Bonne lecture!


Chapitre 9

L'espace de quelques secondes, ce fut le chaos total. Plusieurs cris et exclamtions surprises s'élevèrent brusquement alors que chacun s'était recroquevillé sur lui-même.

Le plafonnier produisit un flash aveuglant tandis que des morceaux de verre volèrent dans toutes les directions. Le reste des fils dénudés s'entrechoquaient en produisant des petites étincelles enflammées qui éclairaient brièvement la salle de bain à présent plongée dans le noir.

Dean jura. Bien sûr, dans la panique, il n'avait pas pris de lampe de torche. Et il se souvenait très bien de l'appareil – si util dans ce genre de moment- qu'il avait vu sur la table de la cuisine une demi-heure avant, probablement posé là par Sam.

-Tout le monde va bien ? demanda Isabel d'une voix tremblante.

-Oui, répondit immédiatement Charles. Enfin, je crois que j'ai un éclat de verre dans le bras…

Dean grimaça, mais savait que le majordome pouvait s'estimer heureux : l'éclat de verre aurait très bien pu se ficher dans son œil…

-Sarah ? appela Sam derrière Dean.

Un silence angoissant leur répondit, et Dean sentit l'ambiance s'alourdir.

-Sarah ? appela Isabel a son tour. Sarah ! Répond ! Cassandra !

-Sam, va ouvrir la porte, on voit rien, ordonna Dean d'une voix rauque.

L'aîné des frères leva une main vers lui et tenta de faire son chemin vers l'endroit où Sarah et Cassandra étaient supposées être, alors qu'il entendait Sam se diriger dans la direction opposée. Sa main rencontra la faïence glacée de la baignoire quand Sam parvint à ouvrir la porte, envoyant un rayon de lumière dans la pièce.

Isabel poussa un cri. Sarah était dans la baignoire, les jambes pendantes de l'autre côté du bord, alors que sa tête était appuyée contre le mur de l'autre côté. Elle avait certainement glissée en arrière alors qu'elle était assise sur le rebord, et s'était assez méchammenent cogné la tête, car il y avait des legères traces rouges sur les carreaux immaculés du mur, juste derrière la tête de Sarah. Cassandra était allongée sur sa mère, visiblement inconsciente.

Dean sentit son sang ne faire qu'un tour et il attrapa la petite fille par les épaules pour la retourner. Sa main se posa sur la carotide de l'enfant alors qu'il se penchait en avant pour sentir son souffle contre son visage.

Rien. Ni sur son visage, ni contre son doigt.

-MERDE !

Il déposa précipitemment Cassandra au sol, et sentit Sam se précipiter vers eux.

-Fais les compressions ! Grouille ! ordonna-t-il sèchement.

Il se pencha sur la bouche de la petite fille, tandis que Sam commençait les compressions.

Trente compressions sur la poitrine avec une main pour un enfant. Et puis souffler deux fois dans sa bouche. Puis recommencer. Dean et Sam connaissait chaque geste des premiers secours par cœur, grâce à leur père. Ils réagissaient par pur automatisme, essayant de ne pas céder à la panique et ignorant les cris et les regards angoissés braqués sur eux.

Heureusement, Cassandra réagit aux soins administrés par les frères au bout de quelques secondes. Sam sentit son cœur recommencer à battre, et une demi-seconde plus tard, elle reprit une inspiration bruyante qui rassura tout le monde.

-C'était moins une, murmura Dean en aidant la petite fille à se redresser.

-Faut sortir de là, déclara Sam derrière lui.

L'aîné des frères hocha la tête et lui confia Cassandra. Alors que Sam sortit de la salle de bain, imité par Charles, Dean s'occupa de Sarah, aidée d'Isabel. Il constata avec soulagement que la blessure de Sarah était bénigne. Elle aurait juste besoin de quelques points de suture pour stopper le saignement. A condition de pouvoir sortir d'ici.

Quand Dean, portant Sarah, et Isabel sortirent de la salle de bain, ils se dirigèrent vers la cuisine redevenue intacte comme s'il n'y avait jamais eu d'incendie. Charles, Cassandra dans les bras, se tenait devant la porte de la cave. Sam était déjà dans le vestibule où il avait récupéré une clé, sans doute celle de la cave. Il allait rejoindre son frère et le reste du groupe quand il se heurta brutalement à une force invisible qui l'envoya bouler de l'autre côté du vestibule.

Dean, envahi par la panique en voyant son cadet tomber sur le plancher comme un pantin désarticulé, faillit lâcher Sarah.

-Sam !

L'aîné des frères eut juste le temps de voir Sam se redresser péniblement quand la porte de la cuisine se ferma brutalement, enfermant Dean et les Carter à l'intérieur.

OOO

-SAM !

Sam pouvait entendre son frère tonner derrière la porte de la cuisine, et il aurait bien voulu lui répondre, mais il était déjà occupé à essayer de se relever. Son corps était déjà parcouru de courbatures à cause de la fatigue et la maladie, ce n'était pas une rencontre quelque peu violente contre un mur qui allait l'aidait à aller mieux. Pour couronner le tout, le fantôme – Elizabeth – était apparue devant lui. Elle l'observait fixement avec ses yeux noirs, impassible tandis que le chasseur se remit lentement sur ses pieds.

Sam se sentait légèrement nauséeux et crut un moment qu'il allait vomir, mais heureusement, les restes de son dîner demeurèrent à l'intérieur de son estomac douloureux. Tentant de se mettre en position plus alerte, il attrapa son revolver qu'il avait glissé dans la ceinture de son pantalon et charga l'arme.

Elizabeth l'observa longuement avant de finalement tourner la tête sur le côté. Hésitant, mais curieux, Sam suivit son regard. Il balaya d'un coup d'œil la rangée de photos alignées sur le large buffet qu'Elizabeth fixait.

