, mais ce n'est ni plaisant, ni accueillant. Et ça ne dure pas longtemps non plus, parce qu'il y a une superbe blonde à sa gauche qui vole son attention.

Rose a suivi mon regard et elle est debout. Nous quittons le restaurant à la hâte et les yeux froids ne cherchent plus les miens.

« Est-ce que c'était James ? » Siffle Rose une fois que nous sommes à l'extérieur.

Je hoche la tête en vitesse, encore sous le choc. Mais il ne me fera rien… n'est-ce pas ?

Ne sois pas si foutrement naïve, Bella.

« Oui, et il m'a vue, putain de merde ! » Je lui réponds.

« Je vais retourner à l'intérieur et lui arracher la bite. Je vais le faire juste là, au bar, » offre-t-elle. Il n'y a aucun humour dans ses paroles.

« Ça va juste le faire chier, » je dis en secouant la tête. « Je ne veux plus rien avoir à faire avec lui. Il ne m'a rien fait. »

« De mémoire récente, » marmonne-t-elle.

« Ouais, bon. Peut-être qu'il est passé à des proies plus intéressantes. »

« Évidemment. T'as vu la poulette à son bras ? Ils font quelle taille ses nichons ? Dans le triple F ? »

« Je ne suis pas sûre, mais ils étaient effrayants, » je murmure.

Rose pouffe de rire et caresse les siens sans vergogne. « Rien ne peut battre une poitrine naturelle. »

Nous montons dans sa voiture et je me retourne en direction du restaurant tandis que nous démarrons. Il y a des semaines que je n'ai pas vu ou entendu parler de James – depuis le jour où je l'ai frappé au visage – et même maintenant je n'ai pas l'air de beaucoup l'intéresser. Peut-être qu'il est vraiment passé à autre chose.

Malgré tout, je peux tout à fait sympathiser avec la paranoïa d'Alice.

ooo

Alice vient en visite, et elle se dispute avec Edward. Je ne sais même pas à quel propos, mais je peux l'entendre crier après lui au rez-de-chaussée. Edward n'élève jamais le ton, et finalement la porte claque alors qu'elle s'en va.

Devrais-je aller en bas ou lui laisser un moment ? Avant que je puisse me décider, il entre brusquement dans la chambre, arrachant sa cravate avec colère et manquant de s'étrangler dans la manœuvre. Je garde mes distances, parce que je ne sais jamais vraiment quoi dire aux gens énervés. J'ai l'habitude de toujours empirer les choses.

Il ne me regarde pas. Il commence à déboutonner sa chemise, tirant sur les boutons tellement violemment qu'il risque de tous les arracher.

Peut-être que je devrais dire quelque chose.

Non, non, je vais empirer la situation.

Mais tout de même…

« Bon Dieu ce qu'elle peut m'exaspérer parfois. » Il s'assied sur le lit et met sa tête dans ses mains. Prenant une lente et profonde respiration, il semble enfin se détendre un peu.

Je me déplace pour m'asseoir à côté de lui, toujours prudente. « Que s'est-il passé ? »

Il soupire. « Elle veut déménager au Texas. »

Je lui donne un moment. Il est finalement calmé et je ne veux pas qu'il s'énerve à nouveau.

« Pourquoi ? » Je finis par demander, prenant soin de garder la douceur dans ma voix.

Il secoue la tête, prenant un moment pour répondre. « Jasper a obtenu un emploi là-bas. C'est de là qu'il est originaire – sa mère vit toujours là-bas. »

C'est logique. Il n'est pas rare de vouloir vivre près de sa famille, même si bien entendu, Alice sera alors encore plus loin de la sienne. Et je suis sûre que c'est ce qui dérange Edward. Il ne la voit déjà pas souvent dans les circonstances actuelles.

Mais il ne veut pas entendre ça. Il ne veut pas m'entendre lui dire que c'est à Alice de décider, et non pas à lui de le faire pour elle. Même s'il espérait qu'elle revienne chez elle.

