Chapitre 2 :

— A cause de vous le jeune De la Vega va répéter à son père que leur sort m'importe peu, ce qui est vrai par ailleurs.

— Ce jeune home m'a l'air dangereux.

— Dangereux lui ? Peuh… C'est un freluquet qui ne s'intéresse qu'à la littérature.

— Il n'empêche qu'il sait se faire discret.

— Ne lui prêtez pas attention… Le plus dangereux au pueblo reste Zorro.

— Personne ne sait qui il est ? Demanda le señor Cortès.

— Personne… Mais il est toujours là dès que le petit peuple est menacé. … Arrêtons de parler de Zorro et revenons sur ce vagabond. Vous dites qu'il est sur les terres des De la Vega ?

— Oui en effet, mais je ne sais où exactement.

— Bien. J'aviserai en cas de nécessité, tentez de trouver plus d'informations à son sujet pour le moment.

— Bien, Señor.

— Et encore une chose.

— Quoi donc, Señor ? Interrogea le señor Cortès.

— Faites venir ma garde personnelle.

— Ce sera fait, Señor. Sourit l'étranger narquois qui, en se tournant, remarqua Bernardo qui récupérait alors une bourse.

— Cet homme… Il pourrait nous avoir entendus.

— N'ayez crainte. Ce n'est autre que le serviteur sourd-muet du jeune De la Vega.

— Sourd-muet dites-vous ? Quelqu'un l'a-t-il déjà vérifié ?

— Un rapport du sergent Garcia fait mention d'un tir effectué par l'ancien commandante. Lui est tombé alors qu'il déchargeait une voiture, et le serviteur est resté de marbre. Expliqua le magistrado.

— En ce cas sa surdité est avérée.

— Puisque je vous le dis ! Douteriez-vous de mes mots ? Demanda le magistrado durement.

— Non, en aucun cas… Veuillez m'excuser, Señor.

— Partez sur le champ et n'oubliez pas vos ordres.

— Si, Señor. J'y vais de ce pas. Balbutia le Señor Cortès avant de partir avec précipitation.

Le señor Galindo observa Bernardo retourner à la taverne, puis il gagna les quartiers du commandante.

Bernardo donna la bourse à Diego et retourna s'accouder au bar, saluant d'un signe le sergent Garcia qui le lui rendit. Diego discuta un temps avec le sergent, cherchant de manière sous-entendu, à en apprendre plus sur l'étranger qui était avec le magistrado. Malheureusement pour lui, Diego n'apprit pas grand-chose à son sujet et n'en su pas plus sur le vagabond. Par contre l'affaire de la mystérieuse disparition des Castillos n'était pas finie pour le sergent.

— Faites attention à vous, les personnes qui les ont faits disparaître doivent être dangereux.

— Ne vous inquiétez pas, Don Diego, je ne suis pas né de la dernière pluie.

— Je n'en doute pas, Sergent. Oh ! Bernardo me fait signe. Il est temps que je vous laisse.

Diego le salua, alla régler son dû et celui du sergent, puis sortit avec Bernardo et ils retournèrent à l'hacienda.

— Qu'as-tu appris Bernardo ? Demanda Diego sitôt arrivés.

Bernardo lui expliqua que l'étranger trouvait Diego dangereux et que le magistrado l'avait rassuré à ce sujet. D'autre part, il l'avait envoyé quérir sa garde personnelle.

— L'étranger aussi me paraît dangereux. Il doit tremper, d'une manière ou d'une autre dans la disparition des Castillos. Mais pour le moment nous n'avons rien de concret… Quant à la jeune fille que nous avons vue tantôt… Et bien quoi, Bernardo ? Tu sembles surpris… Oui le jeune vagabond est une señorita, et cette señorita a besoin de notre aide.

Zorro ? Questionna Bernardo en dessinant un Z du des doigts.

— Non, mon ami. Je ne voudrais pas l'effrayer. Nous verrons demain ce que je vais faire. Pour l'instant je vais aller faire un tour chez les Castillos. Qu'y a-t-il, Bernardo ? Oui l'héritière… Je ne me souviens pas que… Oh, que suis-je donc bête ! C'est vrai. Comment ai-je pu oublier la douce Salena ? S'exclama Diego se frappant la tête.