-De sa faute.

La voix du fantôme résonnait contre les murs comme un écho et Sam déglutit. Sa prise se raffermit sur son arme alors qu'il tentait de comprendre ce que voulait dire Elizabeth.

- Il m'a utilisée. Pour leur mort. Leur fautes à toutes.

-Aux sœurs, je sais, termina Sam sèchement.

-Aux sœurs. Aux mères. A toutes.

-Aux mères ?

En guise de réponse, les yeux noirs d'Elizabeth glissèrent de nouveau sur les photos, puis revinrent sur Sam. Le message était clair.

Gardant prudemment ses distances avec la revenante, Sam parcourut la distance jusqu'au buffet recouvert de clichés de toutes époques et les parcourut rapidement. Il reconnut Elizabeth sur l'un d'eux, prise aux côtés d'une fille un peu plus âgée. Sans doute Maria, la mère d'Isabel. A côté du portrait des deux sœurs, il y avait une photo de mariage de la même époque. Sam reconnut Maria, plus âgée, dans sa robe de mariée, accompagnée de son époux – Edward. Tout deux posaient à l'intérieur du manoir, chacun se tenant à côté d'un guéridon. Un guéridon sur lequel trônait une théière.

Sam écarquilla les yeux.

-Il m'a utilisée, répéta Elizabeth derrière lui.

La réalisation frappa Sam avec une telle force que son cerveau prit beaucoup de temps à identifier l'odeur suspecte qui lui caressait les narines. Ce ne fut qu'au bout de plusieurs secondes que le cadet Winchester finit par reconnaître l'odeur et il leva brusquement la tête.

De la fumée noire émanait de la porte close derrière le fantôme. La cuisine était en feu.

OOO

Dean avait déposé Sarah le plus doucement et le plus rapidement qu'il pouvait avant de se jeter sur la porte close de la cuisine dans une tentative désespérée de l'ouvrir. C'était totalement inutile, bien entendu.

L'aîné Winchester ouvrit la bouche pour hurler le nom de son frère une nouvelle fois, mais Cassandra le précéda en poussant un cri aigu. Le chasseur se retourna juste à temps pour voir la table de la cuisine disparaître dans une nuée de flammes. Isabel émit un glapissement terrifié et se ratatina près de Sarah qui gisait, inerte.

C'est là que Dean aurait dû réagir. C'est là qu'il aurait dû tout tenter pour sauver les Carter et leur majordome, même si tout semblait perdu d'avanc et qu'ils étaient coincés dans cette foutue cuisine pour y être brûlés vifs. Mais à la place, Dean se figea. Il resta immobile, comme paralysé, et tout ça à cause d'elle.

L'odeur. L'odeur âcre, forte et étouffante.

C'était comme si on le ramenait vingt-quatre ans en arrière. Il avait entendu un cri, il avait entendu les appels désespérés de son père, et il avait senti cette odeur. Cette odeur étouffante et terrifiante, qui lui était restée dans le nez des jours et des jours après l'incendie. Il pouvait presque entendre la voix de son père, grave et autoritaire. « Maintenant, Dean ! Va-t-en ! ». Il pouvait sentir le poids chaud et familier de Sammy dans ses bras, le contact doux de la couverture contre ses mains.

Soudain, le feu disparut sous une masse sombre. Un cri retentit, et Dean sentit une douleur aigüe lui parcourir l'épaule. Elle eut au moins le mérite de le sortir de sa léthargie.

Il cligna des yeux, et vit enfin la silhouette de Charles devant lui. Le vieil homme avait jeté un large morceau de tissu sur la table en feu, qui s'avérait en fait être un pan du rideau de la cuisine dont la tringle avait été arrachée pour retomber lourdement sur l'épaule de Dean. La tentative était honorable, mais malheureusement vaine et le rideau disparut dans une nuée de flammes.

Dean retrouva soudain ses réflexes.

-EN ARRIERE ! rugit-t-il en agrippant Charles par sa robe de chambre pour l'éloigner de la table en feu.

Charles et Cassandra se recroquevillèrent contre la porte de la cave pendant que Dean s'empressa de reprendre Sarah dans ses bras pour l'éloigner des flammes folles. Il la confia à Isabel et Charles avant de se placer devant le petit groupe, offrant un maigre rempart entre l'incendie et les Carter.

Au creux de son dos, Dean pouvait sentir la forme tremblante de Cassandra. Il jeta un regard derrière lui. La petite fille s'était cramponnée à sa veste et regardair l'incendie avec des yeux écarquillés qui ne reflétaient que de la terreur à l'état pure. Le peu de couleur qu'elle avait repris plus tôt avait disparu et sa respiration reprenait un rythme effrené.

-Cassandra !

Isabel attrapa sa petite-fille pour la serrer contre sa poitrine dans une tentative désespérée de la protéger de l'incendie. La fumée qu'il engendrait devenait de plus en plus épais, et Dean dût bientôt se battre pour parviendre à absorber un peu d'oxygène. La chaleur était insupportable.

« Je vais crever ici… » Le jeune homme se laissa glisser lentement par terre. Il pouvait entendre les pleurs de Cassandra, et la respiration laborieuse de Charles contre on oreille. Il toussa violemment, incapable de satisfaire sa soif d'air de plus en plus grande. Ses yeux piquaient furieusement, et il se demanda un moment si c'était à cause de la fumée où de la douloureuse réalisation qui lui étreignait le cœur.

Son regard erra sur la porte noircie, toujours fermée, toujours bien fermée, le seul obstacle qui le séparait de Sam.

« Désolé, Sammy… »

Ses yeux se fermèrent, il se sentit tomber au sol, et abandonna la partie.

TBC