Si il y a une chose que j'ai apprise, c'est que la vie est imprévisible. On fait quelque chose, s'attendant à une réponse, mais l'effet qui en résulte est complètement imprévu. On ne peut pas le contrôler. Ça ne sert à rien de penser qu'on peut.

Je frotte doucement son dos. Je ne dis rien parce que je ne veux pas qu'il se sente plus mal.

Il connaît la vérité. Au fond, il la connaît, et m'entendre la dire ne rendra pas les choses plus faciles.

Je nous prépare à dîner et nous mangeons en silence. Lorsque nous avons terminé, Edward m'aide à nettoyer et à remplir le lave-vaisselle, puis il monte péniblement l'escalier après un bref merci. On dirait qu'il vient de perdre son chien et je déteste avoir l'impression de ne rien pouvoir faire pour arranger les choses.

Tout est silencieux pendant un moment, puis je l'entends prendre une douche. Après avoir conclu qu'il a eu suffisamment de temps pour lui, je monte l'escalier sur la pointe des pieds et pousse la porte de la salle de bain. La vapeur jaillit et, juste au bon moment, la douche arrête de couler. Il ouvre la porte et attrape une serviette et, même si je sais que je ne devrais pas, j'admire son corps nu jusqu'à ce qu'il soit couvert avec le mince tissu de la serviette.

Il me voit à l'entrée et m'adresse un petit sourire sans enthousiasme.

« Je suis désolée, » je dis, et son sourire vacille. Il secoue la tête.

« Ça va. »

Il se déplace devant moi et lisse mes cheveux derrière mon oreille. Je ferme les yeux automatiquement, puis je sens ses lèvres sur mon front, mon nez, et ensuite mes lèvres.

Le baiser est doux au début, avec nos bouches fermées et de tendres frôlements. Ses doigts se promènent de mon cou à ma clavicule, et soudainement son corps humide presse le mien, me poussant contre le comptoir de la vanité. Le baiser s'approfondit, sa langue poussant avec force entre mes lèvres pour glisser contre la mienne. Je soupire dans sa bouche alors qu'il prend mon visage en coupe et déverse toutes ses émotions – chaque parcelle de frustration, de tristesse, de nostalgie et de désespoir – dans ce baiser. Et j'assume ces choses avec lui, et je le comprends, et c'est comme ça que je l'aide.

Des baisers mouillés et passionnés pleuvent sur mon épaule. « J'ai besoin de toi, bébé. Putain j'ai tellement besoin de toi. »

Sa serviette tombe, mais je l'ai peut-être tirée. Il me soulève dans ses bras et j'enroule mes jambes autour de lui tandis qu'il se décharge de mon poids sur le comptoir. Il m'embrasse encore, son souffle chaud et dense, avant de finalement me repousser du comptoir pour me sortir de la salle de bain et m'emmener dans le lit.

Mon dos heurte la douceur de ses couvertures et son corps presse contre le mien. Il m'embrasse partout, ses lèvres laissant ma peau seulement lorsque c'est nécessaire pour enlever mon chemisier. Il retire mon jeans et ma petite culotte peu après, chaque article rapidement jeté sur le sol. Ses lèvres effleurent la peau sensible de mon ventre tandis que ses doigts me caressent entre mes plis, leur mouvement lent et délibéré, et deux de ceux-ci s'introduisent en moi au même moment où sa langue touche mon clitoris.

J'halète et me cambre hors du lit, dépassée par la sensation. Quelques minutes plus tard, il rampe à nouveau au-dessus de moi et m'embrasse fougueusement avant de se glisser en moi d'un seul mouvement fluide et rapide. J'enroule mes jambes autour de sa taille pour l'accueillir et il est contraint d'aller plus loin en moi. De cette façon, nous bougeons ensemble et nous nous combinons en une seule âme imparfaite.

Quand nous sommes tous les deux repus, il repose à mes côtés avec sa tête sur ma poitrine tandis que mes doigts caressent négligemment ses cheveux. Pendant une courte période, aucun de nous ne parle.