Bernardo le regarda avec perplexité.

— Oui excuse-moi, Bernardo. Je devais avoir une douzaine d'années la dernière fois que je l'ai vu. Un vrai garçon manqué. Elle préférait chevaucher et jouer avec des épées en bois plutôt que de se conduire en señorita. Nous avons faits quelques bêtises ensemble. Puis elle a été envoyé en Espagne pour recevoir une éducation plus… sérieuse dirons-nous. Je ne me souviens pas l'avoir revu depuis. Une chose est sure, le magistrado connait son existence, et cela risque de ralentir ses projets. Bien, Bernardo, je vais y aller. Non, j'y vais ainsi, Zorro n'a rien à faire là-bas. Et toi ?

Bernardo hocha la tête négativement, il ne voulait pas sortir.

— Comme tu voudras mon ami.

Un peu plus tard, Diego se retrouva sur les terres des Castillos. Il n'y avait âme qui vive alentours. Pas un serviteur, pas un vaquero ni même un paysan. Malgré le silence oppressant et la peur que ressentait son cheval, Diego s'approcha de l'hacienda tout en calmant sa monture.

Arrivé à proximité, il mit pied à terre et attacha son compagnon à un arbre. Discrètement, Diego se glissa ensuite dans l'hacienda abandonnée. Tout semblait avoir été laissé en l'état. Une épaisse couche de poussière recouvrait le sol et les breloques diverses. Le vent faisait grincer les volets ouverts et un très léger bruit de pas se faisait entendre. Il y avait eu lutte à en croire les meubles renversés au salon. Diego remarqua aussi une épée brisée dont le sang séché sur la lame était une autre preuve de combat.

Ses pas le menèrent ensuite à la bibliothèque où l'odeur d'humidité et de renfermé était plus forte. L'encrier était vide et la plume desséchée. Cependant Diego nota la marque d'un objet manquant sur le bureau, tout récemment retiré d'après l'absence de poussières à cet endroit précis. Diego fit le tour de la pièce et trouva un courrier scellé, caché entre les ouvrages de Miguel de Cervantès. Il était destiné à Salena mais ne comportait aucune adresse. Diego le garda précieusement, ce pouvait être un indice important.

Du bruit à l'étage alerta Diego. Une autre personne était présente. Il resta sur place un instant, silencieux, à l'affût… Le grincement se répéta. Quelqu'un marchait. A pas de loup, Diego ressortit de la bibliothèque et tenta de gagner l'étage. Les escaliers en bois l'en dissuadèrent. Il était inutile de se faire connaître céans. Puis une idée lui vint. Peut-être y avait-il des passages secrets. Souriant, il s'approcha d'un meuble au salon et chercha… vainement. Dépité, et son sourire disparu, il s'appuya contre le rebord de la cheminée et ressentit soudain un courant d'air frais. Surpris, il se retourna et remarqua le passage.

Je me disais aussi. Se dit-il.

Il se glissa alors dans l'ouverture et se retrouva dans un endroit semblable à sa cachette. Il y avait un escalier en colimaçon, en pierre, qui lui offrait la possibilité de monter ou de descendre. Le bruit venant de l'étage, il aurait été logique de monter les marches, mais Diego les descendit. Il lui sembla que la descente fut interminable et finalement il parvint au plus bas.

Et dire qu'il va falloir que je remonte tout ça. Songe-t-il soupirant.

Il se trouvait dans une salle assez spacieuse et suffisamment éclairée pour constater qu'elle était encore habitée… Oui, mais par qui ? Diego fit le tour de la salle, inspectant les moindres petits détails. Il remarqua une épée rangée dans son fourreau et s'en approcha alors. Il la ramassa alors et la sortit à moitié de son fourreau pour mieux la contempler.

Belle arme.

Soudain le reflet d'un mouvement derrière lui attire son attention. Il se retourne mais un coup sur la tête l'assomme et il tombe lourdement, heurtant de son crâne le rocher derrière lui devant le regard étonné de son agresseur qui le reconnait alors, mais bien trop tard.