Une affaire épineuse.

Chapitre 1 :

Alors que Diego et Bernardo sont de sortie sur la propriété, ils entendent un bruit sec et répétitif. Ils s'échangent alors un regard interloqué… Personne n'est censé travailler sur cette parcelle de terrain. Intrigués, ils dirigent leurs chevaux vers la source du bruit et parviennent à un endroit un peu plus boisé. Ils laissent alors leurs chevaux et continuent à pieds. Ils arrivent près d'une clairière où une jeune personne s'occupe de fendre du bois. Cachés dans les fourrés, ils l'observent.

— Je me demande qui cela peut bien être ? ... J'espère que mon père est au courant, le cas échéant cette personne risque de passer un mauvais quart d'heure… Oui j'ai remarqué Bernardo, l'abri dans lequel elle doit vivre n'est pas bien grand, ni en très bon état. De plus cette personne ne doit pas avoir d'eau à sa disposition.

Soudain, la jeune personne s'arrête, elle éprouve une sensation de danger… Quelqu'un l'épie… Elle se retourne alors vivement et examine les alentours. Mais elle ne remarque rien d'anormal si ce n'est un léger mouvement dans les fourrés qui ne se répète pas. Sans doute un petit animal…

Diego et Bernardo observent avec étonnement les réactions de la jeune personne et Diego réalise alors que celle-ci semble être sur le qui vive… La jeune personne retourne à sa besogne tandis que Diego attend un moment avant de faire signe à Bernardo pour repartir aussi silencieux qu'ils sont arrivés.

Malgré leur discrétion, le travailleur sourit en les apercevant. Il sait qu'il ne risque rien… Après tout le jeune De la Vega, qu'il a reconnu, a plutôt bonne réputation, hormis sa 'lâcheté' face à l'action, excepté dans certaines situations d'après ce qu'il a pu observer par le passé et d'après quelques vagues et lointains souvenirs… Il n'y avait alors pas tout ces problèmes.

En chemin, Bernardo s'aperçoit que Diego semble avoir changé de destination et l'interpelle en arrêtant son cheval.

— Oui, Bernardo. Je suis songeur en effet. L'état de cette personne me trouble tant que j'ai oublié ce que j'avais prévu de faire… Tu as raison Bernardo, il ne faut pas oublier la raison principale de notre sortie. Après tout j'en apprendrai peut-être un peu plus sur cette personne rien qu'en écoutant les conversations. Je ne voudrais pas lui porter préjudice, et je doute que mon père ou les vaqueros aient connaissance de sa présence.

Une fois au pueblo, Diego et Bernardo descendirent à la taverne. L'ambiance était festive tout en restant sobre. Diego salua quelques connaissances puis tandis que Bernardo s'installa au bar, Diego alla prendre place à la table non loin de celle où se trouvait le señor Galindo qui, perdu dans ses pensées, n'avait pas remarqué le jeune De la Vega. Diego se plaça de sorte à ne pas être aperçu trop rapidement dès que l'on entrait dans la taverne, et le serveur avait pris l'habitude de servir Diego. Il prenait toujours un petit verre de vin, de sorte que maintenant il ne le lui demandait plus et le servait automatiquement. Un temps silencieux, le magistrado leva soudainement la tête et, saluant un de ses amis, l'invita à sa table.

— Alors qu'avez-vous appris ?

— Personne ne semble savoir ce qu'il est advenu de l'héritière. Elle a disparu sans laisser de traces.

— Tant mieux, cela n'en sera que plus facile… Autre chose ?

— Un jeune vagabond a été surpris plus d'une fois sur les terres des De la Vega.

— Ce n'est pas de mon ressort, ni mon problème.

— Hélas, Señor, je crains que ce ne soit le contraire.

— Que voulez-vous dire ?

— Ce jeune vagabond a aussi été surpris sur les terres des De Castillos, leurs voisins, et donc maintenant… les vôtres.

Intrigué, Diego prêta davantage attention à la conversation. L'étranger, que le magistrado avait appelé Cortès, venait de citer les De Castillos tout récemment disparus de façon mystérieuse. Qui plus est, le magistrado, tout juste arrivé, n'avait pas encore trouvé de terrain qui lui convenait… hormis ceux des autres.

— Ne parlez pas si fort je vous prie ! Dit le magistrado relevant la tête et observant les clients devant lui.

Personne ne semblait avoir entendu.

— N'avez-vous pas pu rattraper ce vagabond ? Demanda-t-il par la suite.

— Non ! Il semble connaître la région comme sa poche… A croire que c'est un natif de Los Angeles.

— Ce vagabond fait tache, il…

— Don Diego, buenos días ! S'exclama le sergent Garcia qui venait d'entrer et faisant alors taire le magistrado.

'Ce n'est pas possible' Songe le magistrado observant le sergent approcher.

— Buenos días, Señor Galindo

— Buenos días, Sergent. Rétorque-t-il, ce dernier à ses côtés.

Le magistrado remarqua alors le sourd muet accoudé au bar, tête en l'air. Si le serviteur était là, le maître ne devait pas être bien loin… Diego, poli, finit par répondre au sergent.

— Buenos días, Sergent Garcia, je vous en prie asseyez-vous ! Dit Diego l'invitant à sa table.

Le magistrado se sentit blêmir en réalisant que le jeune De la Vega était juste derrière lui jusqu'à présent. L'étranger sentit le malaise de son « ami » et se sentit mal à l'aise à son tour. Le señor Galindo était loin d'être un tendre, même avec ses connaissances et au vue du regard qu'il lui lança… Tout en se tournant pour saluer le sergent, Diego remarqua le magistrado, et, tout souriant, à son habitude, il le salua à son tour.

— Buenos días, Señor Galindo, comment allez-vous ?

— B… Bien merci. Excusez-moi, mais j'ai du travail qui m'attend. Dit-il avec précipitation en se levant. Puis il fit signe à son « ami » et sortit.

L'étranger observa Diego qui le salua d'un signe de tête, puis sortit à son tour. Tandis que le sergent prenait place face à Diego, ce dernier fit signe à Bernardo qui quitta aussitôt le bar.

— Oh ! Où court donc Bernardo ? S'enquit le sergent.

— Je lui ai rappelé qu'il avait une course à faire.

— D'un simple mouvement de tête ?

— Oui, Sergent. Un simple mouvement de tête peut signifier beaucoup vous savez. Sourit Diego narquois

— Oh ! Rétorqua le sergent avec un grand sérieux.

… Au dehors et à distance raisonnable, Bernardo, faisant mine de chercher quelque chose sur son cheval, observait le magistrado et l'étranger. Bien que le señor Galindo fasse tout pour ne pas hurler, Bernardo l'entendit nettement.