Mais il veut enfin se confier. D'une voix mesurée, si basse que je peux à peine l'entendre, il dit, « Je m'inquiète pour elle. »

J'acquiesce, même si son visage est détourné et qu'il ne peut pas me voir. « C'est ta petite sœur. C'est normal de s'inquiéter. »

Il soupire. « Je l'ai pratiquement élevée, tu sais ? »

Non, je ne sais pas. « Que veux-tu dire ? »

Il hésite avant de me répondre, soit parce qu'il est perdu dans ses pensées, ou alors parce qu'il tente de s'orienter. « Elle n'avait que six ans quand notre mère est morte. Il lui a fallu… eh bien, il lui a fallu beaucoup de temps pour se remettre de ça. J'étais pratiquement la seule personne en qui elle avait confiance. J'étais le seul qu'elle écoutait. »

Je ne peux imaginer perdre un parent maintenant, encore moins à un si jeune âge. « Quel âge avais-tu ? »

« Neuf ans. »

Jésus Christ.

Je ne veux pas le pousser à me dire quelque chose s'il n'est pas prêt à le faire. Je continue de frotter ses cheveux, espérant le réconforter.

« Nous avons dû aller vivre avec Esme et Carlisle, » poursuit-il. « Il lui a fallu beaucoup de temps pour s'ouvrir à eux. C'était difficile. »

Je ne suis pas certaine de vouloir connaître la réponse, mais je demande quand même, « Où étais ton père ? »

Il mâchouille sa lèvre pendant un moment. Je peux dire qu'il ne veut pas en parler, et je regrette presque d'avoir posé la question.

« Tu n'as pas à me le dire. Désolée, » je m'empresse de murmurer.

« Y a pas de mal, » chuchote-t-il, et avec une profonde respiration, il dit, « Il était en prison. C'est lui qui a tué notre mère. Il a dit que c'était un accident, mais il l'a tellement battue qu'elle – qu'elle- »

Il est en train de devenir anxieux. J'essaye de le calmer, mais il bouge contre moi, me tirant plus près, et il ne semble pas vouloir arrêter maintenant qu'il a commencé.

« Il est mort peu de temps après. Pneumonie ou quelque chose comme ça. Mais c'était probablement des problèmes de santé liés à son alcoolisme. Il a vu un docteur une fois, qui lui a dit qu'il mourrait s'il n'arrêtait pas de boire au plus vite, mais il ne l'a pas écouté. » Il déglutit, et je vois sa mâchoire se serrer. « Je ne peux pas dire que j'ai été triste de le voir partir, » dit-il.

Je l'étreins. Je l'étreins aussi étroitement que je peux, et ce n'est toujours pas assez. Je n'avais aucune idée qu'il supportait autant de douleur de son passé.

« Je suis tellement désolée, Edward, » je murmure.

Il ne me regarde pas. Il fixe un point devant lui, sa tête reposant toujours sur ma poitrine, et le peu que je peux voir de son visage est vide d'émotion.

« Penses-tu que c'est épouvantable ? » Demande-t-il finalement, et sa voix contient l'émotion que son visage essaye de dissimuler. « J'ai essayé de ressentir quelque chose lors de son décès, mais j'étais juste… honnêtement ? J'étais irrité à l'extrême. À cause de tout. »

« Il n'y a rien d'épouvantable dans ta réaction, Edward, » je me dépêche de le rassurer. « Vous avez enduré beaucoup de choses à cause de lui. Il vous a enlevé votre mère… »

Ses yeux se ferment et il soupire profondément. « Je craignais de devenir comme lui, » continue-t-il. « Je ne buvais pas… Je ne voulais pas toucher à ça. Puis il y a eu cette fille à l'école secondaire, avec qui je suis sorti pendant un certain temps. Je l'aimais bien… Elle a été la première personne avec qui j'ai été proche, avec qui j'ai baissé ma garde. »

Je demeure impartiale, parce que ce moment n'est pas à propos de moi et de toutes les petites insécurités que je pourrais avoir. Il s'agit de son passé, et d'après ce qu'il vient de me confier, ce n'est pas un passé heureux.

« Okay, » je dis d'une voix encourageante. Peut-être qu'une fois qu'il se sera vidé le cœur il se sentira mieux. Plus libre.

