3.

- Concentrez-vous davantage, John, que sentez-vous d'autre?

Watson déglutit, tenté d'abandonner là ce curieux test qui n'avait aucun sens mais un relent de fierté lui fit maintenir sa position, il obtempéra, se concentra et puis soudainement, il sentit déferler en lui mille odeurs qu'il n'avait pas perçues une minute plus tôt, il capta bien d'autres senteurs que le ragoût, la poussière et la cendre... D'une voix mal assurée, il murmura :

- Je sens... une légère odeur de whisky et de tabac qui flotte dans l'air, surtout quand vous parlez, je sens... votre after-shave sur votre peau, je sens aussi un mélange d'épices et de musc comme à chaque fois que vous vous tenez près de moi...

- C'est mieux, beaucoup mieux, souffla l'autre presque contre lui.

Watson trembla légèrement et voulut ouvrir les yeux par réflexe mais la main de Holmes se posa sur ses paupières fermement.

- On ne triche pas, John.

A nouveau, il céda, hésitant, incertain. Mais Captivé ? Il ne pouvait nier qu'une sorte de chaleur avait envahi son corps et qu'il se sentait plutôt bien et plutôt intrigué par ces découvertes qui lui rappelait des sensations lointaines oubliées. Avait-il pu à ce point oublier de ressentir ?

- Revenons à l'ouïe, percevez-vous autre chose à présent ? demanda la voix de Holmes toujours si proche.

Nouvelle hésitation. Il acquiesça en silence puis commença dans un chuchotement :

- J'entends le bruissement feutré de votre pardessus près de moi, votre souffle...court, les battements de mon coeur... rapides...

- Ouvrez les yeux ! commanda le détective sans préavis.

John ouvrit les yeux pour se noyer immédiatement dans l'orage des prunelles de Holmes juste devant lui, assailli par tous les feux qui y brillaient.

- Que voyez-vous, John ?

- Vos pupilles dilatées par...

- Par... ?

-... le désir ? interrogea le blond malgré lui, sans réaliser qu'il pensait tout haut.

Holmes s'était tu à présent et Watson pouvait lire dans ses yeux et dans son attitude tout ce qu'il n'avait pas su y voir avant : désir, respect, tristesse, crainte, confusion, gêne... Amour ? En d'autres temps, Watson aurait pris ses jambes à son cou mais en cet instant tout était différent. Il savait. il comprenait. Ses propres battements de cœur qui s'emballaient, son propre pouls qui s 'accélérait, cette obsession à vouloir l'aval de Holmes, Sherlock, pour ce stupide mariage, toutes ses propres réactions, à lui, avaient à présent un sens. Lui, John Watson, humble médecin de bonne famille, était éperdument épris de cet homme-là en face de lui... Tout prenait sens.

Sous la carapace d'assurance de Sherlock Holmes, John percevait aussi un certain malaise, une attente. Un espoir ?

Il se racla la gorge et tâcha de prendre un ton détaché à la Holmes.

- Intéressante leçon, Holmes. Après l'ouïe, l'odorat et la vue, pensez-vous que le toucher apporterait une nouvelle nuance pertinente ?

Le brun sourit avec un éclat sincère et radieux.

- Assurément, John, assurément.

Et le baiser ardent et exigeant qui suivit cette phrase n'était que la première des "nuances" qu'ils allaient expérimenter.

FIN :)