« Elle m'a trompé. Un de mes amis m'a encouragé à me saouler… Il a dit que ça me ferait me sentir mieux. Alors je l'ai fait. Et ensuite je l'ai confrontée, et j'étais en colère, mais pas comme… Je n'aurais rien fait. Je ne l'aurais pas frappée. » Sa voix est insistante. « Mais elle a eu peur, et plus tard elle m'a dit que ça l'inquiétait. Je ne sais pas pourquoi, parce qu'elle n'était pas au courant à propos de mon père. Mais ça m'a fait réfléchir… et je suis devenu anxieux à ce sujet. Et je ne me suis plus jamais enivré. Et j'ai simplement arrêté de faire un effort. Avec les femmes. »

Il me regarde, les yeux pleins de remords. Et mon cœur saigne pour lui, et je sens sa douleur.

« Je bois, » me dit-il rapidement. « Il m'arrive même d'être un peu éméché, mais jamais complètement ivre. Je n'aime pas… ne pas être en contrôle de moi-même. » Ses mots sont lents. Prudents. « Mon père était un type bien lorsqu'il ne buvait pas. Je veux dire, il passait son temps à boire, mais parfois il buvait suffisamment pour agir correctement, tandis qu'à d'autres moments il dérapait complètement. Et c'est là qu'il s'en prenait à elle. »

Je glisse vers le bas de manière à être à la hauteur de ses yeux, tirant son corps tout près. Il a peut-être de la difficulté à me regarder dans les yeux pendant sa confession, mais je tiens à l'assurer que toutes mes paroles sont vraies. Qu'elles sont sincères et que je ne pense pas du mal de lui ni ne le juge.

« Mais il n'est pas toi, Edward, » je dis, l'implorant silencieusement de le croire. « Tu n'es pas lui. Tu es le gars qui ne veut pas se saouler, celui qui n'a jamais frappé une femme. Celui qui avait honte de ce comportement. »

Il y a de la tristesse dans ses yeux, mais pas d'humidité. Il ne pleure pas.

« Je sais, » dit-il, et sa voix est fatiguée. « Je n'ai jamais agi comme lui ou voulu le faire. Je pensais… j'espérais… que quelques-unes des qualités de ma mère éclipseraient peut-être ses défauts à lui. »

« Je suis sûre que c'est le cas, Edward. Tu n'es pas une mauvaise personne. »

« Je suis inquiet au sujet d'Alice, Bella. Elle va s'éloigner de la seule famille qu'elle ait jamais eue. » Il fait une courte pause. « J'espérais qu'elle reviendrait, » murmure-t-il.

Je passe doucement mes doigts sur son nez, ses lèvres et son menton, et il ferme les yeux à mon contact.

« C'est normal d'être inquiet, » je lui assure. « Si ta mère était ici, je suis certaine qu'elle se ferait du souci elle aussi. Esme et Carlisle sont probablement inquiets eux aussi. Mais ça ne veut pas dire que tu devrais essayer de la retenir ou jouer les nounous avec elle à cause de ce qui est arrivé. Ce qu'elle a vécu l'a rendue plus forte. C'est une adulte et elle peut prendre soin d'elle, et elle va toujours avoir Jasper pour l'épauler si les choses deviennent difficiles. Et bien sûr, elle va téléphoner et venir nous visiter. »

Edward m'embrasse, et c'est un baiser tendre et attentionné, rempli d'émotion. Et bien qu'il ne le dise pas ouvertement, je peux voir par ses actions que je l'aide. C'est dans la façon de me tenir tout contre lui et d'effleurer mon nez avec le sien, dans la façon de déposer de doux baisers sur mon menton et de simplement savourer le peu de réconfort que j'essaie de lui apporter.

Le temps passe, et ensemble nous restons allongés en silence tandis que je continue à caresser ses cheveux, l'apaisant et le rassurant.

Et les mots qui suivent sont prononcés à voix basse, mais ils retentissent clairement dans le silence de la nuit.

« Je t'aime, Bella. »

« Je t'aime aussi, Edward, » je réponds en écho.

On se retrouve bientôt pour l'épilogue de cette histoire.

Ciao

Milk